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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 17 avril 2021

3ème dimanche de Pâques B - 18 avril 2021

 Passons de l'ignorance à l'intelligence des Ecritures.






(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, XIVè siècle, 
Détail de la Maesta, Musée dell'Opera Metropolitana, Sienne)


        Nous sommes tellement pris dans les tourments de la crise sanitaire que d’autres événements, pourtant historiques, nous échappent complètement. Ainsi cette déclaration signée par le conseil permanent de la Conférence des évêques de France, intitulée Lutter ensemble contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme sera la pierre de touche de toute fraternité véritable.  Elle a été remise le premier février 2021 au Grand Rabbin de France, au Président du Consistoire central et au Président du CRIF. Cette déclaration rappelle notre lien spirituel unique avec le judaïsme. Plus que jamais, écrivent les évêques, il faut rappeler l’importance des racines juives du christianisme. Nous ne pouvons pas considérer le judaïsme simplement comme une autre religion : les juifs sont nos ‘frères ainés’ (saint Jean-Paul II), nos ‘pères dans la foi’ (Benoît XVI). Souvenons-nous que Jésus, le Verbe de Dieu, a lui-même prié les Psaumes, lu la Loi et les Prophètes. Au cœur même de nos actions liturgiques et de notre prière personnelle, par la réception et la proclamation des textes de l’Ancien Testament, avec l’apôtre Paul, nous nous souvenons que ‘les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables’. 

          Si je vous en parle ce matin, c’est parce que la liturgie nous invite, par deux fois, à nous souvenir de cela et à ne pas nous servir des Ecritures pour condamner les Juifs à cause de la mort de Jésus. C’est le pape saint Jean XXIII qui, en 1962, a fait disparaître avec raison la mention des juifs perfides de la grande prière du Vendredi Saint. Ecoutons le témoignage du Christ lui-même tel qu’il nous est redonné par Luc dans l’évangile entendu ce matin. Il aurait dû éviter tout antisémitisme au sein même de l’Eglise. Luc écrit ceci : Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. Il leur dit : ‘Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, à commencer par Jérusalem’. La mort de Jésus et sa résurrection ne sont ni un accident de l’histoire, ni un simple accomplissement de la volonté meurtrière de quelques-uns à l’égard de Jésus. La mort et la résurrection de Jésus étaient des incontournables pour que se réalise le projet de salut de Dieu, projet de salut intégral au sens où l’homme devait ainsi être définitivement et totalement libéré, y compris de la Mort et du Péché. Cette libération ne pouvait se faire sans que le Messie de Dieu, le Christ, n’affronte lui-même ces deux ennemis du genre humain et de Dieu : la Mort et le Péché. Cet affrontement était inévitable pour que nous puissions dire que nous sommes vraiment libres, vraiment sauvés. L’imputer à tout un peuple, parce que certains de ses chefs ont conduit à l’accomplissement de l’inévitable, est tout simplement hors de propos. Jésus ne le fait pas ; pas plus que ses Apôtres qu’il a envoyé pour témoigner de l’œuvre de salut réalisée par Dieu à travers lui. 

          Ecoutons bien Pierre dans son discours rapporté par le même Luc, dans son livre des Actes des Apôtres. Il commence par rappeler les faits : Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. Et c’est ensuite que Pierre nous montre qu’il ne leur en tient aucune rigueur en deux temps : D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Premier temps : appelleriez-vous ‘frères’ ceux que vous considérez comme meurtriers ? Je ne crois pas. C’est la première manière de Pierre de montrer que l’accusation faite par les générations suivantes de déicide ne tient pas. Et si certains n’en étaient pas convaincus, Pierre enchaine immédiatement avec un second temps : Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Peut-on honnêtement tenir rigueur à des hommes ignorants de l’accomplissement de la Parole de Dieu, maintes fois répétée par ses prophètes ? L’appel à la conversion qui suit : convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés, n’est pas à comprendre comme un appel à devenir chrétien au sens où nous l’entendons aujourd’hui. La séparation Juifs/Chrétiens n’est pas encore réalité à ce moment-là. C’est un appel à vivre ce que les Apôtres eux-mêmes ont vécu : un retour profond et véritable à Dieu. C’est un appel à vivre ce que Pierre a lui-même vécu, lui qui avait tout autant renié le Christ, par trois fois, au moment de son procès ! C’est un appel à comprendre ce projet d’amour de Dieu pour son peuple et à quitter les voies du péché pour une vie de justice. 

          Quand je constate qu’en 2021, il faut encore une déclaration solennelle des évêques de France pour nous inviter à lutter contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme, je me dis que l’appel de Pierre à la conversion est toujours d’actualité… pour les disciples du Christ. Nous avons toujours à lutter contre nos vieux démons ; nous avons toujours à lutter contre notre propre ignorance du projet de Dieu ; nous avons toujours à travailler à l’œuvre de Dieu en établissant et en vivant une fraternité réelle avec tous les hommes, qu’ils soient chrétiens, croyants autrement ou non croyants. Là est la volonté de Dieu ; là sera le signe que nous avons compris que le Christ est vraiment ressuscité. A nous d’en être les témoins en nous faisant acteur intelligent de cette fraternité réelle. Amen.

samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 20 juin 2020

12ème dimanche ordinaire A - 21 juin 2020

Ne craignez pas !





            Avez-vous remarqué comme Jérémie est confiant alors même qu’il doit affronter la rage de ses ennemis ? Bien qu’il soit attaqué de toute part, il garde une grande confiance en Dieu, en qui il a mis toute son espérance et de qui il attend le salut. Si on rapproche alors ce texte de l’Evangile de ce dimanche, il devient évident qu’un mot d’ordre se dégage qui doit nous inspirer aujourd’hui : Ne craignez pas ! Autrement dit : N’ayez pas peur ! 

            En trois mots, voilà plus qu’un slogan ; en trois mots, voilà donné pour nous et les hommes de notre temps, une vraie règle de conduite. Après le temps du confinement, après les temps un, puis deux du déconfinement, voilà un appel qu’il nous faut entendre comme étant vraiment Parole de Dieu pour nous aujourd’hui, Parole qui nous sauve, Parole qui nous libère. Je peux comprendre la prudence ; je peux entendre et accepter la nécessité de gestes barrières, de mesures de distanciation physique, toutes choses utiles. Mais je ne peux accepter que l’on ait plongé des contingents entiers de nos compatriotes dans une peur telle que, même lorsqu’ils ne font pas partis des personnes fragiles ou à risque, les voilà auto-confinés, prisonniers volontaires et apeurés, ne se risquant même plus à faire les courses élémentaires, par peur de… Vous comprenez, même si je sais être très prudent, je peux être contaminé par l’insouciance d’un autre ; donc je reste chez moi, je ne vois personne, je n’accueille personne. Je me replie, je m’enferme, je me protège. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : peur et prudence sont aussi éloignées l’une de l’autre que peuvent l’être le ciel et la terre. Il est vrai que les discours des politiques, les positions souvent contradictoires des scientifiques et l’égrenage quotidien du nombre de morts durant cette pandémie, sans donner en contrepartie le nombre de guéris et maintenant les plaintes en justice parce qu’il faut bien un ou des coupables, ont contribué à distiller la peur. Le problème c’est que cet instrument de gouvernement par défaut qu’est la peur, s’est installé durablement dans l’esprit de certains et nous sommes bien en peine d’en mesurer les dégâts aujourd’hui. Mais je crains bien qu’ils ne soient pires que ceux du virus dont nous cherchons tous à nous protéger. 

            Ne craignez pas ! Il nous faut accueillir cette parole du Christ comme une vraie libération. Elle n’est pas une invitation à faire n’importe quoi, ni à ignorer les règles d’hygiène de base. Elle est une invitation à ne pas oublier que nous sommes dans la main de Dieu et nous avons du prix pour lui : Soyez sans crainte, vous valez plus qu’une multitude de moineaux. En ces temps difficiles, il nous faut retrouver la confiance d’un prophète Jérémie qui savait encore se confier à Dieu alors que, tout autour de lui, tous cherchaient à lui nuire, amis comme ennemis. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance du psalmiste qui chante la tendresse et la miséricorde de Dieu à son égard : Dans ta grande tendresse, regarde-moi ; il est bon ton amour. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance que le Christ nous demande de vivre, confiance qu’il a vécu le premier lorsqu’il était cloué en croix : Père, en tes mains, je remets mon esprit. La foi en Dieu, qui a livré son Fils pour notre salut, nous ouvre à cette confiance essentielle et primordiale ; elle nous redit que Dieu veut notre bien ; elle nous dit que Dieu veut notre vie marquée du sceau de l’éternité. Foi et confiance ont d’ailleurs la même racine, de sorte qu’on ne peut avoir l’une sans vivre l’autre. L’expérience de Jérémie, l’expérience du Christ lui-même, nous disent que Dieu ne veut pas notre malheur et qu’en conséquence notre confiance en lui doit être totale. Comment vaincre le mal si nous ne lui accordons pas cette confiance ? Comment accueillir son Esprit en nous, si nous ne lui accordons pas cette confiance ? La peur et la foi, c’est comme l’huile et l’eau : ça ne va pas ensemble ! La peur est la négation de la confiance ; la confiance est le remède à la peur. 

            Ne craignez pas ! Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance primordiale si nous voulons vaincre le Mal. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance essentielle si nous ne voulons pas voir notre vie sociale complètement détruite. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance absolue en Dieu qui veut pour nous la vie si nous ne voulons pas nous enfermer davantage dans des postures mortifères. Le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. Que cette parole du psalmiste nous inspire et nous guide. Amen.

 

(Photo de Bertrand Wittmann & Jean-Michel Duband, Chemin de croix, Station 1, réalisé par Francis Schneider, église de Fort-Louis - Bas Rhin)

samedi 18 janvier 2020

2ème dimanche ordinaire A - 19 janvier 2020

Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.







Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Telle est l’affirmation de Jean le Baptiste lorsqu’il voit Jésus venir vers lui.  Les gens qui étaient là, autour de lui, ont-ils bien compris le sens de cette affirmation ? Et nous, qui reprenons cette parole dans notre liturgie eucharistique, comprenons-nous bien ce que nous affirmons lorsque nous prononçons ces mots ? 

Voici l’Agneau de Dieu. Déjà rien que cette appellation singulière, pour la comprendre, il nous faut nous souvenir des rites de la Pâque juive, lors de laquelle un agneau sans défaut est sacrifié et partagé au cours d’un repas. Son sang versé est, au moment de la sortie d’Egypte, le signe de l’alliance entre Dieu et les hommes, le signe de la promesse de Dieu de ne pas exterminer son peuple en même temps que les premiers-nés des Egyptiens. Ce sang est source de salut, source de vie pour tous ceux qui sont dans une maison marquée du sang de l’agneau.  En identifiant Jésus à l’Agneau de Dieu, Jean le Baptiste identifie clairement Jésus comme celui qui vient sauver les hommes et comme celui qui est la vie des hommes. Ceux qui sont là, sur les rives du Jourdain, n’en ont sans doute pas conscience, mais ils pourront le découvrir en marchant à la suite de Jésus, en faisant confiance au témoignage de Jean le Baptiste. Ce témoignage n’est pas vain, puisqu’appuyé sur la parole de celui qui l’a envoyé baptiser : Moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Tout est dit ; tout est certifié ; mais tout est-il entendu ? Tout est-il cru ? 

Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Ainsi est formulée l’affirmation complète de Jean le Baptiste. Il faut nous y intéresser car elle nous dit comment Jésus nous sauve. Il ‘enlève le péché du monde’ recouvre une double réalité, un double mouvement. Le premier mouvement consiste à prendre sur lui notre péché : il nous en débarrasse. Le Mal auquel nous nous habituons si bien, la violence dont nous sommes friands, l’orgueil qui nous fait nous prendre pour Dieu, il les ôte de notre vie. Il nous en libère, rendant à notre humanité son véritable visage. Il fait œuvre de salubrité publique en nettoyant ainsi nos vies. Il nous redit que nous pouvons vivre sans tout cela ; le péché n’est pas nécessaire à nos vies d’hommes ; le péché est même une entrave à notre rencontre avec Dieu. Jésus nous rend à nouveau beau devant Dieu en prenant sur lui ce qui assombrit notre vie, ce qui enlaidit notre existence. Libérés du péché par le Christ, nous sommes à nouveau aimables. 

C’est le second mouvement de cette expression : il enlève le péché du monde. En effet, enlevant le péché de notre vie, il l’enlève aussi de devant le regard de Dieu. Quand Dieu, après le sacrifice du Christ, regarde notre vie, il ne voit plus notre péché que le Christ a fait disparaître. Il nous voit à travers son Fils, ce Fils plein de grâce et de vérité, ce Fils qu’il a donné par amour du monde, ce Fils qu’il a offert pour que le monde soit sauvé. Dieu nous voit à nouveau tel qu’il nous a créés ; il voit en nous son Fils unique qui n’est qu’obéissance au Père, Amour donné, Amour livré, Amour plus fort que la mort même. Ayant été aimés du Christ au point qu’il prenne sur lui notre péché et le fasse disparaître, nous pouvons être pleinement aimé du Père qui reconnaît en nous la trace du passage de son Fils bien-aimé, celui en qui il trouve toute sa joie. Ainsi nous savons que nous sommes réellement libérés du péché puisque vivants à nouveau de la grâce de Dieu, vivants à nouveau sous le regard aimant du Père. 

L’expression « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » n’est donc pas une parole poétique sur Jésus. Elle nous dit tout de la vie et de l’œuvre de celui qui s’approche de Jean le Baptiste ; elle nous dit tout de la vie et de l’œuvre de celui qui s’approche de notre vie pour que nous l’accueillions et le suivions, jour après jour. Il nous veut sauvés et libres. Il nous veut acquis à Dieu, son Père. C’est celui-là que nous reconnaîtrons tout à l’heure dans le Pain consacré et partagé : Jésus, le Christ, qui vient à nous, se fait notre nourriture, pour nous sauver en nous donnant sa vie, en prenant sur lui notre péché. Il est celui qui rend possible notre conversion ; il est celui qui rend possible notre vie. Avec Jean, confessons et témoignons qu’il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Avec Jean et tous les témoins de l’Evangile qui ont proclamé le Christ à travers les siècles, témoignons de lui par notre vie renouvelée et libérée, afin que le monde croie et se convertisse à une vie qui plaise à Dieu. Amen.


(Matthias Grünewald, Détail du panneau de la crucifixion, Retable d'Issenheim, 1512-1516, Musée Unterlinden, Colmar)

samedi 6 avril 2019

05ème dimanche de Carême C - 07 avril 2019

Non pas une condamnation, mais une libération !




Et toi, qu’en dis-tu ? Cinq mots pour provoquer Jésus à se prononcer sur la Loi et sur Dieu.  Cinq mots qui peuvent aboutir à la condamnation d’une femme à la lapidation, uniquement pour piéger Jésus ! Il faut vraiment que la haine à l’égard de Jésus soit grande pour que des hommes en arrivent à de telles extrémités. Une vie pour en piéger et en abattre une autre ! Ne nous y trompons pas : c’est bien de cela qu’il s’agit : à quoi l’homme est-il prêt pour en discréditer ou en abattre un autre ? Heureusement que celui à qui s’adresse cette question n’est pas seulement homme : il est de Dieu, vient de Dieu et son seul souci est de parler juste de Dieu, de parler juste au nom de Dieu.

C’est bien cette connaissance fine de Dieu et de l’homme que possède Jésus qui va sauver cette femme. En premier lieu, il refuse d’entrer dans la polémique avec les pharisiens. Son souci ne semble pas d’abord de prendre la défense de la femme – cela lui serait facile, la Loi disant que les deux adultères doivent être lapidés : personne ne commet un adultère tout seul ! Or où est l’homme ? – Non, son premier souci me semble être la défense de Dieu, l’interprétation juste de la Loi de Dieu. Il ne condamne ni la femme à cause de son péché, ni les pharisiens à cause de leur mauvaise foi. Et s’il ne prononce pas une seule fois le nom de Dieu, toute son attitude pourtant ne parle que de lui. A la question des pharisiens, il répond par une attitude surprenante : il se baisse (il s’abaisse) et dessine sur le sol. Comme pour dire : cette affaire ne concerne pas Dieu, c’est pourquoi je me mets à la hauteur d’un homme. Mais puisqu’une réponse est attendue, Jésus se redresse, se met à la hauteur de Dieu, à la hauteur du Ressuscité pour annoncer, de manière surprenante son jugement : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ! C’est une affaire humaine qui se doit d’être réglée par les humains ; mais puisque vous voulez que Dieu s’en mêle, que ceux qui sont « purs de tout péché » se chargent d’appliquer la sentence. Eux seuls pourraient juger la femme. Qui, ayant péché lui-même, pourrait condamner cette femme sans se condamner lui-même ? Jésus semble dire aux hommes que ce qui est grave, ce n’est pas l’espèce de péché commis ici ; ce qui est grave, c’est le péché, quel qu’il soit. Celui qui a commis, ne serait-ce qu’une petite entrave à la Loi, s’est disqualifié lui-même pour juger cette femme. D’ailleurs, personne ne s’y trompe puisqu’ils s’en vont tous, les uns après les autres, les plus âgés en premier ! Devant Dieu, il n’y a pas de petits péchés et de grands péchés ; il n’y a pas de péché mignon : il n’y a que le péché, dans toute sa laideur, qui nous éloigne de Dieu. Dieu ne s’intéresse pas à nos péchés ; mais il s’intéresse à notre désir de le rencontrer, lui. La parabole du fils prodigue que nous avons entendu dimanche dernier nous le redisait déjà. Et voilà Jésus, seul avec la femme. Il n’a pas eu besoin de renvoyer ses détracteurs, ils se sont renvoyés eux-mêmes. Il ne va pas condamner la femme, mais la renvoyer dans sa vie de femme avec cette seule demande : Va, et désormais ne pèche plus ! Ce que Jésus condamne, c’est le péché et non ceux qui commettent le péché. Il nous redit ainsi qu’il est bien celui qui vient nous rendre notre liberté : Va ! Ne s’intéressant qu’à l’humanité, ne posant sur elle que le regard de Dieu lui-même, il peut nous détacher de notre péché et nous permettre de repartir dans la vie, libres de toute attache au Mal. 


En agissant ainsi, Jésus ne fait qu’accomplir de manière parfaite la Loi au nom de laquelle les autres voulaient condamner cette femme. Relisez Isaïe ! Après l’exil qu’Israël avait interprété comme un châtiment envoyé par Dieu à cause des infidélités du peuple, Dieu lui-même invite les hommes à ne plus se souvenir du passé. Non pas à ne plus se souvenir de ce que l’amour de Dieu a réalisé pour eux (ce peuple que je me suis façonné redira ma louange), mais à ne plus se souvenir du péché qui les a éloignés de Dieu. Ne regardez pas sans cesse en arrière ; voici que je fais une chose nouvelle, ce que l’ancienne traduction liturgique rendait ainsi : voici que je fais un monde nouveau, un monde dans lequel il ne se fera plus rien de mal, un monde dans lequel toute la création chantera la louange de Dieu (même les chacals). N’est-ce pas ce monde nouveau que Jésus est venu inaugurer ? En renvoyant cette femme dans une vie libérée du péché, libérée du jugement des autres, ne la fait-il pas entrer déjà dans cette nouveauté ? 


L’appel de Paul dans la seconde lecture nous ouvre aussi à cette chose nouvelle que Dieu crée pour nous. En connaissant toujours mieux le Christ, oubliant ce qui est en arrière (c'est-à-dire notre vie soumise au péché), et lancé vers l’avant (c'est-à-dire vers cette chose nouvelle que Dieu fait pour nous), nous pouvons courir vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus : une vie nouvelle, libre du péché, la vie même de Dieu, la sainteté retrouvée. L’énergie nécessaire pour tenir la distance dans cette course de fond nous vient du Christ, d’une connaissance (c'est-à-dire d’une intimité) toujours plus grande avec lui. Plus nous nous attacherons au Christ, plus nous nous éloignerons du péché, parce que la puissance du Christ agira en nous. Puisqu’il s’est relevé d’entre les morts, il nous libèrera de toutes les puissances de mort. C’est avec lui que nous courrons l’épreuve jusqu’au bout ; c’est avec lui que nous vaincrons. 


Le temps du Carême est ce temps où nous est donnée la grâce d’une plus grande connaissance du Christ ; c’est aussi le temps où nous est proposée la grâce du sacrement qui nous libère du péché et de la mort. N’hésitons pas à nous en approcher ; n’hésitons pas à laisser Dieu jeter un regard d’amour sur notre passé pour nous tirer vers notre avenir. Et nous aussi, nous ressusciterons avec le Christ. Amen.



(Tableau : La femme adultère, Lioba artisanat - www.lioba-artisanat.com)  

samedi 3 mars 2018

03ème dimanche de Carême B - 04 mars 2018

Oser dire Dieu.





Puis-je parler de Dieu sans risque ? Puis-je poser une parole sur celui qui aime l’homme et entre en relation avec lui en lui donnant tout ? Puis-je parler de Dieu sans en faire « Mon Dieu » ? C’est-à-dire sans risquer de mettre trop vite la main sur lui et l’enfermer dans mes idées ? Tout prédicateur doit, un jour ou l’autre, affronter ces questions qui ne lui sont pas réservées. En effet, tout croyant qui veut témoigner de sa foi honnêtement se heurte nécessairement à ces mêmes questions. Car il s’agit bien, pour tout croyant quel que soit son statut, de parler de Dieu aux hommes de la manière dont Dieu lui-même se présente à eux. Que dit Dieu de lui-même ? Que laisse-t-il découvrir de lui ? Les lectures de ce troisième dimanche de Carême nous donne des éléments de réponses. 

            Le passage du Livre de l’Exode nous permet de reconnaître en Dieu celui qui vient libérer l’homme : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Voilà bien posé le cadre des relations entre l’homme et Dieu ; voilà bien posé le cadre de tout discours sur Dieu. Ce cadre, c’est celui de l’Alliance conclue jadis avec le peuple lors de la libération de l’esclavage. Le Dieu en lequel nous croyons est ce Dieu qui a manifesté à l’homme son amour en lui redonnant confiance, en le faisant sortir d’une vie impossible et indigne de l’homme. Quand notre Dieu parle de lui, il vient nous redire qu’il veut notre bonheur et notre vie. Le Dieu vivant veut que l’homme vive à son tour, de la même vie !  

            Mais ce passage vient aussi nous apprendre que notre Dieu est le Dieu fidèle. Ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Autant dire toujours ! Quand Dieu parle de lui, il fait donc référence à cette alliance conclue avec l’humanité, alliance qu’il s’engage à respecter et dans laquelle il nous engage ! Cette fidélité fait que jamais Dieu ne pourra revenir sur sa volonté de faire vivre l’homme, et de le faire vivre libre et heureux. Il semble important à Dieu lui-même, lorsqu’il se communique et lorsqu’il communique sa loi, de rappeler ces deux points en préalable. Une manière de dire : je te propose une loi à respecter, certes ; mais cette loi n’est pas injuste, cette loi n’est pas autoritaire. Elle est simplement la suite et la conséquence logique de l’amour que j’ai pour toi, amour que je t’ai manifesté dans le passé, amour que je te manifesterai encore dans le futur.  

Ce Dieu libérateur et fidèle, Jésus continue de le révéler par toute sa vie. J’avoue que dans l’Evangile de ce matin, il le fait de manière curieuse, pour ne pas dire violente. Ce nettoyage en règle du Temple dit son attachement jaloux à Dieu. Il lui est insupportable que l’homme réduise l’alliance avec Dieu à un marchandage commercial : je t’offre un bœuf ou une brebis, en échange tu me donnes… Il chasse les marchands du Temple pour que l’homme retrouve avec Dieu une relation « humaine » vraie. Entre Dieu et les hommes, il ne saurait être question d’argent ou de cadeaux. Entre Dieu et les hommes se joue la vérité d’une vie. Jésus se situe bien dans la ligne de quelques prophètes qui avaient déjà annoncé que la fumée des sacrifices, Dieu les avait en dégout. Relisez le psaume 50 : Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. Ce que Dieu attend de nous, c’est que notre cœur soit à lui. Il est le Dieu des cœurs à cœurs, le Dieu des relations profondes. Il exige tout de nous parce qu’il nous donne tout, en Jésus. Paul nous le rappelait dimanche dernier déjà dans sa lettre aux Romains.  

Ce même Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lue en ce dimanche, achève de nous dérouter dans nos discours sur Dieu. Il nous invite à le découvrir là où nous ne l’attendions pas. Il rappelle que Dieu ne se trouve ni dans des signes miraculeux, ni dans une sagesse. Dieu n’est ni un miracle, ni un système de pensée. Dieu s’est révélé en Jésus. Paul en a fait l’expérience sur le chemin de Damas. Et désormais et pour toujours, la figure de Jésus sera la pierre d’achoppement : scandale pour ceux qui voient dans la croix un abaissement inadmissible de la part de Dieu ; folie pour ceux qui ne s’appuient que sur la raison, refusant toute transcendance, niant l’existence de Dieu parce que non vérifiable scientifiquement. A croire Paul, notre Dieu serait un Dieu fou si nous l’évaluions à mesure humaine. Ce qu’il a fait pour l’homme, personne ne l’a jamais fait auparavant. Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, cela peut sembler pure folie que d’avoir donné son fils et d’avoir permis qu’il soit crucifié, mis à mort pour le salut des hommes. C’est pourtant ce qu’il a fait, une fois pour toutes, pour tous et pour chacun. Parler de Dieu aux hommes, c’est parler de ce don inouï. Parler de Dieu, quand on est chrétien, c’est parler de l’alliance qu’il a conclu avec les hommes en Jésus, mort et ressuscité. En lui réside désormais la vie de l’homme ; en lui, réside désormais le salut de l’homme. 

Oser parler de Dieu, c’est finalement oser parler de notre expérience avec lui. En quoi Dieu est-il mon libérateur ? De quoi me suis-je senti délivré par lui ? Comment est-il mon Sauveur ? Ce n’est sans doute pas un hasard si la Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient d’envoyer un courrier aux évêques rappelant ce qu’est le salut apporté par Jésus Christ : non pas un bien-être intérieur, ni plus de richesses, mais la communion réelle et plénière avec Dieu. Le document nous rappelle fort justement que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine. Lorsque nous parlons de Dieu, que ce soit toujours dans cet unique but : permettre à notre auditeur de se découvrir sauvé, appelé à la vie avec Dieu. AMEN.

(Dessin de M. LEITERER) 

 

 

samedi 1 juillet 2017

13ème dimanche ordinaire A - 02 juillet 2017

Accueillir l'autre pour être accueilli par l'Autre.





Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Ce discours, adressé aux seuls Apôtres, nous invite à réfléchir en ce dimanche sur cette notion de l’accueil. Jésus en fait une attitude spirituelle et le lien fait par la liturgie entre ce passage de l’Evangile de Matthieu avec les deux autres lectures nous permet d’en mesurer l’importance. Accueillir est une attitude fondamentale pour le croyant. 
 
Qui faut-il accueillir ? Fondamentalement, c’est le Christ qu’il faut accueillir, c’est un fait. Mais puisque le Christ ne parcourt plus nos routes comme il a parcouru jadis les routes de Palestine, accueillir le Christ, c’est accueillir ceux qu’il envoie. En cette fin d’année pastorale, les prêtres nouvellement ordonnés vont célébrer leur première messe ; d’autres prêtres, plus âgés, vont célébrer leur jubilé. Certains se préparent à changer de poste après les vacances. Autant d’occasion d’accueillir le Christ rendu présent et agissant dans les sacrements célébrés par les ministres ordonnés. Comment accueillons ceux que le Christ donne à son Eglise ? Comment accueillons-nous ceux à qui le Christ confie son troupeau ? Comparons-nous les anciens avec les nouveaux ? Dans la première lecture, nous voyons une femme qui accueille celui qu’elle reconnaît comme un saint homme de Dieu. Non seulement elle l’accueille chez elle, mais en plus, elle lui offre de l’installer. Elle accueille un prophète en sa qualité de prophète, elle recevra une récompense de prophète : celle qui est sans enfant recevra un enfant pour combler ses jours. A quand remonte la dernière fois que nous avons invité à notre table un prêtre, une religieuse, quelqu’un que le Christ a choisi et envoyé en son nom ? 
 
Dans l’épître aux Romains, Paul rappelle que nous accueillons le Christ dans notre vie par le baptême. Ce n’est ni pour faire joli, ni pour sacrifier à une coutume familiale. Le baptême nous configure au Christ et nous rend participant de sa vie divine. Nous devons donc mener une vie nouvelle. Accueillir le Christ doit marquer une étape, un changement dans notre vie. Nous devons vivre, dès ici-bas, à la manière de Jésus mort et ressuscité. Sa vie est en nous ; son Esprit vit en nous. Il nous faut le laisser vivre ; il nous faut lui laisser la conduite de notre vie. Si nous voulons être accueillis par Dieu au moment où nous quitterons cette terre, nous devons toujours plus grandir dans l’amour du Christ et vivre de sa vie. Il nous faut donc faire reculer le Mal, non seulement autour de nous, mais d’abord en nous. La vie de ressuscité est une vie libérée du Mal et de la Mort. L’accueil de l’autre, qu’il soit religieux ou non, est un signe de cette vie du Christ en nous ; n’a-t-il pas, lui, accueilli tous ceux qui se tournaient vers lui, justes ou pécheurs ? Nous aurions intérêt à relire en Matthieu la fin du chapitre 25 : ce que vous avez fait (ou pas) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). Et nous savons ce qui arrive à ceux qui n’ont rien fait ! 
 
Accueillir le Christ est donc un incontournable pour quiconque veut être accueilli dans le Royaume. A moins de vivre reclus sur une ile déserte, les occasions ne manquent pas de l’accueillir, à travers ses frères qui sont aussi les nôtres. A nous donc de le reconnaître dans celles et ceux qui frappent à notre porte. A nous de l’accueillir à travers eux. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

jeudi 13 avril 2017

Jeudi Saint - 13 Avril 2017

Invités à un repas.







Les détails, tout est dans les détails, en cette semaine sainte. Dimanche, c’était l’ânesse et son ânon qui nous interpellaient ; aujourd’hui, c’est le repas auquel nous sommes invités qui doit faire sens pour nous. Car ce repas n’est pas n’importe quel repas. Il nous renvoie d’abord à ce fameux repas que nos frères ainés dans la foi avaient partagé au moment où Dieu venait les libérer. Souvenez-vous… 
 
Il y a longtemps, du temps où il avait décidé de libérer son peuple d’Egypte, Dieu invita les Juifs à un repas rapide, pris sur le pouce, la ceinture aux reins, le bâton à la main. Un repas vite fait : viandes rôties, pains non levés, herbes amères, pour marquer le début d’une ère nouvelle : le temps de la Pâque, le temps du passage de Dieu, le temps de la libération. Pressés de sortir de ce lieu d’esclavage qu’était l’Egypte, les Juifs n’avaient pas le temps de déployer porcelaine et cristal pour marquer ce grand jour. La libération se fera à la sauvette, et le repas de Dieu se réduira presque à un sandwich. Ils auront tout le temps de déployer les fastes lorsqu’ils célèbreront le souvenir de cette nuit, une fois libérés. Pour l’heure, il s’agit de se tenir prêt. Lorsque Dieu passera pour libérer son peuple, il faudra s’engouffrer dans cette brèche qu’il ouvrira, de peur que quelqu’un d’autre ne la referme. Il faudra être prêt à suivre le Libérateur. Il n’est plus temps de s’installer : Dieu attend déjà sur la route, au-dehors, au-devant…
 
Il en va de même pour nous ce soir. A table ! semble être le mot d’ordre de cette liturgie du Jeudi Saint. La raison profonde de notre présence, c’est bien l’appel du Christ à venir nous asseoir à sa table pour le repas d’adieu qu’il donne avant sa mort. Un de ces moments graves où il n’est plus temps de plaisanter. Saint Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe le sérieux et les exigences de ce repas. Un repas simple et rapide (du pain et du vin) qui proclame la mort et la résurrection de Jésus dans l’attente de son retour dans la gloire. Un repas rapide qui nous interdit de nous installer, qui nous pousse à nous tourner vers nos frères, à l’image du Christ lavant les pieds de ses disciples. Ce geste de Jésus au soir du Jeudi Saint révèle le sens profond de la mort / résurrection de Jésus et de l’Eucharistie qui la commémore. Ce sens dévoilé, c’est le don de toute la vie pour le service des autres, pour le salut du monde. L’Eucharistie bien vécue est celle qui nous ouvre aux autres par le partage et le service. S’asseoir ensemble à la même table signifie bien porter le souci de tous ceux qui sont autour de nous et de ceux qui n’ont pu venir. La messe ne nous replie pas sur nous-mêmes, jamais. 
 
Ce repas que nous allons partager dans un instant est un repas rapide, un repas offert et non mérité. Ce n’est pas à cause de notre sainteté légendaire que nous sommes accueillis par le Christ, mais parce que le Christ a voulu que sa table soit ouverte à tous, surtout aux pécheurs. Il ne saurait y avoir d’exclus de la table de l’amour ! Les mets consommés (pain et vin devenus corps et sang du Christ) sont ceux-là mêmes qui nous donneront la force de vivre de la Bonne Nouvelle. Car il ne s’agit pas seulement de manger pour vivre ; il s’agit de manger pour agir ; il s’agit de manger pour témoigner. Témoigner que Dieu ouvre les bras à celles et ceux qui s’approchent de lui ; témoigner que l’homme est plus important que la loi et donc qu’aucune loi ne mérite qu’on lui sacrifie ne serait-ce qu’un homme ; témoigner que le pardon finit par vaincre toutes les violences ; témoigner que la miséricorde est la clé du bonheur ; témoigner que la grandeur de l’homme consiste à se courber pour être à la hauteur des petits, et que le service est l’unique façon d’être grand devant Dieu ; témoigner que Dieu ne demeure dans aucune église ni cathédrale, mais qu’il marche sur la terre des hommes ; témoigner enfin qu’il n’y a pas de pain ni de richesses qui ne doivent être partagés ! 
 
A ceux qui pensent que c’est là chose impossible à vivre, il faut rappeler que ce pain et ce vin offerts sont signes de la vie du Christ donnée, déchiquetée, écrasée afin d’éveiller la terre à un nouvel esprit.  Quand le Christ nous invite, en chaque eucharistie, à manger son corps et boire son sang, il nous invite d’abord à accueillir sa façon de vivre, à accueillir sa Bonne Nouvelle. Il nous nourrit de sa propre vie pour que nous soyons forts, pour que soyons des Christ à notre tour. En communiant, nous proclamons que sa mort n’a pas été inutile puisqu’aujourd’hui encore, sa vie se propage en nous et nous met en mouvement. Dans ce repas simple et rapide qui nous est toujours offert, laissons-nous configurer au Christ pour, comme saint Augustin aimait à le rappeler, devenir vraiment ce que nous recevons : le corps du Christ. Amen.

 
(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 12 juillet 2014

15ème dimanche du Temps ordinaire A - 13 juillet 2014

Notre vie comme un enfantement à Dieu (Rm 8 18-23)




Il arrive quelquefois que des croyants se plaignent de ce que notre monde ne soit plus aussi ouvert à la question de Dieu qu’il a pu l’être par le passé. Nous remarquons tous que tous les habitants d’un village ne vont plus à la messe le dimanche comme un seul homme ; nous constatons tous que la pratique des sacrements n’est plus générale. Il y a beaucoup d’enfants qui ne sont pas baptisés ; d’autres, bien que baptisés ne poursuivent pas l’initiation chrétienne et ne font ni première communion, ni confirmation. Et cela se passe même quelquefois dans des familles dites « pratiquantes ». Le leurre de la liberté individuelle a pris le dessus. « Vous comprenez, monsieur le curé, il ne veut pas ; on ne peut quand même pas le forcer ! » Face à cette situation, on peut se désoler. Mais on peut aussi, avec Paul, lire l’histoire de l’humanité de manière globale, et non de manière cyclique. En clair, essayer de comprendre le dessein de Dieu qui est continu au long de notre histoire. 
 
Lorsque Paul écrit sa lettre aux Romains, il ne vit pas dans un monde chrétien, loin de là. Il y a même des persécutions à cause de la foi au Christ. Certains meurent pour oser dire que Jésus est le Seigneur, le seul Seigneur. Et pourtant, Paul est plein d’espérance. Il comprend que la création est comme prise dans un enfantement. Chaque femme qui a eu au moins un enfant sait que l’enfantement peut être long et douloureux. Faire naître à la vie demande quelque effort et un peu de temps. C’est cette image de l’enfantement que Paul utilise pour parler du passage de l’humanité à la vie de Dieu. La création toute entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Cette souffrance, c’est d’être encore soumise au mal, au péché, en attendant la pleine délivrance de l’esclavage dans lequel elle est plongée. Il ne suffit pas de claquer des doigts pour se débarrasser du mal et de la souffrance ; il ne suffit pas d’un peu de bonne volonté pour faire reculer le mal. Il faut accueillir celui qui a définitivement vaincu la Mort et le Mal, celui qui, par son sacrifice, nous obtient la vie, par amour, par grâce. C’est le Christ qui réalise pour nous cette libération : c’est ce que nous célébrons à Pâques. 
 
Ceux qui sont devenus croyants, Paul affirme qu’ils ont déjà leur part à cette victoire. Ils sont déjà sauvés. Il suffit de relire les 8 premiers chapitres de la lettre aux Romains pour le comprendre. Je vous laisse cet exercice à faire dans la semaine qui vient. Vous découvrirez que, parce qu’ils sont encore de ce monde, les croyants au Christ attendent eux-aussi la délivrance de leur corps et leur adoption. La foi qui est nôtre (être sauvés par Jésus, devenir par le baptême fils et fille de Dieu) nous ouvre à l’espérance d’être cela un jour pleinement. Nous le savons bien : bien que baptisés, il nous arrive encore de faire le Mal et d’être soumis à lui. Mais nous ne désespérons plus. Nous savons qu’en Jésus, mort et ressuscité, nous sommes déjà sauvés. Nous savons que si nous laissons le Christ vivre en nous, il pourra réaliser cette pleine libération. Il nous donne son Esprit Saint pour que nous puissions vivre selon notre baptême. Le croyant vit en permanence cette tension entre le fait d’être déjà sauvé par la grâce du sacrifice du Fils unique, et le fait de l’être totalement un jour, lorsque le Christ reviendra dans sa gloire. Bien que notre enfantement dure encore (parce que ça prend du temps de laisser Dieu être Dieu), nous savons que cela finira bien, que le salut en plénitude est au bout. C’est l’Esprit Saint reçu à notre baptême qui nous permet cette certitude, parce que dès maintenant, il nous permet de faire l’expérience de la vie avec Dieu, de la liberté que le Christ nous procure lorsque nous choisissons avec lui de refuser le Mal. Baptisés, nous savons que le Christ est vivant, présent en nous, qu’il veille sur nous et nous protège. 
 
Le projet permanent de Dieu, c’est bien le salut de toute l’humanité. La révélation de sa gloire, lui seul en connaît le moment. Sans doute marquera-t-elle le temps où tous, nous ne ferons plus qu’un en Christ, le moment où toute l’humanité sera parvenue à la pleine connaissance de Dieu. Si nous, baptisés, avons quelquefois encore du mal à connaître et reconnaître Dieu tel qu’il est, nous pouvons comprendre les douleurs de l’humanité en enfantement à la vie de Dieu. Ne nous lamentons donc pas mais poursuivons avec confiance la route tracée par le Christ. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 18 avril 2014

Vigiles de Pâques - 19 avril 2014

Une nuit pour sentir le jour qui vient.




Nous venons de vivre un jour étrange, celui du samedi saint, jour pendant lequel il ne se passe rien. L’Eglise est prise par le silence après la mort de Jésus en croix. C’est le temps de l’abasourdissement, le temps du deuil. Et voilà qu’au soir de ce jour, nous nous réunissons pour cette célébration des vigiles. Une nuit nous est donnée pour sentir le jour qui vient en relisant la longue histoire de Dieu avec son peuple. Avec l’auteur du livre de la Genèse, nous pouvons dire : il y eut un soir, il y eut un matin. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le temps de la création. Notre parcours biblique commence nécessairement au temps des origines, lorsque Dieu fit jaillir notre monde de la nuit. Sur une parole de Dieu, le monde surgit des ténèbres. Peu à peu, jour après nuit, Dieu fait jaillir la vie. La puissance de Dieu se manifeste, son amour pour l’homme est dit dès l’origine puisqu’il fait l’homme à son image, à sa ressemblance. Quand l’homme vient au jour, c’est pour être comme Dieu, à l’identique. Nous sommes faits pour être partenaires de Dieu, vivants de et dans sa lumière. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le temps de la libération. Cet homme qu’il a créé, Dieu en prend soin, il se révèle  lui. Il en fait son peuple. Abraham, Isaac, Jacob : petit à petit s’écrit l’histoire d’amour de l’homme avec Dieu, avec ses hauts et ses bas. D’alliance en alliance, Dieu façonne son peuple, le guide à travers l’histoire, lui ouvre un avenir. Et voici ce peuple arrivé en Egypte, sous la conduite de Dieu, qui le préserve ainsi de la famine. Mais, le temps aidant, ce peuple favorisé par Dieu est ressenti comme une menace : il est soumis aux corvées de plus en plus dures. Et le peuple de Dieu souffre, il crie vers Dieu. Dieu entend et envoie son serviteur Moïse pour sortir le peuple d’Egypte. Par la force, Dieu sortira son peuple de la nuit de l’esclavage pour le mener au matin de la liberté. Quand l’homme est plongé dans les ténèbres de l’épreuve, Dieu le tire à la lumière de la libération. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le temps de la réconciliation. Ce peuple que Dieu a libéré, ce peuple auquel Dieu a donné une terre, une Loi, ce peuple s’est rebellé contre Dieu. Il a d’abord voulu être comme les autres peuples, alors qu’il était le peuple choisi par Dieu pour être son peuple particulier. Puis il s’est tourné vers d’autres dieux, plus exotiques, moins embarrassants, puisque ce sont des dieux qui ont une bouche mais qui ne parlent pas, des yeux mais qui ne voient pas, des oreilles mais qui n’entendent pas. En bref, des dieux bien pratiques qui ne nous dérangent pas ! Puisqu’ils ne voient rien, n’entendent rien, ne disent rien, ils nous laissent tranquilles. Ils ne nous font rien, on ne leur doit rien ! Et l’inévitable arrive. S’étant détourné de Dieu, le peuple de Dieu se trouve abandonné à lui-même ; Dieu ne protège plus ses fils ingrats ! Peut-on le lui reprocher ? C’est le temps de l’exil, le temps où ce grand peuple n’est plus rien, si ce n’est étranger dans une terre étrangère, prisonnier une fois de plus de ses propres ténèbres. Mais Dieu est patient et miséricordieux : il interviendra en faveur de ceux, peu nombreux, qui lui sont restés fidèles. C’est le temps des prophètes qui annoncent le retour en grâce, le temps de la réconciliation : J’irai vous prendre dans toutes les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai sur votre terre… Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés… Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau… Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le temps de l’Alliance nouvelle. Dieu a finalement envoyé son propre fils : il a révélé aux hommes que Dieu était comme un père qui sans cesse relève, guérit, pardonne. Il a rappelé la loi de Dieu qui consiste à l’aimer et à aimer chacun. Mais les hommes n’ont pas voulu de lui. Ils l’ont crucifié, mis à mort parce que trop dérangeant. Les hommes ont replongé dans les ténèbres du péché alors même que Jésus voulait les mener à la lumière de Dieu. Et maintenant ? Dieu va-t-il laisser les hommes dans les ténèbres qu’ils ont choisis en assassinant son Fils bien-aimé ? Sommes-nous condamner à une nuit sans fin ? Y aura-t-il un nouveau matin ? Le message de l’ange aux femmes venues au tombeau ouvre une espérance folle : Soyez sans crainte, je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité, comme il l’avait dit. A nouveau, le jour succède à la nuit ; à nouveau, une espérance est possible ; à nouveau Dieu recrée ce que l’homme avait détruit ; à nouveau, Dieu pardonne à son peuple. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le temps de la résurrection. Saint Paul le dit avec force aux chrétiens de Rome : l’homme ancien qui est en nous (celui qui aime les ténèbres), a été fixé à la croix avec lui (Jésus) pour que cet être de péché soit réduit à l’impuissance, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché… Nous le savons : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui, la mort n’a plus aucun pouvoir. Car il est mort, et c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est vivant, et c’est pour Dieu qu’il est vivant. En ressuscitant son Fils, Dieu inaugure un jour nouveau sur lequel les ténèbres n’auront plus aucune prise. Jésus ressuscité est désormais notre lumière : le cierge pascal en est le signe. Par notre plongée dans les eaux du baptême, nous sommes descendus dans les eaux de la nuit  du péché et de la mort pour en ressortir, vivants, libérés, éclairés par le Christ lui-même. Marchons donc à sa lumière. 
 
Il y eut un soir, il y eut un matin : c’est le temps de la vie éternelle. Car il y aura toujours un matin pour celles et ceux qui croient en Jésus, mort et ressuscité. Il y aura toujours un matin pour celles et ceux qui trébuchent sur le chemin, tombent dans la nuit du péché mais se souviennent de Jésus, l’Agneau de Dieu immolé pour notre salut. Il y aura toujours un matin nouveau ; il n’y a pas à en douter parce que le Christ ne saurait admettre qu’un seul d’entre nous se perde. Il a offert sa vie pour nous. Il est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Il est le bon berger qui va chercher la brebis égarée, même par-delà la mort. Il y eut un soir : le soir de notre péché, de notre refus de Dieu. Il y a un matin nouveau qui pointe à l’horizon : le matin de notre pardon, le matin de notre vie avec Dieu pour toujours. Accueillons-le et vivons de la joie nouvelle qu’il nous procure.  En Jésus, mort et ressuscité, Dieu nous propose une alliance nouvelle. En Jésus, mort et ressuscité, Dieu fait de nous ses fils et ses filles. En Jésus, mort et ressuscité, Dieu nous donne part à sa victoire. Pour ce matin qui se lève, rendons grâce à Dieu, Alléluia !

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France).

samedi 30 juin 2012

13ème dimanche ordinaire B - 01er juillet 2012

Dieu n'a pas fait la mort !



Dieu n’a pas fait la mort. Cette affirmation de l’auteur du livre de la Sagesse nous place d’emblée au cœur de la foi judéo-chrétienne qui n’a de cesse de nous présenter l’alliance entre Dieu et l’humanité. Oui, Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Le Dieu auquel nous croyons est le Dieu de l’Alliance, le Dieu de la vie, le Dieu, source de toute vie.

Certes, dès le livre de la Genèse, nous voyons le Mal et la Mort entraver la vie de l’homme. Mais ce n’est pas du fait de Dieu. C’est du fait de l’homme qui préfère entrer en défiance de Dieu plutôt qu’en alliance avec lui. C’est du fait de l’homme qui préfère écouter la voix du Diviseur, la voix du Père du Mensonge qui travestit la Parole de Dieu et entraîne l’homme à douter de Dieu et à poser des actes en contradiction avec l’Alliance. C’est par l’homme que le Mal et la Mort sont entrés dans le monde. Dieu, lui, avait créé l’homme pour la vie, pour la vie marquée du sceau de l’éternité, pour une existence impérissable, pour reprendre le livre de la Sagesse.

Lorsque des siècles plus tard, Dieu envoie son Fils Jésus au milieu des hommes, c’est bien pour les rétablir dans cette vie ; c’est bien pour les libérer du Mal et de la Mort ; c’est bien pour refaire alliance avec l’humanité. Quand Jésus offre sa vie sur la croix, c’est pour provoquer la Mort sur son propre terrain et la vaincre définitivement. En Jésus, mort sur la croix, c’est la Mort elle-même qui est mise à mort. Le double signe de la femme guérie et de l’enfant réveillée du sommeil de la mort en atteste bien avant l’événement de la Pâques.

Une grande foule entoure Jésus, si bien qu’elle l’écrasait. Une femme malade depuis douze ans, pour qui les médecins n’avaient trouvé aucun remède, une femme anonyme, semble voler sa guérison. Elle se dit qu’en touchant le bord de son vêtement, elle serait guérie. Elle reconnaît en Jésus une puissance de vie telle qu’elle ne peut exister qu’en Dieu. Sa foi, même si elle nous semble magique voire superstitieuse, lui vaut sa guérison. A peine est-elle guérie, que Jésus sent qu’une force était sortie de lui. On ne vole pas la vie, on la reçoit. Et Jésus se met en quête de celle qui a bénéficié de ce don. Il atteste la guérison de la femme. Dieu n’a pas fait la mort, Dieu ne veut pas que l’homme soit soumis à des forces qui s’opposent à la vie. En Jésus, il vient libérer l’homme de tout Mal ; cette guérison en atteste.

Il a fallu à cette femme beaucoup de foi pour se précipiter ainsi vers Jésus, de même qu’il en a fallu à Jaïre, dont la petite fille est à toute extrémité. Il attend de Jésus un geste (une imposition des mains) pour que sa fille soit sauvée et qu’elle vive. Il lui a fallu plus de foi encore pour se laisser entraîner par Jésus vers la chambre où repose sa fille alors que tous se moquent de Jésus lorsqu’il affirme qu’elle n’est pas morte : elle dort. Dieu n’a pas fait la mort, et Jésus réveille cette enfant pour manifester sa puissance sur la mort elle-même. Il annonce ainsi ce que ses disciples découvriront au matin de Pâques : il est Le Vivant pour tous ceux qui croient en lui. Ils comprendront mieux alors les paroles de Jésus sur la coupe de vin au soir du Jeudi Saint, paroles que nous redisons en chacune de nos eucharisties : Prenez et buvez, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Tout ce que l’homme est capable de faire de mal, tout ce qui peut conduire l’homme à la Mort, est annihilé par ce sang de Jésus versé pour tous ceux qui croient en lui. Le Mal et la Mort s’effacent devant Jésus et sa puissance.

Dieu n’a pas fait la mort. Dieu veut une alliance éternelle, une alliance nouvelle scellée dans le sang de son Fils, pour que l’homme puisse désormais vivre de la vie-même de Dieu. Laissons-là notre défiance vis-à-vis de Dieu ; entrons dans son Alliance et nous vivrons d’une vie qui ne finira jamais ; entrons dans son Alliance, et rien, ni personne, ne pourra plus nous séparer de Dieu et du don de la vie qu’il nous fait, aujourd’hui et pour toute éternité. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)