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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 20 avril 2019

Saint Jour de Pâques - 21 avril 2019

Marie-Madeleine, Pierre et Jean… et nous ! 






            Marie-Madeleine, Pierre et Jean : telles sont les trois personnes que l’Evangile de ce jour de Pâques nous donne à rencontrer. Trois personnes et autant d’attitudes différentes devant l’événement que nous célébrons ce matin.  


            Commençons par Marie-Madeleine. Il est dit qu’elle se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre…. Elle est partie trop tôt de chez elle ! Elle est encore dans les ténèbres, encore dans sa tristesse d’avoir vu mourir Jésus. Elle semble dans sa bulle, et un rien ajoute encore à son trouble dû à la mort de son maître et ami. Du coup, quand elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau, elle ne fait sans doute pas un pas de plus. Je l’imagine bien saisi par une sainte colère : qui a osé ? Et elle part, encore une fois trop tôt, courant trouver Simon-Pierre. Je suis persuadé que, dans son état, elle ne s’est pas approchée davantage du tombeau ; elle n’y est pas entrée. En fait, son sang n’a dû faire qu’un tour et la réveiller pour de bon. Pour elle, tombeau ouvert veut dire corps enlevé. Pas besoin d’entrer dans le tombeau, pas besoin de vérifier. Cela devient pour elle une évidence, une vérité, qu’elle s’empresse de répandre, sans même réfléchir. Les ténèbres de la colère devant ce qui ne peut être qu’une profanation s’ajoutent aux ténèbres de la tristesse, et nous plongent tous dans les ténèbres de la perplexité. Nous arrêterions là la lecture de l’évangile, que nous serions tous perdus, désorientés, révoltés. Même dans un tombeau, on n’est plus à l’abri d’être volé ! Quelle époque vivons-nous ?


            La réaction de Pierre et de l’autre disciple, celui que Jésus aimait et que la Tradition identifie à Jean, ne se fait pas attendre : ils vont vérifier ce qui vient de leur être rapporté. Après tout, peut-être qu’elle s’est trompée ; peut-être qu’elle aura mal vu, peut-être qu’elle aura confondu avec un autre tombeau. Après tout, dans son état, et au petit matin… quoi de plus normal ! En plus, elle était seule : autrement dit, son témoignage n’est pas recevable selon l’adage ancien : testis unus, testis nullus (témoin unique, pas de témoin). Partis à deux, ils établiront une vérité entière. Mais ça, c’était ce qu’on croyait avant… avant l’événement radicalement nouveau de la résurrection ! 


            Regardez Pierre : un peu plus vieux que Jean, il se laisse distancer. Mais quand il arrive, l’âge reprend ses droits. Il entre dans le tombeau, en premier, et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Une description digne de la série Les experts : c’est un vrai rapport d’enquête. Mais il n’en fait rien ; il y a des indices, mais pas de preuves. Et puis qui aurait l’idée, non seulement de voler un corps, mais en plus de le débarrasser de ses bandelettes ? Enfin, quand Jésus a ressuscité Lazare, il est sorti du tombeau dans ses linges. C’est quand ils ont constaté qu’il était vivant qu’ils l’ont dégagé de son carcan qui sentait la mort. Alors que là, ceux qui auraient déplacé le corps de Jésus aurait pris soin de laisser les linges, bien pliés en plus ? Pour Pierre, tout cela ne doit pas avoir beaucoup de sens. Pas très catholique tout ça, même si tout est bien rangé ! 


            Reste Jean qui, bien qu’arrivé en premier, n’était pas rentré dans le tombeau. Quand enfin il y plonge, on nous dit simplement, mais comme une évidence : Il vit et il crut. Certes, il voit ; il n’est pas aveugle après tout. Mais il voit au-delà de ce que voient ses yeux. Il a déjà le regard de la foi. Peut-être qu’il était le seul à pouvoir voir ainsi, puisqu’il était le disciple que Jésus aimait. Peut-être faut-il avoir ressenti tout l’amour de Jésus pour nous, pour être capable de croire l’impossible, à savoir que celui qui était mort est désormais vivant. Et sans doute faut-il avoir ressenti cet amour de Jésus pour nous, pour affirmer que cet événement nous concerne tous, et que si le Christ, qui était mort, est maintenant vivant, alors nous aussi, nous pourrons passer de la mort à la vie. 


            Parce que la grande nouveauté qui a jailli au cœur de notre nuit, c’est bien que la résurrection du Christ à quelque chose à dire à notre vie. Cet événement ne concerne pas que Jésus. Cet événement a eu lieu pour nous, pour notre vie, pour notre salut. N’en doutons pas un instant ! Jésus n’est pas mort sur la croix parce qu’il en avait envie ; il est mort sur la croix pour tuer la mort et le péché et nous entraîner à sa suite dans une vie libérée, marquée à jamais du sceau de l’éternité, du sceau de Dieu lui-même. Désormais, et plus que jamais, nous sommes à lui, lui qui nous a rachetés à grand prix. Avec l’incarnation, Dieu basculait du côté de l’homme pour vivre en toute chose sa vie ; avec la rédemption, c’est l’homme qui bascule du côté de Dieu pour vivre en toute chose de sa vie. 


            Nous pouvons comprendre l’appel de Paul aux Colossiens quand il les invite à vivre autrement désormais. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en-haut. Autrement dit : vivez grand, vivez à la mesure de Dieu. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre mieux ce que cela signifie. Mais sachons déjà que la victoire sur le Mal et la Mort s’est accomplie en nous au moment de notre baptême. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous vivons déjà de la vie de Dieu. Laissons-là donc grandir et s’épanouir en nous, pour que la gloire de Dieu soit manifestée, le salut du monde proclamé, et la joie des hommes révélée. Amen.



(Œuvre non connue, trouvé sur internet)

dimanche 24 février 2019

07ème dimanche ordinaire C - 24 février 2019

Jésus Christ et Shakespeare : même combat !






Dites-moi franchement : est-ce que cela vous donne envie d’être chrétien (ou de rester chrétien) quand vous entendez l’évangile de ce jour ? Avez-vous vraiment envie de toujours tendre l’autre joue, de toujours faire le premier pas après une dispute, de toujours céder le pas à celui qui vous veut du mal ? Chaque fois que je lis cette page, j’ai l’impression d’entendre le monde entier rire : encore un naïf qui croit qu’à force d’amour on peut changer le monde et les hommes ! 

Pourtant, nous voulons bien y croire, à l’amour, dans sa version romantique. Comment expliquer autrement qu’une des pièces de Shakespeare la plus jouée au théâtre, la plus adaptée au cinéma, soit justement une pièce qui nous parle d’amour et de haine : Roméo & Juliette ? Je vous en parle parce que je trouve qu’il y a là un même combat qui est mené par Jésus et par Shakespeare : démonter le mécanisme de l’amour et de la haine. Shakespeare le faisait à travers deux familles au destin lié qui aimaient se détester ; Jésus l’a fait bien avant lui, entre autres dans cette page d’évangile, invitant ceux qui le suivent à se démarquer des autres hommes par une perfection dans l’amour. 
 
Reconnaissons-le d’emblée : comme les autres, les chrétiens ont du mal à aimer, même ceux qui les aiment. Là, je prends volontiers le contre-pied de Jésus qui semble nous dire que c’est facile d’aimer ceux qui nous aiment. La vie nous apprend tous les jours que ce n’est pas aussi évident. L’amour n’est jamais facile. Car aimer quelqu’un, suppose être capable de demeurer dans l’amour même quand cela va mal ; aimer quelqu’un, suppose de l’aimer malgré les déceptions que l’autre peut provoquer en moi. En dehors de la patience et d’un amour à renouveler quotidiennement, je ne vois pas de solution. Un tel amour est exigeant, crucifiant : le Christ, le premier, nous en a donné l’exemple. L’amour peut mener à la mort. Que les allergiques au discours religieux relisent Roméo & Juliette : mêmes causes, mêmes effets ! 

Comme les autres, les chrétiens n’ont pas à se laisser marcher sur les pieds. On a souvent voulu faire croire qu’au nom de l’amour, il fallait tout endurer, y compris l’injustice, y compris les coups (tendez l’autre joue à celui qui vous frappe !). Les chrétiens seraient-ils des moutons qui se laissent tondre sans rien dire ? Les chrétiens laisseraient-ils faire l’injustice sans réagir ? C’est oublier un peu vite tous ces croyants qui, au long de notre histoire, se sont levés pour dire NON à la violence, NON à l’injustice, et qui se sont battus, parfois contre leur propre camp, pour que l’homme, tout homme, soit respecté ! Pensons au Dominicain Bartolomé de Las Casas qui défendit la dignité des peuples de l’Amérique du Sud en pleine période de la colonisation. 

Plus que les autres, les chrétiens sont invités à être témoin de l’Amour, témoin de ce Dieu qui nous a fait pour la vie, témoin de ce Dieu qui a tout donné par amour pour nous. Notre amour n’est pas meilleur que les autres, il a peut-être simplement la chance de s’appuyer sur l’unique amour de Dieu pour tous les hommes. Ainsi, en prenant exemple sur le Christ, nous pouvons renforcer notre amour. Pour nous, Dieu est la source de tout amour ; nous savons que nous pouvons nous appuyer sur lui pour renverser les montagnes de haine qui opposent les hommes. Frère Laurent, dans Roméo & Juliette l’avait oublié : il a préféré manier les poudres et le mensonge (faire croire à la mort de Juliette) pour faire vivre un amour qui semblait impossible. S’il s’était souvenu, ne serait-ce qu’un instant, qu’il était le témoin de l’Amour, il serait monté lui-même au front, au lieu d’envoyer à une mort certaine l’amour naissant de deux adolescents. 

Témoins de l’Amour véritable, les chrétiens sont, plus que d’autres, appelés à être aussi témoin du pardon. Les premiers, ils doivent renoncer à rendre le mal pour le mal ; les premiers, ils doivent briser le cycle de la violence. C’est cela tendre l’autre joue : trouver l’attitude qui désarmera l’adversaire et lui fera cesser sa violence. Regardons le Christ. Lorsqu’il est mis en accusation, il est frappé par le serviteur du grand prêtre. Que fait-il alors ? Il ne tend pas l’autre joue : il demande simplement : « Pourquoi me frappes-tu ? Montre ce que j’ai dit de mal ». Un mot suffit quelquefois pour briser la violence. Encore faut-il en avoir le courage et la volonté. 

Être témoin du pardon, c’est aussi ne pas désespérer de l’homme, ne pas l’enfermer dans le mal qu’il m’a fait. C’est croire finalement qu’il peut devenir meilleur, que le mal ne se transmet pas de génération en génération dans une famille. Les Montaigu et les Capulet l’ont compris trop tard. La haine qui les opposait, et qui a entraîné la mort de leurs enfants, qui peut me dire ce qui l’a déclenché ? Dans nos villages, il arrive que des familles se déchirent encore aujourd’hui pour des histoires qui ont concerné leurs arrière-grands-parents ! Le motif de la discorde est oublié depuis longtemps, mais pas la haine ! Elle ronge le cœur des descendants depuis des générations et l’on ne voit pas bien pourquoi cela s’arrêterait. On a toujours fait comme ça ! Croyants, nous ne pouvons pas nous résoudre à ce genre d’explication. Croyants, nous ne pouvons pas permettre que perdure la haine et ses conséquences. Il nous faut choisir : la haine ou le Christ ! Ou, pour ceux qui préfèrent Shakespeare : Tybalt ou Roméo ! 

Témoin de l’amour, témoin du pardon : où en sommes-nous de notre foi en Dieu qui nous aime, de notre foi en l’homme, image et ressemblance de Dieu ? En 2001, ils étaient nombreux, ceux qui chantaient : « aimer, c’est ce qu’il y a de plus beau, c’est ce qu’il y a de plus grand, aimer, c’est payer le prix, donner un sens à sa vie ». Sont-ce là juste les mots d’un spectacle ou une réalité qui nous remue au plus profond ? Pouvons-nous entendre le Christ nous dire aujourd’hui qu’il faut aimer, y compris nos ennemis, ceux qui nous maudissent, ceux qui nous calomnient sans nous sentir provoqués à dépasser les limites de l’amour humain pour entrer dans l’amour divin ? Il est plus que temps, pour notre monde, que se lèvent des hommes et des femmes passionnés par l’amour et le pardon ; il est plus que temps que tous les chrétiens vivent d’un amour et d’un pardon contagieux, pour le bonheur et le salut du monde. AMEN.

 

 

 

 

mercredi 9 mai 2018

Ascension de notre Seigneur - 10 mai 2018

Jésus s'en va ; et nous, que devenons-nous ?






Nous laissons temporairement la lecture continue de la première lettre de Jean au bénéfice de cet extrait de la lettre de Paul aux Ephésiens que la liturgie affecte à cette fête de l’Ascension. En treize versets, Paul parle de nous, du contenu de la foi, du Christ, des dons qu’il nous a faits et de notre mission. Ce passage vaut la peine que nous nous y arrêtions un peu. 

Lorsque Paul écrit cette lettre, il est en prison à cause du Seigneur. Et son souci, ce n’est pas lui, sa vie ou son avenir. Son souci, c’est ce que vivent les chrétiens d’Ephèse. Il les exhorte à vivre selon l’enseignement du Seigneur : dans l’humilité, la douceur, la patience, l’amour, l’unité et la paix. Rien d’autre finalement que ce que Jean n’a cessé de nous répéter durant les cinq dimanches que nous avons vécu depuis Pâques. Il décline à sa manière l’art de vivre du croyant au Christ. Ce que Jean résumait dans : Aimez-vous les uns les autres, Paul le précise : l’amour des autres nous rend humbles, doux, patient ; il nous pousse à rechercher en toutes choses l’unité et à vivre en paix. Là où il y a l’amour, il ne saurait y avoir rien de Mal. Jean l’avait bien compris et l’Eglise à sa suite n’a cessé de nous le redire depuis Pâques : notre vie prend sa valeur dans l’amour. Rappelez-vous ce que nous disait Jean dimanche : celui qui aime connaît Dieu ; et qu’est-ce que connaître Dieu sinon être pleinement vivant ? 

Cet art de vivre, Paul l’appuie sur la foi. Les fidèles du Christ ne peuvent vivre que dans l’amour parce qu’ils sont appelés à ne former qu’un seul Corps vivant dans un seul Esprit. On ne partage pas le Christ, on ne sépare pas le Christ. Fidèles du Christ, nous sommes son Corps visible, nous vivons de son Esprit, cet Esprit qu’il a remis sur la croix afin que tout soit accompli. Nous ne formons qu’un corps parce qu’il n’y a qu’un seul Seigneur (le Christ), qu’une seule foi, qu’un seul baptême (qui nous unit au Christ et nous fait membre de son Corps), qu’un seul Dieu et Père de tous. Tout se tient, tout doit se tenir ou tout s’écroule. Et l’Histoire nous a montré ce que donnait la vie des hommes lorsque les chrétiens ne sont pas unis par la même charité, ni soucieux de l’unité et de la paix. Cela n’a jamais rien donné de bon. Ils se sont tous éloignés de Dieu, le revendiquant pour leur groupe contre les autres. Ne pas vivre cette unité dans la paix, c’est comme refuser l’œuvre du Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes.
 
Paul rappelle alors la grandeur de cette œuvre vécue en deux temps : il est d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre, puis il est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. C’est ce mystère que nous célébrons en ce jour. Dieu, en Jésus, s’est abaissé pour nous élever avec le Christ auprès de lui. Dieu n’a pas sauvé l’homme de l’extérieur ; il s’est fait homme pour faire monter l’homme vers Dieu. Il a rendu l’homme capable de Dieu. L’Ascension est une déclinaison du mystère de Pâques. Dans la résurrection est contenu déjà ce retour vers le Père ; c’est un même mouvement. Et nous serons appelés à vivre nous aussi ce même mouvement lorsque nous serons appelés à vivre définitivement auprès de Dieu. C’est toujours la joie de Pâques qui se prolonge dans la fête de ce jour.  
 
Que le Christ retourne vers son Père, voilà qui semble plutôt bien donc. Mais nous, dans tout cela, que devenons-nous en attendant ? La réponse est donnée par Paul : Il a fait des dons aux hommes. Il ne nous laisse ni seuls, ni désorganisés. Il a tout donné pour que se construise le Corps du Christ : Apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs, enseignants. La parole du Christ n’est pas tue depuis qu’il est retourné vers son Père. Il a envoyé ses disciples en mission pour qu’ils soient ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous sommes faits témoins de celui qui est ressuscité des morts et retourné vers son Père. Par notre art de vivre souligné au début de l’extrait de la lettre aux Ephésiens, nous devons édifier ce Corps du Christ vivant. Il ne s’agit pas seulement de l’entretenir en essayant d’en perdre le moins possible, mais de le faire grandir. Il s’agit bien que tous les hommes, de toute la terre, reconnaissent en Jésus le Messie Sauveur, le Fils unique de Dieu venu sur terre pour sauver tous les hommes. Comme le dit si bien Paul, nous devons parvenir tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. Nous devons grandir dans notre foi. Nous avons notre part à prendre dans l’œuvre du Christ pour qu’il soit tout en tous. Le retour du Christ dans la gloire de son Père marque le début de notre envoi en mission. La feuille de route nous est donnée, l’horizon est indiqué.

Le Christ retourne vers son Père et nous confie la terre qu’il a recréée dans sa mort et sa résurrection. Nous nous retrouvons dans la position d’Adam jadis au jardin de la Genèse : co-créateurs avec Dieu, responsables de son œuvre, responsables les uns des autres pour qu’ensemble nous parvenions là où Dieu nous attend, là où le Christ aujourd’hui nous précède. Apprenons des erreurs d’Adam, vivons de l’exemple du Christ ! Et préparons-nous à recevoir le don déjà promis, la force de l’Esprit Saint. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 13 janvier 2018

02ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2018

Passage de témoins.





Le troisième dimanche de l’Avent, nous avions laissé Jean le Baptiste au bord du Jourdain, aux prises avec les prêtres et les lévites venus pour lui demander : Qui es-tu ? Nous le retrouvons aujourd’hui, au lendemain de ce même jour dans l’évangile de Jean, avec deux de ces disciples. Et Jésus est là, qui allait et venait. L’annonceur et l’annoncé, dans un même lieu, et cette affirmation de Jean le Baptiste : Voici l’Agneau de Dieu. Et voilà que le témoin est passé entre ces deux hommes : les deux disciples (de Jean le Baptiste) entendirent ce qu’il disait et ils suivirent Jésus. 
 
Ne trouvez-vous pas extraordinaire cette capacité qu’a Jean le Baptiste de se détacher ainsi de sa mission-même. Celui qu’il annonce est là et il s’efface. Pas de guerre d’égo ; pas de recherche de reconnaissance du travail accompli. Jésus vient, et Jean le Baptiste laisse ses propres disciples suivre Jésus, sans chercher à les retenir. Il ne devient même pas la caution morale de Jésus en s’engageant lui-même à sa suite pour dire aux gens que c’est lui dont il parlait. Celui qui affirmait : Je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale, ne se juge pas plus digne de marcher derrière lui. Il voit Jésus, il témoigne, il laisse partir. C’est maintenant le temps du Messie, c’est le commencement de quelque chose de neuf. Les disciples de Jean deviendront les témoins de Jésus. Un changement dans la continuité, dirais-je. 
 
De là, tout semble aller très vite : deux disciples qui suivent (André et un autre), puis trois (Simon Pierre, le frère d’André) et quatre (Philippe) et même un cinquième (Nathanaël) lorsqu’on lit tout le chapitre premier de l’évangile de Jean. Pourquoi suivent-ils ainsi ? Pourquoi se mettent-ils en route, à la suite d’un inconnu ? Pour André et Philippe, c’est assez clair : ils reconnaissent en Jésus le Messie. C’est par cette affirmation qu’André décide son frère Simon à suivre aussi. C’est par une affirmation semblable que Philippe entraînera Nathanaël à la rencontre de Jésus : Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth. Mais plus fondamentalement, pour tous ces hommes, parce qu’ils y ont été invités : Venez et vous verrez, dira Jésus aux disciples de Jean le Baptiste qui l’interrogeaient. Suis-moi, dira Jésus à Philippe. Viens et vois, dira Philippe à Nathanaël en réponse à sa question : De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? 
 
Pour devenir disciple, il faut donc y être invité. Rassurez-vous : Jésus a invité chacun à le suivre, et à travers nous, il continue d’appeler à le suivre. C’est notre responsabilité de croyants d’inviter les hommes à la rencontre de Jésus. Encore faut-il que nous soyons convaincu que Jésus est bien le Messie. Pour rester disciple, il faut avoir fait cette découverte et sentir que Jésus est plus qu’un grand homme. Il est celui qui donne sens à notre vie, il est celui que Dieu envoie pour nous sauver, selon les promesses faites à nos pères. Ayant découvert cela, comment pourrions-nous le garder pour nous et ne pas en témoigner ? Manquerions-nous de témoins aujourd’hui ? Ou manquerions-nous de courage ?  Aurions-nous peur du ridicule ? Pensons-nous, comme d’autres, qu’on ne parle pas de ces choses-là en public ? Pourtant, sans témoins, pas de disciples. Sans disciples missionnaires, pas de salut annoncé à tous les hommes. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas devenir des obstacles à la propagation de la foi. Nous taire, c’est consentir à l’amoindrissement du nombre de disciples. Nous taire, c’est consentir à l’abandon de la foi. 
 
Viens et vois. Deux mots pour une proposition qui change la vie d’un homme. Deux mots pour ouvrir le monde au salut. Deux mots pour faire grandir le nombre de disciples. Deux mots pour que notre monde change en mieux. Deux mots pour que les hommes deviennent plus fraternels. Deux mots pour redonner du sens à ceux qui n’ont plus le bon sens. Deux mots pour que tout commence (ou re-commence) avec Jésus. Auras-tu l’audace d’adresser ces deux mots à quelqu’un que tu croiseras durant cette semaine pour faire grandir l’Eglise ?  Viens et vois : il n’y a pas plus à dire pour passer le témoin ; le reste dépend de Dieu. Amen.

 

 

samedi 8 octobre 2016

28ème dimanche ordinaire C - 09 octobre 2016

Naaman, une certaine idée de la religion.




Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! » Cette belle profession de foi nous vient d’un païen, un non juif, à une époque où on ne parlait pas encore de Jésus, ni même d’un messie à venir. Elle pourrait induire en erreur celui qui n’entendrait que ce passage lu ce matin, et faire croire que Naaman, le païen, parvient à la foi facilement. Son désir de ne plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël a bien failli n’être jamais exprimé. Car l’histoire commence bien mal. 
 
Naaman est un général du roi d’Aram, un peuple souvent en guerre contre Israël. Il a une servante, capturée lors d’une razzia en territoire d’Israël. Lorsque Naaman devient lépreux, c’est cette jeune servante qui parle à sa maîtresse du prophète Elisée, en Samarie, qui pourrait le délivrer de la lèpre. La lecture de ce dimanche permet désormais de recoller les morceaux : Naaman vient en Israël, se rapproche d’Elisée qui l’envoie se baigner sept fois dans le Jourdain pour être guéri. Les versets 14 à 17 nous ont donné à voir Naaman descendre jusqu’au Jourdain et s’y plonger sept fois, pour obéir à la parole d’Elisée, l’homme de Dieu. Alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Le problème, c’est que le passage de la liturgie nous cache la résistance de Naaman. Il ne suffit pas que le prophète lui fasse dire de se baigner pour qu’il y aille. Bien au contraire ! Pour ce général, aller se baigner est une chose trop simple ! A croire qu’on le prend pour un imbécile. De plus, Elisée ne l’a même pas rencontré ; il a envoyé un serviteur dire au général ce qu’il aurait à faire. Une fois la consigne passée, Naaman se met en colère en disant : Je m’étais dit : Sûrement il va sortir, et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur son Dieu ; puis il agitera sa main au-dessus de l’endroit malade et guérira ma lèpre. Il attendait autre chose, Naaman ; il voulait un magicien, un guérisseur, quelqu’un qui s’agite au-dessus de ses plaies. Il n’a qu’un ordre, simple au demeurant : va te baigner dans le Jourdain. Il s’attendait à un spectacle religieux, à quelque chose de grandiose ; il n’a qu’une prescription de bain, rapportée de seconde main. Il faudra la sagesse de ses propres serviteurs pour que Naaman, enfin, s’applique à respecter la consigne donnée. Si le prophète t’avait ordonné quelque chose de difficile, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? Combien plus lorsqu’il te dit : « Baigne-toi, et tu seras purifié ». La suite, nous la connaissons. On peut dire que Naaman est passé d’une certaine idée de la religion à la foi en apprenant l’obéissance à la parole de Dieu. 
 
Comprenez-vous ce qui est en jeu ? Naaman, comme beaucoup de nos contemporains, veut une religion spectacle. Avec Dieu, il faut que ça swingue ! Avec Dieu, il faut du fun ! Avec Dieu, il faut des étoiles pleins les yeux ! Combien de fois ai-je entendu : moi je vais à la messe une fois par mois, à la messe des familles ou lors du dimanche autrement, parce que là, tu comprends, c’est mieux, il se passe des choses, ça bouge, c’est créatif…. Je ne nie pas l’importance de ces rendez-vous ; j’en ai fait moi-même, avant même que ce ne soit la mode dans les paroisses. Le problème, c’est qu’on ne doit pas faire de spectacle, n’est-ce pas ! La simplicité convient bien mieux à Dieu et à sa manière de nous respecter. Pas besoin de tambour, ni de trompette, ni de feux d’artifices pour le rencontrer. Pas besoin de grandes manifestations, de grands efforts pour le suivre. Il suffit de s’attacher à sa Parole et de la suivre. Va te baigner, et tu seras purifié !
 
C’est la même parole qui a été adressée à Emma, Anastasia et Stan et qui va se concrétiser dans un instant pour eux. Le bain de Naaman qui le purifie de sa lèpre annonce déjà le bain du baptême dans lequel nous plongeons pour être purifié de la lèpre du péché. Par ce simple bain, nous sommes reconnus comme fils et filles de Dieu, désireux de marcher à la suite du Christ, libérés de tout ce qui nous empêche d’être pleinement libres et heureux. Je ne ferai pas de magie ce matin ; je ne m’agiterai pas au-dessus ou à côté d’Emma, d’Anastasia et de Stan : je leur verserai juste un peu d’eau sur la tête, les oindrai avec un peu d’huile, et ils seront fils et filles de Dieu, frères et sœurs du Christ. Un peu d’eau et un peu d’huile suffisent pour revêtir le vêtement de ceux qui ont déjà, en Jésus, remporté la victoire sur toutes les forces du Mal et de la Mort. Un peu d’eau, un peu d’huile, un vêtement blanc, c’est tout ce qu’il faut pour marcher à la lumière du Christ. Un peu d’eau, un peu d’huile, un vêtement blanc et un cierge, c’est tout ce que vous aurez et c’est tout ce qu’il vous faudra pour avancer à la suite du Christ et vous approcher un jour, que j’espère prochain, de la table où Dieu nous rassemble pour nous donner son corps et son sang, offerts pour la vie du monde. Oui, vous n’aurez qu’un peu d’eau, qu’un peu d’huile, qu’un vêtement blanc et un cierge, et une parole. La Parole du Christ lui-même qui vous a déjà séduit puisque vous êtes là, ce matin, pour dire votre désir de le suivre. Une parole qui vous entrainera encore et toujours à la rencontre de vos frères et donc du Christ, qui vit en chacun d’eux. Il y a des jours comme aujourd’hui où cette parole vous semblera belle et grande, capable de vous mettre en route ; il y aura des jours où cette parole vous semblera fade et faible. Mais ce sera toujours la même parole, la seule et unique parole de Dieu qui vous appellera, qui vous invitera à aller de l’avant, à poursuivre votre chemin de foi, à poursuivre votre chemin d’humanité. Plus vous grandirez en humanité, plus vous grandirez en sainteté. Plus vous grandirez en sainteté, plus vous grandirez en humanité, devenant homme et femme à la mesure de Dieu, comprenant que rien ne vaut plus que l’amour offert. 
 
Emma, Anastasia Stan, vous avez magnifiquement exprimé cette simplicité qui sied à Dieu en nous rappelant, au début de cette célébration, comment Jésus était déjà votre lumière et comment a grandi en vous le désir du baptême. Il n’y avait pas de manifestation extraordinaire ; juste la présence et le témoignage de gens qui vous sont proches, juste ce désir de vivre de celui dont vivent les chrétiens. Gardez toujours cette simplicité ; et vous serez, à votre tour pour d’autres, témoins de ce Dieu qui appelle tous les hommes à la vie et à la joie. Oui, devenez désormais pour d’autres, ce que ces autres dont vous avez parlé ont été pour vous : des témoins, des porteurs d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Amen.

dimanche 19 avril 2015

03ème dimanche de Pâques B - 19 avril 2015

Avec les Apôtres, témoignons...

(Texte repris et corrigé ce 19 avril, la première version publiée était incomplète. Erreur dans la version téléchargée. Avec toutes mes excuses)




Il existe une grande différence entre ces hommes que nous avons vu rentrer chez eux, sur le chemin d’Emmaüs, ceux que nous rencontrons aujourd’hui à Jérusalem, et Pierre et les autres disciples qui témoignent sans haine et sans peur devant tout le peuple, au moment de la Pentecôte. Pour combler cette différence, il n’y a qu’un chemin à suivre, le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs. Parce qu’il nous faut revenir là pour bien comprendre la suite.
 
Comme ils sont tristes, ces deux hommes qui s’en retournent chez eux au soir de Pâques. Et on les comprend. Leur ami et maître est mort, de façon ignominieuse. Ils avaient fondé en lui de grands espoirs, et voilà que tout s’achève sur une croix. Il ne reste rien de leur espérance ; il ne reste rien qui puisse les remettre en joie. Quand cet étranger s’approche d’eux, leur tristesse devient perplexité : en voilà un qui vient de Jérusalem comme eux et qui ne sait pas ce qui s’est passé ! Tout Jérusalem ne parle que de ça et il ne sait rien ? Alors ils consentent à raconter : à raconter les événements, à raconter leurs espoirs, à raconter leur désillusion, à raconter des bavardages de bonnes femmes. Pensez donc, elles disent qu’il est vivant ! 
 
Comme ils sont tourneboulés par les dires de cet étranger. On ne sait pas trop par le détail ce qu’il leur a dit ; juste qu’il leur a expliqué, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait [Jésus]. Ils sont tellement remués qu’ils invitent cet étranger à rester auprès d’eux. Reste avec nous ! Il y a dans cette demande quelque chose d’une espérance qui renaît, quelque chose d’une joie qui revient, quelque chose d’une foi qui pointe à l’horizon. Ils ne savent pas encore comment l’exprimer, mais ils sont sûrs d’une chose : ils veulent encore l’entendre. En voilà un qui leur a fait du bien ! 
 
Comme ils sont heureux après la disparition de l’étranger. Ils ont reconnu Jésus. Non pas à sa voix, ni à son apparence, mais à un geste, un geste banal à souhait puisque c’est le geste de toute prière de table à l’époque. Pensez donc : il a pris du pain, l’a rompu et le leur a donné. Cela a suffi pour qu’ils comprennent : cet homme, cet étranger qui leur a fait du bien en leur parlant sur la route, c’est Jésus. Les femmes avaient raison ; il est vivant. Ils n’ont plus qu’une envie : le dire à tous ses amis. Ils refont le chemin inverse, en courant pour finalement s’entendre dire ce qu’ils avaient expérimenté : le Seigneur est vraiment ressuscité : il est apparu à Simon Pierre. A leur tour, ils racontaient tout ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. 
 
Comme ils sont surprenants, lorsqu’ils sont réunis après que les uns aient fait l’expérience d’Emmaüs et que Pierre ait vu le Seigneur. Car enfin, combien de preuves leur faudra-t-il  pour  être vraiment convaincus de la résurrection de Jésus ? Alors qu’ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Il y a là les deux dont nous avons rappelé le chemin intérieur fait lorsqu’ils rentraient à Emmaüs ; il y a là Pierre et tous les autres qui venaient juste pourtant de parler des rencontres qu’ils avaient faites ! Et même après avoir vu les plaies dans ses mains et ses pieds, ils n’osaient pas encore y croire et restaient saisis d’étonnement. Jésus va reprendre une seconde fois l’enseignement qu’il a déjà donné : il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. De la crainte et la surprise, ils passent enfin à la foi ; ce n’est pas dit, mais nous le sentons. Après avoir vu Jésus, après l’avoir vu manger, après l’avoir entendu expliquer les Ecritures, comment ne pourraient-ils pas enfin croire ? Comment pourraient-ils ne pas enfin comprendre ? 
 
Comme ils sont courageux, cinquante jours plus tard, lorsque, ayant reçu l'Esprit Saint, ils ouvrent enfin portes et fenêtres, et osent se tenir devant le peuple pour lui annoncer : ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas garder pour eux cette bonne nouvelle de la résurrection. Ils ont compris qu’il fallait qu’il en fût ainsi. Quand ils s’adressent au peuple, ce n’est pas pour l’accuser. Ils ne rappellent que des faits : cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. Il y a, pour le peuple, la même espérance d’être sauvé ; il y a, pour le peuple, la même joie à vivre. Les disciples ne sont pas accusateurs, ils sont témoins du Dieu vivant et vrai, du Dieu plus fort que la mort, du Dieu qui offre à tout homme le salut. 
 
Comme les disciples, nous avons aujourd’hui à être témoins de Jésus, mort et ressuscité, par notre vie et par notre témoignage. Les hommes, aujourd’hui comme hier, ont besoin que quelqu’un leur dise qu’ils sont sauvés, qu’ils sont appelés à une vie sans fin, grâce au Christ, livré pour nos péchés. Les hommes, aujourd’hui comme hier, ont besoin de se savoir aimé, inconditionnellement. Qui le leur dira si nous n’osons pas ? Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 13 décembre 2014

03ème dimanche de l'Avent B - 14 décembre 2014

Avec Jean le Baptiste, témoignons de celui qui vient.




Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. C’est ainsi que l’évangéliste Jean introduit dans son livre le personnage de Jean le Baptiste, personnage clé du temps de l’Avent. Dernier des prophètes, il est celui qui permet le passage de l’Ancien Testament vers le Nouveau Testament, reprenant l’enseignement de ses prédécesseurs et invitant à préparer le chemin pour le Seigneur. Car, pour Jean le Baptiste, c’est une certitude : le moment est venu pour Israël d’accueillir le Messie de Dieu si souvent annoncé et tant attendu. 
 
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Témoin : c’est le grand qualificatif du Baptiste chez Jean l’Evangéliste. Le Baptiste est témoin de celui qui vient. En principe, on est témoin de quelque chose ou de quelqu’un que l’on connaît, que l’on a vu. Jean le Baptiste n’a pas encore vu Jésus, sauf éventuellement enfant puisqu’ils sont cousins. La mission de Jean le Baptiste précède celle de Jésus. Comment peut-il alors être déjà témoin ? Quand les prêtres et les lévites l’interrogent, il témoigne d’abord de lui, de qui il est ou plutôt de qui il n’est pas : il n’est pas le Christ, il n’est pas le prophète Elie, il n’est pas le Prophète annoncé. Il n’est qu’une voix qui crie dans le désert. Plutôt que d’être un témoin du Christ, il est plutôt un témoin de Dieu, un témoin du temps de la réalisation des promesses de Dieu. Son témoignage est de l’ordre du signe, du signal même au sens d’alarme. Il est plus que temps de se préparer parce qu’il est au milieu des hommes celui qu’ils ne connaissent pas. Nous pouvons sentir l’urgence de la prédication du Baptiste, et l’importance de se préparer à accueillir celui qui est annoncé. De Jésus lui-même, nous n’apprenons que sa venue prochaine et sa grandeur puisque Jean reconnaît qu’il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale. Ceux qui viennent à Jean pour en savoir plus sur lui ou sur le Messie, en sont pour leurs frais, du moins pour l’instant. Qu’importe qui est Jean le Baptiste, qu’importe même qui est le Messie : pour l’heure, une seule urgence : redresser le chemin du Seigneur. 
 
Etre témoin, en 2014, à la manière de Jean le Baptiste, c’est reprendre cette même urgence. Il s’agit bien, pour nous, de nous convertir, de nous préparer à accueillir quelqu’un que nous connaissons : le Christ Jésus. Il est venu dans le monde des hommes pour le sauver et nous attendons son retour. Peut-être tarde-t-il pour nous laisser encore le temps de nous préparer, pour nous laisser le temps de lui préparer la route. La route sur laquelle il vient marcher, c’est la route de notre cœur, la route qui nous mènera vers Dieu. Jésus vient à notre rencontre pour orienter notre vie vers la vie de Dieu ; Jésus vient à notre rencontre pour orienter notre espérance vers le salut de Dieu. Nous avons à être témoin pour nous-mêmes, en nous mettant en alerte, en restant éveillés. Mais nous avons aussi à être témoins pour les autres, afin que, nous voyant vivre, ils sentent se creuser en leurs cœurs le désir d’aller à la rencontre de celui qui vient. Nous avons à être témoins pour les autres de cette Bonne Nouvelle d’un Dieu qui vient sauver l’homme, tout homme, tout l’homme. Rien, de ce qui fait notre vie, n’est étranger au salut que Dieu propose. Rien, de ce qui fait notre vie, ne saurait échapper au salut. En rencontrant le Baptiste sur notre chemin d’Avent, nous sommes mis dans la peau de ces foules qui l’entendaient crier dans le désert. Que ferons-nous ? Comment réagirons-nous ? 
 
Paul ne se situe-t-il pas à la suite de Jean le Baptiste quand il nous invite à ne pas éteindre l’Esprit, à ne pas mépriser les prophéties, mais à discerner la valeur de toute chose ? Ceux qui viennent vers Jean le Baptiste pour l’interroger afin de mieux le cerner, ne sont-ils pas déjà en train d’éteindre l’Esprit ? A force de vouloir tout comprendre, à force de vouloir tout maîtriser, ils ne sont maîtres de rien ; ils étouffent en eux les appels de Dieu, ils étouffent en eux la volonté de salut qui est celle de Dieu pour eux. Si notre désir est bien de redresser le chemin du Seigneur, il nous faut découvrir sa volonté pour nous. Elle sera source de notre joie, source de notre liberté, source de notre accomplissement, tant il est vrai que Dieu ne veut que le meilleur pour nous. 
 
En nous plaçant résolument à la suite du Christ qui vient, en témoignant de celui qui vient à notre rencontre à la manière de Jean, nous n’aliénons pas notre liberté, nous gagnons notre grandeur, notre dignité de fils et de fille de Dieu. Le psalmiste l’a bien compris, lui qui nous fait chanter un extrait du Magnificat en ce dimanche. Oui, mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse… Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour. Puissions-nous, en ce temps de l’Avent, nous souvenir aussi des merveilles que Dieu fait pour nous et en être témoins. Amen.
 
(Gustave DORE, Jean le Baptiste prêchant dans le désert)

samedi 7 juin 2014

Pentecôte - Messe du jour - 08 juin 2014

Un dimanche pour accueillir l'Esprit Saint.




Que célébrons-nous aujourd’hui avec cette fête de la Pentecôte ? La fin du temps pascal ? Le don de l’Esprit Saint ? Ce jour est à la fois tout cela parce qu’il est un jour charnière. Il clôt le temps pascal certes, mais le prolonge en même temps en ouvrant le temps de l’Eglise. Aujourd’hui, l’affaire Jésus, dont certains pensaient qu’elle s’était achevée avec la mort de Jésus, mais dont nous percevions bien qu’elle se poursuivait au-delà de Pâques,  devient l’affaire de tous ceux qui se reconnaîtront ses disciples. Ce dimanche leur est donné pour accueillir l’Esprit Saint. Mais que signifie « accueillir l’Esprit Saint » ? 
 
La première lecture nous en donne un exemple en nous rapportant ce qui s’est passé le jour de la Pentecôte. Les Apôtres, rassemblés, sont saisis par l’Esprit. Dès lors, ils s’exprimaient selon le don de l’Esprit. Ils deviennent capables d’annoncer la Bonne Nouvelle, sans peur ni crainte, de telle sorte que tous ceux qui étaient à Jérusalem les entendaient proclamer dans leurs langues les merveilles de Dieu. En accueillant l’Esprit Saint, ils se rendent dociles à l’œuvre de Dieu dans leur vie, ils se rendent capables de partir en mission. Ils deviennent des témoins du Ressuscité, chargés de propager cette Bonne Nouvelle. C’est la fin de l’enfermement, du repli sur soi de la première communauté croyante. Accueillir l’Esprit Saint, c’est accepter de laisser la conduite de sa vie au Christ. Pour parler comme Paul, c’est laisser le Christ vivre en nous.  
 
Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul précise encore ce que signifie « accueillir l’Esprit Saint » lorsqu’il nous précise ce que nous devenons capables de faire grâce à l’Esprit. Nous devenons capables d’abord de  comprendre mieux qui est Jésus, capables de discerner derrière l’homme Jésus, le Christ vivant, envoyé par le Père pour nous sauver. Sans l’Esprit Saint, personne n’est capable de dire : Jésus est le Seigneur ! Nous vérifions là ce que Jésus lui-même enseignait à ses disciples au soir de sa mort : l’Esprit vous enseignera tout, il vous fera comprendre toutes mes paroles. Accueillir l’Esprit Saint, c’est accueillir celui qui sera notre « catéchiste », nous introduisant à une compréhension juste et une connaissance vraie de Jésus. Ensuite, l’Esprit Saint nous permet de vivre ensemble, comme les membres différents d’un même corps. Nous ne le savons que trop bien : vivre ensemble, selon les enseignements du Christ, d’un amour plus fort que tout, d’un amour signe de notre attachement au Christ, est tout sauf simple. C’est l’Esprit, l’Esprit promis et donné par le Christ Ressuscité, qui nous permet de dépasser nos différences, de surmonter nos oppositions, de vaincre nos peurs et nos jalousies pour faire communauté. Celui qui nous unit dans la foi est plus grand et plus fort que ce qui nous oppose en humanité. Accueillir l’Esprit Saint, c’est se rendre capable de vivre selon l’enseignement du Christ. 
 
Enfin, il nous faudrait ici relire le beau texte de la séquence de la Pentecôte et le méditer pour comprendre encore mieux ce que signifie « accueillir l’Esprit ». Il est vraiment dommage qu’en certains endroits il ne soit plus chanté après l’épître. Ce beau chant nous fait comprendre que l’Esprit Saint est à la source de notre amour pour Dieu : Viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Il est celui qui nous fait pleinement homme, tel que Dieu nous a voulu : Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Il est celui qui nous fait espérer un pardon toujours possible : Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Il est celui qui rend la vie avec les autres possible et belle : Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. Il est celui qui nous donne tout de la part de Dieu : A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés, donne mérite et vertu, donne le salut final. 
 
Devant tant de prodigalité de la part de Dieu, comment ne pas croire qu’il veut le meilleur pour nous, qu’il veut notre bonheur et notre vie ? Le Christ nous a obtenu tout cela dans sa mort et sa résurrection ; l’Esprit Saint nous permet d’en vivre au quotidien, jusqu’au jour où nous serons appelés à partager la gloire de notre Dieu. Comment ne pas désirer l’accueillir, dès aujourd’hui, puisqu’il nous est donné largement ? Ouvrons notre cœur, ouvrons toute notre vie à la puissance de l’Esprit Saint ; qu’une nouvelle Pentecôte soit possible et renouvelle notre terre. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 31 mars 2013

Jour de Pâques - 31 mars 2013

Avec les Apôtres, s'ouvrir à la nouveauté.

 



Depuis cette nuit, un cri de joyeuse espérance a mis un terme au temps du Carême. Nous avons parcouru un chemin de foi qui nous a permis d’approcher le cœur même de notre foi : Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Durant ce temps pascal, je voudrais vous inviter à lire et méditer particulièrement le livre des Actes des Apôtres. Nous en lirons un extrait chaque dimanche jusqu’à la Pentecôte. Il nous permettra de poursuivre notre route, forts de l’expérience des premiers croyants au Christ, mort et ressuscité. 
 
A lire l’Evangile de ce jour, nous comprenons bien que cette nouveauté de la foi (quelqu’un qui était mort est à nouveau vivant, pleinement et définitivement), cette nouveauté donc a mis un peu de temps avant de devenir une réalité. Il faut toujours un peu de temps pour s’ouvrir à la nouveauté. Le Pierre que nous croisons dans l’Evangile et le Pierre que nous rencontrons dans le passage des Actes que nous avons entendu en première lecture sont bien une seule et même personne. Mais quel changement ! Quelle modification d’attitude entre ces deux moments : le jour même de Pâques à l’annonce du tombeau vide et quelques temps après dans la maison du Centurion Corneille. 
 
Le jour de Pâques, Pierre est presque timide, s’interrogeant sur les paroles de cette femme venue annoncer la découverte du tombeau vide. Il n’ose la croire, va vérifier par lui-même et devant les signes découverts (un tombeau vide, des linges bien roulés), il semble rester perplexe. Au contraire, l’autre disciple qui l’a accompagné, voit la même chose et il croit. De suite. Pierre a toujours été ou trop rapide à parler, ou trop lent. Peut-être se souvient-il qu’il avait été repris sévèrement par Jésus lorsqu’il avait parlé trop vite ; du coup, il se retient, de peur de dire encore une bêtise. 
 
Quand, quelques temps après, il se retrouvera chez le centurion Corneille, il aura perdu cette timidité, et il annoncera avec force et clarté la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. Il aura même l’audace première d’entrer chez un païen à la demande du Seigneur et le courage de reconnaître que l’Esprit Saint l’a devancé dans le cœur de cet homme. Tant qu’à accueillir la nouveauté, autant y aller à fond. Il sent bien que les anciennes catégories qui fondaient les relations entre les peuples ne valent plus depuis l’irruption dans la vie des hommes de cette Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité. Il faudra l’intelligence d’un Paul de Tarse pour la formuler, théologiquement ; mais Pierre, en cet instant, la vit. De tous les hommes, Dieu fait un seul peuple en Jésus ressuscité. 
 
La nouveauté de la résurrection de Jésus n’est pas qu’un fait à croire ; c’est surtout une nouvelle à vivre, à vivre entre nous d’abord, croyants au Christ ; à vivre avec les autres ensuite, avec ceux qui sont à la marge de l’Eglise, voire au-dehors. Si la résurrection de Jésus bouleverse l’ordre des choses, rendant à la vie le dernier mot sur la mort, alors elle change aussi nos relations avec ceux que le Christ met sur notre route. La nouveauté de la résurrection nous oblige à une nouveauté de rapports humains : cette nouveauté se décline en respect, fraternité, solidarité, accueil de tous… En un mot, tout ce qui permet à la vie d’avoir le dernier mot ; tout ce qui permet à la vie de l’emporter sur les forces de morts qui obscurcissent notre existence et l’existence de tout homme. De la résurrection du Seigneur, nous recevons une puissance de vie capable de transformer le monde, capable de rendre les gens meilleurs. 
 
En méditant les Actes des Apôtres, vous constaterez que cette nouveauté à accueillir nécessite une bonne dose d’humilité, de simplicité. Puissent les Apôtres de la première heure être pour tous un modèle d’ouverture et d’accueil de cette nouvelle qui a éclatée en cette nuit et dont nous disons qu’elle est bonne. Bonne pour nous, bonne pour tous les hommes de bonne volonté qui veulent vivre dans un monde plus juste et plus humain. Le Christ ressuscité inaugure ce monde nouveau pour nous. Acceptons d’en être les témoins par la parole et par l’exemple. Amen.

(Chemin de croix de francis SCHNEIDER, Station 15, La résurrection, Eglise de Fort-Louis, Bas-Rhin)

vendredi 18 mai 2012

07ème dimanche de Pâques B - 20 mai 2012

En Jésus ressuscité, nous voici envoyés !


Jésus est parti ; il est retourné chez son Père ; et maintenant, qu’allons-nous faire ? Attendre qu’il revienne dans la gloire comme il l’a promis, en espérant que cela ne prenne pas trop de temps ? Chercher un remplaçant, qui resterait bien visible et qui chasserait ce sentiment de solitude qui quelquefois nous envahit ? Et si nous restions simplement fidèles à Jésus et à sa Parole ? Et si nous le prenions simplement au sérieux ?


Si nous prenions Jésus au sérieux, nous irions dans ce monde vers lequel il nous envoie pour accomplir la mission de tout baptisé : être témoin de sa résurrection. Jusqu’à l’Ascension, Jésus se révélait lui-même aux hommes. Maintenant qu’il est parti, c’est aux disciples de prendre le relais. D’où le remplacement de Judas par quelqu’un qui a accompagné le groupe des disciples durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi eux, depuis son baptême par Jean jusqu’au jour où il a été enlevé. La mission de Jésus (porter aux hommes la Bonne Nouvelle du salut) devient la mission des Apôtres, la mission de l’Eglise. Jésus avait appelé douze hommes à le suivre de plus près ; il faut reconstituer ce groupe. Le sort tombe sur Matthias. Mais l’existence de ce groupe reconstitué ne signifie pas pour autant que la mission leur est réservée. Chaque croyant au Christ est témoin, chaque croyant au Christ est disciple, chaque croyant au Christ est donc envoyé. Chacun à sa manière, chacun dans la portion de monde où il vit.

Quel est ce monde où il nous envoie ? Il nous envoie dans nos propres familles pour que nous y vivions de sa Parole. N’est-ce pas le premier lieu à évangéliser pour transformer notre monde ? La famille est bien le premier lieu où la foi au Christ Sauveur peut naître, grandir et s’épanouir. Il nous envoie ensuite dans nos communautés pour vivre avec nos frères et sœurs croyants cet amour qu’il nous a manifesté. A chacun d’y tenir sa place pour qu’aucune force ne manque à l’Eglise dans l’accomplissement de sa mission. Il nous envoie enfin dans le vaste monde, ce monde qui ne lui est pas forcément acquis, ce monde qui nous a pris en haine quelquefois parce que nous ne vivons pas toujours selon l’air du temps, parce que nous ne renonçons ni à l’amour de Dieu, ni à l’amour du prochain dans un monde de plus en plus individualiste et indifférent. Comment tenir dans ce monde si nos familles et nos communautés se divisent et se déchirent ? Nous sommes dans ce monde sans être de ce monde, puisque nous croyons qu’il est possible de vivre dans l’amour, sans haine, sans mal, sans faire souffrir les autres. Tant que ce monde n’aura pas reconnu l’Amour, tant que ce monde sera soumis aux forces de mort et de péché, nous ne serons pas du monde. Notre mission est de préparer ce monde, de travailler ce monde pour qu’il reconnaisse l’amour que Dieu porte à chacun et qu’il vive de cet amour. C’est pour cela que le Christ nous envoie dans ce monde qui l’a rejeté et pour le salut duquel il a livré sa vie en croix.

A ceux qui pensent que c’est là mission impossible, il faut rappeler sans cesse que le Christ est ressuscité, qu’il a vaincu la mort et que nous sommes envoyés pour témoigner de cette victoire afin que le monde sache qu’il est sauvé. Jésus a quitté ce monde non sans l’avoir d’abord sauvé, racheté au prix de sa propre vie. Il ne nous laisse pas orphelin, il nous accompagne et veille sur nous. C’est bien pour nous en assurer toujours davantage que l’Eglise nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Entends notre prière, Seigneur : nous croyons que le Sauveur des hommes est auprès de toi dans la gloire ; fais-nous croire qu’il est encore avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il nous l’a promis. Laissons-nous donc envoyer par le Ressuscité pour être ses témoins jusqu’à son retour. Amen.


(Image de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presse d'Ile de France)

vendredi 20 avril 2012

03ème dimanche de Pâques B - 22 avril 2012

En Jésus ressuscité, nous voici témoins !








Ils sont nombreux, les discours de Pierre dans les Actes des Apôtres ; ils sont fait à des occasions et devant des personnes fort différentes ; mais tous mentionnent la même évidence : Pierre et les Apôtres sont témoins de quelque chose, de quelqu’un et ils ne peuvent le taire. Ils doivent témoigner. Ce dont ils sont témoins, c’est la mort / résurrection du Christ. C’est cet événement, fondamentalement nouveau, qui a bouleversé leur vie et qui, maintenant, les pousse à aller à la rencontre de leurs contemporains pour dire cette nouveauté. Après eux, chaque chrétien est appelé à être témoin de cet événement fondateur de notre foi. Mais quelles sont les caractéristiques du témoin authentique ? Pour ma part, j’en relève trois dans les lectures de ce troisième dimanche de Pâques.

Le témoin, selon la parole de Pierre lui-même, est d’abord quelqu’un qui se convertit, quelqu’un qui vient – ou revient – à Dieu. Il a compris, à travers l’événement de la Pâque, de quel amour Dieu aime l’homme, et il choisit de répondre à cet amour. Le témoin est donc quelqu’un qui aime Dieu, quelqu’un qui ne conçoit pas sa vie sans Dieu. Nous dépassons largement le cadre du simple fait d’être chrétien. Il ne suffit pas d’être baptisé pour être un témoin. Chaque baptisé est appelé à témoigner de ce que Dieu réalise pour lui, mais tous n’en ont peut-être pas la capacité. Si le baptême n’est pas vraiment reçu dans la foi, si le côté religieux d’une vie d’homme tient d’abord du folklore familial, il y a peu de chance de pouvoir témoigner de quelque chose, et encore moins de quelqu’un ! La conversion est nécessaire car elle seule me remet en phase avec Dieu ; elle seule me replace dans l’Alliance primordiale que Dieu a conclue avec moi au moment de mon baptême. La conversion peut être un moment précis, un moment déclencheur ; mais elle est surtout l’œuvre de toute une vie si l’on considère que l’on évolue toujours dans notre relation à Dieu, et qu’il faut, chaque jour, refaire le choix de vivre avec Dieu, pour Dieu.

Cette conversion permanente – ce choix permanent de Dieu – se prolonge dans cette deuxième caractéristique du témoin que souligne l’Apôtre Jean dans la seconde lecture entendue. Le témoin authentique, s’il choisit Dieu, renonce au péché. C’est une conséquence logique, mais il faut ici la rappeler. Choisir Dieu, c’est faire de sa vie une lutte contre tout ce qui empêche l’homme de vivre libre et heureux. C’est lutter dans sa propre vie d’abord, puis autour de soi, contre le péché ; contre le refus de Dieu ; contre la possibilité de faire le mal ; contre la possibilité de rendre le mal pour le mal ; contre la possibilité de contrôler la vie d’autrui. Lutter contre le péché, c’est rendre à l’homme sa liberté primordiale, celle que Dieu lui a donné au moment de la création, et que le Christ lui a rendu dans l’événement de sa Pâque. Le Christ est mort pour nous libérer du péché et de la mort. Celui qui est témoin de cela ne peut plus vivre sous le règne de l’Adversaire, sous le règne du péché ou de la mort. Renoncer au Mal en toute circonstance : voilà le grand combat que nous avons à mener. Nous avons déjà notre part à la victoire du Christ si nous lui accordons foi et confiance : mais il faut que cette victoire devienne définitive en nous ! Elle le sera lorsque nous aurons dit OUI à Dieu en toutes choses.

La troisième caractéristique du témoin authentique nous est donnée dans l’Evangile. Le témoin véritable est un homme ou une femme eucharistique, c’est-à-dire qui vit aujourd’hui encore de cette présence unique du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie. Cette présence se décline sous deux formes : l’écoute de la Parole et le partage du Pain, devenu Corps et Sang du Christ. Le passage d’Evangile entendu est sans appel à ce sujet. Lorsque les disciples d’Emmaüs retrouvent les autres, ils leur disent comment ils ont reconnu le Seigneur lorsqu’il leur a rompu le pain. Ce premier mode de présence nous renvoie à l’ordre du Christ au soir du Jeudi Saint : Faites cela en mémoire de moi ! Chaque fois que vous le ferez, je serai au milieu de vous. Le témoin authentique ne peut se passer de cette nourriture céleste sans cesse offerte par Dieu. Elle fait grandir l’Eglise ! Elle nourrit la foi, maintient l’espérance, rend active la charité.


Mais le partage du pain ne peut se faire qu’après avoir entendu la Parole de Dieu. L’Evangile d’Emmaüs nous le démontre. Jésus explique en quoi les événements qui ont eu lieu étaient conformes aux Ecritures, puis il partage le pain. Quand le Christ se présente à ses disciples, après sa résurrection, c’est cela aussi qu’il leur redit : Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Nous sommes ainsi renvoyés à ce deuxième mode de présence du Christ, qui nous oblige à la scrutation des Ecritures, à un perpétuel approfondissement de notre foi par la méditation et l’écoute de cette Parole. Le concile Vatican II dit, à juste titre, que la célébration de l’Eucharistie se fait autour de deux Tables : celle de la Parole entendue et expliquée, celle du Pain partagé, Pain devenu Corps et Sang du Christ. Le témoin authentique ne peut se passer d’entendre cette Parole ; il ne peut se passer d’en entendre l’explication autorisée donnée par les ministres que Dieu s’est choisi pour faire retentir cette Parole. Elle est le lieu de vérification de ma foi ; elle est le lieu où ma foi se trouve consolidée parce que mon intelligence comprend mieux l’amour de Dieu pour moi et pour tout homme.

Entendant la Parole, partageant le Pain de Vie, le témoin devient authentique parce qu’il connaît toujours mieux le Christ, celui dont il doit témoigner. Comment, en effet, annoncer quelqu’un que je ne connais pas ? Comment parler en profondeur et en vérité de quelqu’un dont je ne sais que des bribes ? Comment être vraiment le frère du Christ, le Fils du Dieu vivant et vrai, si jamais je ne mets les pieds à la maison, si jamais je ne participe au repas de l’amour de cette grande famille ? Qui sera encore témoin lorsque les églises seront vides ? Quels témoins le Ressuscité enverra-t-il dans le monde ?

La parole de Jésus ressuscité à ses disciples (c’est vous qui en êtes les témoins) vaut encore pour nous aujourd’hui. Nous ne pouvons pas nous dire chrétiens de manière authentique si, par notre vie et par notre parole, nous ne rendons pas compte de l’espérance qui est la nôtre. En ces temps que de nombreux politiques qualifient de temps de crise, le monde a besoin de témoins d’une autre manière de vivre ensemble, de témoins qui lui rendent courage et espérance. Qui peut le faire mieux, si ce n’est ceux et celles qui ont conscience d’appartenir à un monde nouveau où tous les hommes sont frères en Christ ? Notre monde a soif de liberté ? Le Christ ressuscité nous l’offre par sa victoire sur le Mal et la Mort. Notre monde a besoin d’égalité ? Le Christ ressuscité fait de nous les membres de son Corps. Notre monde veut plus de fraternité ? Le Christ ressuscité nous invite à répandre les valeurs de l’Evangile. Osons être ses témoins pour que notre monde change, en mieux. Amen.




(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)