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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 23 décembre 2023

4ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2023

 Est-ce toi qui me bâtiras une maison ?



 

 

 

            Au terme de notre Avent, à quelques heures de célébrer dans la joie la naissance du Sauveur, il nous est bon d’entendre l’échange entre le roi David et le prophète Nathan. Il nous dit quelque chose d’essentiel de notre rapport au Dieu qui vient. Tout est résumé admirablement dans cette question : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? C’est Dieu qui parle ainsi à David par son prophète. 

            Tout part du constat que David fait sur sa situation comparée à celle de l’arche de l’Alliance : J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Sa réaction est simple : puisque Dieu a tout fait pour moi (Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient), je vais faire à Dieu une maison digne de lui. Je ne doute pas un instant de la sincérité de David ; mais je ne peux m’empêcher d’être partagé entre prétention et naïveté. Prétention, parce que David ferait à Dieu quelque chose que Dieu ne saurait se faire lui-même, et il le ferait mieux que lui ? Personne n’a songé un instant que cela pouvait plaire à Dieu d’habiter sous une tente, comme jadis, lors de la longue traversée du désert ? Naïveté, parce qu’il se croit à la hauteur de la tâche ! Remarquez : le prophète Nathan se laisse prendre lui-aussi au jeu : Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. C’est dans la nuit suivante que Dieu parle à son prophète pour qu’il interroge David : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? 

            Derrière cette question, se cache une tentation très humaine qui se présente à tous à un moment ou à un autre de notre vie spirituelle : l’envie de faire quelque chose pour Dieu. Devant tout ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous, nous pensons qu’il est temps que c’est à nous de faire quelque chose pour lui. C’est la porte ouverte aux très bonnes résolutions qui, sitôt prises sont aussitôt abandonnées, parce que, comprenez-vous, la vie n’est pas simple, il y a tant de choses à faire, … Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; je ne dis pas qu’il ne faut pas se bouger pour lui en menant une vie selon sa volonté. Quand nous vivons simplement notre foi, nous ne faisons rien pour Dieu ; nous montrons juste que nous ne sommes pas des enfants ingrats qui ont tout reçu et ne savent pas dire merci. Vivre notre foi, nous le faisons pour nous. Nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons à cause de Dieu, parce que sa grâce nous a touchés. Non, les choses que nous voulons faire pour Dieu, c’est cet extra, ce truc en plus dont on pense qu’il fera plaisir à Dieu, sans vraiment savoir, une espèce de radicalité qui nous prend après un événement, une retraite, une épreuve dont on sort grandi.  C’est de l’ordre de la tentation, parce qu’elle ne rentre pas vraiment dans ce que Dieu attend de nous. Nous voulons juste faire plus, pour lui montrer qu’on est bien, nous ; et surtout meilleur que les autres ! 

            L’histoire de David, et bien plus tard, l’histoire de Marie, nous montre au contraire que la seule chose à faire pour Dieu, pour ceux qui tiennent absolument à faire quelque chose pour lui, c’est de répondre à sa volonté, ni plus, ni moins. Le vieux principe liturgique qui affirme que chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, s’applique aussi en matière de vie spirituelle. Faire seulement, mais totalement, la volonté de Dieu ! C’est déjà pas mal, croyez-moi ! Cela m’oblige, non pas à imaginer ce qui ferait plaisir à Dieu, mais à écouter Dieu qui me dit ce qu’il attend de moi. Je ne pars pas de moi ; je pars de Dieu. Lui seul sait ce dont je suis capable ; lui seul me propose le vrai chemin pour parvenir à lui ; lui seul peut conduire ma vie au bonheur véritable. Entendons bien Marie quand l’ange lui a tout expliqué. Elle ne dit pas : j’ai compris, je sais ce que vais faire, comment je vais le faire, quand je vais le faire… Elle dit simplement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Et pas un jour ne passera sans qu’elle n’habite cette volonté. Jusqu’au bout, jusqu’à la croix de son Fils, c’est la volonté de Dieu qui guidera sa vie. 

            Renoncer à vouloir faire quelque chose pour Dieu pour mieux entrer dans sa volonté : voici à quoi nous sommes appelés. Nous ne bâtirons rien pour Dieu ; mais lui bâtira notre vie et notre avenir. Ecoutons-le, suivons-le, mais avant tout, accueillons-le. Amen.

samedi 31 août 2019

22ème dimanche ordinaire C - 01er septembre 2019

Ne confondons pas morale et spiritualité !






            Attention, danger ! C’est l’avertissement que nous devons nous adresser après avoir entendu les textes de ce dimanche. En quoi consiste le danger ? Celui de confondre morale et spiritualité. Ce serait si facile aujourd’hui ! Pourtant, Jésus ne vient pas donner de leçon de morale, mais proposer un chemin de vie spirituelle, un chemin qui mène à Dieu. Et ce chemin, le pape François ne cesse de nous le rappeler depuis son élection, passe par l’abandon de toute mondanité. Dieu n’a que faire de nos règles de politesse, de savoir-vivre, de notre art de respecter des règles fixées par des hommes… ce qu’il veut, ce sont des cœurs acquis à son amour. C’est tout le but, me semble-t-il de son enseignement. 

            Certes, cet enseignement repose sur une observation faite à l’occasion d’un repas auquel il avait été invité. Comme le souligne bien Luc, Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places. Il observe quelque chose, il en tire une leçon : il nous fait donc la morale, me direz-vous ! C’est justement là l’erreur. Avant de vouloir refaire nos règles de vie en société, ce que Jésus veut, c’est que nous ne nous trompions pas sur ce qui est important. N’avez-vous pas remarqué comment ce qu’il dit des relations entre les hommes peut influencer nos relations avec Dieu ? Si, dans nos rapports avec les autres, nous ne nous situons que dans un rapport presque marchand (je t’invite, tu m’invites), ne risquons-nous pas d’étendre ce type de rapport à notre relation avec Dieu, et, pire encore, croire que Dieu entretient ce genre de relation avec nous ? Nous serions donc les éternels obligés de Dieu, lui qui fait tant pour nous ! Comment pourrions-nous lui rendre ce qu’il nous donne ? Cela pourrait nous décourager et nous entraîner à laisser tomber tout rapport avec lui. D’autres pourraient être tenté par cette autre attitude, tout aussi désastreuse spirituellement, qui consiste à croire que Dieu nous doit des choses en échanges de nos prières, de nos actes de charité, de nos engagements en paroisse. Je chante à la chorale tous les dimanches, je suis depuis des années au Conseil de Fabrique, je suis membre de l’EAP ou que sais-je encore : j’ai donc une sorte de priorité, Dieu me doit une attention plus particulière que celle qu’il accorde à tous ceux qui ne font rien dans la paroisse. Jésus nous dit clairement que cela ne marche pas comme cela ; cela ne devrait même pas marcher ainsi dans nos rapports humains. Je ne suis pas gentil avec quelqu’un pour qu’il le soit avec moi ; je n’invite pas quelqu’un pour qu’il m’invite en retour, et ainsi de suite. 

            De cet enseignement de Jésus, enseignement qui concerne notre progrès spirituel, je dégage alors deux choses. La première, c’est qu’il est urgent de cesser de croire que nous pouvons faire quelque chose pour Dieu en retour de l’amour qu’il nous porte.  Dieu est parfait en lui-même ; Dieu est bon en lui-même. Comment croire que nos imperfections pourraient apporter quelque chose à Dieu ? C’est toujours Dieu qui fait quelque chose pour nous, et il le fait par grâce, parce qu’il nous aime. Et ce qu’il fait, a d’autant plus de valeur, que nous ne pourrons jamais lui rendre la pareille. Dieu n’est pas avec nous dans un rapport marchand, mais dans un rapport de gratuité, dans un rapport d’amour. Il n’a pas besoin d’autre raison que l’amour qu’il nous porte pour agir envers nous. Il n’attend de nous rien d’autre que de nous laisser aimer de lui, parfaitement. La deuxième chose à retenir alors, c’est que Dieu ne nous doit rien. Nous n’avons pas à exiger de lui qu’il fasse quelque chose pour nous en échange d’un engagement plus poussé dans son Eglise par exemple. Nous ne sommes pas, et nous ne serons jamais, les propriétaires de Dieu. Dieu ne sera jamais celui qui doit s’exécuter dès que nous le prions ; il n’est pas un caniche qui accourt dès que nous sifflons ! Encore une fois, pour que cela soit bien clair, il n’y a pas de donnant-donnant avec Dieu. Il y a l’amour de Dieu pour nous, amour qu’il nous faut accueillir, un point c’est tout. Un amour sous condition n’est pas un amour ! Nous ne devons pas aimer Dieu parce qu’il nous aime ; mais nous devons consentir à l’amour de Dieu pour nous et le laisser transformer nos vies, transformer nos relations humaines. Nous n’avons pas à chercher à être le préféré de Dieu ; nous le sommes dès lors que nous reconnaissons que Dieu est Dieu, qu’il peut tout pour nous, et que nous ne pouvons rien pour lui. C’est cela être humble devant Dieu : reconnaître la grandeur de Dieu, reconnaître que sans lui nous ne sommes rien, et lui en rendre grâce. La bonté de Dieu envers nous, c’est de nous sauver, non parce que nous l’aurions mérité, mais parce qu’il nous aime. 

            Puisque la leçon de Jésus est une leçon spirituelle, elle peut nous aider à grandir aussi dans nos rapports humains. Imaginez un monde où tout ce que nous ferions, nous ne le ferions que par amour, et non parce que des règles édictées par on ne sait qui, on ne sait plus quand, nous y obligeraient ? Il n’y aurait pas besoin de jouer des coudes pour gagner les premières places ; il n’y aurait pas à rendre les politesses qu’on nous fait ; il y aurait juste à aimer, comme Dieu nous aime, sans rien attendre en retour. Cela peut sembler un rêve, mais cela peut devenir réalité, parce que c’est la réalité du Royaume où Dieu nous invite. C’est la réalité du Royaume que nous pouvons construire dès ici-bas. Il nous faut consentir à aimer ; il nous faut consentir à être aimé pour y parvenir. Dieu échange nos mondanités contre son amour pour que nous ne confondions jamais plus nos règles morales avec notre vie spirituelle. Amen.  

(L'image pour notre paroisse, n° 212, août- septembre 2004)