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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 8 mai 2021

6ème dimanche de Pâques B - 09 mai 2021

 Quand l'Esprit Saint mène la danse...






(Tableau d'Aubin VOUET, Le centurion Corneille aux pieds de St Pierre, 1639, 
Réserve Notre Dame de Paris)



            Il n’est pas toujours possible de lire des histoires bibliques en entier dans le cadre de la liturgie dominicale. Et c’est bien dommage ; comme est dommage le fait de réduire à neuf versets une histoire qui en compte quarante-huit. Le risque est grand soit d’orienter la lecture et d’en fermer la compréhension, soit de passer à côté de ce qui est vraiment important dans l’histoire ainsi résumée. C’est ce qui arrive aujourd’hui avec l’histoire de la visite de Pierre chez le centurion Corneille.

             Si je n’entends que les neuf versets lus ce matin, qu’est-ce que je comprends de l’histoire ? Je comprends que Pierre, passant par Césarée, s’est arrêté chez le Centurion Corneille. De cette affirmation, je déduis que Pierre entre chez un païen, un ennemi de la nation juive, un officier de l’armée d’occupation. Je comprends que Corneille prend Pierre pour quelqu’un d’important puisqu’il se prosterne devant lui, et que Pierre refuse cet honneur : Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. Je comprends que Pierre fait un bref discours interrompu par une manifestation de l’Esprit Saint. Et que le tout s’achève par le baptême de la maisonnée : Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Je dirai que j’ai compris le minimum syndical de toute cette affaire. Ce que je n’apprends pas, si je n’ai pas la curiosité d’ouvrir les Actes des Apôtres et de lire toute l’histoire, c’est que la venue de Pierre n’est pas son choix ; il répond à l’invitation pressante des gens de la maison de Corneille qui les a envoyés chercher Pierre après avoir eu une vision d’un ange du Seigneur. Ce que je n’apprends pas, c’est que Corneille n’est pas un païen, mais un craignant-Dieu, ce qui n’est pas tout-à-fait la même chose qu’un païen. Un craignant-Dieu, pour les Juifs de l’époque de Jésus, c’est un étranger, non juif, qui respecte la foi juive, mais sans se convertir totalement au judaïsme. Ce que je n’apprends pas, c’est le combat spirituel que Pierre a livré au moment-même où Corneille envoyait ses serviteurs le quérir : en témoigne cette vision que Pierre a eu, alors qu’il avait faim, [je cite le texte] d’une grande toile tenue aux quatre coins, et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : « Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange ! » Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n’ai jamais pris d’aliment interdit et impur ! » À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s’adressa à lui : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » Cela se produisit par trois fois et, aussitôt après, l’objet fut emporté au ciel. Saint Luc précise encore que Pierre était tout perplexe sur ce que pouvait signifier cette vision. Je n’apprends pas davantage que le discours de Pierre chez Corneille était en fait une vraie catéchèse sur l’œuvre accomplie par Dieu en Jésus, mort et ressuscité. Mais surtout, je n’apprends pas que toute cette histoire, c’est une histoire cousue de fil blanc et que l’Esprit Saint était à la manœuvre depuis le début. Enfin, je ne peux pas, dès lors qu’il me manque tout ça, comprendre que quand l’Esprit Saint mène la danse, il est plus sage que je réponde et que je danse avec lui.

            Avec nos mentalités modernes, certains pourraient objecter alors, sachant tout cela, que Pierre n’est pas vraiment libre, puisque c’est l’Esprit Saint qui mène le bal. C’est vrai pour tout ce qui concerne l’œuvre de Dieu, Pierre n’est pas libre, s’il veut être fidèle à sa mission reçue de Jésus ressuscité ; il n’est pas libre de choisir ce qu’il va faire, qui il va visiter, pour que progresse l’Evangile, parce que l’Evangile ne lui appartient pas. L’Evangile que Pierre annonce, c’est toujours l’Evangile de Jésus Christ. Il ne peut pas le trafiquer ; il ne peut pas le tordre pour qu’il corresponde à ses vues. C’est à lui de se laisser tordre, d’entrer dans les vues de Dieu, pour correspondre à l’Evangile. C’est tout le sens de la vision qu’il a eu. Et ce qui est vrai de Pierre, est vrai de nous encore aujourd’hui. Nous pouvons choisir de vivre de l’Esprit Saint ou de ne pas en vivre : ce choix nous appartient, fondamentalement. Mais une fois ce choix fait, il nous faut accepter que l’Esprit Saint soit à la manœuvre. Et nous pouvons le faire en confiance, sachant que l’Esprit Saint ne veut rien de mal pour nous. Il sait ce qui est bon pour nous ; il sait ce qui est bon pour tous ceux vers qui il nous envoie. Il fera concourir ce qui est bien pour la mission à ce qui est bien pour nous. Nous pouvons même dire que nous trouverons notre bonheur et notre vie dans l’accomplissement de la mission que l’Esprit Saint nous confie. S’il y en a bien un qui jamais n’abuse de nous, c’est l’Esprit de Dieu. En rentrant chez vous, prenez le temps de relire tout ce chapitre dix des Actes des Apôtres, et vous verrez que c’est bien l’Esprit Saint qui met toutes les pièces en place et qui permet le bonheur final : Corneille et sa maisonnée sont baptisés, c'est-à-dire sauvés par la mort et la résurrection de Jésus. L’Evangile gagne les cœurs. Et c’est bien cela qui doit compter pour nous. Que l’Evangile progresse, que l’Evangile soit connu, que l’Evangile soit vécu. C’est cela être disciple missionnaire selon l’expression du Pape François. Gagner les cœurs, non pas à coup de lois, de jugement ou de condamnation, mais par l’œuvre de l’Esprit en nous et autour de nous. 

            Puissent ces jours qui nous mènent vers la Pentecôte, préparer nos cœurs à accueillir le don toujours nouveau et toujours renouvelé de l’Esprit Saint, et nous permettre de comprendre mieux encore que notre vie et notre joie sont dans notre participation à l’œuvre de Dieu, œuvre de salut pour celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Amen.

samedi 29 juin 2019

13ème dimanche ordinaire C - 30 juin 2019

Toute la Loi est accomplie dans l'amour.






Je ne sais pas si c’est l’âge qui m’y pousse ou une meilleure compréhension des évangiles que je commente depuis vingt-sept années maintenant, mais je suis de plus en plus convaincu de ce que Paul affirme, à la suite de Jésus, quand il dit : Toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout est là, tout est dit. Paul, après Jésus, n’est pas le seul à poser cette affirmation. L’évangéliste Jean la reprendra, à sa manière, dans sa formule désormais célèbre : Dieu est amour. Nous ne nous en sortirons pas si nous ne comprenons pas cette évidence. 


Une fois l’évidence posée, il me faut alors admettre qu’elle peut ne plus être simple à comprendre : entre ceux qui utilisent le nom de Dieu pour détruire et tuer, et ceux qui ont utilisé ce nom pour abuser d’un pouvoir qu’ils n’avaient pas, l’image même de Dieu se trouve gravement affaiblie. Ce qu’il faut des années à comprendre peut s’effondrer en un instant, quand éclate le scandale. Pourtant, plus que jamais il nous faut tenir cette affirmation. Dieu ne peut pas être autre chose qu’amour ; et vivre selon les principes de sa foi ne peut se faire que dans l’amour. Tout ce qui n’est pas amour, n’est pas Dieu. Tout ce qui n’apporte pas plus d’amour, ne vient pas de Dieu. Tout ce qui n’est pas marqué du sceau de l’amour est à refuser parce que contraire à Dieu. Il faudra bien que cela rentre dans nos têtes de mules. Paul est très clair à ce sujet, lui qui poursuit aussitôt en disant : Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Les conflits, petits ou grands, viennent tous de là, d’un manque d’amour ! 


Quel remède propose alors Paul ? Parce que c’est une chose de poser un diagnostic, c’en est une autre de proposer le bon remède. En bon médecin des âmes, Paul répond : la vie sous la conduite de l’Esprit Saint ! C’est vite dit, sans doute, mais c’est vrai. L’Esprit Saint, faut-il le rappeler ici, nous l’avons tous reçu au jour de notre baptême. C’est la présence de Dieu à notre vie aujourd’hui. C’est la force de Dieu qui nous est donnée et qui nous rend capable de vivre selon notre foi. C’est Dieu avec nous. Une fois que nous avons goûté à l’amour de Dieu, une fois que nous avons compris que cet amour nous est offert pour que nous en vivions, l’Esprit nous donne d’en vivre. Comment, ayant goûté le meilleur (l’amour de Dieu pour nous, révélé en Jésus, mort et ressuscité), pourrions-nous nous contenter du médiocre (un ersatz d’amour qui ne pense qu’à profiter et à abuser) ? C’est juste impossible !


Pour profiter pleinement de ce remède, il nous faut comprendre aussi que vivre selon foi et vivre selon des règles morales, ce sont deux choses différentes. Vivre selon le Christ, c’est vivre de la liberté qu’il nous offre. La première liberté, c’est celle de ne pas se laisser conduire par ses pulsions. Les règles morales ne nous font pas vivre libres : elles enferment notre vie dans des catégories (le juste et l’injuste, le bien et le mal…), mais sans nous en libérer. Elles peuvent même exciter l’envie de transgression, juste pour voir. En un sens, elles nous sécurisent en nous indiquant ce qui est bon ou pas ; alors que Jésus, le Christ, par son invitation à aimer l’autre, déverrouille les portes qui nous séparent des autres ; il nous invite au risque de l’autre. Il nous invite à la confiance réciproque, à essayer et à ne pas désespérer, ni de nous, ni de l’autre, si l’essai n’est pas transformé. Aime, toujours et encore, comme tu t’aimes, comme tu voudrais être aimé. Aime et sois libre ! Là est la certitude que Dieu t’accompagne chaque jour, dans chacun de tes actes, dans chacune de tes décisions. 


Puisque nous sommes rassemblés pour célébrer l’eucharistie, nous devons nous rappeler que ce sacrement est le signe efficace de l’amour de Dieu pour nous. Là dans le pain et le vin partagés, il s’est donné lui-même, entièrement, par amour. Là est le signe de notre salut, c’est-à-dire le signe du désir de Dieu de nous savoir avec lui, toujours. Là, sur l’autel, sera la source même de l’amour que nous sommes invités à vivre en mémoire de Jésus qui nous a aimés jusqu’à la mort sur la croix. La juxtaposition, au soir du jeudi Saint, de l’institution de l’eucharistie et du lavement des pieds, nous redit avec force que vivre notre foi, ce n’est pas seulement prier et communier, mais aussi, en même temps, aimer tout homme comme un frère en Christ. C’est le même amour qui est à l’œuvre ; c’est le même amour qui est à vivre dans ces deux formes. 


Laissons-nous transformer par l’Esprit Saint, réellement : qu’il nous donne d’accueillir l’amour que Dieu nous porte ; qu’il nous rende capables de le rendre à Dieu à travers l’amour que nous saurons manifester à nos frères et sœurs en humanité. Par l’Esprit Saint, apprenons à aimer toujours mieux, pour vivre toujours mieux, pour être toujours plus libre. Amen.




samedi 8 juin 2019

Pentecôte C - 09 juin 2019

L'Esprit nous donne de vivre notre dignité baptismale.

(Messe du jour)







Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. Telle est la fin de la formule de l’onction avec le Saint Chrême lors d’un baptême d’enfant. Cette onction manifeste le don de l’Esprit qui est fait à tout croyant au commencement de sa vie chrétienne. Nous comprenons ainsi très vite que celui qui est appelé par Dieu à la vie, reçoit de lui l’Esprit Saint pour que le nouveau croyant demeure dans le Christ, vive avec Jésus pour toujours. L’articulation des trois est ainsi clairement exprimée : Dieu appelle, le Christ sauve, l’Esprit Saint permet de demeurer dans le Christ, autrement dit de vivre selon son enseignement. 

La fête de la Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui vient donc admirablement clore le temps pascal. Le Christ est retourné chez son Père, partager sa gloire ; il envoie son Esprit, comme il l’avait promis aux siens. C’est cet Esprit qui permettra désormais aux fidèles du Christ de reconnaître sa présence, de mener leur vie en conformité avec leur foi. C’est bien ce qu’enseigne Paul aux chrétiens de Rome. Vous êtes [sous l’emprise de] l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Et plus loin : Si le Christ est en vous (…) l’Esprit vous fait vivre. L’Esprit Saint n’est donc pas juste un truc en plus pour finir le temps pascal en beauté. Sa présence nous est aussi indispensable que le pain et le vin de l’Eucharistie ; son souffle nous est aussi indispensable que l’air que nous respirons ; sa lumière nous est indispensable pour approfondir toujours plus l’enseignement du Christ ; sa force nous est indispensable pour résister aux assauts du péché. Sans l’Esprit, nous ne serions rien ; sans l’Esprit, nous ne tiendrions pas longtemps dans la fidélité au Christ ; sans l’Esprit, nous serions livrés à nos passions charnelles. Notre vie en Christ, c’est à l’Esprit que nous la devons. Il nous fait vivre notre dignité baptismale. 

Paul le reconnaît quand il affirme : Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Sans l’Esprit Saint, pas de filiation divine. Certes, quand Jésus a appris à ses disciples à prier, il leur a donné le Notre Père. Autrement dit, il nous demande de nous reconnaître fils quand nous nous adressons à Dieu. Mais, dit Paul, nous avons reçu un Esprit qui fait de nous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Jésus nous a donné le texte, les mots de la prière ; l’Esprit Saint nous donne la capacité de les dire. Mieux encore, l’Esprit Saint nous fait comprendre que nous ne nous trompons pas quand nous appelons Dieu, notre Père, puisque c’est l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Il est finalement le garant de notre christianité, de notre fidélité au Christ et à son Evangile. 

Il nous faut entendre alors encore ce que Paul rappelle aux chrétiens de Rome. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. Certains diront qu’il y a le meilleur et le pire dans cette affirmation. Le meilleur, c’est que nous héritons de Dieu, avec le Christ. Ce qui d’une part signifie que nous sommes frères du Christ (nous héritons avec lui), et d’autre part confirme que nous sommes fils de Dieu. Ne le serions-nous pas, nous n’hériterions pas ! Le pire, ce sera le passage par la souffrance, car enfin, aucun de nous n’aime souffrir. Que veut dire Paul ? Simplement qu’il nous faut, comme le Christ, passer la mort pour partager sa gloire ; autrement dit, suivre son chemin, ce chemin que Jésus lui-même a indiqué à ses disciples en disant : Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Ce qui devrait plutôt nous rassurer. Non pas que la croix soit une partie de plaisir, mais nous devons nous souvenir que le Christ a vaincu la croix, une fois pour toutes. Nos croix, nos souffrances, nous les vivons dans les siennes, nous les lui confions pour qu’il nous attire à lui dans sa gloire. Dieu ne permettra que ceux qui sont à lui, ceux qui vivent de son Esprit, soient noyés dans la souffrance. Il les fera venir auprès de lui, ils partageront sa gloire, la gloire du Christ, celui dont ils auront témoigné en tout, y compris au cœur de l’épreuve. 

La séquence de la Pentecôte que nous n’entendons plus guère, mais que je vous invite à relire dans vos missels en rentrant chez vous, nous rappelle alors le rôle protecteur et apaisant de l’Esprit Saint. Dans le labeur [sois] le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort… Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droits ce qui est faussé… donne le salut final, donne la joie éternelle. Que ceci devienne notre prière quotidienne pour une vie dans le Christ, sous la conduite de l’Esprit Saint, à la rencontre du Dieu qui nous appelle. Amen.

(Dessin de M. LEITERER)




Pentecôte C - 09 juin 2019

Un chrétien ne peut se passer de l'Esprit Saint.

(Messe de la veille au soir : première lecture extraite du prophète Ezéchiel)






Il faut faire un peu d’histoire biblique pour comprendre la première lecture entendue, sinon elle ne sera qu’une histoire un peu gore qui, au mieux ne nous dira pas grand-chose, au pire nous donnera des cauchemars. Bien comprendre ce passage nous permettra aussi de mieux comprendre pourquoi un chrétien ne saurait se passer de l’Esprit Saint que nous célébrons en cette fête de la Pentecôte.

Il nous faut remonter loin dans l’histoire de nos ancêtres. Nous sommes en 1030 avant Jésus Christ. Le peuple juif est établi en Terre promise depuis 190 ans et il va trouver le prophète Samuel pour lui demander un roi. Pourquoi soudainement veut-il un roi ? Parce que tous les autres peuples qui l’entourent en ont un. Ils veulent être comme les autres peuples. Samuel leur rappelle alors qu’ils ont déjà un roi, Dieu lui-même. Mais ils insistent. Alors, pour essayer de les décourager, il leur donne les inconvénients de la royauté. Ecoutez plutôt : Voici le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à ses chevaux et ils courront devant son char… il leur fera labourer ses terres, moissonner ses champs, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars, il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliveraies les meilleures pour les donner à ses officiers. Il prélèvera la dîme sur vos cultures et vos vignes… vos meilleurs serviteurs, vos meilleures servantes, vos meilleurs bœufs et vos meilleurs ânes, il les prendra pour lui et vous-mêmes vous deviendrez ses esclaves. Qu’auriez-vous fait devant un tel portrait ? Renoncer à votre idée d’avoir un roi pour être comme les autres ? Ce n’est pas ce qu’a fait le peuple jadis. Le peuple refusa d’écouter Samuel. 

Je vais accélérer la suite de l’histoire. Vous l’aurez deviné : ils auront leur roi. D’abord Saül, puis David, puis Salomon. Avec ces deux, le royaume sera grand, respecté. Mais dès la mort de Salomon, ses fils se déchirent et le royaume est coupé en deux. De décisions politiques imbéciles en décisions politiques désastreuses, les deux royaumes périclitent et finissent par tomber, chacun leur tour, sous le coup des ennemis. C’en est fini du Royaume d’Israël. Jérusalem est détruite, le Temple rasé ; Dieu lui-même semble défait. Le peuple est déporté à Babylone où il n’aura plus le droit de pratiquer sa religion. Il sera prisonnier, esclave. C’est dans ce contexte qu’apparaît le prophète Ezéchiel dont nous avons entendu une des visions. Parce que même si le peuple avait abandonné le Seigneur, Dieu, lui, n’a jamais abandonné son peuple. La vision des ossements desséchés vient rappeler que l’espérance est toujours possible, et que le Dieu qui avait jadis sorti son peuple de l’esclavage d’Egypte, fera retourner son peuple sur la terre d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Et comment Dieu fera-t-il cela ? Il le fera par son Esprit Saint : Prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! (…) Et un peu plus loin : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez (…) alors vous saurez que je suis le Seigneur Dieu.

Voilà à quoi sert l’Esprit Saint dont nous célébrons le don en cette fête de Pentecôte. Il est ce vent de liberté qui nous fait vivre vraiment. Il est la présence de Dieu en notre vie pour que celle-ci soit grande, qu’elle ait du souffle, qu’elle nous sorte de tous nos tombeaux dans lesquels nous nous enfermons quelquefois : tombeaux de nos haines, tombeaux de nos addictions, tombeaux de notre péché, tombeaux de nos séparations. L’Esprit Saint vient faire toute chose nouvelle dans notre vie. Il vient renouveler la terre comme le chantait le psaume. Alors peut-être que certains se disent : mais je suis vivant moi ! Qu’ai-je besoin de l’Esprit Saint ? Tu es vivant ? Tu respires certes, tu te déplaces aussi ; mais cela signifie-t-il que tu es vivant en vérité ? Être vivant en vérité, c’est vivre selon le cœur de Dieu ; c’est vivre en laissant battre notre cœur au rythme du cœur de Dieu. Et le rythme du cœur de Dieu, c’est l’amour. Tu es vraiment vivant quand tu aimes, et que tu aimes comme Dieu aime : d’un amour infini, d’un amour patient, d’un amour qui supporte tout, d’un amour sans préférence, d’un amour pour tous et chacun de ceux qu’il met sur ta route. Tu es vraiment vivant quand tu aimes d’un amour qui se donne totalement. Aimes-tu ainsi ? Alors tu auras encore besoin de l’Esprit pour qu’il te maintienne dans un tel amour, chaque jour que Dieu te donnera de vivre. 

Un chrétien ne peut pas se passer de l’Esprit Saint. Toujours il nous faut demander à Dieu de renouveler en nous ce don que nous recevons dès notre baptême et dont la plénitude nous est donnée par la confirmation. Toujours nous devons prier l’Esprit d’agir en nous, pour que tous nos choix, toutes nos décisions, toutes nos paroles, soient marqués de sa présence, marqués par l’amour-même de Dieu. Tu veux vivre vraiment ? Alors demande l’Esprit Saint. Tu veux vivre ta vie en grand ? Alors invoque l’Esprit Saint. Tu veux vivre selon la Parole de Dieu ? Alors prie l’Esprit Saint ? Tu veux rester fidèle à ton baptême ? Alors laisse l’Esprit Saint agir en toi. Il est ce fleuve d’eau vive qui emporte tout pour ne laisser que l’amour. Amen.




samedi 25 mai 2019

6ème dimanche de Pâques C - 26 mai 2019

Quand la Parole de Dieu éclaire nos choix…









Il arrive, par le plus grand des hasards ou alors parce que Dieu a beaucoup d’humour, que les textes que nous entendons le dimanche à la messe, rejoignent parfaitement ce que nous vivons à un moment donné de notre histoire. Je crois que c’est le cas en ce dimanche précis de l’année 2019 où nous sommes appelés aux urnes pour désigner, au-delà de nos représentants au Parlement Européen, quel genre d’Europe nous voulons. Et c’est l’extrait du livre des Actes des Apôtres qui vient justement nous provoquer sur cette question.


Je m’explique. La question qui se pose à la jeune communauté croyante, dont nous suivons l’évolution depuis Pâques, est celle de son ouverture… ou non. Nous sommes après le premier voyage missionnaire de Paul. Malgré les difficultés rencontrées, nous pouvons dire que cette expérience fut une réussite. Des peuples étrangers sont venus à la foi au Christ, mort et ressuscité. Et ces peuples n’étaient pas forcément juifs au départ. Si Paul a bien pris soin de s’adresser toujours en premier à ceux issus de sa religion, il n’a pas hésité, devant les réticences de certains responsables juifs, à se tourner vers les païens. L’Evangile du Salut rencontrait là un écho favorable. Les membres de la jeune communauté auraient dû se réjouir de ce que le Christ soit de plus en plus connu. Mais non, il s’est trouvé des esprits chagrins pour aller dire à ces peuples qu’ils ne pouvaient pas devenir chrétiens sans avoir d’abord été circoncis, donc sans avoir d’abord été juifs. Pas d’étrangers chez nous ; ou ils deviennent comme nous ou ils ne seront pas des nôtres. L’assemblée de Jérusalem allait trancher cette question. Que décidera-t-elle ? Que l’Eglise naissante doit se recroqueviller sur elle-même, n’acceptant personne qui ne fut d’abord juif ? Ou allait-elle donner quitus à l’Esprit Saint qui se manifestait quand, où et comme il l’entendait ? 


Il faut bien se rendre compte que ce n’est pas là une petite histoire sans importance. Ici, à Jérusalem, dans cette assemblée, allait se jouer l’avenir de la communauté de ceux qui reconnaissent en Jésus leur Sauveur. Pourquoi ? Parce que si elle faisait le choix du repliement sur ses origines, elle serait à terme condamnée à disparaître ! Et Paul, dans ses lettres, ne cache pas le danger réel pour les croyants. Si la mort et la résurrection du Christ ne suffisent pas pour être sauvé, alors le Christ est mort pour rien. Si l’obéissance à la Loi devait rester première, alors connaître le Christ ne servirait à rien. Au mieux, cette bande de chrétiens serait un courant de pensée parmi d’autres dans le judaïsme de l’époque. Mais si la mort et la résurrection du Christ change quelque chose dans les rapports entre l’homme et Dieu, alors la Loi devient seconde, et le salut est bien accordé par la foi que le fidèle accorde à Jésus qu’il reconnaît comme Messie, Christ et Sauveur. Le chemin vers le salut, pour le chrétien, c’est le Christ. Et l’Eglise peut donc, sans danger aucun pour elle, s’ouvrir à toutes les nations vers lesquelles le Ressuscité envoie ses disciples. Le groupe des croyants n’existe pas pour lui-même : il existe pour et par les hommes qui le composent ; il existe pour et par les hommes qui le rejoignent. L’ouverture aux autres n’est pas une option ; c’est une nécessité vitale pour être fidèles à l’ordre donné par le Christ ressuscité lui-même : Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. 


La question de l’ouverture nous est posée aujourd’hui : voulons-nous une Europe dont les peuples se replient tous sur eux-mêmes, avec des frontières bien hautes pour éviter à d’autres de nous envahir, ou voulons-nous une Europe de la rencontre et donc une Europe de la Paix ? Faut-il rappeler que, pour la première fois de son histoire, ce continent connaît 70 ans de paix, alors que quand nous vivions tous dans notre pré carré, nous ne cession de désirer et d’envahir celui des autres ? Est-ce cela que nous voulons pour nos vieux jours ? Est-ce cela que nous voulons pour nos enfants ? Notre région si particulière n’a-t-elle pas assez souffert de ces déchirements, de ces jalousies, de ces conflits ? 


Mais revenons à la jeune communauté croyante. Comment a-t-elle décidé ? La réponse est simple et limpide : ils se sont tous réunis, ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre, ils en ont discuté, ils se sont écoutés, ils ont prié et la décision s’est imposée : L’Esprit Saint et nous avons décidé… Ils n’ont pas mis la question sous le tapis ; ils ne se sont pas repliés chacun dans leur camp ; ils ont discerné, réfléchi à ce qu’était le projet de Dieu pour les hommes. Il faudrait relire tout le chapitre 15 du livre des Actes des Apôtres pour bien comprendre. Ils ne sont pas restés bloqués juste à leur sentiment : je like ou je ne like pas ! J’aime ou pas ! J’aime sa tête ou je ne l’aime pas. Ils ont écouté comment Pierre, sur l’ordre du Christ, était allé à la rencontre d’un centurion romain, et l’avait baptisé avec toute sa famille ; ils ont écouté Jacques qui a redis le projet de Dieu, rappelant les paroles des prophètes de la première Alliance. Et ils sont tombés d’accord. Un long processus, sous le signe de la Parole de Dieu. 


N’avons-nous pas à faire de même aujourd’hui ? Chrétiens, nous ne pourrons pas rester chez nous, en disant cela ne sert à rien. Et de toute manière, untel ou unetelle va gagner. Que j’y aille ou pas ne changera rien. Nous avons notre part à prendre dans cette grande question de l’Europe. Mais nous ne pouvons pas le faire sur notre sentiment, ni contre untel qui est jugé incapable chez nous. Nous avons à dire si nous faisons le choix de la paix par l’ouverture aux autres, ou si nous prenons le risque du repli et des conséquences que ce repli a toujours entraîné : l’instabilité au mieux, la guerre au pire. Parce que quand les peuples se replient, ils finissent toujours par se comparer d’abord, à envier ce qu’à l’autre ensuite, pour finalement aller le prendre par la force. Parce qu’il vaut mieux que cela aille le mieux possible chez nous, même si l’autre doit s’enfoncer dans la misère. Alors que nous pourrions décider de partager ! Le Christ lui-même ne nous invite-t-il pas à l’amour inconditionnel pour tous ? Il nous dit aujourd’hui : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole (…). Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. La parole du Christ nous fait tous frères ; la parole du Christ nous fait l’obligation d’aimer ; la parole du Christ nous fait l’obligation d’aider le petit et le faible. Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 


Nous ne sommes pas moins chrétiens quand nous votons que lorsque nous allons à la messe : les mêmes vertus sont à mettre en œuvre dans les deux cas. Mais nous serons moins chrétiens, donc moins humains, si, par peur, nous choisissons le repli, la fermeture à l’autre, l’exclusion de celui qui est différent. Demandons à l’Esprit Saint de nous éclairer encore, de nous faire comprendre toute la profondeur de la Parole de Dieu ; qu’il nous éclaire dans nos décisions, petites ou grandes. Qu’il nous montre où est le bien commun du plus grand nombre. Que notre conscience, éclairée par l’Esprit Saint qui nous enseigne tout, et nous fait souvenir de tout ce que [le Christ nous a] dit, nous permette de faire entendre notre voix, et nous pousse à construire un monde de paix, de liberté, d’égalité et de fraternité, pour nous et pour tous les peuples de la terre, aujourd’hui et toujours. Amen.



(Tableau de Sieger KÖDER, La fenêtre ouverte)

samedi 3 juin 2017

Pentecôte - 04 juin 2017

Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d'eux entendait
dans son propre dialecte ceux qui parlaient.






Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Cette phrase pourtant anodine exprime à elle seule toute la puissance de l’Esprit Saint et toute la nouveauté de cet événement du don de l’Esprit Saint. Pour bien comprendre, il nous faut revenir en arrière, à l’époque où, selon le livre de la Genèse, toute la terre avait la même langue et les mêmes mots (Gn 11, 1). Temps sans doute béni pour ceux qui n’aiment pas les langues étrangères. Temps maudit pourtant où l’homme se laisse aller à la tentation d’assurer l’unité de l’humanité par un impérialisme politico-religieux. Dieu va déjouer les plans des hommes en les dispersant à la surface du monde. Désormais l’homme devra trouver des terrains d’entente avec ceux qu’il ne comprend plus, ceux qui sont différents de lui, ceux qui parlent une autre langue. A bas l’uniformité ; vive la diversité ! Vive les chemins d’unité ! 
 
Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Cet événement de la Pentecôte marque le renversement de cette situation créée par l’épisode de Babel. Les hommes ne parlent toujours pas la même langue et pourtant chacun peut entendre les merveilles de Dieu dans son propre dialecte. Et ils sont nombreux ; et ils sont divers : ils sont Parthes, Mèdes et Elamites, ils viennent de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphile, de l’Egypte et des contrées de Lybie, ils sont Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes. Une belle diversité, une belle représentation de l’humanité dans sa diversité. Et pourtant, chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. C’est dire que la force de l’Esprit Saint n’abolit pas la frontière des langues, elle la dépasse. La diversité du genre humain est respectée. L’Esprit parle au cœur de chacun, car chacun est concerné par l’appel de Dieu à une vie autre. Et l’Esprit ne demande pas à l’un de devenir comme l’autre. Il invite tout homme à se laisser guider par Dieu. La seule normalité dans la vie de foi, c’est la vie sous la conduite de l’Esprit de Dieu et non l’acceptation plus ou moins forcée de règles de vie appartenant à telle ou telle société humaine au détriment de celles des autres. L’Esprit dit à chacun : tu es appelé à vivre selon l’Esprit de Dieu dans ton quotidien, avec ce que tu es, avec ce que tu deviendras, avec le pire et le meilleur qui sommeille en toi. Tu es une personne particulière, qui a du prix aux yeux de Dieu et non un numéro perdu dans une foule anonyme. Ta richesse, c’est ta différence. 
 
Oui, ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à nous laisser surprendre par l’Esprit de Dieu, à recevoir son message dans notre propre langue, et à accepter qu’il puisse s’adresser à un autre que moi, différemment, d’une manière que je ne comprends pas. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est recevoir la différence de l’autre comme une grâce et non comme une atteinte à ma manière de vivre et de croire. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est regarder l’autre, l’étranger, comme un frère à aimer, même s’il n’entre pas dans les critères que je me suis fixé, même s’il ne correspond pas à ce que j’en attendais. Vivre de l’Esprit de Pentecôte, c’est vivre l’unité dans la richesse de la diversité de nos vies. C’est croire qu’un avenir commun est possible, malgré ou grâce à cette diversité et que celui qui m’est différent, ne m’est ni un ennemi, ni un indifférent. 
 
Saint Paul l’exprime de fort belle manière lorsqu’il prend la comparaison du corps pour exprimer sa foi en l’Eglise une mais diverse. Poursuivons juste de trois versets l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu en ce dimanche : Aussi bien le corps n’est-il pas un seul membre mais plusieurs. Si le pied disait : « Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps », il n’en serait pas moins du corps pour cela. Et si l’oreille disait : « Parce que je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps », elle n’en serait pas moins du corps pour cela. Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? Si tout le corps était oreille, où serait l’odorat ? (1 Co 12, 14-16). Oui, de même que le corps a besoin de tous ces membres aux fonctions variés, de même l’Eglise a-t-elle besoin d’une variété de membres aux fonctions diverses mais complémentaires. De même l’humanité a-t-elle besoin de ces différences et de ces richesses. 
 
Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Ne minimisons pas l’importance de cette fête en la reléguant au rang de simple souvenir d’un temps passé. Ne sous-estimons pas la puissance de l’Esprit de Dieu. Aujourd’hui encore, il peut faire toute chose nouvelle ; aujourd’hui encore, il construit l’unité de son peuple, de son Eglise, dans la diversité des cultures qui la traversent, dans la diversité des personnes qui la composent. Ne demandons pas un retour à l’uniformité, mais prions pour que nous devenions capable d’accepter l’autre comme il est, sans vouloir le changer et le faire entrer dans nos critères à nous. Laissons-nous toucher par l’Esprit de Dieu : qu’il poursuive en nous, et à travers nous, l’œuvre commencée par les Apôtres. Que de plus en plus de nos contemporains puissent entendre les merveilles de Dieu, chacun dans son propre dialecte. AMEN.

(Image réalisée sur festisite.com)

samedi 7 juin 2014

Pentecôte - Messe du jour - 08 juin 2014

Un dimanche pour accueillir l'Esprit Saint.




Que célébrons-nous aujourd’hui avec cette fête de la Pentecôte ? La fin du temps pascal ? Le don de l’Esprit Saint ? Ce jour est à la fois tout cela parce qu’il est un jour charnière. Il clôt le temps pascal certes, mais le prolonge en même temps en ouvrant le temps de l’Eglise. Aujourd’hui, l’affaire Jésus, dont certains pensaient qu’elle s’était achevée avec la mort de Jésus, mais dont nous percevions bien qu’elle se poursuivait au-delà de Pâques,  devient l’affaire de tous ceux qui se reconnaîtront ses disciples. Ce dimanche leur est donné pour accueillir l’Esprit Saint. Mais que signifie « accueillir l’Esprit Saint » ? 
 
La première lecture nous en donne un exemple en nous rapportant ce qui s’est passé le jour de la Pentecôte. Les Apôtres, rassemblés, sont saisis par l’Esprit. Dès lors, ils s’exprimaient selon le don de l’Esprit. Ils deviennent capables d’annoncer la Bonne Nouvelle, sans peur ni crainte, de telle sorte que tous ceux qui étaient à Jérusalem les entendaient proclamer dans leurs langues les merveilles de Dieu. En accueillant l’Esprit Saint, ils se rendent dociles à l’œuvre de Dieu dans leur vie, ils se rendent capables de partir en mission. Ils deviennent des témoins du Ressuscité, chargés de propager cette Bonne Nouvelle. C’est la fin de l’enfermement, du repli sur soi de la première communauté croyante. Accueillir l’Esprit Saint, c’est accepter de laisser la conduite de sa vie au Christ. Pour parler comme Paul, c’est laisser le Christ vivre en nous.  
 
Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul précise encore ce que signifie « accueillir l’Esprit Saint » lorsqu’il nous précise ce que nous devenons capables de faire grâce à l’Esprit. Nous devenons capables d’abord de  comprendre mieux qui est Jésus, capables de discerner derrière l’homme Jésus, le Christ vivant, envoyé par le Père pour nous sauver. Sans l’Esprit Saint, personne n’est capable de dire : Jésus est le Seigneur ! Nous vérifions là ce que Jésus lui-même enseignait à ses disciples au soir de sa mort : l’Esprit vous enseignera tout, il vous fera comprendre toutes mes paroles. Accueillir l’Esprit Saint, c’est accueillir celui qui sera notre « catéchiste », nous introduisant à une compréhension juste et une connaissance vraie de Jésus. Ensuite, l’Esprit Saint nous permet de vivre ensemble, comme les membres différents d’un même corps. Nous ne le savons que trop bien : vivre ensemble, selon les enseignements du Christ, d’un amour plus fort que tout, d’un amour signe de notre attachement au Christ, est tout sauf simple. C’est l’Esprit, l’Esprit promis et donné par le Christ Ressuscité, qui nous permet de dépasser nos différences, de surmonter nos oppositions, de vaincre nos peurs et nos jalousies pour faire communauté. Celui qui nous unit dans la foi est plus grand et plus fort que ce qui nous oppose en humanité. Accueillir l’Esprit Saint, c’est se rendre capable de vivre selon l’enseignement du Christ. 
 
Enfin, il nous faudrait ici relire le beau texte de la séquence de la Pentecôte et le méditer pour comprendre encore mieux ce que signifie « accueillir l’Esprit ». Il est vraiment dommage qu’en certains endroits il ne soit plus chanté après l’épître. Ce beau chant nous fait comprendre que l’Esprit Saint est à la source de notre amour pour Dieu : Viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Il est celui qui nous fait pleinement homme, tel que Dieu nous a voulu : Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Il est celui qui nous fait espérer un pardon toujours possible : Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Il est celui qui rend la vie avec les autres possible et belle : Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. Il est celui qui nous donne tout de la part de Dieu : A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés, donne mérite et vertu, donne le salut final. 
 
Devant tant de prodigalité de la part de Dieu, comment ne pas croire qu’il veut le meilleur pour nous, qu’il veut notre bonheur et notre vie ? Le Christ nous a obtenu tout cela dans sa mort et sa résurrection ; l’Esprit Saint nous permet d’en vivre au quotidien, jusqu’au jour où nous serons appelés à partager la gloire de notre Dieu. Comment ne pas désirer l’accueillir, dès aujourd’hui, puisqu’il nous est donné largement ? Ouvrons notre cœur, ouvrons toute notre vie à la puissance de l’Esprit Saint ; qu’une nouvelle Pentecôte soit possible et renouvelle notre terre. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

Pentecôte - Messe de la Veille au soir - 07 juin 2014

Comment Dieu tourne le coeur des hommes vers lui.




Comme nous l’avons fait au cours de la nuit pascale, nous avons relu, en cette veille de la Pentecôte, l’histoire du salut, l’histoire des alliances sans cesse répétées entre Dieu et les hommes. Si au début du temps pascal, toutes les lectures nous tournent vers la figure du Christ Sauveur, en cette nuit, nous venons d’entendre comment Dieu, lentement mais sûrement, par la puissance de son Esprit Saint, tourne le cœur des hommes vers lui.
La première lecture entendue (l’histoire de Babel) a de quoi surprendre le lecteur non averti. En effet, il semble que tout va bien. Pour une des rares fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes s’entendent ; ils parlent tous la même langue. N’est-ce pas le rêve ? Pourtant, que lisons-nous ? Que Dieu lui-même vient semer le trouble. Pour le lecteur trop hâtif, Dieu ressemble à un enfant gâté qui vient semer la discorde pour se préserver. Or c’est tout le contraire qu’il faut comprendre. L’intervention de Dieu, qui vient rétablir la diversité des langues qui existaient après l’alliance avec Noé, pose un acte sauveur. Il sauve l’humanité de la folie de la tyrannie. Parler une seule langue, marcher au même pas, n’avoir qu’une seule pensée : voilà bien les leviers du pouvoir tyrannique. De plus, avec la construction de cette tour qui devait monter jusqu’au ciel, les hommes sont repris par ce désir, toujours mal maîtrisé, d’être leur propre Dieu : une tour dont le sommet soit dans les cieux, n’est pas faite pour rencontrer Dieu, mais pour prendre sa place ! L’homme veut construire sa gloire et sa renommée contre Dieu. En attendant de donner une réponse définitive au désordre de Babel, Dieu disperse les hommes. Sa réponse définitive sera donnée au jour de Pentecôte, comme nous l’entendrons demain matin : dans la nouvelle alliance, les hommes n’auront pas une seule langue, mais chacun, dans sa langue, entendra les merveilles de Dieu.
Dispersant les hommes à la surface de la terre, mettant la confusion dans leur langage, Dieu va devoir se choisir un peuple particulier, un peuple qu’il établira lumière pour les nations. Un peuple grâce auquel il montrera aux autres les avantages de l’alliance qu’il propose à tous. C’est le temps de Moïse, le temps du don de la Loi qui permet à un groupe particulier de devenir le peuple de Dieu : Tout ce qu’a dit le Seigneur, nous le ferons ! Belle promesse, maintes fois oubliée, maintes fois bafouée. Seule la patience de Dieu pourra vaincre les réticences de l’homme ; seule l’amitié vraie entre Dieu et Moïse sera signe de cette alliance possible, de cette vie plus grande possible.
Quand le péché domine le cœur de l’homme, Dieu se fait lointain ; non pas qu’il abandonne l’homme, mais parce que l’homme s’éloigne de Dieu. La patience de Dieu est mise à rude épreuve. Et pourtant, par ses prophètes, il annonce le retour en grâce, il annonce ce jour où les hommes reviendront à la vie véritable. Par l’Esprit, les ossements desséchés revivent. Dieu le promet : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ! La nouvelle alliance se précise. Les promesses de Dieu ne sont pas des paroles en l’air. La Pentecôte sera la réalisation parfaite de cet oracle du prophète Ezéchiel. Par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revivre ; par l’Esprit Saint, Dieu nous fait revenir à lui. Par l’Esprit Saint qui nous fait invoquer le nom du Seigneur, Dieu nous sauve. Le prophète Joël nous l’a redit dans cet autre oracle : Je répandrai mon esprit sur toute créature… Alors, tous ceux qui invoqueront le Nom du Seigneur seront sauvés.
Cette promesse, renouvelée de prophète en prophète, Jésus la reprend à son compte : il va la mener à son achèvement. L’Esprit Saint sera donné quand le Christ sera glorifié par le Père. Pâques et Pentecôte sont irrémédiablement liées. Sur la croix, le Christ remet son esprit au Père ; il meurt et retourne chez son Père. C’est cet Esprit qui est donné, partagé aux disciples, après sa résurrection, au soir de Pâques dans l’Evangile de Jean. C’est cet Esprit qui est donné à tous au jour de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres. C’est cet Esprit dont nous vivons encore aujourd’hui ; c’est cet Esprit qui nous entraîne sur les chemins du salut, à la suite du Christ ressuscité.
Ayant lui-même été saisi par l’Esprit du Ressuscité, Paul peut témoigner de l’œuvre de l’Esprit en nous : il vient au secours de notre faiblesse… il intervient pour nous… Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. Si c’est bien le Christ qui nous obtient le salut par son sacrifice sur la croix, c’est l’Esprit qui nous permet de comprendre cette œuvre de salut en vérité et qui nous permet d’y consentir pour notre propre vie. Nous pouvons répondre à cette Alliance nouvelle que Dieu nous propose dans le sang de son Fils grâce à l’Esprit qui nous donne l’intelligence de cette œuvre de salut. Avec le Christ, Dieu nous a tout donné puisqu’il s’est donné lui-même ; avec l’Esprit, il nous donne la possibilité de faire le choix de Dieu, le choix de la fidélité à cette œuvre de salut. Dans l’Esprit, l’homme peut répondre à Dieu et consentir à l’Alliance nouvelle.
Demander l’Esprit Saint et l’accueillir, ce n’est pas demander et accueillir un truc en plus : c’est consentir à l’œuvre de Dieu en nous, c’est consentir à être sauvé par le Christ. Demandons à Dieu, sans nous lasser, la grâce de son Esprit Saint, pour qu’il agisse en nous et nous sauve. Amen.
 
(Logo du pèlerinage international des servants d'autel à Rome en 2006)

vendredi 15 juillet 2011

16ème dimanche ordinaire A - 17 juillet 2011

Nous ne savons pas prier comme il faut !




C’est un très court passage de la lettre aux Romains que nous avons entendu en deuxième lecture. A peine trois phrases. Et pourtant quelle densité, quelle richesse dans ces mots. Quel chemin de vie spirituel aussi.

Au départ, un constat : nous ne savons pas prier comme il faut. J’aurais presque envie de demander : est-ce grave, docteur ? Combien d’hommes et de femmes, pourtant baptisés, s’inquiètent-ils de la qualité de leur prière ? Et puis d’abord, est-ce bien nécessaire de s’interroger à ce sujet alors qu’il y a tant d’autres urgences dans l’Eglise ? Commençons par remplir nos églises de jeunes et nous aurons bien le temps alors de parler de la prière ! Ou luttons tous d’abord contre la pauvreté, les injustices et ensuite nous pourrons parler de la prière. Quelle drôle de manière de voir les choses ! Quelle méconnaissance de la force de la prière ! Il n’est pas surprenant que l’homme ne sache pas prier comme il faut s’il sous-estime à ce point la puissance de cet exercice spirituel. Nous ne savons pas prier comme il faut d’abord parce que nous plaçons toujours la prière après tout le reste, lorsqu’il reste du temps et de l’envie. Nous ne savons pas prier comme il faut parce que nous croyons toujours qu’elle est un exercice à accomplir alors qu’elle est d’abord une présence à assurer. Nous ne savons pas prier comme il faut parce que nous voulons maîtriser notre vie spirituelle alors qu’il s’agit au contraire d’abord de se laisser faire, de se laisser guider, de se laisser prendre dans une relation d’amour qui nous dépasse et nous dépassera, heureusement, toujours. Nous ne savons pas prier comme il faut parce que nous sommes marqués encore par le péché, notre capacité à refuser l’œuvre de Dieu en nous.

Après le constat, le remède : l’Esprit vient au secours de notre faiblesse. Je ne suis pas seul dans cette difficulté. Si je fais le constat que je ne sais pas prier comme il faut, deux solutions se présentent à moi. La première est sans doute la plus facile : ce que je ne sais faire, je ne le fais pas. En clair, j’arrête ! Plutôt que de continuer de mal faire, de mal prier, ne faisons plus rien, ne prions plus. Confortable, simple et efficace. La deuxième solution, et vous l’aurez compris, c’est la solution préconisée par Paul, consiste à laisser l’Esprit Saint agir en nous. Paul s’adresse à des baptisés ; Paul s’adresse à nous qui sommes disciples du Christ, qui avons reçu la grâce de l’Esprit Saint au moment de notre baptême. Ce n’est pas rien ça ! Nous n’avons pas reçu l’Esprit parce que ça fait joli. Nous avons reçu l’Esprit Saint pour qu’il agisse en nous, pour qu’il nous mène vers le Père en nous faisant comprendre l’œuvre du Fils. Nous avons reçu l’Esprit Saint comme la certitude de la présence de Dieu au cœur même de notre existence. Nous avons reçu l’Esprit Saint pour lutter justement contre toutes nos faiblesses, pour lutter avec lui contre le Mal, le péché, pour vaincre grâce à lui tous les obstacles qui nous retiennent loin de Dieu. Oui, Paul a raison de le dire : l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, de toutes nos faiblesses. Il est celui qui prie en nous, celui qui nous permet de trouver les mots qui toucheront le cœur de Dieu. C’est l’Esprit Saint qui nous fait appeler Dieu : Notre Père. C’est l’Esprit qui oriente notre cœur et notre vie vers Dieu. Ce que nous ne savons pas dire à Dieu, l’Esprit le dit pour nous. Pour notre survie spirituelle, il est plus que temps de laisser l’Esprit agir en nous. La crise que semble traverser l’Eglise ne sera pas résolue par des remèdes pastoraux, mais par l’agir de l’Esprit Saint. Tant que nous croirons que c’est par nos propres forces, par nos propres idées, par nos propres expérimentations que nous pourrons sauver l’Eglise, nous serons perdus, inefficaces. Lorsque nous aurons retrouvé le chemin de la prière sous la conduite de l’Esprit Saint, toutes nos difficultés se dissiperont. Comment pouvons-nous avoir cette certitude ?

Laissons encore la parole à Paul : Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. Tout est dit. Le chemin du salut est là. Le chemin de la sainteté est tracé : vouloir ce que Dieu veut, voilà bien l’unique chose à désirer. Vouloir ce que Dieu veut, ne faire plus qu’un avec lui, voilà l’ultime, la seule raison de laisser l’Esprit Saint agir en nous. C’est ce que chaque baptisé est appelé à vivre. Par notre baptême, nous sommes devenus comme Christ, pour vivre comme lui, entièrement donnés à Dieu et aux autres. Dieu n’a pas besoin de notre prière, comme le chantera la préface tout à l’heure, mais si nous voulons ce que Dieu veut, si notre désir est de ne faire qu’un avec lui, alors nous lui chanterons honneur et gloire, car nous reconnaîtrons ainsi que notre bonheur est en lui. Si notre désir est d’être authentiquement disciples du Christ, nous laisserons l’Esprit Saint faire œuvre de salut en nous, nous le laisserons transformer nos pauvres vies, transformer nos pauvres mots, pour en faire des vies dignes de Dieu, pour en faire des mots agréables à Dieu. Alors nos prières seront exaucées, alors nos vies seront transformées et nous parviendrons avec certitude au Royaume où Dieu nous attend, parce que l’Esprit Saint nous aura transformés au plus profond de nous. Il aura révélé en nous ce que nous sommes : fils et filles de Dieu, appelés à vivre pour toujours avec lui.

Rassemblés pour écouter Dieu lui-même nous inviter à la conversion, rassemblés pour recevoir de lui le pain de l’eucharistie, laissons l’Esprit Saint remplir sa mission : et nos pauvres offrandes deviendront Corps et Sang du Christ, nos pauvres mots deviendront louange du Dieu véritable. En accueillant en nous le sacrement de l’Eucharistie, demandons au Christ de renouveler en nous la force de son Esprit et nous deviendrons davantage ce que nous aurons reçu : le Corps vivant du Christ. Amen.


(Image de Coolus, Blog du lapin bleu)

samedi 26 juin 2010

13ème dimanche ordinaire C - 27 juin 2010

Homélie donnée au Carmel de Marienthal

Qui peut vraiment suivre le Christ ?
Un peu provoquante, la question, je n'en disconviens pas, mais nous avons le droit de la poser ainsi aujourd'hui, après avoir entendu cette page d'Evangile (Lc 9, 51-62). C'est bien cette question qui me semble être au centre de cette page. Et elle nous oblige alors à nous interroger sur ce qui est nécessaire pour nous mettre à la suite de Jésus.

Certains diront : Pour suivre le Christ, il faut le vouloir ! On ne peut forcer personne. Et ils ont raison... en partie. Disons que c'est un bon début. Je te suivrai partout où tu iras, dit un homme à Jésus. Nous ne savons pas s'il a fini par le faire. Ce que nous savons, c'est ce que lui répond Jésus. Et honnêtement, qui d'entre vous s'attendait à pareille réponse ? N'aurions-nous pas préféré un "Mais bien sûr, viens, mon ami !" ? Or la réponse de Jésus énumère le style de vie de Jésus : Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête. Un publiciste vous dirait qu'on fait mieux comme argument de vente. Le propos de Jésus n'est pas tant d'encourager que de préciser les qualités requises. Vouloir suivre Jésus, c'est bien ; le suivre vraiment, dans un quotidien, demande détachement, révision des priorités. Suivre Jésus, c'est le suivre sur le chemin du renoncement, de la simplicité pour ne pas dire de la pauvreté évangélique. C'est s'engager à une dose d'incertitude. Oui, dans un sens, pour suivre Jésus, il faut le vouloir, mais sans se tromper sur les exigences nécessaires pour réaliser cela.
D'autres alors diront : plutôt que de le vouloir, il faut être appelé par Jésus pour pouvoir le suivre vraiment. Et ils ont, eux-aussi, raison... en partie. Nous le constatons bien dans l'Evangile. Jésus dit à un autre : "Suis-moi" L'homme répondit : "Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père." Mais Jésus répliqua : "Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le Règne de Dieu." Là non plus, nous ne savons pas ce qu'il en a été au final. A-t-il suivi ou non ? Il a été appelé, mais avait encore des choses à faire. Être appelé par Jésus, c'est un bon début, encore faut-il être prêt à entendre cet appel à tout laisser, là, de suite, et se mettre en route. L'exigence de Jésus ne vise pas à détourner des conventions sociales, mais à rappeler qu'il y a urgence et pour l'appelé et pour ceux à qui il est envoyé. L'urgence, c'est celle du Royaume à annoncer.

Alors qui peut vraiment suivre Jésus ? La prière de l'Eglise y répond à sa manière dans la liturgie de ce dimanche. La prière sur les offrandes nous fera dire : Dieu qui agis avec puissance dans tes sacrements, fais que le peuple assemblé pour te servir soit accordé à la sainteté de tes propres dons. Peut vraiment suivre Jésus, servir Jésus, celui qui est accordé à lui, accordé à la sainteté de ses dons. Cet accordement est un don de Dieu qu'il nous faut demander, accueillir et vivre. Que voulez-vous ? Il ne suffit pas de demander et de recevoir ; il faut encore faire quelque chose avec ce que nous recevons. La liturgie des ordinations fait dire à l'évêque : Que Dieu lui-même achève en vous ce qu'il a commencé. C'est vrai de toute personne ordonnée ; mais c'est vrai aussi de tout baptisé. Cette phrase pourrait faire partie du rituel du baptême (lorsque nous sommes reconnu fils et fille de Dieu), du rituel de la confirmation (lorsque l'Eglise confirme ce qui a été réalisé en nous au jour de notre baptême), du rituel du mariage (lorsque des époux s'engagent l'un envers l'autre et que leur amour devient une icône de l'amour de Dieu pour chacun) et de l'Ordo Missae, c'est à dire du déroulement de l'Eucharistie. Une fois que nous avons reçu le Corps du Christ, n'est-ce pas à lui d'agir en nous, et à nous de le laisser faire en nous pour que cette sainteté du don reçu puisse être communiqué à toute notre existence ? Une fois que nous avons communié, n'avons-nous pas, selon le mot de saint Augustin, à devenir ce que nous avons reçu : le Corps vivant du Christ ?

Il ne suffit pas d'être appelé par Jésus pour être capable de le suivre ; il ne suffit pas de le vouloir pour pouvoir suivre Jésus ; il ne suffit pas d'être baptisé pour être chrétien ; il ne suffit pas de communier pour être du Corps du Christ... Il faut en toute chose que nous soyons raccord avec Jésus, qu'il devienne notre tout et qu'à notre tour nous le suivions là où il veut nous mener et non là où nous voudrions aller. Il faut qu'en tout, nous devenions comme le Christ, et qu'avec courage, nous prenions la route qui mène à notre Jérusalem, conscients des obstacles que nous rencontrerons. En suivant Jésus librement et non par instinct grégaire, nous parviendrons, malgré le chemin étroit et escarpé, à la gloire du Royaume. Nous savons que c'est là le but ; nous savons que nous y parviendrons parce que Jésus, le premier, a pris ce chemin. C'est sur ce chemin qu'il nous faut le suivre, consciemment. Appelés par lui, désireux en notre coeur de le suivre, nous parviendrons nous aussi là où le Divin Maître est entré le premier, si comme lui nous nous laissons conduire par l'Esprit. Amen.



(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu. Et dire qu'il en existe encore qui ne le connaisse pas !)