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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 1 août 2026

18ème dimanche ordinaire A - 2 août 2026

 Apportez-les moi.





(Icône trouvée sur le net, Source : Multiplication des Pains – Monastère Saint-Gény)


 

            Je suis toujours surpris par ces foules qui suivent Jésus, qui devinent où il va aller et y arrivent avant lui, si bien que quand Jésus débarque, il [voit] une grande foule de gens. Ce qui me surprend encore, c’est que cette foule se met en route sans prévoir l’intendance minimum : une boisson et un petit casse-croûte ou de quoi faire quelques courses en cours de route. Lorsque nous rencontrons Jésus aujourd’hui, la foule est nombreuse et trop peu ont pensé à prendre de quoi manger. Il n’y a là que cinq pains et deux poissons. La proposition des disciples semble la plus raisonnable : Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! 

            La proposition est raisonnable, mais Jésus ne l’est pas, pas à la manière des disciples, pas à la manière des hommes. Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. J’imagine un instant la tête des disciples. Même s’ils ont pensé à prendre à manger pour 13 (les Douze + Jésus), la grande foule de gens dont parle Matthieu resterait très largement sur sa faim. Les disciples ne tardent pas à le faire remarquer à Jésus : nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. Autant dire rien pour autant de monde, à savoir cinq mille sans compter les femmes et les enfants. Autrement dit, le nombre peut vite au moins doubler, si ce n’est plus. Jésus va-t-il se raviser ? Non, il prononce trois mots qui vont tout changer, mais qui pourtant semblent dérisoires à vue humaine : Apportez-les moi. Une bénédiction et quelques fractions plus tard et toute la foule mange à sa faim ; il y a même des restes, et pas que les arêtes des poissons : douze paniers pleins !

            Ne cherchons pas à comprendre mathématiquement comment la chose fut possible. Ne cherchons pas la taille des pains et des poissons pour vérifier si la chose fut possible. Attardons-nous à la signification profonde de ce miracle. Elle tient dans ces trois mots prononcés par Jésus : Apportez-les moi. Ils valent pour la situation à laquelle les disciples sont confrontés au bord du lac. Ils valent pour toutes nos situations. Nous devons comprendre que face aux difficultés de nos existences, il nous faut oser apporter à Jésus le peu que nous avons comme solution. Il nous faut oser lui faire confiance, même si cela semble impossible et irréalisable à vue humaine. Plus c’est irréalisable, plus il nous faut ce courage d’apporter le peu que l’on a à Jésus pour qu’il l’augmente, pour qu’il donne sa pleine puissance à nos petits actes. Nous pouvons avoir l’impression de n’être qu’un petit colibri apportant une goutte d’eau ; Jésus saura la transformer en océan s’il le faut. Le premier acte de ce miracle, c’est que quelqu’un a accepté de donner ces cinq pains et ces deux poissons. Le deuxième acte, c’était de reconnaître devant Jésus, que cela n’est rien face au besoin. Le don du peu et l’acceptation de nos limites humaines, c’est tout ce qu’il faut pour que Jésus puisse quelque chose. Car il peut tout, là où nous ne pouvons plus rien ! Il peut tout quand nous acceptons de risquer pour d’autres le peu que nous avons pour nous ! Le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée, c’est d’abord le miracle du partage et de la confiance absolue en Jésus. 

            Ce miracle qui permet à Dieu de nourrir son peuple se renouvelle en chaque eucharistie. Là Jésus se donne en nourriture pour notre vie. Il est le pain livré et rompu, donné pour la vie des hommes. Il est la réserve inépuisable de la grâce de Dieu pour son peuple. Là où certains ont pensé qu’en faisant mourir Jésus en croix, ils s’en débarrasseraient, Jésus lui-même vient dire que plus on le rompt, plus il se donne ; plus il se donne, plus les hommes vivront par lui. Apportez-les moi. C’est cette même invitation que Dieu nous adresse à propos du pain et du vin au cœur de la célébration de notre eucharistie. Apportez-les moi et j’en ferai le Corps livré et le Sang versé de mon Fils unique ; il sera votre nourriture, il sera votre vie, pour toujours. Le miracle de ce dimanche est un avant-goût de ce miracle permanent en chaque eucharistie où le Christ est donné en nourriture pour la multitude. Jamais il ne manquera à celui qui a faim de lui, faim de la vraie vie, faim de Dieu. 

            Apportez-les moi. Il nous faut aussi entendre dans cette invitation de Jésus, une invitation à nous approcher de lui. Car en effet, comment lui apporter quelque chose, si nous restons loin de lui ! Jésus n’a pas dit : envoyez-les moi, mais bien apportez-les moi. Sans ce déplacement physique et spirituel, rien n’est possible. D’ailleurs, aucun miracle n’est possible quand l’homme reste éloigné du Christ. Et dans ce déplacement auquel nous consentons, nous pouvons emporter avec nous quantité de personnes qui sont éloignés de Dieu, qui n’osent plus s’approcher de lui, qui n’osent plus croire en lui. C’est pour cela, qu’avant de nous approcher de la table eucharistique, nous confions à Jésus nos prières pour nos frères et sœurs en humanité. Nous ne les confions pas par paresse, parce que nous ne voulons rien faire pour eux ; nous les confions par nécessité, parce que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien pour eux, mais que lui, Jésus, peut encore tout. Il y a chaque dimanche, les demandes « officielles », celles qui sont faites au micro, au nom de notre communauté. Mais n’oublions pas que nous pouvons lui confier aussi nos demandes plus personnelles, lui apporter telle personne, telle situation, pour laquelle nous ne pouvons plus rien, mais attendons de lui sa grâce et sa miséricorde. N’oublions pas de formuler nos prières dans le secret de notre cœur pour que Jésus puisse les prendre avec lui et les offrir avec lui à son Père et notre Père.

            Apportez-les moi. Trois mots tout simples, mais qui comportent une profondeur spirituelle et qui peuvent porter devant Dieu la multitude pour laquelle Jésus s’est offert sur la croix. Rien, ni personne n’est trop petit pour Jésus ; son attention, son amour et sa miséricorde sont pour tous. Ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet de nous approcher de lui ; ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet d’approcher de lui les hommes et les femmes de notre temps qui ne trouvent pas, qui ne trouvent plus le chemin vers le Christ. Et le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée pourra se poursuivre longtemps. Amen.

samedi 6 juin 2026

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ A - 7 juin 2026

Souviens-toi !  







 

            Souviens-toi ! C'est la consigne donnée par Moïse à son peuple pour qu’il n’oublie jamais l’œuvre de Dieu en sa faveur quand, affamé dans le désert, il a reçu de Dieu la manne, et quand assoiffé, Dieu a fait jaillir pour lui l’eau de la roche la plus dure. Souviens-toi ! De la même manière, nous sommes invités aujourd’hui à faire mémoire de l’œuvre du Christ pour nous quand, au soir du jeudi saint, il a partagé à ses disciples le pain et le vin, signes de son corps et de son sang livrés pour nous. L’Eucharistie, instituée ce soir-là, devenait, pour les disciples du Christ et à jamais, la source et le sommet de leur foi, rendant présent pour toujours le Christ dans un morceau de pain et un peu de vin consacré. La solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons vient nous redire ce grand mystère d’un Dieu qui ne cesse de se donner totalement pour notre salut.

           Souviens-toi de la source de ton salut, le Christ livré sur la croix. Dans un monde en perte de repères, il est bon de pouvoir lever les yeux vers le Crucifié pour découvrir en lui celui qui nous offre sa vie. La croix résume et condense toute l’œuvre de Jésus qui n’a cessé, à travers son enseignement et ses gestes de nous dire l’immense amour de Dieu pour chacun. A nous qui avions si souvent rompu son Alliance, était donné dans ce Corps livré, une Nouvelle Alliance, une Alliance Eternelle, scellée dans le sang versé. Puisqu’en Jésus, Dieu lui-même s’offrait tout entier, personne désormais ne pourrait briser cette Alliance. L’humanité peut choisir de l’ignorer, mais Dieu ne peut pas la retirer, parce qu’il ne peut cesser d’aimer cette humanité pour laquelle il a donné son Fils. La vie du Fils unique de Dieu prend avec elle la vie de toute l’humanité pour la faire passer par la croix et la faire entrer dans la gloire de Dieu. De la croix, nous recevons une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu, que rien, pas même la mort, ne peut nous enlever. Nous pouvons choisir d’y renoncer, mais Dieu ne peut pas nous l’enlever, à cause de Jésus qu’il voit en chacun de nous. Par le sacrifice de Jésus sur la croix, auquel nous participons par notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, Dieu nous reçoit comme ses fils et ses filles. Dans l’acte même qui l’a défiguré, Jésus nous a transfiguré, faisant de nous ses frères et sœurs. Dieu ne peut revenir sur cet acte de salut qui inaugure et fonde la foi des disciples de son Fils.

            Souviens-toi aussi du sommet de ta foi. Tu es appelé à plus grand que ta vie ici-bas. Tu as un avenir auprès de Dieu, pour toujours. La Foi est toujours accompagnée par sa sœur Espérance. L’Eucharistie, qui nous fait faire mémoire de Jésus qui est mort et ressuscité, nous tourne aussi vers notre avenir, le retour du Christ dans la gloire qui nous verra entrer dans la gloire de Dieu. Au cœur de la prière eucharistique, il y a ce chant de l’anamnèse qui résume bien cela. A l’invitation du prêtre : Il est grand le mystère de la foi, nous répondons : nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection (voilà pour la source de notre foi), nous attendons ta venue dans la gloire (voilà pour notre espérance et le sommet de notre foi). Il n’y a rien de plus grand et de plus beau, de plus actuel et en même temps de plus engageant pour l’avenir, que l’Eucharistie. Dieu se donne tout entier et nous donne tout, pour aujourd’hui et pour demain. Ce sacrement est le Pain des forts, de ceux qui ont fait le choix de vivre selon l’enseignement de Jésus Christ et qui puisent dans ce pain et ce vin partagés la force de tenir bon chaque jour. Mais l’Eucharistie est aussi le Pain d’efforts qui nous encourage, nous nourrit et nous permet de nous relever pour reprendre la route à la suite du Christ lorsque nous sommes tombés sur le chemin. Elle n’est pas la récompense pour enfants sages que certains nous présentent ; elle est l’indispensable nourriture pour celles et ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu, mais se savent aussi pécheurs et qui ont besoin que Dieu les nourrisse pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts à la suite du Christ. Dieu, par l’Eucharistie, veille sur nous pour que nous arrivions à bon port. Il n’y a rien de plus grand dans la vie d’un chrétien que de recevoir ce Pain des anges ; il n’y a rien de plus utile dans la vie d’un chrétien que de communier au Christ pour que sa vie se diffuse en eux ; il n’y a rien de plus urgent pour les chrétiens que de rendre gloire à Dieu pour ce don sans cesse renouvelé et pour sa présence permanente dans notre monde. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est le sommet de notre foi.

             Souviens-toi enfin que, sauvé par le Christ livré sur la croix et ressuscité d’entre les morts, tu es invité à conformer ta vie à son Evangile. La Foi et l’Espérance ont une troisième sœur qui se nomme Charité, par laquelle les chrétiens rendent le Christ présent et agissant auprès de celles et ceux qui ont moins de chance, auprès de celles et ceux qui sont blessés par la vie, auprès de celles et ceux qui ont perdus toute espérance. L’Eucharistie que nous recevons nous renvoie toujours vers eux quand le prêtre ou le diacre conclut la célébration par : Allez dans la paix du Christ. Il faut entendre, dans cet ultime souhait, un envoi vers nos frères et sœurs en humanité pour témoigner de ce que nous avons vécu et pour les aider très concrètement dans leur vie humaine et, quand cela est possible, de les aider aussi dans leur vie de foi. L’Eucharistie construit ainsi l’Eglise pour en faire ce lieu de rassemblement de toute l’humanité voulue par le Christ.

Que notre Eucharistie nous redonne le goût et le sens de ce rassemblement où s’origine notre foi, se construit notre avenir et où notre aujourd’hui trouve son sens plénier : nous unir toujours plus au Christ qui nous aime et nous sauve. Amen.


samedi 25 avril 2026

4ème dimanche de Pâques A - 26 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous offre la vie en abondance





 

            Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui nous reste en mémoire quand nous rentrons chez nous après la messe ? Nous entendons chaque dimanche quatre lectures, si l’on compte le psaume, et qu’emportons-nous ? La réponse va probablement varier en fonction des personnes, de notre humeur, de notre attention, du temps liturgique que nous célébrons, et que sais-je encore ? Pourtant, au cœur de toutes nos liturgies, il y a une certitude qui ne doit jamais nous abandonner, et que l’évangile de ce dimanche remet au centre : c’est la raison pour laquelle Jésus est venu en ce monde ; la raison pour laquelle il a donné sa vie. Chacune de nos eucharisties nous remet face à ce mystère. Je ne dis pas que vous pouvez oublier tout le reste ; mais ce cœur de la foi, quand bien même la célébration ou l’homélie devaient être ennuyeuses, vous devriez le retrouver et en rendre grâce.           

            Je vais immédiatement enlever une réponse inappropriée : Jésus n’est pas venu en ce monde pour mourir en croix et ressusciter. Mourir et ressusciter, c’est de l’ordre des moyens employés, ce n’est pas la raison pour laquelle il est venu en ce monde. Ceux qui ont encore en mémoire le catéchisme par questions-réponses, pourraient retrouver la raison principale de la venue de Jésus en ce monde à partir de cette question simple : que procure la foi ? La vie éternelle ! Oui, Jésus est venu en ce monde pour que ses brebis aient la vie, la vie en abondance. Et il faut entendre cette précision apportée par Jésus lui-même : la vie en abondance. Ce n’est pas une petite vie qu’il nous offre ; non, c’est la vraie vie, celle qui ne finit pas, celle que la mort elle-même ne saurait arrêter. Dieu n’est pas avare de cette vie largement donnée par Jésus mort et ressuscité. Nous le voyons dans les Actes des Apôtres : environ trois milles personnes se joignirent aux Apôtres au seul jour de la Pentecôte ! Le premier discours de Pierre, c’est tout ce qu’il fallait pour que trois milles personnes comprennent et désirent recevoir ce don de la vie éternelle offert par Dieu, en Jésus mort et ressuscité. Et il est impossible de compter, depuis ce premier discours, combien, à travers le temps et l’Histoire, ont compris que Dieu nous dit son amour en nous offrant cette vie en abondance ! Rien qu’aujourd’hui, nous sommes 2,3 milliards de chrétiens dans le monde. Je vous laisse imaginer ce que cela peut représenter en 21 siècles ! Je ne peux pas croire, avec autant d’ainés dans la foi, que j’ai pu, que nous puissions nous tromper lorsque nous accordons notre foi au Dieu Père, Fils et Esprit Saint que nous confessons avec tous les chrétiens.

            Que certains veuillent falsifier la foi, s’en servir à mauvais escient, Jésus lui-même nous avertit que cela peut arriver. Mais il nous rassure aussi en nous disant que nous connaissons sa voix à lui et que nous savons qui écouter. Les voleurs, les bandits, les falsificateurs de la foi, il y en a eu et il y en aura encore. Mais il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais qu’un seul Christ, qu’un seul vrai pasteur. Et il est encore écouté aujourd’hui quand il parle à travers ceux qu’il envoie porter sa parole. Voyez le Pape Léon. Si vous avez suivi son récent voyage en Afrique, vous aurez peut-être été frappés par l’authenticité de son message, la clarté de sa prédication, sans peur et sans haine, alors même qu’il nous appelait tous à plus d’humanité, à mettre fin aux guerres, aux querelles d’égo, aux dictatures de toutes sortes, qu’elles soient d’ordre politique, économique ou technologiques. A la suite du Christ, il appelait à une vie plus grande, plus digne, plus respectée et plus respectueuse pour tous. Même à la prison qu’il a visité dans l’un des pays, il a rappelé la dignité de tout homme, y compris de ceux qui se retrouvent derrière des barreaux, et que rien de ce qu’ils ont pu faire ne justifiait envers eux l’usage de comportements dégradants. Le but de la prison n’est pas de casser des hommes et des femmes, mais de leur permettre de retrouver une place dans la société une fois leur peine accomplie. Sa parole claire nous remet tous devant l’exigence d’être à la hauteur de cette vie que Dieu propose à tous.

            L’eucharistie qui nous rassemble vient comme raviver cette vie éternelle à laquelle nous participons déjà par notre baptême. Et le Pain eucharistique nous est donné pour nourrir cette vie, pour la faire grandir en nous, et nous rendre forts dans cette vie nouvelle. En effet, Pierre le rappelle dans sa première lettre, le Christ nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces. Ce don de la vie éternelle, de la vie en abondance, suppose que, comme Jésus, nous refusions le péché, le mensonge, l’insulte, la menace et que nous choisissions au contraire l’abandon à Celui qui juge avec justice. En lui seul est la vie véritable parce qu’il est le seul à donner la vie éternelle. Les propositions faites par d’autres ne sont que des ersatz de mauvaises qualités qui ne mènent nulle part. Que l’eucharistie célébrée et reçue nous donne d’y voir clair et la force de nous engager à la suite du seul vrai berger : le Christ Jésus, qui a donné sa vie pour que nous ayons la vie éternelle. Amen.

samedi 18 avril 2026

3ème dimanche de Pâques A - 19 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il se révèle à nous dans sa Parole et le Pain partagé.



(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)





 

             Nous avions eu quelques indices, au long de la Semaine Sainte. Les signes étaient puissants au soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas. Un lavement des pieds et surtout des paroles mystérieuses sur le pain et le vin, des gestes à refaire en mémoire de lui. Mais voilà, le Vendredi Saint a suivi, avec la mort ignominieuse, et nous avons tout oublié. Notre chagrin, notre révolte, ont comme gommé ses gestes ; ils ont bloqué dans notre mémoire les paroles de ses trois années d’enseignement. Il ne nous restait que nos yeux pour pleurer et une espérance détruite. C’est l’expérience faite par ces disciples qui rentrent chez eux à Emmaüs jusqu’à ce que…

            Jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par un inconnu qui les interroge. De quoi discutez-vous tout en marchant ? S’ils pensaient être discrets, les deux disciples sont pris en défaut. Leur peine est si grande qu’ils ne se sont pas rendu compte qu’on pouvait les entendre. A moins que leur peine ait été si évidente, qu’elle interpelait celui qui les a rattrapés sur la route.  De quoi discutiez-vous, Cléophas, sur cette route entre Jérusalem et Emmaüs ? La question leur semble à tous deux surprenante. Enfin cet homme fait la même route qu’eux ; il vient de Jérusalem, comme eux ! Comment peut-il ignorer les événements de ces jours-ci ? Certes, il n’y avait ni gazette, ni journal à scandale, ni réseaux sociaux ; mais quand même ! L’affaire avait fait grand bruit ! A moins qu’il ait dormi toute la semaine, il a dû en entendre parler ! Forcément ! Mais l’étranger insiste : Quels événements ? Et les voici obligés de raconter à un autre, à quelqu’un qu’ils pensent extérieur à leur groupe, tout ce qu’ils ont sur le cœur. Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ils ont raconté comment il est mort, sans doute aussi comment, avant cela, il avait transformé leur vie au point qu’ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais tout est fini, leurs espérances les plus folles sont déçues et anéanties. Il ne leur reste que les affirmations de quelques femmes de leur groupe qui sont venues dire qu’il est vivant. Mais rien, jusqu’à présent, ne confirme cela ; des hommes sont allés vérifier, ils n’ont rien vu.

            C’est une expérience qui nous est peut-être commune : avoir tellement cru en quelqu’un pour finir anéanti, sans illusion, comme trahis par les événements. Cela arrive dans les relations humaines, et quand cela arrive, cela nous ronge de l’intérieur, parce que nous ne comprenons plus, ou nous ne voulons pas comprendre. La douleur est trop forte ; l’incompréhension ne nous permet plus de réfléchir sereinement. Ils en sont là, ces deux disciples, et tous les autres sans doute aussi. Ils ont oublié non pas que Jésus est mort ; cela ils ne l’oublieront jamais ! Non, ils ont oublié tout ce que Jésus leur avait dit. Ils ont oublié tous les gestes que Jésus avait posés, tout au long de son ministère et durant leur dernier repas avec eux. La vision du Crucifié est trop prégnante, elle envahit tout, elle saccage tout. Avec sa mort, il ne reste rien que la douleur et le désespoir ! Nous sommes encore loin du magnifique discours de Pierre au jour de la Pentecôte quand il relit pour les Juifs et tous ceux qui résident à Jérusalem l'histoire de Jésus. D’ailleurs en serait-il capable sans ce qui se joue là, sur la route vers Emmaüs ? Cet étranger qui s’est approché, cet étranger qui semblait ignorant des événements qui ont eu lieu à Jérusalem, cet étranger se montre particulièrement versé dans la connaissance des Ecritures. Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui concernait Jésus de Nazareth.

            C’est ce même chemin que nous avait fait vivre la grande nuit pascale. Mais l’avions-nous compris alors ? Avions-nous compris que c’est Jésus lui-même qui venait nous expliquer la même chose ? Comprenons-nous vraiment que c’est Jésus qui, en chaque eucharistie, vient nous redire la parole de Dieu et nous la faire comprendre ? Nous ne saurons jamais combien de temps il restait à Jésus avant d’arriver à Emmaüs ; nous ne saurons jamais ce qu’il leur a dit. Mais nous savons, parce que l’Ecriture nous le dit que leur cœur était brûlant en eux, tandis qu’il leur parlait sur la route. Ils en ont témoigné largement au point que Luc le rapporte dans son évangile. Et le discours de Pierre, au jour de la Pentecôte, en porte sans doute la trace, puisqu’il refait une partie de ce chemin pour ses auditeurs, en faisant le lien avec un psaume de David. Quand vous lisez la Bible chez vous, c’est ce même cheminement qui peut se faire en votre cœur. Les textes du Premier Testament vous conduisent aux textes du Nouveau Testament et vous pouvez entendre à votre tour Jésus qui s’est approché et qui ouvre votre cœur à sa vérité.

            Mais l’étranger ne s’arrête pas là. A l’invitation des disciples arrivés à destination, il entre chez eux et bénit la table avec un geste banal : le pain rompu et partagé. Geste mille fois fait et mille fois vu, puisqu’il était commun à tous les Juifs. Mais pour ces deux hommes, ce geste simple renvoie à ce geste de Jésus au soir de son dernier repas. Et là, leur cœur brûlant embrase tout, et ils comprennent, et ils le reconnaissent, mais déjà, il a disparu. Cette expérience aussi nous pouvons la connaître après un deuil, lorsque nous rangeons les souvenirs dans la maison du défunt. Un petit objet peut nous remettre en route, l’espérance chevillée au cœur. Ce n’est souvent pas grand-chose, souvent d’un banal achevé, mais cela nous remet debout, nous remet en vie. La douleur de la séparation s’estompe, un avenir s’ouvre à nouveau. C’est aussi ce que réalise l’eucharistie pour nous. Nous avions déjà la Parole retrouvée et comprise ; nous avons aussi ce geste banal d’un morceau de pain rompu pour nous redire la présence éternelle de Jésus. A qui veut rencontrer Jésus dans sa vie, il ne sera donné que ces deux choses : une parole expliquée, un morceau de pain partagé. Là est Jésus, réellement, totalement, vivant pour toujours. Dans ce sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous dit son amour et se révèle à nous dans sa Parole et dans le Pain partagé. Il n’y a besoin de rien d’autre que ces deux signes, et une communauté qui les célèbre et les reçoit comme signes de la présence de Jésus. L’expérience que font les disciples d’Emmaüs nous la refaisons en chaque eucharistie. Jésus s’approche de nous, quelquefois sous les traits d’un étranger, et se révèle à nous vivant, vainqueur de la mort, vainqueur du péché qui nous plonge encore trop souvent dans les ténèbres. Avec cette Parole expliquée, avec ce Pain partagé, nous avons tout reçu de l’amour du Père, tout ce qu’il nous faut pour nourrir notre foi, faire grandir notre espérance et rendre efficace notre charité.

Tout est dit, tout est donné dans une parole reçue, dans un morceau de pain partagé. Que nos eucharisties soient joyeuses parce qu’elles nous font célébrer la mort et la résurrection du Christ jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire. Que nos eucharisties rendent nos cœurs brûlants de cet amour de Dieu sans cesse renouvelé et réaffirmé. Avec les disciples d’Emmaüs, puisons dans l’eucharistie la force d’être missionnaire pour aller dire la joie de la résurrection à tous nos frères. Amen.

jeudi 2 avril 2026

Jeudi Saint - 2 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert !





(Le lavement des pieds, Oeuvre de Soeur Mercédès, 2006, Abbaye Notre-Dame des Neiges)


 



 

            Le Triduum pascal qui s’ouvre ce soir est l’occasion pour nous de mesurer l’immense amour de Dieu pour nous ; chacun de nous peut dire, l’immense amour de Dieu pour moi. C’est le cœur de la foi chrétienne que nous célébrons ; c’est le cœur de la foi qui rejoint chacun là où il en est de sa vie. Je voudrais inviter chacun à vivre ces jours saints comme le concernant personnellement, et non seulement comme un souvenir du passé, de ce que Dieu, en Jésus, a fait jadis pour l’humanité, mais bien de ce que Dieu réalise encore pour lui, aujourd’hui, ici et maintenant. Et interrogeons-nous chacun : que fait Dieu aujourd’hui pour me dire son immense amour pour moi ? La célébration de la messe en mémoire de la Cène du Seigneur nous dit deux choses que le Christ réalise toujours et encore pour chacun : il s’offre et nous sert.

            Oui, le Christ s’offre à nous, totalement, intégralement, dans son Corps livré et dans son Sang versé. C’est certainement ce qu’il fait de plus fort pour nous. En s’offrant à nous, il se rend authentiquement présent à notre vie. Un peu de pain, un peu de vin suffisent, et par les mains d’un prêtre, le Christ est là ! C’est l’éternel miracle de l’Eucharistie qui rassemble et construit la communauté croyante. Chaque dimanche, que dis-je ? chaque jour, je peux rencontrer le Christ qui s’offre à moi dans un bout de pain et un peu de vin consacrés. Trois fois rien pour une Alliance vivante, éternelle, scellée avec moi, avec chacun qui reconnaissent ainsi la présence du Ressuscité, selon ce qu’il a lui-même dit et institué. Paul s’en est fait l’écho dans la deuxième lecture : La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang du Christ, donné, livré pour nous, pour chacun. C’est le plus grand mystère de notre foi qui nous dit une chose importante au-delà de ce signe. Il nous dit que, puisque le Christ se donne en partage, nous devons à notre tour apprendre le partage ; le partage de nos biens, mais aussi le partage de notre vie. Comment rester indifférent à l’autre qui croise ma vie alors que le Christ ne cesse de se donner à moi dans l’Eucharistie partagée ? Comment puis-je demander au Christ de se donner à moi si, en retour, je n’accepte pas de me donner aux autres, à tout autre qui croise ma vie ? L’immense amour de Dieu qui se manifeste dans ce don total du Christ, se propage par moi à tous les hommes de bonne volonté, quand je partage un peu de mon bien, un peu de ma vie, un peu de l’amour dont Dieu m’aime. Je viens communier pour puiser là la force d’être un authentique disciple du Christ qui s’offre au monde, et non pas pour garder Jésus pour moi tout seul, dans le secret de mon cœur.

            Le Christ s’offre à nous dans l’Eucharistie, et il s’offre pour mieux nous servir. L’autre geste de Jésus, c’est ce lavement des pieds dont parle l’évangile de Jean. Le geste d’un esclave envers son maître et envers les invités de son maître, pour chasser la poussière et la fatigue du chemin. Avec le partage, le service devient l’autre grand marqueur du croyant, le grand marqueur du disciple véritable. Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Vous avez bien entendu : vous devez et non pas vous pouvez, ou ce serait bien que vous le fassiez vous aussi. Non, vous devez. Cela ne souffre aucune discussion et ne supporte la recherche d’aucune échappatoire. Quelqu’un qui ne sert pas, n’a pas totalement compris encore l’enseignement du Christ dont la propre vie est l’illustration et la mise en œuvre. Jésus nous dit par toute sa vie : Tu veux être le premier ? Sers ! Tu veux être le plus grand ? Sers ! Tu veux être mon frère ? Sers ! Tu veux faire la volonté de mon Père ? Sers ! Le seul pouvoir qui existe dans l’Eglise, c’est le pouvoir du service permanent. Jésus avait déjà averti ses disciples quand il leur disait : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées (Lc 12, 35). Ce soir, en prenant la place du serviteur, la condition de serviteur, le Christ élève le service au rang de la chose la plus noble, la plus grande que nous puissions jamais faire. De ce Maître incomparable, apprenons cet art qui consiste à servir. Et plus nous estimons notre place élevée dans ce monde, plus nous devons nous mettre en tenue de service. Plus grand est notre pouvoir, plus grand est notre devoir de servir pour ne jamais être tenté d’écraser l’autre, pour ne jamais être tenté d’humilier l’autre, pour ne jamais être tenté par l’orgueil de croire que ce sont les autres qui me doivent service et obéissance.

S’offrir et servir : voilà ce que l’amour de Dieu fait pour nous, pour chacun. Nous offrir et servir à notre tour, voilà ce que l’amour de Dieu nous propose comme chemin pour que notre monde devienne plus humain. Quand Dieu se fait homme pour s’offrir et servir les hommes, il nous indique la voie de notre sainteté : nous offrir et servir comme lui, avec la même passion et le même désir de conduire tous les hommes au Royaume où Dieu nous attend. Que le Christ offert et reçu en cette Eucharistie libère en nous la force du service de Dieu et des frères et sœurs qu’il place sur notre route. Amen. 


samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

jeudi 17 avril 2025

Jeudi Saint - 17 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a l'Eucharistie, sacrement de l'amour offert.



(Photo personnelle)



Le triduum pascal s’ouvre avec cette célébration qui nous rassemble au soir de ce jeudi pour commémorer l’institution de l’Eucharistie, sacrement de l’amour offert par Jésus à ses disciples pour la première fois. Nous sommes-nous trop habitués à ce sacrement pour en mesurer toute la grandeur et toutes les implications dans notre vie quotidienne ?

Il peut paraître surprenant que, pour nous parler de l’institution de l’Eucharistie, l’Eglise n’ait pas fait le choix de prendre le début du texte de la Passion. Elle a préférée nous faire entendre le témoignage le plus ancien que nous ayons dans les Ecritures, celui de Paul, qui rapporte aux chrétiens de Corinthe son expérience. Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ce seul fait me fait comprendre que pour donner le goût de l’Eucharistie à quelqu’un, il faut que les chrétiens en témoignent, qu’ils puissent dire à quelqu’un qui veut le devenir, que l’Eucharistie n'est pas juste un rite de l’Eglise, mais bien quelque chose que le Christ nous a laissé et demandé de refaire en mémoire de lui. Cette expérience est tout, sauf machinale. Elle est une expérience vivante, qui fait vivre parce qu’elle nous entraîne dans une proximité, une intimité jamais égalée avec le Christ. C’est tout Jésus qui est offert, donné, livré pour notre vie. Ce n’est pas un souvenir, mais un viatique, une nourriture pour notre route quotidienne à la rencontre du Christ et des frères et sœurs en humanité qu’il met sur notre route. Celui qui participe pleinement à l’Eucharistie est comme saisi dans une communion qui va au-delà de ce qui est imaginable. Là, dans le geste du pain et du vin partagés, je reçois le Christ et avec lui, je reçois l’humanité entière comme autant de frères et sœurs. Ma communion au Corps et au Sang du Christ m’oblige à une communion avec celles et ceux qui font le même geste que moi. Celui qui reçoit le Christ ne peut rester indifférent au sort de celles et ceux qui croisent sa route. La vie du Christ que j’accueille, me renvoie vers la vie de mes frères et sœurs en humanité auprès desquels je dois témoigner de celui qui me fait vivre en offrant sa vie. Le Christ me rend participant à son repas, certes, mais aussi à son sacrifice pour le salut du monde. A cause de cela, je ne peux pas garder le Christ pour moi.

Et c’est là que nous pouvons comprendre pourquoi l’Evangile de ce soir est celui du lavement des pieds, parce que justement il nous renvoie les uns vers les autres. Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. C’est une variation du : Faites cela en mémoire de moi. Il n’y a pas que la communion sacramentelle au Corps et au Sang du Christ qui est chemin de notre Salut, notre autoroute vers le ciel comme se plaisait à l’appeler Carlo ACUTIS. Il y a aussi le service concret du frère et de la sœur que je ne choisis pas, mais que Dieu met sur ma route, qui est chemin de mon salut. Rappelez-vous ce que dit Jésus dans la parabole du jugement dernier : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Venez, les bénis de mon Père… De même que nous ne pouvons pas renoncer à l’Eucharistie, signe de l’amour livré pour les hommes, nous ne pouvons pas renoncer au lavement des pieds, signe de l’amour continué et partagé concrètement dans notre vie. Il fait aussi grandir l’Eglise parce qu’il la rappelle à son essentiel : elle est fondée pour servir le Christ et servir les hommes. Nous n’avons pas à choisir entre célébrer l’Eucharistie et servir nos frères et sœurs en humanité. C’est une seule et même réalité. Communier à l’Eucharistie sans nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité, reviendrait à confisquer le don de Dieu pour notre petite personne. Servir les frères sans nous nourrir de l’Eucharistie reviendrait à nous priver de la source même de notre action et transformerait l’Eglise en organisation humanitaire sans référence à l’amour livré sur la croix. Dans les deux cas, c’est le salut du monde qui est compromis car l’amour du Christ ne serait plus offert à tous. 

Au cœur de cette nuit, retrouvons le goût de ce sacrement fait par l’Eglise et qui fait l’Eglise. Il est l’aliment du salut offert pour que nous soyons forts dans le Christ, lui qui a su admirablement servir son Père et servir l’humanité qu’il a embrassée dans sa propre vie. Soyons des témoins de ce sacrement de l’amour offert pour tous. Accueillons le salut qu’il nous offre et osons le proposer au monde qui cherche un sens à l’existence. Faisons cela en mémoire de Jésus qui donne sa vie pour tous. Amen. 


samedi 17 août 2024

20ème dimanche ordinaire B - 18 août 2024

 Et pour toi, c'est quoi l'eucharistie ?






 

             Sommes-nous trop habitués à notre langage, à notre catéchisme, pour ne plus nous révolter devant les affirmations de Jésus ? Avons-nous complètement digéré cette phrase : Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous ? Avons-nous conscience que c’est bien cela que nous faisons lorsque nous nous approchons de la table eucharistique ?  

            Si les auditeurs de Jésus se querellent entre eux, c’est parce qu’ils ont au fond de leur tête, l’enseignement perpétuel de la Loi qui affirme qu’il ne faut pas manger la viande avec le sang. Le sang, c’est le principe de vie, et la vie est à Dieu. Il n’est dès lors pas surprenant du tout que la tension monte et que les esprits s’échauffent lorsqu’ils entendent Jésus parler comme il le fait. Il bat en brèche tout ce qu’ils ont appris, tout ce qu’ils croient. Et il faut bien admettre que quelqu’un qui entend ses paroles pour la première fois, a le droit de s’offusquer, qu’il soit juif ou pas. D’ailleurs l’histoire des premiers chrétiens en témoigne. Combien de fois, lors des persécutions, n’ont-ils pas été accusés d’être cannibales ? Vous l’aurez compris, avec ce passage de l’évangile de Jean, nous touchons au cœur de notre foi, au cœur de la spécificité chrétienne. Nous croyons en un Dieu qui se donne corps et âme à nous, pour nous. Nous croyons que Jésus est notre nourriture, notre unique essentiel. Sa parole est à ruminer comme la vache rumine son herbe. Mais nous croyons aussi que dans le pain et le vin consacrés et partagés, c’est bien Jésus qui est réellement et totalement présent. Ce n’est pas une image, ce n’est pas un symbole, ce n’est pas une métaphore ; c’est une réalité. Jésus se donne lui-même quand nous partageons le pain de l’eucharistie. Il est le pain vivant qui est descendu du ciel. Celui qui veut avoir part à sa vie, réellement, totalement, doit manger son corps et boire son sang, réellement et totalement présents dans le pain et le vin consacrés. 

            J’ai rencontré, dans ma vie de prêtre, trop de catholiques qui n’avaient plus cette conscience. Il y a ceux qui disent que l’eucharistie, c’est juste le repas des copains de Jésus, oubliant volontairement tout le côté sacrificiel du don du Christ. Il y avait cette chef scout qui ne comprenait pas mon refus de distribuer des fraises à ceux qui ne communiaient pas pour qu'ils ne se sentent pas exclus. Il y avait ce sacristain qui remplissait le ciboire entre deux messes quand il constatait qu’il n’y aurait pas assez d’hosties pour la messe suivante, plutôt que de les préparer dans une coupe qui passerait sur l’autel pour la consécration, et qui ne comprenait même pas que cela ne peut se faire. Il y a cette catéchiste qui disait à toute l’assemblée, juste avant la communion, que tout le monde était invité, croyants chrétiens ou non, et que Jésus était heureux de nous partager le pain. Il y a ces chefs de chœurs qui utilisent l’autel comme un dépotoir pour sac, partition, et manteaux lorsqu’ils sont à l’église pour un concert, oubliant que c’est là que Jésus se rend présent dans le pain et le vin consacrés. Il y a tous ces chrétiens qui entrent dans une église et qui ne font ni génuflexion, ni un petit arrêt près du tabernacle pour saluer Jésus, réellement et totalement présent. Mais j’ai aussi croisé des chrétiens qui avaient pour l’eucharistie une telle dévotion pour l’eucharistie qu’ils ont été pour moi maître de vie spirituelle. Je pense en particulier à cette petite fille de six ans qui me demandait quand elle pourrait enfin communier elle-aussi ; elle ne manquait jamais, quand elle arrivait à l’église, de s’arrêter longuement devant le tabernacle pour prier Jésus, et elle avait un vrai désir de communier, parce que, alors, Jésus serait vraiment avec elle, et elle avec Jésus. Je pense à ces jeunes qui m’accompagnent au mont Sainte Odile chaque année. Ils n’ont peut-être pas les mots pour dire la foi eucharistique, mais ils savent que Jésus est là et ils viennent pour lui confier leurs joies et leurs peines, leurs difficultés et leurs réussites avec une simplicité toute évangélique. Si dans les autres sacrements l’Esprit du Christ est à l’œuvre, dans l’eucharistie, c’est Jésus lui-même qui est là, agissant, pour notre salut. 

            En entendant ce passage d’évangile aujourd’hui, comment ne pas nous interroger chacun : pour moi, c’est quoi l’eucharistie ? Une sortie dominicale pas trop loin de chez moi ? L’occasion de voir du monde et de papauter en attendant que le temps passe, tout en espérant que cela ne nous prendra pas plus de cinquante minutes ?  Puisque Jésus se rend réellement et totalement présent à nous, pourquoi vouloir partir si vite ? Quand on voit les foules qui se pressaient autour de Jésus, le suivant quelquefois plus d’une journée entière, je suis surpris de la vitesse à laquelle il me faudrait célébrer aujourd’hui pour que nous puissions retourner à notre banal quotidien. Si pour Henri IV Paris valait bien une messe, que vaut pour nous l’eucharistie aujourd’hui ? Apprenons à être réellement et totalement présents à Jésus, qui se rend réellement et totalement présent à nous lorsque nous célébrons l’eucharistie. Que la messe soit notre rendez-vous amoureux avec celui qui nous donne sa vie, réellement et totalement. Amen.

samedi 1 juin 2024

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 02 juin 2024

 L'Eucharistie, le don qui surpasse tous les dons.



(Arcabas, Les pèlerins d'Emmaüs)



 

 

            Si tu devais partir sur une île déserte, et que tu ne pouvais emporter qu’une seule chose, ce serait quoi ? Peut-être certains d’entre vous se sont déjà entendu poser cette question, qui fut très en vogue dans ma jeunesse. C’est une question très simple qui avait pour seul but de nous faire exprimer ce qui était le plus important pour nous, la chose sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. Bien sûr les réponses étaient aussi variées que les personnes qui étaient interrogées. Je ne saurais plus bien vous dire quelle bêtise je jugeais importante autrefois, mais je peux vous dire ma réponse d’aujourd’hui. Si je devais finir sur une île déserte, j’emporterais avec moi l’eucharistie. Pourquoi ? 

            La première raison qui justifie mon choix, c’est parce que ce morceau de pain consacré représente la certitude de n’être jamais seul. Et sur une île déserte, cela me semble plutôt important. Dans ce Pain consacré, Celui que j’aime et que je sers est présent, et il se donne et se redonne à moi autant que j’en ai besoin. Ceux qui ont vécu un temps d’adoration peuvent partager avec moi cette expérience de plénitude qui nous envahit quand nous prenons le temps de visiter le Christ. Vous pouvez vous sentir intérieurement heureux ou misérable, le Christ vous rejoint. Le silence de cette rencontre est un silence habité et vous savez, presque instinctivement, que Jésus est vraiment là. La parole qu’il a laissée à ses disciples après sa résurrection se vérifie : Et moi je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Elle n’est jamais aussi vraie pour moi que devant le Saint Sacrement. Là je trouve le Christ ; là le Christ me trouve, me rejoint dans ce qui fait ma vie du moment. Là le Christ prend soin de moi ! Il m’est arrivé d’être au milieu d’une foule et de me sentir terriblement seul ; mais cela n’arrive jamais devant le Saint Sacrement, quand bien même je serais effectivement le seul humain présent. 

            Une deuxième raison conforte mon choix d’emporter l’eucharistie : c’est que ce sacrement est notre nourriture. Comme je le dis lorsque je prêche une première communion, c’est le Pain des forts, qui nous garde dans cette force de Dieu, qui nourrit cette force de Dieu qui est en nous. Mais il est aussi le Pain d’effort, le Pain qui me rend toute force quand je suis épuisé, le Pain qui me donne de pouvoir continuer alors que je voudrais tout arrêter. Dans un monde qui perd la tête, une telle nourriture me permet de ne pas désespérer. Dans un monde angoissant, cette nourriture me fait retrouver l’espérance d’un avenir meilleur. Dans un monde où les faits les plus simples et les plus avérés sont contestés, cette nourriture m’apporte la stabilité dont j’ai besoin. Là, dans ce Pain consacré, je sais que je retrouve le Christ. Là dans ce Pain consacré, je sais que le Christ se donne à moi, toujours et encore. Il se donne entièrement comme il l’a fait dans ce dernier repas partagé avec ses disciples. L’Eucharistie est le mémorial de son sacrifice, de son don absolu pour la vie des hommes. Ce qu’il a fait une fois pour toutes en se livrant sur la croix, est rendu actuel lorsque l’Eglise partage le Corps et le Sang du Christ, au point que nous pouvons dire, vingt-et-un siècle plus tard : c’est aujourd’hui que le Christ se donne, c’est aujourd’hui que le Christ se livre pour notre salut.

            L’Eucharistie, que nous célébrons dans cette fête du Corps et du Sang du Christ, est le don par excellence que Dieu nous fait. Ici, il nous donne tout. Il nous donne sa Parole, puisque jamais nous ne célébrons ce sacrement sans l’entendre nous parler ; il nous donne sa vie, puisque ce petit morceau de pain est devenu, par les mains du prêtre, le Corps du Christ offert pour notre vie ; il nous donne l’éternité, parce que ce pain et ce vin nous font entrer dans le monde et le temps de Dieu. Ce faisant, il nous donne tout son Amour, cet Amour qui nous sauve en nous donnant le pardon de nos péchés. Le pain est rompu, le sang est versé pour vous (pour nous qui sommes là) et pour la multitude (ceux qui ne sont pas encore ou qui ne sont plus là) en rémission des péchés. Dieu ne peut rien nous donner de plus que son Fils, parce qu’en lui, il nous a déjà tout donné. Il est le don qui surpasse tous les dons. Comment pourrais-je accepter de vivre sur une île déserte sans emporter ce don ? 

            L’Eglise affirme avec raison que l’Eucharistie est la Source et le Sommet de notre foi. J’espère que vous comprenez mieux pourquoi elle le dit. Toute notre foi part de là, du sacrifice unique du Christ pour nous ; tout converge là, vers ce repas où Dieu nous attend pour toute l’éternité. Notre eucharistie terrestre n’est qu’un avant-goût du festin que Dieu nous servira quand nous le verrons face-à-face. Faisons venir nos frères et sœurs en humanité à cette source ; ne négligeons pas nous-mêmes cette source ; et nous parviendrons tous au sommet, à la claire vision de Dieu, à la béatitude éternelle. Amen.

jeudi 28 mars 2024

Messe de la Cène du Seigneur - 28 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle qui nous invite à l'action de grâce et à la charité.





 

 

            Nous voici réunis au début de la nuit pour vivre avec Jésus la Cène, le repas de la Pâque juive qui, ce soir, va prendre une nouvelle dimension, une nouvelle signification. L’agneau immolé par nos frères ainés dans la foi en mémoire de la sortie d’Egypte cède la place à Jésus, l’Agneau immolé, Corps livré et Sang versé en rémission des péchés. Ce repas qui nous rassemble dans la joie devient le repas au cours duquel Jésus se livre à nous, devenant ainsi, par son obéissance, l’offrande parfaite, réalisée une fois pour toutes, pour le salut de tous les hommes, ceux du temps de la vie terrestre de Jésus, mais aussi la foule immense qui suivra dans le temps et l’Histoire. Ce soir, nous ne fêtons pas un anniversaire ; ce soir, Jésus nous invite à sa table, nous offrant le pain et le vin, signe de cette Alliance nouvelle et éternelle qu’il signe de sa vie. Ce soir, Jésus refait pour nous les gestes qui diront à jamais sa présence au monde et son salut offert à tous ceux qui croient en son Nom. 

            La première lecture de cette célébration unique nous a rappelé le contexte historique dans lequel Jésus inscrit son œuvre de salut. C’est bien la Pâque, c'est-à-dire le passage du Seigneur qui vient libérer son peuple, que nous célébrons. La deuxième lecture, plus ancien témoignage de l’institution de l’Eucharistie, nous a remis en mémoire les paroles de Jésus sur le pain et le vin, ainsi que son ordre clair : Faites cela en mémoire de moi. Nus ne pouvons pas faire autrement, si nous sommes disciples du Christ, que de célébrer, non seulement ce soir, mais chaque dimanche, ce sacrement, signe de la présence réelle de Jésus à son Eglise. Puisque ce soir Jésus se livre pour notre salut, puisque ce soir, il nous dit de refaire ces mêmes gestes en mémoire de lui, comment ne pas répondre à cette demande amoureuse par une présence réelle de notre part à ce sacrement, qui est la source et le sommet de notre foi. Source, puisque Jésus nous le donne pour inaugurer l’Alliance nouvelle – tout part de là ; sommet, parce qu’il n’y a rien de plus grand, pas d’amour plus grand que ce don que le Christ fait de sa vie, parce qu’il nous aime, parce qu’il nous veut avec lui, pour toujours – tout notre chemin à la suite de Jésus, nous mène à ce sacrement. A lui qui est réellement présent dans le Pain et le Vin partagé, soyons réellement présent, de tout notre être, pour lui dire que nous l’aimons comme il nous aime. L’Alliance nouvelle que Jésus inaugure ce soir nous invite à l’action de grâce et à la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous. 

            Reste l’évangile qui nous dit un autre moment de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, le lavement des pieds. Geste qui peut nous sembler étrange et dépassé, nos chaussures et nos routes goudronnées nous évitant la poussière du chemin. Il y a bien longtemps que nous n’accueillons plus nos hôtes en leur versant de l’eau sur les pieds pour les rafraîchir et nettoyer leurs pieds après une marche en sandales sur des chemins de terre. Comme pour le pain et le vin, Jésus donne un sens nouveau à ce geste ; le sens de l’amour gratuit, du service inconditionnel du prochain. Comme pour l’eucharistie, il nous dit : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. La charité n’est donc pas une option, un truc en plus à faire quand j’en ai le temps et/ou l’envie. La charité, c’est l’autre signe visible que nous sommes disciples du Christ qui s’est livré pour notre salut. L’eucharistie appelle la charité, en ce sens que nous recevons là le Christ vivant qui nous renvoie vers nos frères ; la charité prolonge l’eucharistie, en ce sens qu’elle transmet au monde par notre attention aux plus petits l’amour que le Christ nous porte. Coupée de l’eucharistie, la charité devient pur activisme sans lien avec l’amour premier, l’amour que Dieu porte à tous. Coupée de l’eucharistie, la charité se réduit à une simple solidarité, que je choisis de vivre ou pas. La charité n’est pas un choix, elle est un élan vital, une sortie de nous, poussée par l’eucharistie. 

            De Jésus à nous, l’Alliance nouvelle est invitation à l’action de grâce (c’est la traduction du mot Eucharistie) et à la charité. Le disciple de Jésus qui pense que parce qu’il va à la messe, il n’a pas besoin de s’occuper des pauvres a autant tort que celui qui pense que, parce qu’il s’occupe des pauvres, il n’a pas besoin d’aller à la messe. Au cours de la même nuit, au cours du même repas, Jésus nous a demander de faire les deux (eucharistie et charité) en mémoire de lui. C’est notre fidélité à Jésus qui se joue là ; c’est notre crédibilité de disciples de Jésus qui est challengé. Rencontrons Jésus là où il nous attend toujours : à sa table et auprès de ses frères. Amen.

samedi 10 juin 2023

Fête du Corps et du Sang du Christ A - 11 juin 2023

 Quand Dieu nourrit son peuple...




(Source : Jésus est le Pain de vie | 1001 versets (la-bible.info)

 

 

 

            Il n’y a pas plus catholique comme fête que cette fête du Corps et du Sang du Christ, qui nous fait célébrer le don renouvelé chaque dimanche, pour ne pas dire chaque jour, de l’Eucharistie, ce sacrement par lequel le Christ nous est rendu présent, totalement, réellement, réalisant ainsi sa promesse d’être avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Cette promesse n’était pas une promesse intellectuelle : quand vous penserez à moi, je serai avec vous. Mais c’est bien la promesse de sa présence réelle à notre vie, en notre vie, par la manducation de ce morceau de pain devenu son Corps livré et son Sang versé pour notre vie. 

            Nous pouvons, comme ses contemporains, être surpris par la prétention de Jésus à être le pain vivant qui est descendu du ciel. Nous pouvons être surpris par sa prétention à être l’aliment de la vie éternelle : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et pourtant, n’est-ce pas ce qu’il a réalisé pour nous en s’offrant en sacrifice sur le bois de la croix ? Ne nous dit-il pas, là sur la croix, de quel amour il nous aime et que cet amour est un amour sauveur ? Son offrande sur la croix prolonge et achève l’offrande qu’il avait déjà faite de sa vie lorsque, au cours du dernier repas partagé avec ses Apôtres, il leur a laissé l’eucharistie en mémorial. Faites ceci en mémoire de moi s’entend bien de cette union profonde au Christ dans notre participation au sacrement de sa présence réelle. Nous rendons le Christ réellement présent au monde par la célébration de l’Eucharistie. Nous rendons le Christ réellement présent à notre vie par notre participation à ce repas qu’il nous offre. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui nous est offerte. Dans le pain partagé, c’est toute la vie de Jésus qui passe en notre vie. Dans le pain partagé, nous recevons la nourriture nécessaire pour parvenir au Royaume où Dieu nous attend. Il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus beau que l’Eucharistie, offerte en mémoire du geste de salut accompli par Jésus pour notre vie. Nous avons besoin de l’Eucharistie pour grandir dans la foi au Ressuscité de la même manière dont nous avons besoin de l’eau pour vivre. Il nous faut comprendre que nous ne pouvons pas davantage nous passer de l’eucharistie pour faire vivre notre foi que nous ne pouvons nous passer de boire pour survivre.

            L’eucharistie, mieux que la manne que nos Pères ont reçu jadis au désert, est le signe que Dieu prend soin de nous en nous donnant la nourriture au temps voulu. Le signe de la manne a été donné au peuple en exode parce qu’il récriminait contre Dieu qui l’a fait sortir d’Egypte et semble vouloir le laisser mourir au désert : Ah que les marmites étaient bonnes en Egypte ! L’Eucharistie nous est donnée pour que nous n’oubliions pas le geste de salut du Christ envers toute l’humanité. Le signe de l’Eucharistie surpasse celui de la manne, car ceux qui ont mangé la manne sont morts. Ceux qui partageront le pain de l’eucharistie ne mourront jamais, parce que ce don les unit au Christ, mort et ressuscité. C’est lui que nous accueillons dans le pain consacré et partagé. Il n’est pas une récompense pour enfant sage ou croyant particulièrement saint. Il est Jésus qui se rend présent ; il est Jésus qui nous redit son amour et nous le partage largement. Comme l’affirme Paul aux chrétiens de Corinthe, ce pain rompu et ce sang versé sont le sacrement de notre unité. De même qu’il n’y a qu’un Pain rompu, le Christ livré pour notre vie, de même il n’y a qu’une humanité pour laquelle ce pain est rompu ; c’est l’humanité dans sa totalité, à travers le temps et l’histoire, qui est sauvée par le Christ. Le sacrifice du Christ, par la célébration de son mémorial qu’est l’eucharistie, s’étend à tous les hommes à travers le temps et l’histoire. De ce fait, nous qui n’avons pas connu Jésus de son vivant, nous sommes associés à son sacrifice et nous profitons du salut offert. Quand Dieu nourrit son peuple, il le nourrit entièrement et lui donne la vie. Quand Dieu nourrit son peuple, il nourrit chacun, gratuitement, qu’il l’ait mérité ou non. Dieu prend soin de chacun et de tous en invitant au repas de l’eucharistie. N’en faisons pas un obstacle ; n’en faisons pas une médaille ; n’en faisons pas non plus un repas sans conséquence. Là encore il nous faut bien entendre Paul quand il nous rappelle que, communiant au même pain, nous formons un seul corps. Nul ne peut s’approcher de l’eucharistie et avoir du mépris pour son prochain. Nul ne peut s’approcher de l’Eucharistie et ne pas porter le souci des autres membres de ce corps unique. L’eucharistie construit l’Eglise qui célèbre l’eucharistie. S’approcher de l’eucharistie, c’est donc se reconnaître en fraternité avec tous ceux qui s’approchent pareillement de ce même repas. Si l’eucharistie rend le Christ présent à notre monde et à notre vie, notre participation à ce mystère rend le frère présent à notre vie. Hors de question de l’ignorer ! Hors de question de le tenir éloigné de moi alors que le Christ se rend également présent à lui et à moi. 

            Quand Dieu nourrit son peuple, non seulement il prend soin de lui, mais il le constitue comme peuple de frères appelés ensemble à rendre grâce à Dieu pour les merveilles qu’il réalise pour tous. Accueillons ce Pain rompu et partagé et remercions Dieu et de sa présence et des frères et sœurs qu’il met sur notre route. Ils le rendent présent à notre vie, de la même manière que le Pain rompu et partagé. Faisons corps pour être digne d’accueillir le Corps livré de celui qui est notre salut. Amen.

jeudi 6 avril 2023

Jeudi Saint - 06 avril 2023

 Jésus, le Serviteur.




(Tableau de Sieger KÖDER, Le lavement des pieds)



 

            Il ne fait aucun doute que la figure qui parle le mieux de Jésus en ce soir du Jeudi Saint est la figure du Serviteur. L’évangile du lavement des pieds en est l’illustration parfaite. Jésus, « le Maître et le Seigneur » a pris le vêtement du service et a posé un geste familier à son époque, mais réservé à un esclave : s’abaisser devant quelqu’un pour lui laver les pieds. 

            Ce geste, il l’a posé pour être un exemple pour ses disciples. Quand Jésus leur sera enlevé, ils auront à découvrir, qu’à leur tour, ils doivent se faire serviteurs de leurs frères et sœurs en humanité. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons donc pas échapper à cette attitude fondamentale qui nous met les uns et les autres au service. Cette attitude est d’abord une attitude profondément ministérielle. Aucun ministère ne saurait se comprendre comme un pouvoir dans l’Eglise, et quand cela fut fait, ce fut toujours une erreur qui a coûté cher à l’Eglise. Aucun évêque, aucun prêtre, aucun diacre, aucun laïc au service de l’Eglise n’est autre chose qu’un serviteur du Christ et de ses frères. Il est important que nous nous en souvenions. Et quand je dis « nous », je ne pense pas seulement aux personnes précédemment citées, mais aussi au peuple de Dieu, qui doit avoir pour eux une juste considération. Il est de bon ton de dénoncer le cléricalisme ces derniers temps ; mais il ne naît pas seulement du fait d’un mauvais positionnement des clercs et des laïcs engagés dans un service d’Eglise. Il naît aussi et surtout par le regard que les autres portent sur eux. Combien d’hommes et de femmes, croyants ou non, sont capables de porter aux ministres de l’Eglise la même considération qu’ils portent à quelqu’un qui n’exercent pas un service d’Eglise ? Demandez aux prêtres combien de personnes de leur entourage ont changé leur manière d’être avec eux sitôt qu’ils étaient ordonnés. 

            Cette attitude de service qui est au fondement de tout ministère n’est pas réservé au rapport qu’ils entretiennent avec les fidèles. C’est une attitude à avoir avec tous, croyants ou non. Servant l’Eglise, nous servons l’humanité dans sa totalité, humanité dont nous devons avoir le souci, et particulièrement le souci de son salut. Si le lavement des pieds est sans contexte le geste le plus fort qui nous rappelle ce devoir de servir, l’Eucharistie que le Christ institue en ce soir, est tout autant un appel au service. Toute eucharistie nous met en tenue de service, que nous soyons ministres de l’Eglise ou participants à l’eucharistie. Tous, nous célébrons les mystères du salut ; tous, nous sommes bénéficiaires de sa Parole, tous nous accueillons son Corps livré, tous nous sommes pareillement renvoyés vers ce qui fait notre vie. Et si les prêtres ont reçu le « pouvoir » de rendre le Christ présent par l’imposition de leurs mains et les paroles sacramentelles qui accompagnent ce geste sur le pain et le vin, c’est encore pour servir Dieu et leurs frères et sœurs. 

            Célébrer l’eucharistie, c’est célébrer le Christ qui nous sert, le premier. La table où nous sommes invités ce soir, est sa table. Le pain et le vin servis sont les signes de sa présence éternelle au milieu de nous. Je suis au milieu de vous comme celui qui sert, nous dit-il en chaque eucharistie. Notre propre service n’est qu’agitation s’il n’est pas appuyé sur le service du Christ en faveur de l’humanité. Notre devoir de service vient de ce service premier du Christ. Comment, en effet, nous dire disciples du Christ sans vivre authentiquement cette parole qu’il nous laisse ce soir : Faites ceci en mémoire de moi ? Si nous comprenons l’eucharistie comme le sacrement du service, alors célébrer l’eucharistie, c’est se mettre en tenue et en attitude de service. Il n’y a pas d’autre possibilité pour nous. Le Faites ceci en mémoire de moi et le afin que vous fassiez comme j’ai fait pour vous, signifient la même chose : l’impérieuse nécessité pour tout disciple du Christ d’être un serviteur à l’image de Jésus LE Serviteur. Le beau geste du lavement des pieds que les prêtres sont invités à refaire au cours de cette liturgie est malheureusement souvent omis parce qu’il ne se trouve personne pour accepter de se laisser faire ainsi. Or, l’attitude de serviteur commence par cette acceptation que je ne maîtrise pas toujours tout. Se laisser laver les pieds demande également un authentique sens du service, pour que la communauté dans son ensemble comprenne dans ce geste posé par le prêtre et reçu par quelques fidèles, que nous sommes un peuple de serviteurs. L’attitude de Pierre - Tu ne me laveras pas les pieds, non, jamais ! - est bien souvent la nôtre quand on nous propose de participer à ce rite pourtant parlant et marquant. Pour Pierre comme pour nous, c’est une occasion manquée d’entrer dans l’esprit de service du Christ. 

            Jésus, le Serviteur, commence ce soir son ultime chemin de service sur notre terre. Il a tout donné puisqu’il s’est donné. Et il s’est donné par amour : Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Et nous nous souvenons alors que nous avons appris dans notre enfance que l’eucharistie était le sacrement de l’amour. Amour et service, une même réalité, tant il est vrai que celui qui n’aime pas, ne sert pas, et que celui qui ne sert pas, n’aime pas vraiment. Entrons dans ce mystère d’un Dieu qui sert l’homme par amour et à notre tour, prenons la tenue de service, aimons la tenue de service, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.