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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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vendredi 24 décembre 2021

Noël - Messe de Minuit 25 décembre 2021

 Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! 





(Arcabas, Vierge à l'Enfant, trouvé sur internet)



            L’annonce a retenti dès la lecture du prophète Isaïe : Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Dans une Eglise que certains disent remplie de pédo-criminel, il fallait oser une telle annonce ! Sans compter sur le fait que c’est cet enfant, ce fils donné qui va rétablir le droit et la justice. Nous pouvons alors vraiment nous réjouir de cette naissance, car c’est en se plaçant sous le règne de cet Enfant nouveau-né, que l’Eglise trouvera ( ou retrouvera) son salut. 

            Le gros mot est lâché : trouver notre salut. En fait, il serait plus juste de dire qu’avec cet Enfant, nous accueillons notre salut, c'est-à-dire que nous reconnaissons que nous avons besoin d’être sauvés. Il nous faut bien comprendre que toute cette histoire est d’abord un don, un don de Dieu. Hors lui, pas de salut possible ! Paul le dit bien à son ami Tite : La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Quelle que soit l’histoire de celui qui est touché par la grâce, il sera sauvé. Cela n’excuse rien, mais cela engage à vivre désormais selon ce que la même grâce propose : renoncer à l’impiété et aux convoitises du monde, vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété dans l’attente de la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Cet enfant nouveau-né est bien celui que Dieu envoie pour le salut de tous les hommes. Cet enfant nouveau-né est celui qu’il nous faut accueillir maintenant et suivre chaque jour de notre vie. Sans doute certains l’avaient-ils oublié ! Le fait que Dieu lui-même entre dans le monde comme un humain, en se faisant enfant, le fait qu’il ne soit visité en premier que par des bergers, des marginaux, ces faits donc nous rappellent que ce sont les petits, les faibles, les exclus qui nous évangélisent et nous renvoient sans cesse à notre devoir de croyants : protéger celui qui est faible, venir en aide à celui qui est dépossédé de lui-même. Dieu qui se fait enfant, le Tout-Puissant qui se fait le tout-faible : voilà un trésor que nous devons chérir et qui doit sans cesse nous redire où est notre mission. Dieu qui se fait enfant, le Tout-Puissant qui se fait le tout-faible : voilà qui doit nous faire comprendre que l’Eglise, le peuple que Dieu rassemble autour de son Christ, ne peut être qu’un lieu de sureté pour les tout-petits, les tout-faibles. Le scandale des abus de toutes sortes qui ont eu lieu dans l’Eglise modifie notre approche de cette fête de Noël et remet de l’ordre dans nos priorités. Si Dieu se fait enfant, si le Tout-Puissant se fait le tout-faible, alors ceux qui croient en lui, quelle que soit leur place dans l’Eglise, doivent avoir à cœur le respect et la protection de tous les petits, de tous les faibles dont Dieu lui-même s’est fait proche en ce soir de Noël. 

            Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Ne boudons pas notre joie ce soir. Retrouvons le goût de la fête devant ce Dieu qui se fait tout-petit pour que nous puissions devenir tout-grand en amour, tout grand en respect, tout grand en attention donné à celui qui en a le plus besoin. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. Que ce soit là notre désir le plus grand ; que ce soit là notre unique manière de montrer que nous croyons en Christ, Dieu devenu enfant pour nous sauver. Amen.   

samedi 25 juillet 2020

17ème dimanche ordinaire A - 26 juillet 2020

Demande ce que je dois te donner.






            Demande ce que je dois te donner. Sans doute certains estiment-ils que Salomon a bien de la chance d’être ainsi interpelé par Dieu lui-même, et se disent peut-être en eux-mêmes : « ce n’est pas à moi que cela arriverait ». Au-delà de savoir si Salomon a de la chance ou non, je voudrais méditer avec vous cette demande de Dieu et comprendre ce qu’elle nous révèle de Lui et de notre rapport à Lui. Pour cela, je vous propose de voir chaque terme en lui-même. 

            Demande : c’est le premier terme de cette phrase. Et c’est un impératif. Autrement dit, une réponse est attendue. Dieu ne dit pas à Salomon : Quand tu auras le temps, tu réfléchiras à ce que tu voudrais me demander. Non, il dit : Demande. C’est-à-dire maintenant, tout de suite ! De cet impératif, je déduis que Dieu attend que jaillisse du cœur de Salomon ce qui lui est le plus utile. Il n’a pas le temps de réfléchir ; il ne lui est pas laissé de temps pour réfléchir. C’est un cri du cœur qui doit jaillir des lèvres de Salomon. Ainsi sera exprimé ce qui est vraiment essentiel pour lui. Ceci nous dit une première chose sur Dieu : il attend que nous formulions devant lui notre désir. 

            Demande : il y a là aussi comme un défi adressé par Dieu à Salomon. Une manière de dire : Ose ! Aie le courage de demander à Dieu. Et c’est peut-être cela qui nous manque le plus : le courage de nous adresser à Dieu, doublé du courage de croire que Dieu répondra. Combien de fois osons-nous vraiment crier vers Dieu ? Combien de fois osons-nous croire qu’il nous répondra vraiment ? Je pense que ce refus d’oser vient du fait que nous ne savons pas ce que nous voulons d’une part ; et d’autre part, que nous avons conscience que la demande que nous voudrions formuler est inappropriée. Quand on ne sait pas quoi demander, quand on ne sait pas si notre demande est digne d’intérêt, on s’abstient. Beaucoup pensent qu’il vaut mieux ne rien demander plutôt que d’avoir l’air ridicule devant Dieu avec notre demande. Pourtant, Dieu dit bien à Salomon : Demande, sans mettre aucune restriction au champ des possibles. Il attend que Salomon ose ; il attend que nous osions. C’est le deuxième enseignement de ce passage de l’Ecriture. 

            Ce que je dois : entendons-bien Dieu. Il ne dit pas : demande ce que je pourrais, ni demande ce que tu aimerais, mais bien Demande ce que je dois. Comme si Dieu était le débiteur de l’homme. Il devrait quelque chose à Salomon. Il nous devrait quelque chose. C’est ce qui me sidère le plus dans cette phrase. Dieu, l’infiniment grand, l’infiniment puissant, celui qui est à l’origine de ma propre vie, serait mon débiteur. Il me doit quelque chose. L’infiniment grand se met au service de l’homme ! L’infiniment puissant considère l’homme comme son égal et non comme un serviteur : un maître ne doit rien à son serviteur. Reconnaissons-nous Dieu comme un partenaire de notre vie ? Le connaissons-nous assez comme celui qui veut faire partie de notre vie ? Dieu ne peut quelque chose pour nous que si nous Le reconnaissons comme celui qui peut quelque chose pour nous, avec nous. Nous avons entendu Paul dans la seconde lecture : Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. Et si je croise alors mes connaissances bibliques, et que je me souviens qu’aimer, c’est aussi connaître, j’en déduis que si je ne connais pas Dieu vraiment, je ne l’aime pas vraiment ; et si je ne l’aime pas vraiment, j’annule la possibilité que Dieu a de faire quelque chose pour moi. Quand les hommes aiment Dieu (comprenons bien quand les hommes connaissent Dieu), lui-même fait tout contribuer à leur bien. En interrogeant Salomon comme il le fait (Demande ce que je dois), Dieu interroge l’amour que Salomon lui porte ; Dieu interroge la connaissance que Salomon a de ce Dieu dont il devient le représentant auprès de son peuple. Depuis que ce peuple a réclamé un roi pour être comme les autres nations, Dieu a donné un roi qui gouvernerait le peuple selon le cœur de Dieu ; en tout cas, c’est la théorie. La pratique, ce ne sera pas toujours cela ! Nous apprenons donc une troisième chose : nous devons sans cesse approfondir notre relation à Dieu et notre connaissance de Dieu ; ainsi nous l’entendrons nous dire, comme à Salomon : Demande ce que je dois. 

            Te donner : c’est le dernier terme de l’intervention de Dieu. Là encore, il ne dit pas : demande je que je dois faire, mais bien ce que je dois te donner. Donner, cela signifie que cela est gratuit et sans retour. Ce n’est pas un prêt ; ce n’est pas une négociation : je te donne si toi tu fais ou dis ou donnes en échange. Demande ce que je dois te donner. Point. Cela signifie que Dieu a quelque chose pour nous ; il fut un temps, nous aurions dit que Dieu a des grâces qu’il veut nous donner. Et il donne selon nos besoins propres. Il ne donne pas à Thomas ce dont Jacques a besoin. Demande ce que je dois TE donner. C’est un cadeau personnel, fait sur mesure. Il nous faut donc bien savoir ce dont nous avons le plus besoin. Et nous voici donc face à Dieu, sommés de dire celui qui, parmi tous nos désirs parfois contradictoires, est le plus important pour nous, au point que Dieu n’a pas d’autre choix de que nous le donner. 

            Demande ce que je dois te donner. Voilà que ce qui pouvait nous apparaître comme une chance, nous semble soudain comme un piège dressé devant nous. Que vais-je bien pouvoir demander, sachant que ma demande révèlera à Dieu pour qui je le prends. Est-il le magicien qui rend possible mes rêves les plus fous ? Est-il le banquier qui me donnera l’argent dont j’ai besoin, sans que j’aie à me fatiguer pour l’obtenir ? Est-il le prestataire des services que je suis en droit d’attendre de la part de quelqu’un dont on m’a dit qu’il pouvait tout ? Ou est-il celui qui m’aime et me connaît mieux que moi-même et qui révèle au secret de mon cœur ce qui m’est le plus important pour que je l’exprime et le demande simplement ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu que j’aime ou le Dieu dont j’ai peur ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu avec qui je fais alliance ou le Dieu que j’utilise selon mes besoins ? Dieu est au service de l’homme, je l’ai dit plus haut ; mais au service de l’homme qui le connaît, au service de l’homme qui l’aime, au service de l’homme qui se met lui-même au service de Dieu et de ses frères. La réponse de Salomon à la demande singulière de Dieu révélait le désir de Salomon de servir correctement Dieu et ce peuple dont il est devenu roi ; c’est pour cela qu’il a été exaucé et qu’il a reçu encore plus. Que son histoire nous serve d’exemple quand nous nous présentons devant Dieu pour répondre à sa question : Demande ce que je dois te donner. Amen.


(Icône Russe, Le Roi Salomon, 17ème siècle, Monastère de Kizhi - Russie) 

 

 








dimanche 22 mai 2016

Trinité C - 22 mai 2016

La Trinité, signe d'une foi sans cesse à approfondir.





Après les fêtes de Pâques et de Pentecôte, que peut nous apporter de plus cette fête de la Trinité ? Car enfin, elle ne correspond à aucun épisode de la vie de Jésus, ni à un épisode christianisé de la vie du peuple choisi ! Ce n’est même pas une expression biblique, et elle semble même contredire l’expression de la foi en un Dieu unique. Alors, est-ce juste pour donner du fil à retordre aux théologiens que cette fête existe ? Que veut-elle nous dire ? 
 
A y regarder de près, je crois que la Trinité ne veut pas nous dire quelque chose sur ce que Dieu fait pour nous, comme le font si bien les autres fêtes, mais elle nous rend attentif à la manière dont Dieu est présent au cœur de notre vie. Si les autres fêtes nous parlent de Dieu qui se fait proche de nous (Noël), qui veut sauver l’homme, fût-ce au prix de la vie de son propre Fils (Pâques) et qui nous laisse son Esprit pour que nous puissions l’approcher (Pentecôte), la fête de la Trinité nous invite à entrer en relation avec Dieu. Elle ne nous dit pas ce que Dieu fait, mais comment Dieu est, comment Dieu vit. 
 
La première chose que l’on apprend ainsi, c’est que Dieu vit en se donnant. La prière d’ouverture de la fête est claire à ce sujet : Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté. Dieu se fait échange : il n’existe qu’en se donnant aux hommes. Si Dieu restait sur son lointain nuage, il n’aurait pas d’intérêt pour l’homme ; les hommes n’y gagneraient rien à le connaître. Non, le Dieu auquel nous croyons se donne, totalement, en son Fils et en l’Esprit. Le Fils n’a cessé, durant sa vie, de parler du Père, de le révéler aux hommes (de le faire connaître vraiment) et l’Esprit est donné pour bien faire comprendre le mystère profond de Dieu. Jésus lui-même l’affirme : l’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière. Autrement dit, c’est presque normal si nous n’avons pas tout compris de ce que Jésus nous a dit : seul l’Esprit que Dieu envoie permet d’entrer dans l’intimité de Dieu et de ne pas se tromper sur l’interprétation des paroles de Jésus. 
 
La deuxième chose que l’on apprend, c’est que Dieu est communion. Les trois personnes qui composent la Trinité (le Père, le Fils et le Saint Esprit) n’en font qu’une : une même gloire, une même majesté, une même nature, dira la préface tout à l’heure. Entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il n’y a pas l’ombre d’une opposition, il n’y a pas l’ombre d’une séparation. Ce que le Père a à dire aux hommes, il le fait par son Fils. Et l’Esprit ne fait que redire ce qu’il a entendu. Les Trois parlent d’une seule voix ; les Trois vivent parfaitement l’amour dont Dieu est la source. Si Dieu, en lui-même, est communion, n’avons-nous pas à construire cette communion entre nous, nous qui sommes son image et sa ressemblance ?  Croire en la Trinité, c’est croire que cette communion qui existe en Dieu peut se vivre à échelle humaine ; c’est croire que nous sommes appelés par Dieu Trinité à vivre entre nous la même expérience de communion. Si je crois que mon Dieu se donne, si j’affirme que mon Dieu est communion, comment ne puis-je pas vouloir vivre la même expérience pour me rapprocher encore plus de lui, pour encore mieux découvrir qui il est ? 
 
Si le mystère de la Trinité est si grand, c’est peut-être aussi parce que Dieu ne peut pas s’approcher totalement ici-bas : nous pouvons saisir des bribes de ce qu’il est en lui-même ; l’Esprit Saint nous permet de l’approcher : notre baptême nous identifie au Christ Sauveur : mais seule notre propre Pâque nous fera voir Dieu tel qu’il est en lui-même ! Peut-être faudra-t-il se contenter en cette fête de la Trinité de croire sans forcément tout comprendre. Le mystère de la Trinité nous obligerait alors à toujours progresser dans l’écoute de ce que le Fils dit de son Père, et dans l’accueil de ce que l’Esprit veut bien nous en révéler. Célébrer la Trinité comme un acte de foi sans cesse à aboutir pour parvenir un jour à pleine connaissance de Dieu. J’avoue que j’aime assez cela : au moins, j’aurai la certitude de ne jamais enfermer Dieu dans ma pensée, dans mes systèmes, mais d’être toujours prêt à le suivre là où il m’appelle, là où il m’attend ! Amen.
 
(La Trinité, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

vendredi 24 juillet 2015

17ème dimanche ordinaire B - 26 juillet 2015

Quand Jésus s'occupe de la foule...





Nous avons changé d’évangéliste, parcourant pendant les cinq semaines à venir l’évangile de Jean, mais nous n’avons pas changé de décor. Nous sommes bien après la première mission des disciples ; à leur retour, Jésus les a invités à l’écart, mais la foule les a devancés sur l’autre rive. Jésus a enseigné la foule et vient le temps où les estomacs crient famine. Cela devait bien arriver : la foule ne fait que suivre Jésus ; cela fait un moment que les gens sont partis de chez eux ; nous sommes dans un endroit désert. Forcément il fait faim ! Que va faire Jésus ? 
 
La solution la plus raisonnable serait sans nul doute de renvoyer les gens chez eux. C’est bien de suivre Jésus ; mais initialement, il voulait quand même offrir un temps de repos à ses disciples. Et sans doute lui-aussi pourrait-il souhaiter quelques temps plus tranquille. C’est bien la foule, mais il y a des limites ! Oui, Jésus pourrait renvoyer chacun à sa maison, en rappelant au passage que, la prochaine fois, ce serait bien de penser au casse-croûte ! Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est ce que j’aurais fait. 
 
Mais voilà, Jésus n’est pas raisonnable à notre manière. Ces gens n’ont rien, ils sont comme des brebis sans berger. Il ne peut pas les renvoyer. Le problème, c’est que les disciples n’ont pas davantage de quoi nourrir toute cette foule. Souvenez-vous, ils reviennent de mission, ils voulaient se reposer un peu ! Il semble même qu’en traversant le lac, ils n’aient même pas pensé à jeter les filets ! Ils auraient au moins eu un peu de poisson. Mais là, rien ; même pas un quignon de pain rassis. La question de Jésus à Philippe oblige à ouvrir les yeux : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? André, sans doute un peu plus dégourdi, a rapidement fait le tour des popotes : il n’a trouvé que cinq pains d’orge et deux poissons qu’un jeune garçon a pensé à prendre ; à moins que ce ne soit sa maman qui ait pensé que son garçon aurait certainement faim à un moment de la journée. Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Même pas de quoi boucher une dent creuse pour chacun des cinq mille hommes présents. Et pourtant, chacun va manger à sa faim et il y aura même des restes : douze paniers sont remplis à la fin du repas. Comment cela a-t-il pu se faire ? 
 
Cela a pu se faire parce que Jésus était là, parce qu’il avait le souci de cette foule qu’il  a d’abord longuement enseigné. Comment aurait-il pu la renvoyer alors qu’elle vient à lui, reconnaissant en lui celui qui peut quelque chose pour elle ? Il ne la nourrit pas pour se mettre en avant, ni pour briller devant les hommes. Il nourrit cette foule parce que cette foule pourrait aller à sa perte s’il ne s’en occupait pas personnellement. Il nourrit cette foule pour lui faire découvrir qu’il y a un pain plus important encore qui peut nourrir les hommes à volonté et pour toujours : le pain de la Parole de Dieu. Il nourrit cette foule pour rappeler que Dieu s’occupe toujours de son peuple ; il l’a fait jadis du temps d’Elisée ; il le refait aujourd’hui par Jésus. Il le fait pour nous au cours de chaque eucharistie que nous célébrons. Avec Jésus, nous ne manquons de rien. Quand Jésus donne, il donne largement ; un jour, il donnera sa vie pour tous. C’est cela qui est annoncé par ce signe des pains multipliés : l’immense amour de Dieu pour nous et sa prévenance pour tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie. Cet amour de Dieu pour les hommes conduira Jésus sur la croix ; il sera alors pour  tous, et pour toujours, le pain rompu et partagé, donné pour la vie de tous les hommes jusqu’au jour où Dieu les recevra tous à sa table. Avec cette première multiplication des pains, Jésus nous invite déjà à la table de son Père, et Dieu lui-même sert aux hommes le pain qui donne la vie. La foule était comme des brebis sans berger ? Elle a trouvé en Jésus un pasteur qui prend soin d’elle, qui nourrit son esprit, qui nourrit son corps. L’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus nous fait vivre, tout simplement. Ces cinq pains et ces deux poissons partagés nous montrent ce que peut faire l’amour de Dieu pour nous ; il nous faut juste y consentir, comme ce jeune garçon a consenti à livrer ces pains et poissons à Jésus pour qu'il les distribue à tous. Et nous découvrons que, si Dieu nous aime, nous devons consentir à son amour pour que le miracle puisse avoir lieu. 
 
Quand Jésus s’occupe de la foule, elle ne manque de rien. Quand Jésus s’occupe de la foule, il lui dit l’immense amour de Dieu pour tous les hommes. Quand Jésus s’occupe de la foule, les cœurs sont bouleversés au point qu’un jeune garçon accepte de partager le peu qu’il a. Quand Jésus s’occupe de la foule, il rassasie avec bonté tout ce qui vit. Quand Jésus s’occupe de la foule et que les hommes consentent à le laisser faire, alors des merveilles sont possibles. C’était vrai hier ; c’est toujours vrai aujourd’hui. A nous d’ouvrir les yeux ; à nous de consentir à Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 31 mai 2013

Fête du Corps et du Sang du Christ C - 02 juin 2013

Quand Dieu se donne...

Mais qui va bien pouvoir manger tout ça ? Imaginez-vous : douze paniers pleins. Et dire qu’au départ, il n’y avait que cinq pains et deux poissons ! Certes, nous ne connaissons ni la taille des paniers, ni leur contenance réelle ; mais quand même, ça en fait des restes. Que voulez-vous : quand Dieu se donne, il donne à profusion. C’est peut-être là, le sens de cette fête : avec Dieu, nous n’en avons jamais fini. Avec Dieu, nous ne manquons de rien. Il pourvoit en temps voulu. 
 
Cette fête du Corps et du Sang du Christ vient à un moment précis de l’année liturgique : nous venons de vivre le temps pascal avec ferveur, de Pâques jusqu’à Pentecôte. Nous avons célébré le Dieu Trinité, qui est relation d’amour partagé. Dans nos paroisses, l’année pastorale touche à sa fin. Les premières communion sont passées ou sont justement célébrées encore en ce jour. Cette fête eucharistique vient alors nous rappeler que le don que Jésus fait de lui-même, don qu’il renouvelle pour nous en chaque eucharistie, ce don-là n’est pas un coup pour rien. Ce don est permanent. Il manifeste la présence réelle de Dieu et de son Christ au milieu de nous. A nous qui croyons en lui, il dit sa présence permanente et l’urgence pour nous de le reconnaître, de l’accueillir et de l’adorer. A ceux qui ne croient plus, ne croient pas ou croient autrement, nos processions peuvent ouvrir leur cœur à ce Dieu qui vient visiter chacun de nous et qui attend de nous une porte ouverte, une main tendue pour le recevoir et le partager. Il ne s’agit pas de nous imposer dans le paysage socio-politique, mais de redire une présence aimante, respectueuse, attentive. L’homme a si vite fait d’oublier Dieu, d’oublier qu’il est à son image et à sa ressemblance. En portant le Christ présent dans l’Eucharistie dans nos cités, nous permettons une rencontre, nous éveillons peut-être un souvenir, quelquefois un espoir. L’homme n’est pas seul, il est accompagné par la source de la vie et de l’amour. 
 
A ceux qui font leur première communion aujourd’hui, les douze paniers pleins à la fin du repas viennent redire la possibilité toujours offerte d’y revenir : la première communion ne peut jamais être la dernière. Lorsqu’on a goûté au Christ, goûté à sa Parole, goûté à sa vie donnée en partage, comment ne pas y revenir ? Comment ne pas vouloir y goûter encore ? Une première communion qui serait une dernière communion n’aurait aucun sens et ne prendrait au sérieux ni l’amour de Dieu pour nous, ni notre devoir de reconnaissance envers celui qui est allé jusqu’au don de sa propre vie. Ce serait être bien ingrat, non ? 
 
A cause de l’amour de Dieu qui jamais ne nous fait défaut, à cause de ce don sans cesse renouvelé, nous avons un devoir incontournable : celui de faire connaître cet amour et de partager ce don. Nous ne pouvons pas garder Jésus pour nous tout seul ; nous ne pouvons pas l’enfermer dans nos tabernacles sans porter devant lui la prière des hommes et des femmes qui souffrent, se sentent abandonnés ou rejetés. C’est pourquoi nous sommes invités, en cette année de la foi, à nous unir à la prière silencieuse du pape François, ce dimanche soir, à 17h. Le Christ est présent au milieu de son peuple pour, aujourd’hui comme jadis, prendre soin de lui, guérir les cœurs malades, soulager les esprits abattus, nourrir les affamés d’amour et de tendresse. 
 
Devant tant d’amour et de prévenance, n’ayez qu’une réponse en ce jour de fête : venez et adorez. Venez redire votre reconnaissance pour ce que Dieu réalise en vous et par vous ; venez lui confiez celles et ceux que vous aimez, même (et surtout) s’ils sont loin de Dieu. Venez prendre du temps auprès de lui, puisqu’il s’est fait proche de vous, en Jésus. Ne restez pas seul, approchez, il est là qui vous attend, avec douze corbeilles remplies de son amour. Il y en aura pour tous ; jamais vous ne l’épuiserez. Il se donne, sans réserve, avec profusion, pour le salut de tous. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 29 juillet 2011

18ème dimanche du Temps ordinaire A - 31 juillet 2011

Venez, aujourd'hui c'est Dieu qui régale !





Aujourd’hui, c’est Dieu qui régale ! S’il fallait nous lancer dans la publicité, cela pourrait être un bon slogan pour notre eucharistie dominicale. Venez, c’est Dieu qui régale ! Ou, pour reprendre le prophète Isaïe : Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. Ce serait jour de fête, nous serions les invités et Dieu lui-même notre hôte.

Cette invitation inouïe, venant de Dieu et parvenue jusqu’à nous par son prophète, n’est pas un doux rêve. Le Dieu qui a envoyé son prophète est bien celui qui veut rassembler autour de lui son peuple pour un festin savoureux. Mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses. Ce n’est pas une distribution de sandwiches qui est proposée, mais un vrai repas auquel nous sommes invités. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu généreux, un Dieu qui prend soin de son peuple. Ceux qu’il avait jadis libérés d’Egypte en ont fait l’expérience avant nous ; le psalmiste l’a chanté : la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres… Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. Il faut oser se montrer pauvre devant Dieu, oser tout attendre de lui pour tout recevoir de lui. Il faut oser, venir et l’écouter : Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez.
Cette invitation de Dieu, des siècles après Isaïe, Jésus va la reprendre et la réaliser le jour où une foule affamée se presse auprès de lui. Ces gens l’ont cherché et suivi d’abord pour l’écouter, certains aussi pour être guéri. Ils sont sans doute parti un vite ; ils sont surtout très nombreux (cinq mille, sans compter les femmes et les enfants) ; trop nombreux ! Le soir approche et les ventres gargouillent. Certes, l’Ecriture le dit : L’homme ne vit pas seulement de pain ; mais le pain, ça aide, c’est pas mal, le pain, quand on en a un morceau à se mettre sous la dent. En cherchant bien, les disciples trouvent 5 pains et 2 poissons. Bien peu de choses pour autant de monde. Ne vaut-il pas mieux renvoyer chacun chez lui ? Et que devient l’invitation de Dieu à nous régaler quand il y a si peu de choses pour autant de monde ? Eh bien, elle devient réalité, par l’action conjuguée de ceux qui laissent ce peu qu’ils ont emporté et de Jésus qui prend tout cela, lève les yeux au ciel et prononce la bénédiction et des disciples, chargés de la distribution. On ne sait pas trop comment, mais tous ont mangé à leur faim, et il y a même des restes. Et pas qu’un peu : 12 corbeilles ! Dieu est fidèle à sa parole : il veille sur son peuple, il donne la nourriture au temps voulu, et il la donne en abondance. Il n’est pas avare dans les quantités ; il semble ne pas trop connaître ses tables de multiplications tant il y a de restes. Mais ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est que ces gens comprennent qui est Dieu pour eux : il est celui qui donne, qui donne tout, qui se donne en Jésus.

Ce signe du pain partagé à tous ceux qui ont faim annonce cet autre geste que Jésus va poser au soir de sa mort, lorsque rompant le pain, il l’offrira en signe de sa vie livrée pour la vie du monde ; Dieu ne comble pas seulement notre faim de pain, il nous comble de sa présence ; il se fait notre tout et s’offre totalement pour que nous ayons la vie de Dieu en nous. Non seulement nous ne craignons plus la faim mais nous ne craignons plus la mort. Dieu se donne en partage ; Dieu donne sa propre vie en partage pour nous tous.

Oui, nous pouvons tous approcher de Dieu et recevoir de lui tout ce qu’il veut nous donner : sa Parole, son Pain, sa Vie. Nous pouvons tous approcher, consommer Dieu jusqu’à satiété : Dieu se donne toujours avec la même surabondance. Encore faut-il avoir faim de lui, ne serait-ce qu’un tout petit peu ! As-tu faim ? Alors viens ! Aujourd’hui, c’est Dieu qui régale ! Amen.