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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 18 mars 2023

4ème dimanche de Carême A - 19 mars 2023

 Revenez à moi : vivez dans ma lumière ! 







            Frères, autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. Cette annonce de Paul aux Ephésiens laisse entendre qu’il y a quelque chose entre cet avant qui nous plongeait dans les ténèbres et cet aujourd’hui qui nous illumine. Ce quelque chose, c’est la rencontre avec le Christ et notre adhésion à sa personne, autrement dit, notre baptême. 

            Il suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir le Rituel du Baptême des adultes. En remettant le cierge, allumé au cierge pascal, au nouveau baptisé, le prêtre dit : Vous êtes devenus lumière dans le Christ : marchez toujours comme des enfants de lumière ; demeurez fidèles à la foi de votre baptême. Alors, quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du Ciel. Cette prière est on ne peut plus claire : le baptême n’est pas seulement un acte, c’est un chemin de vie qui nous fait devenir lumière dans le Christ. Le Rituel du baptême d’un enfant est encore plus précis, quand il confie cette lumière aux parrains-marraines, à charge pour eux d’exercer leur mission en lien avec les parents de leur filleul. Il fait dire au prêtre : C’est à vous, parents, parrain et marraine, que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir : que votre enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême. Ainsi, quand le Seigneur viendra, il pourra aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du Ciel. La lumière dont nous devons resplendir, c’est bien le Christ lui-même ; c’est lui qui illumine notre vie ; c’est à sa suite que nous vivons ; c’est à sa suite que nous marchons vers le Royaume. Comme le précise une variante proposée par un groupe de travail des milieux ouvriers, cette lumière (le Christ) donne espérance et force au milieu des difficultés et des faiblesses que nous pouvons connaître ; cette lumière doit nous permettre de nous souvenir toujours que nous sommes entrés dans un monde tourné vers l’avenir, car Jésus Christ est la lumière du monde. La lumière dont nous resplendissons n’est donc pas l’expression de notre génie (quelle lumière cet homme !), mais bien l’expression de notre attachement profond et vital au Christ, mort et ressuscité pour notre vie. 

            La rencontre entre Jésus et l’aveugle, dont nous avons entendu le récit dans l’évangile de ce dimanche, devient alors l’illustration parfaite de ce que dit le Rituel du baptême. Avant sa rencontre avec Jésus, cet homme est aveugle, plongé dans les ténèbres. Il nous suffit à tous de fermer les yeux pour faire brièvement l’expérience de ce que peut être sa vie. Son handicap devient l’illustration pour les voyants que nous sommes de ce que signifie une vie refusant le Christ. On peut vivre, mais en n’y voyant rien, en ne voyant pas la beauté du monde marqué par la présence de Dieu en Christ. Quand le Christ entre dans la vie de cet aveugle et qu’il écoute sa parole : va te laver à la piscine de Siloé, il voit ! Il nous faut noter ici que cet homme n’a pas cherché la guérison. Dans son évangile, Jean nous dit que, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. C’est un homme sans nom chez Jean comme pour dire qu’il est chacun de nous tant que nous n’avons pas rencontré le Christ. La question des disciples : rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? peut s’entendre ainsi dans notre monde marqué par un recul de la foi : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il ne te connaisse pas ? Et la réponse serait la même de la part de Jésus : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. La rencontre entre le Christ et l’un de nous a toujours pour but de manifester dans une vie précise les œuvres de Dieu. Vivre en enfant de lumière, pour reprendre l’expression de Paul, c’est cela et rien que cela : manifester à travers notre vie que Dieu est à l’œuvre dans notre monde. 

            Cet homme, aveugle de naissance, qui ne demande rien à Jésus, est donc guéri par la seule initiative de Jésus. S’en suit d’abord un étonnement puis tout un procès devant la puissance du signe donné. Les uns disaient : c’est lui. Les autres disaient : Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. Celui qui n’a rien demandé, qui a bénéficié gratuitement de la grâce de Dieu par Jésus, est conduit devant les pharisiens. Comprenez-vous, Jésus a guéri cet homme un jour de sabbat ! Ce qui préoccupe les pharisiens, ce n’est pas que l’aveugle ait été guéri, ni comment il a été guéri ; ce qui les préoccupe, c’est ce que dit ce signe de celui qui l’a posé, Jésus. Est-il de Dieu ? Si oui, pourquoi n’observe-t-il pas le repos du sabbat ? Et s’il est pécheur, comment peut-il accomplir des signes pareils ? Ce que cette guérison provoque chez l’ancien aveugle, il n’en est guère question. Ses parents, sans doute aussi surpris que tous les autres, se contentent de préciser que c’est bien de leur fils dont tout le monde parle. Il ne s’agit pas d’une supercherie. Et l’aveugle devenu voyant témoigne de la seule certitude qui l’anime à ce moment précis : j’étais aveugle, et à présent je vois. Et devant l’insistance de ses opposants, il lâche la question fondamentale : Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? C’est la seule question d’importance. Quand Dieu passe dans notre vie, voulons-nous le suivre ? Cette lumière qu’il fait resplendir en nous, voulons-nous la porter au monde ? 

L’histoire s’achève par cette profession de foi de la part de celui qui est retrouvé par Jésus après ce simulacre de procès. Quand Jésus (qu’il n’a pas vu encore depuis sa guérison) le retrouve et l’interroge : Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle. Il dit : Je crois, Seigneur ! Et il se prosterna devant lui. Il fallait que la rencontre transformante avec Jésus qu’il avait faite lorsqu’il était encore aveugle, devienne rencontre réelle avec lui et affirmation de la Seigneurie du Christ. Ceci nous montre bien que le baptême ne saurait juste être un acte, un moment de notre vie. Combien de chrétiens ont été baptisés sans devenir vraiment croyants, sans avoir abouti à cette rencontre réelle avec Jésus qui leur permet de resplendir du Christ ? Combien de baptisés sont incapables de dire par eux-mêmes : Je crois, Seigneur ? L’appel de Paul aux Ephésiens : Conduisez-vous comme des enfants de lumière, est plus que jamais d’actualité. Baptisés, nous avons à reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur et à le vivre. 

Durant ce Carême, nous avons choisi de répondre à l’appel du Seigneur formulé par le prophète Joël au début de ce temps : Revenez à moi. Aujourd’hui, il nous indique un nouveau chemin pour répondre à son appel : Vivez dans ma lumière. Que l’eucharistie de ce dimanche redonne vigueur à cette lumière reçue à notre baptême ; que nous puissions toujours resplendir du Christ qui veut sauver tous les hommes. Amen.

samedi 21 mars 2020

4ème dimanche de Carême A - 22 mars 2020

Dieu nous apprend le regard.







C’est curieux comme les événements que nous vivons influencent notre manière de comprendre les Ecritures, et comment les Ecritures peuvent influencer notre manière de vivre les événements qui se présentent à nous. De quoi parlent nos lectures en ce quatrième dimanche de Carême ? De ténèbres et de lumière, de regard porté sur les hommes ou sur les événements. N’est-ce pas ce que nous vivons, ce que vivent les hommes dans le monde entier en ce moment-même ? 

Le monde s’est transformé en vaste prison, tout le monde étant reclus chez lui à cause d’une chose invisible, microscopique dont personne n’a voulu voir le danger au départ. Tant que c’était loin, en Chine, cela ne nous concernait pas. Les premiers avions ont pu atterrir et leurs passagers débarquer sans précaution particulière. Tous, nous n’avons voulu voir là qu’une grippe un peu plus virulente, encouragé en cela par des discours qu’on peut qualifier aujourd’hui de mensongers. L’homme et sa toute-puissance ne saurait être remis en cause par cette « chose ». Ceux à qui il appartient d’observer, de veiller, ont mal regardé, mal jugé et nous voici tous prisonniers, à cause de leur courte vue. J’ai bien conscience, en écrivant ces mots, que je porte là un regard particulier, très humain, sur les événements qui nous bouleversent tous. Que voulez-vous : marqué par les mensonges successifs de ceux qui nous ont gouvernés lors d’autres crises (je pense ici aux premiers attentats et cette assurance donnée par le chef d’Etat d’alors que rien ne changerait à notre manière de vivre alors que tout a changé – venez à Strasbourg en décembre et vous verrez), je ne peux qu’être en colère aujourd’hui. Comment n’avons-nous pas pu voir la catastrophe qui s’annonçait ? Comment tant d’experts rédigeant de prodigieux rapports chaque année ont-ils pu nous aveugler et faire prendre le risque de diminuer nos stocks de masques, sous prétexte que la bienheureuse mondialisation saurait nous fournir en temps utile ? Nous voyons tous aujourd’hui ce qu’il en est ! Comment encore ceux qui gouvernent les différents pays d’un même continent peuvent-ils continuer à prendre des décisions individuelles et nationales plutôt que de s’accorder sur une politique commune ? Est-ce trop demander de regarder ensemble un problème pour y apporter une solution profitable à tous ? Si gouverner c’est prévoir, alors tous ceux qui gouvernent dans le monde aujourd’hui ont failli. Oui, tel est mon regard à hauteur d’homme sur les événements que nous vivons. 

Mais je peux regarder les mêmes événements avec la hauteur qui eut été nécessaire à d’autres. Je peux apprendre de Dieu à regarder ces événements autrement. Non comme les disciples face à l’aveugle-né dont ils croisent la route : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Ne spiritualisons pas trop vite. Ce serait sans nul doute une impasse. La réponse de Jésus est claire : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Vous regardez mal les choses, vous regardez mal cet homme, dit Jésus. Cet homme aveugle peut être une occasion de voir Dieu à l’œuvre. Parce que Dieu ne peut se contenter de voir le Mal surgir sans rien faire. Il en est de même pour nous aujourd’hui. Nous pouvons regarder toutes les contraintes qui s’imposent à nous, cette restriction de notre liberté pour une durée indéterminée, et nous en plaindre. Mais cela ne revient qu’à rajouter du mal au mal. Nous pouvons aussi apprendre de Dieu un regard nouveau et ouvrir les yeux sur notre monde, sur ces dysfonctionnements et décider de vivre autrement, collectivement, de sorte que chacun soit pris en compte. Nous pouvons, comme beaucoup le font heureusement déjà, réapprendre la solidarité avec les plus faibles que nous ne voyions plus avant. Nous pouvons réinventer notre monde, nos relations, pour qu’elles soient davantage conformes à cette fraternité que Dieu nous demande de vivre. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon, avertit Paul dans sa lettre aux Ephésiens. Mais dit-il aussi, conduisez-vous comme des enfants de lumière. 

Puisque nous croyons en Dieu, puisque nous sommes enfants de Dieu par le baptême, prenons notre part dans cette lutte contre les ténèbres qui envahissent notre monde. Acceptons cette claustration nécessaire pour résister au mal invisible qui se répand, entrainant la mort pour quelques-uns de nos frères et sœurs en humanité. Et redoublons d’effort dans la prière ; redoublons d’effort dans la solidarité. Redoublons d’effort en humanité pour que jaillisse cette lumière qui nous vient déjà du Ressuscité. Amen.

(Arcabas, Détail d'un vitrail de l'église ND des Neiges, Alpes d'Huez, Jésus guérit l'aveugle de Bethsaïde)




samedi 8 février 2020

5ème dimanche ordinaire A - 09 février 2020

Un cadre et beaucoup de souplesse.






Comment évangéliser ? Comment rendre le Christ présent ? Comment donner envie de le suivre ? La liturgie de ce dimanche propose des réponses qui peuvent se résumer dans l’enseignement de Jésus à ses disciples (et non à la foule) : Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. Tout est dit, et en même temps tout reste à faire. Parce qu’il n’y a pas une seule manière d’être lumière ou sel. Comment être sel et lumière dépendra du lieu où vous êtes, du moment où vous êtes, des personnes que vous rencontrez. C’est une question d’adaptabilité, de souplesse. Mais si les circonstances peuvent influer sur notre manière d’être sel et lumière, il n’en subsiste pas moins un cadre de départ. 

Ce cadre, le prophète Isaïe le donnait déjà à ses contemporains. N’oublions pas que la vocation d’Israël est d’être lumière qui attire à Dieu toutes les nations de la terre. Ce qu’il dit à son peuple est donc encore valable pour nous. Son enseignement est simple et concret : il est composé de deux volets. Le premier nous tourne vers les autres :  Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Le second nous tourne vers nous-même, et nous appelle à une constante conversion : Fais disparaître de chez toi le joug (comprenons ce qui opprime l’autre), le geste accusateur, la parole malfaisante : voilà comment ta lumière se lèvera dans les ténèbres. Il ne s’agit pas seulement de bien agir avec ceux qui ont moins de chance que nous ; il s’agit aussi de chasser le Mal de notre vie, de refuser de le propager par une parole perfide ou des gestes qui enferment. C’est certainement plus compliqué parce que cela demande un travail sur nous-mêmes, une attention plus grande à nous-mêmes, à nos réactions, à nos émotions. Nous sommes souvent lestes à les dénicher chez les autres ; mais le prophète nous dit que c’est de notre vie qu’il faut chasser gestes méchants et paroles malfaisantes. Nous ne pouvons pas être lumière tant que nos actes et nos paroles excluront, blesseront, rejetteront, quand bien même nous aurions été blessés. D’où l’importance du pardon à demander et à accorder ; car personne ne peut se contenter d’un : « oh vous savez, c’est lui ; ce n’est pas grave s’il vous a insulté ou s’il parle mal de vous ; il est comme ça ! » Et je me rends compte alors d’une double réalité : je m’empêche moi-même d’être lumière du monde et sel de la terre en cédant au mal ; mais les autres aussi peuvent m’empêcher de l’être en m’enfermant dans l’image qu’ils se font de moi et qu’ils m’empêchent de décoller. Nous sommes responsables les uns des autres, nous sommes collectivement responsables d’être lumière du monde et sel de la terre. 

Paul donne un autre aspect de ce cadre que le prophète a commencé à poser : c’est l’humilité nécessaire pour présenter Jésus Christ. C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Peut-être justement parce nous sommes responsables les uns des autres. Je ne dois ni imposer mon Dieu, ni attendre d’être parfait pour parler de lui ; je risquerai de n’en parler jamais. L’humilité me permet de me situer en vérité devant Dieu et devant les autres. Je peux alors entrer en conversation avec le monde, sans chercher à le convaincre. Témoigner n’est pas imposer, ni vouloir à tout prix convertir. Dieu seul convertit les cœurs par sa puissance et son Esprit. Je peux juste donner à voir ce qu’il fait déjà dans une vie d’homme, la mienne. Et je peux voir aussi tout ce qu’il lui reste à accomplir en moi ; d’où l’humilité nécessaire. 

Nous ne pouvons pas renoncer à être lumière du monde et sel de la terre. Il nous faut sans cesse demander la grâce de l’être plus, de l’être mieux. Et si notre péché et nos limites obscurcissent nos vies, souvenons-nous du pardon à célébrer. Dieu fera rejaillir la lumière dans nos vies ; il redonnera goût à notre sel. Ne nous empêchons pas de le redevenir ; n’empêchons pas les autres de le redevenir en les enfermant dans leurs limites et dans leurs faiblesses. Nous nous affadirions du même coup. Amen.




(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 5 janvier 2019

Epiphanie - 06 janvier 2019

Avons-nous le droit de célébrer l'Epiphanie ?









L’actualité de cette fin de semaine est marquée, pour moi, par cette lettre anonyme hideuse adressée à un député de la Nation, à qui le ou les destinataires promettent la mort parce qu’il n’est pas blanc et qu’il serait venu profiter des avantages du pays (la France) ! Le reste de la lettre est encore plus abject et ne mérite pas qu’on le relaie. Je découvre cela au moment où je m’apprête à rédiger l’homélie de la fête de l’Epiphanie ; et je m’interroge : avons-nous le droit de célébrer encore cette fête quand des français, blancs apparemment, élevés sans doute au lait du christianisme, en arrivent à écrire pareilles horreurs ! Avons-nous le droit de célébrer l’Epiphanie, quand des responsables politiques, soucieux pour une fois d’installer une crèche dans les espaces publics, en retirent toutefois Melchior au motif qu’il est noir ?

La fête de l’Epiphanie, rappelons-le, nous fait célébrer la révélation du Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait (oraison de la solennité). Dieu lui-même convoque ainsi tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines, à reconnaître en l’Enfant de la crèche le Fils qu’il a envoyé pour sauver tous les hommes qu’il a créés ! Ce faisant, c’est bien lui, Dieu, qui appelle tous les hommes à une fraternité universelle ; c’est bien lui, Dieu, qui nous oblige à reconnaître en tout homme un frère à accueillir, un frère à aider, un frère à aimer. Ceux que Dieu convoque ainsi dans la maison commune de notre humanité, puis-je moi les renvoyer au prétexte qu’ils n’ont pas la bonne couleur ? Ceux que Dieu aime d’un amour unique, puis-je moi les haïr au prétexte qu’ils me prendraient quelque chose qui me reviendrait de droit ? Ceux que Dieu a créés dans son unique amour, puis-je moi les anéantir au prétexte que je ne m’en reconnais pas le frère ? Comment puis-je seulement servir un tel Dieu qui semble faire tout son possible pour me contrarier ? Vous comprendrez bien, sœurs et frères en Christ, que c’est à celui qui refuse le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes de changer et de se convertir, et non à Dieu de changer de projet. Vous comprendrez bien que c’est celui qui refuse ce projet d’amour qui doit s’ouvrir aux autres, et non aux autres de se retirer de sa présence. La terre que Dieu nous donne ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de l’humanité. La France ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de tous ceux et celles qui veulent vivre dans la liberté, la fraternité et l’égalité, d’où qu’ils viennent au départ, quelles que soient leurs opinions, leur foi ou leur non foi. Le refus de l’autre jusqu’à le menacer de mort n’est pas une opinion. Et notre pays devrait s’en souvenir, particulièrement après les camps de la mort que nos grands parents ont connu. 

Aujourd’hui, des étrangers viennent à la rencontre du Fils de Dieu, à l’invitation de Dieu lui-même. Aujourd’hui, nous sommes invités par Dieu lui-même à nous reconnaître tous frères, en ce Christ qu’il nous offre. Les lectures de cette fête nous montrent bien que ce n’est pas une nouvelle idée de Dieu : c’est un projet ancien, c’est l’unique projet de Dieu depuis les commencements. C’est l’unique projet de Dieu depuis qu’il s’est choisi un peuple particulier pour être lumière pour toutes les nations : les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore, prophétisait Isaïe. Et Paul, approfondissant l’enseignement reçu du Christ par les Apôtres, affirme aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Puisque l’Evangile est Bonne Nouvelle, nous ne saurions accepter des propos qui en réduisent la portée, ni des actes contraires à son enseignement. Regardons ce que ces étrangers nous apportent au lieu de ne voir que ce qu’ils seraient susceptibles de nous prendre. Regardons et apprécions l’or, l’encens et la myrrhe de ces rencontres avec celui qui nous est différent mais non indifférent, de celui qui nous est autre mais non hostile. Rejetons de notre vie les germes d’Hérode qui ira jusqu’à massacrer les nouveau-nés d’Israël, parce qu’incapable de s’ouvrir à la nouvelle d’un Dieu fait homme, d’un nouveau Roi pour l’univers. Cultivons le message des anges reçu à Noël et amplifié par cette Epiphanie : ils chantaient la gloire de Dieu et la paix pour tous les hommes que Dieu aime ! 

Pouvons-nous encore célébrer l’Epiphanie aujourd’hui, interrogeais-je en début d’homélie ? Nous le pouvons et nous le devons, pour toujours nous souvenir de l’unique projet de Dieu et le rendre toujours plus actuel, toujours plus réel. Ce que Dieu a accompli en Jésus Christ, poursuivons-le et vivons-le intensément. Ainsi nous participerons à construire ce monde où tous les hommes vivent en frères, par la grâce de Dieu et la volonté de son peuple. Amen.


(Jérôme BOSCH, L'adoration des Mages, vers 1510)

mercredi 26 décembre 2018

Noël : Messe du jour - 25 décembre 2018

Quand Dieu parle…






Au cœur de notre nuit a jailli un cri de joyeuse espérance : Aujourd’hui vous est né un Sauveur… qui est le Christ, le Seigneur. Et ainsi Dieu accomplit les promesses de la première Alliance. Peut-être cette bonne nouvelle nous a-t-elle surpris : comment, Dieu a encore quelque chose à dire ? Peut-être nous a-t-elle laissé indifférents : oui, et alors ? Peut-être nous a-t-elle réjouis : depuis le temps que nous l’attendions, quelle bonne nouvelle, vraiment ! Passé le temps de l’annonce, nous pouvons maintenant faire un pas de côté et comprendre davantage. La lettre aux Hébreux, dont nous avons entendu un extrait, veut nous y aider. 

Au départ, un constat : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes. Ce qui, pour le croyant, est une certitude et une évidence, peut vite devenir, pour le non-croyant ou l’indifférent, une source d’inquiétude. Que certains veuillent s’encombrer d’un Dieu, c’est une chose ; mais qu’ils le gardent surtout dans leur sphère privée. Mais si on vient nous dire que ce Dieu parle, alors là… Les plus cyniques vous diront peut-être qu’on savait que ça le prenait, Dieu, de parler par des prophètes. L’avantage, c’est que ce n’était jamais en direct. L’avantage, c’est qu’un prophète, quand ça dérange, ça se supprime ! Et on n’entend plus parler de Dieu ! Un bon cachot, un coup d’épée : problème réglé ! Souvenez-vous de Jean le Baptiste : il a rétréci d’une tête. Avec la bonne nouvelle annoncée au cœur de notre nuit, tout change : à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses. Cet enfant, venu au cœur de notre nuit, au cœur de notre vie, c’est la Parole de Dieu faite chair, le Verbe de Dieu pour parler comme saint Jean dans l’évangile. Quand vous allez voir l’enfant de la crèche, c’est Dieu que vous rencontrez. Quand, devenu grand, il parlera, c’est Dieu lui-même qui parlera. Plus d’intermédiaire ; c’est du direct – live ! Vous voyez le problème ? Tant qu’il parlait par des prophètes, on pouvait toujours se dire qu’ils ont peut-être mal transmis, ou que nous avons mal compris. Par prophète interposé, Dieu restait chez lui, bien là-haut ; et nous, on restait chez nous, bien au chaud ! Quand la Parole vient en direct, c’est plus compliqué. Comment ignorer ce qui n’est plus du ouï-dire, mais une vraie parole, de première main ?  Comment l’écouter encore sans se sentir concerné par ce qu’il dit, par ce qu’il demande ? Comment l’écouter sans prendre le risque d’être séduit par la promesse de bonheur qu’il adresse à chacun de nous ?

Vous comprenez bien que l’événement de cette nuit n’est pas banal. Vous comprenez aussi que si nous le prenons au sérieux, aujourd’hui en 2018, cela peut tout changer. Il y a une manière de vivre Noël qui nous rapproche des incroyants : celle qui consiste à dire que ce n’est qu’un souvenir, au mieux un anniversaire, celui de Jésus. Une occasion de faire la fête, mais rien de plus. Et il y a ce que Dieu veut déclencher en nous : une vraie réflexion sur notre vie, sur le sens que nous entendons lui donner. Devant l’Enfant de la crèche, comment ne pas être séduit par le projet d’amour de Dieu pour les hommes ? Devant l’Enfant de la crèche, comment ne pas entendre Dieu nous dire qu’en lui la vraie lumière qui éclaire tout homme est venue dans le monde ? Qui peut rester indifférent à un enfant nouveau-né ? Tenez un enfant dans vos bras, et dites-moi qu’il n’est pas porteur de promesses infinies ! Tenez un enfant dans vos bras, et dites-moi qu’il n’est pas l’avenir ouvert à l’infini ! Tout est possible dans une nouvelle vie qui commence. Tous les espoirs sont permis. C’est cela que Dieu a déclenché au cœur de notre nuit : la renaissance d’une espérance, la renaissance d’un avenir meilleur, la renaissance d’un monde meilleur. Tout commence quand Dieu parle à l’homme en cet enfant, né de Dieu. Tout devient possible quand l’homme se décide (enfin !) à écouter.

Et maintenant ? Maintenant il faut nous prononcer. Nous avons vu les signes : un enfant né hors de la ville, dans une étable, visité par les pauvres et les exclus du pays, chanté par les troupes célestes. Nous avons compris qu’il n’était pas un enfant de plus, mais bien le Fils unique de Dieu. Comme l’affirme Jean : Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Maintenant donc, nous pouvons nous laisser séduire et entraîner par cet Enfant à devenir enfants de Dieu nous-mêmes… nous pouvons choisir de naître nous-aussi de Dieu. Ou nous pouvons rejoindre le monde [qui] ne l’a pas reconnu. Nous pouvons faire comme si Dieu ne parlait toujours pas ; nous pouvons faire comme si rien ne s’était passé au cœur de la nuit. Nous pouvons continuer à nous ignorer, à nous massacrer, à nous haïr, même au nom de Dieu si ça peut aider à se sentir mieux. Mais il nous faut choisir. Choisir l’un ou l’autre, mais pas les deux. Parce que chacun développera en nous un art de vivre particulier, incompatible avec l’autre. Autrement dit, si je choisis de reconnaître en cet Enfant que Dieu s’est fait homme, je l’accueille dans toute ma vie, dans tous les instants de ma vie : et je deviens enfant de la lumière. Il éclairera désormais toute ma vie. Si je ne le choisis pas, je reste dans les ténèbres, parce qu’il n’y a pas d’autre vraie lumière possible. Seule la vraie lumière chasse définitivement nos ténèbres. 

Vouloir être ou ne pas être fils de la lumière : telle est la question ! La réponse appartient à chacun. Ici et maintenant, devant l’Enfant de la crèche, chacun peut trouver sa réponse. Chacun peut choisir de vivre en vérité. Viens, regarde et choisis ta vie. Amen.

(Enluminure de Frère Jacques)

samedi 1 décembre 2018

01er dimanche de l'Avent C - 02 décembre 2018

Une nouvelle avec le Christ, notre lumière.





 

Aujourd’hui, il n’y a pas que la couleur liturgique qui change, aujourd’hui, nous changeons d’année liturgique. Nous pourrions échanger des vœux, comme nous le ferons dans la nuit du passage à la nouvelle année civile. Mais nous ferons bien mieux de prendre un peu de hauteur pour nous interroger : que nous apportera-t-elle, cette année nouvelle ? Qu’attendons-nous de ce nouvel éclairage sur Jésus que nous procurera la liturgie en général et saint Luc en particulier ? Changeons-nous simplement d’auteur évangélique pour réentendre les mêmes histoires, assister une fois de plus à la naissance de Jésus, à son ministère en Galilée, à l’opposition grandissante des chefs des prêtres, à sa mort en croix, à l’annonce de sa résurrection pour finir avec le don de l’Esprit Saint et divers enseignements de Jésus pour nous faire remarquer qu’il nous faut encore faire des efforts ?
 
Commencer une nouvelle année en liturgie, c’est commencer un nouveau parcours. Nous allons nous mettre à l’école de saint Luc et découvrir ce que lui a appris de Jésus, de Dieu, et ce qu’il a cru indispensable de transmettre aux générations suivantes. Nous allons, avec lui, relire notre héritage, pour y puiser une connaissance renouvelée de Jésus, un approfondissement de notre foi et, je l’espère, des raisons nouvelles d’être croyants, c’est-à-dire d’accorder foi et confiance à celui dont l’Eglise dit qu’il est venu pour sauver tous les hommes. C’est une manière très concrète de rester éveillé, comme Jésus lui-même nous le demande dans l’évangile de ce premier dimanche d’Avent. Autrement dit, nous sommes invités à ne pas nous endormir sur nos connaissances, invités à ne pas croire que, parce que cela fait maintenant quelques années que nous faisons route avec les évangélistes, nous savons tout sur tout, et que Jésus n’a plus de secret pour nous. Le Christ se révèle peu à peu à celui qui veut vraiment le connaître, et il se révèle d’abord à nous dans le quotidien de notre vie. Alors, à moins que notre quotidien de ce 01er décembre 2018 soit absolument identique à notre quotidien du 01er décembre 2017, le Christ se révèlera à nous différemment. Ne serait-ce que parce que nous avons changé durant cette année écoulée ! 

L’invitation à rester éveillé que le Christ nous adresse est aussi une invitation à la vigilance. Il s’agit de ne pas nous tromper sur Dieu et de ne pas nous tromper sur les signes éventuels que nous croyons discerner dans les catastrophes naturelles ou à cause humaine, telle une guerre ou des actes terroristes. Dieu ne se cache pas dans la violence ; Dieu ne se montre pas dans la violence. Celui dont nous attendons la venue est prince de la paix. Celui dont nous attendons la venue est lumière pour le monde, c’est à dire qu’il agit dans la clarté et qu’il fait vivre en pleine lumière. Il n’y a pas de honte à avoir, pas de motif de nous cacher, ni de lui, ni des autres. Ce que promet celui dont nous préparons la venue, c’est une ère de paix, un monde de justice. La promesse livrée par Jérémie deviendra effective en Jésus Christ. Rester éveillé, c’est rester dans cette lumière qu’il vient apporter. Seul celui qui s’endort s’enfonce dans les ténèbres de la nuit ; celui qui reste éveillé guète l’aurore d’un jour nouveau. Ce jour nouveau, pour le croyant, c’est le jour de Dieu, le jour où tout sera en pleine lumière, le jour où le Mal sera définitivement vaincu. 

Pour parvenir à ce jour, pour vivre dans la clarté de Dieu, il nous faut réentendre les enseignements de Paul aux chrétiens de Thessalonique. Vivre dans la clarté est un don à demander à Dieu lui-même : « Que le Seigneur vous donne un amour de plus en plus intense et débordant… Que le Seigneur affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté… » Ne rêvons pas d’y arriver tout seul. La lumière véritable, la seule lumière, c’est le Christ ! A ceux qui sont perdus, à ceux qui doutent, à ceux qui ne savent plus à qui se confier, est annoncée la venue d’un Sauveur, d’un Messie, lumière pour éclairer tout homme venant en ce monde. Une issue existe ; une espérance est possible. Pour la découvrir, il faut accepter que le Christ lui-même nous éclaire de sa Parole. 

Cette année que nous commençons avec saint Luc veut éclairer notre foi, notre connaissance du Christ d’une manière nouvelle. Ce que nous entendrons tout au long de cette année, c’est une bonne nouvelle pour aujourd’hui. Ce n’est pas une simple évocation de ce que Jésus a fait un jour, mais bien le récit de ce que Jésus peut faire pour nous, ici et maintenant. Il est et sera notre lumière ; en marchant à sa lumière, nous ne risquons ni de nous tromper sur Dieu, ni de nous tromper sur le Christ, ni de nous tromper sur l’homme ! Laissons-nous éclairer par le Christ ! Laissons-nous enseigner par lui ! Et nos vies changeront. Je le crois vraiment. Amen.

 

 

 

samedi 10 mars 2018

04ème dimanche de Carême B - 11 mars 2018

La croix, signe de la miséricorde de Dieu pour nous.






Nous voici déjà bien avancé dans le temps du Carême. Plus de la moitié du chemin est parcouru. Et plus nous progressons, plus nous sommes confrontés au noyau dur de notre foi : la croix du Christ. Elle est, et sera toujours, la pierre d’achoppement, scandale pour les uns, folie pour d’autres, signe de l’amour de Dieu pour nous. Notre salut vient de la croix du Christ, offert par amour, que cela plaise ou non. C’est ce que nous enseigne la deuxième lecture de ce dimanche. 

Lorsque nous entendons Paul dans sa lettre aux Ephésiens, nous constatons qu’il situe d’abord notre salut dans l’axe de la miséricorde de Dieu. Dieu est riche en miséricorde, affirme-t-il d’entrée de jeu. Sa richesse dans la miséricorde se doit de surpasser notre richesse dans le péché. Je sais bien qu’il n’est plus de bon ton aujourd’hui de souligner nos manques, nos péchés : mais comment être touché par la grâce de Dieu, comment accueillir Dieu et sa miséricorde, si nous ne regardons pas honnêtement notre vie ? Ouvrir notre cœur et notre vie à Dieu, c’est faire la vérité sur notre vie en exposant à son regard d’amour et de miséricorde notre condition pécheresse. Non pour nous humilier devant Dieu, mais pour mieux accueillir les dons qu’il nous fait, pour mieux accueillir son salut. Parce que Dieu nous aime tellement qu’il nous veut sauvés, c’est-à-dire libérés des entraves du Mal et de la Mort, pleinement vivants.  

En relisant l’histoire sainte du peuple d’Israël dans le Premier Testament, nous observons que la miséricorde de Dieu va jusqu’à se servir d’un païen – le roi Cyrus – pour venir en aide à son peuple et lui manifester sa grâce. Rien n’empêchera Dieu de faire grâce à ceux et celles qui se tournent vers lui avec un cœur humble et sincère ; rien n’empêchera Dieu de faire grâce à ceux et celles qui se tournent vers lui en reconnaissant leur péché. Nous connaissons l’immense amour de Dieu pour nous ; nous connaissons la route à suivre pour accueillir cette miséricorde ; nous connaissons le remède à notre Mal. Pourquoi dès lors avoir tant de mal à prendre la route et à nous convertir ? Pourquoi avoir tant de mal à employer le bon remède qu’est le sacrement de la réconciliation, dans cette forme précise qu’est la rencontre en cœur à cœur avec Dieu à travers l’un de ses prêtres ?  Dieu attend chacun de nous personnellement pour lui manifester les trésors de grâce qu’il tient en réserve.  

Paul insiste : c’est par la grâce que vous êtes sauvés. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes ; personne ne peut en tirer orgueil. Paul, dès le début de son ministère, lutte contre une religion de l’effort et de la sueur, une religion extérieure au cœur de l’homme. Rien de ce que nous pourrons faire, en dehors d’une vraie conversion et d’une vraie reconnaissance de notre besoin de Dieu, rien donc ne nous sauvera. Il y a à accueillir Dieu et sa grâce dans notre vie. Et nous manifestons cet accueil par notre art de vivre, car il y a bien un art de vivre chrétien, c’est-à-dire une manière chrétienne d’aborder la vie avec ses joies et ses peines. Il y a bien une manière chrétienne d’aborder la morale. Il y a bien une manière chrétienne d’aborder les relations humaines. Tout ce qu’il nous est donné de vivre, nous avons à le vivre avec le Christ, comme le Christ. En nous donnant son Esprit, Dieu lui-même nous donne de vivre comme le Christ, entièrement donné à Dieu et à nos frères. Il nous donne même son Esprit pour que nous puissions comprendre l’œuvre de salut réalisée en Jésus. Il nous donne son Esprit pour que là, au pied de la croix, nous découvrions l’amour de Dieu à l’œuvre. Tout est donné pour que le croyant puisse reconnaître ce que Dieu fait pour lui par Jésus Christ ; tout est donné pour qu’il puisse suivre le Christ sur ce même chemin. Nous n’avons donc pas à craindre la route ; le Christ l’a ouverte pour nous. Nous n’avons pas à craindre les épreuves ; le Christ les a vaincues pour nous. Nous n’avons même plus à craindre la mort ; sur la croix, le Christ la met à mort ; par delà la croix, le Christ nous ressuscite et nous partage désormais sa vie. Voilà ce que fait l’immense amour de Dieu pour nous. Voilà le mystère que nous avons à méditer et à accueillir.  

Dieu nous aime : c’est la vérité que la croix proclame ! Dieu nous veut vivant avec lui : c’est la vérité que le passage par la croix nous révèle ! Rien ne peut détourner Dieu de son amour pour nous et de sa volonté de nous sauver, si ce n’est nous-mêmes, et notre refus de le laisser entrer dans notre vie. Le Christ crucifié est notre route ; le Christ ressuscité est notre lumière. Venons à la lumière pour qu’il soit manifeste que [nos]œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. Venons à la lumière et vivons dans la vérité. Amen.
(Dessin de M. Leiterer)

samedi 4 février 2017

05ème dimanche ordinaire A - 05 février 2017

Personne n'est disciple pour lui-même !





Je ne le dirai sans doute jamais assez, ni assez fort, ni avec assez de conviction, mais nul n’est disciple pour lui-même, nul n’est chrétien pour lui-même. Je suis disciple du Christ, je suis chrétien pour les autres. Être pour les autres, c’est constitutif de l’être chrétien. N’est-ce pas ce que nous enseigne Jésus aujourd’hui dans l’évangile ? 
 
Lorsqu’il nous dit : Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde, ce qui est important, ce n’est pas ce qu’il dit de nous (vous êtes sel, vous êtes lumière) ; non, ce qui compte, c’est bien à qui nous sommes destinés : la terre, le monde. Car être sel ou être lumière ne sert à rien si c’est juste pour nous. Être sel n’a aucune valeur si nous ne donnons le goût de Jésus à personne. Être lumière n’a aucun intérêt si nous n’éclairons pas le monde. Toute la force de l’enseignement de Jésus en ce dimanche tient dans ces destinataires : la terre et le monde. Si nous n’avons pas le souci d’eux, si nous n’avons pas le souci de leur conversion au Christ, nous ne servons à rien. Nous sommes comme ce sel qui a perdu sa saveur ; nous sommes comme cette lampe qu’on a caché sous un lit. Totalement inutiles ! 
 
En nous disant : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde, Jésus nous renvoie donc à la dimension missionnaire de notre baptême. Il ne veut pas que nous vivions repliés sur nous-mêmes, mais donnés aux autres. L’Eglise, ce n’est pas le cercle des amis de Jésus ; l’Eglise, c’est l’envoyée du Christ dans le monde afin qu’elle y fasse connaître le nom de Jésus, qu’elle y manifeste la miséricorde du Père, qu’elle entraîne à la suite du Christ ceux qui ne le connaissent pas encore. Être chrétien, ce n’est donc pas une activité pour le dimanche matin quand il n’y a pas mieux à faire ; être chrétien, c’est une qualité de tous les jours, de chaque instant. Le prophète Isaïe le dit à sa manière à tout croyant quand il invite à traduire la foi en actes : partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. C’est une constante dans l’enseignement donné au nom de Dieu : l’autre, le prochain, le semblable doit être au cœur du croyant. Parce que c’est l’autre, le prochain, le semblable qui témoignera du goût de ton sel, de la clarté de ta lumière. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèveras dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.
 
La célébration de l’eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche nous permet de revenir à la source, d’entendre le Christ nous redire ce qui est essentiel pour nous. Mais surtout elle est le lieu où nous nous laissons envoyer par lui dans ce monde que Dieu aime et à qui il veut se révéler. Mettons-nous à disposition du Christ et de son projet d’amour pour tous les hommes et notre monde deviendra plus juste et plus fraternel parce qu’éclairé par la lumière du Christ. Ne soyons pas disciple pour nous-mêmes mais pour que le monde croit. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 14 janvier 2017

02ème dimanche ordinaire A - 15 Janvier 2017

Je fais de toi la lumière des nations.




Quel est le point commun entre le peuple d’Israël, le prophète Isaïe, Jean le Baptiste, Jésus Christ et nous ? Une même parole donnée par Dieu, un même destin : être la lumière des nations pour que le salut [de Dieu] parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. 
 
Etre la lumière des nations, c’est d’abord le rôle historique du peuple que Dieu a choisi et patiemment construit depuis Abraham. Israël n’est pas le peuple choisi par Dieu parce que celui-ci n’aurait pas d’intérêt pour les autres. Au contraire : c’est parce que Dieu se soucie de tous les peuples, c’est parce que tous les peuples ont de la valeur aux yeux de Dieu, que celui-ci se donne un peuple particulier pour vivre avec lui une alliance telle qu’elle donnerait envie aux autres peuples de vivre la même chose, et qu’ainsi les peuples divers s’uniraient dans la confession du même Dieu, dans le respect de la même Alliance, dans l’observance de l’unique parole de Dieu. Etre choisi par Dieu n’est pas du favoritisme, c’est une responsabilité : celle de faire connaître celui qui nous a appelé et mener les autres à lui. 
 
Etre la lumière des nations devient donc, en un temps précis, la mission du prophète Isaïe. Alors que le peuple de Dieu semble ne plus exister, décimé qu’il est par l’exil, voici que le prophète est chargé par Dieu de relever les tribus de Jacob, de ramener les rescapés d’Israël. Le temps de la miséricorde est venu, Dieu choisit à nouveau son peuple particulier et veut étendre son salut jusqu’aux extrémités de la terre. Le cœur de Dieu s’est dilaté ; le cœur de Dieu se révèle dans toute sa grandeur. Son salut est pour tous ceux qui le reconnaissent et viennent vers lui. Nous pouvons comprendre aisément, me semble-t-il, l’espoir qui renaît quand la nuit du péché touche à sa fin et que le salut du peuple, de tous les peuples, est annoncé ainsi. Dieu vient faire toutes choses nouvelles. 
 
Etre la lumière des nations est bien un aspect de la mission de Jean le Baptiste lorsqu’il se tient sur les bords du Jourdain et propose un baptême de conversion. Il est venu pour montrer aux hommes l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu. Certes, sa mission se situe bien à l’intérieur du peuple que Dieu s’est choisi. Il est venu baptiser dans l’eau pour que le Christ soit manifesté à Israël d’abord. Mais puisque la mission d’Israël est d’être déjà lumière des nations, si le Christ est révélé à ce peuple particulier, il le sera aussi aux autres, par extension de la mission. 
 
Etre la lumière des nations, c’est bien ce qu’a été Jésus durant toute sa vie et au-delà. En s’adressant à tous (y compris la Samaritaine), en guérissant des malades (y compris le serviteur d’un centurion romain), en donnant sa vie sur la croix, c’est bien à tous les hommes qu’il s’adresse, c’est bien tous les hommes qu’il embrasse de son amour. Jésus est celui qui a accompli parfaitement la prophétie confiée à Isaïe. Il a voulu unir tous les hommes en lui pour les réconcilier entre eux et avec Dieu. Il a fait de tous des frères leur rappelant qu’ils n’avaient tous qu’un même Père, le sien, le Dieu trois fois saint. Sa parole et ses actes éclairent d’un jour nouveau les rapports entre les hommes, les rapports entre les hommes et Dieu. Nous comprenons pourquoi, après la mort et la résurrection de Jésus, ses Apôtres n’ont pu se taire et garder pour eux cette Bonne Nouvelle. Nous comprenons pourquoi ils ont parcouru le monde entier pour faire connaître cette Bonne Nouvelle du salut. Comment, ayant découvert et expérimenté l’amour de Dieu pour les hommes dans leur propre vie, comment donc auraient-ils pu ne pas le faire découvrir à leur tour ? 
 
Etre la lumière des nations, c’est notre mission maintenant, à la suite des Apôtres, au titre de notre baptême. Expérimentant l’amour miséricordieux de Dieu pour nous, pauvres pécheurs, comment pourrions-nous le garder alors que notre monde est plongé à nouveau dans les ténèbres de la division, de la haine, de la destruction et de l’oppression ? Notre baptême nous oblige à des actes « politiques », en faveur de la cité, en faveur du bien des hommes, de tous les hommes. Nous ne pouvons pas nous recroqueviller sur nous-mêmes ; nous devons avoir pour tous les hommes, et particulièrement les plus petits, les plus faibles, le même amour, la même attention, le même empressement à servir que Jésus Christ. Lui qui n’a pas fait de différence entre les hommes doit nous inspirer une posture nouvelle, au nom de notre attachement à lui, une posture qui permette au plus grand nombre de vivre en paix, avec le minimum nécessaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder le monde et nous lamenter sur lui. Chrétiens, nous devons diffuser l’amour du Christ pour tous les hommes par une charité inventive et constructive. Au minimum, nous pouvons offrir un regard tendre et un cœur ouvert à ceux qui sont dans la détresse pour qu’ils découvrent qu’ils ont encore de la valeur, qu’ils sont encore de cette communauté humaine qui avance à tâtons quelquefois à la rencontre de son Dieu et Sauveur. 
 
L’homme peut manquer d’argent, mais il ne peut, il ne doit jamais manquer d’amour. Le salut commence par ceci : un geste, un regard d’amour et de tendresse. Parce que c’est le regard primordial que Dieu lui-même porte sur nous. C’est le regard par lequel nous manifesterons le mieux sa présence à tous les hommes. C’est le regard par lequel nous serons sauvés ! C’est le regard par lequel nous serons vraiment lumière des nations. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 7 janvier 2017

Epiphanie - 08 janvier 2017

Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?




Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Voilà une question bien innocente, posée par des étrangers au roi Hérode. Ils ont vu une étoile se lever, annonçant la naissance de ce roi, et ils viennent naturellement au palais d’Hérode. Mais cette question simple a l’art de mettre en émoi tout le palais, et tout Jérusalem avec lui. Elle appelait une réponse simple a priori ; mais voilà, quand Dieu entre dans le monde, rien n’est jamais simple. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? A cette question simple, Hérode ne sait répondre que par un bouleversement intérieur, l’ancienne traduction liturgique disait avec inquiétude. Et on le comprend ! Il sait bien qu’il n’a pas eu d’enfant récemment. Qui est ce roi dont parle ces étrangers ? Et que peut-il attendre d’Hérode ? Qu’il lui rende le trône ? Hérode ne peut être que fermé à cette question ; il ne veut pas l’entendre, et il ne veut pas trop en connaître la réponse, même s’il en fait chercher une par ses savants. Ce qu’il veut, l’histoire nous le dira, ce n’est pas tant entrer dans la démarche des mages que détruire ce roi nouveau-né, avant qu’il ne prenne trop d’importance. Pour lui, il n’y a qu’un roi des Juifs et c’est lui ! Il n’a pas vraiment l’intention de se prosterner devant ce nouveau-né. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Les mages apporteront eux-mêmes une réponse à leur question lorsqu’ils entreront dans la crèche. Ils n’hésitent pas une seconde quand ils voient l’enfant avec Marie, sa mère ; tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Il y a là un grand mystère : des étrangers, qui ne connaissent pas le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, des étrangers qui ne sont pas du peuple de l’Alliance, voit un enfant dans les bras de sa mère, dans une pauvre demeure, et comprennent, instantanément, que c’est lui qu’ils ont cherché, lui dont ils ont vu l’étoile se lever. Qu’ont-ils de plus que les autres ? Qu’ont-ils de plus qu’Hérode et tous ses savants ? Ils ont juste un cœur ouvert à la nouveauté absolue que représente l’irruption de Dieu dans la vie des hommes. Là où d’autres n’auraient vu qu’un enfant comme tant d’autres, eux voient un roi. Là où Hérode voyait une menace, eux voient l’espérance d’un monde nouveau. Là où tant d’hommes et de femmes ne se sont pas laissés déranger, eux ont tout quittés pendant des semaines pour suivre une étoile. 
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Cette question est pour nous aujourd’hui, car nous aussi devons répondre et nous positionner. Cherchons-nous notre salut dans notre travail, dans nos possessions, dans nos petits pouvoirs ? Ou acceptons-nous que notre salut nous soit offert par un autre, par cet enfant nouveau-né que Marie présente au monde ? Sommes-nous, comme les mages, émerveillés, réjouis d’une grande joie ? Ou sommes-nous, comme Hérode, remplis d’inquiétude ? Notre monde ne manque pas d’Hérode qui veulent faire mourir ce nouveau-né qui dérange trop. Pas de place pour lui dans l’espace public ; qu’il soit enfermé dans des espaces privés, là où personne ne le voit. Qu’on ne parle pas de lui en public, qu’on ne s’exprime pas à son sujet, ni en son nom en public. Gare au prosélytisme ! Evacuons la crèche, évacuons l’espérance qu’elle représente. Heureusement qu’il y a eu les mages jadis, comme il y a des mages aujourd’hui qui cherchent Dieu et son amour, et savent se réjouir des signes pauvres qui annoncent cette grande joie : l’homme est appelé à la vie par Dieu et Dieu s’engage en faveur de cette vie, Dieu s’engage en faveur du salut des hommes. La crèche, comme la croix d’ailleurs, dira pour toujours cette présence de Dieu à notre monde. La crèche, comme la croix, dira toujours l’amour de Dieu pour les hommes et son attention particulière aux petits. Remarquez la pédagogie de Dieu qui se révèle d’abord aux petits, à travers les bergers puis aux sages et aux savants, à travers ces mages venus de loin. Notre monde a plus que jamais besoin de chercheurs de Dieu, d’hommes et de femmes qui acceptent de se mettre en route, à la suite d’une étoile, à la suite de la lumière. En reconnaissant en Jésus celui qu’ils ont cherché, les mages nous indiquent où se trouve la vraie lumière, où se trouve le vrai sens de notre vie : en Jésus, et en lui seul.
 
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Lorsque nous venons à la crèche, ne regardons pas d’abord un décor, une œuvre d’art, mais apprenons toujours à trouver là celui qui est notre vraie lumière, celui qui est venu donner espoir et vie aux hommes. Ce qu’il a fait jadis, il le refait toujours et encore pour nous. Son amour n’a pas de limite, sa présence au monde n’est pas pour un temps donné, elle est pour toujours, pour tous les peuples, pour tous les temps. Devant l’enfant de la crèche, reconnaissons Jésus, le Sauveur de tous les hommes. Et réjouissons-nous, comme les mages, de trouver en lui celui qui comble notre espoir. Amen.

(Giotto, L'adoration des mages, fresque de la Chapelle des Scrovegni, Padoue)

samedi 26 novembre 2016

01er dimanche de l'Avent A - 27 novembre 2016

Marchons à la lumière du Seigneur.




Dimanche dernier, nous avons terminé notre année liturgique sur la contemplation du Christ en croix et cette promesse faite à l’un des condamnés : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. C’était une belle manière de nous rappeler que toute notre histoire est une histoire orientée vers cette rencontre avec Jésus, mort et ressuscité, source de notre vie. Comment, après une telle contemplation, reprendre cette année nouvelle ? La réponse nous est donnée par le prophète Isaïe quand il nous dit : Venez, marchons à la lumière du Seigneur. 
 
Marchons ! C’est donc une invitation dynamique, une mise en route de manière résolue. L’invitation du prophète semble même être pressante : il n’est plus temps de réfléchir. Quelque chose de neuf se prépare, il faut en être ! The place to be, c’est la montagne du Seigneur vers laquelle le prophète veut nous entraîner. Ne pas se mettre en route reviendrait à se tenir hors du concert des nations, car nous ne sommes pas les seuls à nous mettre en route : Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Nous ne sommes pas les seuls à être attirés ou concernés par cette nouveauté qui se prépare. Quel meilleur moyen d’entrer dans une nouvelle année liturgique que celle-là : nous décider à nous mettre en route, à bouger notre foi. Le croyant ne peut rester patiemment assis dans son fauteuil en attendant que le Seigneur vienne à sa rencontre. Il sait que le Seigneur vient ; il se doit de faire sa part ; il se doit de se mettre en route. A partir du 08 décembre, nous aurons pour modèle particulier Marie, puisque nous entrerons dans un Jubilé marial. Et qu’a fait Marie lorsque le Seigneur s’est adressé à elle pour être la mère du Sauveur ? Elle ne s’est pas confortablement installée chez elle ; elle s’est au contraire mise en route rapidement pour se rendre chez sa cousine Elisabeth, qui dans sa vieillesse allait connaître quelque chose de neuf, puisque la voilà enfin enceinte, grâce à Dieu ! Avec Marie, mettons-nous en route sur les chemins qui mènent aux hommes, sur les chemins qui mènent à Dieu. 
 
Marchons à la lumière. Cette dynamique enclenchée par le prophète ne nous plonge pas dans l’obscurité ou dans l’incertitude. Elle est une dynamique de vie, qui nous entraîne vers la lumière. Je sais bien qu’à notre époque moderne, certains voudraient que la foi soit strictement personnelle, et que les chrétiens retournent vers ces catacombes d’où ils n’auraient jamais dû sortir. Comme s’il y avait d’un côté la vie publique, forcément laïque (comprenons, pour eux, libérée de Dieu), et de l’autre la vie religieuse, strictement personnelle, sans aucune prise sur la réalité vécue par les hommes, sans aucune influence sur ce que peuvent vivre les hommes. Les croyants seraient condamnés à une forme de schizophrénie. Le Jubilé de la miséricorde que nous avons vécu nous rappelait fort justement que notre foi se traduit en acte dirigé vers les plus faibles, les plus petits. La foi a donc nécessairement une dimension publique, elle se vit au grand jour, en pleine lumière. Lorsque nous choisissons de vivre notre foi, nous choisissons bien de venir à la lumière. Là encore, nous prenons Marie pour modèle : si elle gardait dans son cœur tout ce qui lui arrivait pour le méditer jour et nuit, elle n’en a pas moins été celle qui a donné le Sauveur au monde. Elle ne l’a pas gardé dans son sein ; elle ne l’a même pas gardé pour elle toute seule ; elle a accueilli le Messie dans sa vie pour le donner à tous les hommes. 
 
Marchons à la lumière du Seigneur ! Notre marche est orientée, notre vie toute entière est orientée. Nous n’allons pas n’importe où ; nous ne suivons pas n’importe qui. Celui qui nous met en route, au-delà du prophète, c’est Dieu lui-même. Celui que nous nous apprêtons à accueillir, c’est celui-là même que Dieu nous envoie, que Dieu envoie vers les hommes pour faire toutes choses nouvelles. Que faut-il faire pour marcher à la lumière du Seigneur ? La réponse est donnée par Paul dans sa lettre aux Romains : rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Comprenons bien que cette marche nous entraîne dans un combat : mais nous ne prenons pas les armes pour nous dresser contre les autres, nous prenons les armes de la lumière pour nous dresser contre le Mal, et d’abord le mal qui est en nous : Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour. A marcher à la lumière du Seigneur, nous ne ferons rien de mal et nous ne craindrons pas le Mal. Nous rendrons au contraire le monde plus beau, plus juste, plus fraternel parce que nous aurons revêtu le Seigneur Jésus Christ. Il est la source de la vie véritable, il est l’amour véritable au cœur de la vie du monde. Là encore écoutons Marie au long du Jubilé qui lui sera consacré à Marienthal : son cantique d’action de grâce met en pleine lumière l’œuvre du Seigneur dans la vie des hommes. En marchant à la lumière du Seigneur, avec Marie, nous rendrons grâce de ce que le Seigneur accomplit en nous et par nous pour rendre à ce monde sa beauté originelle, celle voulue par Dieu depuis les origines : un monde où tous les hommes vivent en frères, un monde où tous les hommes vivent en paix.  
 
Si tu crois que cela est possible, si tu veux participer à cette aventure, prends ton bâton et viens : Marchons ensemble à la lumière du Seigneur, car il vient celui qui sera juge entre les nations, celui qui nous enseigne ses chemins, celui qui nous conduit à la paix. Venez et tenez-vous prêts, car il est tout proche le temps du salut. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 16 avril 2016

04ème dimanche de Pâques C - 17 avril 2016

Pâques : quand le salut est ouvert à tous !





J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. Ainsi s’entend la vocation propre du peuple que Dieu s’est choisi dans la Première Alliance. Israël, devenu le peuple particulier de Dieu, non par exclusion des autres, mais pour que les autres, grâce à lui, parvienne à la connaissance du vrai Dieu, à la lumière de la vérité. Un peuple particulier pour donner envie aux autres de s’approcher à leur tour de Dieu et de désirer vivre selon sa Loi. 
 
J’ai fait de toi la lumière des nations. Cette vocation particulière, Paul et Barnabé la rappellent à leurs frères juifs à Antioche de Pisidie. Certains d’entre eux, sans doute à cause de la foule que les deux Apôtres rassemblent, s’opposent violemment aux deux missionnaires de l’Evangile. Que faire quand ceux à qui cette Bonne Nouvelle est adressée refusent de l’entendre ? Faut-il se taire ? Faut-il arrêter là la mission confiée par le Christ au soir de Pâques, lorsque, leur remettant son Esprit, il les envoie à la rencontre du monde ? Que deviendra cette Bonne Nouvelle si ses destinataires n’en veulent pas ? La réponse jaillit, lumineuse : confions-là à d’autres : Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. Nous n’imaginons pas réellement, je pense, ce qu’il a fallu de courage et d’audace missionnaire pour poser cette affirmation. Nous n’imaginons pas entièrement ce que cela a pu représenter pour les personnes issues de ces nations païennes, de s’entendre dire que le salut, c’était désormais pour elles aussi. Si le Christ, mort et ressuscité, inaugure bien un monde nouveau, cette nouveauté se déploie dans cette évidence rappelée par Paul et Barnabé : le Christ a donné sa vie pour tous les hommes. 
 
J’ai fait de toi la lumière des nations. N’imaginons pas non plus que cela a été de soi pour les premiers croyants au Christ. Tous ne se sont pas réjouis de cette nouveauté. Il a d’ailleurs fallu une assemblée des Apôtres à Jérusalem pour entériner toutes les conséquences que cette ouverture aurait désormais pour la jeune communauté qui, à raison, est fière de son origine, fière de son appartenance au peuple premier choisi par Dieu. Nous savons les tensions qui ont existé et le risque d’implosion de la communauté que cette position a suscité. La jeune communauté croyante n’avait pas l’intention de créer un groupe nouveau ; elle se comprenait bien comme l’aboutissement de toutes les promesses faites à Israël, puisqu’elle reconnaissait en Jésus, le Messie tant attendu et annoncé par bien des prophètes. Cette ouverture au monde n’allait décidément pas de soi parce qu’elle remettait en question, au moins en apparence, l’élection dont avait bénéficié le peuple juif. 
 
J’ai fait de toi la lumière des nations. Cette affirmation est toujours vrai aujourd’hui pour Israël. Il est le peuple premier que Dieu s’est choisi pour amener à la vérité la multitude des peuples. Mais nous partageons désormais cette mission avec lui. Disciples du Christ, nous avons à témoigner et à vivre de telle sorte que ceux qui ne connaissent pas encore Dieu puissent trouver un chemin vers lui. C’est une chance supplémentaire que Dieu offre aux nations païennes de venir à lui. Et nous devons veiller à notre tour à ne pas fermer l’accès à Dieu, à n’être pas des obstacles à la reconnaissance de la vérité qui est en Dieu. Par notre art de vivre, nous devons être pour les autres les révélateurs de la bonté et de la miséricorde de Dieu. Nous devons, par notre art de vivre, être des relais de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il ne s’agit pas de convertir : Dieu seul peut retourner un cœur vers lui ; il s’agit bien d’être et de vivre selon ce que nous sommes : des fils pécheurs mais pardonnés en Jésus, mort et ressuscité pour notre vie, mort et ressuscité pour la vie de tous les hommes. Nous proposons une voie vers la vérité de Dieu, comme Israël propose une voie vers cette même vérité. Nous pouvons la formuler ainsi : Dieu veut le bonheur de tous les hommes, il veut la paix pour tous les hommes, il veut le salut pour tous les hommes. Pour nous, chrétiens, c’est le mystère de Pâques qui ouvre ainsi la porte de ce salut proposé à tous. Sur la croix, le Christ s’est livré, porteur du péché de tous les hommes ; ce péché, il l’a vaincu pour que tous les hommes soient libres et vivants. 
 
J’ai fait de toi la lumière des nations. Ne faisons pas comme les adversaires de Paul et Barnabé : ne refermons pas la porte que le Christ a ouverte ; ne restreignons pas l’accès à ce salut à ceux et celles que nous estimerions suffisamment purs, suffisamment croyants ou suffisamment pratiquants pour être comptés des nôtres. Dieu seul sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme ; c’est à lui seul de les juger quand viendra son jour. A nous de toujours proposer son amour ; à nous de toujours vivre cet amour ; à nous de toujours répandre cet amour. Nul ne peut ni ne doit être exclu sur nos seuls critères humains ; ce n’est plus possible, ni admissible, depuis que Pâques a ouvert le salut à tous. Ne nous contentons pas d’être des fidèles du Christ ; soyons fidèles au Christ qui a livré sa vie pour rassembler une foule immense, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues, une foule dont il sera pour toujours le seul et unique pasteur. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)