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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 18 juillet 2020

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2020

Quand les choses se compliquent ! 




          Quand les choses se compliquent ! C’est ce que nous pourrions déduire de la parabole du bon grain et de l’ivraie entendue ce dimanche. Dimanche dernier, la liturgie nous donnait à entendre la parabole du semeur qui sème à tout va le grain de la Parole de Dieu. Il ne se préoccupait pas de la terre ; il semait, tout simplement, avec largesse. Et je vous expliquais qu’il nous fallait comprendre peut-être que nous étions ces différentes terres, tour à tour, selon notre vie, selon notre désir d’entendre et de vivre la Parole. Une fois bord du chemin, une fois chemin empli de pierres, une fois envahi de ronces, une fois bonne terre. Notre vie, notre maturité aussi, nous font évoluer. On ne peut donc pas définitivement classer quelqu’un, voire nous-mêmes, une fois pour toutes. Nous pouvons prendre soin de nous, améliorer la terre que nous sommes, terre qui reçoit la Parole largement répandue. Nous pouvons décider de changer, nous pouvons porter du fruit. 

            Mais voilà donc que tout se complique. Aujourd’hui, Jésus semble dire qu’il y a deux sortes d’hommes, les bons et les mauvais, les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Un monde binaire, en noir et blanc, en bien et mal. L’histoire est simple : Le fils de l’homme sème le bon grain, les fils du Royaume ; le diable sème l’ivraie, les fils du Mauvais. Faut-il les séparer pour que l’ivraie n’étouffe pas le bon grain ? Non, dit Jésus ; il y aura un temps pour cela. Pour l’instant, les deux poussent ensemble jusqu’à la moisson que réaliseront les anges. Ouf, diront ceux qui se souviendront qu’au jour de leur baptême le signe de la croix, le signe de Jésus, a été tracé sur eux. Sûrement, nous faisons partis des fils du Royaume que Jésus a semé. Les méchants, ce n’est pas nous ; ce sont les autres, forcément ! Ah, quel soulagement ! Ils pourront même se dire qu’ils ont bien fait d’aller à la messe ce matin ; ça fait toujours du bien d’entendre dire que les bons, c’est nous. Mais sommes-nous bien sûr que c’est cela que Jésus a voulu dire ? Sommes-nous bien sûrs que Jésus nous délivre un certificat de bonne conduite sous prétexte qu’un signe de croix a été tracé sur nous et qu’un peu d’eau a coulé sur nos fronts ? 

            Nous pouvons comprendre l’histoire au premier degré et entendre le monde dont parle Jésus comme notre terre. Elle a été ensemencée du bon grain des croyants, tandis que le diable a semé le mauvais grain des impies, des non-croyants, des croyants autrement. Il y a des gens qui se complaisent dans cette croyance. Pour eux, le monde se porterait mieux si tous les hommes étaient croyants, et tant qu’à faire si tous les hommes étaient chrétiens, catholiques de surcroît. C’est quand même mieux ! Mais si tel était le cas, pourquoi ne pourrions pas supprimer les mauvais, tout simplement ? Enfin, ce n’est pas bien compliqué quand même ! Il est plus facile de faire le tri entre les hommes dans une ville que de trier les herbes qui poussent dans un champ. A moins que… 

            A moins qu’il nous faille comprendre le monde dont parle Jésus comme désignant l’homme, chaque homme dans sa singularité. Ne sommes-nous pas chacun un petit monde complexe à nous tous seuls ? Et dans ce monde que je suis, Jésus a semé la trace de sa présence et le diable a semé la sienne. En nous, en chacun, pousseraient le bien et le mal ; en chacun de nous, le bon grain et l’ivraie se côtoient. En chacun de nous, un peu de blanc et un peu de noir pour beaucoup de gris. Entre gris clair et gris foncé, il devient difficile de faire le tri et de savoir ce qu’il faut supprimer et ce qu’il faut laisser. Il nous faudrait une fois de plus renoncer à vouloir classer les hommes et regarder notre ‘nous’ profond. Il faudrait regarder notre vie, nos actions, et veiller à ce que la trace de Jésus soit plus présente, plus forte en nous que la trace du diable. Il faudrait que la trace de Jésus brille davantage dans notre vie, pour qu’au moment de la moisson, le bon grain ait envahi tout le champ et étouffé la mauvaise herbe. Il faut que la conversion se fasse ; il faut que Jésus passe, que Jésus triomphe dans notre vie comme il a triomphé de la mort et du péché. La victoire de Jésus doit devenir notre victoire. Nous avons une part à jouer. Jésus a commencé le travail, nous devons l’accueillir et poursuivre son œuvre. C’est pour cela que nous sommes devenus ses disciples par le baptême. Le baptême ne nous dispense pas de vivre et de grandir ; le baptême nous pousse à vivre et à grandir, en sainteté d’abord. La vie que Jésus nous offre, nous devons la faire nôtre. Nous ne serons pas sauvés malgré nous ! Nous ne deviendrons pas bons par une volonté extérieure, fût-elle celle de Dieu. Nous deviendrons bons parce que nous aurons accueilli et fait fructifier en nous la Parole que Jésus sème en nous. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nos rêves de grandeur : c’est la plus petite des graines qui donne un grand arbre, nous rappelle la parabole de la graine de moutarde. Nous deviendrons grands et bons en renonçant à nous mettre en avant : c’est la levure, invisible dans la pâte qui la fait gonfler, nous dit la parabole du levain dans la pâte. 

            Croyants, chrétiens, catholiques, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; mais nous pouvons devenir ce que Jésus attend de nous, ce qu’il a enfoui en nous. Laisserons-nous le grain du diable étouffer ce grain de lumière semé par Jésus ? Ou resplendirons-nous de la présence du Ressuscité ? Il n’est pas de réponse toute faite à cette question. Il n’y aura que la réponse que chacun apportera, dans le secret de son cœur, dans le témoignage de sa vie. Tout est semé : que ferons-nous lever ? Le choix est nôtre. Amen.

 

 (Image trouvé sur Wikipédia [https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bon_Grain_et_l%27Ivraie] Tableau de Heinrich Füllmaurer, L'ennemi semant l'ivraie, panneau tiré du Mömpelgarder Altar, peint vers 1540, Kunsthistorisches Museum, Wien, Autriche)

 

samedi 27 juin 2020

13ème dimanche ordinaire A - 28 juin 2020

De l'urgence d'accueillir toujours.






            Voilà un dimanche qui ne plaira pas à ceux qui trouvent qu’il y a vraiment trop d’étrangers chez nous. Voilà un dimanche qui ne plaira pas davantage aux champions du chacun chez soi et du chacun pour soi. Car voilà un dimanche qui nous parle de l’urgence d’accueillir toujours. 

            L’extrait du deuxième livre des Rois nous parle expressément de l’accueil que reçoit le prophète Elisée chez une femme riche du pays de Sunam. Elle insiste, nous dit l’auteur du livre, pour qu’il vienne manger chez elle à chacun de ses passages, et finit même par lui installer une petite chambre. Certains diront alors : elle est riche, elle peut se permettre ces aménagements. C’est facile d’être accueillant quand on en a les moyens. Est-ce si sûr ? D’autres diront : elle a conscience qu’Elisée est un homme de Dieu ; son accueil, c’est juste intéressé ! Ah bon ? En principe, les hommes de Dieu, les gens les évitent. C’est bien connu, quand tu veux passer une bonne soirée, tu évites d’inviter ton curé, ton rabbin ou ton imam. Y’a pas pire rabat-joie ! Quant à cette femme riche, remarquez bien qu’elle ne demande jamais rien en échange de son accueil. C’est le prophète qui décide de faire quelque chose pour celle qui a déjà tant fait pour lui. L’accueil volontaire, gratuit, n’est jamais déçu ; un bienfait donné n’est jamais perdu. L’homme de Dieu récompensera celle qui l’accueille ainsi. Elle aura ce qu’elle désire le plus : un enfant. 

            Dans l’Evangile, Jésus va donner du sens à l’accueil : Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. Derrière celui qui est accueilli, il y a le Christ ; derrière le Christ, il y a Dieu. Pourrait-il en être autrement depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus ? Pourrait-il en être autrement avec un Dieu qui a pris le parti de l’homme ? Puisque Dieu est présent en chaque homme, accueillir quelqu’un, c’est accueillir la part de Dieu qui est en lui. Aime Dieu et ton prochain se traduit bien dans l’accueil du prochain qui devient l’accueil de Dieu. Certains diront alors : quand Jésus parle de l’accueil dans cet évangile, il ne parle pas de l’accueil de tous, mais de l’accueil que les gens réserveront à ses Apôtres. C’est à eux seuls qu’il s’adresse dans ce passage ! Certes, mais cela ne signifie pas que cela ne s’étend pas à tous. Qui prendrait le risque de laisser Dieu et le Christ devant sa porte parce qu’il ne connaît pas a priori la qualité de disciples de celui qui frappe à sa porte ? N’est-ce pas là un risque trop grand ? Dans le doute, abstenons-nous de nous abstenir d’accueillir ! Il vaut mieux être généreux dans notre accueil, plutôt que de laisser le Christ à la porte de notre vie. Ce serait bien plus grave que d’accueillir tout le monde, non ? Et pouvons-nous honnêtement, sans danger pour nous, refuser d’accueillir alors que nous sommes reconnus comme disciples du Christ ? Ne donnerions-nous pas l’impression, qu’à travers nous, c’est le Christ qui refuse d’accueillir, que c’est le Christ qui rejette ? Ce serait pire que tout, non ? Souvenons-nous de l’avertissement de Jésus : J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            Que cette femme de Sunam nous inspire l’attitude juste et nous partage son sens de l’hospitalité. Que l’enseignement du Christ nous stimule à accueillir sa présence en tout homme, et à témoigner de sa présence en nous. Il a livré sa vie pour tous les hommes ; nous ne saurions faire moins de notre capacité d’accueil. A cause de Jésus et de son amour pour tous les hommes, il y a urgence d’accueillir. Amen.

(Tableau d'Yvette Metz, Série Les enfants d'Abraham)

samedi 13 juin 2020

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 14 juin 2020

L'eucharistie, un sacrement à vivre.







            Après la Trinité, fête éminemment chrétienne, voici la fête du Corps et du Sang du Christ, éminemment catholique. S’il n’y avait pas les restrictions sanitaires, nous aurions tous été à Mommenheim pour ce qui est pour beaucoup le point d’orgue de cette fête : la procession du Saint Sacrement dans toute la cité, avec des haltes de prières réparties judicieusement sur le parcours. Authentiquement catholique, parce qu’elle met en lumière ce que nous disons de la présence réelle et permanente du Christ dans l’hostie consacrée. L’eucharistie n’est pas un « prêt à consommer » ; l’eucharistie est un « prêt à vivre et à adorer ». C’est tout le sens de ces antiques processions qui retrouvent une nouvelle jeunesse depuis quelques années. En cette année où nous en sommes privés, nous pouvons nous interroger sur le sens de cette démarche. Est-elle vraiment l’affirmation de la présence du Christ au milieu de nos cités et de notre union intime à lui, ou n’est-elle qu’une forme d’idole, à laquelle nous sacrifions par habitude, plus occupés à échanger les nouvelles qu’à vraiment adorer le Christ, présent dans l’eucharistie, quand il passe devant nous ? 

            L’extrait de la première lettre aux Corinthiens que nous avons entendu nous permet d’approfondir notre réflexion. Voyez-vous, ces deux versets sont tirés d’un passage plus grand consacré à l’idolâtrie, et plus particulièrement aux repas pendant lesquels on consommait les viandes qui venaient d’être offertes en sacrifice. Dans les versets qui suivent ceux que nous avons entendu, Paul dit clairement que lorsqu’on mange le sacrifice offert, on communie à l’autel sur lequel cette viande a été offerte. Il y a un lien intime entre ce que l’on offre, celui à qui on offre et ce qui est offert. Offrir un sacrifice à une idole, c’est s’unir à cette idole ; manger de la viande qui lui est offerte, c’est s’unir à l’idole. C’est le même phénomène qui joue pour les chrétiens lorsqu’ils communient au pain et au vin consacrés. Les questions posées par Paul n’appellent qu’une réponse : Si, bien sûr. La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Si, bien sûr ! Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Si, bien sûr ! 

                Nous ne pouvons donc pas séparer le pain et le vin offerts, du sacrifice que le Christ a réalisé une fois pour toutes pour notre salut. Refaire les gestes qu’il a fait et redire les paroles qu’il a dites au soir du Jeudi Saint, parce qu’il nous a dit de faire ainsi (Faites cela en mémoire de moi), c’est nous unir au Christ Sauveur, c’est communier à sa vie. Ayant fait le choix du Christ d’une manière aussi radicale et intime, nous ne pouvons que rejeter tous les autres sacrifices, toutes les idoles que notre monde affectionne. Amour, gloire et beauté ne nous rapprochent pas du Christ et ne nous unissent pas à lui. Le pain et le vin partagés, eux le font ; ils nous rapprochent du Christ, ils nous unissent à lui, et ce faisant, nous unissent les uns aux autres : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. Et voilà que l’eucharistie n’est plus le sacrement où je reçois mon doux Jésus à moi tout seul et pour moi tout seul ; mais je le reçois avec les autres, pour les autres, pour n’être qu’un avec les autres, que je les aime ou pas ! Le Christ ne s’étant pas offert pour moi tout seul en sacrifice, mais pour tous les hommes, partager son pain et son vin, c’est m’unir à lui et à tous ceux pour qui il s’est donné. Là est la raison pour laquelle les prêtres, même confinés seul, ont continué fidèlement à célébrer l’eucharistie : non pas parce qu’ils en ont le pouvoir, mais pour rester unis et au Christ qu’ils ont choisi de servir, et au peuple vers lequel ils ont été envoyés. A travers eux, chacun de vous était présenté au Christ, uni au Christ par le prêtre célébrant. 

       Alors certes, et beaucoup de chrétiens l’ont exprimé durant le confinement, nous pouvons nous unir au Christ autrement. Tous ceux qui ont été au service des plus fragiles étaient unis au Christ d’une manière particulière. Tous ceux qui ont renforcé leur vie de prière étaient unis au Christ d’une manière particulière. C’est vrai. Mais l’eucharistie nous unit à lui d’une manière plus intensive : elle est la source et le sommet de notre foi. Il n’y a pas de moyen plus fort pour nous unir à lui, parce que quand il se livre ainsi, c’est lui qui s’unit à nous totalement. Il nous donne tout de lui, toute sa vie, pour faire grandir la nôtre. Et cela ne se joue que là, dans ce pain et ce vin partagés. Un dimanche pour louer le Christ qui se livre ainsi à nous n’est pas de trop ; en fait, c’est toute notre vie qui doit devenir, à la suite du Christ, eucharistie, c’est-à-dire vie donnée, vie offerte pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.


samedi 7 juillet 2018

14ème dimanche ordinaire B - 08 juillet 2018

Ma grâce te suffit !





Qu’y a-t-il de commun entre Ezéchiel, Jésus et Paul de Tarse ? Ils vivent à des époques différentes, ne se sont jamais rencontrés, et pourtant, ils partagent la même réalité : à un moment ou à un autre de leur mission, bien qu’envoyés par Dieu, ils ont échoué. Les hommes ne les ont pas suivis ; les hommes ne les ont pas écoutés. Il serait alors facile d’accuser les autres, ceux qui n’ont pas voulu écouter. Pour Ezéchiel, accuser le peuple, sourd à toute parole venant de Dieu ; pour Jésus, accuser ceux de son village qui ne l’accueillent pas comme il se doit ; pour Paul, accuser les chrétiens de Corinthe qui contestent son autorité. Nous pourrions le faire, mais cela nous amènerait quoi, à nous qui écoutons ces textes des siècles plus tard ? Et pourquoi la liturgie nous fait-elle lire ces récits d’échecs ? 

La réponse se trouve dans la deuxième lecture. C’est le Christ qui parle à Paul : Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Paul nous invite ainsi à nous tourner d’abord vers le Crucifié, signe suprême de la faiblesse humaine. Là sur la croix, il ne peut plus rien ! Et pourtant, c’est bien là, sur la croix, que Dieu va manifester sa puissance. Il se sert de cet échec apparent pour faire triompher la vérité. Celui qui est crucifié, exposé aux moqueries, celui-là est plus puissant que la mort même. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas le Dieu des forts et des puissants, il est le Dieu des humbles, le Dieu chanté par Marie dans le Magnificat ; il est le Dieu qui prend en pitié l’humanité pécheresse pour lui faire découvrir son amour, son pardon et la puissance de sa bonté. 

Ma grâce te suffit ! Voilà qui vaut encore pour nous aujourd’hui. C’est une invitation à découvrir que le salut est un don qui nous est fait et non le résultat de nos vertus, de nos efforts, de nos prières. Si la grâce de Dieu suffit, si le salut est offert, alors il nous faut accueillir cette grâce, nous ouvrir au don du salut. Il n’y a pas d’orgueil à en tirer. Accueillir la grâce, s’ouvrir au salut, c’est reconnaître que j’ai besoin d’être sauvé ! Reconnaître que, sans l’aide de Dieu, je suis faible, démuni. C’est reconnaître, comme Paul, notre faiblesse. Accueillir le salut, accueillir la grâce de Dieu, c’est accepter de n’être pas parfait et d’avoir besoin de Dieu : une attitude à mille lieux de ce que prône notre société moderne. 

Ma grâce te suffit ! Dans sa grande bonté, Dieu a disposé dans son Eglise les sacrements qui la font vivre et progresser dans la connaissance de Dieu. Le sacrement qui dit le mieux la nécessité pour l’homme d’accueillir la grâce de Dieu, est certainement le sacrement de la réconciliation. N’est-ce pas dans la confession que je reconnais le mieux mes limites, mes travers, mes manques ? N’est-ce pas dans la confession que je reconnais ce que Dieu fait pour moi, jour après jour ? N’est-ce pas dans la confession que je m’ouvre le mieux à cette grâce qui vient me remplir de Dieu pour laver en moi ce qui était souillé par le péché et rétablir en moi l’image et la ressemblance de Dieu que le péché avait obscurci ? La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer encore alors que, sans cesse, nous nous éloignons de lui ! La grâce de Dieu, c’est bien de nous aimer à cause de notre péché. Parce que, sans lui, nous risquons de nous soumettre aux forces du Mal qui nous traversent, Dieu vient nous dire son amour au cœur même de notre détresse, au cœur même de nos faiblesses, pour que, même là, sa puissance puisse agir en nous. 

Ma grâce te suffit ! C’est aussi cette parole que nous devons garder à l’esprit lorsque les difficultés de la vie semblent s’acharner sur nous. Aucune épreuve ne peut nous écraser si nous la vivons avec Dieu ! Sa grâce, c’est justement de veiller sur nous en tout temps : si nous affrontons nos épreuves avec lui, nous trouverons en lui notre victoire puisque, en Jésus, mort et ressuscité, Dieu a vaincu tous les obstacles qui nous tenaient éloignés de lui. Même notre mort n’est plus un obstacle à la rencontre avec Dieu si nous la vivons dans la foi au Christ crucifié et ressuscité. Rien ne peut plus nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus. 

Ma grâce te suffit ! En ces temps difficiles où nous sommes, il nous est bon d’entendre Dieu nous dire qu’il est ainsi toujours avec nous. Nous n’avons pas à craindre nos échecs, ni les difficultés de la vie, mais à redécouvrir, à l’école de Paul, que notre force est en Dieu. Comme lui, nous pouvons reconnaître que c’est lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! Amen.

 

 

 

samedi 2 juin 2018

Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

L'Eucharistie, le sacrement qui rend fort de la présence de Jésus.





          Depuis le dimanche des Rameaux, les célébrations festives se succèdent, mais en comprenons-nous toujours le sens et surtout l’articulation ? Je n’en suis pas sûr et j’en veux pour preuve l’un des noms donnés à cette fête, nom auquel je voudrais d’emblée tordre le cou parce qu’il me semble impropre à cette fête :  c’est le nom de Fête Dieu. Pour moi, cette appellation a huit jours de retard, puisqu’elle s’applique davantage à la fête de la Trinité lors de laquelle nous célébrons le mystère du Dieu unique et Trine. La fête qui nous rassemble ce matin est d’abord une fête eucharistique, c’est même la fête eucharistique par excellence. C’est en tous les cas ce que nous pouvons retenir de la tradition de cette fête. 

            Sans doute le saviez-vous, mais il est bon de nous le rappeler : la fête du Corps et du Sang du Christ est célébrée pour la première fois en 1247, à Liège, grâce à une religieuse, Julienne du Mont-Cornillon. En 1208, elle a bénéficié d’une vision, dans laquelle le Seigneur lui-même lui fit comprendre la lacune d’une fête annuelle pour honorer le Sacrement de l’autel[1]. Il faut donc bien distinguer cette fête de la célébration du Jeudi Saint qui nous fait commémorer le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Même si cette année, nous entendons le récit de l’institution de l’eucharistie selon Marc, le sens de notre célébration de ce dimanche n’est pas tant de rappeler cette institution, mais plutôt la permanence de la présence du Christ dans le Pain et le Vin consacrés et partagés. Contrairement au Jeudi Saint, nous ne revenons pas aux derniers jours de la vie terrestre de Jésus et à ce que Jésus a fait et dit à ses disciples à ce moment-là. La fête de ce jour nous emmène bien plus loin ; le moment de sa célébration nous le prouve. Cette fête du Corps et du Sang du Christ est, en effet, justement placée dans le temps ordinaire, le temps de l’Eglise. Sortant des fêtes pascales qui nous ont fait célébrer plus solennellement le Christ, mort et ressuscité pour notre vie, ainsi que le don de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte, nous avons logiquement repris le temps ordinaire avec la fête de la Trinité –  proclamation de l’unicité de Dieu que nous confessons Père, Fils et Esprit Saint – et nous le poursuivons avec cette fête du Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Cette fête nous rappelle que, dans l’ordinaire de notre vie, Dieu ne nous laisse pas seul ; il est éternellement et réellement présent à notre vie, dans ce qu’elle a de plus simple, de plus répétitif, de plus difficile quelquefois aussi. Dieu est présent à notre vie, et il nous nourrit de sa Parole (c’est le sens de la première lecture : Toutes ces paroles que le Seigneur nous a dites, nous les mettrons en pratique) et il nous nourrit du Corps et du Sang du Christ. Il nous donne tout pour que nous soyons forts afin que notre foi ne défaille pas face aux difficultés de la vie. Avec le pape François (Homélie de la fête en 2015), nous pouvons comprendre que l’Eucharistie n’est pas la récompense des bons, mais la force des faibles, des pécheurs, le pardon, le viatique qui nous aide à marcher, à avancer. Comment ne pas prendre une journée pour rendre grâce à Dieu pour sa présence à notre vie ? Comment ne pas adorer un Dieu dont le désir de salut pour nous est permanent et quotidien ? 

            S’il est vrai que Dieu nous aime tellement qu’il ne se passe pas un jour sans que nous puissions ressentir sa présence et son amour, s’il est vrai que, dans le Pain et le Vin consacrés devenus Corps et Sang du Christ, Dieu nous donne la force pour avancer, qu’est-ce que cela suppose pour les croyants que nous sommes ? Cela suppose d’abord que nous pouvons et nous devons y revenir souvent. L’Eucharistie est notre force dans l’épreuve, notre soutien dans la tentation, notre victoire dans l’adversité. Il ne saurait y avoir de vie authentiquement chrétienne sans vie eucharistique. Célébrer l’eucharistie, ce n’est pas accomplir un rite extérieur, mais bien faire de toute notre vie une vie eucharistique, c’est-à-dire une vie sous le regard de Dieu, une vie dans la force de Dieu, une vie qui porte le Christ, une vie offerte comme nous est offerte la vie Christ. Cela suppose donc aussi que nous devons porter et proposer le Christ à tous les hommes, et particulièrement à ceux qui souffrent, à ceux qui sont blessés par la vie, à ceux qui désespèrent d’un avenir. Nous ne pouvons pas garder jalousement pour nous, enfermé à double tour dans nos tabernacles, un tel trésor, une telle force de vie, un tel réconfort. Nous comprenons alors mieux le sens des processions qui se sont développées autour de cette fête et qui connaissent un renouveau dans de nombreuses paroisses. Ce jour, encore moins que les autres jours, nous ne pouvons nous réserver à nous-mêmes le bonheur d’être proches du Christ, le bonheur de l’accueillir dans notre vie par notre communion à son Corps et à son Sang. Au contraire, nous le montrons solennellement pour qu’à sa vue, le cœur des hommes puisse être touché, transformé, converti. Si nous n’y croyons plus, comment y croiraient-ils ? Cela suppose enfin que nous devons avoir conscience d’être, nous aussi, le sacrement de sa présence réelle, et que notre manière de vivre du Christ dit quelque chose de ce Christ auquel nous croyons. Si notre foi ne se traduit pas dans un art de vivre à l’image du Christ, comment les hommes qui nous voient vivre pourront-ils croire au Christ qu’ils ne voient pas ? Que le Christ auquel nous communions nous accorde la grâce de n’être jamais un obstacle à la révélation de sa présence au monde ! 

            Si nous croyons que le sacrement de l’Eucharistie nous rend forts de la présence du Christ, croyons pareillement qu’il rendra le monde fort de sa présence. Nous n’avons pas d’exclusivité sur le Christ ; il a offert sa vie pour tous les hommes. Offrons-leur toujours cette vie donnée du Christ à travers nos vies données à Dieu par la foi qui est la nôtre ; offrons-leur la vie donnée du Christ à travers nos vies données aux hommes par la charité qui doit être nôtre. Ainsi nous deviendrons vraiment ce que nous recevons en chaque eucharistie : le Corps vivant du Christ. Amen.

(La Cène, Peinture sur bois de l'Atelier du Maître de la Madeleine, XIIIème siècle, Musée du Petit Palais, Avignon)



[1] A.G. Martimort, L’Eglise en prière IV, La liturgie et le temps, éd. Desclée, 1983, p. 119.

samedi 12 décembre 2015

03ème dimanche de l'Avent C - 13 décembre 2015

Avec Sophonie, réjouissons-nous : le Seigneur est au milieu de son peuple !





Pousse des cris de joie, éclate en ovations, réjouis-toi, bondis de joie ! S’il est une chose sûre lorsqu’on termine la lecture du livre du prophète Sophonie, c’est que la joie ne saurait être une option. Après avoir annoncé tant et tant de malheur pendant une période sombre de l’histoire d’Israël, voilà que le livre de Sophonie s’achève sur cette invitation pressante à la joie. Et Dieu sait pourtant que cela n’était pas gagné ! 
 
Quand vous commencerez la lecture des oracles de Sophonie, vous serez frappés par la violence de l’oracle qui ouvre le livre : Je vais tout extirper de la surface de la terre. J’extirperai hommes et bêtes, oiseaux du ciel et poissons de la mer et ce qui fait trébucher les méchants. Je supprimerai les hommes de la surface de la terre – oracle du Seigneur. Cela s’explique par le contexte politique et social de son époque. Contemporain de Jérémie, Sophonie ne peut que regretter la déliquescence de la société et l’instabilité politique de toute la région. Des peuples nombreux se font la guerre, assoiffés de pouvoir et de vengeance. Israël se trouve balloté entre les camps, bien obligé de participer aux manœuvres politiques et aux jeux des alliances hasardeuses. Les crises politiques se succèdent dans la région et avec elles, la horde des peuples cherchant à envahir les voisins. Ce qui explique que la grande annonce de Sophonie, c’est l’annonce du jour de la colère de Dieu, le Dies irae. Sur les 53 versets que comptent le livre, seul les 7 derniers que nous avons entendus ouvrent une espérance. 45 autres versets ne sont que menaces de destruction, expression de la colère de Dieu. Reste un verset qui peut expliquer cette invitation finale à la joie : Recherchez le Seigneur, vous tous les humbles de la terre, qui mettez en pratique le droit qu’il a établi ; recherchez la justice, recherchez l’humilité, peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. Il est possible de faire fléchir le cœur de Dieu ; il est possible d’adoucir sa colère en revenant vers lui, en pratiquant sa justice. Dieu reconnaîtra toujours les siens dans les plus humbles. 
 
Au milieu des crises les plus terribles, il y a toujours des hommes et des femmes qui se révèlent, des témoins lumineux de la bonté de Dieu, des témoins courageux de la justice de Dieu. Ils ne sont pas légions, mais ils permettent aux hommes de conserver la beauté de leur humanité. Ils ne cherchent ni à briller, ni à plaire, mais seulement à conserver cette part d’humanité en nous qui est la ressemblance et l’image de Dieu. Les humbles de la terre la sauveront toujours, car Dieu les reconnaîtra et les sauvera au-delà de toute espérance. Les 2 derniers versets du livre qui concluent le passage que nous avons entendu disent bien l’étendue du salut que Dieu offre : Je rassemble ceux qui étaient privés de fêtes… Je vous mettrai à l’honneur et votre renom s’étendra dans tous les pays où vous avez connu la honte. En ce temps-là je vous ramènerai, ce sera au temps où je vous rassemblerai ; votre renom s’étendra et je vous mettrai à l’honneur parmi tous les peuples de la terre quand, sous vos yeux, je changerai votre destinée, dit le Seigneur. Oui, Dieu ne saurait durablement abandonner son peuple ; il aura toujours un cœur attentif à la vie des humbles. Mieux encore, Dieu est présent à son peuple : le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. 
 
C’est cette présence de Dieu au milieu de nous qui est la source de notre joie. C’est cette présence de Dieu au milieu de nous qui est notre assurance au milieu des épreuves. Comme au temps de Sophonie, Dieu fait miséricorde aux humbles de la terre. En cette année jubilaire, la porte sainte qui sera ouverte en cette basilique sera un signe de cette présence de Dieu au milieu de nous et de la joie qu’il nous apporte. Dieu vient faire miséricorde aux miséricordieux. Il se souvient de ceux qui sont fidèles à sa Parole et qui reviennent vers lui, dans l’humilité et la douceur. Nous trouverons notre joie en lui comme lui trouvera sa joie en nous et dans nos œuvres de miséricorde. Avec Sophonie, avec toute l’Eglise, réjouissons-nous : déjà et pour toujours, le Seigneur est au milieu de son peuple. Déjà et pour toujours, il nous offre sa miséricorde et son salut. Allons à sa rencontre ; vivons de sa joie, de son amour et de son pardon. Amen.  

(Dessin de Mr. Leiterer)

vendredi 23 janvier 2015

03ème dimanche ordinaire B - 25 janvier 2015

L'unité des chrétiens.




Nous terminons ce dimanche la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Elle passe souvent inaperçue, se limitant à un temps de prière réunissant les chrétiens de diverses confessions. Mais en-dehors de ce temps, que faisons-nous ? Travailler à l’unité des chrétiens n’est pourtant pas matière à option. Notre foi nous y oblige : question de crédibilité ;  question de témoignage à la face du monde. Permettez-moi donc en ce dimanche de vous livrer deux réflexions au sujet de l’unité des chrétiens, appuyées sur la Parole de Dieu entendue aujourd’hui.  
 
Ma première réflexion, je voudrais l’appuyer sur le livre de Jonas. Voilà un homme envoyé par Dieu annoncer à une ville sa destruction. Dans un premier temps, Jonas refuse, connaissant bien son Dieu et son immense amour pour les hommes. L’envoyé craint que la ville réagisse positivement à son message et se convertisse, retenant ainsi le bras vengeur de Dieu. Curieuse réaction de la part d’un envoyé ! Il sait que le peuple va réagir, il semble vouloir faire échouer lui-même sa mission. Après bien des péripéties, il ira malgré tout, poussé par ce Dieu qui l’envoie. Et la ville se convertira : et Dieu ne détruira pas. Voilà qui nous donne à méditer : Dieu ne veut pas user de la force pour nous convertir : il nous envoie des messagers nous prévenir de ce qui pourrait arriver si la conversion ne vient pas. Mais son projet ultime, c’est toujours que l’homme se convertisse et qu’il vive. Dans nos rapports entre chrétiens, il en est de même. Personne ne saurait user de la force pour imposer son Eglise. Tous, nous avons à nous convertir pour découvrir l’amour immense de Dieu pour nous et conformer notre vie à cet amour. Lorsque l’Eglise nous demande de prier pour l’unité, elle nous demande de nous rendre capable, dans la prière, d’entrer dans ce projet de Dieu, projet que Saint Paul  résumait ainsi : faire un seul peuple de tous les hommes autour du Christ. Nous n’avons pas à avoir peur des conséquences. Nous n’avons pas à douter de la présence de Dieu, ni de son amour. Notre prière est comme le cri de Jonas : elle portera ses fruits et nous n’avons pas à les redouter. L’Eglise ne pourra sortir que grandie d’une réconciliation et d’une unité retrouvée. 
 
Ma deuxième réflexion rejoint davantage l’Evangile que nous venons d’entendre. Nous voyons Jésus appeler des hommes divers : Simon n’est pas André ; Jacques n’est pas Jean. Lorsque l’on regarde le groupe des Douze dans son ensemble, nous apercevons des hommes différents par leurs opinions politiques, par leurs tempéraments, par leurs métiers. Et pourtant, ce groupe sera uni autour du Christ. C’est que l’unité n’est pas l’uniformité. L’essentiel, c’est la foi commune au Dieu Père, Fils et Esprit Saint, reconnue dans la communauté des croyants rassemblés. Les différentes Eglises chrétiennes ont des rites différents : mais déjà elles reconnaissent un même baptême, s’appuient sur les mêmes Ecritures, confessent la même foi. Le temps viendra, je le crois, où elles deviendront capable de reconnaître leurs ministres respectifs, permettant ainsi un partage de la Table eucharistique. Le temps viendra où elles sauront reconnaître dans leurs fonctionnements différents, la réalisation de l’unique Eglise du Christ, dans laquelle plusieurs demeures peuvent exister. Paul, en son temps, l’écrivait déjà : il n’y a pas à se réclamer qui de Paul, qui de Pierre : tous, nous appartenons au Christ : c’est lui qui nous obtient la vie par sa mort et sa résurrection. Personnellement, je ne rêve pas d’une Eglise où tous seraient catholiques, ou protestants, ou orthodoxes : je rêve d’une Eglise où, malgré nos différences – et avec elles –  nous puissions nous asseoir à la même table, partager la parole et le pain. Quel témoignage se serait pour le monde ! 
 
Se convertir ; croire que le temps est venu de s’unir autour du seul Christ, à la rencontre du seul Dieu, sous la conduite de l’unique Esprit : voilà le chemin qu’il nous faut résolument emprunter. Ce n’est pas une question de mode : c’est une question de vie. Comment, en effet témoigner d’un Dieu d’amour, d’un Dieu qui pardonne, si entre chrétiens, nous ne sommes pas capables de lever les obstacles à une communion vraie, dans le respect des différences ? Le chemin sera peut-être encore long. Mais il est chemin d’avenir et d’espérance, car Dieu lui-même nous y conduit et nous y attend. Alors, laissons là nos craintes et suivons-le ! AMEN.

vendredi 15 novembre 2013

33ème dimanche ordinaire C - 17 novembre 2013

Croire, malgré tout !




Nous n’aimons pas en général parler de la mort ou des catastrophes qui peuvent survenir dans une vie humaine. Nous n’aimons pas davantage parler de la fin des temps et du jugement dernier. Pour certains, cela rappelle de mauvais souvenirs, et cela déforme surtout l’image du gentil petit Jésus, né dans la crèche, parlant d’amour et de pardon, mort pour nous sauver justement de ce que la vie a de plus sombre et de plus triste. Alors pourquoi encore lire ces passages de l’Ecriture qui ne parle que de désastre, de compte à rendre, de souffrance. N’y a-t-il pas plus urgent ? En ces temps de crise et de violence, ne peut-on pas, au moins à l’église, parler de choses plus joyeuses ? Deux raisons de lire encore ces textes difficiles et sombres militent en faveur du choix fait par les liturgistes et par l’Eglise. 
 
Première raison : nous ne vivons pas dans un monde parfait. La souffrance, le malheur, les catastrophes et les guerres font partie de notre vie. Les événements en Syrie, en divers pays d’Afrique, en Asie, nous le démontrent avec force et cruauté. Il nous est rappelé que tout peut finir à l’instant, à cause de la folie d’un seul. Il nous est jeté à la figure la faiblesse et la fragilité d’une vie, de notre vie. Il n’y a qu’à lire les journaux pour s’en convaincre. 
 
La religion ou la foi, selon l’angle par lequel on aborde la question, ne nous font pas sortir de ce monde d’humanité. La foi ne nous préserve pas de ce qui touche l’homme au plus profond de lui. La foi ne nous protège pas du mal et de la souffrance. La foi n’a jamais empêché quelqu’un de faire du mal. Cela plaît ou non, mais c’est la réalité ! Parce que la foi, loin de nous isoler sur un nuage de tendresse et  de bonheur, nous renvoie d’abord à ce qui fait une vie d’homme. La foi nous oblige à regarder ce monde dans lequel nous vivons, et à le regarder bien en face, sans complaisance, sans angélisme. 
 
Si nous croyons au Christ sauveur, alors nous croyons aussi qu’il a passé par cette vie humaine, avec tout ce qu’elle comporte de beau, mais aussi avec tout ce qu’elle peut avoir de pire. Il a subi l’injustice, il a subi la mort programmée, au nom du Dieu des hommes qui l’ont condamné ! Par sa passion, par sa mort en croix, il a donné sens à tous ces non-sens que sont la violence, la haine, la destruction. Il leur a donné sens en rappelant qu’ils n’étaient pas un passage obligé, que le monde pouvait changer, pouvait devenir meilleur, si le monde, (c’est à dire nous), le voulait. Il est allé jusqu’à la croix pour nous montrer le chemin d’une autre humanité que celle de la vengeance et de la haine. Il est allé jusqu’à la croix pour prouver aux hommes la force de l’amour vécu jusqu’au don de la vie. Grâce au Christ, il y a toujours un espoir pour le monde ; grâce au Christ, même l’homme le plus méchant, le plus abject, sait qu’il peut changer, se transformer, s’il se laisse toucher par la parole du Christ et sa puissance d’amour.  Grâce au Christ, celui qui est pris dans les turbulences de l’histoire et de la haine, peut trouver un chemin d’espérance et de salut. Grâce au Christ, même la souffrance et la mort ne peuvent plus détruire une vie. 
 
La deuxième raison de lire encore les textes que nous avons entendu réside justement dans cela que le Christ nous accompagne dans nos vies, si bouleversées, si catastrophiques soient-elles ! Jésus n’annonce pas les catastrophes pour dérouter les hommes, mais pour leur rappeler qu’il est toujours présent à la vie humaine, même quand les événements semblent affirmer le contraire. Il nous redit que pas un cheveu de notre tête ne sera perdu. Il nous invite encore et toujours à l’espérance et à la foi. 
 
Pour difficile qu’il soit à entendre et à comprendre, le message est clair : au plus profond de la nuit des hommes, Dieu est encore présent. Cela signifie que Dieu souffre avec nous sur nos lits d’hôpitaux ; Dieu meurt avec nous dans nos  conflits sans fin ; Dieu est assassiné avec ceux qui meurent par la folie des hommes. Dieu vit jusqu’à l’extrême nos vies d’hommes et de femmes pour mieux nous entraîner dans son Royaume et nous faire vivre avec lui. Il n’est pas celui qui vient quand tout est fini ; il n’est pas non plus le magicien qui nous préserve du mal. Il ne change pas notre vie pour la rendre meilleure parce qu’il s’est pris au piège de notre liberté, liberté qu’il nous a lui-même offerte. Mais il est celui qui sans cesse marche avec nous, nous soutient sur nos routes de souffrance et nous invite à changer. Il est celui qui se tient sur le bord de nos chemins, nous rappelant son amour. Il est celui qui peut nous rendre espérance et force au milieu des difficultés et des faiblesses que nous connaissons. 
 
Quand avons-nous senti pour la dernière fois sa présence aimante et agissante au cœur de notre vie au point de nous laisser bouleverser par lui et changer de comportements ? Quand avons-nous accueilli sa parole pour qu’elle nous transforme ? Dieu ne peut rien sans nous ; mais il peut tout si nous lui laissons la place et les moyens pour agir. Oui, il viendra le jour de Dieu ; il se lèvera le soleil de justice. C’est une certitude. Qu’elle devienne nôtre, et nous pourrons continuer de croire, malgré tout. AMEN.
 
 
(Photo prise à Berlin, Morceau du Mur qui séparait l'Allemagne)

samedi 26 octobre 2013

30ème dimanche ordinaire C - 27 octobre 2013

De l'utilité de la prière...




A quoi cela sert-il de prier ? A quoi bon prier, puisque de toute manière, Dieu ne répond jamais ? Voilà quelques objections courantes à la pratique quotidienne de la prière, pratique pourtant nécessaire à celui ou celle qui veut marcher à la suite du Christ. Les textes de la liturgie de ce jour donnent quelques éléments de réponses à ceux qui doutent de l’efficacité de la prière. 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, le sage Ben Sirac rappelle que la prière du petit est toujours écoutée. Toute la Bible nous montre l’intérêt particulier de Dieu pour ceux qui sont touchés par la maladie, la souffrance, la pauvreté. Jésus ira jusqu’à affirmer que les petits, les pauvres, sont pour nous le signe du passage de Dieu dans nos vies ; servir un pauvre équivaut dès lors à servir Dieu.
Comment croire alors que la prière du pauvre n’est pas entendue ? La réponse à celui qui souffre, la réponse à celui qui n’a rien, la réponse à celui qui est seul, n’est peut-être pas la fin de leurs détresses, mais l’ouverture du cœur de ceux qui sont autour d’eux. Certains voient ainsi leur prière exaucée directement (voyez à Lourdes, les guérisons inexpliquées) ; d’autres ne constateront peut-être pas de changements immédiats, mais de nouvelles solidarités se créer autour d’eux. Nous avons là le rappel qu’il n’y a pas de magie dans la prière : il ne suffit pas de demander pour obtenir ; il faut que la demande soit purifiée quelquefois ; il faut que l’homme découvre d’abord ce que Dieu attend de lui, qu’il entre dans ce projet d’amour, qu’il y adhère. Alors Dieu peut donner, au-delà de toute espérance. 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, Paul rappelle que le Seigneur lui-même assiste ceux qui lui sont fidèles. Lui qui a donné sa vie pour l’annonce de l’Evangile, lui qui connaît la prison et qui bientôt connaîtra la mort, sait en qui il a mis son espérance. Il sait que le Dieu de Jésus Christ ne l’abandonnera pas, même si les apparences semblent dire le contraire. Au plus profond de sa misère, l’homme sait que sa fidélité à Dieu lui assurera la présence du Christ à ses côtés.
Il peut ainsi affronter les épreuves sereinement. La prière ne délivre pas forcément au sens humain de l’épreuve. Lorsque nous prions : « délivre-nous du mal », nous ne demandons pas uniquement que les épreuves nous soient évitées ; nous demandons aussi de savoir les affronter en véritable fils ou fille de Dieu, confiants, sûrs que la victoire est en nous, malgré les apparences. L’assistance de l’Esprit Saint est la réponse de Dieu à ceux qui crient vers lui du plus profond de leur détresse. Savons-nous nous en satisfaire et y trouver la force de nous relever ? 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, l’évangile rappelle la manière efficace de prier. De ces deux qui prient au Temple, un seul est justifié. Pourquoi ? Parce qu’un seul l’a demandé ! La prière du publicain est entièrement tournée vers Dieu : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Sa prière peut être entendue parce qu’elle correspond à ce que vit cet homme et à ce qu’il peut espérer de Dieu. Dans sa prière, il ne parle pas tant de lui que de Dieu. Il reconnaît l’amour de Dieu, il affirme que Dieu seul peut quelque chose pour lui. Sa prière est entendue parce qu’elle reconnaît ce qui est vrai. La prière du pharisien ne peut pas être exaucée parce qu’en fait, il ne demande rien. Tout ce qu’il fait, c’est étaler ses mérites, sans doute réels ; il n’y a pas  à en douter. Mais que demande-t-il à Dieu ? Comment Dieu pourrait-il répondre à cette non-demande ? Faut-il dès lors être surpris qu’il ne soit pas justifié ? Jésus lui-même disait, au début de sa mission : « Je suis venu pour les malades ; les bien portants n’ont pas besoin de médecin ! » Dans tout ce qu’il dit, le pharisien parle de lui au lieu de parler de ce que Dieu a fait ou peut faire pour lui.
Il nous est ainsi rappelé, discrètement, que la prière nous tourne vers Dieu, nous décentre de nous-même et oriente tous nos désirs vers les désirs de Dieu. Il faut oser reconnaître nos manques pour que Dieu puisse nous combler. Il nous faut reconnaître nos faiblesses pour que Dieu puisse nous remplir de sa force. 
 
Rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, nous avons commencé par reprendre l’attitude du publicain, en tournant notre cœur et notre être vers le Crucifié, source du pardon que Dieu offre à chacun. Nous venons d’écouter la Parole de Dieu qui nous permet de comprendre mieux ce que Dieu attend de nous. En communiant tout à l’heure, nous recevrons le Pain des forts, qui nous assurera la proximité du Christ lui-même, puisque c’est bien lui qui s’offre ainsi à nous. Avec Paul, nous saurons que le Christ est toujours avec nous. Lorsque, à la fin de la messe, nous serons renvoyés dans nos foyers, nous serons aussi renvoyés vers nos frères et sœurs en humanité, vers ceux qui ne croient pas ou ne croient plus, vers ceux qui souffrent, vers ceux qui sont dans le besoin, pour témoigner de ce que Dieu réalise dans la vie de celles et ceux qui se tournent vers lui. Avec Ben Sirac, nous serons témoins de l’efficacité de la prière auprès de celles et ceux qui n’y croient plus. Ainsi, notre eucharistie se révèle source et sommet de toute vraie prière. Puisse notre prière personnelle toujours nous y mener ; puisse l’eucharistie toujours creuser en nous le désir de prier mieux. Amen.
 
 
(Gustave DORE, Le pharisien et le publicain)

vendredi 31 mai 2013

Fête du Corps et du Sang du Christ C - 02 juin 2013

Quand Dieu se donne...

Mais qui va bien pouvoir manger tout ça ? Imaginez-vous : douze paniers pleins. Et dire qu’au départ, il n’y avait que cinq pains et deux poissons ! Certes, nous ne connaissons ni la taille des paniers, ni leur contenance réelle ; mais quand même, ça en fait des restes. Que voulez-vous : quand Dieu se donne, il donne à profusion. C’est peut-être là, le sens de cette fête : avec Dieu, nous n’en avons jamais fini. Avec Dieu, nous ne manquons de rien. Il pourvoit en temps voulu. 
 
Cette fête du Corps et du Sang du Christ vient à un moment précis de l’année liturgique : nous venons de vivre le temps pascal avec ferveur, de Pâques jusqu’à Pentecôte. Nous avons célébré le Dieu Trinité, qui est relation d’amour partagé. Dans nos paroisses, l’année pastorale touche à sa fin. Les premières communion sont passées ou sont justement célébrées encore en ce jour. Cette fête eucharistique vient alors nous rappeler que le don que Jésus fait de lui-même, don qu’il renouvelle pour nous en chaque eucharistie, ce don-là n’est pas un coup pour rien. Ce don est permanent. Il manifeste la présence réelle de Dieu et de son Christ au milieu de nous. A nous qui croyons en lui, il dit sa présence permanente et l’urgence pour nous de le reconnaître, de l’accueillir et de l’adorer. A ceux qui ne croient plus, ne croient pas ou croient autrement, nos processions peuvent ouvrir leur cœur à ce Dieu qui vient visiter chacun de nous et qui attend de nous une porte ouverte, une main tendue pour le recevoir et le partager. Il ne s’agit pas de nous imposer dans le paysage socio-politique, mais de redire une présence aimante, respectueuse, attentive. L’homme a si vite fait d’oublier Dieu, d’oublier qu’il est à son image et à sa ressemblance. En portant le Christ présent dans l’Eucharistie dans nos cités, nous permettons une rencontre, nous éveillons peut-être un souvenir, quelquefois un espoir. L’homme n’est pas seul, il est accompagné par la source de la vie et de l’amour. 
 
A ceux qui font leur première communion aujourd’hui, les douze paniers pleins à la fin du repas viennent redire la possibilité toujours offerte d’y revenir : la première communion ne peut jamais être la dernière. Lorsqu’on a goûté au Christ, goûté à sa Parole, goûté à sa vie donnée en partage, comment ne pas y revenir ? Comment ne pas vouloir y goûter encore ? Une première communion qui serait une dernière communion n’aurait aucun sens et ne prendrait au sérieux ni l’amour de Dieu pour nous, ni notre devoir de reconnaissance envers celui qui est allé jusqu’au don de sa propre vie. Ce serait être bien ingrat, non ? 
 
A cause de l’amour de Dieu qui jamais ne nous fait défaut, à cause de ce don sans cesse renouvelé, nous avons un devoir incontournable : celui de faire connaître cet amour et de partager ce don. Nous ne pouvons pas garder Jésus pour nous tout seul ; nous ne pouvons pas l’enfermer dans nos tabernacles sans porter devant lui la prière des hommes et des femmes qui souffrent, se sentent abandonnés ou rejetés. C’est pourquoi nous sommes invités, en cette année de la foi, à nous unir à la prière silencieuse du pape François, ce dimanche soir, à 17h. Le Christ est présent au milieu de son peuple pour, aujourd’hui comme jadis, prendre soin de lui, guérir les cœurs malades, soulager les esprits abattus, nourrir les affamés d’amour et de tendresse. 
 
Devant tant d’amour et de prévenance, n’ayez qu’une réponse en ce jour de fête : venez et adorez. Venez redire votre reconnaissance pour ce que Dieu réalise en vous et par vous ; venez lui confiez celles et ceux que vous aimez, même (et surtout) s’ils sont loin de Dieu. Venez prendre du temps auprès de lui, puisqu’il s’est fait proche de vous, en Jésus. Ne restez pas seul, approchez, il est là qui vous attend, avec douze corbeilles remplies de son amour. Il y en aura pour tous ; jamais vous ne l’épuiserez. Il se donne, sans réserve, avec profusion, pour le salut de tous. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

samedi 12 juin 2010

11ème dimanche ordinaire C - 13 juin 2010



Homélie donnée en la chapelle du Carmel de Marienthal à l'occasion d'une messe pour les défunts de la famille.





Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. Il faut sans aucun doute une grande foi, une longue expérience et une belle relation à Dieu pour, comme Paul, poser pareille affirmation. Elle est pourtant réalité, pour chacun de nous, dès que l'eau du baptême a coulé sur nous et que nous avons été identifiés à lui. Je voudrais, avec vous, essayer de mieux en comprendre le sens.


C'est le Christ qui vit en moi. Chaque baptisé peut donc oser cette affirmation, puisqu'il a accueilli le Christ au coeur même de sa vie. Mieux encore, il a été accueilli par le Christ. Recevant le Christ, nous sommes reçus par lui, comme un frère, comme une soeur, comme co-héritiers de la grâce de Dieu. Nous vivons du Christ parce que le Christ vit en nous. Et lorsque nous communions, n'est-ce pas encore cette union intime au Christ qui se joue ? La fête du Corps et du Sang du Christ que nous célébrions dimanche dernier nous le redisait avec force. Nous pouvons en être convaincus : en Jésus, Dieu ne nous laisse pas seul. Par l'incarnation de son Fils, il ne s'est pas contenté de rejoindre l'humanité, en général ; il nous rejoint chacun, en particulier, là où nous en sommes de notre vie, de notre foi, pour nous attirer à sa suite et nous faire progresser vers ce Royaume où nous sommes tous attendus, vers ce Royaume où les défunts de nos familles, pour qui nous offrons cette eucharistie, vivent désormais.

C'est le Christ qui vit en moi. Cette affirmation n'est pas pour l'au-delà, quand nous verrons Dieu face-à-face, à notre tour. Elle est pour aujourd'hui, pour ici et maintenant. Et pourtant, nous savons bien, parce que la vie nous l'apprend chaque jour, qu'il y a encore du chemin à parcourir. Il y a des jours sombres dans notre vie, des jours desquels le Christ semble curieusement absent. Et, à y regarder de près, ce sont toujours les jours les plus difficiles. Le Christ ne serait-il là que quand il fait soleil dans nos vies ?

C'est le Christ qui vit en moi. Une parole de foi à ne pas oublier dans les jours gris. Une parole de foi qui doit se vérifier surtout dans ces jours-là. Peut-être connaissez-vous ce poème d'Ademar de Borros qui nous parle d'un homme regardant sa vie comme des traces de pas dans le sable. Il en vient à remarquer deux traces de pas, côte à côte, la sienne et celle de Dieu ; et à certains moment, plus qu'une seule trace, marquée plus profondément dans le sol. Le poète remarque bien vite que cette trace unique, s'enfonçant lourdement dans le sol, correspond justement aux jours les plus difficiles de sa vie. Il se tourne alors vers Dieu pour l'interroger : Pourquoi, dans les jours difficiles, n'y a-t-il plus qu'une seule trace ? Où étais-tu quand j'avais besoin de toi ? Pourquoi me laisser seul avec mon fardeau ? Et Dieu de lui répondre : Mon fils, les jours où tu ne vois qu'une seule trace, plus profonde, je te portais sur mes épaules ! Dieu est présent, toujours, au coeur de la vie de celui qui lui fait confiance. Dieu est présent, toujours, au coeur de notre vie, et si nous ne le voyons plus marcher à côté de nous, peut-être devrions-nous vérifier si ce n'est pas lui qui nous porte, et qui porte avec nous notre fardeau.

C'est le Christ qui vit en moi. Ayant accueilli le Christ au coeur même de notre vie au jour de notre baptême, nous pouvons être certain de sa présence définitive au coeur de notre vie. Il est l'ami fidèle qui jamais ne reprend sa parole. Il est celui qui a donné sa vie pour nous, sur la croix. C'est lui qui nous rend juste ; c'est lui qui nous sauve ; c'est lui qui veille sur nous ; c'est lui qui nous accueille toujours. Nous n'avons pas d'autre effort à faire que d'accueillir sans cesse la grâce qu'il nous fait. Nous n'avons pas d'autre effort à faire que de désirer vivre toujours plus de lui. Comme le lapin bleu sur le dessin de votre feuille, vous pourrez toujours retrouver sa trace en vous, entendre le coeur de Dieu qui bat en vous. En écoutant bien, en aimant mieux celles et ceux qu'il place sur votre route, vous finirez par entendre votre coeur battre au rythme du coeur de Dieu, et comme Paul, vous pourrez dire : Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi.

(Dessin de Coolus, site du lapin bleu. Si vous ne l'avez pas encore consulté, dépêchez-vous !)