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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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dimanche 5 juillet 2026

14ème dimanche ordinaire A - 5 juillet 2026

Devenez mes disciples.



(Gustave Doré, Jésus prêchant devant la foule)




 

            La richesse de la Parole de Dieu ne cesse de me surprendre. Nous avons eu droit aujourd’hui à un extrait du prophète Zacharie qui nous parle d’un roi qui vient pour rétablir la paix ; puis d’une méditation de Paul sur le rôle de l’Esprit Saint dans notre vie ; enfin, nous avons entendu Jésus nous parler de sa mission qui est de révéler le Père, et pour cela, il nous invite à venir à lui. Mais quelle est la cohérence de cet ensemble ? Peut-on trouver un verset qui les unirait tous et qui donnerait du sens pour la semaine qui vient ?  La réponse vient de Jésus lui-même et elle tient en trois mots : Devenez mes disciples. Mais cela signifie quoi, devenir disciple ?

            La première attitude, c’est d’accueillir celui qui vient ou qui nous appelle. C’est tellement simple que cela m’avait presque échappé. Ce roi qui vient pour établir la paix, dont nous parle le prophète, ne pourra rien si nous ne décidons pas de l’accueillir dans notre vie. Les grands hommes et les grandes femmes qui ont recherché la paix n’ont pas manqué dans l’histoire de l’humanité ; et pourtant, combien de conflits aujourd’hui encore à nos portes ? Et je ne parle même pas de la violence ordinaire dans nos rues à laquelle tous semblent se résigner ! Nous n’avons pas accueilli ces messagers de paix ; nous ne les avons pas suivis pour œuvrer avec eux à un monde plus juste et fraternel d’où les armes et les chars de guerre auront disparu. Accueillir, ce n’est pas simplement écouter ; c’est tenir pour vrai ce qui est dit ou proposé et prendre notre part. Accueillir, c’est faire nôtre la cause de celui que l’on reçoit.

            La deuxième attitude est soulignée par Paul ; elle consiste à vivre de l’esprit de ceux que l’on a accueilli. Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Être disciple, ce n’est donc pas juste être baptisé, mais vivre de ce Christ et de l’Esprit Saint qu’il nous a transmis. C’est passer de la théorie (l’évangile entendu) à la pratique (l’évangile vécu), en toutes choses et avec tous. Et cela, c’est un peu plus compliqué. Parce que nous avons tous de bonnes raisons de n’être pas évangélique avec untel qui nous a fait un sale coup, ou avec unetelle qui n’arrête pas de mal parler de nous. Et la liste est longue, de motifs de ne pas suivre en tout ce que nous dit l’Esprit. Il y en aura toujours un envers qui l’évangile sera trop difficile à appliquer. Mais pour Paul, il n’est pas possible de transiger. Accueillir le Christ, c’est vivre du Christ, vivre comme le Christ, pour vivre enfin, pour vivre en grand, pour vivre en entier. Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. Comprenez bien qu’il s’agit de l’homme pécheur en nous, et non pas autour de nous. Il n’est pas question de supprimer l’autre, mais bien de supprimer le péché et ce qui y conduit en nous. L’Esprit n’est pas donné pour supprimer ceux qui font du mal, mais pour supprimer notre propre capacité à faire le mal.

            La troisième attitude pour devenir disciple, c’est bien sûr de venir auprès de Jésus, et de rester avec lui quand bien même ce qu’il nous demande peut nous sembler lourd. Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples… Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. Je comprends ces affirmations comme une invitation à ne pas me décourager devant la tâche à accomplir. Il peut sembler quelquefois que le Christ nous demande l’impossible, par exemple lorsqu’il nous dit : Aimez vos ennemis ; ou encore celui qui regarde derrière lui n’est pas digne de moi. Bref, toutes les paroles difficiles de l’évangile ! Devenir disciple, ce n’est pas une vue de l’esprit ; devenir disciple, ce n’est pas la décision d’un moment ; devenir disciple, c’est l’œuvre d’une vie. Et cela passera forcément un jour par la croix, parce que le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais avec son maître. Là où passe le maître, passe le disciple. Mais le disciple y passe avec et grâce à l’enseignement et à l’exemple de son maître. Et le Christ, notre Maître, est passé partout victorieux. Même la mort n’a pu le retenir ! La vie est toujours avec lui ; la vie est toujours en lui. Devenir disciple, c’est partager cette vie et les effets de cette vie. Avec le Christ, nous pouvons tout pour le bien de tous ! Avec le Christ, la mort n’est plus à craindre ! Avec le Christ, le péché est vaincu ! Avec le Christ, Satan est défait.  

            Le changement du monde que beaucoup attendent ne viendra pas d’une recette politique. Ils semblent plus préoccupés en ce moment d’une bonne mort pour nous que d’une belle vie pour nous ! Le changement nécessaire pour que le monde devienne plus juste et plus fraternel ne viendra que d’authentiques disciples du Christ qui laisseront son Esprit infuser en leur vie pour mieux se diffuser autour d’eux. Car l’authentique disciple du Christ ne garde ni le Christ, ni son Esprit pour lui-même. Il veille à ce qu’il parvienne à tous. Devenir disciple, c’est devenir missionnaire, là où nous vivons pour que pas un seul lieu ne soit soustrait à l’amour que le Christ est venu offrir au monde. Amen. 

dimanche 31 mai 2026

Trinité A - 31 mai 2026

 Le mystère chrétien d’un Dieu Un en Trois





(Source : Trinité - Théophane le Grec)



 

 

            Dans le dialogue avec des jeunes musulmans, le mystère de la Trinité reste une incompréhension totale, les musulmans nous reprochant d’être polythéistes, c'est-à-dire de croire en plusieurs dieux. La Trinité défiant la logique mathématique apprise dès le plus jeune âge (1+1+1= 3), comment faire comprendre que nous croyons bien en un seul Dieu qui se révèle en Trois personnes différentes (1+1+1=1) ? Un détour par les premiers chrétiens pourra être éclairant.

            C’est du côté de la Syrie qu’il convient d’aller et de relire saint Ephrem le Syriaque (vers 306-373), qui expliquait ce mystère à partir d’une image, celle du soleil. Il suffit, aujourd’hui encore, de demander à un enfant de dessiner un soleil. Spontanément, il réalisera un cercle plus ou moins parfait d’où partent des rayons. Vous l’interrogez ensuite sur ce que réalise le soleil : il éclaire et il réchauffe. Et vous avez tous les éléments pour expliquer la Trinité, si tant est qu’on puisse expliquer un mystère. Le soleil, c’est un astre, une lumière, une chaleur. L’astre vous ne pouvez le regarder en face : il vous éblouirait. La Bible nous enseigne que nul ne peut voir Dieu face à face sans mourir. Ce n’est que dans le Royaume, à la fin des temps, que nous contemplerons Dieu dans toute sa gloire. Mais, de même que le soleil ne peut se contempler que dans ses effets (lumière et chaleur), de même Dieu ne peut vraiment se comprendre que par Jésus dans l’Esprit Saint. Nos rayons du soleil qui descendent sur terre et nous éclairent, sont une belle image du Christ, descendu en notre monde pour nous éclairer sur la volonté de Dieu et le désir de Dieu d’une Alliance nouvelle et éternelle avec l’humanité. Et la chaleur que répand le soleil et qui nous est agréable est une belle image pour parler de l’Esprit Saint qui a réchauffé le cœur des Apôtres à partir de Pâques (notre cœur n’était-il pas brûlant en nous ?) et qui permet à nos relations humaines et à notre relation à Dieu de n’être pas gelées. L’astre, les rayons de lumière et la chaleur qu’il répand sont trois éléments distincts du même soleil. Personne n’aurait l’idée de parler de trois soleils différents : celui qui est haut dans le ciel et qu’on ne peut regarder en face, celui qui éclaire et celui qui réchauffe. De même, les chrétiens ne parlent-ils pas de trois dieux, le Père en son Royaume que nos ne voyons pas, le Fils qui est descendu nous éclairer, et l’Esprit Saint qui réchauffe notre foi, mais bien d’un seul Dieu qui se révèle à eux en trois personnes, distinctes, mais infiniment unies.

            Ce Dieu Trinité est à l’œuvre dans notre monde. Son projet est et reste un projet d’amour pour tous. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Rien n’est plus urgent à comprendre que cet amour de Dieu pour nous tous. C’st parce qu’il nous aime, qu’il a donné son Fils unique. C’et parce qu’il nous aime, qu’il nous a donné l’Esprit Saint pur que, chaque jour, nous puissions vivre l’Evangile de Jésus Christ. Ce Dieu Père que nus ne verrons qu’à la fin des temps, comment le servir ? Les enfants vous diront : en le priant, en allant à la messe. C’est juste pour une part. mais il faudra leur faire découvrir que c’est d’abord par le frère que l’on voit qu’on sert le mieux le Dieu qu’on ne voit pas. Tout l’enseignement de Jésus, Fils de Dieu, nous oriente vers les autres, vers les plus petits. Toute l’œuvre de l’Esprit Saint consiste à nous mettre en mouvement vers ces hommes et ces femmes que Dieu met sur notre route, pour qu’avec eux, nous construisions un monde plus humain, plus aimant, plus respectueux… qui nous mettra en route vers le Royaume où Dieu nous attend, si nous faisons le choix de vivre avec lui. Dieu nous aime, c’est une certitude. Il nous aime tous et chacun, d’un amour sans limite ; c’est une réalité de notre foi. Mais il nous laissera toujours libres de le choisir… ou pas ! Celui qui a été éclairé par l’enseignement de Jésus et qui, par l’Esprit Saint en a reçu une compréhension juste, sait que le chemin le plus court vers le Père reste le frère et la sœur à aimer, quand bien même cela nous est difficile. L’Esprit Saint nous y aidera, je n’ai aucun doute à ce sujet. Dieu nous aime tellement qu’il s’est donné entièrement à nous en Jésus et dans l’Esprit Saint pour que rien ne nous tienne éloigné de lui et pour que grandisse notre désir de le servir à travers ceux que nous rencontrons. Nous portons tous le Christ en nous, qui nous oriente vers son Père et que l’Esprit Saint nous fait discerner.
 

            Célébrer la Trinité, c’est donc célébrer cet amour qui existe en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, amour que se répand en nous et que nous avons à répandre largement autour de nous. Puisque Dieu est amour en lui-même, nous ne pouvons qu’être amour pour lui être unis. C’est cela le mystère d’un Dieu Trinité ; c’est cela le mystère de l’amour de Dieu répandu pour que les hommes aiment Dieu en s’aimant les uns les autres. En christianisme, Dieu est Un en Trois pour que nous puissions être en lui par le service de nos frères et sœurs en humanité. Dieu, les autres et moi, l’autre Trinité pour nous faire comprendre Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Amen.


samedi 9 août 2025

19ème dimanche ordinaire C - 10 août 2025

 La tenue de service, le vêtement baptismal.







 

            Est-ce de l’humour ou de l’ironie de la part de l’Eglise de nous faire entendre, au milieu de nos vacances, cette affirmation de Jésus : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins et vos lampes allumées ? Elle ne connaîtrait donc pas le concept même de vacances, ce temps où justement nous quittons le vêtement de service, le vêtement de travail ? Aurait-elle quelque chose contre le fait que nous nous prélassions sur la plage, ou que nous randonnions en forêt ou en montagne ? Si nous restons braqués sur la tenue de service qu’il ne faudrait jamais quitter, nous risquons bien de passer à côté de cette autre affirmation de Jésus, dans ce même passage : Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. Vous avez bien entendu : Dieu servira les hommes à table. Pour bien comprendre ce renversement, il faut nous interroger sur cette tenue de service. C’est quoi au juste ?

             En relisant mes homélies des années passées pour ce même dimanche, je m’aperçois que j’ai souvent identifié cette tenue de service avec la nécessité de la charité qui doit rester active, même pendant nos vacances ; ou encore avec l’amour du prochain qui ne prend jamais de vacances non plus. Mais, sans doute parce que je vieillis, je me dis que plus fondamentalement, la tenue de service, c’est le vêtement blanc de notre baptême, le vêtement qui nous a été donné quand nous sommes devenus fils de Dieu, participant à la mort et à la résurrection de Jésus. Gardez la tenue de service, c’est se souvenir à chaque instant de notre vie, ce que nous sommes devenus par le baptême, et vivre selon l’Esprit reçu en ce jour. Ce vêtement blanc a été lavé dans le sang de l’Agneau selon le livre de l’Apocalypse. C’est le vêtement de notre participation à la victoire du Christ sur les forces de mal et de mort qui envahissent notre vie. C’est le vêtement resplendissant du Ressuscité, passé par la mort pour nous appeler à la vie. Depuis Pâques, depuis sa victoire définitive sur le mal et la mort, le Christ est au service de l’humanité pour la conduire à la vie éternelle. Et le signe que nous sommes dignes d’être servis par lui, c’est justement que nous portons ce vêtement blanc, tenue pour le service de Dieu et des frères.

            Ceci nous rappelle que le baptême, ce n’est pas juste être mouillé par quelques gouttes d’eau qui tombent sur notre tête. Le baptême, c’est d’abord un état d’esprit, un art de vivre qui commence toujours par le renoncement au mal et l’accueil de Dieu lui-même au cœur de notre vie. Pour que Dieu puisse nous accueillir à sa table, il faut que notre tenue de service manifeste notre volonté de fuir le mal et de nous attacher à Dieu. Il n’y a pas à craindre de salir ce vêtement blanc en nous frottant à la réalité de notre existence ou à la dureté du cœur de l’homme. La tenue de service ne salit pas parce que j’ose encore me dire chrétien dans un monde qui ne l’est plus, ni parce que j’ose vivre encore en chrétien dans un monde qui nous voit souvent comme une survivance d’un passé révolu. Nous salissons notre tenue de service lorsque nous sacrifions à l’esprit du monde, lorsque nous oublions quel sang nous a rachetés, lorsque nous refusons de voir en chaque humain un frère ou une sœur à aimer.  Nous salissons notre tenue de service en n’étant plus ce que nous sommes devenus par le baptême. Nous sommes faits pour Dieu ; nous sommes faits pour les autres. Si nous nous recroquevillons sur nous-mêmes, nous rétrécissons notre tenue de service jusqu’à la faire disparaître.

             Rester en tenue de service, c’est donc rester chrétien en toutes choses, en chaque instant, même pendant les vacances. Cela nous invite à une réelle créativité, pour témoigner de ce que nous sommes dans les diverses situations de notre vie. Que nous soyons en famille, entre amis, au travail, en vacances, sur un lit d’hôpital ou que sais-je encore, nous avons à porter sans honte notre tenue de service pour que le Christ lui-même puisse nous servir à travers l’Esprit Saint que nous avons reçu par l’onction au jour de notre baptême. D’une certaine manière, notre tenue de service, c’est le Christ lui-même. Il suffit d’entendre Paul quand il écrit aux Galates : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ (Ga 3, 27-28). A ceux qui s’interrogeaient comment Dieu pouvait servir l’homme, la réponse est donnée ici. Dieu sert l’homme, parce qu’il sert son Fils qui a donné sa vie pour tout homme et qui vit en tout homme qui a passé avec lui la grande épreuve. C’est une autre manière de dire qu’il nous ressuscitera avec son Fils qu’il a ressuscité des morts.

             L’invitation à garder la tenue de service est donc une invitation à garder vive et active notre foi, en cultivant la mémoire de notre baptême. C’est une invitation à garder vive notre espérance en la vie avec Dieu pour toujours ; il nous attend dans son Royaume. C’est une invitation à garder active notre charité par l’Esprit reçu, parce que le baptême, ce n’est pas juste un jour de notre vie, c’est toute notre vie.  Que l’eucharistie reçue en nourriture fortifie notre désir de rester en tenue de service, pour la plus grande joie de Dieu. Amen.


samedi 2 août 2025

18ème dimanche ordinaire C - 03 août 2025

 Vanité des vanités, tout est vanité : vraiment ?



(Pieter BOEL, Allégorie des vanités du monde, 1663, Palais des Beaux-Arts, Lille 
Source : Allégorie des vanités du monde / Peintures XVIe - XXIe siècles / Chefs-d'Œuvre / Collections - Palais des Beaux Arts de Lille)




 

            Vanité des vanités, tout est vanité ! Il y a quelque chose de terrifiant dans ce cri de Qohélet, quelque chose de déprimant aussi. Comme si, avec lui, la vie n’avait aucun sens ; comme si tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons, n’était que du vent. Si tel est le cas, nous pourrions nous interroger légitimement : à quoi bon vivre alors ? Si tout est vain, si rien ne sert, pourquoi se fatiguer ?

            Vous l’aurez compris, même si l’affirmation de Qohélet est une parole biblique, nous avons le droit de ne pas être d’accord avec elle. Nous avons le droit de ne pas perdre notre optimisme et de croire que notre vie, avec ses hauts et ses bas, avec ses joies et ses misères, avec ses hauts-faits et ses péchés, non seulement vaut la peine d’être vécue, mais qu’elle a du sens et qu’elle a du prix. Il n’y a rien de plus anti-religieux que le pessimisme. Cela va à l’encontre même de la foi, c'est-à-dire cette confiance inébranlable que notre vie est dans les mains de Dieu, parce qu’elle a été voulue par lui et qu’elle a son sens en lui, avec lui. En ce sens, aucune vie n’est vaine ! Nous avons tous une place à tenir, un rôle à jouer dans ce grand projet de Dieu qui veut le salut pour l’humanité. Et si la tâche peut sembler par moment immense, voire irréaliste, elle n’en est pas moins à conduire à son terme.

 
            Je dois reconnaître, cependant, que Qohélet n’a pas tout-à-fait tort, pas plus que Jésus dans l’évangile. La question de fond qui est posée, c’est celle du pourquoi de nos actions, de nos décisions. Si ma vie ne me tourne que vers moi, vers ce que je peux en tirer pour moi et moi seul, alors oui, je crains que Qohélet et Jésus aient raison. Si j’amasse pour moi, pour être le plus riche, c’est idiot. Un jour, je mourrai, et que deviendra ce que j’ai amassé. Comme le dit Qohélet, il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Ou comme le dit Jésus : Cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? Mais si ma vie est tournée vers les autres, vers le bien commun, ce que je fais, ce que je vis prend du sens, un sens qui me dépasse, un sens qui me survivra. Si je suis tourné vers les autres, ma vie est plus grande que moi. Je n’amasse pas pour moi, je ne vis pas pour moi, je ne produis pas pour moi, mais pour tous.

             Nous pouvons encore faire un pas de plus grâce à Paul qui nous invite à penser aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. Il nous invite à voir plus loin que le bout de notre nez, plus haut encore que le seul bien commun. Il nous invite à ne pas oublier qu’il y a un sens à tout cela et que ce sens vient de Dieu, et de la résurrection du Christ. Parce que le Christ a donné sa vie pour nous, nous devons nous attacher à vivre selon son enseignement, pas juste pour être gentil avec les autres, mais parce que quelque chose de plus grand nous attend dans le Royaume : la gloire du Ressuscité à partager pour toujours. Le sens de notre vie n'est pas ici-bas, dans une vie seulement terrestre, qui a commencé sans que nous y soyons pour quelque chose et se terminera à un moment que nous ne définissons pas, en règle générale. Le croyant en Dieu est appelé à vivre les pieds solidement plantés dans cette terre, parce que c’est là qu’il vit et doit agir, mais avec la tête définitivement tournée vers le ciel, en étant attentif à ce que Dieu attend de lui. Nous ne venons pas à la vie terrestre pour mourir ; nous venons à la vie terrestre pour vivre avec Dieu et en Dieu pour toute éternité. Ce n’est pas une promesse vaine, c’est notre espérance, c’est notre foi, et notre charité nous y mènera.

             A ceux qui veulent donner tort à Qohélet, et réaffirmer que notre vie n’est ni vaine ni insensée, il est proposé de vivre dès maintenant et pour toujours avec Dieu, à la suite du Christ, mort et ressuscité pour notre vie. En apprenant de lui à vivre pour les autres, à donner notre vie pour les autres, nous trouverons sens et dignité, nous recevrons récompense et gloire. Il n’est jamais vaniteux de vouloir servir les autres ; il n’est jamais vaniteux de vouloir pour les autres le meilleur ; il n’est jamais vaniteux de donner le meilleur de soi au service de tous. Vanité des vanités, tout est vanité : oui, si je ne vis que pour moi ; mais jamais si je vis pour Dieu et pour les autres. Amen.

samedi 26 avril 2025

2ème dimanche de Pâques C - 27 avril 2025

 Pâques, l'expérience d'une rencontre.


(Jésus ressuscité et Thomas, image trouvée sur internet)



Depuis la nuit de samedi dernier, et pendant toute cette octave, nous avons pu lire dans les évangiles, différents récits d’apparition du Ressuscité à ses disciples. Et nous avons pu constater que malgré le témoignage des bénéficiaires de ces apparitions, la foi en la résurrection était difficile à intégrer. L’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques n’échappe pas à cette règle. 

Nous sommes au soir de Pâques, au soir d’une journée au cours de laquelle Jésus est apparu à Marie-Madeleine (seule ou accompagnée d’autres femmes selon les évangélistes) ainsi qu’aux disciples en chemin vers Emmaüs. C’est dans la matinée de ce jour que Pierre et Jean ont couru au tombeau, vérifier les dire de la première citée. Cette course au bout de laquelle le disciple que Jésus aimait vit et cru, alors que Pierre restait perplexe, voyant les mêmes signes, à savoir les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Quelques heures ont donc passé, et nous dit Jean, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Nous aurions pu nous attendre à un « youpi, il est ressuscité », quelques sauts de joies et des confetti, mais rien de tout cela. Au moment où il apparaît, il ne se passe rien. Il faudra une parole de sa part et la vue de ses mains et son côté pour que les disciples soient remplis de joie. Il ne suffit pas qu’il se montre, il faut qu’il se fasse reconnaître par quelques signes extérieurs pour qu’enfin cela fasse tilt dans leurs têtes. Le problème, c’est que Thomas n’était pas avec eux quand Jésus est venu. Ce n’est pas bien grave, me direz-vous, ils sont dix contre un ; ils vont bien arriver à le convaincre. Après tout, Jésus n’a-t-il pas soufflé sur eux l’Esprit Saint ? Et bien, ce qui devait se faire, ne se fait pas ! Thomas s’entête devant la joie débordante des dix autres : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Quand on est têtu, on est têtu ! Nous avons entendu la suite, huit jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre sans qu’il ne mette ses doigts nulle part, alors même que Jésus l’y invitait. Que s’est-il passé ? Que manquait-il à Thomas ?

Des générations de prédicateurs semblent dire qu’il lui manquait la foi ; Jésus lui-même semble aller dans ce sens quand il dit : Cesse d’être incrédule, sois croyant ; ou encore un peu après : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Est-ce vraiment la foi de Thomas qui est en cause ? Pour une part, peut-être ; mais ce qui est plus fondamental pour moi, ce qui est en cause, c’est le témoignage des dix. Il n’a pas permis à Thomas de faire ce que les autres ont fait quand ils ont vu Jésus ce premier soir ; il n’a pas fait l’expérience de Jésus ressuscité. Et Pâques, c’est d’abord cela. Faire l’expérience que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant désormais. Quand il fait cette expérience, il n’a plus besoin de mettre ses doigts ou sa main dans les marques de la Passion ; il croit en s’écriant : Mon Seigneur, et mon Dieu, ce qu’aucun autre disciple n’a fait. Je comprends qu’il fallait la figure de Thomas pour les générations à venir. Jésus n’allait pas faire apparition sur apparition pour que les hommes, à travers le temps et l’Histoire croient en lui. Thomas, c’est chacun de nous aujourd’hui, qui n’a pas fait la rencontre en direct live de Jésus ressuscité, mais qui croit sur parole. Toutefois, cet épisode nous rappelle à deux essentiels.

Le premier essentiel, c’est que les mots de la foi que nous avons appris ne restent pas juste des mots appris, enfermés dans notre intelligence ; il faut que ces mots descendent dans notre cœur. Ils doivent devenir les mots qui nous font vivre, quotidiennement. Avant d’être des mots à savoir, ils sont des mots à expérimenter. Apprendre son catéchisme, c’est bien ; vivre de ce que le catéchisme nous apprend, c’est préférable si nous voulons que la foi soit au cœur de notre vie. Le défunt pape François n’a cessé, durant son pontificat, de nous rappeler cela, de remettre la foi au cœur de notre vie, de la faire descendre de notre cerveau vers notre cœur, en passant par nos mains et nos pieds. Quand il nous invitait à aller aux périphéries, il nous invitait à vivre notre foi. Quand il nous pressait à l’accueil des migrants, il nous pressait à vivre notre foi. Quand il nous disait de ne pas juger ceux qui ont une sexualité différente, il nous disait de vivre notre foi. Quand il nous demandait de vivre une Eglise plus synodale, il nous demandait de vivre notre foi. Et la liste est longue encore des moyens très concrets de vivre notre foi, c'est-à-dire de faire en sorte que notre foi descende de notre cerveau vers notre cœur. 

Et cela nous amène au deuxième essentiel. Pour que nos contemporains puissent faire ce chemin d’une foi intellectuellement comprise à une foi vécue, nous devons soigner notre art de vivre et de témoigner de lui. Si pour nous, chrétiens croyants et engagés, Jésus mort et ressuscité est juste une belle idée, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent des preuves. Si nos visages sont durs, nos mains fermées, nos pieds réticents à la rencontre de l’autre différent, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent faire une rencontre. Personne ne rencontre la joie de croire en croisant des visages fermés ; personne ne rencontre Jésus qui invite à accueillir l’autre devant des portes closes ; personne ne rencontre le Ressuscité qui offre sa vie devant des comportements mortifères ; personne ne peut croire en la résurrection du Christ si les mots que nous utilisons pour parler de lui planent au-dessus des nuages ou sont vides. Comme les dix disciples qui ont rencontré Jésus au soir du premier jour de la semaine, nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet de témoigner du Ressuscité. Qu’en avons-nous fait ? Notre vie dit-elle la résurrection de Jésus ? Notre manière d’agir avec les autres leur parle-t-elle de ce Dieu qui aime tout homme, quelle que soit son histoire personnelle ? Pour reprendre une des premières paroles du pape François, sommes-nous témoins du ressuscité, annonçant la Bonne Nouvelle à temps et à contre-temps, ou sommes-nous douaniers de la foi, vérifiant sans cesse d’abord la conformité d’une vie avant d’annoncer Jésus Christ ? Si nous attendons que les autres soient parfaits avant de leur parler du Christ, nous risquons d’attendre longtemps, et nous serions nous-mêmes bien orgueilleux de nous croire parfaits parce que nous pensons avoir la foi. C’est parce que je crois en Jésus qui me sauve par sa mort et sa résurrection que j’essaie patiemment d’ajuster ma vie à son Evangile. Si ceux qui m’ont parlé de Jésus avaient attendu que ma vie soit parfaite, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, parce que je n’aurais sans doute pas encore entendu parler de l’Evangile. 

        En relisant l’épisode de Thomas, certains pourraient être tentés de me dire que même les dix disciples n’ont pas réussi avec lui ! Peut-être est-ce parce que ce n’était encore que des mots pour eux, mais pas une expérience qui a radicalement transformé leur vie au point que Thomas s’en rende compte. La preuve, ils sont toujours entre eux, n’osant se confronter aux gens hors de leur groupe. Pâques est et restera toujours l’expérience d’une rencontre à faire et à vivre, pour la faire vivre à d’autres. Ne désespérons ni de nous, ni des autres ; mais apprenons toujours mieux à faire descendre dans notre cœur ce que notre intelligence peut croire. Alors nous vivrons ce que nous aurons découvert, et nous pourrons le faire découvrir et vivre à d’autres. Amen. 


samedi 25 mai 2024

La Très Sainte Trinité - 26 mai 2024

 La Trinité, une autre manière de vivre l'amour qui est en Dieu.




(La Sainte Trinité, Oeuvre de Bartolo di Freni Cini, XIVème siècle, Musée du Louvre, Département des Peintures. 


 


 

            Pour un concept aussi compliqué que la Trinité, nous aurions été en droit d’attendre quelques explications prises dans la Parole de Dieu elle-même, nous faisant comprendre un peu mieux ce mystère qui veut dire notre Dieu, Un en trois personnes. Hélas, en-dehors de la formule trinitaire employée par Jésus dans l’évangile entendu, nous n’avons rien. Rien qui nous permette de comprendre mieux ce mystère qui défie notre intelligence mathématique. Rien qui explique comment cela marche, un Dieu unique qui est pourtant en trois personnes. 

            Le passage du Deutéronome nous parle de Dieu qui se donne un peuple, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants. L’extrait de la lettre aux Romains nous fait comprendre que nous sommes fils de Dieu par l’Esprit Saint. Quant à l’évangile, il nous fait relire la finale de l’évangile de Matthieu, une apparition aux disciples dont certains doutent encore, leur envoi en mission et l’assurance de la présence de Jésus à leur côté tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous avons bien une lecture sur le Père, une lecture sur l’Esprit Saint et une sur Jésus ; mais cela ne fait pas encore une explication de la Trinité. Cela nous montre juste chacune des personnes à l’œuvre. Et le moins que nous puissions en déduire, c’est que ces interventions sont toujours en notre faveur et toujours pour notre bien. Et peut-être qu’elle est là, la clé de ce mystère : non pas essayer de comprendre ou d’expliquer ce mystère, mais plutôt une invitation à le vivre. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter de vivre cette présence de Dieu Père qui veille sur nous et nous appelle à être son peuple. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter que Jésus, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité et qu’il siège désormais à la droite de Dieu, que ce Jésus, donc, est toujours avec nous, qu’il continue de nous parler de son Père et de notre Père, et qu’il sera toujours avec nous quand nous enseignerons aux autres la joie de croire. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre dans la puissance de l’Esprit, le don de Dieu promis par Jésus, cet Esprit qui nous permet de d’appeler Dieu : notre Père ! Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre comme Dieu vit en lui-même, c'est-à-dire en amour avec Jésus dans l’Esprit qui les unit. Le mystère de la Trinité serait donc un mystère d’amour qui unit au-delà de tout et qui fait que trois ne sont qu’un, tellement ils s’aiment ! 

            Nous prolongerions ainsi la méditation de l’œuvre de saint Jean qui, tout au long du temps pascal, nous a fait comprendre que Dieu est Amour, et que de cette affirmation découlait toute notre vie, tout notre art de vivre à la suite de Jésus, à la rencontre du Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. Pour approcher la Trinité, il nous faut aimer comme Dieu aime. Pour vivre de ce Dieu Un et Trine, il nous faut entrer dans son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et répandre cet Amour. Ainsi, aussi divers que nous soyons, nous serons Un, nous aussi, comme Dieu est Un, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père dans la communion de l’Esprit Saint. Nous serons Un avec Dieu lui-même, puisque c’est de son Amour que nous vivrons et que c’est son Amour que nous répandrons. Il n’y aura plus l’ombre d’une séparation entre nous et Dieu ; et la grande prière de Jésus au soir de sa mort, sera pleinement réalisée, pleinement exaucée : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Oui, plutôt que de chercher à comprendre, vivons ce mystère, vivons de l’amour qui est en Dieu et qui se répand en nous et à travers nous. 

J’entends déjà les petits malins qui viendront dire : en expliquant les choses ainsi, tu ne fais que déplacer le problème. S’il faut aimer pour vivre de la Trinité, il faut alors nous expliquer comment aimer. Parce que dire qu’il faut aimer comme Dieu, c’est facile, mais concrètement, cela donne quoi ? Observez les Ecritures ! Aimer comme Dieu, c’est considérer chaque personne qui croise ma route comme un cadeau de Dieu, et comme un frère qui m’est donné, qu’il soit comme moi, de ma couleur, de mon pays, de ma religion, ou pas ! Aimer comme Dieu, c’est faire des petits nos préférés et avoir pour eux une attention permanente. Aimer comme Dieu, c’est ne juger personne, mais offrir toujours un regard bienveillant, ouvrir un avenir plus grand, croire que rien n’est jamais perdu de l’humanité. Aimer comme Dieu, c’est se battre comme lui, avec lui, pour que la grandeur de l’humanité ne soit jamais réduite et que sa beauté ne soit jamais niée. Aimer comme Dieu, c’est offrir sa vie pour que les autres puissent vivre. Il n’y a pas une page, du Premier comme du Nouveau Testament, qui ne parle pas de l’amour de Dieu pour nous. Prends et lis, et tu apprendras à vivre et à aimer. 

Je vous l’ai dit tout au long du temps pascal : il n’y a rien de plus urgent que d’aimer ! Croyez-le ! Nous aurons tout dit de notre foi, tout compris de notre foi et tout vécu de notre foi lorsque nous aurons commencé à aimer comme Dieu aime. La route a été tracée pour nous par Jésus, suivons-là ! Amen.

 



samedi 11 mai 2024

7ème dimanche de Pâques - 12 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il nous donne tout ce qui est en lui.



 

 

 

            Nous sommes dans ce moment particulier du temps pascal, entre l’Ascension – le retour de Jésus vers son Père – et la Pentecôte -le don de l’Esprit Saint. Certains pourraient croire que c’est là un petit dimanche coincé entre deux solennités ; un petit moment d’attente. Les textes retenus par l’Eglise pour ce dimanche nous prouve qu’il n’en est rien ; ils nous montrent au contraire que Jésus, celui qui est ressuscité, nous donne tout ce qui est en lui. 

            L’évangile entendu fait partie du discours de Jésus, au soir du jeudi saint. Jésus livre ses dernières paroles à ses disciples et prient pour eux. Sa prière est d’abord une prière pour l’unité de ses disciples : Père Saint, garde mes disciples unis dans ton nom pour qu’ils soient uns, comme nous-mêmes. C’est une prière importante à quelques heures du procès et de la mort de Jésus. Il ne faudrait pas, qu’en plus de la mort de leur Maître, les disciples se déchirent entre eux. Et reconnaissons qu’il y aurait de quoi : entre celui qui trahit, celui qui renie et tous ceux qui s’enfuient, si quelqu’un voulait chercher un responsable à la mort de Jésus, les candidats ne manqueraient pas, et les occasions de se taper dessus pas davantage. La prière de Jésus pour l’unité des siens est donc justifiée et plus que pertinente. Mais l’unité ne doit pas juste être une unité de façade ; elle est le signe que ce que vivent les disciples est bien ce que Dieu vit en lui-même : qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Ils ne sont pas seulement appelés à survivre comme groupe à leur Maître ; ils sont appelés, à travers leur vie, à témoigner de la vie qui est en Dieu. 

            La prière de Jésus va encore plus loin. Une lecture attentive nous fait comprendre que par cette prière, Jésus veut tout donner de lui à ses disciples : l’unité qui est celle que Jésus vit avec son Père, mais aussi sa joie (je parle ainsi pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés), la parole qu’il tient de son Père (je leur ai donné ta parole) et même sa sainteté (Sanctifie-les dans la vérité… Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité). Il nous offre tout cela en s’offrant sur le bois de la croix. Dans le sacrifice du Christ sur la croix, se trouve notre unité, notre joie, notre sainteté, bref toute notre vie de disciples de Jésus Christ. Tu veux être un disciple de Jésus Christ ? Contemple la croix et reconnais que Jésus t’a tout donné en se livrant à la mort pour toi. De la croix naissent les disciples ; de la croix naît l’Eglise. 

            Nous comprenons alors mieux le souci de Pierre, dans les Actes des Apôtres, de reconstituer le collègue apostolique tel que Jésus l’avait constitué : douze membres, douze apôtres qui ont accompagné Jésus depuis le début jusqu’à son ascension. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. Puisque par la croix, Jésus nous a tout donné, il faut que son Evangile, sa mort et sa résurrection, soit annoncé à tous les hommes par ceux que Jésus lui-même a choisi. Puisqu’il manque un Apôtre, il faut le remplacer et c’est Jésus lui-même qui est invoqué pour qu’il désigne à nouveau celui qui rejoindra le collège des Apôtres. L’Eglise n’a cessé de faire ainsi depuis, en appelant les évêques à la charge apostolique. 

            Vous le savez bien : l’Evangile du Christ, ce n’est pas seulement un enseignement à retransmettre. L’Evangile du Christ, c’est une parole à vivre. C’est saint Jean qui nous le rappelle dans la deuxième lecture. Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Puisque nous avons accueilli l’Evangile du Christ grâce à l’amour que Dieu nous porte, nous devons transmettre cet Evangile avec le même amour. Parler de Jésus, annoncer Jésus, c’est parler d’amour, c’est annoncer l’amour. Vous pouvez tourner les choses comme vous voulez, vous arriverez toujours au même résultat : Dieu est amour. Tout est dit en ces trois mots de notre foi ; tout est vécu de notre foi quand nous vivons de cet amour. L’amour est la marque des disciples authentiques du Christ, et de la présence de Dieu en nos vies : si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Si vous lisez en entier le chapitre quatre de cette première lettre de Jean, vous lirez ceci à la fin : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. Nous n’avons pas le choix d’aimer ou non à partir du moment où nous nous disons disciples ou amis du Seigneur. Aimer chacun de ceux que Dieu met sur notre route s’impose à nous comme une évidence. Je le disais déjà la semaine dernière : aimer, ce n’est pas du sentimentalisme, mais reconnaître que chaque être humain porte en lui la dignité de fils et de fille de Dieu. A partir de là, je ne peux pas faire de distinction entre les personnes, parce que Dieu lui-même est impartial, et ne fait pas de distinction entre les personnes. Je ne peux qu’aimer tous ceux et toutes celles que Dieu reconnaît comme son enfant. L’autre n’est pas mon frère ou ma sœur parce que je le reconnais comme tel après un processus plus ou moins long et compliqué ; non, l’autre est mon frère ou ma sœur parce que Dieu le reconnaît, comme il me reconnaît, comme son enfant. L’amour de Dieu pour nous ne peut devenir en nous qu’amour pour tous, à la manière de Dieu. Parler de Dieu, c’est parler d’amour. Croire en Dieu, c’est croire en l’amour, car Dieu est amour. 


             Il n’y a qu’une chose à répandre pour faire connaître le Christ : c’est l’amour. Il n’y a qu’une chose à vivre pour vivre du Christ : c’est l’amour. Paul le redira à sa manière quand il explique aux chrétiens de Corinthe que l’amour ne passera jamais ! Et il a bien raison. L’amour sera toujours à la mode ; l’amour sera toujours d’actualité. Et ce n’est pas parce que notre monde connaît, en de trop nombreux endroits, les ténèbres de la guerre, que l’amour doit être oublié. Bien au contraire, plus le monde se déchire, plus les chrétiens sont invités à être témoins de ce que l’amour réalise quand il est vécu à la manière de Dieu. Ne renonçons pas à aimer, sous peine de renoncer à témoigner et à croire en Dieu. Dieu est amour : c’est la seule parole à dire ; c’est la seule parole à vivre toujours. Amen. 

samedi 6 avril 2024

2ème dimanche de Pâques B - 7 avril 2024

 Jésus est ressuscité : et alors ?




                                                        Incrédulité de S. Thomas, Psautier d’Eléonor d’Aquitaine,                                                                                                                        Koninklijke Bibliotheek, Den Haag (Pays –Bas)


 


          C’était il y a huit jours ; dans la nuit, nous étions rassemblés, quand retentit un cri de joyeuse espérance : Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Et nous voilà, huit jours plus tard, rassemblés à nouveau. Et cette question qui revient en moi : ça a changé quoi, ce cri dans la nuit ? ça a changé quoi, que Christ soit ressuscité ? Si je pose la question, c’est pour que nous ne jugions pas trop vite et trop sévèrement les Apôtres. 

          C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. L’ont-ils reconnu tout de suite ? Pas évident, même si plusieurs témoins ont déjà affirmé l’avoir vu, il faut que Jésus leur parle et leur montre ses plaies, pour que soudain ils soient remplis de joie. C’est un processus lent d’entrer dans ce grand mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. Ne nous étonnons pas si, aujourd’hui encore, certains ont du mal à passer de la belle idée sur Jésus (il est ressuscité) à la réalité comprise et vécue de cette résurrection. Nous le voyons avec Thomas, absent ce premier soir, et à qui les autres racontent toute l’histoire. Sa réaction n’est sans doute pas éloignée de celle que nous aurions eu, à sa place : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Ce désir de toucher du doigt, ce désir de la preuve que Jésus est vivant, est bien humain. Thomas ne demande qu’à faire la même expérience que les autres ; ils ont vu, huit jours plus tôt, ses mains et son côté [mains et côté de Jésus]. Nous voyons bien que le témoignage oral de quelques-uns, fussent-ils les disciples de Jésus, ne suffit pas d’abord, pour que d’autres croient, pour que d’autres puissent dire : Jésus est le Christ, le vainqueur de la mort.   

          C’était après la mort de Jésus, mais c’est toujours encore ainsi. Il ne suffit pas d’avoir une belle idée sur Jésus, comme celle qui consiste à dire qu’il est plus fort que la mort et toujours vivant, pour que tous, spontanément, adoptent cette idée et en vivent. En fait, personne ne vit sur une belle idée. Et c’est tout le défi qui est le nôtre : faire comprendre que la résurrection de Jésus n’est pas une belle idée sur Jésus, mais que c’est la réalité de sa vie désormais. Ressuscité, il est vivant ; ressuscité, il est présent au milieu de nous. Cette expérience des Apôtres, au soir du premier jour de la semaine, nous devons la faire, nous pouvons la faire. Mais pour cela, il nous faut vivre du Christ, c'est-à-dire passer des belles idées à la pratique. Ce que nous avons appris au catéchisme, il nous faut le faire descendre du cerveau vers le cœur. Ce que nous avons appris au catéchisme, n’est pas une nourriture pour notre intelligence seulement ; c’est une nourriture pour notre cœur et devient le moteur de notre vie. Je vous l’accorde ; cela prend du temps pour descendre dans le cœur et passer ensuite dans nos mains. Ce que nous avons lu des premières communautés chrétiennes dans les Actes des Apôtres, ne s’est pas fait sur un claquement de doigts. Les premiers disciples et la première communauté croyante avaient un seul cœur et une seule âme, parce qu’ils ont reçu la force de l’Esprit Saint pour être capables de vivre comme d’authentiques témoins du Ressuscité. Pour que nos belles idées apprises sur Jésus deviennent notre réalité de vie, notre art de vivre, il nous faut accueillir ce don de l’Esprit que Jésus avait déjà donné à ses disciples, le soir venu, en ce premier jour de la semaine. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. L’art de vivre chrétien, qui fait de nous des disciples visibles du Christ, ne peut se vivre que dans la puissance de l’Esprit reçu déjà à notre baptême, puis renouvelé à notre confirmation. 

          Certains diront : oui, mais c’est difficile votre truc. Comment peut-on vivre du Christ dans un monde devenu dur et violent ? Rien que ces derniers jours, nous avons vu une jeune fille de treize ans être si violemment agressée qu’elle a fini plongée dans un coma dont elle est heureusement sortie ; et un jeune homme de 15 ans est mort après avoir été tout aussi violemment agressé. Comment vivre en chrétiens dans un tel monde ?  Et je ne parle pas des humanitaires morts « par erreur d’identification » dans la bande de Gaza, alors qu’ils travaillaient à éviter une famine que tout le monde craint ! Et tout cela dans cette grande semaine qui nous a fait célébrer Pâques, la vie plus forte que la mort, chaque jour de la semaine ! Nous vivrons du Ressuscité en croyant la paix toujours possible et en priant sans relâche pour elle. Nous vivrons du Ressuscité en demandant la justice plutôt que la vengeance. Nous vivrons du Ressuscité en témoignant notre proximité et notre attention pour tous les petits et les pauvres qui sont les frères préférés du Christ. Nous vivrons du Ressuscité parce que nous croyons que lui seul peut encore quelque chose pour notre monde quand nous ne pouvons plus rien. 

          A ceux qui se disent : Je croirai en Jésus Ressuscité quand il aura fait cesser la guerre et la violence dans notre monde, il est redit, comme à Thomas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. La foi n’est pas un tranquillisant, un opium du peuple comme l’affirmait Marx ; la foi est le moteur de toute vie humaine vécue à la hauteur de Dieu.  Jésus n’a pas donné sa vie sur la croix parce qu’il n’avait rien de mieux à faire en ce fameux vendredi que nous disons saint ; il a donné sa vie sur la croix pour que tous les hommes puissent vivre une vie à la hauteur de celle de Dieu. Il nous a montré que seul le service amoureux de l’homme peut sauver le monde. Il nous a montré que seule la charité peut vaincre la violence ; seule la charité peut renverser nos logiques de conflits et de destruction. Christ est ressuscité : c’est une certitude absolue pour moi. Et parce qu’il est ressuscité, je me dois de vivre dans l’espérance que je peux vivre de cette vie toujours plus forte. Je n’aurai pas d’autre preuve de la résurrection que mon engagement personnel en faveur de chacun pour une vie meilleure, pour une vie plus grande, telle que Dieu la veut. Il tient à chacun de nous d’y croire et de commencer à en vivre, sans autre preuve que le témoignage de tant de vies données à cause de Jésus. Amen.

samedi 30 septembre 2023

26ème dimanche ordinaire A - 01er octobre 2023

 Quel est votre avis ?



 (icône de la parabole des Deux Fils - Vente d'icônes religieuses (traditions-monastiques.com)

 

 

            Quel est votre avis ? A quelques jours de l’ouverture de la première session du synode sur la synodalité, comment ne pas être ravis par cette question de Jésus : Quel est votre avis ? Elle nous rappelle, avec toute la parabole qui suit, qu’en matière de relation à Dieu, chacun a son mot à dire. Nous avons tellement été habitués à une Eglise où tout venait d’en-haut, que je me demande même pourquoi personne, en haut-lieu, n’a jamais songé à supprimer ce verset, car trop dangereux si le bon peuple se rendait compte qu’il pourrait avoir son mot à dire. 

            La parabole que Jésus raconte n’a rien de compliqué. Un père, deux fils, une demande, deux réponses suivies chacune d’une attitude en contradiction avec la réponse apportée à la demande du père. Celui qui répond oui, finalement ne fait pas ce qu’il a dit ; celui qui dit non, se ravise et fait ce qu’il avait refusé d’abord. Nous avons tous connu cette situation, soit en lieu et place du père, soit en lieu et place des deux fils. Ne pas faire ce que nous avions dit, ou faire ce que nous avions refusé, ne fait pas de nous des gens mauvais ou bon ; au pire, cela fait de nous des grands adolescents qui ne veulent plus à midi ce qu’ils désiraient le matin et finiront par faire le soir ce qu’ils détestaient à midi. C’est la vie, quoi ! D’ailleurs, la question finale de Jésus n’est pas : « Qui est le bon ou qui est le mauvais ?», mais bien : Lequel des deux a fait la volonté du père ? Et tout est là, dans notre relation avec Dieu. La question n’est pas de savoir si nous sommes bons ou mauvais, mais plutôt si, par notre vie, nous faisons la volonté du Père ? Cette question, si elle doit être une attention quotidienne pour nous, ne sera pour Dieu que le regard sur notre vie quand elle parviendra à son terme. Si Dieu se refuse à juger une vie avant son terme, pourquoi nous le permettrions-nous ? Il nous faut avoir une attention à la volonté de Dieu pour nous, mais cela ne doit pas non plus être une obsession. Il y a des situations où réagir comme l’Evangile nous le demande, est quelquefois difficile. Ainsi, par exemple, tendons-nous toujours l’autre joue quand on nous frappe ? Sommes-nous toujours accueillant envers tous, et de bon cœur ? Ne nous laissons-nous jamais entraîner à la colère ? Aimons-nous vraiment toujours tout le monde ?  Le prophète Ezéchiel, dans la première lecture, nous fait bien comprendre que rien n’est jamais jugé d’avance, et que chacun, celui que nous considérons juste, comme celui que nous considérons méchant, peut changer. Le juste peut finir injuste et mourir injuste ; le méchant peut devenir bon et mourir bon. Pour chacun, nous dit Dieu par son prophète, une seule fois suffit ! J’y vois là une invitation à la prudence quand je suis bon, et à l’espérance quand je le suis moins. Rien n’est écrit de mon histoire sinon le fait que Dieu m’aime infiniment. 

            Si je rapproche alors cette parabole de Jésus de l’extrait de la lettre aux Philippiens que nous avons entendu en deuxième lecture, je ne peux m’empêcher de remarquer que l’Eglise, c'est-à-dire la communauté des croyants que nous formons ensemble, a une responsabilité et un rôle à jouer ; et ce n’est pas de juger et de condamner à la place de Dieu. Ecoutons à nouveau Paul et comprenons : S’il est vrai que, dans le Christ (comprenons en Eglise, puisque c’est bien là le lieu où l’on est censé vivre dans le Christ), s’il est vrai que, dans le Christ donc, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Le rôle de l’Eglise, la communauté des croyants, est d’encourager, d’être pleine de tendresse et de compassion… Autrement dit, puisque l’Eglise, ce n’est pas que le pape, les évêques, les prêtres et les diacres, mais bien chacun de nous, nous avons à nous encourager… Pour le dire encore plus clairement, nous sommes responsables de la foi des autres ; nous sommes responsables de leur justice comme de leur méchanceté. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres, dit Paul. Nous encourager, nous supporter, vivre en communion, suppose que nous ayons à cœur notre propre salut et le salut de chaque membre de la communauté humaine. Ecoutons encore Paul : Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus, lui le Juste qui est allé à la mort pour le salut de tous. Jamais le Christ n’a condamné, jamais le Christ n’a rejeté, mais toujours il a averti, toujours il a invité à la conversion, sans juger, mais avec tendresse, respect et amour. 

            Quel est votre avis ? Dans quelle Eglise voulez-vous vivre ? Le synode qui s’ouvre cette semaine touchera cette question. Mais nous ne sommes pas obligés d’attendre ses conclusions prévues au mieux pour la fin de l’année 2024, début de l’année 2025, pour décider que nous voulons, ici et maintenant, vivre en ayant les uns pour les autres les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Que l’Eglise soit à l’avenir plus synodale ne joue pas sur le fait que nous pouvons décider dès maintenant d’être plus fraternels, réellement. Si nous faisons le choix du Christ, nous faisons le choix de vivre comme lui pour nous-mêmes et avec les autres. Rien ne compte davantage que cela, me semble-t-il. Mais ce n’est là que mon opinion. A vous de dire quel est votre avis. Amen.

samedi 29 juillet 2023

17ème dimanche ordinaire A - 30 juillet 2023

 Tout est don, et nous sommes appelés à témoigner de ces dons.


 

 



 


            Il existe encore un malentendu concernant la foi ; il consiste à croire que, pour être sauvés, il nous faut faire des choses pour Dieu, comprenez : il nous faut être gentil avec lui pour qu’il soit gentil avec nous. Ce malentendu a permis le développement de ce que l’on peut appeler « la théologie de la sueur », comprenez des efforts sans cesse à faire pour plaire à Dieu. Et plus vous fournissez des efforts, plus on vous fera comprendre que ce n’est pas encore assez, et donc plus vous continuerez à faire des efforts, jusqu’au jour où soit vous serez découragés et enverrez tout valser, soit vous aurez compris que Dieu n’agit pas envers nous comme un maître tyrannique, jamais satisfait de nous et qui exige toujours plus de nous. Vous entrerez alors dans une relation renouvelée avec ce Père que Jésus ne cesse d’annoncer et qui nous invite à la joie dans son Royaume. 

            N’est-ce pas ce que Paul nous dit dans la deuxième lecture entendue ? Pour parvenir à la gloire du Royaume, Paul ne nous dit pas ce qu’il nous faut faire ; il nous explique tout ce que Dieu fait pour nous. Ecoutons-le à nouveau : Ceux qu’il a destinés d’avance [à être ses fils], il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire. Le sujet de toutes ces actions, ce n’est pas l’homme, c’est Dieu ! C’est Dieu qui fait de nous ses fils et ses filles en Jésus, le premier-né d’une multitude de frères. Et il le fait d’avance, c'est-à-dire que cela fait partie de son projet depuis toujours. Dieu ne veut pas que l’homme se perde loin de lui ; Dieu ne veut pas la mort de l’homme. Il veut sa vie, et pour lui gagner cette vie, il offre Jésus. Pour que l’homme parvienne au Royaume, Dieu prend les devants, et fait tout ce qui est nécessaire pour que l’homme parvienne là où Dieu l’attend. Il nous appelle à être ses fils (ce que le baptême réalise effectivement), il fait de nous des justes (des hommes et des femmes capables de vivre selon la justice de Dieu), il nous a donné sa gloire (c’est quelque chose que nous possédons déjà). Vivre dans la gloire de Dieu, cela commence dès ici-bas, dès notre baptême. Tout ce que Dieu veut pour nous, il l’a déjà fait pour nous ; il nous a déjà tout donné, en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre vie. Il faudra bien un jour que cela rentre dans nos têtes peut-être trop petites pour tout l’amour que Dieu déverse sur nous ! 

            Mais alors, me direz-vous, il n’y a donc pas d’efforts à faire ? Ben non, en fait, non. Ce qu’il convient de faire, c’est de répondre à l’amour que Dieu déverse sur nous. Quand vous êtes tombés amoureux, avez-vous eu des efforts à faire pour dire et vivre votre amour ? Il n’y a pas d’efforts à faire, il y a un amour à accueillir dans un premier temps ; pour être clair, il nous faut reconnaître cet amour de Dieu pour nous et l’en remercier. Et dans un second temps, il faut témoigner de cet amour, c'est-à-dire partager aux autres que nous sommes tous aimés infiniment par Dieu. Et comment fait-on cela ? Pas d’abord par des mots, mais en vivant de manière amoureuse, pas seulement avec Dieu, mais aussi avec tous ceux et celles qu’il met sur notre route. Témoigner de l’amour de Dieu dont nous bénéficions, c’est d’abord répandre cet amour autour de nous par une vie conforme à cet amour. Je redonne plus loin l’amour qui m’est donné ; je le partage largement parce que je l’ai reçu largement ! L’amour de Dieu pour nous ne s’épuise pas, tant qu’il se partage, tant qu’il se répand ; bien au contraire, plus je le partage, plus j’en reçois. Et cela, ce n’est pas un effort à faire, c’est juste une reconnaissance à avoir. Tu m’aimes, Seigneur ; avec ton amour, je peux aimer à mon tour. Et quand nous vivons ainsi, nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons pour nous, parce que reconnaissons-le, c’est quand même plus gratifiant, plus équilibrant, plus libérateur que de vivre en aimant les autres grâce à l’amour de Dieu, que de vivre en nous défiant des autres, en les critiquant, en ne les aimant pas. Nos mauvaises humeurs, nos déprimes, nos colères ne viennent jamais d’un excès d’amour, mais d’un manque d’amour. Ces choses qui nous rongent viennent de ce que nous ne reconnaissons pas ou ne reconnaissons plus combien nous sommes aimés pour ce que nous sommes, tels que nous sommes ; ces mauvaises choses viennent de ce que nous ne transmettons plus l’amour dont nous bénéficions. Nous en avons déjà tous fait l’expérience : c’est quand nous n’aimons plus ou que nous ne nous sentons plus aimés, que nous broyons du noir. Quiconque aime, est dans la joie ; quiconque aime, sait ouvrir son cœur aux autres parce que sa joie, il veut la partager. 

            Avec Paul, passons d’une « théologie de la sueur pour gagner l’amour de Dieu » à une « théologie de la reconnaissance que Dieu nous aime par grâce ». Accueillons ces dons qu’il a préparé pour nous et répandons-les autour de nous. Dieu aime la multitude des hommes d’un amour égal ; il ne nous aimera pas moins parce qu’il en aimera d’autres. Son amour est pour tous, de la même manière, parce que nous sommes tous appelés à devenir fils et filles de Dieu, dans cet immense amour que Dieu porte aux hommes qu’il a créés. Nous aimons Dieu quand nous reconnaissons l’amour qu’il nous porte ; et quand nous aimons Dieu, lui-même fait tout contribuer à [notre] bien, parce que Dieu ne peut pas ne plus aimer. Que cette bonne nouvelle soit pour nous source d’une vraie joie. Amen.

 

 


samedi 1 juillet 2023

13ème dimanche ordinaire A - 02 juillet 2023

 Les effets du baptême.


           

            






            Je vous propose ce matin une méditation de l’extrait de la lettre de Paul aux Romains. Il nous parle du baptême et de ses effets. Parce que le baptême, contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd’hui, n’est pas d’abord un acte social ou familial, mais bien un acte profondément personnel qui engage une vie, notre vie. Et ce n’est pas parce que, comme bon nombre d’entre vous, j’ai été baptisé à un âge où je n’étais pas conscient de cela, que le baptême que j’ai reçu n’affecte pas ma vie aujourd’hui, bien au contraire. N’ayant pas choisi en pleine conscience le baptême, je me dois de me réapproprier son sens véritable. Ainsi seulement, ce choix qui fut celui de mes parents, parce qu’ils voulaient le meilleur pour moi, peut devenir mon choix, pleinement assumé. 

            La première chose que nous dit Paul, c’est que le baptême nous unis à la mort du Christ Jésus : Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Quand je prépare un baptême avec des parents, je constate souvent que cet aspect fondamental du sacrement est le moins connu. Proposez une liste de mots divers contenant mort et résurrection à des parents, et demandez-leur d’enlever de cette liste les mots qui ne parlent pas du baptême, et dans 99,9% des cas, mort et résurrection disparaissent. Peu de chrétiens comprennent spontanément que le baptême a quelque chose à voir avec l’événement pascal. Ils vous parleront plutôt de commencement de la vie avec Dieu, d’entrée dans la famille des chrétiens, mais très rarement de cette participation à la mort et à la résurrection de Jésus. Les sens secondaires ont pris le dessus sur le sens premier. Enlever pourtant l’événement pascal, et le baptême perd sa valeur première qui est de nous rendre participants du salut donné par… la mort et la résurrection de Jésus. Vous voyez : difficile d’y échapper ! Ce n’est pas le fait de faire partie de la famille des enfants de Dieu qui nous sauve, mais bien Jésus mort et ressuscité ! Quand l’eau coule sur notre tête, nous sommes plongés dans la mort de Jésus pour revivre avec lui. C’est le premier effet très concret du baptême. 

            Paul nous dit ensuite pourquoi nous sommes plongés dans la mort et la résurrection du Christ : c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui est ressuscité d’entre les morts. Unis à la mort de Jésus, nous sommes unis à sa résurrection. Le baptême nous ouvre à la vie nouvelle qui est celle du Ressuscité lui-même. Nous sommes totalement sauvés, et nous participons à sa victoire sur le péché et la mort. C’est cela, être sauvé par le baptême : ne plus être soumis à la loi du péché et de la mort. Le péché, même s’il nous arrive d’y succomber, ne nous submerge plus ; et la mort terrestre n’est plus le dernier mot de notre histoire puisque notre nom est inscrit dans les cieux, dans le cœur de Dieu, qui nous appellera à vivre avec lui. Paul insiste : Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. La vie nouvelle qui nous est offerte au baptême et dont nous devons vivre, c’est, selon le mot de Paul toujours, penser que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. Nous pouvons alors relire la vie de Jésus, et comprendre toujours mieux ce que signifie être vivants pour Dieu en Jésus Christ. Toute sa vie, Jésus a été vivant pour Dieu. Toute sa vie, il nous a montré et enseigné comment vivre pour Dieu. Cela passe par l’amour de tous, y compris des ennemis, un amour agissant pas un amour du bout des lèvres ; cela passe par une attention aux plus petits, aux plus faibles ; cela passe par une charité active et inventive ; cela passe par le don de sa vie à ceux qu’on aime. 

Certains voudraient alors des recettes toutes faites, à appliquer simplement. Mais cela n’existe pas, ou alors je serais obligé de faire de la morale. Or la foi n’est pas de la morale. La foi doit conduire à une vie morale ; et ce n’est pas la même chose. Il n’existe pas de recettes toutes prêtes à utiliser, parce que chacun de nous est différent, nos vies sont différentes, nos tempéraments sont différents. Si je vous disais : dans telle situation, faites ceci mais pas cela, je nierai votre différence, ce qui reviendrait à nier votre existence. Je dois me tenir à indiquer la voie à suivre (regardez et vivez comme le Christ nous l’a appris) et vous laisser choisir dans la vie qui est la vôtre, comment vous ferez concrètement. Faire autrement, c'est-à-dire indiquer clairement la seule manière de faire dans telle situation, ce n’est plus vivre en Eglise en respectant la liberté des enfants de Dieu, mais ce serait construire une secte, dans laquelle tout le monde obéirait au grand gourou. Je ne suis pas devenu prêtre pour cela. Notre liberté, acquise à grand prix par le Christ sur la croix, nous oblige chacun à discerner comment vivre pour Dieu dans ce qui fait la vie propre de chacun. Chaque fois que l’Eglise ou l’un de ses membres a cru bon de faire autrement, cela a conduit à des abus dont nous payons le prix aujourd’hui. 

Il revient à chacun de s’approprier la grâce de son baptême ; il revient à chacun d’écouter l’Esprit qui parle à son cœur ; il revient à chacun, après avoir écouté et prié, de faire le choix de sa vie et de ses œuvres. Tout a été donné par le baptême : la grâce de Dieu, la vie du Christ, la force de l’Esprit, la victoire sur le mal et la mort et la liberté qui en résulte. A chacun de conjuguer tout cela pour être chaque jour vivant pour Dieu. Amen.