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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 29 août 2026

22ème dimanche ordinaire A - 30 août 2026

 Pierre avait la bonne réponse, mais...







 

            Souvenez-vous dimanche dernier : à la question de Jésus : Pour vous, qui suis-je ? Pierre avait répondu : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Et cela lui a valu d’être déclaré heureux et de recevoir la primauté sur le groupe des Douze : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Aujourd’hui, le même Pierre se fait rabrouer par Jésus : Passe dernière moi, Satan ! On pourrait dire qu’il passe de la bénédiction à la malédiction en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pierre est celui qui avait la bonne réponse, mais… mais quand Jésus explique qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour ressusciter, Pierre refuse. Et c’est là une grande leçon pour nous.

            En matière de foi, nous pouvons avoir les bonnes réponses, comme Pierre. Nous avons appris notre catéchisme, nous avons un peu de mémoire, on sait donner la réponse attendue mais… sans vraiment comprendre ce que nous avons appris. Cela me fait penser à cette histoire entendue d’un petit garçon que ses parents envoyaient à l’Eglise chaque dimanche, sans jamais se donner la peine de l’accompagner. En rentrant, il avait droit à un petit interrogatoire du genre : de quoi a parlé le curé aujourd’hui ? Un dimanche, le petit garçon répond : il nous a parlé du péché. Ah bon, reprirent ses parents ; mais qu’en a-t-il dit précisément ? Et le garçon, après un moment d’hésitation, de répondre : Je crois qu’il était plutôt contre ! Les questions simples, nous savons répondre ; comprendre au point de pouvoir expliquer, c’est plus difficile. Il ne suffit donc pas d’avoir la bonne réponse, il faut la comprendre. Jésus en est bien conscient puisque Matthieu précise dans son évangile que c’est à partir de ce moment-là (c'est-à-dire le moment où Pierre a fait sa profession de foi) que Jésus commence à montrer à ses disciples la réalité de cette affirmation : Tu es le Christ. Nous savons aussi, dans l’évangile de Matthieu, que l’explication de Jésus, pourtant donné encore deux autres fois après cette première, n’a pas été suffisante pour faire comprendre aux disciples cette réalité. Quand ces événements arriveront, Pierre reniera, les disciples s’enfuiront, laissant Jésus seul accomplir son destin. Avoir la bonne réponse suppose de la comprendre ; et pour cela, il nous faut y mettre un peu du nôtre.

            En matière de foi, nous pouvons encore avoir la bonne réponse, mais ne pas accepter les conséquences de la réponse. C’est ce qui arrive à Pierre quand nous le rencontrons aujourd’hui. Certes, il ne savait pas ce qu’il a dit (entendons qu’il ne comprenait pas ce qu’il a dit) quand il a affirmé devant tous que Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Souvenez-vous de la parole de Jésus dimanche dernier : c’est mon Père qui est aux cieux qui t’a révélé cela. Pierre répète les paroles d’un autre. Mais quand Jésus explique aujourd’hui de quoi il en retourne, c'est-à-dire comment il sera le Christ (en mourant sur la croix), Pierre disjoncte. Il n’accepte pas. Il n’accepte pas ce que Jésus a compris ; il n’accepte pas la manière dont Dieu va réaliser son projet de salut pour tous les hommes. Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Ne pas comprendre, ce n’était pas grave, cela avait même un petit côté charmant. Mais refuser la réalité, s’opposer à Dieu, c’est prendre le parti de l’adversaire, d’où le retentissant Satan adressé à Pierre. Il chute, comme Satan a chuté dans la tradition, en s’opposant à la volonté de Dieu. La volonté de Dieu, ce n’est pas que Jésus meurt, mais que Jésus sauve toute l’humanité de tout ce qui la retient loin de Dieu. Et pour ce faire, il devra affronter le péché et la mort. Et donc mourir pour entraîner la mort elle-même à sa perte. Avoir la bonne réponse aux questions du catéchisme ne suffit pas si nous n’acceptons pas les conséquences concrètes qu’elles entrainent. Notre foi, dans sa totalité, nous devons la comprendre et nous devons l’accepter. C’est pour cela que chaque année nous refaisons profession de foi au cours de la nuit pascale. Dieu sait bien que, comme Pierre, nous passons de la bénédiction à la malédiction, du désir d’être avec Jésus à l’impossibilité de l’être vraiment sur certains points que nous refusons encore. Ce qui compte, c’est que, petit à petit, nos pensées ne soient plus celles des hommes, mais celles de Dieu. Ce qui compte, c’est que d’année en année, nous acceptions mieux le projet de Dieu et la réalisation de ce projet d’abord dans notre vie. 

            Jésus en indique le chemin et il peut nous sembler rude. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. C’est facile à dire pour Jésus, c’est plus difficile à entendre pour nous. Comme Pierre qui voulait pour Jésus un autre chemin que celui de Jérusalem, nous voudrions que notre foi nous garde à l’abri des difficultés. Après tout, nous fournissons des efforts pour Dieu ; nous allons à la messe le dimanche, nous essayons d’être gentils avec tout le monde ; Dieu pourrait au moins nous garder des difficultés et des épreuves de la vie. Ce n’est pas déraisonnable de le croire, non ? A Pierre, à nous, qui avons du mal à comprendre la croix du Christ, à comprendre quelquefois notre propre vie, il n’est donné comme chemin que… notre croix à porter à la suite de Jésus. Autrement dit, mettre nos pas dans les siens, en toutes choses, avec cette certitude que Jésus en est sorti victorieux (c’est là notre foi !) et que nous le suivrons dans sa victoire (c’est là notre espérance) ! Jésus a pris sa croix en premier, il l’a affronté, il est mort et ressuscité pour que nous puissions le suivre en prenant notre croix. Ne croyons pas, parce qu’il est le Christ, le Fils du Dieu vivant, que cela était facile pour lui. Sa prière à Gethsémanie en témoigne. Jésus est allé vers sa mort, avec les mêmes angoisses et sans doute la même peur que nous. Mais en faisant cela, il nous a ouvert la voie. La route qu’il nous ouvre par sa mort et sa résurrection ne se fermera pas à celui qui porte sa croix à la suite du Christ. La croix est la clé de notre victoire : qui perd sa vie A CAUSE DE MOI (de Jésus) la trouvera ! Jésus ne nous dit pas que cela est facile ; il nous dit qu’il est passé par là et que sa victoire est déjà notre victoire. 

            Pierre avait la bonne réponse, mais sans la comprendre. Et quand Jésus a expliqué ce que signifiait pour lui être le Christ, Pierre s’est révolté, parce que sa bonne réponse lui échappait ; il a refusé ce qu’elle signifiait. Apprenons de Pierre, apprenons de Jésus surtout ; suivons-le en portant notre croix avec la certitude que Jésus lui-même sera notre Simon de Cyrène, portant notre croix avec nous. De plus en plus conscients que notre victoire est dans la croix du Christ, nous pourrons alors reprendre les paroles du prophète Jérémie : Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Amen.

samedi 6 juin 2026

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ A - 7 juin 2026

Souviens-toi !  







 

            Souviens-toi ! C'est la consigne donnée par Moïse à son peuple pour qu’il n’oublie jamais l’œuvre de Dieu en sa faveur quand, affamé dans le désert, il a reçu de Dieu la manne, et quand assoiffé, Dieu a fait jaillir pour lui l’eau de la roche la plus dure. Souviens-toi ! De la même manière, nous sommes invités aujourd’hui à faire mémoire de l’œuvre du Christ pour nous quand, au soir du jeudi saint, il a partagé à ses disciples le pain et le vin, signes de son corps et de son sang livrés pour nous. L’Eucharistie, instituée ce soir-là, devenait, pour les disciples du Christ et à jamais, la source et le sommet de leur foi, rendant présent pour toujours le Christ dans un morceau de pain et un peu de vin consacré. La solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons vient nous redire ce grand mystère d’un Dieu qui ne cesse de se donner totalement pour notre salut.

           Souviens-toi de la source de ton salut, le Christ livré sur la croix. Dans un monde en perte de repères, il est bon de pouvoir lever les yeux vers le Crucifié pour découvrir en lui celui qui nous offre sa vie. La croix résume et condense toute l’œuvre de Jésus qui n’a cessé, à travers son enseignement et ses gestes de nous dire l’immense amour de Dieu pour chacun. A nous qui avions si souvent rompu son Alliance, était donné dans ce Corps livré, une Nouvelle Alliance, une Alliance Eternelle, scellée dans le sang versé. Puisqu’en Jésus, Dieu lui-même s’offrait tout entier, personne désormais ne pourrait briser cette Alliance. L’humanité peut choisir de l’ignorer, mais Dieu ne peut pas la retirer, parce qu’il ne peut cesser d’aimer cette humanité pour laquelle il a donné son Fils. La vie du Fils unique de Dieu prend avec elle la vie de toute l’humanité pour la faire passer par la croix et la faire entrer dans la gloire de Dieu. De la croix, nous recevons une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu, que rien, pas même la mort, ne peut nous enlever. Nous pouvons choisir d’y renoncer, mais Dieu ne peut pas nous l’enlever, à cause de Jésus qu’il voit en chacun de nous. Par le sacrifice de Jésus sur la croix, auquel nous participons par notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, Dieu nous reçoit comme ses fils et ses filles. Dans l’acte même qui l’a défiguré, Jésus nous a transfiguré, faisant de nous ses frères et sœurs. Dieu ne peut revenir sur cet acte de salut qui inaugure et fonde la foi des disciples de son Fils.

            Souviens-toi aussi du sommet de ta foi. Tu es appelé à plus grand que ta vie ici-bas. Tu as un avenir auprès de Dieu, pour toujours. La Foi est toujours accompagnée par sa sœur Espérance. L’Eucharistie, qui nous fait faire mémoire de Jésus qui est mort et ressuscité, nous tourne aussi vers notre avenir, le retour du Christ dans la gloire qui nous verra entrer dans la gloire de Dieu. Au cœur de la prière eucharistique, il y a ce chant de l’anamnèse qui résume bien cela. A l’invitation du prêtre : Il est grand le mystère de la foi, nous répondons : nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection (voilà pour la source de notre foi), nous attendons ta venue dans la gloire (voilà pour notre espérance et le sommet de notre foi). Il n’y a rien de plus grand et de plus beau, de plus actuel et en même temps de plus engageant pour l’avenir, que l’Eucharistie. Dieu se donne tout entier et nous donne tout, pour aujourd’hui et pour demain. Ce sacrement est le Pain des forts, de ceux qui ont fait le choix de vivre selon l’enseignement de Jésus Christ et qui puisent dans ce pain et ce vin partagés la force de tenir bon chaque jour. Mais l’Eucharistie est aussi le Pain d’efforts qui nous encourage, nous nourrit et nous permet de nous relever pour reprendre la route à la suite du Christ lorsque nous sommes tombés sur le chemin. Elle n’est pas la récompense pour enfants sages que certains nous présentent ; elle est l’indispensable nourriture pour celles et ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu, mais se savent aussi pécheurs et qui ont besoin que Dieu les nourrisse pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts à la suite du Christ. Dieu, par l’Eucharistie, veille sur nous pour que nous arrivions à bon port. Il n’y a rien de plus grand dans la vie d’un chrétien que de recevoir ce Pain des anges ; il n’y a rien de plus utile dans la vie d’un chrétien que de communier au Christ pour que sa vie se diffuse en eux ; il n’y a rien de plus urgent pour les chrétiens que de rendre gloire à Dieu pour ce don sans cesse renouvelé et pour sa présence permanente dans notre monde. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est le sommet de notre foi.

             Souviens-toi enfin que, sauvé par le Christ livré sur la croix et ressuscité d’entre les morts, tu es invité à conformer ta vie à son Evangile. La Foi et l’Espérance ont une troisième sœur qui se nomme Charité, par laquelle les chrétiens rendent le Christ présent et agissant auprès de celles et ceux qui ont moins de chance, auprès de celles et ceux qui sont blessés par la vie, auprès de celles et ceux qui ont perdus toute espérance. L’Eucharistie que nous recevons nous renvoie toujours vers eux quand le prêtre ou le diacre conclut la célébration par : Allez dans la paix du Christ. Il faut entendre, dans cet ultime souhait, un envoi vers nos frères et sœurs en humanité pour témoigner de ce que nous avons vécu et pour les aider très concrètement dans leur vie humaine et, quand cela est possible, de les aider aussi dans leur vie de foi. L’Eucharistie construit ainsi l’Eglise pour en faire ce lieu de rassemblement de toute l’humanité voulue par le Christ.

Que notre Eucharistie nous redonne le goût et le sens de ce rassemblement où s’origine notre foi, se construit notre avenir et où notre aujourd’hui trouve son sens plénier : nous unir toujours plus au Christ qui nous aime et nous sauve. Amen.


mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

samedi 16 novembre 2024

33ème dimanche ordinaire B - 17 novembre 2024

 Crainte ou espérance ?






Pour qui est un tant soit peu attentif, il est facile de repérer la fin de l’année liturgique, parce qu’elle est précédée de ces textes aux couleurs d’apocalypse : grande détresse, soleil s’obscurcissant, lune sans éclat, étoiles tombant du ciel, et j’en passe. Qu’ils viennent du Premier ou du Nouveau Testament, ils sont faits à l’identique et peuvent déclencher en nous crainte ou espérance. 

De nombreux mouvements, qu’ils soient politiques ou religieux jouent sans vergogne sur ce sentiment de crainte. La récente campagne électorale aux Etats-Unis nous a montré ce que la crainte engendre : des affirmations à l’emporte-pièce jamais vérifiées, la désignation de boucs émissaires, des mesures drastiques annoncées pour conjurer le mauvais sort (il a quand même été question de déportation !), pour finir par la victoire de l’irrationnel, du mensonge, et une société profondément divisée. Il n’est pas besoin de regarder de l’autre côté de l’Atlantique ; nous possédons les mêmes en tout, en Europe et en France. La crainte a encore de beaux jours devant elle, et ceux qui aiment jouer à se faire peur peuvent avoir la certitude de quelques belles soirées dignes d’Halloween.  

Se pose alors la question suivante : chrétiens, pouvons-nous nous contenter de regarder et de trembler ? Pouvons-nous rejoindre ceux qui crient au loup, pour ajouter encore de la peur à la peur ? Les textes bibliques entendus aujourd’hui, d’ordre apocalyptique, ne sont pas lus pour nous faire peur, mais pour ouvrir notre espérance, et nous mettre en attitude de veille.  De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Voilà que nous est rappelé que notre histoire a un sens, et que nous sommes tendus vers son accomplissement. Et le sentiment qui doit prédominer en nous, ce n’est pas la crainte, mais l’espérance. Ce jour du retour du Christ, nous l’attendons, comme les enfants attendent Noël : fébriles mais sans crainte, tout à la joie de ce qu’annonce cet événement. Le retour du Christ, quel qu’en soit le moment, marquera le jour de notre récompense, le jour du jugement de notre vie par celui qui est la source de tout amour. Avons-nous à craindre l’amour ? Bien sûr que non ! L’amour ne fait rien de mauvais ; l’amour espère tout ! Comme il l’a fait au moment de son Incarnation, il frappera à notre porte. Nos pourrons alors faire comme les aubergistes jadis, et dire qu’il n’y a pas de place ; ou nous pourrons lui ouvrir notre vie et il viendra prendre son repas avec nous. C’est ce que nous rappelle justement le Livre de l’Apocalypse au chapitre 3, 20 : Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Il n’y a rien à craindre de celui qui frappe à la porte de notre vie et qui demande à entrer. Au contraire, il y a tout à espérer. Ecoutons la suite de ce passage de l’Ecriture (Ap 3, 21) : Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son Trône. 

Dans quelques semaines, le pape François ouvrira une année jubilaire qu’il a voulu consacrer à l’espérance. Dans notre monde froid et triste, la petite lumière de l’espérance nous attend. Elle vient nous redire que le meilleur est possible et que chacun est capable du meilleur. Nous ne sommes pas faits pour les ténèbres ; nous ne sommes pas faits pour la mort ; nous ne sommes pas faits pour la désespérance. Dieu nous veut dans sa lumière, Dieu nous veut vivant, Dieu nous veut pleins d’espérance. Il envoie son Fils pour nous le redire. Sa venue est comparable à l’été qui revient. Sachons lire les signes des temps, repérer le figuier qui refleurit. Il porte en lui la vie que Dieu nous communique. Si cela n’est pas source d’espérance, je ne sais pas ce qu’il nous faut. Laissons là notre pessimisme et entrons dans l’espérance du jour de Dieu. Amen. 


samedi 13 mai 2023

6ème dimanche de Pâques A - 4 mai 2023

 Jésus, le Christ dont nous devons témoigner.





 

 

            La première lettre de Pierre que nous lisons durant ce temps pascal, a commencé par rappeler aux chrétiens exilés et méprisés, qu’ils avaient été faits héritiers avec le Christ du Royaume de Dieu (2ème dimanche de Pâques A). Elle soulignait aussi qu’ils avaient du prix aux yeux de Dieu, le prix du sang versé par le Christ sur la croix (3ème dimanche de Pâques A). En Jésus, mort et ressuscité, se trouve la vraie joie des chrétiens. En Jésus, mort et ressuscité, se trouve notre libération. Nous avons entendu aussi l’auteur de la lettre nous dire que notre vocation profonde, c’était de faire le bien en toute chose ; et si, à cause du bien que nous faisons, certains nous font souffrir, Dieu nous donnera la grâce, les moyens, de supporter cette souffrance et de rester fidèles à notre vocation à faire le bien (4ème dimanche de Pâques A). Mais que faire quand l’opposition qu’on nous manifeste se transforme en persécution ? Le passage entendu aujourd’hui nous apporte une réponse qui peut encore nous apprendre à réagir face à ceux qui aujourd’hui pensent que notre style de vie et notre foi sont dépassés. 

            Tout repose sur ce qui a été affirmé précédemment, à savoir notre dignité de fils et de filles de Dieu, héritiers avec le Christ du Royaume. A cause de cette dignité, nous ne pouvons pas perdre de vue la sainteté du Christ. Elle reste notre exemple ; le Christ reste notre guide, le bon Pasteur, notre modèle (4ème dimanche de Pâques A). C’est un leitmotiv qui revient aujourd’hui encore quand l’auteur dit : Il vaudrait mieux souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes. La sainteté du Christ réside bien dans sa capacité à prendre sur lui le mal, quitte à souffrir, pour que les hommes puissent être introduits devant Dieu. Jusqu’au bout, même sur la croix, il est resté fidèle à la mission que le Père lui avait donnée : sauver les hommes du péché et de la mort au prix de sa propre vie. Quand nous sommes persécutés, moqués, ridiculisés à cause de notre foi, regardons, contemplons le Christ qui s’est livré pour nous. Il a souffert bien plus que nous. 

            La deuxième attitude à avoir, c’est d’être prêt, à tout moment, à présenter une défense devant quiconque [nous] demande de rendre raison de l’espérance qui est en [nous]. L’ancienne traduction liturgique disait : rendre compte de l’espérance qui est en nous. Il faut bien comprendre cette demande. Nous n’avons pas à rendre des comptes, ni à nous justifier d’être chrétiens ; cela ne regarde que nous. Mais nous avons toujours à rendre compte, autrement dit à témoigner. A témoigner de quoi ? De notre espérance, qui est d’être sauvés par la mort de Jésus que Dieu a ressuscité d’entre les morts pour lui faire partager sa gloire (3ème dimanche de Pâques A). Nous ne pouvons pas taire, nous ne devons pas taire cette espérance. Et nous devons le faire avec douceur et respect. En clair, nous ne pouvons pas imposer notre foi, nous ne pouvons pas obliger les autres à croire ; nous ne pouvons que croire ce que nous espérons, et vivre ce que nous croyons. Souvenons-nous de la parole de sainte Bernadette quand les gens étaient étonnés de ce qu’elle rapportait : on m’a dit de vous le dire, pas de vous le faire croire ! C’est cela témoigner avec douceur et respect. Dire, redire, autant qu’il le faudra, sans impatience, avec la certitude que nous témoignons de la vérité de l’œuvre de Dieu et avec la certitude aussi que ce n’est pas à nous de le faire croire. Seul Dieu peut toucher les cœurs en profondeur, mais il a voulu avoir besoin de nous pour annoncer les merveilles de celui qui [nous] a appelés des ténèbres à son admirable lumière (5ème dimanche de Pâques A). C’est ainsi que notre témoignage pourra être reçu. C’est ce que nous montre les Actes des Apôtres à travers l’œuvre accomplie par Philippe, dans la première lecture de ce dimanche. Philippe proclame le Christ et les gens se convertissent, les esprits impurs sont chassés, les malades sont guéris. 

            Nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous croyons ; nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous espérons. Si nous estimons le Christ, si le Christ est important pour nous, nous devons croire alors qu’il est important que nous le partagions : par nos paroles quand nous le pouvons, par notre art de vivre toujours. Les Actes des Apôtres que nous entendons en première lecture tout au long du temps pascal, nous montre les premiers croyants au Christ à l’œuvre. Il y a les Apôtres qui prêchent, qui rendent compte de l’espérance qui est nôtre ; il y a tous les croyants avec eux qui vivent d’une manière nouvelle, qui interpelle par leur capacité à prendre soin les uns des autres, et particulièrement des plus pauvres. Nous avons à cultiver ce sens de la communauté qui rend la charité du Christ visible par tous. Si nous aimons le Christ, nous aimerons vivre en frères, parce que tel était le commandement du Christ à ses disciples. Ecoutons Jésus quand il nous dit dans l’Evangile de ce dimanche : Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, et comprenons qu’il ne nous dit rien d’autre que : si vous m’aimez, vous vous aimerez, vous aimerez tous ceux que je mettrai sur votre route. Amen.

samedi 29 avril 2023

4ème dimanche de Pâques A - 30 avril 2023

 Jésus, le bon Berger qui veille sur nous.






 

 

            Une fois n’est pas coutume : j’ai un problème avec la Parole de Dieu de ce dimanche, au moins avec une lecture, celle extraite de la première lettre de Pierre. Avez-vous bien entendu ce qu’elle nous a dit ? Et surtout, comment l’avez-vous compris ? Je vous relis le début : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait du bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. A lire trop vite, à sortir surtout cette phrase de tout le texte pour la mettre en exergue, nous pourrions très vite croire que cela plaît à Dieu que nous souffrions, surtout si on lit le verset suivant : C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Qui parmi vous a compris ainsi ? Vous comprenez mon problème avec ce passage, d’autant plus que les deux dimanches précédents, cette même lettre nous rappelait d’abord que nous étions héritiers de Dieu, par le Christ qui a livré sa vie pour nous, et que nous avions du prix aux yeux de Dieu, le prix élevé de la vie de Jésus, livré sur la croix. Si le début de la lettre dit vrai, peut-elle soudainement nous dire que pour plaire à Dieu nous devons souffrir, parce que Jésus a souffert pour nous, par nous ? Si nous sommes héritiers de Dieu et de son Royaume, comment Dieu peut-il exiger de nous que nous souffrions ? Cela n’aurait aucun sens ! 

            Vous comprenez bien, j’espère, qu’il n’est ni possible d’énoncer les choses ainsi, ni possible de les croire. Après la Passion de Jésus, après le prix élevé de notre rachat, Dieu ne peut pas exiger que nous souffrions ce que le Christ a souffert. La souffrance du Christ a suffi à nous obtenir le salut ; il n’est pas nécessaire de souffrir à notre tour, de rajouter encore aux souffrances du Christ, ou alors la Passion n’a pas de valeur.  Ce que Pierre nous dit, me semble-t-il, c’est que nous pouvons supporter de souffrir pour avoir fait du bien par une grâce venant de Dieu. Ou pour le dire autrement, Dieu nous donne la grâce (les moyens) de supporter la souffrance qui se présente dans notre vie, en nous faisant contempler et méditer la Passion de Jésus. Et cela change tout. Même dans les moments difficiles de notre existence, même dans les moments que nous estimons injustes, nous devons garder notre regard tourné vers le Christ, notre berger, le gardien de nos âmes. En fait, tout ce passage est une invitation à la confiance en Dieu qui jamais ne nous abandonne, même si nous pouvons avoir l’impression du contraire. Quand tout va mal, ne te demande pas ce que tu as fait au bon Dieu pour mériter cela, mais… souviens-toi que Dieu a livré son Fils pour ton salut. Quand tout n’est qu’injustice autour de toi, regarde Jésus. C’est pour toi qu’il a souffert. Et dans sa Passion, il devient le modèle de tout croyant qui doit affronter l’injustice dans sa vie. Lui qui n’a pas commis de péché, dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Bien loin de justifier la souffrance, ce texte nous invite à la combattre avec les mêmes armes que le Christ : ne pas rendre le mal pour le mal, ne pas rajouter de souffrance là où il y en a déjà, tenir bon dans la souffrance parce que Dieu est un juge juste. Et au final, c’est son jugement seul qui compte. 

            Je peux maintenant reprendre le verset qui m’a fait difficulté et celui qui le suit, et faire un pas de plus. Ecoutez à nouveau : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Une lecture trop rapide pourrait à nouveau faire comprendre que nous avons été appelés à souffrir. Puisque nous savons maintenant que nous devons affronter la souffrance avec le Christ qui a souffert pour nous, nous devons alors nous souvenir de ce que la Parole de Dieu nous dit au moment de Noël : elle nous dit que Dieu a envoyé Jésus dans le monde pour sauver le monde ; il ne l’a pas envoyé pour souffrir dans le monde. De même, nous ne sommes pas appelés à souffrir, mais à faire le bien. Et si lorsque nous faisons le bien, certains nous font souffrir, alors souvenons-nous de Jésus qui, pour sauver le monde, a dû offrir sa vie et souffrir la Croix. Ce n’est pas parce que des gens nous font souffrir que nous pouvons renoncer à faire le bien. Faire le bien est notre vocation, comme héritiers de Dieu ! Là encore, Jésus est notre modèle, notre berger, c'est-à-dire celui qui nous montre le chemin à suivre. C’est le chemin du bien, en toutes choses, malgré les obstacles, malgré les souffrances que cela peut engendrer. Nous ne souffrons pas pour faire du bien ; nous faisons le bien, et quelquefois cela peut entraîner dans notre vie une part de souffrance, que nous vivrons alors à l’exemple du Christ. Mais nous ne renoncerons pas au bien à faire, nous ne renoncerons pas à imiter le Christ dans ce qui a été l’essentiel de sa vie terrestre : il est passé en faisant le bien, en guérissant, en sauvant, en annonçant le Royaume de Dieu. Héritiers de Dieu avec le Christ, c’est cela notre vocation première ! Il ne saurait en être autrement ! 

            En ce dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vocations, demandons à Dieu la grâce d’accomplir cette vocation première : faire le bien. Les vocations particulières auxquelles nous sommes appelés ne sont qu’une mise en œuvre circonstanciée de cette vocation au bien. Que ce soit la vie matrimoniale, la vie sacerdotale, la vie religieuse, ou tout autre chemin que Dieu nous appelle à vivre, ils ne seront jamais que des chemins particuliers pour nous permettre de faire le plus grand bien possible. Que cela soit toujours l’horizon de notre vie. Amen.

samedi 15 avril 2023

2ème dimanche de Pâques A - 16 avril 2023

 Jésus, mort et ressuscité, source de notre joie.





  

 

            Durant tout le temps pascal, nous entendrons, en deuxième lecture, la première lettre de Pierre, qui s’adresse à des chrétiens disséminés, persécutés ou à tout le moins marginalisés, et qui n’ont déjà plus connu Jésus de son vivant. En cela, son contenu peut nous intéresser et redonner sens à notre foi, dont il faut bien dire qu’elle est en perte de vitesse en Occident. Les chrétiens, que la France laïque essaie depuis la Révolution de marginaliser, renvoyant leur foi à la sphère strictement privée, trouveront dans cette épître de quoi redonner sens et force à leur foi, en ce temps pascal. 

            Le passage que nous avons entendu commence par une longue bénédiction qui nous redit que Dieu nous fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. Elle donne d’emblée une tonalité pascale à cette lettre. Et il nous faut bien entendre le vocabulaire utilisé. Il est question d’abord de renaissance : le mystère pascal que nous célébrons et qui fonde notre foi, nous fait naître à l’homme nouveau grâce à la résurrection de Jésus. Cet acte radicalement nouveau a un impact direct sur notre vie. Elle en est bouleversée, renouvelée ; et c’est notre baptême qui nous rend participant de cette nouveauté. Cette renaissance nous donne accès à l’héritage (autre mot à retenir) qui nous est réservé dans les cieux. En passant la mort, en nous ouvrant à la vie nouvelle, Jésus, le Fils unique de Dieu, son héritier, fait de nous des co-héritiers. C’est dire la dignité qui est la nôtre depuis notre baptême. Et, nous dit Pierre, en vue de cet héritage, Dieu veille sur nous, il nous garde par la foi. Entendez bien et convertissez votre regard. Nous croyons souvent que c’est nous qui gardons Dieu dans notre vie par la foi qui est nôtre ; et bien non, nous dit Pierre, c’est tout le contraire : Dieu nous garde par la foi. Elle est le don par lequel nous sommes dans la main de Dieu. Parce que nous prenons conscience de ce mystère du salut opéré en Jésus, par Dieu qui nous garde, nous exultons de joie. La source de notre joie est la source de notre foi : Jésus, mort et ressuscité pour notre salut. Et cette joie est si grande qu’elle nous fait tenir dans les tribulations et les souffrances que nous pouvons connaître. 

            L’auteur ne développe pas une vision doloriste de la vie chrétienne. Il ne dit pas qu’il nous faut souffrir pour être sauvés. Il dit : lorsque vous souffrez, souvenez-vous de Jésus, mort et ressuscité pour votre vie ; en lui est le salut, en lui est votre joie, même et surtout au milieu des épreuves. Ce n’est pas un appel à être heureux parce qu’on souffre, mais un appel à vivre nos souffrances en n’oubliant pas à quoi nous sommes appelés : un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. La mort et la résurrection du Christ, en nous rappelant à quel héritage nous sommes promis, nous donne la force de traverser les épreuves de la vie, en conservant au fond de notre cœur la joie du salut. Il nous faut nous attacher au Christ vivant, lui que nous aimons sans l’avoir vu. Le salut n’est pas hors d’atteinte ; le salut est au bout de notre chemin de foi. Il nous est offert ; il est offert à quiconque croit que Jésus, celui qui était mort, est ressuscité et qu’il est notre vie et notre joie. J’insiste sur ce point parce que j’ai été marqué hier par la rencontre avec un homme qui est venu se confesser. Après la confession, nous avons discuté un peu ; il était anxieux au sujet de ses parents décédés, pour qui il avait fait dire de nombreuses messes. Il désirait pour eux le paradis. Seulement voilà, une « voyante » lui a dit que malgré ses nombreuses messes, ses privations offertes en sacrifice de réparation pour ses parents, ceux-ci se trouvaient toujours au purgatoire. Certes, ils avaient progressé un peu. Mais quand même, disait-il, est-ce que les messes que je fais dire servent réellement à quelque chose ? Sa foi vacillait parce que des pseudos voyants lui disaient qu’il n’en a pas fait assez pour ses parents. Il en a perdu la joie de la foi ! La lettre de Pierre nous invite au contraire à la joie et à la foi, avec la promesse du salut. Dieu nous a faits pour la vie, ici-bas certes ; mais il nous a surtout faits pour la vie avec lui dans le Royaume. C’est notre héritage ! C’est le don de notre foi aboutie ! Comment pouvons-nous douter de Dieu, de sa bonté, de son projet amoureux pour nous ? 

            Il est urgent de retrouver cette joie toute pascale. Jésus, mort et ressuscité, serait allé à la croix pour rien si cet événement unique ne transformait pas notre vie. Jésus aurait souffert pour rien si notre salut n’était pas au bout du chemin pour nous, par la foi dans laquelle Dieu lui-même nous garde. Notre baptême nous a identifiés au Christ mort et ressuscité, faisant de nous les héritiers de ce qui est à Dieu : la vie éternelle. L’eucharistie nous fait proclamer la mort et la résurrection de Jésus et notre attente de son retour dans la gloire. Elle est le sacrement qui nous donne un avant-goût de la joie qui sera nôtre au Paradis. Célébrons le Christ mort et ressuscité, et que vive notre joie, aujourd’hui et toujours, parce qu’elle est la joie de nous savoir sauvés, même quand notre vie est difficile. Amen. 


samedi 12 novembre 2022

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2022

 Appel à la confiance.




Il y aura des signes dans le ciel.
Tableau d'Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham



                Nous sentons que nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les textes se font sombres ; le jugement est annoncé. Et pourtant, il y a en même temps comme une douce musique qui nous invite à la confiance et à l’espérance. Le jour du jugement arrive, mais avec lui vient aussi le Messie, le Sauveur, celui qui a offert sa vie sur la croix pour notre salut. 

            Entendons le prophète Malachie et son annonce du jour du Seigneur. Nous comprenons, sans difficulté, qu’un tri sera (enfin) opéré entre ceux qui commettent l’impiété et ceux qui craignent le nom de Dieu, les premiers réduits à l’impuissance, les fidèles accueillant la justice de Dieu. Comprenons bien aussi la notion de crainte du nom de Dieu ; elle n’a rien avoir avec la peur maladive de Dieu, mais avec le respect qui lui est dû par amour. Ceux qui aiment Dieu n’ont rien à craindre du jugement de Dieu. C’est une certitude qui doit nous habiter et ne jamais nous quitter. 

            Entendons aussi l’enseignement de Jésus que Luc nous rapporte dans l’Evangile proclamé en ce dimanche. S’il parle de prophètes de malheur, de catastrophes à venir, de persécutions, il invite malgré tout à garder confiance. Le disciple du Christ ne se laissera pas égarer par ceux qui annoncent la fin du monde : souvenons-nous que lui-même a dit ignorer quand ce jour viendra. Seul Dieu, son Père, le sait ! Le disciple du Christ ne se laissera pas davantage effrayer par les phénomènes naturels qui pourraient survenir, pas plus que par les persécutions dont il pourrait faire l’objet à cause du nom de Jésus. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Le nom de Jésus, à cause duquel le disciple véritable sera persécuté voire mis à mort, est plus puissant que tout ce qui peut s’abattre sur nous. Au-delà d’un réconfort donné par avance, Jésus nous invite à la persévérance. Sachons en qui nous avons mis notre confiance ! N’oublions pas le mystère de la croix qui nous vaut notre salut. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons le cœur ancré dans sa Parole. 

Nous ne pouvons pas éviter le jugement ; il fait partie des affirmations de notre foi : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. Mais nous pouvons nous préparer à ce jugement par une vie conforme au projet de Dieu pour nous. C’est une vie façonnée par la foi, l’espérance et la charité. Puisque tout nous a été donné, usons-en, abusons-en, et le jugement sera pour nous la reconnaissance du bien que nous avons essayé de faire, de la foi que nous avons proclamée et de l’espérance qui nous a fait tenir bon. Chrétiens, nous savons en qui nous avons mis notre confiance ; de quoi, de qui aurions-nous peur ? Paul l’a écrit dans sa lettre aux Romains : J’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Rien, sauf nous-même. Gardons les yeux fixés sur le Christ, les pieds solidement sur terre, et vivons, avançons à la rencontre de Celui qui vient accomplir notre espérance. Amen.

samedi 2 juillet 2022

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2022

 Réjouissez-vous avec Jérusalem ! 



(Arcabas, Le messager de la joie)



            Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Ce cri du prophète Isaïe, il nous faut le faire nôtre, plus que jamais. Il nous redit la confiance que nous pouvons avoir en Dieu dans les moments difficiles de notre histoire. Il nous redit que rien n’est jamais fini de notre espérance. 

            Quand il est prononcé pour la première fois, Jérusalem ne va pas bien du tout. En fait, il ne reste rien de la belle ville de David, à part quelques ruines. Il y a longtemps, en punition des nombreux péchés du peuple, la ville fut rasée par Nabuchodonosor, ses habitants emmenés en exil. Le peuple que Dieu s’était choisi n’existait plus ; le Dieu d’Israël lui-même semblait vaincu par les dieux étrangers. La défaite était totale ; la désolation était absolue ; l’espoir était vain. Il faudra le temps de l’effacement, le temps de la conversion pour que ce cri : Réjouissez-vous avec Jérusalem ! puisse non seulement être poussé, mais encore être entendu. Car le prophète ne prêche pas dans le désert ; il prêche à des hommes et à des femmes qui attendaient à nouveau un signe de Dieu, lui qui jadis avait entendu le cri de son peuple opprimé en Egypte. Ce cri d’Isaïe vient redonner courage et annoncer que Jérusalem sera reconstruite, que la période de l’exil est terminée, que l’humiliation du peuple est effacée et que ses nombreux péchés sont pardonnés. 

            Comprenez-vous alors pourquoi je vous ai dit qu’il fallait que nous fassions nôtre ce cri ? Nous avons toutes les raisons de désespérer. Depuis la publication du rapport Sauvé, l’Eglise de France est comme sonnée et les affaires semblent succéder aux affaires. Après le retrait des archevêques de Lyon puis de Paris, la visite apostolique du diocèse de Toulon qui a conduit à la suspension des ordinations dans ce lieu, les fermetures définitives de quelques communautés nouvelles, voici la visite apostolique de notre diocèse. Elle commence à peine, mais nombreux sont ceux qui, ne sachant rien, n’hésitent pourtant pas à spéculer et à répandre le venin de la discorde et de la suspicion. Ajoutez à cela le fait qu’il n’y a eu qu’un seul prêtre ordonné cette année et aucun diacre en vue du sacerdoce, et vous pouvez en conclure, comme le font certains, que tout va mal dans notre belle Eglise d’Alsace. Il est urgent que nous retrouvions l’espérance ; il est urgent de nous réjouir de ce qui se fait de bien, dans notre communauté comme ailleurs dans le diocèse ; il est urgent de se réjouir d’être croyant ; il est urgent de retrouver notre confiance en Dieu qui peut tout et qui n’abandonne jamais son peuple. Un croyant qui désespère est un croyant perdu. 

            Pour retrouver l’espérance, il nous faut revenir à l’enseignement de Jésus et à la mission qu’il a confiée à ses disciples. L’Evangile de ce dimanche est on ne peut plus clair : Dites-leur le règne de Dieu s’est approché de vous. Nous n’avons rien d’autre à dire, rien d’autre à faire, pas même et surtout pas à chercher à les convertir : cela est l’œuvre de Dieu lui-même. Lui seul peut toucher les cœurs, lui seul peut convertir. Mais nous pouvons et devons témoigner de ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Nous le ferons par notre espérance ; nous le ferons par notre art de vivre en fraternité ; nous le ferons par notre confiance sans faille en Dieu, notre Père, en Jésus, notre Sauveur et en l’Esprit qui nous fait vivre en frères. Il n’y a même pas à insister auprès de ceux qui refuseraient de nous entendre, juste à leur redire : Sachez-le, le règne de Dieu s’est approché. Et n’oublions pas la première parole à dire avant même l’annonce du règne de Dieu : Paix à cette maison ! L’œuvre de Dieu que nous avons à propager, c’est fondamentalement la paix entre tous, la paix pour tous. Ce n’est pas la peine de vouloir parler de Dieu si notre but est d’engendrer des conflits. Notre devoir premier, c’est la paix et l’annonce du règne de Dieu qui est toujours un règne de paix. Dieu ne peut pas régner dans les cœurs agités, dans les cœurs qui se font la guerre. Souvenons-nous du message des anges quand Dieu est entré dans le monde en son Fils Jésus. Il résonnait ainsi : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! Il n’y a là rien de difficile à comprendre, me semble-t-il ! Invoquer Dieu pour faire la guerre et pour détruire l’homme est une hérésie doublée d’un blasphème, et ce dans toutes les religions. 

            Au moment où nous entrons en vacances et profitons d’un temps de repos bien mérité, demandons à Dieu cette paix du cœur et cet art de vivre en frères qui nous fera annoncer son règne par notre vie simple et ordinaire. Puissent les hommes et les femmes que nous rencontrerons, découvrir à travers nous ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Qu’ils soient croyants ou non, qu’ils soient engagés à construire avec nous un monde plus juste et plus fraternel, un monde plein d’espérance en demain qui vient. Amen.


samedi 28 mai 2022

7ème dimanche de Pâques C - 29 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour apprendre la vie chrétienne.



Le martyre de Saint Etienne, 





          Nous voici déjà dans la dernière semaine de Pâques. Nous avons vécu ce temps avec les disciples, qui ont eu à traduire en art de vivre l’originalité de ceux qui ont choisi d’embarquer le Christ, mort et ressuscité, dans leur existence. Au-delà des considérations théologiques et des belles idées sur Dieu, croire au Ressuscité doit changer quelque chose à notre quotidien ; sinon, pourquoi faire ce choix ? Pourquoi dire que Jésus est ma vie, si ma vie justement n’en est pas affectée ? Faisons donc route avec les disciples et apprenons avec eux la vie chrétienne. 
 

          Un premier point qu’il nous faut alors souligner pour caractériser la vie chrétienne, c’est l’unité. Jean nous le dit dans son évangile : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Une communauté chrétienne dans laquelle il n’y a pas d’unité n’est pas vraiment une communauté chrétienne. Paul s’en fera largement l’écho dans ses différentes lettres aux communautés qu’il a fondées. Qu’il y ait des courants ou des sensibilités différentes, c’est une chose ; que cela nous divise, c’en est une autre, pas du tout admissible. Notre unité découle de l’unité qui existe en Dieu même. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. L’unité est un marqueur de la foi ; elle entrainera la foi de ceux qui nous regarde vivre.  

          Un deuxième point qui caractérise la vie chrétienne, c’est cette espérance dont parle Jean à la fin du livre de l’Apocalypse : l’espérance du retour du Christ. Un retour qu’il faut oser demander : L’Esprit et l’Epouse disent : ‘Viens !’ Celui qui entend, qu’il dise : ‘Viens !’ L’attente du retour du Christ ne peut pas être juste une belle idée ; c’est quelque chose que nous devons avoir à cœur, quelque chose que nous désirons de toutes les fibres de notre être. Cette espérance nous pousse à vivre notre aujourd’hui en étant tendu vers demain, ce moment où le Christ se manifestera à nouveau dans toute sa gloire. Nous ne pouvons pas vraiment croire à ce retour et souhaiter en même temps qu’il soit repoussé le plus tard possible. Nous devons aspirer à voir ce jour et œuvrer pour que ce règne de Dieu se réalise ici et maintenant. Certains disent que le Christ reviendra quand le monde sera prêt. Je veux bien, mais que faisons-nous pour rendre le monde apte à accueillir celui qui doit venir ? Nous retrouvons ici l’importance de l’art de vivre à développer, dans notre vie, mais aussi autour de nous.  

          Ce qui nous amène au troisième point, qui nous est enseigné par Etienne dans le passage des Actes que nous avons entendu. Le chrétien est quelqu’un qui témoigne de sa foi. Etienne le fait admirablement durant son trop court ministère de diacre, non pas parce qu’il meurt, mais parce qu’il ne cesse de proclamer sa foi même quand le danger est proche. Le premier sens du mot martyr, c’est celui-là : être témoin. Nous n’en retenons souvent que le second : celui qui meurt à cause du Christ. Etienne, par sa vie et sa mort, nous rappelle que le second sens peut, quelquefois, découler du premier. Mais l’inverse n’est pas vrai ! Vous pouvez passer de martyr-témoin à mort-martyr. Mais être mort ne fait jamais de vous un témoin. Il nous faut donc vivre notre foi, pleinement, et en de rare cas en accepter les conséquences sans les rechercher. Nos martyrs ne sont pas martyrs parce qu’ils sont morts, mais parce qu’ils ont témoigné jusqu’au bout extrême. Ne gardons pas notre foi en poche avec un mouchoir dessus. Osons la dire, osons la montrer. La laïcité bien comprise n’est pas le terreau qui nous en empêche ; elle est le terreau qui nous le permet, au milieu d’autres qui croient autrement ou qui ne croient pas, et qui ont le droit de le dire aussi.  

          Un art de vivre commun à développer au nom de l’unité qui est en Dieu, une espérance à faire advenir, un témoignage à assurer : voilà ce que les disciples du Christ nous apprennent en matière de vie chrétienne. C’est ce que nous vivons déjà en chaque eucharistie ; c’est ce que nous avons à vivre entre deux eucharisties, forts du Pain que nous aurons partagé. Puisse chacune de nos eucharisties nous permettre de vivre toujours plus en chrétiens, engagés en Eglise, engagés dans notre monde, pour que le Règne de Dieu devienne réalité. Amen.   

samedi 4 décembre 2021

2ème dimanche de l'Avent C - 05 décembre 2021

 En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée.





Lire les prophètes, pour un chrétien, est un exercice toujours difficile. Nous avons tellement l’habitude de les considérer comme des voyants annonçant le futur, plus exactement la venue de Jésus, que nous en oublions qu’ils ont été appelés par Dieu à une époque donnée pour dire sa Parole à un peuple donné. Les prophètes, au moment de leur ministère, n’annoncent pas Jésus. Même Jean le Baptiste ; il annonce la venue de quelqu’un qui viendra après lui, mais il n’identifiera ce quelqu’un avec Jésus que lorsque Jésus viendra à lui pour se faire baptiser. Ce n’est pas mal de faire une relecture chrétienne des prophètes, mais pour bien comprendre leur message, il vaut mieux d’abord nous plonger dans l’époque à laquelle ils ont vécu.

Ainsi en est-il du prophète Baruc. Secrétaire du prophète Jérémie, il écrit un livre à destination des Juifs de la Diaspora. Jérusalem, la cité de Dieu, a été détruite. Le peuple juif est dispersé. Il y a ceux qui ont fui en Egypte par exemple, et surtout l’immense majorité qui a été déportée à Babylone. C’est la catastrophe absolue, Israël n’ayant plus rien de tout ce que Dieu avait donné : plus de terre, plus de Loi, plus de roi. Ce n’est pas le grand remplacement qu’Israël a vécu mais le grand anéantissement. Quand il ne reste rien, comment espérer encore ? quand il ne reste rien, pourquoi croire encore ? Les prophètes qui vont accompagner le peuple en exil, comme ceux qui accompagnent les réfugiés dans d’autres nations, vont relire l’histoire d’Israël, rappeler la promesse de Dieu, annoncer l’espérance d’un retour. Baruc le fait dans ce magnifique passage entendu, dans lequel il s’adresse à la ville détruite de Jérusalem comme à une personne vivante : Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel. Revêtue de Dieu, la ville retrouvera sa splendeur première. Ce qui est remarquable dans ce passage, c’est que Jérusalem n’est pour rien dans ce retour de ses enfants. Si elle fut la cause de sa chute, s’étant tournée vers d’autres dieux, son relèvement sera l’œuvre de Dieu seul. C’est la miséricorde de Dieu et sa justice qui valent à la ville sa restauration. Alors que l’on avait pu croire que Dieu s’était détourné de son peuple et qu’il l’avait abandonné, voilà qu’est réaffirmé le projet de salut, le projet de bonheur que Dieu porte pour son peuple depuis les origines. C’est Dieu qui est à la manœuvre : Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. C’est bien ce qui sera réalisé avec l’avènement du roi Cyrus, le Perse, qui libèrera les peuples opprimés par Babylone. 

En relisant ainsi le prophète dans son contexte, comment ne pas y voir un signe pour notre Eglise, qui vit comme en exil d’elle-même depuis la publication du rapport de la CIASE et les nombreux soubresauts que ce rapport a entraîné. Des chrétiens ont quitté l’Eglise ; parmi ceux qui sont restés, il y a un malaise certain et normal. Pour une part, c’est le grand anéantissement de l’Eglise telle qu’elle s’était imaginée. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit retrouver sa fidélité au Dieu unique et vrai. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit remettre la Parole de Dieu et le souci des petits au cœur de sa vie. Comme Israël avant l’Exil, elle n’a pas su lire les signes avant-coureurs de la catastrophe. La relecture des prophètes nous permet alors de comprendre que ce qui était vrai jadis, reste vrai aujourd’hui encore. Si le péché du peuple de la Première Alliance, péché qui a entraîné la chute de Jérusalem, a été pardonné par Dieu, le péché de l’Eglise le sera aussi. Le temps appartient désormais à Dieu ; il décidera quand sera venu le temps de la Rédemption, quand sera venu le temps d’abaisser à nouveau les hautes montagnes et les collines éternelles que notre péché a élevé. Si nous ne savons pas quand cela arrivera, nous pouvons toutefois conserver cette espérance : Dieu n’abandonne jamais son peuple, et si la période actuelle peut nous sembler lourde et cruelle, n’oublions pas celles et ceux pour qui l’Eglise a été lourde et cruelle. La miséricorde de Dieu et sa justice doivent désormais passer. Nous devons retrouver, non pas la splendeur de l’Eglise, mais la splendeur de la Gloire de Dieu. Quand nous aurons remis Dieu et sa Parole au cœur de la vie de l’Eglise, quand le souci de Dieu passera avant le souci de l’Eglise, alors il pourra aplanir la terre pour que nous y cheminions en sécurité dans la gloire de Dieu.

En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée pour notre temps. En écho, recevons de Jean le Baptiste l’appel à nous mettre au travail, à préparer le chemin du Seigneur. Car Dieu l’a promis : tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.  C’est une promesse éternelle de Dieu ; c’est une promesse plus que jamais d’actualité pour nous. Amen.