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vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


samedi 17 septembre 2011

25ème dimanche ordinaire A - 18 septembre 2011

Pour moi, vivre c'est le Christ !




Pour moi, vivre, c’est le Christ et mourir est un avantage. Combien de temps faut-il à un homme pour arriver à pareille affirmation ? Peut-on seulement arriver à pareille affirmation ? Qu’est-ce que Paul veut nous faire comprendre ?

Pour moi, vivre, c’est le Christ. En transmettant ces mots à ces chers Philippiens, Paul dit son attachement au Christ. Celui qui s’est révélé à lui sur le chemin de Damas est devenu le cœur de sa vie. Non seulement il vit pour le Christ, pour l’annonce de sa Bonne Nouvelle, mais encore il vit par le Christ. Paul a cette prétention d’être véritablement attaché au Christ au point de n’être plus qu’un avec lui. Tout ce qu’il fait, il le fait pour le Christ ; tout ce qu’il fait, il le fait au nom du Christ. Ce qu’il nous livre ici, c’est sa profession de foi en Christ qui remplit et comble toute une vie. Paul n’a plus besoin d’autre chose puisqu’il a le Christ, puisqu’il est en Christ. L’affirmation de Paul devient pour tout croyant une invitation à se fondre en Christ, à prendre au sérieux notre foi et notre relation au Christ. Celui qui a authentiquement rencontré le Christ ne peut plus vivre comme avant. Toute sa vie est transformée, bouleversée, marquée par cette rencontre.

Pour moi, vivre, c’est le Christ signifie aussi qu’il n’est plus possible désormais à Paul, de vivre sans annoncer ce Christ. Celui qui est devenu le cœur de sa vie, il voudrait qu’il devienne le cœur de la vie de tous les hommes, pour que leur vie et leur monde même en soient transformés, pour le bien de tous. Le Christ est un trésor qui se doit d’être partagé. Ayant rencontré le Christ, l’ayant reconnu comme le cœur de sa vie, comment Paul pourrait-il ne pas vouloir l’annoncer aux autres, pour qu’ils bénéficient de la même expérience ? Paul ne pouvait plus, depuis Damas, être autre chose qu’Apôtre du Christ. Quiconque rencontre le Christ en vérité ne peut plus que devenir son Apôtre, chargé d’annoncer la Bonne Nouvelle. Puisque Paul est parvenu à une telle union avec le Christ, il peut nous apprendre à entrer dans une relation semblable.

Paul est tellement devenu Un avec le Christ que son seul désir, la seule chose qui lui manque, c’est d’être pour toujours Un avec lui, par delà la mort-même. Pour moi, vivre, c’est le Christ et la mort est un avantage. C’est bien ainsi qu’il nous faut comprendre la totalité de la phrase. Certes, dès ici bas, Paul a conscience d’être pleinement uni au Christ ; mais il attend comme une délivrance de le voir face à face dans la gloire du Royaume. Il est tellement uni au Christ qu’il a conscience que plus rien, pas même la mort, ne peut le tenir loin de lui. Il comprend sa propre mort comme l’union totale à celui qu’il a accueilli dans la foi. La mort lui est un avantage, parce que de ses yeux, il verra le salut. Vivant pour et avec le Christ, Paul ne craint plus rien, pas même la mort.

Pourtant, si Paul désire la mort pour être totalement en Christ, il ne la provoque pas, il ne la hâte pas, parce qu’il sait que Dieu a encore besoin de lui. Paul est partagé soudain entre son désir d’être face à son Sauveur et sa mission qui est d’annoncer justement le salut à tous. A cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Il ne craint pas de mourir, mais il ne provoque pas la mort parce que les Philippiens ont encore besoin d’entendre Paul, d’entendre sa prédication. Il est plus urgent, plus utile d’annoncer l’Evangile pour le salut du monde que de vouloir être en Christ, dans son Royaume. Entre son désir propre et sa mission, ce qui est premier, c’est sa mission, c’est le monde qui ne connaît pas encore le Christ, ou qui le connaît mal. Comment parviendrait-il, ce monde, à la connaissance du Christ, si tous ceux qui l’ont découvert n’ont qu’une hâte : lui être uni dans son Royaume ? L’Apôtre ne saurait être égoïste et ne penser qu’à son bonheur. Le souci de l’Apôtre, c’est de gagner le monde au Christ, comme lui-même a été gagné au Christ. En choisissant le bien de la communauté, Paul ne renonce pas à son désir, il ne renonce pas à ce qui, pour lui, est fondamental : être avec le Christ ! Il sera avec le Christ dans le service de ses frères. Il sera avec le Christ en menant une vie droite. Il peut alors interpeler cette communauté pour laquelle il diffère son désir propre en l’invitant à mener une vie conforme à la foi qu’elle a accueillie : quant à vous, menez une vie digne de l’Evangile du Christ.

Quand un chrétien est ainsi disposé, il comprend mieux alors la parabole du Christ au sujet des ouvriers de la dernière heure. Qu’importe le temps passé à la mission, qu’importent les conditions et la durée de la mission (dans la chaleur et le poids du jour ou seulement avant la tombée de la nuit), la récompense est la même : vivre avec Dieu pour toute éternité, le voir face à face dans la béatitude du Royaume où il nous attend. Qui peut prétendre vouloir plus parce qu’il aurait travaillé plus ? Nous ne sommes plus dans un système marchand, mais sous le régime de la grâce. Dieu offre le salut à ceux qui travaillent à sa vigne, à ceux qui se laissent gagner par le Christ. Peu importe le temps mis à l’ouvrage ; ce qui compte, c’est que notre cœur soit à jamais au Christ.

Pour moi, vivre, c’est le Christ. Saisis par le Christ au jour de notre baptême, devenu comme lui, nous voici invités à reconnaître sa présence et son œuvre au cœur de notre vie. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi de Paul et son espérance : être un jour totalement uni au Christ Sauveur dans la gloire du Royaume. En attendant ce jour béni, gagnons au Christ nos frères et sœurs qui ne le connaissent pas encore par l’exemple de notre propre vie. Comme Paul, soyons Apôtre du Christ au milieu de nos frères. Prenons notre part de travail dans la vigne du Seigneur. Il n’est jamais trop tard. Amen.









(Photo La Transfiguration, Bible de Gustave DORE)