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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 3 octobre 2026

27ème dimanche ordinaire A - 4 octobre 2026

 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs.

(Prédication donnée en la paroisse de Bitschhoffen, en Alsace, à l'occasion de leur fête patronale)









 

            La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle (Ps 117, 22). Ce passage du psaume 117 (118), cité par Jésus lui-même dans l’évangile de ce dimanche, a toujours été attribué par les chrétiens au Christ qui, en livrant sa vie sur la croix, est devenu cette pierre rejetée. Et la parabole de ce dimanche, que cette citation conclut, est une annonce évidente de son procès et de sa mort. Mais avant de parler de sa Passion, cette parabole nous parle de Dieu, des hommes et des rapports entre les deux.

            Il ne fait de doute pour personne que ce propriétaire qui a planté une vigne et qui a tout fait pour qu’elle porte du fruit, c’est Dieu. Le rapprochement évident avec le chant de la vigne du prophète Isaïe, entendu en première lecture, renforce cette interprétation. Nous n’avons pas le temps de relire les trois premiers chapitres du livre de la Genèse qui nous parlent de la création et de la chute de nos premiers parents ; je vous invite à le faire dans la journée. Mais quand nous lisons ces textes, nous comprenons la bonté de Dieu qui a créé le monde et qui a placé l’homme au sommet de sa création. Nous comprenons aussi la déception de Dieu quand il constate que l’homme et la femme qu’il a créés, n’ont pas tenu leur part de l’alliance qui leur était proposée. Ils ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, seul fruit défendu de toute la création. Dans la parabole, nous voyons Dieu confier sa vigne à des vignerons. Nous pouvons les identifier de deux manières : si nous considérons la vigne comme la totalité de la création, les vignerons seront l’humanité qui en a reçu la garde ; si nous considérons la vigne comme le peuple que Dieu s’est choisi (en accord avec le chant de la vigne d’Isaïe), alors les vignerons sont les responsables de ce peuple, censés le guider et le garder dans l’Alliance avec Dieu, afin qu’il porte de bons fruits. Dans les deux cas, l’humanité a échoué à rendre à Dieu les fruits qu’il en attendait.

Au regard de la création, nous constatons hélas d’année en année, les méfaits et les conséquences dramatiques de la mauvaise gestion par l’homme des ressources de la terre. Nul ne peut honnêtement prétendre que la crise climatique et environnementale, que nous subissons tous avec plus de force chaque année, soit un bon fruit à remettre à Dieu. Les vignerons qui se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième, existent toujours, quelquefois au plus haut niveau de responsabilité. Ce sont tous ceux qui nient l’évidence même de la mauvaise gestion et de la réalité de ses conséquences. Puisque le 4 octobre l’Eglise célèbre Saint François d’Assise, et la fin du temps pour la création, il me semblait important de souligner aussi cette interprétation possible de la parabole.

Au regard du peuple que Dieu s’est choisi, avec Jésus, il nous faut désormais dépasser l’interprétation du chant de la vigne. Nous pouvons considérer toute l’humanité comme la vigne plantée par Dieu. Et les vignerons seront alors les chefs spirituels, quelle que soit leur religion, et les chefs temporels, quel que soit le pays et les orientations politiques, qui n’ont pas toujours su guider ce peuple dans les voies de la sagesse et de la fidélité à l’alliance entre Dieu et les hommes. Tous les pays, toutes les religions, ont eu leurs martyrs, hommes et femmes qui ont osé s’élever contre les tyrannies et les excès, le non-respect des droits fondamentaux de tout humain, ou qui ont eu à subir l'innommable de la part de ceux et celles qui avaient autorité sur eux. Les serviteurs frappés, lapidés, tués, sont nombreux à travers le temps et l’histoire pour avoir osé simplement rappeler les droits de Dieu, les droits des hommes et des femmes opprimés. Aujourd’hui encore, il en existe, hélas. Martyrs à cause de leurs opinions politiques, martyrs à cause de leur foi. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous habituer à égrener leurs noms, avec la conviction que nous ne pouvons rien faire contre.

La parabole parle de la conviction du maître de la vigne que les vignerons respecteront [son] fils. Il n’en fut rien ; comme les serviteurs avant lui, ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Pour les chrétiens, ce fils, c’est Jésus qui sera trainé hors de Jérusalem et mis à mort. Celui qui était la Parole de Dieu, les chefs du peuple et du Temple l’ont fait taire, définitivement. Quand Dieu devient trop évident, quand Dieu est perçu non comme celui qui invite à la conversion, mais comme l’empêcheur de vivre comme l’homme le veut, il faut le supprimer. Est-ce que cela a arrêté le massacre ? Nous constatons aujourd’hui encore, que même la mort du fils unique, n’a rien changé. Dieu, pour certains, est toujours à dégager, à ridiculiser, et ceux qui le servent fidèlement ne peuvent connaître que le même sort. Au mieux, ce sont de doux rêveurs ; au pire, les contradicteurs d’un monde qui n’a plus de sens commun et qui se donne des repères qui changent au gré des modes et des envies. Ils ont beau les transformer en lois, ces repères nouveaux n’en deviennent pas nécessairement moraux, surtout lorsqu’ils méprisent les faibles et qu’ils prétendent changer le sens même de la vie humaine et de sa dignité infinie. Le Pape Léon l’a rappelé avec force et détermination lors de son voyage en France.

Vos ancêtres ont donné à votre communauté paroissiale comme patron et modèle, Saint Maurice. Il fut le chef de la légion thébaine, dans l’armée romaine. Il est mis à mort vers 286, avec d’autres soldats chrétiens, pour avoir refusé de renoncer au Christ. Il a été ainsi identifié au fils unique, livré à la mort à cause de ce qu’il tenait pour vrai au sujet de Dieu et des hommes. Il a refusé, avec ses compagnons, de reconnaître l’empereur comme Dieu, refusant que des hommes s’attribuent un rang et des honneurs qui ne leurs reviennent pas. Il vous oblige ainsi, autour de votre curé, à toujours rendre compte de votre foi et de votre espérance avec courage, et à témoigner d’une charité réelle envers tous, en particulier envers les petits. Maurice, dans son refus de renier sa foi, a suivi l’enseignement de Paul dans sa lettre aux Philippiens : Tout ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la Paix sera avec vous. Ce n’est pas en prenant la place de Dieu, mais en tenant sa place propre, et en suivant l’Evangile du Christ qui nous invite à l’amour de Dieu et de nos frères et sœurs en humanité, que l’homme trouve la paix véritable. Puisse le courage de Maurice et de ses compagnons nous inspirer et nous entraîner à cette fidélité absolue à Celui qui a donné sa vie pour nous : le Christ Sauveur. Amen.

samedi 2 mars 2024

3ème dimanche de Carême B - 03 mars 2024

De Moïse à Jésus : une Alliance qui engage à la fidélité.




(Tableau de Chagall, Moïse recevant les tables de la Loi. 

 

 

 

 

            Il était inévitable, dans la relecture des grandes alliances que Dieu a passées avec l’humanité, de parler de l’Alliance faite avec Moïse. Le don de la Loi sur le Sinaï dépasse les alliances faites avec Noé et Abraham, au sens où cette nouvelle alliance ne concerne plus seulement une personne, mais tout un peuple. Une Loi fondamentale commune est bien un des marqueurs, avec la terre commune et un chef commun, de ce qui fait un peuple. 

Cette nouvelle alliance, si elle est formulée au singulier, concerne à la fois chacun pris dans son individualité, mais aussi chacun pris dans la totalité de ce peuple en formation. Le « Tu », c’est à la fois le peuple et chacun de ses membres. S’il y a une responsabilité individuelle devant la Loi que Dieu donne, il y a aussi une responsabilité collective. C’est déjà une manière de nous rendre responsable les uns des autres. Je ne peux pas simplement me dire : Je respecte la Loi de mon côté, je fais ma petite cuisine avec Dieu, mon petit salut à moi tout seul. Non, je fais partie d’un peuple, du peuple que Dieu s’est choisi, et à ce titre, je suis responsable aussi des autres et de leur manière de vivre avec Dieu. L’alliance que Dieu conclut avec Moïse s’étend à tout son peuple. C’est bien pour cela que Moïse, redescendant du Sinaï et constatant que le peuple avait fabriqué un veau d’or pour figurer ce Dieu libérateur, brisera les tables de la Loi plutôt que de les garder pour lui tout seul. C’est aussi pour cela que Moïse prendra si souvent la défense de ce peuple à la nuque raide alors que Dieu avait fait choix de le détruire en punition des trop nombreux péchés commis par le peuple et dans le peuple. Moïse avait bien compris, même si cela lui coûtait, que cette alliance engageait chacun individuellement et tous collectivement dans une fidélité envers Dieu. Au cœur de cette alliance, Dieu lui-même proclame sa fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et observent ses commandements. L’alliance avec Moïse, parce qu’elle est pour tous et pour chacun, suppose que je sois attentif à mon frère et que je sois en mesure, fraternellement, de le remettre sur le droit chemin s’il s’en écarte. Les nombreux prophètes qui avertissent le peuple d’une destruction possible s’il ne revient pas vers Dieu, en témoignent selon moi. 

C’est cette même fidélité à l’alliance que Jésus défend lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Il aurait pu se fendre d’une simple parole critique au sujet de la présence de ces marchands dans l’enceinte du Temple. Mais non ; au lieu de cela, il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple. Cela a dû marquer les esprits, pour sûr. Le geste qu’il pose ainsi, il ne le fait pas pour lui ; il le fait pour ces petits qui ne peuvent qu’être choqués par ces trafics ; il le fait pour rappeler à tous que le Temple, c’est la maison de Dieu, le signe de sa présence au milieu de son peuple. Le peuple doit en être conscient en tant que peuple choisi ; et chacun de ses membres doit en être conscient au point de se sentir concerné par ce qui se vit là. Tous ensemble, et chacun individuellement, auraient dû comprendre spontanément, pourquoi Jésus a posé ce geste violent. Mais force est de constater que certains s’accommodaient de ce trafic puisqu’ils interpellent Jésus : Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? Autrement dit, de quel droit fais-tu cela ? Il le fait au nom du droit qu’à chacun, dans le peuple de Dieu, de reprendre son frère quand il est dans l’erreur. Ce qui fait que chacun aurait pu, chacun aurait dû réagir, et depuis longtemps, comme Jésus devant cette présence incongrue des marchands dans le Temple. Quand collectivement le peuple admet quelque chose qui est mal, le juste, perdu dans ce peuple, ne peut se taire, ne peut accepter et doit dénoncer, sous peine de se rendre complice de ce mal. Il ne doit être étonnant pour personne que Jésus, le Juste parmi les justes, remette les choses dans l’ordre qui convient au lieu. Il est ainsi fidèle à sa mission qui est d’inviter tous et chacun à la conversion. 

En relisant ces textes, nous sommes interrogés sur notre fidélité à l’alliance que Dieu a conclue avec nous en Jésus, mort et ressuscité. Comme l’alliance avec Moïse, cette nouvelle Alliance en son sang, appelle une fidélité personnelle de chaque croyant, mais aussi une fidélité de l’Eglise à sa mission, Eglise dont nous sommes membres. Quand quelque chose ne me plaît pas dans cette Eglise, je ne peux pas juste dire que l’Eglise, c’est les autres, comprenez le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Je ne peux pas dire : Jésus, oui ; l’Eglise, non. Je suis attaché à Jésus par l’Eglise qui me le fait connaître et qui essaie, malgré l’imperfection de ses membres, de témoigner de Lui, de son amour et de sa miséricorde. Nous sommes l’Eglise, pour reprendre ce titre qu’un groupe de chrétiens s’est donné. Oui, mais nous sommes l’Eglise dans chacun de ses aspects, les bons comme les mauvais. Nous sommes l’Eglise sainte, parce que Dieu est Saint et nous appelle à partager sa sainteté. Mais nous sommes aussi l’Eglise pécheresse parce que, collectivement et individuellement, nous ne sommes pas encore parfaits comme Dieu est parfait. Que l’écoute renouvelée de la Parole de Dieu et la communion à son Eucharistie nous donnent d’approfondir notre fidélité à Dieu… qui nous est toujours fidèle, que nous soyons saints ou pécheurs. Amen.

samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.

samedi 11 juillet 2020

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2020

Une parabole pour nous encourager.





            Nous aurions tort de faire de cette parabole une leçon de morale. Nous aurions tort d’utiliser cette parabole pour essayer de classer les gens en différents groupes, selon qu’ils écoutent un peu, beaucoup ou pas du tout la Parole de Dieu. Cette parabole, comme toute la Parole de Dieu au demeurant, ne veut pas dispenser un cours, mais une invitation ; une invitation à vivre mieux notre propre rapport à Dieu. 

            Si l'on retire d'emblée le bord du chemin qui ne produit rien, il reste trois types de terres qui ne sont pas trois catégories de personnes. Ces trois types de terre (sol pierreux, plein de ronces et bonne terre), c’est chacun de nous, selon les jours, selon les moments vécus. Il y a des jours où la détresse l’emporte, nous rendant sourds à la Parole que Dieu nous adresse. L’épreuve que nous traversons est tellement grande que même Dieu nous a abandonnés, nous semble-t-il ! C’est la situation que nous pouvons connaître aujourd’hui encore, lorsque nous avons mal vécu la crise sanitaire dont nous ne sommes pas encore débarrassés. Les invitations à l’espérance n’ont aucune prise sur nous, nous nous enfermons, nous nous replions et les allègements de mesures, au lieu de nous réjouir, ne font que renforcer notre détresse, notre peur. Quand bien même nous relirions tous les prophètes qui invitent à l’espérance au plus fort de la détresse, rien ne changerait. La Parole ne serait plus que des mots, vides et sans saveur. Je prends l’exemple de la crise Covid parce qu’elle nous a tous touchés ; mais n’importe quelle crise personnelle spirituelle peut avoir le même effet. La Parole de Dieu, si belle et puissante soit-elle, ne nous touche plus ; elle n’atteint plus notre cœur. Nous sommes dévorés par l’angoisse. 

            De même, nous connaissons tous des jours où tout va bien. Pas de crise à l’horizon, pas même un petit nuage. La Parole de Dieu peut retentir en nous, nous aimons la fréquenter. Mais il y a cette petite musique qui interfère avec elle. Un petit souci, souvent pas grand-chose, mais qui nous tient en alerte. La Parole de Dieu devient secondaire ; il y a tant de choses plus importantes qu’elle, nous semble-t-il. Ainsi, pendant le confinement, quand il n’y avait rien d’autre à faire, nous avons été nombreux à avoir une attention renouvelée pour la Parole de Dieu. Il n’y avait que cela à faire. Mais maintenant que la vie reprend son cours, la Bible est rangée, elle reprend la poussière. Ce n’est pas que nous ne l’aimons plus, mais nous avons d’autres priorités. La relance économique ne souffre pas de délais ; c’est notre objectif numéro 1. Dommage pour la Parole qui pourrait donner sens à tout cela. Nous le reprendrons à la prochaine crise ; on ne sait jamais… 

            Enfin, nous connaissons tous des périodes où la Parole est le tout de notre vie ; elle oriente nos choix, guide nos décisions, donne sens à notre action. Nous sommes heureux dans ces moments-là. La Parole entendue, méditée et mise en œuvre porte du fruit, à raison de cent ou soixante, ou trente pour un. Qu’importe le rapport ; ce qui compte, c’est ce qu’elle produit en nous, car elle ne produit toujours que du bien, du mieux. Même les épreuves que nous pouvons traverser ne nous font pas lâcher la Parole. C’est ainsi que devrait être notre vie, chaque jour. C’est ainsi qu’elle peut être chaque jour. Cela ne tient qu’à nous. Car enfin, ce n’est jamais la Parole qui nous quitte, mais bien nous qui la rangeons soigneusement. Cette parabole de Jésus est là pour nous rappeler que le grain de la Parole est toujours semé ; elle nous encourage à rendre la Parole première. Elle est efficace, elle agit, elle ne revient pas [à Dieu] sans avoir fait ce qui [Lui] plaît, sans avoir accompli sa mission. L’assurance du prophète doit devenir nôtre, pour que nous restions bonne terre même lors des plus grandes tribulations. 

            Que ce temps de vacances, ce temps de changement de rythme, soit un temps favorable, non seulement pour reprendre la Parole, mais pour nous attacher à elle plus fortement encore. Et lorsque viendront épreuves et découragements, demandons la grâce de tenir bon pour que la Parole puisse encore produire en nous de bons fruits. Amen.

 

 (Hortus deliciarum, Le semeur est sorti pour semer)

samedi 5 octobre 2019

27ème dimanche ordinaire C - 06 octobre 2019

Dimanche du judaïsme.







Ce dimanche, situé entre le nouvel an juif et la fête de Yom Kippour, est pour nous, chrétiens, le dimanche du judaïsme, qui doit « nous rappeler nos racines juives et nous faire prendre conscience de la mission spirituelle du peuple juif appelé à sanctifier le nom de Dieu ». Nous pouvons nous réjouir avec eux et les porter dans notre prière, en ces jours où ils revivent de manière particulièrement forte le pardon, la conversion du cœur et la joie d’être réconcilié en Dieu. La succession des fêtes (Roch Hachana, Yom Kippour et Souccoth) doit nous interpeler également dans notre rapport à Dieu, à son Alliance et à notre fidélité à celle-ci. 

Le prophète Habacuc, que nous avons entendu en première lecture, pose avec acuité la question du Mal, principal obstacle à la foi. Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchainent. Cette expérience n’est propre ni au prophète, ni au peuple juif. Elle est nôtre à bien des moments de notre existence. Beaucoup de nos contemporains, ne sachant réduire cette énigme, font le choix d’abandonner. Si Dieu ne répond pas, c’est peut-être parce qu’il n’existe pas, disent-ils. Entendre cette lecture d’Habacuc, à ce moment particulier du calendrier de nos frères ainés dans la foi, nous permet de trouver dans ces fêtes un début de réponse. La fête de Roch Hachana (le nouvel an juif, qui a été célébré du soir du 29 septembre au soir du 01er octobre) nous fait nous souvenir que Dieu est bon, qu’il a donné la création dont on célèbre l’anniversaire ; mais elle nous rappelle aussi que l’homme a sans cesse à se purifier et à demander pardon, à Dieu et à son prochain, pour le mal commis. Cela montre bien que le mal vient du cœur de l’homme. En même temps qu’il célèbre les dons faits par Dieu dans sa création, il entre dans un temps de purification pour correspondre toujours plus à ce que Dieu attend de lui. Le pardon et la réconciliation avec Dieu et le prochain, célébrés lors de Yom Kippour (du 08 octobre au soir au 09 octobre au soir) ne sont pas alors un moment d’humiliation, mais un temps de grâce et de salut. En demandant pardon, l’homme permet à Dieu de rendre la création, y compris l’humanité, telle qu’il l’avait faite. D’où la joie de la fête de Souccoth qui suit (du 13 octobre au soir au 22 octobre au soir) : quand Dieu pardonne, l’homme est libéré, réconcilié, comme jadis au temps de l’Exode, après la sortie d’Egypte. L’homme sait qu’il pourra toujours compter sur Dieu. 

A ceux qui s’interrogent sur le Mal, une triple réponse est donc donnée : Souviens-toi que Dieu est bon ; purifie-toi et pardonne ; réjouis-toi de ce que Dieu a fait pour toi. Que ce soit Habacuc que nous avons entendu, ou n’importe lequel des prophètes de la Première Alliance, le message est le même. C’est de la fidélité à l’Alliance de Dieu que vient le salut. C’est Dieu qu’il faut servir ; c’est Dieu qu’il faut écouter ; c’est Dieu qu’il faut suivre. Chrétiens, nous ferons un pas de plus en incluant Jésus, dans le processus, comme nous le faisait chanter un cantique de mon enfance : Dieu fait de nous, en Jésus Christ, des hommes libres : tout vient de lui, tout est pour lui, qu’il nous délivre ! La foi de Jésus, qui est celle du peuple juif, devient pour nous foi en Jésus, ce qui nous est propre. Les promesses faites par les prophètes, nous croyons que Jésus les a accomplies. Il est, pour nous, la source du salut pour tous les hommes ; il est celui qui a réconcilié, par son sang, tous les hommes avec Dieu. Il n’y a plus, selon le mot de Paul, ni Juifs, ni païens, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, mais tous, vous ne faites plus qu’un en Jésus Christ. En Jésus, né juif par Marie, mort juif, ressuscité dans la puissance de l’Esprit Saint, la vocation d’Israël d’être lumière menant toutes les nations à la connaissance du Dieu unique et vrai, est devenue réalité. Nous devons remercier le peuple choisi par Dieu pour sa fidélité à l’Alliance première ; nous devons le remercier d’avoir engendré Jésus, qui par une fidélité parfaite nous vaut d’être incorporé au peuple saint, et sauvé par le don de sa vie sur la croix. 

Vous comprenez que nous nous pouvions faire, ni ne pourrons jamais faire l’impasse sur ce temps si précieux pour nos frères ainés dans la même foi. La méditation de leur fidélité à la foi de nos pères communs doit susciter notre propre fidélité à la foi de notre baptême. Rendons grâce à Dieu pour ce qu’il réalise pour nous, réaffirmons notre désir de lutter contre le Mal par une vie toujours plus donnée à Dieu, et réjouissons-nous d’être sauvés par pure grâce, simplement parce que Dieu est bon, parce que Dieu est grand, parce que Dieu est saint et qu’il nous aime, aujourd’hui et toujours. Amen.

(image internet, site https://www.myjewishlearning.com/article/shalom )