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samedi 6 avril 2024

2ème dimanche de Pâques B - 7 avril 2024

 Jésus est ressuscité : et alors ?




                                                        Incrédulité de S. Thomas, Psautier d’Eléonor d’Aquitaine,                                                                                                                        Koninklijke Bibliotheek, Den Haag (Pays –Bas)


 


          C’était il y a huit jours ; dans la nuit, nous étions rassemblés, quand retentit un cri de joyeuse espérance : Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Et nous voilà, huit jours plus tard, rassemblés à nouveau. Et cette question qui revient en moi : ça a changé quoi, ce cri dans la nuit ? ça a changé quoi, que Christ soit ressuscité ? Si je pose la question, c’est pour que nous ne jugions pas trop vite et trop sévèrement les Apôtres. 

          C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. L’ont-ils reconnu tout de suite ? Pas évident, même si plusieurs témoins ont déjà affirmé l’avoir vu, il faut que Jésus leur parle et leur montre ses plaies, pour que soudain ils soient remplis de joie. C’est un processus lent d’entrer dans ce grand mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. Ne nous étonnons pas si, aujourd’hui encore, certains ont du mal à passer de la belle idée sur Jésus (il est ressuscité) à la réalité comprise et vécue de cette résurrection. Nous le voyons avec Thomas, absent ce premier soir, et à qui les autres racontent toute l’histoire. Sa réaction n’est sans doute pas éloignée de celle que nous aurions eu, à sa place : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Ce désir de toucher du doigt, ce désir de la preuve que Jésus est vivant, est bien humain. Thomas ne demande qu’à faire la même expérience que les autres ; ils ont vu, huit jours plus tôt, ses mains et son côté [mains et côté de Jésus]. Nous voyons bien que le témoignage oral de quelques-uns, fussent-ils les disciples de Jésus, ne suffit pas d’abord, pour que d’autres croient, pour que d’autres puissent dire : Jésus est le Christ, le vainqueur de la mort.   

          C’était après la mort de Jésus, mais c’est toujours encore ainsi. Il ne suffit pas d’avoir une belle idée sur Jésus, comme celle qui consiste à dire qu’il est plus fort que la mort et toujours vivant, pour que tous, spontanément, adoptent cette idée et en vivent. En fait, personne ne vit sur une belle idée. Et c’est tout le défi qui est le nôtre : faire comprendre que la résurrection de Jésus n’est pas une belle idée sur Jésus, mais que c’est la réalité de sa vie désormais. Ressuscité, il est vivant ; ressuscité, il est présent au milieu de nous. Cette expérience des Apôtres, au soir du premier jour de la semaine, nous devons la faire, nous pouvons la faire. Mais pour cela, il nous faut vivre du Christ, c'est-à-dire passer des belles idées à la pratique. Ce que nous avons appris au catéchisme, il nous faut le faire descendre du cerveau vers le cœur. Ce que nous avons appris au catéchisme, n’est pas une nourriture pour notre intelligence seulement ; c’est une nourriture pour notre cœur et devient le moteur de notre vie. Je vous l’accorde ; cela prend du temps pour descendre dans le cœur et passer ensuite dans nos mains. Ce que nous avons lu des premières communautés chrétiennes dans les Actes des Apôtres, ne s’est pas fait sur un claquement de doigts. Les premiers disciples et la première communauté croyante avaient un seul cœur et une seule âme, parce qu’ils ont reçu la force de l’Esprit Saint pour être capables de vivre comme d’authentiques témoins du Ressuscité. Pour que nos belles idées apprises sur Jésus deviennent notre réalité de vie, notre art de vivre, il nous faut accueillir ce don de l’Esprit que Jésus avait déjà donné à ses disciples, le soir venu, en ce premier jour de la semaine. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. L’art de vivre chrétien, qui fait de nous des disciples visibles du Christ, ne peut se vivre que dans la puissance de l’Esprit reçu déjà à notre baptême, puis renouvelé à notre confirmation. 

          Certains diront : oui, mais c’est difficile votre truc. Comment peut-on vivre du Christ dans un monde devenu dur et violent ? Rien que ces derniers jours, nous avons vu une jeune fille de treize ans être si violemment agressée qu’elle a fini plongée dans un coma dont elle est heureusement sortie ; et un jeune homme de 15 ans est mort après avoir été tout aussi violemment agressé. Comment vivre en chrétiens dans un tel monde ?  Et je ne parle pas des humanitaires morts « par erreur d’identification » dans la bande de Gaza, alors qu’ils travaillaient à éviter une famine que tout le monde craint ! Et tout cela dans cette grande semaine qui nous a fait célébrer Pâques, la vie plus forte que la mort, chaque jour de la semaine ! Nous vivrons du Ressuscité en croyant la paix toujours possible et en priant sans relâche pour elle. Nous vivrons du Ressuscité en demandant la justice plutôt que la vengeance. Nous vivrons du Ressuscité en témoignant notre proximité et notre attention pour tous les petits et les pauvres qui sont les frères préférés du Christ. Nous vivrons du Ressuscité parce que nous croyons que lui seul peut encore quelque chose pour notre monde quand nous ne pouvons plus rien. 

          A ceux qui se disent : Je croirai en Jésus Ressuscité quand il aura fait cesser la guerre et la violence dans notre monde, il est redit, comme à Thomas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. La foi n’est pas un tranquillisant, un opium du peuple comme l’affirmait Marx ; la foi est le moteur de toute vie humaine vécue à la hauteur de Dieu.  Jésus n’a pas donné sa vie sur la croix parce qu’il n’avait rien de mieux à faire en ce fameux vendredi que nous disons saint ; il a donné sa vie sur la croix pour que tous les hommes puissent vivre une vie à la hauteur de celle de Dieu. Il nous a montré que seul le service amoureux de l’homme peut sauver le monde. Il nous a montré que seule la charité peut vaincre la violence ; seule la charité peut renverser nos logiques de conflits et de destruction. Christ est ressuscité : c’est une certitude absolue pour moi. Et parce qu’il est ressuscité, je me dois de vivre dans l’espérance que je peux vivre de cette vie toujours plus forte. Je n’aurai pas d’autre preuve de la résurrection que mon engagement personnel en faveur de chacun pour une vie meilleure, pour une vie plus grande, telle que Dieu la veut. Il tient à chacun de nous d’y croire et de commencer à en vivre, sans autre preuve que le témoignage de tant de vies données à cause de Jésus. Amen.

samedi 8 avril 2023

Vigiles de Pâques - 08 avril 2023

 Jésus, le Christ, le Ressuscité.



(Tableau de Sieger KÖDER, Marie Madeleine au tombeau)



        Le propre de la célébration de la veillée pascale, c’est de nous inviter à une longue liturgie de la Parole, comprise comme une relecture lente et profonde de l’histoire de l’humanité avec Dieu. Je regrette personnellement que nous n’ayons pas l’habitude de relire la totalité des sept lectures de la Première Alliance prévues en cette nuit très sainte. Elles veulent nous permettre d’entrer dans l’attente du Messie du Dieu et dans la compréhension de qui est celui qui doit venir. Nous avons laissé Jésus au tombeau après l’office de la Passion. Nous sommes entrés dans un grand silence, et cette veillée veut nous permettre de comprendre que Jésus, le Serviteur, le Crucifié est bien, malgré les apparences, le Messie attendu, et que son histoire ne peut s’arrêter là, au fond du tombeau où nous l’avions déposé. 

Nous n’avons lu que trois extraits de la Première Alliance, mais ils nous ont permis de sentir que quelque chose s’est joué depuis la nuit des origines jusqu’à nos jours : quelque chose qui allait changer la vie des hommes, quelque chose qui allait changer notre vie. Cette chose, c’est que Dieu s’intéresse à la vie des hommes. Non seulement il est notre Créateur, celui qui nous a appelés à la vie, mais il est encore celui qui porte quotidiennement le souci de nous, le souci de chacun de nous. Quand les ténèbres de l’oppression, de la violence et de l’injustice nous écrasent, il intervient, comme il l’a fait jadis par Moïse. Il est le Dieu libérateur, le Dieu qui veut notre salut, le Dieu qui veut notre bonheur. Avec le psalmiste, nous avons raison de proclamer : Ma force et mon chant, c’est le Seigneur : il est pour moi le salut. Quand les ténèbres de l’oubli, de la méchanceté et de l’indifférence nous enveloppent, il est celui qui nous éclaire, celui qui nous appelle auprès de lui, celui qui nous pardonne ; Isaïe nous l’a rappelé. Avec le psalmiste, nous avons eu raison de chanter : Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Quand les ténèbres de la mort et du péché ont envahi notre vie, il est celui qui nous a envoyé son Fils Jésus. Paul, dans sa belle lettre aux Romains, nous a redit sa foi, notre foi : Jésus n’est pas mort en vain, sa mise au tombeau ne signifie pas la fin de son histoire. En fait, nous dit Paul, il est mort pour notre vie. Et le baptême que nous recevons est notre participation à sa mort et à sa résurrection. En Jésus, mort et ressuscité, notre vie est transformée. Frères, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ. Si nous comprenons bien, cela doit changer quelque chose à notre vie d’avoir été baptisé.  

Regardez ces femmes qui, de bon matin, se rendent au tombeau de Jésus. Elles assistent à un événement non ordinaire : L’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assis dessus. Vous comprendrez qu’elles soient craintives. Et pourtant, une fois reçu l’annonce de la résurrection, elles repartent, vite, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Le traumatisme de la crucifixion laisse place à la joie. Elles ne seront jamais plus les mêmes. Et nous, devant l’annonce du tombeau vide et le témoignage des femmes, que vivons-nous intérieurement ? Cette résurrection de Jésus, c’est juste une belle histoire ou le cœur absolu de notre foi et donc de notre vie ? Vivons-nous en ressuscités, en hommes et en femmes libérées de la mort et du péché ? Vivons-nous en hommes et en femmes qui ont obtenu la vie éternelle par le Christ ? Pour le dire encore autrement, ça change quoi, à ma vie, que Jésus soit ressuscité des morts ? Et si je ne sais pas dire ce que cela change, est-ce qu’au moins j’ai de la reconnaissance pour cette vie éternelle qui m’est offerte sans que je n’aie rien fait pour la mériter ? Vivre une vie de ressuscité à la suite du Christ, c’est respecter la vie, toute vie ; c’est avoir le souci des autres, de tout autre ; c’est refuser le mal sous toutes ses formes ; c’est vivre dans l’esprit de l’enseignement du Christ à jamais vivant. Je ne peux pas être disciple du Ressuscité et collaborer à ce qui conduit l’humanité vers sa perte ; je ne peux pas être disciple du Ressuscité et refuser de voir en tout humain un frère ou une sœur à aimer ; je ne peux pas être disciple du Ressuscité et répandre le mal autour de moi. Je ne peux pas être disciple du Ressuscité et vivre comme si je n’étais pas déjà ressuscité, partageant la vie même de Dieu avec tous ceux et celles qu’il met sur ma route.  

La joie de cette nuit vient de l’annonce d’une bonne nouvelle : Christ est ressuscité. Cette bonne nouvelle est à partager. Les femmes revenues du tombeau s’empressent de le faire. Mais cette joie n’est pas la joie d’un instant ; elle est la joie de toute une vie, la joie de notre vie. Le meilleur moyen d’annoncer cette joie n’est pas juste de la redire, mais de la vivre : puisque le Christ est ressuscité, vivons comme des ressuscités, et nous verrons le monde devenir meilleur. Ça commence aujourd’hui ; ça commence avec chacun de nous. Amen.