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samedi 22 mars 2025

3ème dimanche de Carême C - 23 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, un Dieu qui appelle et qui prend soin.




(Marc CHAGALL, Moïse et le buisson ardent, 
Source internet : Moïse Et Le Buisson Ardent 1966 Lithograph 22x17 by Marc Chagall - For Sale on Art Brokerage)





Je ne me lasserai jamais de ce beau texte du livre de l’Exode que nous avons entendu en première lecture. Il nous rend témoin d’une part de la préoccupation de Dieu pour son peuple, et d’autre part de l’appel que Dieu adresse à Moïse. Car la situation du peuple hébreu en Egypte a bien changé. Souvenez-vous : la famille de Jacob est arrivée en Egypte alors que l’un de ses fils, Joseph, était le bras droit de Pharaon. Par sa gestion droite et avisée, il avait permis à l’Egypte de traverser une période de longue famine ; des étrangers, dont la famille de Jacob, venaient même se ravitailler ici pour échapper à la mort. Mais, dit sobrement le livre de l’Exode (1,8) : Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Et c’est la fin d’une période heureuse en Egypte, le début des travaux forcés, les coups de fouet des garde-chiourmes… 

Nous ne savons pas trop combien de temps a duré cette épreuve ; ce que nous savons, c’est que Dieu ne reste pas sourd aux appels de ceux qui crient vers lui.  J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Et nous verrons tout au long du livre de l’Exode comment Dieu prend soin de ce peuple qu’il a décidé de délivrer et de mener sur une nouvelle terre. Nous pouvons voir encore aujourd’hui comment Dieu prend soin de nous.

        Ce que nous révèle encore le livre de l’Exode, c’est que Dieu a suscité Moïse. Il lui a parlé dans ce buisson ardent, l’a appelé et envoyé en mission : Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. Sans doute Dieu, tel un super héros, aurait-il pu se trouver une cape et venir lui-même affronter Pharaon. Mais cela aurait conduit Dieu à renoncer à la liberté de l’homme. Si Dieu se manifestait ainsi, l’homme n’aurait plus le choix de croire ; il ne serait plus libre. Dieu a donc choisi d’avoir besoin de l’homme pour réaliser son projet. Et quand l’homme est sollicité par Dieu, ne croyez pas que tout est simple. Je vous invite à relire les quatre premiers chapitres du livre de l’Exode. Vous verrez Moïse argumenter contre Dieu pour échapper à la mission que celui-ci veut lui confier : Je ne te connais pas ; s’ils me demandent ton nom, que répondrai-je ? Je ne sais pas parler, envoie quelqu’un d’autre, quelqu’un qui sera plus doué que moi… Bref, à chaque objection levée, une autre est exprimée, mettant à rude épreuve la patience de Dieu. Moïse finira toutefois par prendre le chemin de l’Egypte pour faire ce que Dieu attend de lui. 

        Ce qui s’est passé jadis est toujours d’actualité. Dieu veille sur nous ; Dieu entend nos cris, voit notre misère. Et toujours et encore, il suscite des hommes et des femmes pour aider l’humanité à traverser ses crises, à retrouver le sens de la justice, à retrouver le chemin vers Dieu, et donc vers les hommes pour qu’une véritable fraternité soit possible, et que justice et paix puissent s’embrasser à nouveau. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu veille, qu’il ne nous abandonne pas. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu appelle chacun de nous à quelque chose de beau et de grand pour le bien de tous. Nous n’aurons pas tous l’envergure et la mission d’un Moïse, mais tous nous avons quelque chose à faire pour que notre monde se porte mieux. La justice et la paix, ça commence chez nous, dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos cours d’école… Et si tu n’as pas encore été confronté à ton buisson ardent, et découvert ce que Dieu attend de toi, ou que tu penses être trop jeune pour déjà faire quelque chose, ou trop vieux pour encore faire quelque chose, tu peux toujours prier pour ceux qui sont en première ligne. Dieu a besoin de chacun de nous pour travailler à son règne ; Dieu a besoin de chacun de nous pour bâtir la paix. 

        Je veux terminer mon propos en reprenant le beau nom de Dieu que celui-ci révèle à Moïse : Je suis qui je suis. Il nous dit que Dieu sera toujours celui dont nous aurons besoin à un moment donné de notre histoire. En effet, il peut aussi se traduire par Je suis qui je serai, nous assurant de la présence constante de Dieu à nos côtés, différent selon ce que nous traversons, mais toujours attentif, toujours à veiller sur nous. Il suffit de relire, dans l’Evangile de Jean, toutes les affirmations de Jésus commençant par : Je suis. Et vous comprendrez la richesse des variations de la présence de Dieu dans notre vie. Dans l’ordre cela donne :  Je suis le Pain de la Vie, Je suis la lumière du monde, Je suis la Porte, Je suis le bon berger, Je suis la résurrection, Je suis le chemin, la vérité et la vie, Je suis la vigne véritable, Je suis Roi. Autant d’occasion pour Jésus de préciser ce nom de Dieu. Autant d’images pour nous dire comment Dieu prend soin de nous. 

        Que notre Carême soit l’occasion de mieux connaître Dieu, de mieux connaître comment nous avons besoin de Dieu. Puissions-nous, à mieux connaître Dieu, nous laisser mieux envoyer par lui pour participer à son œuvre de salut pour tous les hommes. Dieu veut avoir besoin de toi pour dire et répandre son amour. Ecoute son appel, laisse-toi envoyer. Deviens ce figuier qui porte du fruit en abondance. Amen. 




samedi 28 septembre 2024

26ème dimanche ordinaire B - 29 septembre 2024

Celui qui n'est pas contre nous est pour nous.





 

 

            Environ treize siècles séparent Moïse et Jésus, et pourtant un même comportement de la part de leurs proches. Vingt-et-un siècles nous séparent de Jésus, et pourtant toujours ce même comportement dénoncé jadis par Moïse, aujourd’hui par Jésus. En trente-quatre siècles, l’homme n’aura guère évolué, et c’est désastreux parce qu’il accorde toujours encore de l’importance à des choses qui n’en ont pas, et que surtout, il fait la part belle à l’Adversaire, au Diviseur. Et de ce fait, l’homme s’oppose à la grâce, l’homme s’oppose à Dieu ! 

            Tout avait pourtant bien commencé du temps de Moïse. Parce que Moïse ne pouvait pas tout faire tout seul, Dieu lui adjoignit soixante-dix anciens, en prenant une part de l’esprit qui reposait sur [Moïse et en le mettant] sur les soixante-dix anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas. Pourquoi cela ne dura pas, n’est pas dit ; c’est donc sans importance ! Cependant, autre chose est dit, et cela va alimenter une querelle futile. Deux hommes étaient restés dans le camp : l’un s’appelait Eldad et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; eux aussi avaient été choisis, mais ils ne s’étaient pas rendus à la Tente, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser. Horreur, malheur, disent les autres. Moïse, mon maître, arrête-les, s’exclame Josué. Réponse de Moïse : Euh, ben non ! Pourquoi les arrêter ? Serais-tu jaloux pour moi ? Je peux, sans difficulté imaginer la suite du dialogue : « non, mais tu ne comprends pas… Nous, on a fait la sortie du jour ; nous, on a fait un effort. Eux ils sont restés tranquillou chez eux. Ils ne peuvent pas recevoir la même chose que nous. Tout le monde sait bien que Dieu n’agit que dans sa Tente ! En plus, chez nous, ça n’a pas duré, alors qu’eux, ils prophétisent encore ! » Jalousie quand tu nous tiens ! 

            Du temps de Jésus, tout semblait bien aussi. Le démon était chassé au nom de Jésus ; l’adversaire était défait. Mais voilà que Jean, se faisant le porte-parole des Douze, va dire à Jésus : Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. En clair, nous avons vu quelqu’un faire du bien à un autre en le libérant d’un démon en ton nom, et nous l’avons arrêté ; il n’est pas l’un de nous, il ne nous suit pas ! Vous aurez noté le petit glissement : il ne nous suit pas, au lieu de : il ne te suit pas. Sans Jésus, les disciples n’auraient jamais essayé de chasser un démon ! Là aussi, je peux entendre Jésus reprendre Jean : Euh, depuis quand les autres doivent-ils vous suivre pour faire du bien ? Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. 

            Ce que Moïse rappelait à Josué et à ceux qui récriminaient contre Eldad et Médad, c’est qu’ils font partie du même clan, qu’ils aient fait le pèlerinage auprès de la Tente ou pas. Ce que Jésus rappelle aux siens, c’est que celui qui chasse les démons en son nom, fait partie de la même équipe qu’eux, qu’il marche avec eux ou pas. C’est du temps perdu de s’exciter contre ceux qui font la même chose que nous, mais à côté, en-dehors du groupe. Pourquoi se fatiguer avec des querelles internes quand le but est le même : vaincre le démon ? Nous retrouvons toujours ces récriminations aujourd’hui quand on exclut de notre camp ceux qui ne prient pas dans la même langue que nous, ceux qui n’ont pas les mêmes options théologiques ou pastorales que nous, quand bien même ils aideraient à faire connaître et aimer le Christ. Comme s’il n’y avait qu’une manière de faire ; comme s’il fallait exactement tous faire pareils, tout le temps. Comme s’il fallait absolument être du même clocher, du même village, de la même confession chrétienne, pour que cela soit juste et bon. Suivre Jésus de plus près, ne nous fait gagner aucun mérite ! Suivre Jésus de près, n’est pas une garantie d’avoir un jour une meilleure place. Dieu accorde sa grâce à qui il veut, qu’il soit dévot, accomplissant régulièrement pèlerinages et prières, ou qu’il soit plus discret dans l’expression de la foi. Ce qui compte dit Moïse aux siens, c’est que l’Esprit soit répandu et accueilli ; et ce serait formidable si tous pouvaient être comme Eldad et Médad. Ce qui compte, dit Jésus aux siens, c’est que le démon soit chassé, qu’importe le degré de proximité avec moi. S’il le fait en mon nom, il n’est pas éloigné de moi, il ne fait rien de mal, bien au contraire !

             Aujourd’hui encore, recentrons-nous sur l’essentiel. Que Dieu soit loué, quelle que soit la langue ! Que Dieu soit annoncé, quelle que soit la méthode ! Que le démon soit chassé au nom de Jésus, quelle que soit l’appartenance de celui qui le fait. Si nous devons nous fatiguer dans la mission, que cela soit au moins pour des choses qui en vaillent la peine. Les futilités nous divisent et nous empêchent de mener à bien la volonté de Dieu. Quand Dieu distribue sa grâce, ne te mets pas en travers de son chemin. Il sait ce qu’il fait, mieux que tu ne peux le comprendre. Fais confiance au Seigneur, agis bien ; tout le reste ne sert à rien, si ce n’est à diviser, à faire le jeu de l’adversaire. Toi, au contraire, calme ta jalousie mal placée et fais le jeu de Dieu ; accepte que d’autres, que tu ne connais pas, jouent dans cette grande équipe qui s’oppose au Mal. Ils ne t’enlèvent rien ; ils ne te menacent pas ; ils ne te remplacent pas. Ils prennent juste leur part, comme tu es censé le faire quand tu ne jalouses pas les autres. Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous, et cela suffit pour en faire l’un de nous. Amen. 

samedi 3 août 2024

18ème dimanche ordinaire B - 4 août 2024

L’homme a-t-il changé entre le temps de Moïse et celui de Jésus ?




(Le don de la manne, Miniature allemande, 15ème siècle. 
Source : LE DON DE LA MANNE - Art et Bible (hautetfort.com)


 



            Y a-t-il vraiment une différence entre la communauté des fils d’Israël qui se presse autour de Moïse et la foule qui se presse auprès de Jésus ? Les quelques siècles qui séparent Jésus de Moïse ont-ils permis aux hommes d’évoluer, à leurs cœurs de changer en profondeur ? En mettant ces deux moments en parallèle, nous sommes comme invités à vérifier si le temps change quelque chose, si les hommes comprennent mieux Dieu et son projet pour eux. 

            Lorsque nous croisons la communauté des fils d’Israël, celle-ci vit un moment difficile. Souvenez-vous : Moïse avait réussi, avec l’aide de Dieu, à obtenir en fin de compte le départ d’Egypte du peuple de Dieu. La sortie d’Egypte s’est faite à la hâte, un dernier repas pris sur le pouce, debout, sandales aux pieds, ceinture aux reins. Bien sûr, chacun avait pris le temps de préparer ses affaires et de prendre des réserves pour la route. Personne n’entreprend un tel voyage sans un minimum de précaution. La difficulté surgit lorsque le voyage se prolonge au-delà de ce qui était prévu. Peut-être aussi qu’une mauvaise gestion des réserves aura contribué à la fin prématurée de celles-ci. Tous se tournent vers Moïse en récriminant : Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Egypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! Vraiment ? Quelqu’un peut-il honnêtement penser que Dieu se serait donné tout ce mal pour répondre aux cris de son peuple retenu en Egypte, pour les faire mourir dans le désert ? Ils ont pu constater, par dix fois, comment Dieu s’y est pris pour les faire sortir, et ils ne le pensent pas capable de résoudre un petit problème d’intendance ? Mais quelle ingratitude ! Et le pauvre Moïse qui se prend tout en pleine face, lui qui n’avait rien demandé, si ce n’est de pouvoir échapper à cette mission que Dieu lui a confiée. Nous avons tous entendu la suite : même au désert, Dieu continue de prendre soin de ce peuple à la nuque raide ; il donnera les cailles, il donnera la manne. Chaque jour que Dieu fera, le peuple aura le pain que le Seigneur donne à manger. La première fois, nous sentons une pointe de méfiance dans leur question : Mann hou ? Qu’est-ce que c’est ? La question vaut pour ce pain donné ; mais elle vaut aussi pour l’œuvre de Dieu envers son peuple. Qu’est-ce que c’est que ce Dieu qui prend soin de ce peuple qui ne manque pas une occasion de récriminer contre lui ? 

            La foule qui se presse autour de Jésus ne vient pas récriminer (elle ne se plaint pas), elle vient réclamer (demander) encore de ce pain. Pourquoi n’aurait-elle pas tous les jours ce qu’elle a reçu lorsque Jésus a multiplié les pains et les poissons ? N’est-ce pas ce qui s’est passé du temps de Moïse après tout ? Ce qui se joue autour de Jésus, c’est une juste compréhension de l’événement passé. Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Jésus voulait les inviter à comprendre qui est Dieu et ce qu’il fait pour son peuple ; eux veulent juste manger encore. Le cœur, lieu où Dieu me rencontre, est vite oublié quand le ventre gronde. Jésus les renvoie donc vers le cœur : Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle ! De même que ce n’est pas Moïse qui a donné la manne autrefois, de même ce n’est pas Jésus qui a donné le pain : c’est le Père qui a tout fait, jadis et maintenant. Le Père de Jésus a donné la manne ; le Père de Jésus a donné Jésus, le pain de la vie. Celui qui vient à lui n’aura jamais fait ; celui qui croit en lui n’aura jamais soif. C’est une parole mystérieuse qui appellera explication ; elle nous sera donnée dans les évangiles des dimanches à venir. Pour l’heure, retenons que, avec Jésus, Dieu continue de prendre soin de nous, pas uniquement de notre ventre, mais de tout notre être. Son but, c’est notre vie, la vie du monde. Nous aurions tort de croire, comme autrefois la communauté des fils d’Israël, que Dieu veut notre mort. Il ne veut même pas la mort du pécheur ; il veut sa conversion. Et les signes, que Jésus pose dans l’Evangile de Jean, sont donnés pour notre conversion, pour que nous comprenions véritablement qui est Dieu pour nous, quel est son projet pour nous. 

Alors, l’homme a-t-il changé depuis qu’il récriminait contre Dieu dans le désert ? Sans doute pas autant qu’il aurait pu le faire. Il a toujours du mal à comprendre ce que Dieu attend de lui, qui est Dieu pour lui. Aujourd’hui, si nous ne voulons pas mal comprendre le discours et l’œuvre de Jésus, il nous faut avancer patiemment. Nous sommes passés de Jésus qui multiplie et distribue le pain, à Jésus qui dit être le pain. Le seul signe qui est désormais donné, c’est Jésus qui livre sa vie. C’est dans ce signe qu’il nous faut reconnaître Dieu à l’œuvre pour notre salut. Nous ne pourrons vraiment comprendre ce signe qu’en entrant toujours mieux dans la compréhension du sacrement de l’Eucharistie. Avec la foule qui se presse autour de Jésus, demandons le pain de la juste compréhension de l’œuvre de Dieu pour nous. Avec la foule qui se presse autour de Jésus, demandons le pain qui nous lie pour toujours au Christ, pain rompu pour notre vie. Amen.


samedi 2 mars 2024

3ème dimanche de Carême B - 03 mars 2024

De Moïse à Jésus : une Alliance qui engage à la fidélité.




(Tableau de Chagall, Moïse recevant les tables de la Loi. 

 

 

 

 

            Il était inévitable, dans la relecture des grandes alliances que Dieu a passées avec l’humanité, de parler de l’Alliance faite avec Moïse. Le don de la Loi sur le Sinaï dépasse les alliances faites avec Noé et Abraham, au sens où cette nouvelle alliance ne concerne plus seulement une personne, mais tout un peuple. Une Loi fondamentale commune est bien un des marqueurs, avec la terre commune et un chef commun, de ce qui fait un peuple. 

Cette nouvelle alliance, si elle est formulée au singulier, concerne à la fois chacun pris dans son individualité, mais aussi chacun pris dans la totalité de ce peuple en formation. Le « Tu », c’est à la fois le peuple et chacun de ses membres. S’il y a une responsabilité individuelle devant la Loi que Dieu donne, il y a aussi une responsabilité collective. C’est déjà une manière de nous rendre responsable les uns des autres. Je ne peux pas simplement me dire : Je respecte la Loi de mon côté, je fais ma petite cuisine avec Dieu, mon petit salut à moi tout seul. Non, je fais partie d’un peuple, du peuple que Dieu s’est choisi, et à ce titre, je suis responsable aussi des autres et de leur manière de vivre avec Dieu. L’alliance que Dieu conclut avec Moïse s’étend à tout son peuple. C’est bien pour cela que Moïse, redescendant du Sinaï et constatant que le peuple avait fabriqué un veau d’or pour figurer ce Dieu libérateur, brisera les tables de la Loi plutôt que de les garder pour lui tout seul. C’est aussi pour cela que Moïse prendra si souvent la défense de ce peuple à la nuque raide alors que Dieu avait fait choix de le détruire en punition des trop nombreux péchés commis par le peuple et dans le peuple. Moïse avait bien compris, même si cela lui coûtait, que cette alliance engageait chacun individuellement et tous collectivement dans une fidélité envers Dieu. Au cœur de cette alliance, Dieu lui-même proclame sa fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et observent ses commandements. L’alliance avec Moïse, parce qu’elle est pour tous et pour chacun, suppose que je sois attentif à mon frère et que je sois en mesure, fraternellement, de le remettre sur le droit chemin s’il s’en écarte. Les nombreux prophètes qui avertissent le peuple d’une destruction possible s’il ne revient pas vers Dieu, en témoignent selon moi. 

C’est cette même fidélité à l’alliance que Jésus défend lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Il aurait pu se fendre d’une simple parole critique au sujet de la présence de ces marchands dans l’enceinte du Temple. Mais non ; au lieu de cela, il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple. Cela a dû marquer les esprits, pour sûr. Le geste qu’il pose ainsi, il ne le fait pas pour lui ; il le fait pour ces petits qui ne peuvent qu’être choqués par ces trafics ; il le fait pour rappeler à tous que le Temple, c’est la maison de Dieu, le signe de sa présence au milieu de son peuple. Le peuple doit en être conscient en tant que peuple choisi ; et chacun de ses membres doit en être conscient au point de se sentir concerné par ce qui se vit là. Tous ensemble, et chacun individuellement, auraient dû comprendre spontanément, pourquoi Jésus a posé ce geste violent. Mais force est de constater que certains s’accommodaient de ce trafic puisqu’ils interpellent Jésus : Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? Autrement dit, de quel droit fais-tu cela ? Il le fait au nom du droit qu’à chacun, dans le peuple de Dieu, de reprendre son frère quand il est dans l’erreur. Ce qui fait que chacun aurait pu, chacun aurait dû réagir, et depuis longtemps, comme Jésus devant cette présence incongrue des marchands dans le Temple. Quand collectivement le peuple admet quelque chose qui est mal, le juste, perdu dans ce peuple, ne peut se taire, ne peut accepter et doit dénoncer, sous peine de se rendre complice de ce mal. Il ne doit être étonnant pour personne que Jésus, le Juste parmi les justes, remette les choses dans l’ordre qui convient au lieu. Il est ainsi fidèle à sa mission qui est d’inviter tous et chacun à la conversion. 

En relisant ces textes, nous sommes interrogés sur notre fidélité à l’alliance que Dieu a conclue avec nous en Jésus, mort et ressuscité. Comme l’alliance avec Moïse, cette nouvelle Alliance en son sang, appelle une fidélité personnelle de chaque croyant, mais aussi une fidélité de l’Eglise à sa mission, Eglise dont nous sommes membres. Quand quelque chose ne me plaît pas dans cette Eglise, je ne peux pas juste dire que l’Eglise, c’est les autres, comprenez le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Je ne peux pas dire : Jésus, oui ; l’Eglise, non. Je suis attaché à Jésus par l’Eglise qui me le fait connaître et qui essaie, malgré l’imperfection de ses membres, de témoigner de Lui, de son amour et de sa miséricorde. Nous sommes l’Eglise, pour reprendre ce titre qu’un groupe de chrétiens s’est donné. Oui, mais nous sommes l’Eglise dans chacun de ses aspects, les bons comme les mauvais. Nous sommes l’Eglise sainte, parce que Dieu est Saint et nous appelle à partager sa sainteté. Mais nous sommes aussi l’Eglise pécheresse parce que, collectivement et individuellement, nous ne sommes pas encore parfaits comme Dieu est parfait. Que l’écoute renouvelée de la Parole de Dieu et la communion à son Eucharistie nous donnent d’approfondir notre fidélité à Dieu… qui nous est toujours fidèle, que nous soyons saints ou pécheurs. Amen.

samedi 5 novembre 2022

32ème dimanche ordinaire C - 06 novembre 2022

 Le Dieu de notre aujourd'hui.





            Quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent. Rien qu’en entendant le début de l’Evangile, nous comprenons que cette rencontre est une rencontre hostile. Et l’histoire alambiquée qu’ils présentent à Jésus confirme que ces gens-là ne viennent pas vraiment s’instruire auprès de Jésus, mais bien porter en dérision une donnée de la foi qu’ils ne partagent pas. Une femme, sept frères, qu’elle a eu successivement pour époux conformément à une prescription de Moïse, et la seule chose qui les intéresse, est de savoir de qui elle sera l’épouse à la résurrection ! Sept frères, tous passés par le même lit, tous trépassés et pas un sadducéen pour s’interroger sur la femme et son éventuelle implication dans la mort de ses époux ? Je veux bien reconnaître que je suis fan de séries policières et que cela peut altérer mon jugement, mais quand même ! Après avoir entendu cette parabole, il m’est plus facile de croire en la résurrection des morts qu’en l’innocence de cette femme ! 

            Je reconnais que nous avons, vous et moi, un avantage certain sur les sadducéens ; nous connaissons la fin de l’histoire de Jésus. Nous savons, comme le proclamait le verset de notre alléluia que Jésus Christ est le premier-né d’entre les morts. Les sadducéens ne le savent pas encore, puisqu’au moment où ils viennent vers Jésus, il n’est pas encore mort sur la croix. Il vient juste d’entrer solennellement dans Jérusalem pour y partager sa dernière Pâque avec ses Apôtres. Nous sommes dans les jours qui précèdent l’arrestation et la condamnation de Jésus. Veulent-ils s’assurer déjà, en le piégeant avec cette histoire, qu'une fois qu’il sera mort, ils seront enfin débarrassés de lui ? Peut-être ! Rien ne le dit, mais rien n’empêche de le croire. La proximité des différents événements n’est sans doute pas un hasard. Puisque l’histoire pour moi est vraiment sans intérêt, intéressons-nous plutôt à la réponse de Jésus. 

            Il nous dit d’abord que la vie après la mort n’aura rien à voir avec la vie d’avant. Plutôt que d’essayer d’imaginer ce que cela pourrait être, ce qu’il y a à gagner ou à perdre à aller au Paradis, revenons à notre foi. Et puisque les sadducéens s’appuient sur la Loi donnée par Moïse pour piéger Jésus, c’est par la foi de Moïse que Jésus leur répond : Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. La question qui se pose alors à nous est la suivante : crois-tu cela ? Crois-tu que notre Dieu est le Dieu des vivants, c'est-à-dire le Dieu pour toi aujourd’hui ? Il n’est pas comme Hadès, dans la mythologie grecque, qui garde aux enfers les âmes égarées qui ne sont pas parvenues aux champs Elysée. Il n’est pas un Dieu pour plus tard, quand nous ne serons plus de ce monde. Il est le Dieu de notre aujourd’hui, le Dieu de notre vie, le Dieu de qui nous tenons la vie et vers qui nous allons pour vivre éternellement ! 

            Et c’est la seconde affirmation de Jésus dans sa réponse à ses opposants : Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. Est-il bien celui qui anime ma vie aujourd’hui ? Ai-je, chaque jour, le désir de vivre pour Dieu ? Est-ce bien lui qui donne sens à ma vie ? Pourquoi est-ce que je me lève chaque matin ? Pourquoi est-ce j’aime mon conjoint, mes enfants ? Est-ce juste pour moi ou pour eux ? Ou est-ce que j’aime ceux et celles qui partagent ma vie comme une extension de l’amour que je porte à Dieu et que Dieu me porte ? Est-ce que les autres sont pour moi le signe que Dieu est le Dieu des vivants, qu’il veut ma vie et mon bonheur, ici et maintenant, et qu’il me les offre à travers eux ? Chaque personne que je rencontre serait donc pour moi porteur de ce Dieu des vivants qui se révèle à moi par son Fils Jésus, Premier-né d’entre les morts, c'est-à-dire Premier des vivants. Quand je sais cela, quand je sais que le Dieu auquel je crois est le Dieu des vivants, comment ne pas être heureux de la vie qui est la mienne ? Je ne suis sans doute pas le meilleur, mais Dieu m’a fait tel que je suis, pour lui, pour les autres. Et quand je traverse un temps d’épreuve, je sais que je peux encore compter sur Lui, qu’il est là, qu’il veille sur moi, et qu’il me rend plus vivant que jamais. 

            Ce que nous rappelle Jésus, au-delà de la controverse avec les sadducéens, c’est que nous sommes faits pour la vie, la vie en plénitude. Puisque nous le reconnaissons dans la foi comme le Premier-né d’entre les morts, croyons aussi qu’il n’est pas le dernier-né d’entre les morts, et puisqu’il nous fait déjà vivre ici-bas, il nous fera vivre encore lorsque notre corps mortel parviendra à sa fin. En Dieu, tout est vie, même la mort. En Dieu, tout est vie, ici, maintenant et toujours. Amen.

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Pour prolonger l’homélie, nous pouvons écouter ce chant d’un confrère prêtre du diocèse : Tu es fait pour la vie.

Tu es fait pour la vie ! - Christophe Sperissen, The City of Prague Philharmonic Orchestra, Thierry Malet - Deezer

Tu es fait pour la vie ! - YouTube

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 18 mars 2017

03ème dimanche de Carême A - 19 Mars 2017

Si tu savais le don de Dieu...




Sur notre route vers Pâques, comment ne pas prendre le temps de nous interroger, à frais nouveau, sur Dieu, sur son projet d’amour pour nous ? La question de Dieu habite l’homme et se pose à lui, sans cesse. La liturgie de ce troisième dimanche de Carême nous montre des hommes et des femmes qui ont affronté cette question. Leur expérience peut nous aider à nous y frotter à notre tour. 
 
Regardez le peuple que Moïse a sorti d’Egypte sous la conduite de Dieu lui-même. Au moment de sa libération, tout est bien : finies les corvées, fini le fouet, finie la misère. Voici le peuple libre, enfin, après des années d’esclavage. Le désert à affronter semble un mal nécessaire du moment qu’il met de la distance entre ce passé douloureux et l’avenir de ce peuple libéré. Mais quand le désert se révèle pour ce qu’il est, un lieu aride, sans eau, voilà que le souvenir de l’Egypte se fait délicieux. Pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte ? Le peuple a déjà oublié les coups, les corvées, l’esclavage. Il a déjà oublié que Dieu lui a rendu sa liberté ! Les récriminations qui montent contre Moïse, et donc contre Dieu qu’il sert, semblent dire que le peuple regrette l’Egypte et la vie qu’il y menait ! Heureusement que Dieu, lui, n’oublie pas son amour ; heureusement que Dieu n’oublie pas son serviteur Moïse qu’il a appelé pour conduire ce peuple vers la terre promise. Aux récriminations, il répond par un don : le don de l’eau, pour que le peuple tourne la page de l’Egypte ; le don de l’eau, pour que le peuple taise ses récriminations et se souvienne toujours que le Seigneur est au milieu de lui. Ah, s’il savait le don de Dieu… 
 
Des siècles plus tard, alors que le peuple est établi sur cette terre promise, voici qu’un homme, Jésus, croise une femme, la Samaritaine, au bord d’un puits. Il a soif ; elle vient puiser de l’eau ; cela tombe bien. La demande d’eau exprimée par Jésus devient le prétexte à un dialogue beaucoup plus profond. C’est comme si, ensemble, l’homme et la femme creusaient un nouveau puits qui permettra une rencontre plus vraie : la rencontre entre cette femme et le Sauveur que Dieu envoie. Comme jadis au désert, cette histoire d’eau est l’occasion de mieux connaître Dieu et son projet. Si tu savais le don de Dieu, dit Jésus à cette femme… Et tout s’enchaîne. Voilà que ce Juif semble connaître cette Samaritaine en vérité ; il l’ouvre à une nouvelle connaissance de sa vie ; nous la sentons bien vite chamboulée, transformée, au point qu’elle en devient missionnaire. Oubliant sa cruche et la raison de sa sortie à l’heure de midi, la voilà qui va chercher les habitants de son village pour les mener à Jésus. Elle croit avoir reconnu le Christ : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Pour résoudre la question de Dieu dans notre vie, il faut une rencontre, une oreille attentive et le désir de comprendre. La femme n’a rien fait d’autre. Elle aurait pu se contenter de servir à Jésus le verre d’eau demandé, sans entrer en dialogue avec lui ; mais la rencontre, la vraie, n’aurait pas eu lieu. Elle a choisi de s’attarder au puits ; elle a choisi de parler à cet inconnu, Juif de surcroît, avec qui elle n’avait, à priori, rien en commun. L’eau du puits de Jacob qui étanchait la soif a servi de prétexte à Jésus pour révéler l’eau de la vie éternelle qui donne sens à une vie. Comme jadis au désert Dieu a servi à son peuple de l’eau pour que cesse les récriminations, Jésus sert à cette femme, et à tout le village, l’eau de la connaissance de Dieu pour que les hommes croient en lui et reconnaissent en lui le Sauveur du monde. Ils savent maintenant le don de Dieu… 
 
Pour Paul, Dieu n’est plus une question depuis qu’il a croisé le Christ. Dieu, il a appris à le connaître vraiment sur le chemin de Damas quand le Christ ressuscité lui est apparu. Et depuis, il ne cesse de répandre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il sait le don gratuit de Dieu qui a livré son Fils pour le salut des hommes, bien qu’ils fussent tous pécheurs. Et pour Paul, c’est là la preuve de l’amour de Dieu pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs ! La question de Dieu se résout dans ce geste d’amour de sa part. Le projet de Dieu est donc un projet d’amour envers l’homme. Comment l’homme peut-il ne pas s’en rendre compte ? Comment l’homme peut-il vouloir se débarrasser de Dieu après un tel don ? L’homme refuserait-il d’être aimé de Dieu ? L’homme préfèrerait-il ne pas être aimé du tout plutôt que de reconnaître ce que Dieu fait pour lui ? Paul n’arrêtera jamais de dire aux hommes le don de Dieu pour qu’ils puissent en vivre tous et accueillir le salut réalisé en Christ. Grâce à Paul, les hommes savent mieux le don de Dieu. 
 
Si tu savais le don de Dieu… Voilà une affirmation qui devrait nous titiller durant tout ce Carême, temps favorable pour entrer dans une meilleure connaissance de Dieu et de son projet d’amour pour nous aujourd’hui. A la suite du peuple égaré dans le désert, à la suite de la Samaritaine au bord du puits, à la suite de Paul et des communautés qu’il encourage dans leur foi, nous devons nous ouvrir à l’intelligence de ce don que Dieu nous fait. Pour cela, il nous faut faire taire les récriminations comme le peuple au désert ; il nous faut l’oreille attentive et le désir de la Samaritaine ; il nous faut le souci d’approfondir la foi qui habite Paul. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous saurons le don de Dieu. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous vivrons de sa vie. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 7 juin 2014

Pentecôte - Messe de la Veille au soir - 07 juin 2014

Comment Dieu tourne le coeur des hommes vers lui.




Comme nous l’avons fait au cours de la nuit pascale, nous avons relu, en cette veille de la Pentecôte, l’histoire du salut, l’histoire des alliances sans cesse répétées entre Dieu et les hommes. Si au début du temps pascal, toutes les lectures nous tournent vers la figure du Christ Sauveur, en cette nuit, nous venons d’entendre comment Dieu, lentement mais sûrement, par la puissance de son Esprit Saint, tourne le cœur des hommes vers lui.
La première lecture entendue (l’histoire de Babel) a de quoi surprendre le lecteur non averti. En effet, il semble que tout va bien. Pour une des rares fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes s’entendent ; ils parlent tous la même langue. N’est-ce pas le rêve ? Pourtant, que lisons-nous ? Que Dieu lui-même vient semer le trouble. Pour le lecteur trop hâtif, Dieu ressemble à un enfant gâté qui vient semer la discorde pour se préserver. Or c’est tout le contraire qu’il faut comprendre. L’intervention de Dieu, qui vient rétablir la diversité des langues qui existaient après l’alliance avec Noé, pose un acte sauveur. Il sauve l’humanité de la folie de la tyrannie. Parler une seule langue, marcher au même pas, n’avoir qu’une seule pensée : voilà bien les leviers du pouvoir tyrannique. De plus, avec la construction de cette tour qui devait monter jusqu’au ciel, les hommes sont repris par ce désir, toujours mal maîtrisé, d’être leur propre Dieu : une tour dont le sommet soit dans les cieux, n’est pas faite pour rencontrer Dieu, mais pour prendre sa place ! L’homme veut construire sa gloire et sa renommée contre Dieu. En attendant de donner une réponse définitive au désordre de Babel, Dieu disperse les hommes. Sa réponse définitive sera donnée au jour de Pentecôte, comme nous l’entendrons demain matin : dans la nouvelle alliance, les hommes n’auront pas une seule langue, mais chacun, dans sa langue, entendra les merveilles de Dieu.
Dispersant les hommes à la surface de la terre, mettant la confusion dans leur langage, Dieu va devoir se choisir un peuple particulier, un peuple qu’il établira lumière pour les nations. Un peuple grâce auquel il montrera aux autres les avantages de l’alliance qu’il propose à tous. C’est le temps de Moïse, le temps du don de la Loi qui permet à un groupe particulier de devenir le peuple de Dieu : Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons ! Belle promesse, maintes fois oubliée, maintes fois bafouée. Seule la patience de Dieu pourra vaincre les réticences de l’homme ; seule l’amitié vraie entre Dieu et Moïse sera signe de cette alliance possible, de cette vie plus grande possible.
Quand le péché domine le cœur de l’homme, Dieu se fait lointain ; non pas qu’il abandonne l’homme, mais parce que l’homme s’éloigne de Dieu. La patience de Dieu est mise à rude épreuve. Et pourtant, par ses prophètes, il annonce le retour en grâce, il annonce ce jour où les hommes reviendront à la vie véritable. Par l’Esprit, les ossements desséchés revivent. Dieu le promet : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ! La nouvelle alliance se précise. Les promesses de Dieu ne sont pas des paroles en l’air. La Pentecôte sera la réalisation parfaite de cet oracle du prophète Ezéchiel. Par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revivre ; par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revenir à lui. Par l’Esprit Saint qui nous fait invoquer le nom du Seigneur, Dieu nous sauve. Le prophète Joël nous l’a redit dans cet autre oracle : Je répandrai mon esprit sur toute créature… Alors, tous ceux qui invoqueront le Nom du Seigneur seront sauvés.
Cette promesse, renouvelée de prophète en prophète, Jésus la reprend à son compte : il va la mener à son achèvement. L’Esprit Saint sera donné quand le Christ sera glorifié par le Père. Pâques et Pentecôte sont irrémédiablement liées. Sur la croix, le Christ remet son esprit au Père ; il meurt et retourne chez son Père. C’est cet Esprit qui est donné, partagé aux disciples, après sa résurrection, au soir de Pâques dans l’Evangile de Jean. C’est cet Esprit qui est donné à tous au jour de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. C’est cet Esprit dont nous vivons encore aujourd’hui ; c’est cet Esprit qui nous entraîne sur les chemins du salut, à la suite du Christ ressuscité.
Ayant lui-même été saisi par l’Esprit du Ressuscité, Paul peut témoigner de l’œuvre de l’Esprit en nous : il vient au secours de notre faiblesse… il intervient pour nous… Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. Si c’est bien le Christ qui nous obtient le salut par son sacrifice sur la croix, c’est l’Esprit qui nous permet de comprendre cette œuvre de salut en vérité et qui nous permet d’y consentir pour notre propre vie. Nous pouvons répondre à cette Alliance nouvelle que Dieu nous propose dans le sang de son Fils grâce à l’Esprit qui nous donne l’intelligence de cette œuvre de salut. Avec le Christ, Dieu nous a tout donné puisqu’il s’est donné lui-même ; avec l’Esprit, il nous donne la possibilité de faire le choix de Dieu, le choix de la fidélité à cette œuvre de salut. Dans l’Esprit, l’homme peut répondre à Dieu et consentir à l’Alliance nouvelle.
Demander l’Esprit Saint et l’accueillir, ce n’est pas demander et accueillir un truc en plus : c’est consentir à l’œuvre de Dieu en nous, c’est consentir à être sauvé par le Christ. Demandons à Dieu, sans nous lasser, la grâce de son Esprit Saint, pour qu’il agisse en nous et nous sauve. Amen.
 
(Logo du pèlerinage international des servants d'autel à Rome en 2006)

vendredi 1 mars 2013

03ème dimanche de Carême C - 03 mars 2013

Croire avec Moïse, c'est entrer dans le projet de Dieu.


Nouveau dimanche, nouvelle étape dans notre marche vers Pâques, nouveau témoin pour nous accompagner au cœur de notre foi et découvrir avec lui l’acte de croire. Après Abraham, un autre personnage de la Première Alliance nous précise ce que c’est que croire. Mettons-nous donc à l’école de Moïse en ce troisième dimanche.

Moïse, c’est d’abord celui qui aurait pu ne pas être. En effet, Pharaon, jaloux et obsédé par ce peuple qui grandissait au sein de l’Egypte et qu’il voyait comme un danger pour son peuple, Pharaon donc, ordonne la mise à mort des enfants mâles des Hébreux. Moïse ne doit la vie qu’au courage et à la confiance de sa mère : elle le met dans une corbeille qu’elle laisse voguer sur les eaux du Nil, le confiant ainsi à la bonté de Dieu. La suite de l’histoire, vous la connaissez.

Moïse, c’est aussi celui qui aurait pu être quelqu’un à la cour de Pharaon. Elevé par la sœur de celui-ci, il devenait prince d’Egypte. Mais Dieu avait d’autres projets pour lui. Il avait mis son serviteur à part jusqu’au moment favorable où il aurait besoin de lui. A lire le chapitre 2 de l’Exode, on sent aussi très vite que Moïse n’est pas fait pour la vie de cour, il s’émeut devant le dur labeur que les hébreux doivent accomplir au service de Pharaon. Après avoir tué un égyptien qui maltraitait un hébreu, le voilà obligé de fuir. Celui qui aurait pu être un grand d’Egypte, n’est plus qu’un meurtrier fugitif. Il n’est plus rien. Et c’est parce qu’il n’est plus rien que Dieu peut le prendre en main, l’élever, le former à la mission qu’il a pour lui.

Le passage du livre de l’Exode que nous avons entendu, nous raconte justement la première rencontre entre Dieu et Moïse. Une rencontre bien étrange d’ailleurs puisque Dieu ne se montre que dans un signe, le signe d’un buisson qui brûle mais ne se consume pas. Peut-être déjà le signe de l’amour que Dieu porte aux hommes, un amour brûlant, mais qui jamais ne se consume, qui jamais ne s’éteint. Quand Dieu aime, il aime totalement, il aime toujours.

Mais revenons à cette rencontre étrange. Moïse voit ce signe du buisson ardent ; il est intrigué : Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? Et soudain, une voix qui l’appelle : Moïse ! Moïse ! Et voilà le contact établi, la rencontre peut avoir lieu. Dieu a l’attention de Moïse et cette attention ne le quittera jamais. Dieu révèle son projet de libération en faveur de son peuple ; il connaît la souffrance de son peuple et elle lui est insupportable. Cela n’a que trop duré : Dieu a décidé d’intervenir en faveur de son peuple et c’est Moïse qui aura la joie d’être son intermédiaire pour faire connaître son projet à tous ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que Moïse ne se sent pas flatté d’avoir été choisi : la liturgie n’a retenu qu’une partie du dialogue entre Dieu et Moïse, mais nous sentons bien que le pauvre Moïse serait mieux ailleurs qu’ici, devant le buisson ardent. Il va même chercher à se défiler, mais quand Dieu a choisi et appelé, l’homme peut-il trouver sa vie et son épanouissement ailleurs que dans la réalisation du projet que Dieu porte pour lui ? Pour l’inciter à réaliser sa mission, Dieu lui révèle son nom : Je suis celui qui suis ! Un nom bien étrange, mais qui assure la présence perpétuelle de Dieu à celui qui croit en lui. Je suis celui qui suis, c’est-à-dire je suis celui qui est avec toi, maintenant et toujours. C’est peut-être aussi une manière de dire que l’on n’a jamais fini de découvrir qui est Dieu : tu verras bien qui je suis en fonction de ce que tu vivras.

Moïse ne pourra pas lutter longtemps avec Dieu. Les objections qu’il a, sont balayées les unes après les autres. Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et faire sortir d’Egypte  les Israélites ? Je serai avec toi, lui répond Dieu. S’ils me disent : Quel est son nom ?, que leur dirai-je ? Je suis qui je suis, répond Dieu. Et s’ils ne me croient pas ?, interroge encore Moïse. Et Dieu lui donne des signes. Moïse poursuit encore : Je ne suis pas doué pour parler ni d’hier, ni d’avant-hier, ni même depuis que tu m’adresses la parole. Et Dieu de répondre : je serai avec ta bouche et je t’indiquerai ce que tu dois dire. Moïse tente une dernière esquive : Envoie qui tu veux, mais pas moi !  Et Dieu se met en colère et adjoint une aide en la personne d’Aaron. Moïse est vaincu par Dieu, Moïse va entrer dans le projet de Dieu pour n’en plus ressortir. Celui qui est ainsi saisi par Dieu, ne peut que mettre Dieu au centre de sa vie et le servir. Peut-être cette longue joute verbale avec Dieu annonce-t-elle déjà les difficultés que le peuple a rencontré durant sa longue marche, les difficultés que nous rencontrons tous lorsqu’il s’agit de nous mettre au service de Dieu et de son désir de salut. Si c’était simple d’être croyant, cela se saurait et tout le monde le serait.

 Dans la longue liste des témoins que Dieu a appelés, Moïse est celui qui nous apprend à entrer dans le projet de Dieu. Nous avons le droit, comme lui, d’émettre nos objections ; mais nous avons aussi le devoir d’écouter Dieu les lever les unes après les autres. Son nom (je suis qui je suis) est le même, aujourd’hui encore. Sa parole nous accompagne toujours ; il la met sur nos lèvres. Entrer dans le projet de Dieu, c’est lui servir d’intermédiaire, c’est finalement rendre les armes et laisser Dieu vivre et agir en nous. C’est ainsi que Moïse est devenu le guide qui a permis au peuple de découvrir ce Dieu qui l’a libéré d’Egypte à bras fort. C’est en se mettant du côté de Dieu que Moïse a pu livrer au peuple la Loi de Dieu. C’est en se mettant du côté de Dieu qu’il a pu conduire ce peuple à la nuque raide jusqu’en terre promise.

Ce temps du carême est une invitation renouvelée à entrer à notre tour dans le projet que Dieu porte pour nous. Il est toujours projet de salut, projet de vie, projet de bonheur. Peut-être ne le voyons-nous pas de prime abord ; mais Moïse et le peuple qu’il a conduit devraient suffire à nous le faire comprendre. A notre tour, entrons dans cette manière de croire qui nous fait vouloir ce que Dieu veut. Et nous connaîtrons la joie véritable. Et nous connaîtrons la vie qui ne finit jamais.

Disciples de Jésus, qui a donné sa vie par amour des hommes, nous pouvons entrer dans le projet de Dieu en réalisant ce que demandait Benoît XVI  dans son dernier tweet jeudi soir : c’est notre manière d’entrer dans ce que Dieu nous demande. Au moment où il se retirait, sûr d’avoir réalisé en tout le projet de Dieu, Benoît XVI nous disait une dernière fois : Mettez le Christ au cœur de votre vie ! Il n’y a pas de meilleur conseil à donner, si ce n’est de le vivre : Mettez le Christ au cœur de votre vie. Amen.
(Dessin de Sieger Köder, Moïse au buisson ardent, Kinderbibel, éd. Herder)

vendredi 28 septembre 2012

26ème dimanche ordinaire B - 30 septembre 2012

Ne les empêchez pas !


Moïse & Jésus : même combat ! C’est ce qui m’est venu spontanément à l’esprit lorsque j’ai découvert les textes de ce dimanche. En effet, en juxtaposant la première lecture et l’Evangile, je dois bien constater que ce sont les mêmes attitudes qui entraînent des paroles identiques.

A son époque, Moïse était, pendant longtemps, celui à qui Dieu parlait. Le seul, semble même nous dire les textes bibliques, à qui Dieu parlait à ce moment-là ! C’est Moïse qui a été choisi pour faire sortir le peuple d’Egypte ; c’est Moïse qui le conduit vers la Terre Promise ; c’est à Moïse qu’est donnée la Loi de Dieu ; c’est par Moïse que Dieu éduque patiemment son peuple. Ils sont nombreux les passages où ce peuple marque une certaine crainte devant Dieu et il est plutôt heureux, je crois, de laisser Moïse aller au devant de Dieu. Personne ne songe à lui disputer cette place-là. Quoi que fasse le peuple, Moïse est là, entre le peuple et Dieu. A tel point qu’un jour, Moïse en a ras-le-bol ! Il n’en peut plus de ce peuple qui tantôt geint, tantôt se révolte contre Dieu, tantôt s’en prend à Moïse. Et Dieu vient au secours de son serviteur et lui adjoint 70 anciens pour le seconder dans sa charge. Il parle avec Moïse et distribue une part d’Esprit Saint qui repose sur Moïse aux 70 anciens. Rien d’extraordinaire, me direz-vous ! Certes ! Mais voilà que deux des anciens n’étaient pas au lieu même où se tenait Moïse et les autres. Et pourtant ils ont reçu leur part. Josué, successeur de Moïse, s’en apercevant, veut que Moïse les fasse taire. Ils n’étaient pas là au moment de la distribution.

Des siècles plus tard, Jésus, nouveau Moïse partageant l’intimité de Dieu, proclame la Parole de Dieu, pose des signes, envoie ses disciples faire de même. Et voilà que l’un d’eux, Jean, vient dire à Jésus que d’autres, qui ne sont pas de leur groupe, posent des signes en son nom. Il veut les en empêcher. Après tout, ils ne sont pas disciples du Christ ! Que savent-ils de lui ? Comment peuvent-ils parler et agir en son nom ? Ils n’ont même pas été appelé à le suivre !

Serais-tu jaloux pour moi ?, interroge Moïse. Ne les empêchez pas, répond Jésus. Chacun, à son époque, a bien conscience que l’œuvre de Dieu est sans limite. Dieu peut agir dans le cœur des hommes, même en-dehors des limites du peuple qu’il s’est choisi. Dieu peut faire le bien par des hommes qui ne sont pas de son Eglise. Et nous touchons là du doigt un grand danger pour la vie spirituel : ce danger consiste à croire qu’il existe une race de purs, une caste de gens autorisée à parler et agir au nom de Dieu et que les autres n’ont qu’à bien se tenir. Cela fait un peu cours de récréation à l’école maternelle : tu n’es pas de mon groupe : tu ne peux pas jouer avec nous ! Sommes-nous donc propriétaires de Dieu ? Sommes-nous dépositaires de ses droits d’auteur sous prétexte que, par notre baptême, nous sommes ses héritiers ? N’y a-t-il que ceux qui appartiennent à une chapelle précise qui ont le droit d’agir et de parler au nom de Dieu ? Ou bien, formulé autrement, Dieu est-il prisonnier de son Eglise, de son peuple ? Dieu ne serait-il plus libre d’agir comme bon lui semble, de toucher le cœur de tous les hommes ? Ne les empêchez pas, dit Jésus ; qui n’est pas contre nous est pour nous. Il existe, heureusement, des non pratiquants qui sont capable de faire le bien, selon l’Evangile.

Ce qui est vrai à l’extérieur de l’Eglise est vrai aussi à l’intérieur de l’Eglise. Je m’explique. Il y a différents groupes pour faire « fonctionner la boutique », différentes charges à exercer : pour la liturgie, il faut une chorale, des instrumentistes, des servants, des lecteurs ; pour l’annonce de la Parole, des prêtres, des diacres, des catéchistes… Cela signifie-t-il qu’il n’y a que la chorale qui puisse chanter les louanges de Dieu et donc que je reste silencieux dans mon banc ? Qu’il n’y a que les prêtres ou les catéchistes qui peuvent parler de Dieu et que je reste chez moi plutôt que d’accompagner un groupe d’enfants vers un sacrement ? Quand Moïse et Jésus interviennent auprès de leurs proches, ils leur font comprendre que l’Esprit de Dieu est donné largement ; il ne se limite pas à un clan, une caste, une fonction. D’autres peuvent être appelés. Moïse rêve même d’un jour où tout le peuple serait peuple de prophètes. Et nous disons, lorsque nous célébrons un baptême, que nous sommes, à la suite du Christ, prêtre, prophète et roi. Chacun. Avec chacun une responsabilité à assumer. Chaque membre de l’Eglise se doit de chanter les louanges de Dieu parce qu’il participe au sacerdoce du Christ. Chaque membre de l’Eglise se doit d’annoncer les merveilles de Dieu parce qu’il participe à la mission prophétique du Christ. Chaque membre de l’Eglise se doit de gouverner sa vie selon l’Evangile du Christ parce qu’il participe à la royauté du Christ.

Nos paroisses vivent en ce moment leur rentrée ; vos prêtres feront probablement appel à vous. Souvenez-vous que vous avez reçu largement l’Esprit de Dieu. Aucun de vous n’a manqué la distribution des prix ! Chacun de vous a une place à tenir ; chacun de vous peut encore recevoir de Dieu la grâce d’accomplir la mission à laquelle il peut être appelé par la communauté et son pasteur. Ne soyez jaloux de personne et restez au service de tous. N’empêchez personne et ne vous empêchez pas non plus. C’est Dieu qui construit, nous ne sommes que ses instruments. Amen.

(Dessin de la Revue "Images pour notre paroisse, n° 201)