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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 28 août 2021

22ème dimanche ordinaire B - 29 août 2021

 Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur.






Encore en pleine période Covid, nous n’allons pas discuter ici, comme les pharisiens, de l’utilité ou non de se laver soigneusement les mains avant le repas. Si l’éducation de vos parents ne vous a pas aidé à avoir une idée claire sur le sujet, peut-être que les recommandations sanitaires de ces derniers mois vous auront permis de vous faire une opinion sur la question. Non, ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est cet autre verset de l’évangile de ce dimanche, bien plus lourd de conséquence pour nous : rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.

Pourquoi ce verset est-il lourd de conséquence pour nous ? Parce qu’il nous empêche de dire que le mal, l’impur, vient du dehors ; autrement dit, qu’il n’est pas de notre faute ! Jésus nous le dit clairement : c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses… Tout le mal vient du dedans, et rend l’homme impur. Voilà pour tous ceux qui se croient purs, meilleurs que les autres, à l’abri du mal. Le mal est tapi dans le cœur de l’homme ; il est prompt à en sortir dès que l’homme ouvre la bouche, il est prompt à en sortir dès que l’homme pose un regard mauvais ou envieux sur ses frères. Nous sommes tous des malfaiteurs en puissance si nous ne savons pas dominer notre cœur, dominer notre bouche, dominer notre regard. C’est ce que nous voyons ou pas, c’est ce que nous disons ou pas, c’est ce que nous faisons ou pas, qui répand le mal hors de notre vie. Il nous faut en être conscient. Ce n’est pas l’autre qui est cause, quand bien même il commencerait à nous asticoter. Non, nous sommes les seuls responsables du mal que nous faisons. Car si le mal est tapi en nous, le bien l’est tout autant, et c’est bien nous qui choisissons de suivre l’une ou l’autre voie. 

C’est là que la première lecture prend toute son importance. Moïse, en effet, donne la clé du salut au peuple qu’il a libéré d’Egypte. Et cette clé, c’est notre capacité à garder en nous la Parole de Dieu, ses décrets et ordonnances [qu’il a] enseigné pour que [nous les mettions] en pratique. Pour être tout-à-fait clair, quand Dieu parle, ce ne doit pas être en vain pour l’homme. Quand Dieu donne un commandement, ce n’est pas pour que l’homme dise : oui, bon, si j’ai le temps, si j’en ai l’envie, je le respecterai. Ces commandements du Seigneur sont notre sagesse et notre intelligence. C’est faire preuve de bêtise que d’entendre la Parole de Dieu et de ne pas en vivre. Et pour ceux qui pensent que le livre du Deutéronome étant de l’Ancien Testament, ne concerne pas le peuple du Nouveau Testament que nous sommes, saint Jacques rappelle opportunément dans la seconde lecture que Dieu a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Voici qui nous confère une responsabilité encore plus grande vis-à-vis de ceux qui ne connaissent pas Dieu, puisque Dieu a fait de nous les premiers fruits, ceux qui doivent servir d’exemple à tous les autres. Nous ne pouvons pas davantage que le peuple du Premier Testament ignorer sciemment la Parole de Dieu ; nous ne pouvons pas davantage que le peuple du Premier Testament ne pas mettre cette Parole en pratique. Elle est, au cœur de notre vie, l’arme que Dieu nous donne pour étouffer en nous le mal et laisser germer et fleurir le bien. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Tout est dit ; tout est clair. Sans la Parole de Dieu, nous allons à notre perte. Sans la Parole de Dieu, impossible de résister au mal qui est en nous. Sans la Parole de Dieu accueillie et vécue, pas de salut possible pour celui qui marche avec Dieu.

Pour dire les choses encore autrement, la foi n’est pas une question d’affichage ou de façade. La foi, l’attachement à Dieu, c’est une question de cœur. C’est là que doit être manifeste la présence de Dieu. Quand Dieu est au fond de notre cœur, il peut agir par nos mains, il peut se dire par nos mots. Mais s’il n’est que sur nos lèvres, il ne peut agir ni par nous, ni en nous. Soyons ce peuple sage et intelligent que Dieu veut rassembler. Soyons cette grande nation dont les décrets et les ordonnances sont aussi justes que toute la Loi que le Seigneur nous donne et nous demande de vivre. Amen.

samedi 21 août 2021

21ème dimanche ordinaire B - 22 août 2021

 L'heure du choix sonne toujours.




            Le dernier passage de l’évangile de Jean que nous entendons en ce temps d’été, nous rappelle que l’heure du choix sonne toujours. Tôt ou tard, dans notre vie de croyants, nous devons nous décider de manière ferme : pour Jésus ou pas. Le conflit que nous rapporte Jean n’oppose pas Jésus à ses adversaires habituels : sadducéens ou pharisiens. Il oppose à Jésus ses propres disciples, pas les Douze qu’il a choisis, mais ceux qui le suivent de villages en villages, ceux qui ont couru après lui quand il s’était embarqué pour aller sur l’autre rive. Ils étaient heureux de l’écouter ; ils étaient contents d’avoir eu à manger gratuitement. Mais là, depuis quelques temps, les paroles de Jésus se font curieuses jusqu’à devenir rudes. Avec ce constat : Qui peut l’entendre ? Il y a un je-ne-sais-quoi de c’en est trop qui flotte dans l’air.

            L’heure du choix n’est pas nouvelle. Elle parcourt toute la Parole de Dieu. Elle avait sonné pour Abraham dans ses vieux jours quand le Seigneur l’a appelé à tout quitter pour le suivre vers une Terre promise. Elle avait sonné pour Moïse quand Dieu l’a appelé depuis le buisson ardent pour qu’il aille libérer son peuple. Elle avait sonné pour ce peuple à la nuque raide qui s’était détourné de son libérateur en faisant fondre un veau d’or. Elle a sonné à nouveau après l’installation en terre promise. Nous l’avons entendu en première lecture. S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. Nous ne saurions poser plus clairement la question. Remarquez ce détail : quand sonne l’heure du choix, l’homme ne peut s’abstenir ; il doit se déterminer. Il doit servir quelqu’un, et ne peut se servir lui-même. C’est ou les dieux des pères, ou les dieux des Amorites, ou le Seigneur. L’homme ne peut vivre sans Dieu. Et surtout, il n’est pas possible qu’il soit son propre Dieu. Ce serait son erreur la plus grave, son illusion la plus grande. L’homme doit nécessairement avoir quelqu’un au-dessus de lui, quelqu’un qu’il reconnaît comme son origine, comme la source de sa vie, comme la référence de ses grandes décisions. Cela ne peut être lui-même ! L’homme n’est pas fait pour être auto-thé !

            Quand sonne l’heure du choix, il faut donc se déterminer. Mais quel critère de discernement ? Sur quoi faire reposer notre choix ? Juste sur une parole peut-être mal comprise ou mal interprétée ? Acceptons-nous d’être bousculés par Dieu ou ne voulons-nous qu’une religion pour bisounours, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Dieu le premier ? Quand la Parole de Dieu se fait rude, est-ce un motif pour dire : c’est assez et tout plaquer ? Jésus insiste auprès de ces disciples : Cela vous scandalise ? Mais que direz-vous quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était avant ? La foi ne peut pas juste reposer sur de belles paroles ; la foi n’est pas l’opium des peuples. Le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous dérangera plus, le jour où ce qu’affirme notre foi ne nous interrogera plus, de deux choses l’une : ou nous serons morts (notre foi et notre espérance seront accomplies), ou nous aurons cessé de croire véritablement. Les paroles rudes de Jésus sont là pour réveiller notre foi, pour nous interroger toujours et encore, pour nous remettre en mouvement si d’aventure nous nous étions assoupis. Elles font partie de ces paroles de la vie éternelle. Ne plus vouloir les entendre, n’est-ce pas déjà renoncer à cette vie éternelle dont elles sont la promesse ? Quand sonne l’heure du choix, nous pouvons redire avec le peuple élu : Nous aussi nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Quand sonne l’heure du choix, il n’y a que la réponse de Pierre à reprendre à notre compte, si c’est bien le Christ que nous voulons suivre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

            Les temps difficiles que nous vivons depuis plus d’un an et demi sont un moment favorable pour entendre sonner l’heure du choix. Rien de mieux qu’un temps de crise pour préciser notre horizon ; rien de mieux qu’un temps de crise pour retrouver ce qui nous fait vivre ; rien de mieux qu’un temps de crise pour redéfinir nos priorités. Le monde d’après, dont plus personne ne nous parle, aura besoin d’hommes et de femmes sûrs, bien orientés, bien guidés, qui ont une conscience claire de celui qui donne sens à la vie des hommes. En réaffirmant notre attachement au Christ Sauveur, qui a livré sa vie par amour de tous les hommes, nous reconnaîtrons en lui la source de notre vie, et dans sa Parole le lieu de notre discernement. Avec lui, nous ne pouvons pas nous tromper, puisqu’il est celui qui ne peut se tromper ni nous tromper. Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui nous libère du péché et de la mort ? Comment pourrions-nous aller à quelqu’un d’autre, puisqu’il est le seul qui a donné sa vie pour nous ? Nous avons largement pu goûter et voir comme est bon le Seigneur. Quel intérêt à goûter moins bon ? Quel intérêt à voir moins beau ? Nous croyons et nous savons que [Jésus est] le Saint de Dieu. Avec lui, nous avons tout. Continuons à le suivre et à l’écouter. Il en va de notre vie. Amen.

samedi 14 août 2021

Assomption - 15 août 2021

 Marie, l'huissier qui nous introduit auprès du Christ.



(Michel Sittow, Assomption, vers 1500, National Gallery of Art, Washington)



            L’assassinat du Père Olivier MAIRE a mis en lumière une congrégation peu connue en Alsace : les Montfortains. Elle regroupe des hommes et des femmes qui s’engagent à la suite du Christ, au service de l’Eglise, selon l’enseignement de St Louis-Marie Grignon de Montfort. Nous lui devons cette expression bien connue : A Jésus, par Marie. La fête de l’Assomption, fête de l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, est l’occasion toute trouvée pour méditer cette marque de la spiritualité des Montfortains. 

            Un reproche souvent fait aux personnes qui ont une trop grande dévotion à Marie est celui de croire qu’elle a plus d’importance que Jésus dans l’œuvre du salut. Or, il faut le redire avec force : seul Jésus sauve, par sa mort et sa résurrection. Mais Marie a joué un rôle éminent dans cette œuvre de salut : elle est celle qui a permis à Dieu de descendre sur terre en prenant vie humaine. Si donc Marie a permis à « l’ascenseur divin » de fonctionner dans un sens (la descente), elle doit aussi lui permettre de fonctionner dans l’autre sens, celui de la montée. En clair, si elle a pu permettre, par son Oui, à Dieu de descendre sur terre, ce même Oui de Marie doit permettre aux hommes de monter vers Dieu. Elle connaît le chemin qui y mène : celui de l’abandon total à la volonté de Dieu, qui se penche vers son humble servante. Le Magnificat décline alors les chemins à suivre et les chemins à éviter pour parvenir à Dieu. Ceux qui craignent Dieu, mais aussi les humbles et les affamés (comprenons les pauvres) sont les favoris de Dieu ; les superbes, les puissants qui écrasent, les riches qui s’enferment dans leurs richesses sont éloignés de Dieu. Spiritualité mariale et amour des pauvres vont de paires. Personne ne peut aimer la Vierge Marie et ignorer le service des pauvres. Nous avons entendu dans l’Evangile de cette fête, que Marie elle-même s’est mise au service de sa vieille cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean le Baptiste par faveur de Dieu. 

            A Jésus, par Marie peut donc s’entendre dans ce premier sens qui consiste à se rendre disponible comme Marie à la volonté de Dieu. On peut aller à Jésus, par l’exemple de Marie. Sa vie tout entière peut devenir notre chemin vers Dieu. Celui qui, comme elle, dit Oui à Dieu en tout ; celui qui, comme elle, se met au service de ceux qui ont en besoin ; celui qui, comme elle, est fidèle à la prière ; celui qui, comme elle, chante la bonté de Dieu, celui-là parvient au Royaume où Dieu attend ses enfants. Il n’y a pas d’autre risque à prendre Marie pour modèle que le risque de finir au paradis, avec elle et tous les saints, réunis autour du Christ qui nous sauve. La fête de l’Assomption doit achever de nous convaincre que c’est bien là notre destinée, puisque ce mystère que nous célébrons aujourd’hui, n’est rien d’autre que la contemplation de ce qui nous arrivera un jour si, comme Marie, nous disons résolument et fermement Oui à Dieu et que nous le servons dans nos frères et sœurs en humanité. 

            A Jésus, par Marie peut aussi s’entendre dans un second sens. Puisque Marie est désormais dans la gloire du Royaume, nous pouvons lui confier notre prière, sûrs que son Fils ne saurait rien refuser à cette Mère qu’il a élevé en son corps et son âme à la gloire du ciel. Celui qui penserait que le Christ est quelqu’un de trop grand pour lui, peut toujours s’adresser à sa Mère, véritable fille d’Eve, pour porter au Christ les demandes qu’il n’ose lui formuler directement. Marie ne nous égare pas loin du Christ, elle nous ramène sans cesse à lui. Ce qu’elle a si bien fait sur terre, c'est-à-dire nous orienter vers Jésus (Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs à Cana, et non pas faites ce que je vous dis), elle continue de le faire au ciel : c’est vers la gloire du Christ que nous renvoie la gloire de Marie. C’est au Christ qu’elle transmet toutes les demandes qui lui sont adressées, sûr qu’elle est que son Fils se plaira à plaire à cette Mère qui plaît même à Dieu au point de préserver de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté son propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Au ciel, Marie n’est pas devenue une déesse ; elle est et reste l’humble servante du Seigneur, l’humble servante de toutes les Elisabeth qui ont besoin d’elle. 

            Que l’on considère Marie dans sa vie terrestre ou que l’on considère Marie depuis son entrée dans la gloire, elle ne cesse jamais d’être comme l’huissier qui nous introduit auprès de son Fils, celle qui nous accueille sans nous retenir, mais qui toujours nous renvoie vers celui qu’elle a mis au monde. Sans Marie, Jésus ne serait pas venu sur terre. Sans Jésus, Fils de Dieu fait homme, on ne parlerait pas de Marie, sa Mère. C’est lui qui lui donne sa juste place ; c’est elle qui nous rappelle sans cesse son importance à Lui, le seul Sauveur, celui qu’il faut écouter, celui qu’il faut chanter, celui qu’il faut servir. Avec Marie, allons à Jésus, avec confiance et espérance. Ce qu’il accomplit pour sa Mère aujourd’hui, il est venu l’accomplir pour nous tous lorsqu’il s’est offert sur la croix. A lui notre reconnaissance et notre action de grâce pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.