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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 31 juillet 2016

18ème dimanche ordinaire C - 31 juillet 2016

Quand l'homme veut se servir de Dieu...






Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous venons de vivre une semaine partagée entre la joie, telle qu’elle s’exprime chez les jeunes rassemblés à Cracovie autour du pape François, et l’horreur, telle qu’elle s’est exprimée à travers l’assassinat sauvage d’un prêtre âgé, célébrant l’amour inconditionnel de Dieu pour tous les hommes dans le sacrement de l’eucharistie. Et reconnaissons-le, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Des prêtres qui sont assassinés, ce n’est pas une chose rare dans le monde. Mais chez nous, en France, en plein 21ème siècle, cela ne s’était jamais vu. Les guerres de religion ont suffisamment marqué l’histoire de notre pays pour qu’aucune Eglise, aucune croyance ne peuvent honnêtement souhaiter le retour à ces temps obscurs. Le pape François, d’ailleurs, a clairement rappelé que si nous étions bien en guerre, ce n’était pas une guerre de religion, mais bien une guerre plus « conventionnelle » liée à des intérêts politiques, économiques ; bref des enjeux de pouvoirs. Ce n’est pas parce que des assassins crient le nom de Dieu qu’il faut crier à la guerre sainte ! L’homme ne peut jamais se servir de Dieu pour servir ses propres intérêts. 
 
L’Evangile de ce dimanche va bien dans ce même sens. Lorsque quelqu’un, du milieu de la foule, demande à Jésus : ‘Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage’, Jésus lui répondit : ‘Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?’ Comprenons bien ce qui se joue ici. Voilà quelqu’un, on ne sait pas si c’est un homme ou une femme, qui fait une demande du milieu de la foule. Il ne fait pas partie de ceux qui suivent Jésus, sinon Luc aurait parlé d’un disciple. Non, ce n’est qu’un badaud, un quelconque qui veut mettre Jésus dans sa poche, s’en servir pour régler une question familiale. Il ressemble à tous ceux qui ne participent jamais à la vie d’une communauté, mais qui, selon ce dont ils ont besoin, se souviennent que peut-être Dieu existe et qu’à partir de ce moment-là, il n’y avait aucune raison qu’il n’intervienne pas pour eux. Dieu n’est pas vraiment Dieu pour eux, juste un alibi, un larbin de service qu’on siffle quand on en a besoin. Ils ne viennent pas à la rencontre de Jésus pour mieux le connaître ; ils convoquent Jésus, ils convoquent Dieu pour qu’il s’exécute en leur faveur. 
 
Les assassins de ce prêtre ont procédé de la même manière : en criant le nom de Dieu, ils l’ont convoqué pour s’en servir, mais ils n’ont pas servi Dieu. Aucun Dieu, qu’il soit annoncé par la Bible ou le Coran, ne peut souhaiter, voire exiger la mort de ceux qui croient autrement, prient autrement, vivent autrement. Mais si d’aventure un tel Dieu existait, il ne mériterait ni son titre, ni l’honneur que les hommes doivent lui rendre. Invoquer le nom de Dieu pour commettre le Mal, c’est offenser gravement Dieu, que vous soyez chrétiens, juifs ou musulmans. Les différents responsables religieux qui se sont exprimés après ce crime ont tous réaffirmé cette même conviction. Dieu ne peut être que du côté de la vie ; Dieu ne peut être que du côté de la paix ; Dieu ne peut être que du côté de la fraternité universelle ; Dieu ne peut être que du côté de l’entraide ; Dieu ne peut être que du côté du partage. 
 
Lorsque nous doutons de l’utilité de poursuivre le dialogue avec celui qui croit autrement que nous, lorsque la peur de l’étranger nous gagne, lorsque nous commençons à croire qu’il vaut mieux que tous ces croyants autrement retournent chez eux, parce que la France ne peut être que judéo-chrétienne, nous participons au même péché : nous voulons nous servir de Dieu pour justifier des orientations politiques en contradiction flagrante avec l’Evangile que nous devons vivre. Depuis le crime, les manifestations en hommage de ce prêtre se sont multipliées. Le plus bel hommage que nous pourrons lui rendre, c’est de poursuivre la voie qu’il avait lui-même empruntée, celle d’une présence vraie, d’une présence amicale et d’un désir de comprendre l’autre, de le rencontrer, sans rien renier de ce qu’il était, sans demander de conversion en contrepartie. Le meilleur hommage à rendre à ce prêtre martyr, c’est de vivre vraiment ce que nous croyons, de vivre vraiment selon l’enseignement du Christ. Il nous a invités à aimer chaque homme, et à prier pour chacun, même celui que nous pourrions considérer comme un ennemi. N’est-ce pas Jésus qui a proclamé heureux les artisans de paix ?
 
Comme souvent, c’est saint Paul qui a raison lorsqu’il nous demande de faire mourir en nous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Loin de nous servir du Christ, nous devons servir le Christ en revêtant l’homme nouveau… Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous. Qu’il en soit ainsi pour nous en ces temps troublés. Amen.

(Dessin de Tomy Ungerer)

dimanche 24 juillet 2016

17ème dimanche ordinaire C - 24 juillet 2016

A l'école d'Abraham et de Jésus...





Il est surprenant, ce dimanche du temps ordinaire qui aborde la prière sans jamais vraiment dire comment faire. Nous aurions sans doute aimé un vrai traité sur la prière, donné de manière exhaustive, pour que nous sachions enfin comment faire au quotidien. Un discours du style : premièrement, pour prier, il faut… deuxièmement, n’oubliez pas de… enfin, troisièmement, songez à… Mais non, rien de tout cela. A la place d’un discours sur la prière, nous avons l’exemple de deux priants : Abraham et Jésus. 
 
Il est surprenant, Abraham, quand Dieu lui confie son projet au sujet des villes de Sodome et Gomorrhe ! Elles n’ont pas bonne réputation ; la clameur au sujet de Sodome et Gomorrhe est grande ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Même Dieu en est incommodé au point de décider d’aller voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à lui. Nous comprenons bien que cela ne peut plus durer ainsi. Dieu envoie donc ses messagers pendant qu’il s’entretient avec Abraham à ce sujet. Le Père Markowitz, dominicain, qui prêchait la retraite à laquelle je participais cette semaine, nous expliquait la nécessité de cet entretien entre Dieu et Abraham, en nous rappelant que la vocation d’Abraham était d’être une source de bénédiction pour tous les peuples. Ce sont les termes de l’alliance fondamentale entre Dieu et Abraham ; si donc Dieu n’entretenait pas Abraham de son dessein pour Sodome et Gomorrhe, il romprait de lui-même l’alliance qu’il a conclue avec son serviteur. Ce n’est qu’en l’avertissant de ce qu’il entend faire, qu’Abraham peut exercer sa vocation. On comprend donc aussi son marchandage avec Dieu. Malgré la rumeur qui court sur ces deux villes, Abraham entend jouer sa part de l’alliance : être pour ses villes source de bénédiction, autant que cela est possible. Ce qui nous vaut cette belle prière d’Abraham qui intercède pour ces peuples. 
 
Elle est surprenante, cette prière, qui ressemble davantage à un marchandage ; mais elle a un but précis. Non pas tant d’abord de détourner Dieu de son dessein que de préserver Dieu lui-même. Pour Abraham, Dieu ne peut pas agir comme si la justice n’avait pas d’importance, comme si le juste devait mourir avec le coupable, comme si le droit pouvait être bafoué par Dieu, sans conséquence. Abraham n’intervient pas pour les villes, mais pour les justes qui pourraient s’y trouver, pour ceux qui ne sont pas coupables de cette clameur qui monte vers Dieu. Quelle image Dieu donnerait-il de lui s’il ne faisait pas de différence entre le juste et le méchant ? Et Abraham de commencer sa litanie : Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville…Peut-être sur les cinquante en manquera-t-il cinq… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ?… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? Abraham a fait preuve de hardiesse ; il s’arrêtera là, à dix. Pour laisser à Dieu un espace, pas beaucoup (10), mais suffisant pour que Dieu puisse accomplir sa volonté (Père Markowitz). Si Abraham nous apprend que nous pouvons tout oser dans notre prière, même ce qui semble n’être qu’un vulgaire marchandage, il nous apprend aussi qu’il faut savoir s’arrêter à temps par respect pour Dieu, par respect pour sa liberté. Abraham a tout tenté, il a abaissé considérablement le seuil fatidique ; le reste, c’est entre Dieu et les habitants de ces cités. S’il avait poursuivi plus bas encore, il aurait été inconvenant. En prière, tout est question de bonne mesure, semble-t-il ! 
 
Elle est surprenante, la question que les disciples adressent à Jésus, car enfin, membres du peuple que Dieu s’est choisi, ils savent prier, ils participent à la prière de leur peuple, au temple ou à la synagogue. Pourtant, ils veulent plus ; ils veulent que Jésus leur apprenne à prier comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. La prière n’est donc pas neutre. Elle identifie celui qui la prononce. Les disciples de Jean prient de telle manière, les disciples de Jésus prieront comme Jésus le leur apprendra. Pour être tout à fait clair, si tu pries comme Jésus l’apprend à ses disciples, tu es donc toi aussi un disciple de Jésus ! On ne dit pas une prière par hasard ; elle traduit notre foi, notre espérance, notre appartenance. Et prier comme Jésus l’a appris à ses disciples, c’est prier le Notre Père. C’est bien là la réponse de Jésus à la demande de ses disciples : Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. Nous dirons tout à l’heure la version liturgique de cette prière, qui est le minimum requis pour se dire chrétien. Il n’y a rien de plus dramatique pour un célébrant que de se retrouver face à une assemblée qui ne saurait plus dire cette prière qui nous identifie comme disciples de Jésus. Ce serait le début de la fin de l’Eglise ! Ce qui compte donc, ce n’est pas tant la méthode que le contenu de la prière ; notre prière doit s’inscrire dans la prière de Jésus. Lorsque nous disons le Notre Père, nous nous unissons à la prière du Christ dans la première partie de la prière, et nous nous conformons à son enseignement dans la seconde partie. Avec Jésus, nous reconnaissons la sainteté de Dieu et notre désir de le savoir connu par tous les hommes ; selon l’enseignement de Jésus, nous demandons ensuite pour nous le pain quotidien, le pardon et la libération du Mal. En fait, nous pourrions dire que Jésus nous demande de le demander lui, à Dieu notre Père : Jésus n’est-il pas le pain qui nous nourrit, la source du pardon offert et celui qui, par sa mort et sa résurrection, nous délivre du Mal ? 
 
A l’école d’Abraham et de Jésus, osons nous mettre en prière. Osons nous présenter devant Dieu, lui confiant nos soucis, nos joies, nos peines, et ceux et celles de nos frères en humanité. Nos chants n’ajoutent rien à ce qu’est Dieu, mais ils nous rapprochent de lui, par le Christ, notre Seigneur. C’est par lui que toute prière doit être présentée devant Dieu ; c’est par lui que nous obtenons toute grâce de Dieu. Amen.

samedi 16 juillet 2016

16ème dimanche ordinaire C - 17 juillet 2016

Avec Marthe et Marie, unifions notre vie.




Marthe & Marie, ou comment choisir entre le yoga chrétien et l’action catholique. Voilà bien présentée, me semble-t-il, la problématique que soulève la liturgie de ce jour. C’est d’ailleurs un grand poncif de la catéchèse et de la prédication. On ne prie jamais assez ; on n’agit jamais assez. Alors quand les deux choses que sont la contemplation et l’action sont mises face à face, que choisir ? 


En lisant l’évangile de ce jour trop rapidement, on pourrait en conclure, trop rapidement aussi, qu’il vaut mieux privilégier la contemplation. Rester là, calme, ne rien faire d’autre que d’essayer d’entrer en contact avec Dieu. C’est bien ce qui semble ressortir de la réponse de Jésus à Marthe qui jalouse sa sœur Marie : Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. Faudrait-il donc suivre cette voie ? Les moines et les moniales auraient-ils alors fait le seul choix acceptable aux yeux du Christ ? Les religieuses cloîtrées vaudraient plus que les religieuses apostoliques ? Pire, dans ce Carmel, les sœurs du chœur auraient-elles plus d’importance que la tourière ?
En nous interrogeant ainsi, nous sentons bien que nous faisons fausse route. Il faut certes lire chaque page d’évangile pour elle-même, mais sans la couper, sans l’isoler du reste. Avant d’opposer ces deux sœurs, regardons l’Evangile dans son ensemble et soyons attentifs à la manière d’agir de Jésus lui-même. Que constatons-nous ? Que Jésus est un grand actif : il parcourt le pays, enseigne les foules, pose des signes forts, guérit des malades nombreux. Mais… Jésus est aussi un grand priant : combien de fois ces disciples l’ont-ils trouvé au petit matin, en prière, à l’écart. La prière de Jésus devient ainsi comme le moteur même de son action ; et son action, comme la révélation au monde de sa grande proximité, sa grande intimité avec Dieu. 
Le livre de l’ecclésiaste nous apprend qu’il y a un temps pour tout. De même, il y a un temps pour prier et un temps pour agir. Les deux ne s’opposent pas ; ils se complètent. Que vaudrait notre action, même catholique, si elle était déconnectée de la prière, déconnectée de toute vraie relation au Dieu vivant et vrai ? Que vaudrait toute activité pastorale si elle ne renvoyait ces auteurs et ses bénéficiaires à l’unique nécessaire : la fréquentation et la suivance du Christ ? Ce ne serait que du vent, vaine agitation à peine capable de brasser un peu d’air ! Que vaudrait notre contemplation si elle ne nous menait pas aussi au Dieu vivant et vrai par les frères rencontrés et soutenus, soutenus y compris par notre prière ? A quoi servirait ma prière si elle ne me tournait pas vers chacun de ceux que le Christ met sur ma route ? Ce ne serait qu’une sorte de yoga chrétien, tout juste capable de me dé-stresser, de me faire évader de ce monde quelquefois trop envahissant. 
Action et contemplation sont définitivement à lier, comme nous sommes invités à lier amour de Dieu et amour du prochain. Il n’y a pas d’action chrétienne qui ne me renvoie et ne renvoie les autres à Dieu ; il n’y a pas de prière chrétienne sans retour vers la vie, sans retour vers les frères. Marthe et Marie sont chacune un aspect de la vie chrétienne. Il faut les tenir ensemble, sans en diminuer aucune. La preuve nous en est donnée par les ordres contemplatifs : dans les grandes traditions monastiques, il y autant de temps consacré au travail qu’à la prière …et au repos. Nous n’aurons jamais fini de choisir entre Marthe et Marie, parce qu’il n’y a rien à choisir. Nous avons à unifier notre vie à l’exemple du Christ lui-même ; alors notre prière sera vraiment efficace ; alors notre action conduira les cœurs à la conversion. Il y Marthe et Marie en chacun de nous : à nous de savoir quand donner la priorité à l’une ou à l’autre selon ce que les circonstances exigent. Pour l’heure qui nous rassemble, assurément, c’est Marie qui doit avoir la première place ! En doutiez-vous ? 
Au début de nos vacances, il est heureux que ce soit justement cette page d’évangile qui nous soit proposée. Quel meilleur temps que celui des vacances pour réunifier notre vie, pour redonner du sens à ce que nous vivons. Ce temps n’est pas simplement donné aux hommes pour se reposer ; il est aussi un temps favorable pour se rapprocher de Dieu, pour retrouver ce Dieu que les soucis du monde, du travail et de la famille ont pu éloigner de nous. Au hasard de nos pérégrinations, prenons le temps de nous isoler dans telle église, telle chapelle remarquable, non pas comme un touriste de base qui les traverserait plus vite qu’il ne traverserait la place du marché, mais comme un croyant qui sait que ce lieu est habité par quelqu’un qui attend un signe, un geste, une prière, qui lui diront qu’il est important pour nous comme nous sommes importants pour lui. Que ce temps de vacances ne soit pas qu’un temps d’agitation supplémentaire ; nous aurions perdu et notre temps et nos vacances s’il en était ainsi. Que Dieu nous en préserve donc, lui qui a envoyé son Christ parler à notre cœur et nous entraîner à sa suite. Amen.
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 211, Juillet 2004, éd. Marguerite)

dimanche 10 juillet 2016

15ème dimanche ordinaire C - 10 juillet 2016

Un renversement de perspective.




Le temps des vacances qui s’ouvre nous invite à un changement de perspective. Voici que ce qui fait l’essentiel de nos occupations quotidiennes est mis de côté pour un temps de repos bien mérité. Et même lorsque l’on choisit de ne pas partir, notre rythme de vie change. Nous arrivons même quelquefois à reconsidérer les choses de la vie. La liturgie de ce dimanche semble ne pas échapper à cette règle. Avec Moïse, avec Jésus, nous sommes invités à un autre regard. 
Le premier regard à changer, c’est celui de notre rapport avec Dieu par la prière. Souvent, des gens me disent : je ne prie pas parce que je ne sais pas quoi dire à Dieu. Comme si l’essentiel de nos relations reposait sur les paroles que nous pouvons prononcer. Moïse, lorsqu’il s’adresse à son peuple, vient nous dire qu’avant de parler à Dieu, il faut apprendre à l’écouter : Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets. Je dois donc plus me préoccuper de ce que Dieu me dit et moins penser à ce que je vais bien pouvoir lui dire. L’écoute de Dieu est nécessaire et indispensable pour bien comprendre ce que Dieu attend de moi, pour découvrir le projet d’amour qu’il porte pour moi. Il ne s’agit pas de se lancer dans un activisme irréfléchi, mais de bien entendre ce que Dieu veut pour ensuite pouvoir le réaliser. Parce que l’écoute de Dieu n’est pas passive ; écouter Dieu, ce n’est pas rester assis à ne rien faire, mais porter en soi (dans ta bouche et dans ton cœur) la Parole de Dieu afin de pouvoir en vivre et la vivre. Dieu ne me parle pas pour faire de belles phrases, mais pour me mettre en route, pour que j’avance à sa rencontre par la rencontre de celles et ceux qu’il met sur mon chemin. 
Le second regard à changer, c’est dans ma manière de me situer par rapport aux autres. Le docteur de la loi qui vient vers Jésus s’interroge à juste titre sur ce qu’il convient de faire avoir en héritage la vie éternelle. La question est importante, ou du moins devrait l’être pour chaque croyant. Il s’agit bien de ne pas rater sa vie à faire des choses inutiles pour se rendre compte au dernier moment que j’ai oublié l’essentiel. La réponse de Jésus renvoie l’homme vers ce qu’il sait de la Parole de Dieu, vers ce qu’il croit avoir compris de ce que Dieu lui demande : Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? Et le docteur de la Loi de reprendre ce qui est essentiel pour lui : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi-même. La conclusion de Jésus s’impose d’elle-même : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. Tout aurait pu s’arrêter là. L’essentiel a été dit. Mais cela ne semble pas suffire à notre homme. Il relance la discussion de façon surprenante :  Qui est mon prochain ?  Je ne sais pas bien ce qu’il attend de Jésus à ce moment-là : veut-il savoir si tous les hommes sont à aimer, ou si on peut effectuer un tri parmi eux : ceux qui sont aimables et ceux qui le sont moins ? Toujours est-il qu’à question surprenante, réponse surprenante. Avec la parabole du bon samaritain, Jésus ne dit pas à l’homme qui l’interroge qui est son prochain, mais il lui demande de se faire le prochain des autres. Un renversement inouï. Ne te demande pas qui est ton prochain, mais de qui tu dois te faire le prochain ! Il n’est plus possible de classer ceux que nous rencontrons : ils sont tous, ceux dont je dois me faire proche. Celui qui croise ma route, s’il a besoin de moi, je dois m’en faire le prochain. 
Va, et toi aussi, fais de même. Cette dernière parole de Jésus au docteur de la Loi qui l’interrogeait, est pour nous tous. Nous ne pouvons plus nous dérober. Disciples du Christ, nous sommes le prochain de tout homme qui croise notre vie, parce que tout homme a été pris dans l’amour de Jésus et sauvé par lui sur la croix. Je ne peux pas défaire ce que l’amour de Dieu a fait pour chaque homme. Je ne peux qu’assumer, avec sa grâce, le salut offert à tous. Je ne peux que, à l’image de Jésus, me faire le prochain des opprimés et des affligés. Ma parole et mes actes doivent annoncer au monde que Dieu est vraiment un Père et qu’il prend soin de tous ses enfants (Prière eucharistique 4 pour diverses circonstances).  A ceux qui se demandaient ce qu’ils pourraient bien faire de ce temps de vacances, voici une belle réponse : ne vivons pas nos vacances en passant à côté des autres sans les voir ; nous pourrions rater une rencontre avec le Christ. Amen.

samedi 2 juillet 2016

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2016

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux !





La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. En cette année qui ne voit aucune ordination sacerdotale dans notre diocèse, cette parole de Jésus mérite que nous nous y arrêtions un peu, et que nous nous interrogions : est-ce grave, docteur ? Est-ce grave qu’il y ait ce gouffre entre le travail à accomplir et le nombre d’ouvriers ? Que faut-il faire pour augmenter le nombre d’ouvriers ? Les années fastes, qu’a pu connaître notre diocèse, vont-elles revenir ? Faut-il seulement qu’elles reviennent ? 
 
A bien lire l’Evangile, on peut dire que ce problème du nombre d’ouvriers est récurrent, puisqu’il est déjà réalité au commencement, au temps de Jésus. Que sont 72 hommes envoyés par deux pour évangéliser le monde entier, dont leur nombre est le symbole ? Qu’est-ce que si peu pour tant de peuples ? Et pourtant, Jésus lui-même n’augmente pas le nombre de ses troupes, mais donne une consigne claire : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. La moisson que les disciples entreprennent n’est pas la leur ; elle est la moisson de Dieu. C’est à son œuvre qu’ils participent. Et qui pourrait croire que Dieu ne se donnerait pas les moyens de réussir son œuvre ? Qui pourrait croire que Dieu se contenterait d’un sous-effectif ? C’est peut-être que la solution est ailleurs ! La solution doit être dans la confiance qu’ils mettent en Dieu justement. D’ailleurs regardez de plus près encore : non seulement ils ne sont pas nombreux à être envoyés, mais en plus les consignes données pour le voyage ne sont guère encourageantes : Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales. Nous comprenons que la tâche sera ardue, risquée (des agneaux au milieu des loups), mais encore qu’ils ne peuvent compter sur rien, sur aucun artifice pour la mission : aucune richesse pour appuyer leur démarche ; pauvres de tout, ils doivent être riches de Dieu, c’est tout. A travers eux, c’est bien Dieu que les gens doivent pouvoir rencontrer ; à travers eux, c’est bien Dieu qui marche sur la route des hommes. 
 
Avec pour seule arme une confiance absolue en Dieu qui peut tout et juste un autre disciple pour compagnon, voici donc les disciples envoyés. Leur stratégie : trouver bon accueil dans une maison, guérir les malades de la cité et annoncer le règne de Dieu. Et même s’ils ne sont pas accueillis, quand même annoncer que le règne de Dieu s’est approché. On ne sait jamais, il en restera toujours quelque chose. 
 
Luc ne dit pas combien de temps aura duré cette mission : nous savons juste qu’ils sont partis et revenu, tout joyeux. La mission a été un succès, le Mal a été combattu. Mais leur joie ne doit pas venir de là, mais de la certitude que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Ces noms inscrits ne sont-ils que ceux des disciples envoyés en mission ? Pour prendre une image plus compréhensible aujourd’hui, n’y a-t-il que les noms des religieux, religieuses, prêtres, laïcs engagés en pastorale à être inscrits dans les cieux ? Que deviennent alors les autres, les vôtres ? Il nous faut écouter Paul dans l’épître aux Galates pour bien comprendre. Il invite les croyants à se réjouir d’être une création nouvelle. Si tous les croyants au Christ sont créature nouvelle, alors leurs noms sont nécessairement inscrits dans les cieux. Et voilà que le chiffre 72 prend un sens nouveau : s’il représente bien la totalité des peuples connus à l’époque, nous pouvons affirmer qu’il représente aussi la totalité du peuple de Dieu. La mission à laquelle Jésus invite ses disciples n’est donc pas réservée à une élite consacrée ; elle concerne tout le peuple que Dieu se donne. Chaque baptisé est invité à témoigner de sa foi, à annoncer le règne de Dieu par sa vie, à oser parler du Christ. Et nous découvrons alors que si chaque chrétien tenait sa place, les ouvriers ne manqueraient pas, alors que si on limite les ouvriers envoyés aux seules personnes consacrées, le problème est réel. L’invitation à la prière de Jésus ne concerne donc pas exclusivement la prière en faveur des vocations sacerdotales et religieuses, bien que cette prière soit vitale et nécessaire. Mais cela est aussi la prière adressée à Dieu pour que chaque baptisé prenne au sérieux sa vocation, pour que chaque baptisé vive selon l’esprit de son baptême. Le premier témoignage à donner aux hommes est bien le témoignage d’une vie placée sous le signe de l’Evangile, le témoignage d’une vie modelée par la parole du Christ vivant et vrai qui invite tous les hommes à une vraie fraternité. 
 
La question des vocations sacerdotales et religieuses ne trouvera pas sa solution si les chrétiens dans leur ensemble ne prennent pas au sérieux leur vocation baptismale. Les personnes consacrées ne tombent pas du ciel ; cela se saurait. Elles naissent et grandissent dans des communautés croyantes vivantes, conscientes de l’importance de la place et du témoignage de chacun. Là seulement peuvent naître des vocations particulières soutenues par tous les croyants. Ce n’est que dans des communautés prenant la parole du Christ au sérieux que peuvent naître des serviteurs de la Parole pour que le peuple ne manque jamais des pasteurs indispensables. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il envoie des ouvriers pour sa moisson. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il fasse de nous tous des témoins crédibles de sa vie donnée et offerte à tous. Amen.  
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)