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samedi 26 avril 2025

2ème dimanche de Pâques C - 27 avril 2025

 Pâques, l'expérience d'une rencontre.


(Jésus ressuscité et Thomas, image trouvée sur internet)



Depuis la nuit de samedi dernier, et pendant toute cette octave, nous avons pu lire dans les évangiles, différents récits d’apparition du Ressuscité à ses disciples. Et nous avons pu constater que malgré le témoignage des bénéficiaires de ces apparitions, la foi en la résurrection était difficile à intégrer. L’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques n’échappe pas à cette règle. 

Nous sommes au soir de Pâques, au soir d’une journée au cours de laquelle Jésus est apparu à Marie-Madeleine (seule ou accompagnée d’autres femmes selon les évangélistes) ainsi qu’aux disciples en chemin vers Emmaüs. C’est dans la matinée de ce jour que Pierre et Jean ont couru au tombeau, vérifier les dire de la première citée. Cette course au bout de laquelle le disciple que Jésus aimait vit et cru, alors que Pierre restait perplexe, voyant les mêmes signes, à savoir les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Quelques heures ont donc passé, et nous dit Jean, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Nous aurions pu nous attendre à un « youpi, il est ressuscité », quelques sauts de joies et des confetti, mais rien de tout cela. Au moment où il apparaît, il ne se passe rien. Il faudra une parole de sa part et la vue de ses mains et son côté pour que les disciples soient remplis de joie. Il ne suffit pas qu’il se montre, il faut qu’il se fasse reconnaître par quelques signes extérieurs pour qu’enfin cela fasse tilt dans leurs têtes. Le problème, c’est que Thomas n’était pas avec eux quand Jésus est venu. Ce n’est pas bien grave, me direz-vous, ils sont dix contre un ; ils vont bien arriver à le convaincre. Après tout, Jésus n’a-t-il pas soufflé sur eux l’Esprit Saint ? Et bien, ce qui devait se faire, ne se fait pas ! Thomas s’entête devant la joie débordante des dix autres : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Quand on est têtu, on est têtu ! Nous avons entendu la suite, huit jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre sans qu’il ne mette ses doigts nulle part, alors même que Jésus l’y invitait. Que s’est-il passé ? Que manquait-il à Thomas ?

Des générations de prédicateurs semblent dire qu’il lui manquait la foi ; Jésus lui-même semble aller dans ce sens quand il dit : Cesse d’être incrédule, sois croyant ; ou encore un peu après : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Est-ce vraiment la foi de Thomas qui est en cause ? Pour une part, peut-être ; mais ce qui est plus fondamental pour moi, ce qui est en cause, c’est le témoignage des dix. Il n’a pas permis à Thomas de faire ce que les autres ont fait quand ils ont vu Jésus ce premier soir ; il n’a pas fait l’expérience de Jésus ressuscité. Et Pâques, c’est d’abord cela. Faire l’expérience que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant désormais. Quand il fait cette expérience, il n’a plus besoin de mettre ses doigts ou sa main dans les marques de la Passion ; il croit en s’écriant : Mon Seigneur, et mon Dieu, ce qu’aucun autre disciple n’a fait. Je comprends qu’il fallait la figure de Thomas pour les générations à venir. Jésus n’allait pas faire apparition sur apparition pour que les hommes, à travers le temps et l’Histoire croient en lui. Thomas, c’est chacun de nous aujourd’hui, qui n’a pas fait la rencontre en direct live de Jésus ressuscité, mais qui croit sur parole. Toutefois, cet épisode nous rappelle à deux essentiels.

Le premier essentiel, c’est que les mots de la foi que nous avons appris ne restent pas juste des mots appris, enfermés dans notre intelligence ; il faut que ces mots descendent dans notre cœur. Ils doivent devenir les mots qui nous font vivre, quotidiennement. Avant d’être des mots à savoir, ils sont des mots à expérimenter. Apprendre son catéchisme, c’est bien ; vivre de ce que le catéchisme nous apprend, c’est préférable si nous voulons que la foi soit au cœur de notre vie. Le défunt pape François n’a cessé, durant son pontificat, de nous rappeler cela, de remettre la foi au cœur de notre vie, de la faire descendre de notre cerveau vers notre cœur, en passant par nos mains et nos pieds. Quand il nous invitait à aller aux périphéries, il nous invitait à vivre notre foi. Quand il nous pressait à l’accueil des migrants, il nous pressait à vivre notre foi. Quand il nous disait de ne pas juger ceux qui ont une sexualité différente, il nous disait de vivre notre foi. Quand il nous demandait de vivre une Eglise plus synodale, il nous demandait de vivre notre foi. Et la liste est longue encore des moyens très concrets de vivre notre foi, c'est-à-dire de faire en sorte que notre foi descende de notre cerveau vers notre cœur. 

Et cela nous amène au deuxième essentiel. Pour que nos contemporains puissent faire ce chemin d’une foi intellectuellement comprise à une foi vécue, nous devons soigner notre art de vivre et de témoigner de lui. Si pour nous, chrétiens croyants et engagés, Jésus mort et ressuscité est juste une belle idée, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent des preuves. Si nos visages sont durs, nos mains fermées, nos pieds réticents à la rencontre de l’autre différent, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent faire une rencontre. Personne ne rencontre la joie de croire en croisant des visages fermés ; personne ne rencontre Jésus qui invite à accueillir l’autre devant des portes closes ; personne ne rencontre le Ressuscité qui offre sa vie devant des comportements mortifères ; personne ne peut croire en la résurrection du Christ si les mots que nous utilisons pour parler de lui planent au-dessus des nuages ou sont vides. Comme les dix disciples qui ont rencontré Jésus au soir du premier jour de la semaine, nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet de témoigner du Ressuscité. Qu’en avons-nous fait ? Notre vie dit-elle la résurrection de Jésus ? Notre manière d’agir avec les autres leur parle-t-elle de ce Dieu qui aime tout homme, quelle que soit son histoire personnelle ? Pour reprendre une des premières paroles du pape François, sommes-nous témoins du ressuscité, annonçant la Bonne Nouvelle à temps et à contre-temps, ou sommes-nous douaniers de la foi, vérifiant sans cesse d’abord la conformité d’une vie avant d’annoncer Jésus Christ ? Si nous attendons que les autres soient parfaits avant de leur parler du Christ, nous risquons d’attendre longtemps, et nous serions nous-mêmes bien orgueilleux de nous croire parfaits parce que nous pensons avoir la foi. C’est parce que je crois en Jésus qui me sauve par sa mort et sa résurrection que j’essaie patiemment d’ajuster ma vie à son Evangile. Si ceux qui m’ont parlé de Jésus avaient attendu que ma vie soit parfaite, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, parce que je n’aurais sans doute pas encore entendu parler de l’Evangile. 

        En relisant l’épisode de Thomas, certains pourraient être tentés de me dire que même les dix disciples n’ont pas réussi avec lui ! Peut-être est-ce parce que ce n’était encore que des mots pour eux, mais pas une expérience qui a radicalement transformé leur vie au point que Thomas s’en rende compte. La preuve, ils sont toujours entre eux, n’osant se confronter aux gens hors de leur groupe. Pâques est et restera toujours l’expérience d’une rencontre à faire et à vivre, pour la faire vivre à d’autres. Ne désespérons ni de nous, ni des autres ; mais apprenons toujours mieux à faire descendre dans notre cœur ce que notre intelligence peut croire. Alors nous vivrons ce que nous aurons découvert, et nous pourrons le faire découvrir et vivre à d’autres. Amen. 


jeudi 17 avril 2025

Jeudi Saint - 17 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a l'Eucharistie, sacrement de l'amour offert.



(Photo personnelle)



Le triduum pascal s’ouvre avec cette célébration qui nous rassemble au soir de ce jeudi pour commémorer l’institution de l’Eucharistie, sacrement de l’amour offert par Jésus à ses disciples pour la première fois. Nous sommes-nous trop habitués à ce sacrement pour en mesurer toute la grandeur et toutes les implications dans notre vie quotidienne ?

Il peut paraître surprenant que, pour nous parler de l’institution de l’Eucharistie, l’Eglise n’ait pas fait le choix de prendre le début du texte de la Passion. Elle a préférée nous faire entendre le témoignage le plus ancien que nous ayons dans les Ecritures, celui de Paul, qui rapporte aux chrétiens de Corinthe son expérience. Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ce seul fait me fait comprendre que pour donner le goût de l’Eucharistie à quelqu’un, il faut que les chrétiens en témoignent, qu’ils puissent dire à quelqu’un qui veut le devenir, que l’Eucharistie n'est pas juste un rite de l’Eglise, mais bien quelque chose que le Christ nous a laissé et demandé de refaire en mémoire de lui. Cette expérience est tout, sauf machinale. Elle est une expérience vivante, qui fait vivre parce qu’elle nous entraîne dans une proximité, une intimité jamais égalée avec le Christ. C’est tout Jésus qui est offert, donné, livré pour notre vie. Ce n’est pas un souvenir, mais un viatique, une nourriture pour notre route quotidienne à la rencontre du Christ et des frères et sœurs en humanité qu’il met sur notre route. Celui qui participe pleinement à l’Eucharistie est comme saisi dans une communion qui va au-delà de ce qui est imaginable. Là, dans le geste du pain et du vin partagés, je reçois le Christ et avec lui, je reçois l’humanité entière comme autant de frères et sœurs. Ma communion au Corps et au Sang du Christ m’oblige à une communion avec celles et ceux qui font le même geste que moi. Celui qui reçoit le Christ ne peut rester indifférent au sort de celles et ceux qui croisent sa route. La vie du Christ que j’accueille, me renvoie vers la vie de mes frères et sœurs en humanité auprès desquels je dois témoigner de celui qui me fait vivre en offrant sa vie. Le Christ me rend participant à son repas, certes, mais aussi à son sacrifice pour le salut du monde. A cause de cela, je ne peux pas garder le Christ pour moi.

Et c’est là que nous pouvons comprendre pourquoi l’Evangile de ce soir est celui du lavement des pieds, parce que justement il nous renvoie les uns vers les autres. Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. C’est une variation du : Faites cela en mémoire de moi. Il n’y a pas que la communion sacramentelle au Corps et au Sang du Christ qui est chemin de notre Salut, notre autoroute vers le ciel comme se plaisait à l’appeler Carlo ACUTIS. Il y a aussi le service concret du frère et de la sœur que je ne choisis pas, mais que Dieu met sur ma route, qui est chemin de mon salut. Rappelez-vous ce que dit Jésus dans la parabole du jugement dernier : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Venez, les bénis de mon Père… De même que nous ne pouvons pas renoncer à l’Eucharistie, signe de l’amour livré pour les hommes, nous ne pouvons pas renoncer au lavement des pieds, signe de l’amour continué et partagé concrètement dans notre vie. Il fait aussi grandir l’Eglise parce qu’il la rappelle à son essentiel : elle est fondée pour servir le Christ et servir les hommes. Nous n’avons pas à choisir entre célébrer l’Eucharistie et servir nos frères et sœurs en humanité. C’est une seule et même réalité. Communier à l’Eucharistie sans nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité, reviendrait à confisquer le don de Dieu pour notre petite personne. Servir les frères sans nous nourrir de l’Eucharistie reviendrait à nous priver de la source même de notre action et transformerait l’Eglise en organisation humanitaire sans référence à l’amour livré sur la croix. Dans les deux cas, c’est le salut du monde qui est compromis car l’amour du Christ ne serait plus offert à tous. 

Au cœur de cette nuit, retrouvons le goût de ce sacrement fait par l’Eglise et qui fait l’Eglise. Il est l’aliment du salut offert pour que nous soyons forts dans le Christ, lui qui a su admirablement servir son Père et servir l’humanité qu’il a embrassée dans sa propre vie. Soyons des témoins de ce sacrement de l’amour offert pour tous. Accueillons le salut qu’il nous offre et osons le proposer au monde qui cherche un sens à l’existence. Faisons cela en mémoire de Jésus qui donne sa vie pour tous. Amen. 


dimanche 31 mars 2024

Résurrection du Seigneur - 31 mars 2024

 Vous savez ce qui s'est passé...




(Anastasis - icône de la résurrection)


 

 

            Vous savez ce qui s’est passé… C’est ainsi que Pierre commence son discours dans la maison du centurion romain à Césarée. Il faut dire qu’à ce moment-là, beaucoup d’événements ont eu lieu, et Pierre lui-même a pu faire l’expérience de Jésus ressuscité, de son retour vers le Père à l’Ascension et du don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, cette force de Dieu qui a jeté les Apôtres sur les routes de Judée, Samarie, Galilée et au-delà pour annoncer à tous la joyeuse nouvelle qui a retenti au cœur de notre nuit : Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Avec Pâques, l’Alliance nouvelle et éternelle devient réalité puisque nous découvrons que l’histoire de Jésus n’est pas terminée. 

            Vous savez ce qui s’est passé… c'est-à-dire cette expérience radicalement nouvelle qui fait proclamer par les Apôtres au monde entier que celui qui était mort en croix, Dieu l’a ressuscité. La croix n’est pas le dernier mot de l’histoire de Jésus ; la croix est même le premier mot de l’histoire de celui que nous nous appelons Jésus et que nous confessons comme Christ et Seigneur. Et ce alors même que personne ne l’a vu entrain de ressuscité. Ce qui s’est passé, c’est que ses disciples ont fait l’expérience de la présence de Jésus au milieu d’eux alors même qu’ils étaient encore aveuglés par le chagrin immense qu’ils ont ressenti après la mort de Jésus en croix. Les récits sont nombreux, dans les évangiles, qui nous montrent ce fameux matin de Pâques que nous commémorons en chacune de nos eucharisties. Nous avons suivi ce matin Marie-Madeleine qui se rend au tombeau de grand matin. Elle ne peut se résoudre à la mort de cet ami qui lui a rendu sa dignité de femme, pardonnant sa vie compliquée et l’orientation mauvaise qu’elle avait suivi. Quelle ne fut pas sa surprise en approchant du tombeau : la pierre a été enlevée du tombeau. Une lecture attentive me fait dire qu’elle n’est même pas allée plus loin. Pour elle, pierre roulée, tombeau ouvert, cela ne peut signifier qu’une chose : quelqu’un a eu l’audace de voler le corps de Jésus. En toute hâte, elle va annoncer aux disciples la catastrophe. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Quand Pierre s’adresse ainsi à Corneille et à sa famille, se souvient-il qu’il savait tout, lui, ce fameux matin de Pâques, mais qu’il n’a pas su mettre les pièces du puzzle ensemble ? Jésus avait annoncé sa mort et sa résurrection par trois fois, pour préparer ses disciples à la folie de la croix. Leur tristesse légitime à la mort de leur Maître aura sans doute effacé l’espérance que Jésus leur avait annoncé : certes, il devait mourir, mais il ressusciterait ! Nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de l’annoncer pour que les auditeurs comprennent. Jésus lui-même n’avait pas, de son vivant, réussi à faire comprendre cela aux siens, qui pourtant étaient avec lui chaque jour. Au-delà d’une annonce, la résurrection de Jésus est une expérience à vivre. Regardez les deux disciples, Pierre et Jean, qui courent au tombeau après l’annonce de Marie-Madeleine. Pierre aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire roulé à part à sa place. Mais rien ne se passe encore pour lui. Jean lui, entre dans le tombeau, et, nous dit l’évangile, il vit et il crut. En entrant dans le tombeau, il entre dans ce mystère de la Rédemption. Il voit la même chose que Pierre, mais il va au-delà des signes ; l’Alliance nouvelle et éternelle dont Jésus parlait lors du dernier repas devient pour lui réalité, là, dans ce tombeau vide, soigneusement rangé. Il fallait ce signe du tombeau vide pour déclencher la foi. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Et d’ailleurs comment auraient-ils pu le comprendre sans en faire l’expérience. Jean sera le premier d’une longue liste d’hommes et de femmes convaincus que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant, ressuscité, vainqueur de la mort. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Cette parole est pour nous aussi. Nous avons tous appris au catéchisme que Jésus est mort et ressuscité. Nous l’affirmons chaque fois que nous proclamons notre foi. Mais sommes-nous, comme Jean, entrés dans la profondeur de ce mystère ? Le croyons-nous par la grâce de la méthode Coué : à force de le dire, on finit par y croire ? Ou le croyons-nous par la grâce d’une expérience, d’une rencontre personnelle avec Celui dont nous disons qu’il est le Christ, le Sauveur ? Oui, nous savons ce qui s’est passé, mais la connaissance des faits ne fait pas encore la foi. La foi naît de cette conscience de la présence réelle de Jésus en notre vie. La foi naît du témoignage, en mot et en geste, de ceux qui ont fait cette expérience avant nous et qui ont engagé leur vie pour que notre monde se transforme radicalement, et devienne, dès ici-bas, un avant-goût de ce monde nouveau que le Christ ressuscité veut construire pour nous, avec nous. Nous manifestons la puissance du Ressuscité quand nous vivons l’Evangile avec tous ceux que Dieu met sur notre route. Nous témoignons du Ressuscité quand nous faisons de nos communautés de vraies fraternités où il fait bon être ensemble. Nous témoignons du Ressuscité lorsque nous savons mettre les autres avant nous. Nous témoignons du Ressuscité quand nous répandons l’amour dont il nous aime largement autour de nous. Nous savons ce qui s’est passé… Maintenant, il nous faut en vivre. Chaque jour. Vraiment. Amen.

samedi 13 janvier 2024

2ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2024

Comment connaître Dieu ?



(Jean le Baptiste et l'Agneau, Détail du retable d'Issenheim - Musée Unterlinden - Colmar)




 

 

 

            Qu’ont en commun le jeune Samuel et les deux disciples de Jean le Baptiste qui vont se mettre à la suite de Jésus, à part bien sûr le fait d’être du même peuple que Dieu s’est choisi ? Ils vont chacun faire la connaissance de quelqu’un qui va bouleverser leur vie : Dieu pour le jeune Samuel, Jésus, le Christ, pour les deux disciples de Jean le Baptiste. Ils vont, à des siècles d’intervalle, connaître Dieu qui se révèle à eux. Connaître Dieu : n’est-ce pas notre désir, à nous qui nous rassemblons chaque dimanche pour écouter sa Parole et recevoir de lui les dons qu’il veut nous faire ? Mais concrètement, comment cela est-il possible ? Comment connaître Dieu ? 

            Pour le jeune Samuel, nous l’avons entendu en première lecture, Dieu lui-même l’a appelé. Mais cela ne rend pas les choses simples pour autant. Nous avons vu Samuel courir trois fois auprès du vieux prêtre Eli, pensant que c’était lui qui l’appelait et qui avait besoin de ses services. Il nous manque quelques versets que la liturgie dominicale n’a pas retenu pour comprendre la méprise de Samuel. En effet, dit le texte biblique manquant, la parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue. Comment Samuel, encore enfant, aurait-il pu identifier Dieu, puisque Dieu lui-même parait peu ? Le même texte dit, un peu plus loin (cela, nous l’avons entendu) : Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. Il n’y a donc pas de faute de la part de Samuel. La présomption qu’il fait : c’est Eli qui m’appelle, est totalement justifiée. Le vieux prêtre Eli aurait-il pu savoir ? Sans doute ; d’ailleurs il finira par comprendre que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et c’est lui qui donnera à Samuel la bonne réponse à apporter si jamais il entendait encore quelqu’un l’appeler : Va te recoucher et s’il t’appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Quand on ne connait pas Dieu, quand on n’a jamais entendu la voix de Dieu, il faut quelqu’un pour nous aider à comprendre que c’est Dieu qui nous parle. Il faut quelqu’un pour nous apprendre à répondre à Dieu. Et ce qui vaut pour Samuel, vaut pour chacun de nous : nous devons être attentifs à la Parole du Seigneur, et être prêts à lui répondre. 

            Pour les disciples de Jean le Baptiste, la démarche est un peu différente. Ils sont déjà croyants en Dieu ; ils suivent Jean le Baptiste dont ils ont reçu le baptême. Avec leur maître, ils attendent celui qui doit venir. Ils ne savent pas qui, ni quand, mais ils font confiance à leur maître. Aussi, quand Jean leur annonce, en voyant Jésus : Voici l’Agneau de Dieu, ils ne se posent pas beaucoup de questions. Ils se mettent en route, ils suivent Jésus. Il a suffi d’une parole mystérieuse de Jean pour qu’ils suivent Jésus. Remarquez leur prudence toutefois. Ils ne s’élancent pas vers Jésus ; ils ne l’apostrophent pas : attends-nous ! Ils ne font même pas comprendre à Jésus qu’ils le suivent. Je crois qu’ils sont surtout curieux ; ils suivent, quelques pas en arrière. C’est Jésus qui remarque qu’il est suivi et qui les interroge. C’est Jésus qui les invite à faire un pas de plus : Venez, et vous verrez. Et de ce jour, ils ne le quitteront plus : ils restèrent auprès de lui ce jour-là. L’un d’eux, André, le frère de Simon-Pierre, va encore plus loin après ce premier jour. Il trouve Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amena son frère à Jésus. Qu’a-t-il vu auprès de Jésus pour comprendre qu’il est le Christ, et pour risquer son frère dans l’aventure ? Nous ne saurons jamais. Mais cela nous dit quelque chose de notre rôle à nous aujourd’hui : nous avons, comme André, à témoigner de ce que nous trouvons auprès de Jésus. Il n’y a pas de réponse unique que je pourrais vous donner maintenant et qu’il suffirait de répéter. Non, c’est l’expérience personnelle de chacun, sur une parole de foi donnée (Voici l’Agneau de Dieu), qui nous permet de mieux connaître Jésus et de le faire connaître. Si Jean le Baptiste n’avait rien dit, il ne se serait rien passé. Si Jean le Baptiste avait retenu ses disciples, il ne se serait rien passé ce jour-là. Si André n’avait pas suivi et vu quelque chose en Jésus, il n’aurait pas appelé son frère. Ça ne veut pas dire que Simon ne serait jamais venu à Jésus ; ça veut juste dire que cela se serait fait autrement. Ne sous-estimons pas le rôle que nous avons à jouer auprès de nos familles, de nos amis, dans nos quartiers. Si personne ne parle de Dieu au monde d’aujourd’hui, comment ce monde connaîtra-t-il l’amour et la miséricorde de Dieu ? 

            Nous sommes tous le André de quelqu’un qui nous révèle un peu plus Jésus ; nous sommes tous le André de quelqu’un qui a besoin de notre parole pour lui révéler Jésus et l’amener à lui. Nous avons tous à connaître toujours mieux Jésus, à être curieux de lui ; nous avons tous à témoigner de lui, à la mesure de ce que nous connaissons, à la mesure de ce que nous vivons avec lui. C’est ainsi que nous connaîtrons Dieu ; c’est ainsi que nous le faisons connaître. Car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour parler de lui ; Dieu a voulu avoir besoin de nous pour témoigner de lui et mener nos frères en humanité à lui. En faisant ainsi, l’humanité retrouvera le goût de Dieu, le goût d’une vie plus grande. Quand Dieu lui parlera, elle deviendra la servante qui écoute. Commençons et le monde suivra. Amen.