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samedi 5 février 2022

5ème dimanche ordinaire C - 06 février 2022

 Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.




        Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. J’ai bien conscience, en ces temps qui suivent la publication du rapport Sauvé, qu’il peut-être ecclésialement et politiquement incorrect de relever cette affirmation de Paul pour la proposer à votre méditation. Pour certains, elle ferait partie de ces phrases qui ont permis la mise en place du cléricalisme, source de tous les abus. Ce serait pourtant gravement trahir la pensée de Paul que d’utiliser ce verset pour justifier une position de domination. 

            Paul ne tire aucune gloire de sa mission d’apôtre. Il se défendra toujours d’avoir été à la charge de quiconque. Jamais il ne s’est fait entretenir ; jamais il n’a usé de sa place dans la communauté pour exiger privilège ou attention particulière. Bien au contraire ; il l’exprime très bien quand il écrit aux Corinthiens : Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Il a conscience que son histoire avec Jésus avait plutôt mal commencé. L’attitude de domination, c’était avant, quand il ne connaissait pas encore le Christ, et qu’il avait exigé les pouvoirs nécessaires pour poursuivre et traquer les adeptes de cette nouvelle voie. Sa qualité d’Apôtre ne sera décidément jamais une occasion d’imposer un pouvoir, d’imposer une opinion. Saint Paul n’est pas un ‘self made man’, mais quelqu’un qui a été fait par Dieu à l’image d’un Isaïe dans la première lecture entendue, quelqu’un qui a été saisi par le Christ, à l’image de Pierre dont nous avons entendu l’appel dans l’Evangile. Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Il a conscience aussi qu’il a été saisi par le Christ pour une seule et unique chose : l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Ce n’est pas là la parole d’un homme de pouvoir, mais la parole de quelqu’un qui s’est mis au service d’un Autre pour les autres. Cette Bonne Nouvelle, il y avait urgence à l’annoncer, puisque sa réception conditionne le salut de ceux qui l’entendent. Paul a travaillé pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

            On pourrait objecter, à la vue de l’œuvre de Paul et de son influence dans la jeune communauté, qu’il a quand même pesé lourd. Il est le premier qui a explicité la foi chrétienne, précisé ce que cela voulait dire, dans le quotidien, d’être chrétien. Il l’a fait de manière systématique, répondant avec assurance aux questions que les jeunes communautés qu’il avait fondées lui adressaient. Certes, mais il ne l’a pas fait pour faire valoir une primauté quelconque, mais bien parce que Dieu l’avait saisi et travaillait avec lui, à travers lui. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Ce n’est pas là une belle phrase, mais bien l’expression de sa conscience d’être au service de Dieu. Il a conscience d’agir, selon la belle expression du Concile Vatican II in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le mot important dans cette phrase, c’est celui ajouté justement par le dernier Concile à une expression plus ancienne : le mot ‘Tête’. Ce mot rappelle qu’il n’est pas le Christ ; il est un instrument qui permet à la Tête du Corps qu’est l’Eglise d’agir dans son Eglise. Et cette tête, ce n’est jamais Pierre, Paul, François, ou qui sais-je encore ; cette tête, c’est toujours et exclusivement le Christ que les hommes comme Paul servent. 

Ceux qui servent ne peuvent jamais être celui qu’ils servent. L’œuvre de Paul, l’œuvre des Apôtres, l’œuvre des prêtres, c’est de permettre au Christ, et à lui seul, de guider, enseigner, nourrir, présider son peuple. Le prophète, l’apôtre, l’évêque, le prêtre, le diacre, mais aussi le catéchiste et toute personne investie dans l’Eglise, n’existent que par appel du Christ, appel adressé à eux par l’Eglise. Sans le Christ, sans l’Eglise, ils ne sont rien. Sans le Christ, ils n’ont personne à annoncer ; sans l’Eglise, ils n’ont personne à servir. Paul ne s’annonce pas lui-même, même quand il aura l’audace de dire : prenez-moi pour modèle ! Car aussitôt, il ajoute : mon modèle à moi, c’est le Christ ! In fine, le Christ doit être notre modèle à tous. Qu’il le soit à la manière d’un Paul ou d’un Pierre, importe peu. Il est et reste le modèle unique qu’un Paul ou un Pierre présentent avec ce qu’ils sont. Paul est plus que clair à ce sujet : Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze… et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Si même Paul a finalement été saisi par le Christ, combien plus chacun de nous peut être saisi par le Christ. Ce n’est pas Paul qui compte, c’est le Christ et son œuvre : Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. 

            Rien, dans ces grandes figures appelées par Dieu, ne justifie une prise de pouvoir ou un abus de quelque sorte que ce soit. Tout, dans leur vie, souligne la primauté du message sur le messager. Tout contribue à tourner notre cœur vers le Dieu unique et vrai, et pour les chrétiens que nous sommes, à mettre le Christ, et lui seul, au cœur de notre vie. Qu’il en soit donc ainsi ; il n’aurait jamais dû en être autrement. Amen.

samedi 27 juin 2020

13ème dimanche ordinaire A - 28 juin 2020

De l'urgence d'accueillir toujours.






            Voilà un dimanche qui ne plaira pas à ceux qui trouvent qu’il y a vraiment trop d’étrangers chez nous. Voilà un dimanche qui ne plaira pas davantage aux champions du chacun chez soi et du chacun pour soi. Car voilà un dimanche qui nous parle de l’urgence d’accueillir toujours. 

            L’extrait du deuxième livre des Rois nous parle expressément de l’accueil que reçoit le prophète Elisée chez une femme riche du pays de Sunam. Elle insiste, nous dit l’auteur du livre, pour qu’il vienne manger chez elle à chacun de ses passages, et finit même par lui installer une petite chambre. Certains diront alors : elle est riche, elle peut se permettre ces aménagements. C’est facile d’être accueillant quand on en a les moyens. Est-ce si sûr ? D’autres diront : elle a conscience qu’Elisée est un homme de Dieu ; son accueil, c’est juste intéressé ! Ah bon ? En principe, les hommes de Dieu, les gens les évitent. C’est bien connu, quand tu veux passer une bonne soirée, tu évites d’inviter ton curé, ton rabbin ou ton imam. Y’a pas pire rabat-joie ! Quant à cette femme riche, remarquez bien qu’elle ne demande jamais rien en échange de son accueil. C’est le prophète qui décide de faire quelque chose pour celle qui a déjà tant fait pour lui. L’accueil volontaire, gratuit, n’est jamais déçu ; un bienfait donné n’est jamais perdu. L’homme de Dieu récompensera celle qui l’accueille ainsi. Elle aura ce qu’elle désire le plus : un enfant. 

            Dans l’Evangile, Jésus va donner du sens à l’accueil : Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. Derrière celui qui est accueilli, il y a le Christ ; derrière le Christ, il y a Dieu. Pourrait-il en être autrement depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus ? Pourrait-il en être autrement avec un Dieu qui a pris le parti de l’homme ? Puisque Dieu est présent en chaque homme, accueillir quelqu’un, c’est accueillir la part de Dieu qui est en lui. Aime Dieu et ton prochain se traduit bien dans l’accueil du prochain qui devient l’accueil de Dieu. Certains diront alors : quand Jésus parle de l’accueil dans cet évangile, il ne parle pas de l’accueil de tous, mais de l’accueil que les gens réserveront à ses Apôtres. C’est à eux seuls qu’il s’adresse dans ce passage ! Certes, mais cela ne signifie pas que cela ne s’étend pas à tous. Qui prendrait le risque de laisser Dieu et le Christ devant sa porte parce qu’il ne connaît pas a priori la qualité de disciples de celui qui frappe à sa porte ? N’est-ce pas là un risque trop grand ? Dans le doute, abstenons-nous de nous abstenir d’accueillir ! Il vaut mieux être généreux dans notre accueil, plutôt que de laisser le Christ à la porte de notre vie. Ce serait bien plus grave que d’accueillir tout le monde, non ? Et pouvons-nous honnêtement, sans danger pour nous, refuser d’accueillir alors que nous sommes reconnus comme disciples du Christ ? Ne donnerions-nous pas l’impression, qu’à travers nous, c’est le Christ qui refuse d’accueillir, que c’est le Christ qui rejette ? Ce serait pire que tout, non ? Souvenons-nous de l’avertissement de Jésus : J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            Que cette femme de Sunam nous inspire l’attitude juste et nous partage son sens de l’hospitalité. Que l’enseignement du Christ nous stimule à accueillir sa présence en tout homme, et à témoigner de sa présence en nous. Il a livré sa vie pour tous les hommes ; nous ne saurions faire moins de notre capacité d’accueil. A cause de Jésus et de son amour pour tous les hommes, il y a urgence d’accueillir. Amen.

(Tableau d'Yvette Metz, Série Les enfants d'Abraham)

samedi 26 septembre 2015

26ème dimanche ordinaire B - 27 septembre 2015

Disciples du Christ, pouvons-nous revendiquer une exclusivité ?





Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. Incorrigibles disciples, terriblement humains ! Voilà qu’ils mettraient un copyright sur le nom de Jésus, se réservant le droit de son usage. Si quelqu’un doit se servir du nom de Jésus, il ne peut qu’être lui-même un disciple de Jésus. Tout imposteur sera sévèrement réprimé. Pouvons-nous revendiquer une exclusivité quelconque quant à l’usage du nom de Jésus ?

La réponse de Jésus est claire : Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Zut pour l’exclusivité ! Le nom de Jésus est à tous ; il est du domaine public ! Tous peuvent s’en servir pour faire le bien, qu’ils soient disciples ou non. Ce qui compte, c’est que le nom de Jésus soit répandu, prononcé, invoqué. Ce qui compte, c’est le bien qu’il permet de réaliser en faveur des hommes qui en ont besoin.

Jésus va même plus loin en abordant la question du scandale. Si le disciple n’a pas d’exclusivité sur le nom de Jésus, il a une responsabilité particulière dans le bon usage de celui-ci. S’il scandalise un seul petit qui croit en Jésus, il vaudrait mieux qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. Non seulement les disciples du Christ n’ont pas d’exclusivité sur la parole de Jésus ou l’utilisation de son nom, mais en plus ils ont une clause de moralité particulière. On ne peut pas être disciple du Christ et scandaliser les petits. Le disciple du Christ ne peut pas faire n’importe quoi ! Porteur du nom du Christ, il se doit d’être exemplaire ! Porteur du nom du Christ, il se doit de ne rien faire qui puisse salir ce nom. Saint Jacques est particulièrement virulent avec ceux qui, appartenant au Christ, vivent comme si la venue du Christ n’avait rien changé. Ils abusent de leur position pour s’enrichir au mépris des petits qu’ils exploitent.

Mais alors, est-ce que cela vaut la peine d’être disciple du Christ ? Je crois que oui. Le disciple, s’il ne bénéficie pas de droits supérieurs aux autres, possède pour lui cette proximité du Christ et cette intimité avec sa Parole qui font qu’il est sûr de la parole qu’il entend et qu’il transmet. Le disciple ne se trompe pas en suivant le Christ ; il sait qu’il ne trompe personne en utilisant la parole du Christ pour le bien qu’elle procure aux autres, pour la douceur qu’elle engendre.  Le disciple est celui qui connaît intimement le Christ et qui a choisi de construire sa vie sur son nom. Il sait le prix de l’amour de Dieu pour tous les hommes, et il espère le jour où le Christ sera tout en tous.

Si nous ne pouvons revendiquer aucune exclusivité sur l’usage du nom de Jésus, nous avons pour nous la certitude de ce que ce nom peut engendrer en l’homme. Disciples, nous sommes les témoins privilégiés de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Disciples du Christ, nous sommes les témoins privilégiés de la miséricorde qu’il accorde à tous ceux qui écoutent sa parole et choisissent d’en vivre. Disciples du Christ, nous sommes les premiers bénéficiaires des dons de Dieu et les héritiers de cette Parole, chargés de la faire vivre encore en la transmettant largement pour qu’elle transforme notre monde et le cœur des hommes. Ne nous plaignons pas si d’autres, qui ne font pas partie de notre groupe et qui ont pu goûter à cette parole, la font vivre autour d’eux ; mais réjouissons-nous plutôt du bien qu’elle produit ainsi, sans que nous ayons eu à nous fatiguer. C’est bien le signe que le Christ continue d’agir en faveur des hommes et que notre foi et notre espérance ne sont pas vaines. Plutôt que de nous rendre jaloux, cela devrait nous réjouir. Amen.