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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 4 juillet 2015

14ème dimanche ordinaire B - 05 juillet 2015

Un échec, c'est grave docteur ?





Parce que Jésus est le Messie, le Sauveur, le Fils de Dieu, on a souvent tendance à penser que tout est facile pour lui ; même le chemin de croix n’aurait été pour lui qu’une promenade de santé. Après tout, il ne craignait pas grand-chose puisqu’il avait lui-même annoncé sa mort et sa résurrection. La croix ne serait donc qu’un mauvais moment à passer, si peu en comparaison de la gloire qui était sienne. Vraiment, pour certains, tout réussit à Jésus ; l’échec, il ne connaît pas. Et pourtant ! 
 
Pourtant, c’est bien à un échec de Jésus que nous assistons dans l’évangile de ce dimanche. Un échec d’autant plus retentissant qu’il a lieu chez lui, là où tout aurait dû bien se passer. Jésus se rendit dans son lieu d’origine… et là il ne pouvait accomplir aucun miracle. Et pour cause, ils en sont tous à s’interroger et sans doute à le jalouser un peu : D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Ceux qui parlent ainsi sont incapables de se réjouir du fait qu’avec Jésus, Dieu commence quelque chose de neuf pour tout un peuple ! Ils ne voient en lui que l’enfant du village qui ferait mieux de rester à sa place. Avec raison, Jésus s’étonne de leur manque de foi qui paralyse toute son action : là, il ne pouvait accomplir aucun miracle.
 
N’est-ce pas là une expérience que nous faisons tous un jour ou l’autre dans notre vie quand nous donnons du temps au service de l’Eglise ? Nous réussissons bien, nous travaillons pour le bien-être des autres, et ceux-là même qui devraient se réjouir avec nous sont ceux qui nous enfoncent ou se dressent contre nous. Il est bien vrai le proverbe : Seigneur, préservez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge ! On n’est jamais trahi que par les siens ! Est-ce grave, docteur ? Faut-il se révolter ? Faut-il réagir violemment, leur donner une bonne leçon ? A regarder Jésus, il suffit de tourner les talons et d’aller ailleurs, là où l’on est attendu, là où nos talents seront accueillis. Jésus s’étonne tout juste, mais ne se révolte pas et ne se décourage pas pour autant : sa mission, il la poursuit dans les villages d’alentour. Je pense même qu’il est plutôt triste pour les gens de chez lui. 
 
Cette page d’évangile est bienvenue parce que nous sommes tous confrontés, un jour ou l’autre, à l’échec, en famille, au travail, dans nos relations sociales… La jalousie des autres peut être un frein à nos actions les meilleures. Nous n’y pouvons rien, c’est ainsi. Saint Paul lui-même constate qu’il y a quelque chose dans sa vie qui n’est pas totalement ajusté. Il parle de cette écharde dans sa chair qui est là pour empêcher qu’il se surestime. Ce n’est pas avec les autres qu’il ne réussit pas totalement ; c’est dans sa propre vie que quelque chose n’est pas comme cela devrait être. Il a même prié le Seigneur de l’en débarrasser, mais en vain. Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse, s’entend-t-il répondre ! L’échec dans l’accomplissement de l’œuvre de Dieu n’est donc pas de l’ordre du péché, mais de l’épreuve qui nous purifie, qui nous rend humbles face à Dieu, face aux autres. Jésus, Paul et chacun de nous, nous ne sommes que des instruments au service du projet de Dieu. Nous servons ce projet du mieux que nous pouvons, mais la réussite du projet ne dépend pas de nous. Nous ne sommes pas tout-puissants. Nous sommes invités, en toutes choses, à nous en remettre à Dieu et à sa puissance. Nous sommes invités à mettre nos pas dans les pas du Christ : l’évangile nous montre qu’il ne réussit pas toujours ; cet échec ne sera pas son seul échec. Je pense, entre autre, à sa rencontre avec le jeune homme riche. 
 
Avec Jésus, avec Paul, acceptons d’être faillibles pour que la puissance de Dieu puisse être manifestée dans notre vie. Avec Jésus, avec Paul, poursuivons là où nous sommes attendus et prions pour ceux qui ne sont pas prêts à s’ouvrir à la grâce ; Dieu seul pourra ouvrir leur cœur, aujourd’hui peut-être, et sinon demain…
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les presses d'Ile de France)

samedi 5 juillet 2014

14ème dimanche du temps ordinaire A - 06 juillet 2014

Garder un coeur humble devant Dieu.



Ne nous y trompons pas : ce passage de l’évangile de Matthieu a beau être fait de bric et de broc, il n’en est pas moins essentiel pour notre progression dans la foi. Ce texte, sans grande construction littéraire, nous dit des choses essentielles sur Dieu et sur notre rapport à lui. 
 
La première des choses qu’il nous affirme, c’est la relation qui unit Jésus à Dieu. C’est une relation filiale : Dieu est Père, Jésus est son fils. Et ce lien entre les deux est absolument unique, absolument nouveau. Jésus n’est pas le Fils de Dieu par analogie (il serait comme le Fils de Dieu) ; non, il l’est réellement. Et la joie que connaît Jésus vient de là, de ce lien puissant qui l’unit à son Père. C’est aussi à cause de ce lien unique que Jésus est, et sera toujours, celui qui proclame la louange de Dieu. Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. 
 
La deuxième chose qu’affirme cette collection de paroles de Jésus, c’est que nous pouvons tous faire l’expérience d’une filiation divine. Nous pouvons tous reconnaître que Dieu est notre Père. A condition de suivre et d’écouter Jésus. S’il est celui qui chante sans cesse la louange de Dieu, son Père, il est aussi celui qui nous le révèle. A travers ces paroles et ses actes, Jésus dit la paternité de Dieu à tous ; il nous montre comment Dieu est Père pour nous, comment il prend soin de tous ses enfants ; il nous rappelle que nous pouvons, en toutes circonstances, compter sur Dieu. 
 
Ceci étant posé, nous apprenons alors de Jésus une troisième chose importante : pour entrer dans cette connaissance de la paternité de Dieu, il nous faut être, non sage et savant, mais tout-petits. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Cela ne signifie nullement que nous n’avons pas à entrer dans une intelligence de la foi, ni que nous pourrions nous passer d’approfondir notre connaissance des choses de Dieu. Cela nous indique juste comment nous devons aborder cette étude. Avec un cœur humble, disponible, attentif à Dieu, un cœur d’enfant qui a tout à apprendre, tout à découvrir et qui ne s’enferme pas dans son savoir, dans la suffisance d’une intelligence visant à écraser les autres. Lorsque le sage se met à l’écoute de Dieu, avec humilité, il est lui aussi un de ces tout-petits à qui Dieu se révèle. 
 
Est tout-petit devant Dieu, est humble devant Dieu, celui qui accueille la Parole de Dieu et se laisse enseigner par elle. Est tout-petit devant Dieu, celui qui ne croit pas tout savoir sur Dieu parce qu’il a fait quelques études ou parce qu’il aurait appris par cœur son catéchisme. Est tout-petit devant Dieu, celui qui se laisse surprendre par Dieu, qui accepte que Dieu se révèle sans cesse différent de ce qu’il croit savoir. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte qu’un autre, Jésus en l’occurrence, parle mieux de Dieu qu’il ne le ferait lui-même. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte d’entrer dans cette relation filiale, se découvrant ainsi fils de ce Père éternel, frère de Jésus Christ. Est tout-petit devant Dieu, cela qui comprend qu’il ne saura jamais tout sur Dieu et qu’il ne le connaîtra vraiment que lorsque Dieu l’appellera à vivre auprès de lui. 
 
Vous le savez sans doute, la réforme liturgique issue du Concile a réparti notre découverte de la Parole de Dieu sur un cycle de trois années liturgiques. Celui qui, ayant vécu tout un cycle, dirait : voilà, j’ai tout entendu, tout vu ; désormais je sais tout, serait semblable à ces sages et savants dont parle Jésus et à qui Dieu refuse la connaissance véritable. Le cycle liturgique n’est pas un cercle que nous aurions à revivre chaque année. Il est plutôt une spirale sans fin qui nous fait progresser, d’année en année, dans une connaissance meilleure de Dieu. Nous n’aurons donc jamais fini de découvrir Dieu et d’entrer dans la connaissance de son mystère. Même après vingt ans, Noël, Pâques et toutes nos fêtes et nos dimanches auront toujours une saveur différente, ne serait-ce que parce que nous avons grandi, nous avons vieilli, et que notre histoire personnelle vient enrichir notre connaissance de Dieu. Découvrir qui est Dieu pour moi est l’œuvre d’une vie, parce que je le découvre différent selon l’âge qui est le mien, et parce que d’année en année, je peux approfondir ce que je crois savoir déjà.
 
Demandons alors au Seigneur la grâce de garder un cœur humble devant lui, un cœur qui se laisse enseigner, un cœur à qui Jésus peut révéler qui est Dieu et ainsi le rapprocher du cœur de Dieu. Que la célébration de l’Eucharistie nous permette de rester tout-petits devant Dieu, en faisant nôtre l’attitude de Jésus lui-même. Nous pourrons alors redire en vérité ce que la liturgie de ce dimanche nous fait prier : comblés d’un si grand bien, nous te supplions, Seigneur ; fais que nous en retirions des fruits pour notre salut et que jamais nous ne cessions de chanter ta louange. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 26 octobre 2013

30ème dimanche ordinaire C - 27 octobre 2013

De l'utilité de la prière...




A quoi cela sert-il de prier ? A quoi bon prier, puisque de toute manière, Dieu ne répond jamais ? Voilà quelques objections courantes à la pratique quotidienne de la prière, pratique pourtant nécessaire à celui ou celle qui veut marcher à la suite du Christ. Les textes de la liturgie de ce jour donnent quelques éléments de réponses à ceux qui doutent de l’efficacité de la prière. 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, le sage Ben Sirac rappelle que la prière du petit est toujours écoutée. Toute la Bible nous montre l’intérêt particulier de Dieu pour ceux qui sont touchés par la maladie, la souffrance, la pauvreté. Jésus ira jusqu’à affirmer que les petits, les pauvres, sont pour nous le signe du passage de Dieu dans nos vies ; servir un pauvre équivaut dès lors à servir Dieu.
Comment croire alors que la prière du pauvre n’est pas entendue ? La réponse à celui qui souffre, la réponse à celui qui n’a rien, la réponse à celui qui est seul, n’est peut-être pas la fin de leurs détresses, mais l’ouverture du cœur de ceux qui sont autour d’eux. Certains voient ainsi leur prière exaucée directement (voyez à Lourdes, les guérisons inexpliquées) ; d’autres ne constateront peut-être pas de changements immédiats, mais de nouvelles solidarités se créer autour d’eux. Nous avons là le rappel qu’il n’y a pas de magie dans la prière : il ne suffit pas de demander pour obtenir ; il faut que la demande soit purifiée quelquefois ; il faut que l’homme découvre d’abord ce que Dieu attend de lui, qu’il entre dans ce projet d’amour, qu’il y adhère. Alors Dieu peut donner, au-delà de toute espérance. 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, Paul rappelle que le Seigneur lui-même assiste ceux qui lui sont fidèles. Lui qui a donné sa vie pour l’annonce de l’Evangile, lui qui connaît la prison et qui bientôt connaîtra la mort, sait en qui il a mis son espérance. Il sait que le Dieu de Jésus Christ ne l’abandonnera pas, même si les apparences semblent dire le contraire. Au plus profond de sa misère, l’homme sait que sa fidélité à Dieu lui assurera la présence du Christ à ses côtés.
Il peut ainsi affronter les épreuves sereinement. La prière ne délivre pas forcément au sens humain de l’épreuve. Lorsque nous prions : « délivre-nous du mal », nous ne demandons pas uniquement que les épreuves nous soient évitées ; nous demandons aussi de savoir les affronter en véritable fils ou fille de Dieu, confiants, sûrs que la victoire est en nous, malgré les apparences. L’assistance de l’Esprit Saint est la réponse de Dieu à ceux qui crient vers lui du plus profond de leur détresse. Savons-nous nous en satisfaire et y trouver la force de nous relever ? 
 
A ceux qui doutent de l’efficacité de la prière, l’évangile rappelle la manière efficace de prier. De ces deux qui prient au Temple, un seul est justifié. Pourquoi ? Parce qu’un seul l’a demandé ! La prière du publicain est entièrement tournée vers Dieu : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Sa prière peut être entendue parce qu’elle correspond à ce que vit cet homme et à ce qu’il peut espérer de Dieu. Dans sa prière, il ne parle pas tant de lui que de Dieu. Il reconnaît l’amour de Dieu, il affirme que Dieu seul peut quelque chose pour lui. Sa prière est entendue parce qu’elle reconnaît ce qui est vrai. La prière du pharisien ne peut pas être exaucée parce qu’en fait, il ne demande rien. Tout ce qu’il fait, c’est étaler ses mérites, sans doute réels ; il n’y a pas  à en douter. Mais que demande-t-il à Dieu ? Comment Dieu pourrait-il répondre à cette non-demande ? Faut-il dès lors être surpris qu’il ne soit pas justifié ? Jésus lui-même disait, au début de sa mission : « Je suis venu pour les malades ; les bien portants n’ont pas besoin de médecin ! » Dans tout ce qu’il dit, le pharisien parle de lui au lieu de parler de ce que Dieu a fait ou peut faire pour lui.
Il nous est ainsi rappelé, discrètement, que la prière nous tourne vers Dieu, nous décentre de nous-même et oriente tous nos désirs vers les désirs de Dieu. Il faut oser reconnaître nos manques pour que Dieu puisse nous combler. Il nous faut reconnaître nos faiblesses pour que Dieu puisse nous remplir de sa force. 
 
Rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, nous avons commencé par reprendre l’attitude du publicain, en tournant notre cœur et notre être vers le Crucifié, source du pardon que Dieu offre à chacun. Nous venons d’écouter la Parole de Dieu qui nous permet de comprendre mieux ce que Dieu attend de nous. En communiant tout à l’heure, nous recevrons le Pain des forts, qui nous assurera la proximité du Christ lui-même, puisque c’est bien lui qui s’offre ainsi à nous. Avec Paul, nous saurons que le Christ est toujours avec nous. Lorsque, à la fin de la messe, nous serons renvoyés dans nos foyers, nous serons aussi renvoyés vers nos frères et sœurs en humanité, vers ceux qui ne croient pas ou ne croient plus, vers ceux qui souffrent, vers ceux qui sont dans le besoin, pour témoigner de ce que Dieu réalise dans la vie de celles et ceux qui se tournent vers lui. Avec Ben Sirac, nous serons témoins de l’efficacité de la prière auprès de celles et ceux qui n’y croient plus. Ainsi, notre eucharistie se révèle source et sommet de toute vraie prière. Puisse notre prière personnelle toujours nous y mener ; puisse l’eucharistie toujours creuser en nous le désir de prier mieux. Amen.
 
 
(Gustave DORE, Le pharisien et le publicain)

samedi 23 octobre 2010

30ème dimanche ordinaire C - 24 octobre 2010

Du pharisien ou du publicain, qui sera sauvé ?


Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien et l’autre, publicain. Cette parabole de Jésus, qui ne l’a jamais entendue ? Elle commence sur la présentation de deux hommes, dont nous ne saurons pas le nom mais la qualité : l’un est pharisien, l’autre publicain. S’il fallait la retranscrire avec des mots d’aujourd’hui, nous dirions ainsi : deux hommes allèrent à l’église pour prier. L’un était croyant et pratiquant et l’autre avait mauvaise réputation et profitait de tous. Ainsi mis sous notre microscope, nous pouvons nous demander ce qui a pris Jésus de mettre en concurrence deux hommes, deux mondes, qui ne se rencontraient guère, deux hommes, deux mondes qui ne partageaient pas du tout les mêmes valeurs. Dans le cœur des auditeurs de Jésus, le match commençait en faveur des pharisiens. Ils sont les gens respectables que tous admirent, capables de nous tourner vers Dieu, tandis que les publicains sont méprisés, évités, presque sans Dieu, tant leur vie est mauvaise. Pharisiens 1 : Publicains 0.

Jésus poursuit sa parabole : Le pharisien priait en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. » Quel curé n’aimerait pas avoir des paroissiens de cette trempe ? Voilà un homme attaché sincèrement à sa foi et au respect des pratiques cultuelles. Il mène une vie saine et… sainte. Ce qu’il dit, il le fait ! Il est l’exemple à suivre pour connaître Dieu. Sans doute, les pharisiens vont-ils marquer là un deuxième point. Pharisiens 2 : Publicains 0 ? Pas si vite, semble dire Jésus. Regardons d’abord l’autre, celui que personne ne veut voir.

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel. Il n’ose pas s’approcher ; il semble craindre celui qu’il est venu rencontrer dans sa prière. Certains diraient sans doute : avec raison, au vu de la vie qu’il mène. Pour d’autres, il n’a certainement pas sa place ici ; il souille le Temple par sa seule présence ! Comme pour leur donner raison, le publicain se frappait la poitrine, en priant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Si même lui ne trouve pas grâce à ces yeux ! On ne peut pas le suivre ; on s’éloignerait bien trop de Dieu en vivant comme lui ! Il fait moins le fanfaron, là, dans le Temple, les yeux baissés, l’air tout déconfit et contrit. Pharisiens 3 : Publicains 0 ? Tout doux, tout doux ; ne nous emballons pas ! Regardez mieux et écoutez ce que dit Jésus : Quand ce dernier (le publicain, l’homme de mauvaise vie) rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre (à savoir le pharisien). Pour Jésus, le score est : Pharisien 0 : Publicain 1. Que s’est-il passé pour que nous en arrivions là ?

Il s’est passé un temps de prière, c’est-à-dire un temps qui devait être une rencontre avec Dieu, à l’écoute de Dieu, un temps pendant lequel Dieu pouvait être Dieu, et manifester quelque chose de son amour, de sa tendresse, de sa miséricorde à ceux qui s’adressaient à lui. Le pharisien a visiblement raté sa rencontre : il ne parle que de lui à Dieu, de ce qu’il fait de bien, de sa manière de vivre sa foi. Ce n’est pas que cela n’intéresse pas Dieu ; mais que voulez-vous que Dieu fasse pour lui à part, éventuellement, l’admirer ? Il n’a besoin de rien ; il n’attend rien de Dieu ; il se décerne à lui-même les bonnes notes de conduite. A quoi lui sert de rencontrer Dieu ? A quoi lui sert sa prière ? Elle n’est que tournée vers lui, vers sa satisfaction personnelle. Dieu n’est là que pour l’écouter parler de lui et non pas pour lui parler. Il a oublié qu’il est aussi une créature de Dieu et que celui-ci est plus grand que tout, plus grand que lui.

Le publicain, au contraire, dans sa crainte de Dieu et dans la reconnaissance de sa petitesse et de ses limites, se présente devant Dieu dans toute sa pauvreté et attend de Dieu qu’il le prenne en pitié. Il a besoin de Dieu ! Il a besoin que l’amour de Dieu lui soit manifesté, puisque les autres ne lui en manifestent guère. Il sent bien que le seul qui pourrait quelque chose pour lui, c’est Dieu. Alors il vient, doucement, prudemment, humblement vers Dieu et confesse ses faiblesses, son vide, son besoin urgent de compter pour quelqu’un. S’il devient juste, c’est parce qu’il a frappé à la bonne porte. Dieu n’attendait que lui pour lui dire qu’il est aimé, pardonné, élevé. Elevé, c’est justement le mot que nous utilisons à Pâques pour parler de Jésus qui, s’étant abaissé jusqu’à la mort, et la mort de la croix, a été élevé d’entre les morts par la toute-puissance d’amour de Dieu le Père.

Le pharisien était trop plein de lui, de ses bonnes actions, pour se rendre compte qu’il avait toujours et encore besoin de Dieu pour être sauvé. Lui seul sauve, lui seul rend juste. Le publicain s’est fait petit devant Dieu, reconnaissant que Dieu seul pouvait encore quelque chose pour lui. Il n’a rien à présenter à Dieu, il a tout à recevoir de lui. Vide de tout, il peut être comblé par Dieu, et donc sauvé. Apprenons de ces deux hommes le sens de la vraie prière : c’est celle qui nous détourne de nous pour nous tourner vers Dieu. Ainsi seulement, Dieu pourra-t-il nous attirer à lui et nous sauver. Jésus a bien raison quand il nous avertit ainsi : Qui s’élève, sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé. Amen.




(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)

samedi 28 août 2010

22ème dimanche ordinaire C - 29 août 2010

Sois humble, sois libre !


Une lecture trop rapide de l’évangile pourrait nous entraîner sur une voie moralisante aujourd’hui. Les paraboles entendues ont un goût de : « fais pas ci, fais pas ça ! » Essayons donc de dépasser cette approche et entrons dans le cœur de ces histoires. Pour mieux les comprendre, ouvrons l’évangile de Luc pour bien resituer le passage que nous avons entendu. Il commence par une guérison le jour du sabbat, après cette question de Jésus : « Est-il permis de guérir ou non, le jour du sabbat ? » Une manière d’affirmer que ce qui compte, c’est l’homme et le bien qu’il peut faire. Le passage que nous avons entendu se poursuit par cette exclamation d’un des convives : « Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu ! » Et une nouvelle parabole sur les invités au festin qui s’excusent de ne pouvoir venir et qui sont remplacés par ceux qui traînent dans les rues. Ainsi resituées, nos paraboles prennent leur vrai sens : elles ne sont pas une leçon de moral mais un avertissement adressé à ceux qui veulent entrer dans le Royaume. Elles sont un appel à vivre une plus grande liberté.


Est vraiment libre celui qui est humble ! C’est ce que nous enseigne la première parabole. Elle est pleine de bon sens. Qui d’entre nous aimerait se faire remettre à sa place publiquement lors d’un dîner s’il a pris une place qui n’est pas la sienne ? Imaginez-vous un instant la honte de celui qui s’entendrait dire : « Laisse ta place, elle n’est pas pour toi ! » Pour éviter ce genre de désagrément, Jésus invite à l’humilité. Ne te sur-estime pas ! Ne sous-estime pas non plus ceux qui sont invités ! Ne cherche pas de manière obsessionnelle la première place ; ainsi tu seras honoré lorsque tu seras invité à t’approcher des places d’honneur. Ce qui est vrai de nos repas humains, l’est aussi du repas que Dieu nous prépare. Car c’est bien dans cette perspective que Jésus parle aujourd’hui. Il prend l’exemple de nos coutumes humaines pour nous rappeler que nous sommes invités au repas de l’amour que Dieu donnera lorsque nous lui serons parfaitement unis. Ce qui comptera, ce ne sera pas forcément d’y avoir la première place, d’être celui qui sera tout devant. Ce qui comptera, ce sera simplement d’y participer. La parabole de dimanche dernier nous le disait à sa manière. Le meilleur moyen d’y participer, est de savoir quelle est sa vraie place, de s’y préparer et de tenir cette place dès maintenant. L’invitation à l’humilité adressée et par la première lecture et par l’évangile, n’est pas une invitation à se mépriser. Etre humble ne signifie nullement se rabaisser ! Etre humble, c’est savoir quelle est ma place face à Dieu, savoir et accepter que je ne suis pas Dieu, que je suis créé par lui et écouter sa Parole de vie.

Est vraiment libre celui qui sait s’ouvrir aux autres, celui qui ne se laisse pas enfermer dans des cercles de relations trop étroits ! C’est ce que nous rappelle la deuxième parabole. Lorsque tu invites, n’invite pas seulement ceux qui te ressemblent, ceux qui peuvent faire la même chose pour toi. Invite aussi gratuitement ! Alors toi aussi, tu seras reçu gratuitement dans le Royaume ! Si nous n’invitons que ceux que nous estimons nos égaux, comment pourrions-nous être invités par Dieu ? Aurions-nous la prétention de lui être égal, nous qui sommes pécheurs ? Montre-toi libre dans tes choix, dans tes engagements ; fais des choses gratuitement, sans que cela te rapporte argent, estime ou gloire. Si tu sais te montrer généreux envers les autres, Dieu pourra se montrer généreux envers toi ! Heureux seras-tu alors, car ta générosité provoquera la générosité de Dieu et tu seras reçu à son repas !

Loin de nous présenter des règles morales, Jésus nous indique la route à suivre pour parvenir au repas que Dieu nous prépare. Il nous précise en quoi consiste cette porte étroite qu’il nous invitait à franchir la semaine passée. Sois humble, sois libre : ainsi aucune porte ne te paraîtra trop étroite ! Sois humble, sois libre : ainsi aucune place ne te semblera dévalorisante ! Sois humble, sois libre, et tu connaîtras la joie de participer au repas des noces de l’Agneau ! Heureux ceux qui y sont invités ! AMEN.



(Dessin : Editions CRER, 2005 - B. Debelle)