Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Règne de Dieu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Règne de Dieu. Afficher tous les articles

samedi 15 juin 2024

11ème dimanche ordinaire B - 16 juin 2024

 Au sujet du règne de Dieu...




 

 

          Règne de Dieu, Royaume de Dieu. Si vous prenez un dictionnaire de théologie biblique, ces deux expressions sont synonymes. Elles nous parlent d’une réalité qui est déjà là et encore à venir, puisque le règne de Dieu ne sera définitivement établi qu’à la fin des temps. Dans l’imaginaire collectif, ces expressions sont souvent associées à un lieu. Nous imaginons le royaume de Dieu à la manière des royaumes humains, avec leurs palais magnifiques. Pour sortir de cette identification, il nous faut alors écouter à nouveau ce que nous dit Jésus, quand il nous parle du règne de Dieu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela nous décentre et nous invite à entrer dans une autre manière de voir et de comprendre. 

          Quand Jésus parle du règne de Dieu, il utilise cette forme particulière du discours que sont les paraboles. Et il n’y en a pas qu’une, pas même seulement les deux que Marc nous livre en ce dimanche. Matthieu par exemple a un chapitre entier dans son évangile consacré aux paraboles du royaume de Dieu. A chaque parabole, une image ; à chaque image, une réalité. Autant dire que le règne de Dieu est une réalité difficile à décrire, à saisir. Et encore, Marc nous fait comprendre que ces images sont imparfaites. L’expression qu’il utilise n’est-elle pas : il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence ; ou encore il est comme une graine de moutarde. Il est comme : c’est à la fois quelque chose de ce genre et en même temps autre chose, tellement plus grand, tellement plus difficile à saisir. 

          Ce qui est sûr, c’est que le règne de Dieu n’est pas un lieu géographique ; vous ne le trouverez pas sur une carte. Ni sur une carte terrestre, ni sur une carte céleste. Il faut de multiples images pour le décrire, et pourtant il est bien réel. L’expression « Il est comme » nous permet juste de comprendre comment ça fonctionne, le règne de Dieu. De la première parabole entendue, nous comprenons que le règne de Dieu a sa propre existence, comme l’homme qui, une fois semé le grain, ne maîtrise plus la vie de cette graine. Le règne de Dieu progresse mystérieusement. Que l’homme qui a semé dorme ou se lève, la semence germe et grandit. Et elle grandit au-delà de toute espérance. C’est ce que nous enseigne la deuxième parabole. De la plus petite de toutes les semences, jaillit une plante qui étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. Nous pourrions dire que le règne de Dieu, ce n’est rien et c’est tout ; c’est ridiculement petit et extraordinairement grand. Alors qu’avons-nous à faire de ces paraboles mystérieuses et pleines de paradoxes ? En quoi nous concernent-elles ? 

Elles nous concernent d’abord parce que Jésus les prononce, et que Jésus n’a pas l’habitude de nous parler pour rien, ni en vain. Elles nous concernent parce que le règne de Dieu nous concerne, parce qu’il est fait pour nous, ou mieux parce que nous sommes faits pour le règne de Dieu. Dans sa dimension « pas encore là », le règne de Dieu est notre but, notre destinée, le fruit de notre espérance. Si le règne de Dieu est comme cette plante qui étend de longues racines, nous sommes comme ces oiseaux appelés à faire là notre nid. Dans sa dimension déjà là, si le règne de Dieu est comme un homme qui jette en terre la semence, nous sommes comme la terre qui accueille cette semence. Nous devons laisser cette semence travailler en nous pour qu’elle porte son fruit, d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Nous sommes concernés par ce règne de Dieu parce que comme nous l’espérons mystérieusement, lui a besoin de nous mystérieusement. Dieu a besoin de nous comme nous avons besoin de lui. Souvenez-vous de la première lecture de dimanche dernier, ce passage de la Genèse dans lequel Dieu cherchait l’homme : Où es-tu donc ? Nous chercherait-il s’il n’avait pas besoin de nous ? Construirait-il son règne si ce n’était pas pour nous y abriter ? Jetterait-il sa semence si ce n’était pour nous permettre de l’accueillir ? S’il est vrai que Jésus ne parle pas pour rien, il est vrai aussi que Dieu n’agit pas en vain. 

Le règne de Dieu est comme tout ce que Dieu fait : il est pour nous, pour que nous ayons la force de le construire ici-bas, et pour que nous ayons le désir de nous y abriter au terme de notre existence. Je me plais à croire qu’il en va du règne de Dieu comme du nom de Dieu jadis révélé à Moïse : il est et sera toujours celui que nous aurons besoin qu’il soit, pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et stimuler notre charité. Il est un don que Dieu nous fait pour que jamais nous ne doutions de lui. Qu’importe l’image ; qu’importe la réalité. Le règne de Dieu est, parce que Dieu existe et qu’il nous veut avec lui, maintenant et toujours. Cela doit nous suffire. Amen.

samedi 12 juin 2021

11ème dimanche ordinaire B - 13 juin 2021

 Notre ambition, c'est de plaire au Seigneur.




        Il arrive qu’on m’interroge sur le choix du sujet de mon homélie. Qu’est-ce qui me guide ? Pourquoi telle approche plutôt qu’une autre ? Je ne saurais répondre. Quelquefois c’est un texte, quelquefois un mot, quelquefois une situation qui me guide, voire me saisit. Pour aujourd’hui, j’ai eu beau relire les textes de ce dimanche et quelques anciennes homélies, c’est toujours le même verset qui revenait au-devant. Il est tiré de la seconde lecture et résume bien Paul qui l’a écrit : notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. 

            Vous pouvez examiner l’œuvre de Paul avant sa vocation ou après son appel par le Christ, c’est cette unique ambition qui l’anime. Qu’il persécute les chrétiens ou qu’il prêche le Christ, il ne le fait pas pour lui-même, ni pour plaire aux hommes, mais pour plaire au Dieu qu’il sert. Il nous faut nous rendre à cette évidence : même quand il pourchassait ceux dont il ne savait pas encore qu’ils allaient devenir ses frères, ce n’était pas par haine, mais par souci de préserver la foi, par souci de défendre le Dieu de ses pères. Il est et sera toujours animé d’un zèle authentique pour Dieu. Il peut humblement écrire : mon ambition, c’est de plaire au Seigneur, parce qu’il n’y a rien de plus vrai. C’est pour cela qu’il se laisse guider en toute chose par l’Esprit Saint. Nous avons pu le vérifier durant le temps pascal quand était proposé à notre méditation le livre des Actes des Apôtres. Plusieurs fois, il a accepté que l’Esprit Saint lui barre le chemin, l’empêche de se rendre en tel lieu pour aller là où Dieu lui-même l’attendait. 

            Plaire au Seigneur. Qui s’en soucie encore aujourd’hui ? Beaucoup, j’ose l’espérer quand même. Mais voulons plaire au Seigneur d’abord, par-dessus tout ? Ou cherchons-nous d’abord à plaire aux hommes en espérant que cela plaira aussi à Dieu ? Plaire aux hommes, nous savons que cela a un côté partisan, un peu intéressé. Je cherche à plaire à ceux qui peuvent quelque chose pour moi. Nous le voyons bien en ce moment alors que s’approchent deux scrutins. Des hommes et des femmes cherchent à nous plaire pour obtenir notre suffrage et le pouvoir qui va avec. Ce n’est pas condamnable ; c’est une bonne chose en démocratie. A condition que ce soit le bien commun qui les guide et non un quelconque esprit de revanche ou une soif de pouvoir. Et même si nous vivons dans un pays laïc, j’aimerais croire que certains d’entre eux se présentent à nous, non pour nous plaire, mais pour plaire au Seigneur. Ceux-là auraient vraiment le bien commun chevillé au corps ; ceux-là ne risquent pas d’oublier qu’ils sont choisis pour servir les hommes. 

            Plaire au Seigneur devrait être l’ambition de chacun de nous, rassemblés ce matin. Ce devrait être l’ambition de chaque croyant pour que resplendisse la communauté à laquelle il appartient. Dans de trop nombreuses communautés croyantes, il y en a encore qui se déchirent dans des luttes pour un pouvoir d’un autre âge ; trop de gens veulent encore être applaudis, mille fois remerciés pour avoir mis leur talent au service de tous. Il y avait, dans notre diocèse, un prêtre qui faisait régulièrement applaudir tout le monde : « elle a bien lu ; applaudissons-la ! Ils ont bien chanté ; applaudissons-les ! Le fleurissement est splendide : applaudissons ! » Pour les gens, cela avait un côté amusant et bon enfant au début, mais dimanche après dimanche, quel intérêt ? Dieu saura récompenser ce que nous aurons fait de bien pour le service de tous bien mieux que ne le feraient nos applaudissements. A moins que nous ne recherchions que la gloire qui vient des hommes ! Mais celle-là est passagère, alors que la gloire qui vient de Dieu est éternelle. 

            Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Ce qui me semblait, à la première lecture, une ambition démesurée, m’apparaît alors comme la manifestation d’une grande humilité. Celui qui est habité par cette ambition, à l’exemple de Paul, se laisse totalement guider par l’Esprit Saint et n’attend rien des hommes. Son seul désir est de servir Dieu à travers ses frères. Sa récompense viendra lorsqu’il apparaîtra à découvert devant le tribunal du Christ. C'est-à-dire quand il ne pourra plus rien changer à ce qu’était sa vie, lorsque tout sera remis au Christ et que nous ne pourrons plus que mendier sa miséricorde. C’est en cherchant à plaire au Seigneur en toute chose que nous ferons grandir le règne de Dieu mystérieusement semé dans notre monde. Ce que nous faisons pour plaire au Seigneur peut ressembler à une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences ; une fois semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères. 

            Tel est le pouvoir de cette ambition saine de vouloir plaire au Seigneur. Elle nous fait faire des choses toutes simples souvent, de rares fois des choses exceptionnelles, mais qui sont, comme la graine semée, invisible aux yeux des hommes. Mais toutes font grandir le règne de Dieu ; toutes permettent aux hommes et aux femmes de notre temps de pouvoir être saisis à leur tour par cette Parole de Dieu qui transforme les cœurs et change le monde en mieux. Que notre unique ambition soit toujours de ne plaire qu’au Seigneur pour le bien de tous. Amen.

samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2018

Avec Amos, avec le Christ et ses disciples, annonçons le règne de Dieu !






Amos et Jésus, même combat : c’est ce qui ressort d’une lecture rapide des textes liturgiques de ce dimanche. Ce combat, c’est celui de la Parole de Dieu à annoncer toujours, à temps et à contre-temps. Une annonce qui ne souffre ni retard, ni obstacle. Dieu envoie, l’homme annonce. Ecoutons à nouveau ces textes et comprenons. 

Va-t-en d’ici ; fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Pauvre Amos ! Les temps sont durs pour les prophètes. Imaginez-vous qu’il est tiraillé entre ce que Dieu lui demande de prophétiser et ce que les gens ont envie d’entendre. Il ne faut pas être soi-même grand prophète pour comprendre qu’Amos ne plaît guère, pas davantage que son message. C’est un empêcheur de tourner en rond ! Avec lui, plus de passe-droit ; avec lui, finie l’injustice sociale ; avec lui, voilà qu’il faudrait respecter les pauvres, et les riches devraient éviter le luxe tapageur. Alors que le peuple de Samarie connaît une période faste, voilà que le prophète annonce des malheurs immenses : le peuple sera ruiné, il sera déporté. Même si le peuple se repentait, le Seigneur Dieu ne pourrait plus retenir le bras prêt à frapper. Il ne restera pas pierre sur pierre dans le royaume. Vous comprenez dès lors l’intervention du prêtre Amazias : laisse-nous tranquille ! Va-t-en jouer au prophète de malheur ailleurs ! Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser. 

C’était sans compter sur qui avait envoyé Amos. Dans une courte réponse au prêtre, le prophète dit avec force qu’il ne peut se taire. Lui le gardien de troupeau et le tailleur de sycomores, lui qui n’appartient pas à une caste de prophète, lui l’homme de la terre, a été saisi par Dieu et sommé par lui d’aller prophétiser. Il ne prophétise pas pour gagner sa vie ; il ne prophétise pas par plaisir ; il ne prophétise pas pour se faire un nom ; il prophétise parce que Dieu l’a envoyé ! Alors, que cela plaise ou non, il dira ce qu’il a à dire ; après il partira. Il reprendra sa petite vie de berger. Mais pour l’heure, place au Seigneur Dieu et à sa Parole ! 

Quelques siècles plus tard, Jésus lui-aussi viendra annoncer la Parole du Seigneur Dieu. Il ne se contentera pas de remplir sa mission en solitaire. Il va associer ses disciples à sa mission. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Le contexte est certes différent de celui d’Amos, mais Dieu parle encore et toujours à son peuple. Par Jésus donc, qui vagabonde sur les routes de Palestine ; ce Jésus, que les siens croyaient connaître et ne veulent pas entendre ; ce Jésus, qui vient d’essuyer un échec dans son village, et qui transfère ses compétences à ses disciples. Il les envoie en mission, deux par deux. Il les envoie faire à leur tour ce pourquoi il est venu : annoncer la Bonne Nouvelle et la concrétiser en manifestant leur pouvoir sur les forces de mort, sur les esprits mauvais. Les disciples sont appelés à poursuivre l’œuvre du maître ; ils sont appelés à marcher sur ses traces, avec des consignes très claires. 

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, si ce n’est un bâton. Ils partent, totalement désarmés, dépourvus de tout : ni vêtement de rechange, ni monnaie, ni même un en-cas pour la route. Juste un bâton. Ils ne feront pas découvrir aux autres la route du bonheur s’ils s’encombrent de choses inutiles. La route du bonheur se découvre lorsque l’on n’a plus rien que la seule force d’aimer ; lorsque les seuls arguments sont une vie heureuse, respirant le bonheur et la joie de vivre, libérée de toute peur, de tout attachement excessif. Le bâton est plus utile qu’un vêtement de rechange : il permet de s’appuyer sur lui lorsque la route est trop dure. Il est le symbole de celui qui se met en marche et accepte de se dépayser pour entrer dans le monde de Dieu que se proposent de faire découvrir les Apôtres. Ils se mettent en route avec un bâton, des sandales aux pieds, et un compagnon de voyage. A deux, on se réconforte, on s’encourage, on essaie de vivre ce que l’on prêche ! 

A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes appelés à témoigner à notre tour de tout ce que Dieu réalise pour nous. A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes envoyés proclamer au monde la Bonne Nouvelle. Par notre baptême, nous sommes faits fils de Dieu ; par notre baptême, nous sommes chargés de dire par toute notre vie cette Bonne Nouvelle qui nous a tourné vers le Christ. Nous devenons les porte-parole de Dieu parce qu’il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus le Christ. Les ministres ordonnés le sont d’une manière particulière, certes ; mais tous, nous avons mission de les aider et de dire à ceux que nous rencontrons que Dieu les aime, qu’il les veut libres et heureux et qu’il est LE chemin de salut et de libération. Par notre baptême, nous participons tous à la mission prophétique du Christ. Chaque baptisé est envoyé lutter contre les forces du mal ; chaque baptisé est appelé à faire de sa vie un chemin de sainteté quotidien. C’est en devenant saints dans l’ordinaire de notre vie que nous gagnerons nos frères et sœurs à la foi au Christ ; c’est en devenant toujours plus saints comme Dieu est saint que nous construirons le Royaume de Dieu, dès ici-bas. 

Dans sa très belle exhortation Gaudete et exsultate, publiée au mois de mars dernier, le pape François nous invite à rester fidèles à notre baptême, premier jour de notre engagement à la sainteté. En renonçant au Mal, en proclamant notre foi, nous avons fait le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix des frères. Plongés dans la mort de Jésus, saisis par son Esprit, nous marchons à sa suite et faisons nôtre l’Evangile du Salut. A la suite d’Amos, à la suite de Jésus et de ses disciples, devenons ces annonceurs d’un monde plus grand et plus humain, parce que plus saint. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche ordinaire B - 17 juin 2018

Deux paraboles sur le Règne de Dieu.







Il en est du règne de Dieu comme… Voici posé le sujet de la prédication de Jésus à la foule, tel que nous l’avons entendu dans l’évangile de ce dimanche. Deux petites paraboles vont suivre pour permettre à Jésus de leur annoncer la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. C’est un peu vexant cette remarque, mais elle a quelque chose de vraie. Si la seconde parabole de ce dimanche est facile d’accès, la première me laisse plus perplexe. 

Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence. Ma perplexité commence là. Le règne de Dieu est-il comparé à l’homme qui jette la semence ou à la semence qui est jetée par l’homme ? Si le règne de Dieu est la semence jetée en terre, nous comprenons que ce règne de Dieu travaille le cœur de l’homme (la terre). Il fait son œuvre, mystérieusement, sans aucune aide. Il serait quelque chose dont nous avons la réalité en nous, peut-être sans le savoir. Il serait quelque chose qui grandit, se développe et que l’on récolte au bout du processus. Cette première parabole se rapprocherait alors de la seconde, celle de la graine de moutarde. Cette autre parabole nous montre clairement que de rien (une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences) sort la plus grande plante potagère dans laquelle les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid. Il y a bien, dans cette notion du règne de Dieu, l’idée de quelque chose d’infime, mais qui devient grand une fois semé, sans que quiconque y soit pour quelque chose. La croissance du règne de Dieu ne dépend pas de nous. Pourtant, pour que ce règne de Dieu lève, il faut qu’il soit semé. Et c’est là que nous intervenons : le règne de Dieu serait une graine jetée en terre par l’homme. Si nous ne répandons pas les semences du règne de Dieu par notre art de vivre, ce règne ne pourra pas grandir. Il faut donc croire déjà que nous avons quelque importance dans le fait que le règne de Dieu se répande ou non. Autrement dit, nous pouvons être un obstacle au règne de Dieu dès lors que nous ne veillons pas à le répandre. Cette première parabole, dans cette interprétation particulière, viendrait rappeler aux croyants leur devoir d’évangéliser, de répandre par leurs actes et leur parole, la connaissance de ce règne.  

La seconde interprétation possible serait de dire que le règne de Dieu, c’est comme un homme qui sème. Le règne de Dieu se répandrait alors tout seul, il jetterait des graines à tous vents et ces graines feraient leur œuvre mystérieusement. Nous serions là très proches de cette autre parabole de Jésus, celle du semeur qui est sorti pour semer et qui répand allègrement son grain, sans même faire bien attention où ce grain va tomber : dans les ronces, dans la rocaille, au bord du chemin ou dans la bonne terre. Le grain semé lève et grandit avec plus ou moins de succès. L’humanité, dans cette dernière parabole comme dans la nôtre aujourd’hui, est la terre qui accueille. Elle produit quelque chose de bon dans la mesure où elle en est capable et que rien ne vient entraver le processus de la croissance. Mais la graine semée poursuit sa croissance toute seule. Je ne suis responsable de sa croissance que dans la mesure où je laisse la graine lever en moi et que rien en moi ne s’y oppose. Si le règne de Dieu est l’homme qui sème, que sème-t-il ? Nous le savons depuis la Pentecôte : il sème l’Esprit qui produit des fruits de paix, de joie, d’amour, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Il sème la Parole par qui tout devient possible. Mas si le règne de Dieu est l’homme qui sème, n’oublions pas la fin de la parabole : il est aussi celui qui récolte. Dès que le blé est mûr, il y met la faucille ! Le but ultime, c’est de rentrer la récolte !  

Ce qui est intéressant dans ces deux paraboles, c’est par quelque bout qu’on la prenne et la comprenne, il y a une part de mystère, c’est-à-dire une part de l’œuvre de Dieu, et une part de l’œuvre de l’homme. Dieu a voulu avoir besoin de nous pour que lève son règne au milieu des hommes. Ce n’est pas quelque chose qu’il impose ; ce n’est pas quelque chose qu’il force en nous. Soit il sème, soit il est semé ; mais dans les deux cas, nous avons une part infime à prendre pour que les fruits puissent être récoltés. Si nous ne savons pas toujours bien ce qu’est le règne de Dieu, nous savons au moins que nous avons une part à tenir pour qu’il puisse croître : soit le répandre par notre vie, soit l’accueillir dans notre vie. Le reste ne dépend pas de nous. La manière dont il grandit et se développe ne dépend pas de nous, ni de nos politiques pastorales. A chacun sa place, à chacun son œuvre, à chacun sa part, semble nous dire Jésus aujourd’hui. Pour reprendre un principe liturgique que j’aime beaucoup : que chacun fasse seulement, mais totalement, ce qui lui revient ! Alors ce règne de Dieu, qu’il soit le semeur ou la graine semée, pourra faire son œuvre. Alors nous pourrons être récoltés pour participer à la joie du royaume où Dieu nous attend. Amen.

 

 

 

samedi 2 juillet 2016

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2016

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux !





La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. En cette année qui ne voit aucune ordination sacerdotale dans notre diocèse, cette parole de Jésus mérite que nous nous y arrêtions un peu, et que nous nous interrogions : est-ce grave, docteur ? Est-ce grave qu’il y ait ce gouffre entre le travail à accomplir et le nombre d’ouvriers ? Que faut-il faire pour augmenter le nombre d’ouvriers ? Les années fastes, qu’a pu connaître notre diocèse, vont-elles revenir ? Faut-il seulement qu’elles reviennent ? 
 
A bien lire l’Evangile, on peut dire que ce problème du nombre d’ouvriers est récurrent, puisqu’il est déjà réalité au commencement, au temps de Jésus. Que sont 72 hommes envoyés par deux pour évangéliser le monde entier, dont leur nombre est le symbole ? Qu’est-ce que si peu pour tant de peuples ? Et pourtant, Jésus lui-même n’augmente pas le nombre de ses troupes, mais donne une consigne claire : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. La moisson que les disciples entreprennent n’est pas la leur ; elle est la moisson de Dieu. C’est à son œuvre qu’ils participent. Et qui pourrait croire que Dieu ne se donnerait pas les moyens de réussir son œuvre ? Qui pourrait croire que Dieu se contenterait d’un sous-effectif ? C’est peut-être que la solution est ailleurs ! La solution doit être dans la confiance qu’ils mettent en Dieu justement. D’ailleurs regardez de plus près encore : non seulement ils ne sont pas nombreux à être envoyés, mais en plus les consignes données pour le voyage ne sont guère encourageantes : Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales. Nous comprenons que la tâche sera ardue, risquée (des agneaux au milieu des loups), mais encore qu’ils ne peuvent compter sur rien, sur aucun artifice pour la mission : aucune richesse pour appuyer leur démarche ; pauvres de tout, ils doivent être riches de Dieu, c’est tout. A travers eux, c’est bien Dieu que les gens doivent pouvoir rencontrer ; à travers eux, c’est bien Dieu qui marche sur la route des hommes. 
 
Avec pour seule arme une confiance absolue en Dieu qui peut tout et juste un autre disciple pour compagnon, voici donc les disciples envoyés. Leur stratégie : trouver bon accueil dans une maison, guérir les malades de la cité et annoncer le règne de Dieu. Et même s’ils ne sont pas accueillis, quand même annoncer que le règne de Dieu s’est approché. On ne sait jamais, il en restera toujours quelque chose. 
 
Luc ne dit pas combien de temps aura duré cette mission : nous savons juste qu’ils sont partis et revenu, tout joyeux. La mission a été un succès, le Mal a été combattu. Mais leur joie ne doit pas venir de là, mais de la certitude que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Ces noms inscrits ne sont-ils que ceux des disciples envoyés en mission ? Pour prendre une image plus compréhensible aujourd’hui, n’y a-t-il que les noms des religieux, religieuses, prêtres, laïcs engagés en pastorale à être inscrits dans les cieux ? Que deviennent alors les autres, les vôtres ? Il nous faut écouter Paul dans l’épître aux Galates pour bien comprendre. Il invite les croyants à se réjouir d’être une création nouvelle. Si tous les croyants au Christ sont créature nouvelle, alors leurs noms sont nécessairement inscrits dans les cieux. Et voilà que le chiffre 72 prend un sens nouveau : s’il représente bien la totalité des peuples connus à l’époque, nous pouvons affirmer qu’il représente aussi la totalité du peuple de Dieu. La mission à laquelle Jésus invite ses disciples n’est donc pas réservée à une élite consacrée ; elle concerne tout le peuple que Dieu se donne. Chaque baptisé est invité à témoigner de sa foi, à annoncer le règne de Dieu par sa vie, à oser parler du Christ. Et nous découvrons alors que si chaque chrétien tenait sa place, les ouvriers ne manqueraient pas, alors que si on limite les ouvriers envoyés aux seules personnes consacrées, le problème est réel. L’invitation à la prière de Jésus ne concerne donc pas exclusivement la prière en faveur des vocations sacerdotales et religieuses, bien que cette prière soit vitale et nécessaire. Mais cela est aussi la prière adressée à Dieu pour que chaque baptisé prenne au sérieux sa vocation, pour que chaque baptisé vive selon l’esprit de son baptême. Le premier témoignage à donner aux hommes est bien le témoignage d’une vie placée sous le signe de l’Evangile, le témoignage d’une vie modelée par la parole du Christ vivant et vrai qui invite tous les hommes à une vraie fraternité. 
 
La question des vocations sacerdotales et religieuses ne trouvera pas sa solution si les chrétiens dans leur ensemble ne prennent pas au sérieux leur vocation baptismale. Les personnes consacrées ne tombent pas du ciel ; cela se saurait. Elles naissent et grandissent dans des communautés croyantes vivantes, conscientes de l’importance de la place et du témoignage de chacun. Là seulement peuvent naître des vocations particulières soutenues par tous les croyants. Ce n’est que dans des communautés prenant la parole du Christ au sérieux que peuvent naître des serviteurs de la Parole pour que le peuple ne manque jamais des pasteurs indispensables. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il envoie des ouvriers pour sa moisson. Renouvelons notre prière à Dieu pour qu’il fasse de nous tous des témoins crédibles de sa vie donnée et offerte à tous. Amen.  
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

lundi 5 juillet 2010

14ème dimanche ordinaire C - 04 juillet 2010

Dites aux habitants : le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous !
Voilà le message que les soixante-douze disciples envoyés par Jésus doivent annoncer. Ils sont choisis et envoyés pour poursuivre la mission du Christ lui-même, recevant de lui ses propres pouvoirs de guérison. C'est un bon résumé de ce que nous venons d'entendre. Cette page d'évangile pourtant est bien plus qu'un simple compte-rendu d'envoi en mission. J'en veux pour preuve deux détails donnés par Luc.

Jésus en envoie soixante-douze ! Pas les Douze qu'il a déjà choisi ; pas non plus trente ou cent : non, soixante-douze, ni plus, ni moins ! Ce chiffre n'est pas un hasard. Il correspond au nombre de peuples supposés composer l'humanité. Ils sont donc envoyés vers tous les hommes, pas seulement les frères juifs. Par eux, Israël va accomplir son destin : être lumière pour les peuples. Ce qu'ils ont découvert de Jésus, ce qu'ils ont appris de lui, le moment est venu de le propager. Les hommes, tous les hommes, doivent savoir que Dieu veut le salut de tous ; les hommes, tous les hommes, doivent être en mesure de bénéficier des dons de Dieu (paix, guérison). Ils partent, comme le Christ, sans signe de richesse, faisant confiance au meilleur qui sommeille en l'homme. Ils trouveront toujours des gens pour les accueillir ; ils trouveront toujours des gens pour les repousser. Si l'annonce de la Bonne Nouvelle concerne tous les hommes, si les dons de Dieu sont pour tous, tous les hommes ne se sentent pas concernés. C'est ainsi. Ce qui peut nous sembler curieux, c'est que Jésus ne demande pas de convaincre, ni d'insister. Là où ils seront accueillis, qu'ils y restent, le temps d'accomplir leur mission ; là où ils seront rejetés, qu'ils laissent même la poussière collée aux sandales.

Jésus les envoie annoncer le Règne de Dieu. pas pour demain, pas pour plus tard. Pour aujourd'hui : Le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous. Il y a, dans cette annonce, la certitude qu'en Jésus ce règne est inauguré. Jésus étant désormais au milieu des hommes, il n'y a plus à attendre ce Règne. Il est là ! Mais cette annonce, pour évidente qu'elle soit, comporte aussi une urgence. Si le Règne de Dieu est bien là, il faut l'accueillir. Il faut se convertir. Sans délais ! Est-ce pour cela qu'ils ne doivent pas chercher à convaincre, mais juste annoncer, guérir, offrir la paix de Dieu ? Est-ce pour cela qu'il n'y a pas, ce qu'on appellerait aujourd'hui, un "plan comm' " ? En fait, le seul plan d'action est le témoignage de foi de ceux qui sont envoyés, deux par deux : ainsi ils pourront s'encourager, certes, mais aussi témoigner par leur fraternité, de la réalité de ce Règne de Dieu déjà à l'oeuvre. Pauvreté de vie et vie fraternelle : voilà les seules armes dont disposent ceux que le Christ envoie.

Aujourd'hui, entendant ces textes, nous sommes renvoyés à notre propre mission de disciples de Jésus Christ. Par notre baptême, ne sommes-nous pas envoyés témoigner au monde des merveilles que Dieu accomplit pour nous ? Par notre vie, nous avons toujours à rendre visible la réalité de ce Règne de Dieu, offert à tous les hommes. Nous avons toujours à vivre des dons que Dieu nous fait. Nous avons toujours sa paix à offrir au monde. Nous n'avons pas d'autres armes, pas d'autre plan comm' que notre vie : pour être annoncé en vérité, le Règne de Dieu doit d'abord être vécu ! C'est ainsi que nous serons véritablement disciples ; c'est ainsi que nous serons reconnus comme d'authentiques témoins de ce Christ que nous confessons comme Messie et Sauveur. Amen.

(Photo de la Remise du Livre de la Parole lors de l'envoi en mission dans une précendente paroisse)