Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Dieu parle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dieu parle. Afficher tous les articles

dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche ordinaire C - 14 juillet 2019

Elle est dans ton cœur, cette Parole ! 








          Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu ! Cette interpellation faite par Moïse au peuple que Dieu a libéré d’Egypte, nous ramène à l’essentiel de ce qu’est la vie spirituelle : une vie à l’écoute de la Parole de Dieu. Et ce, quel que soit notre âge. Il n’est jamais trop tôt pour commencer ; il n’est pas venu le jour où nous pourrons dire : maintenant, j’arrête, j’en ai fait le tour. Je viens encore d’en faire l’expérience cette semaine, en accompagnant un groupe de collégiens du Séminaire de Jeunes de Walbourg au Mont Sainte Odile pour leur semaine d’adoration. Quel que soit notre âge, nous pouvons approcher cette parole, en tirer une nourriture bonne pour nous, et à partir d’elle, enseigner d’autres, voire édifier d’autres personnes. Le partage d’évangile avec les plus jeunes nous montre, si besoin était, que Dieu parle aussi à leur cœur et à leur intelligence et qu’ils peuvent nous aider à entrer davantage dans la compréhension de cette parole.

            Le frein principal, souvent invoqué pour excuser notre paresse en ce qui concerne la parole de Dieu, c’est le manque de temps. Il faudrait pouvoir dégager de grandes plages de temps pour s’adonner à l’oraison. Je peux entendre l’objection, mais je ne peux m’en satisfaire. D’ailleurs, en juillet et août, périodes de congés en France, l’excuse ne tient plus vraiment, et nous devrions donc voir des fleuves de prière se déverser sur notre pays : ce qui n’est pas vraiment le cas, n’est-ce pas ! Je crains qu’en mettant en avant le temps, certains ne partent du principe que la méditation de la parole de Dieu, ben c’est réservé aux moines et aux moniales qui consacrent une bonne partie de leur journée à la prière. Merci à eux de travailler pour nous ! Pourtant, dans son discours au peuple, Moïse ne parle pas (voire jamais) du temps nécessaire à consacrer à l’écoute de la voix du Seigneur. Il dit simplement : Ecoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout cœur et de toute ton âme. Vous pourrez relire la Bible de la Genèse à l’Apocalypse et de l’Apocalypse à la Genèse : vous ne trouverez nulle indication sur le temps à consacrer pour que cela soit efficace. La seule demande, c’est d’é-cou-ter. Avec les moyens que nous avons aujourd’hui, nous pouvons même trouver la bible en audio. Vous imaginez tous ces vacanciers, coincés dans des bouchons sur les routes de leurs vacances, et qui, au lieu de s’invectiver, écouteraient la Bible sur leur autoradio ! Quelle sérénité sur les routes de France ! 

          Ecoutons encore Moïse : Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces, ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux… elle n’est pas au-delà des mers… Il est malin, Dieu, avec sa parole. Il ne la cache pas, il l’offre. Dans toute la bible, il ne cesse de parler. A nos cœurs égarés, il ne cesse de parler. A nos esprits embrumés, il ne cesse de parler. L’entendons-nous seulement ? Il nous parle par ce frère dont la rencontre nous a fait du bien ; il nous parle par ce frère qui a besoin de nous et qui attend un geste ; il nous parle par ces migrants qui frappent à la porte de l’Europe et que nos pays se renvoient comme une balle de tennis. Il nous parle par mille et une choses qui nous arrivent quotidiennement, mais nous ne le reconnaissons pas. Nous ne l’entendons pas. Et je ne suis même pas sûr qu’une opération « coton-tige » serait des plus efficaces. Il règne une espèce de surdité volontaire et pleinement assumée en ce qui concerne la parole de Dieu. C’est comme un acouphène ; on entend bien le bruit de fond, quelquefois il nous gêne, mais le plus souvent on s’en accommode. On n’y prête plus guère attention. Et c’est là qu’on reconnaît tout le génie de Dieu : il ne nous lâche pas avec sa parole, il nous la rend intime : Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. Ce petit bruit de fond qui nous gêne, il suffirait que nous y soyons attentifs pour y discerner cette Parole murmurée à notre cœur. Elle deviendrait alors source jaillissante de vie éternelle en nous. Venant du fond de nos cœurs, elle monterait jusqu’à nos lèvres et nous n’aurions plus que des paroles utiles, bienfaisantes pour les autres ! Pour ceux et celles qui ne sont ni moines, ni moniales, chaque petit moment perdu pourrait devenir un petit moment d’oraison qui aurait sa fécondité propre. A force d’accumuler un petit temps de-ci de-là, nous aurions tous un sacré temps consacré à cette Parole dont nous disons qu’elle nous est vitale. 

Elle est dans ta bouche, elle est dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. Comment dire mieux que cette Parole, nous devons d’abord la considérer pour nous ? En effet, parmi ceux qui citent souvent la Bible, je constate, hélas, qu’ils ont souvent « une bonne parole » pour telle voisine qui ne leur veut pas que du bien, pour tel voisin qui vit de manière bizarre ; mais ils n’en ont jamais pour eux. Or, nous dit Moïse, si Dieu met sa Parole en nous, c’est d’abord pour notre propre conversion, pour notre propre vie. Elle n’est pas faite pour mettre en lumière en place publique tout ce que les autres devraient changer, mais pour me faire comprendre, au plus intime de moi, ce que je dois changer pour être un authentique membre du peuple que Dieu se donne. Cette parabole du bon samaritain, que Jésus raconte aujourd’hui, est bien donnée pour que nous comprenions ce que nous devons changer dans notre vie : notre regard sur ceux dont nous croisons la route, notre regard sur les règles que nous nous donnons. Elle nous fait comprendre que nous ne devons pas rechercher qui est notre prochain, mais de qui nous pouvons nous faire le prochain. Elle est pour nous, pour chacun, pour que nous nous appliquions cette parole à nous, pour être de meilleurs serviteurs pour nos frères. Et non l’inverse !  

Pour y parvenir, profitons de chaque moment, qu’il soit long ou petit, pour retrouver en nous cette Parole que nous égarons si souvent ; retrouvons-la pour en vivre. Retrouvons-la pour nous en nourrir. Retrouvons-la ; elle nous guidera mieux que personne vers le Royaume où Dieu nous attend. Amen.






samedi 26 janvier 2019

03ème dimanche ordinaire C - 27 janier 2019

De l'importance de la Parole de Dieu.






Dans un monde de l’image comme celui que nous connaissons, la parole peut sembler avoir perdu de sa force. Ce que nous voyons prend plus d’importance que ce que l’on nous dit. Pourtant la parole garde toute sa valeur ; elle est même nécessaire pour ne pas se méprendre sur l’image, sur ce que nous voyons ou croyons avoir vu. Une agence publicitaire, travaillant sur le rôle de la presse, l’a bien compris et démontré en montant différemment les mêmes images : dans un cas, ces images racontaient l’histoire de soldats européens qui attaquaient un village du Moyen-Orient entrainant en représailles une explosion ; dans la seconde version, ces mêmes images montraient une explosion entraînant une intervention de soldats européens pour protéger les populations du Moyen-Orient. Sans commentaire, ces images en tout point identiques, disent deux histoires différentes. La parole et le témoignage direct restent indispensables pour nous permettre de bien comprendre. C’est ce que nous disent les lectures de ce dimanche.

Relisez le passage du Livre de Néhémie. Nous pouvons être impressionnés par cette image du peuple rassemblé au retour d’exil pour écouter la Loi retrouvée. Peut-être sommes-nous même édifiés de constater à quel point la Parole de Dieu peut transformer une vie, bouleverser un cœur ! Mais pourquoi cette page du livre de Néhémie résonne-t-elle plus souvent comme une belle histoire que comme la réalité ? Aurions-nous perdu le sens de cette Parole ? Avons-nous trop d’idoles pour pouvoir entendre encore ce Dieu qui nous parle ? Lorsque Esdras travaille à Jérusalem, le peuple de Dieu est une nation à reconstruire. Quelques cent-cinquante années auparavant, il avait été vaincu militairement et déporté. Il ne restait rien de la grandeur du royaume de David et de Salomon. Il ne restait pas pierre sur pierre de Jérusalem ou du Temple. Pour tous ceux qui essayèrent de comprendre cet événement douloureux, il devenait clair que le rejet de Dieu par le peuple et le rejet de sa Parole étaient à l’origine de cette catastrophe. Maintenant que le peuple était de retour sur sa terre, la terre promise jadis à leurs Pères par Dieu, il devenait nécessaire d’inscrire cette Parole au cœur de la vie du peuple. La célébration à laquelle nous assistons est ce moment où le peuple manifeste sa joie de vivre sous le règne de cette Parole qui tant de fois, dans le passé, l’avait libéré de ses esclavages. Après l’exil, un nouveau temps commençait : il devait être marqué par cette Parole et par l’engagement clair à en vivre.

La proclamation de ce texte de Néhémie nous provoque aujourd’hui à réfléchir sur notre propre rapport à la Parole de Dieu, sur notre attachement au livre de la Bible. Nous savons que Dieu a parlé à son peuple dans le passé. Mais sommes-nous bien conscients qu’il veut encore nous parler aujourd’hui ? Ce vieux livre qu’est la Bible n’est pas un livre du temps jadis ; il est une Parole pour aujourd’hui ; il est une Parole qui nous ouvre l’avenir ; il est une Parole pour tous les temps. Fréquenter cette Parole, en dehors du dimanche matin, lors de la messe, est demandé à chacun de nous. Comment pouvons-nous marcher à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu, si nous ne l’entendons plus quotidiennement ? Je ne doute pas que nos vies soient bien remplies ; je ne doute pas que nos activités multiples nous prennent un temps considérable. Il y a tant de choses à faire. Mais il y a aussi beaucoup d’inutile dans une journée, de temps perdu. Pourquoi ne pas l’utiliser à l’écoute de cette Parole ? Il ne s’agit pas d’y consacrer des heures : mais juste d’en lire un passage, deux-trois phrases ; les textes que l’Eglise propose à notre méditation chaque jour. Faire l’effort pour cela. Nous avons tous une bible : est-elle autre chose qu’un livre parmi d’autres sur les rayons poussiéreux de nos bibliothèques ?

Il y en a pour qui la Bible est un instrument de travail : prêtres, diacres, théologiens, mais aussi catéchistes, animateurs liturgiques. Savons-nous encore goûter cette Parole gratuitement, sans qu’elle ait un lien immédiat avec ce que nous devons préparer dans le cadre de nos engagements ecclésiaux ? A force d’approcher les textes bibliques, sommes-nous encore bouleversés par cette Parole de Vie et par le souffle qu’elle vient donner à nos existences ? Lorsque le peuple entend la Parole de Dieu et les explications d’Esdras, il pleure tant il est touché par ce qui est dit. Quand vous écoutez de nouveaux convertis, ils vous disent souvent avoir été bouleversés par une Parole de Dieu. Lors de moment de retraite, j’ai moi-même fait l’expérience que la parole du prédicateur s’adressait à moi, dans ce que je vivais. Ils sont vraiment forts, ces moments-là. Mais il y a aussi les moments où cette Parole semble ne plus nous toucher. Alors vient le découragement, souvent suivi de l’abandon. C’est là qu’il nous faut réentendre Néhémie et les acclamations de ce peuple qui a connu le pire. C’est là qu’il faut entendre à nouveau le passage du prophète Isaïe lu par Jésus à la synagogue de Nazareth. C’est là qu’il faut entendre Jésus nous redire : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre. Aujourd’hui est le jour de votre salut. 

J’en suis convaincu : il nous faut redécouvrir toute la force de ces paroles, toute l’actualité de ces textes bibliques. Ils sont Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. Ils sont capables de donner sens à notre vie, de répondre à tous nos pourquoi. Selon le mot de Mgr Elchinger, la Bible, ce n’est pas de la tisane pieuse à boire le soir au coin du feu : c’est de la dynamite ! La Parole de Dieu, entendue et vécue, fait éclater nos étroitesses d’esprit ; elle renverse les murs qui nous séparent ; elle nous fait vivre notre vie en grand. N’ayons pas peur d’ouvrir ce livre ; n’ayons pas peur de nous laisser transformer par cette Parole. Nous avons tout à y gagner. Laissons-nous pénétrer de cette Parole ; laissons-nous entraîner à sa suite ! AMEN.

 

 


mercredi 26 décembre 2018

Noël : Messe du jour - 25 décembre 2018

Quand Dieu parle…






Au cœur de notre nuit a jailli un cri de joyeuse espérance : Aujourd’hui vous est né un Sauveur… qui est le Christ, le Seigneur. Et ainsi Dieu accomplit les promesses de la première Alliance. Peut-être cette bonne nouvelle nous a-t-elle surpris : comment, Dieu a encore quelque chose à dire ? Peut-être nous a-t-elle laissé indifférents : oui, et alors ? Peut-être nous a-t-elle réjouis : depuis le temps que nous l’attendions, quelle bonne nouvelle, vraiment ! Passé le temps de l’annonce, nous pouvons maintenant faire un pas de côté et comprendre davantage. La lettre aux Hébreux, dont nous avons entendu un extrait, veut nous y aider. 

Au départ, un constat : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes. Ce qui, pour le croyant, est une certitude et une évidence, peut vite devenir, pour le non-croyant ou l’indifférent, une source d’inquiétude. Que certains veuillent s’encombrer d’un Dieu, c’est une chose ; mais qu’ils le gardent surtout dans leur sphère privée. Mais si on vient nous dire que ce Dieu parle, alors là… Les plus cyniques vous diront peut-être qu’on savait que ça le prenait, Dieu, de parler par des prophètes. L’avantage, c’est que ce n’était jamais en direct. L’avantage, c’est qu’un prophète, quand ça dérange, ça se supprime ! Et on n’entend plus parler de Dieu ! Un bon cachot, un coup d’épée : problème réglé ! Souvenez-vous de Jean le Baptiste : il a rétréci d’une tête. Avec la bonne nouvelle annoncée au cœur de notre nuit, tout change : à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses. Cet enfant, venu au cœur de notre nuit, au cœur de notre vie, c’est la Parole de Dieu faite chair, le Verbe de Dieu pour parler comme saint Jean dans l’évangile. Quand vous allez voir l’enfant de la crèche, c’est Dieu que vous rencontrez. Quand, devenu grand, il parlera, c’est Dieu lui-même qui parlera. Plus d’intermédiaire ; c’est du direct – live ! Vous voyez le problème ? Tant qu’il parlait par des prophètes, on pouvait toujours se dire qu’ils ont peut-être mal transmis, ou que nous avons mal compris. Par prophète interposé, Dieu restait chez lui, bien là-haut ; et nous, on restait chez nous, bien au chaud ! Quand la Parole vient en direct, c’est plus compliqué. Comment ignorer ce qui n’est plus du ouï-dire, mais une vraie parole, de première main ?  Comment l’écouter encore sans se sentir concerné par ce qu’il dit, par ce qu’il demande ? Comment l’écouter sans prendre le risque d’être séduit par la promesse de bonheur qu’il adresse à chacun de nous ?

Vous comprenez bien que l’événement de cette nuit n’est pas banal. Vous comprenez aussi que si nous le prenons au sérieux, aujourd’hui en 2018, cela peut tout changer. Il y a une manière de vivre Noël qui nous rapproche des incroyants : celle qui consiste à dire que ce n’est qu’un souvenir, au mieux un anniversaire, celui de Jésus. Une occasion de faire la fête, mais rien de plus. Et il y a ce que Dieu veut déclencher en nous : une vraie réflexion sur notre vie, sur le sens que nous entendons lui donner. Devant l’Enfant de la crèche, comment ne pas être séduit par le projet d’amour de Dieu pour les hommes ? Devant l’Enfant de la crèche, comment ne pas entendre Dieu nous dire qu’en lui la vraie lumière qui éclaire tout homme est venue dans le monde ? Qui peut rester indifférent à un enfant nouveau-né ? Tenez un enfant dans vos bras, et dites-moi qu’il n’est pas porteur de promesses infinies ! Tenez un enfant dans vos bras, et dites-moi qu’il n’est pas l’avenir ouvert à l’infini ! Tout est possible dans une nouvelle vie qui commence. Tous les espoirs sont permis. C’est cela que Dieu a déclenché au cœur de notre nuit : la renaissance d’une espérance, la renaissance d’un avenir meilleur, la renaissance d’un monde meilleur. Tout commence quand Dieu parle à l’homme en cet enfant, né de Dieu. Tout devient possible quand l’homme se décide (enfin !) à écouter.

Et maintenant ? Maintenant il faut nous prononcer. Nous avons vu les signes : un enfant né hors de la ville, dans une étable, visité par les pauvres et les exclus du pays, chanté par les troupes célestes. Nous avons compris qu’il n’était pas un enfant de plus, mais bien le Fils unique de Dieu. Comme l’affirme Jean : Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Maintenant donc, nous pouvons nous laisser séduire et entraîner par cet Enfant à devenir enfants de Dieu nous-mêmes… nous pouvons choisir de naître nous-aussi de Dieu. Ou nous pouvons rejoindre le monde [qui] ne l’a pas reconnu. Nous pouvons faire comme si Dieu ne parlait toujours pas ; nous pouvons faire comme si rien ne s’était passé au cœur de la nuit. Nous pouvons continuer à nous ignorer, à nous massacrer, à nous haïr, même au nom de Dieu si ça peut aider à se sentir mieux. Mais il nous faut choisir. Choisir l’un ou l’autre, mais pas les deux. Parce que chacun développera en nous un art de vivre particulier, incompatible avec l’autre. Autrement dit, si je choisis de reconnaître en cet Enfant que Dieu s’est fait homme, je l’accueille dans toute ma vie, dans tous les instants de ma vie : et je deviens enfant de la lumière. Il éclairera désormais toute ma vie. Si je ne le choisis pas, je reste dans les ténèbres, parce qu’il n’y a pas d’autre vraie lumière possible. Seule la vraie lumière chasse définitivement nos ténèbres. 

Vouloir être ou ne pas être fils de la lumière : telle est la question ! La réponse appartient à chacun. Ici et maintenant, devant l’Enfant de la crèche, chacun peut trouver sa réponse. Chacun peut choisir de vivre en vérité. Viens, regarde et choisis ta vie. Amen.

(Enluminure de Frère Jacques)

samedi 3 mars 2012

2ème dimanche de Carême B - 04 mars 2012

Jésus, celui qu'il faut écouter !






Il s’en est passé des choses, dans l’évangile de Marc, avant cet épisode de la Transfiguration : guérisons diverses, deux multiplications des pains, confession de foi de Pierre, première annonce de la passion, invitation à suivre Jésus en prenant notre propre croix ; autant d’événements et de paroles prononcées qui ont leur part de mystère et de merveilleux. L’homme qui suit Jésus pourrait se perdre, confondre Jésus avec un guérisseur ou un magicien, ou pire, un beau parleur. L’événement de la Transfiguration vient à point pour que nous ne nous égarions pas, pour que nous comprenions bien qui est ce Jésus que nous suivons. Trois éléments constituent cette transfiguration : les vêtements immaculés, l’entretien avec Moïse et Elie, et une voix qui se fait entendre.

Les vêtements immaculés ne sont pas un rêve de ménagère en mal de lessive parfaite ; il n’y a que trois hommes témoins de l’événement. Les vêtements immaculés sont le signe que Jésus est transparent à la grâce ; ils sont le témoignage de la gloire qui est la sienne depuis le commencement, gloire qu’il a laissée en s’abaissant à devenir homme pour nous sauver. Ils annoncent déjà la gloire que Jésus retrouvera après sa passion et sa mort en croix annoncées à ses disciples peu de temps avant. C’est ce que chante la préface de ce dimanche : Après avoir prédit sa mort à ses disciples, il les mena sur la montagne sainte ; en présence de Moïse et d’Elie, il leur révéla sa splendeur : il manifestait ainsi que sa passion le conduirait à la gloire de la résurrection. Une manière de réconforter les disciples qui ont pu être choqué par l’annonce de la mort violente de leur Maître. Jésus s’en va affronter la mort seul, mais il ne laisse pas ses disciples sans réconfort, sans signe qu’ils pourront surmonter eux-aussi ce temps d’épreuve. Ils auront ainsi de quoi se souvenir lorsque la tristesse aura envahi leur cœur et que le désespoir pourra les faire douter.

L’entretien avec Moïse et Elie vient donner du sens aux paroles de Jésus. Il n’est pas un beau parleur puisqu’il converse d’égal à égal avec ces deux grands de la foi. Sa parole a autant d’importance que la Loi, symbolisée par Moïse, et que les prophètes, représentés par Elie. Tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il va encore dire est à retenir, à conserver avec respect et piété. Les paroles de Jésus sont des paroles qui donnent sens, qui orientent une vie de la même manière que le faisaient jusqu’à présent la Loi et les Prophètes. Venant après eux, nous pouvons même dire déjà qu’il les accomplit parfaitement et leur donnera un sens nouveau dans l’événement de sa mort et de sa résurrection. Nous pouvons comprendre aussi qu’une nouvelle alliance se prépare en Jésus, qui va succéder aux alliances faites avec Moïse et les Prophètes. Jésus ne peut plus, désormais, être considéré comme n’importe qui.

La voix qui se fait entendre est celle du Père, celle de Dieu. Il vient confirmer ce que les signes précédents laissaient pressentir. Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le. Jésus n’est définitivement plus n’importe qui : il est proclamé Fils de Dieu par Dieu lui-même. Il y a là plus grand que Moïse et les Prophètes. Sa parole n’est pas n’importe quelle parole : elle est Parole de Dieu, qu'il faut non seulement respecter et accueillir, mais aussi écouter. La recommandation faite par Dieu lui-même atteste bien, à ceux qui en douteraient encore, que cette Parole est parole de vie. Ne pas l’écouter serait s’enfermer irrémédiablement dans la mort. La liturgie l’a bien compris, elle qui nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole la nourriture dont notre foi a besoin. La prière de l’Eglise va même plus loin encore puisqu’elle précise que la parole de Jésus nous permet de mieux connaître Dieu ; l’oraison se conclut ainsi : et nous aurons le cœur assez pur pour discerner ta gloire. Non seulement la parole de Jésus est notre nourriture, mais en plus elle aiguise notre regard et nous permet de reconnaître Dieu à l’œuvre.

Trois signes nous sont donnés en ce deuxième dimanche de Carême pour bien comprendre et vivre l’invitation de Dieu le Père à écouter son Fils. Les paroles qui nous seront données les dimanches à venir seront à entendre et à comprendre pour que nous ne nous égarions pas, pour que nous ne nous trompions pas quand viendra le terme de notre parcours. Qui n’écoutera pas le Fils ne pourra pas vivre en vérité les événements de la Passion. Qui n’écoutera pas le Fils n’aura pas de part avec lui dans sa gloire. Prenons le temps de bien méditer l’appel de Dieu lui-même : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ! Amen.




(Icône d'Hélène Iankoff, Christ Pantocrator, église de Holtzheim, Bas-Rhin)

vendredi 24 décembre 2010

Saint Jour de Noël - 25 décembre 2010

Notre foi est écoute : nous célébrons un Dieu qui parle aux hommes.




Après cette belle nuit de Noël pendant laquelle nous avons joint notre voix à la voix des anges pour louer Dieu, voici venu le temps de comprendre mieux le mystère de l’incarnation. Les textes de la liturgie du jour de Noël ont balayé le merveilleux et nous invitent à réfléchir plus en profondeur.

Saint Jean, dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous propose une approche singulière du mystère de Noël. Pas d’anges, pas de bergers, pas même de crèche ; seulement la finesse de sa méditation, de sa compréhension du mystère divin. Et ce mystère, c’est que le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui parle à l’homme, un Dieu qu’il faut donc écouter. Le Dieu de Jean, notre Dieu, n’a rien à voir avec les dieux romains, grecs ou égyptiens ; il n’a rien à voir avec les idoles de pierre ou de bois qui ne peuvent rien pour nous et qui ne servent souvent qu’à justifier nos propres limites. Non, le Dieu de Jean, notre Dieu, est un Dieu qui entre en relation avec l’humanité. Un Dieu qui parle donc ; un Dieu dont la parole est efficace : ce qu’il dit, est. Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui.

Ce Dieu qui parle, ce Dieu qui fait exister par sa parole, est le Dieu de l’alliance. En Jésus, qui est le Verbe de Dieu, Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. En Jésus, sa Parole vivante, Dieu fait alliance avec chacun de nous. Au commencement, si vous lisez la Bible, Dieu a créé le monde pour établir une alliance avec l’humanité. Il a fait l’homme à son image et à sa ressemblance ; il lui a confié la création afin qu’il la gouverne. Dieu a fait de l’homme presque son égal. Mais le péché a obscurci le cœur de l’homme et celui-ci s’est éloigné de Dieu. En faisant naître son propre Fils selon la chair, Dieu donne à tous les hommes de redevenir ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être dans le cœur de Dieu : ses enfants ! Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Si la joie de Noël est si grande, c’est bien aussi à cause de cela. Notre vie est transformée ; notre vie a un nouvel horizon. Nous pouvons désormais vivre de la vie-même de Dieu puisqu’il a choisi de s’unir à nous par son Fils. Au cœur de cette nuit, au cœur du mystère de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ, est inscrite en germe cette nouvelle alliance que Jésus accomplira totalement dans l’acte même de sa mort et de sa résurrection. Le bois de la mangeoire inaugure une alliance nouvelle que le bois de la croix signera. Le mystère de l’incarnation n’aurait aucun sens sans cet horizon de la croix qui nous vaudra le salut pour toujours, si nous accordons foi et confiance au Christ Sauveur.

Parce qu’il ne suffit pas que Dieu naisse comme un enfant pour que l’homme soit sauvé, il faut encore que l’homme accueille ce Dieu, que l’homme écoute ce Dieu qui lui parle au cœur. Ce n’est pas sans raison qu’aucune de nos liturgies ne peut se passer de l’écoute de la Parole de Dieu ; ce n’est pas sans raison que le Magistère de l’Eglise nous invite sans cesse à lire et à méditer la Parole de Dieu chez nous, en complément de la Parole entendue et expliquée dans nos assemblées ; ce n’est pas sans raison que notre archevêque nous invite pour la troisième année, non seulement à découvrir la Parole et à la célébrer, mais aussi et peut-être surtout, à la vivre ! A quoi cela me sert-il que Dieu parle si je n’ai pas d’oreilles pour écouter ?

Je le dis souvent aux enfants : le premier organe de la foi, ce n’est pas notre bouche, ni même notre cœur ; le premier organe de la foi, ce sont nos oreilles : elles nous font entendre ce que notre bouche aura à redire ; elles nous font entendre ce que notre cœur aura à aimer. Sans écoute de Dieu, pas de foi possible. Sans Dieu qui parle, sans homme qui écoute, pas d’alliance possible, pas de salut possible. Au milieu de l’agitation et du bruit de nos fêtes, prenons le temps d’écouter Dieu qui nous parle. Nous lui répondrons par une foi toujours plus grande, par une vie toujours plus conforme à son projet d’amour. Est-il meilleur moyen de célébrer l’avènement de son Fils au cœur de notre vie ?


(Photo : Détail de la crèche de Holtzheim, Alsace)