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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


samedi 25 juillet 2020

17ème dimanche ordinaire A - 26 juillet 2020

Demande ce que je dois te donner.






            Demande ce que je dois te donner. Sans doute certains estiment-ils que Salomon a bien de la chance d’être ainsi interpelé par Dieu lui-même, et se disent peut-être en eux-mêmes : « ce n’est pas à moi que cela arriverait ». Au-delà de savoir si Salomon a de la chance ou non, je voudrais méditer avec vous cette demande de Dieu et comprendre ce qu’elle nous révèle de Lui et de notre rapport à Lui. Pour cela, je vous propose de voir chaque terme en lui-même. 

            Demande : c’est le premier terme de cette phrase. Et c’est un impératif. Autrement dit, une réponse est attendue. Dieu ne dit pas à Salomon : Quand tu auras le temps, tu réfléchiras à ce que tu voudrais me demander. Non, il dit : Demande. C’est-à-dire maintenant, tout de suite ! De cet impératif, je déduis que Dieu attend que jaillisse du cœur de Salomon ce qui lui est le plus utile. Il n’a pas le temps de réfléchir ; il ne lui est pas laissé de temps pour réfléchir. C’est un cri du cœur qui doit jaillir des lèvres de Salomon. Ainsi sera exprimé ce qui est vraiment essentiel pour lui. Ceci nous dit une première chose sur Dieu : il attend que nous formulions devant lui notre désir. 

            Demande : il y a là aussi comme un défi adressé par Dieu à Salomon. Une manière de dire : Ose ! Aie le courage de demander à Dieu. Et c’est peut-être cela qui nous manque le plus : le courage de nous adresser à Dieu, doublé du courage de croire que Dieu répondra. Combien de fois osons-nous vraiment crier vers Dieu ? Combien de fois osons-nous croire qu’il nous répondra vraiment ? Je pense que ce refus d’oser vient du fait que nous ne savons pas ce que nous voulons d’une part ; et d’autre part, que nous avons conscience que la demande que nous voudrions formuler est inappropriée. Quand on ne sait pas quoi demander, quand on ne sait pas si notre demande est digne d’intérêt, on s’abstient. Beaucoup pensent qu’il vaut mieux ne rien demander plutôt que d’avoir l’air ridicule devant Dieu avec notre demande. Pourtant, Dieu dit bien à Salomon : Demande, sans mettre aucune restriction au champ des possibles. Il attend que Salomon ose ; il attend que nous osions. C’est le deuxième enseignement de ce passage de l’Ecriture. 

            Ce que je dois : entendons-bien Dieu. Il ne dit pas : demande ce que je pourrais, ni demande ce que tu aimerais, mais bien Demande ce que je dois. Comme si Dieu était le débiteur de l’homme. Il devrait quelque chose à Salomon. Il nous devrait quelque chose. C’est ce qui me sidère le plus dans cette phrase. Dieu, l’infiniment grand, l’infiniment puissant, celui qui est à l’origine de ma propre vie, serait mon débiteur. Il me doit quelque chose. L’infiniment grand se met au service de l’homme ! L’infiniment puissant considère l’homme comme son égal et non comme un serviteur : un maître ne doit rien à son serviteur. Reconnaissons-nous Dieu comme un partenaire de notre vie ? Le connaissons-nous assez comme celui qui veut faire partie de notre vie ? Dieu ne peut quelque chose pour nous que si nous Le reconnaissons comme celui qui peut quelque chose pour nous, avec nous. Nous avons entendu Paul dans la seconde lecture : Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. Et si je croise alors mes connaissances bibliques, et que je me souviens qu’aimer, c’est aussi connaître, j’en déduis que si je ne connais pas Dieu vraiment, je ne l’aime pas vraiment ; et si je ne l’aime pas vraiment, j’annule la possibilité que Dieu a de faire quelque chose pour moi. Quand les hommes aiment Dieu (comprenons bien quand les hommes connaissent Dieu), lui-même fait tout contribuer à leur bien. En interrogeant Salomon comme il le fait (Demande ce que je dois), Dieu interroge l’amour que Salomon lui porte ; Dieu interroge la connaissance que Salomon a de ce Dieu dont il devient le représentant auprès de son peuple. Depuis que ce peuple a réclamé un roi pour être comme les autres nations, Dieu a donné un roi qui gouvernerait le peuple selon le cœur de Dieu ; en tout cas, c’est la théorie. La pratique, ce ne sera pas toujours cela ! Nous apprenons donc une troisième chose : nous devons sans cesse approfondir notre relation à Dieu et notre connaissance de Dieu ; ainsi nous l’entendrons nous dire, comme à Salomon : Demande ce que je dois. 

            Te donner : c’est le dernier terme de l’intervention de Dieu. Là encore, il ne dit pas : demande je que je dois faire, mais bien ce que je dois te donner. Donner, cela signifie que cela est gratuit et sans retour. Ce n’est pas un prêt ; ce n’est pas une négociation : je te donne si toi tu fais ou dis ou donnes en échange. Demande ce que je dois te donner. Point. Cela signifie que Dieu a quelque chose pour nous ; il fut un temps, nous aurions dit que Dieu a des grâces qu’il veut nous donner. Et il donne selon nos besoins propres. Il ne donne pas à Thomas ce dont Jacques a besoin. Demande ce que je dois TE donner. C’est un cadeau personnel, fait sur mesure. Il nous faut donc bien savoir ce dont nous avons le plus besoin. Et nous voici donc face à Dieu, sommés de dire celui qui, parmi tous nos désirs parfois contradictoires, est le plus important pour nous, au point que Dieu n’a pas d’autre choix de que nous le donner. 

            Demande ce que je dois te donner. Voilà que ce qui pouvait nous apparaître comme une chance, nous semble soudain comme un piège dressé devant nous. Que vais-je bien pouvoir demander, sachant que ma demande révèlera à Dieu pour qui je le prends. Est-il le magicien qui rend possible mes rêves les plus fous ? Est-il le banquier qui me donnera l’argent dont j’ai besoin, sans que j’aie à me fatiguer pour l’obtenir ? Est-il le prestataire des services que je suis en droit d’attendre de la part de quelqu’un dont on m’a dit qu’il pouvait tout ? Ou est-il celui qui m’aime et me connaît mieux que moi-même et qui révèle au secret de mon cœur ce qui m’est le plus important pour que je l’exprime et le demande simplement ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu que j’aime ou le Dieu dont j’ai peur ? Le Dieu que je prie, est-il le Dieu avec qui je fais alliance ou le Dieu que j’utilise selon mes besoins ? Dieu est au service de l’homme, je l’ai dit plus haut ; mais au service de l’homme qui le connaît, au service de l’homme qui l’aime, au service de l’homme qui se met lui-même au service de Dieu et de ses frères. La réponse de Salomon à la demande singulière de Dieu révélait le désir de Salomon de servir correctement Dieu et ce peuple dont il est devenu roi ; c’est pour cela qu’il a été exaucé et qu’il a reçu encore plus. Que son histoire nous serve d’exemple quand nous nous présentons devant Dieu pour répondre à sa question : Demande ce que je dois te donner. Amen.


(Icône Russe, Le Roi Salomon, 17ème siècle, Monastère de Kizhi - Russie) 

 

 








dimanche 16 juin 2019

Trinité C - 16 juin 2019

La Trinité, quand Dieu se fait relation.







Faut-il vraiment chercher à tout comprendre de la foi chrétienne ? Faut-il vraiment nous torturer l’esprit pour saisir comment ça fonctionne la Trinité, un Dieu Un (unique) en trois personnes ? Quand on sait les longues batailles théologiques qui ont divisé les chrétiens pour établir la foi catholique, je me dis qu’il y a des mystères auxquels il vaut mieux ne pas se frotter. Et la Trinité en fait partie. Si le temps pascal n’a pas suffi à approcher le mystère d’un Dieu qui se meurt d’amour pour l’homme, d’un Dieu plus fort que la mort et donc toujours vivant (Pâques), d’un Dieu qui ouvre le ciel à tous les hommes (Ascension), d’un Dieu qui laisse aux hommes son Esprit pour que reste vive en eux la présence de son Fils ressuscité (Pentecôte), que peut apporter de plus la solennité de ce jour ? 

Je crois d’abord qu’il faut renoncer à approcher ce mystère sous l’angle mathématique. N’essayons pas de réduire Dieu à une équation impossible à résoudre. 1 + 1 + 1, cela fera toujours trois, comme nous l’apprenons à l’école dès les petites classes. Dieu ne s’additionne pas ; au mieux, il se multiplie pour ne pas dire qu’il se coupe en quatre pour nous sauver. La réponse n’est décidément pas à chercher du côté des sciences mathématiques. Mais alors comment l’appréhender ?

Peut-être par notre expérience humaine. Puisque nous sommes à l’image de Dieu, qu’est-ce qui, en nous, nous permet d’approcher le mystère de Dieu ? Il y a forcément en nous quelque chose qui nous permet de le comprendre. Peut-être est-ce la nécessité pour l’homme de vivre en relation. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que Dieu crée l’Homme, mâle et femelle, semblables (voici l’os de mes os la chair de ma chair) et pourtant différents (homme et femme), non pas pour que l’un domine l’autre, ni pour que l’un frappe sur l’autre, mais pour qu’ils réalisent le projet de Dieu, chacun à sa place, chacun à sa manière, chacun avec ses spécificités, mais tous deux ensemble, dans cet élan d’amour de Dieu qui les a fait venir à l’existence. La Trinité nous rappelle peut-être surtout que Dieu est relation, en lui-même déjà, d’où ce besoin de relation avec cet homme qu’il a créé à son image et à sa ressemblance.  Le Dieu de la révélation biblique n’est pas un Dieu à poser au-dessus des nuages, mais à porter en nous, au fond de nos cœurs pour que nous puissions, hommes et Dieu, vivre ensemble. Ce que le Père vit avec son Fils par le lien de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à le vivre avec le Père, puisque le baptême nous configure au Christ, nous fait fils de ce Dieu Père qui nous aime et nous sauve. Il n’y a pas de foi possible sans cette relation primordiale, constitutive de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme. 

Dire que la relation est fondamentale pour comprendre Dieu, c’est affirmer du même coup que Dieu ne saurait être juste une grande idée. Dire que je peux entrer en relation avec Dieu qui est relation en lui-même, c’est affirmer qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Il est ce Père qui nous aime ; il est ce Fils qui nous sauve en étant pour les hommes l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour chaque homme ; il est cet Esprit qui nous accompagne chaque jour, qui ancre en nous et la Parole du Fils et l’amour du Père. Si le Fils ne dit pas et ne fait pas autre chose que ce que son Père lui dit de faire et de dire, l’Esprit Saint ne fait pas comprendre autre chose que ce que le Fils a dit et fait dans l’obéissance au Père. S’ils sont chacun distincts (Père, Fils et Esprit Saint), ils sont en tout semblables au point de n’être qu’UN, une seule expression de l’amour unique de Dieu pour les hommes. Et si Dieu est en lui-même et avec nous relation, comme savent l’être un père et son fils dans la puissance d’un même esprit d’amour, peut-être que ce mystère de la Trinité, avant d’être un mystère à comprendre, est d’abord un mystère à vivre. A vivre d’abord avec Dieu, en entrant dans cette relation d’amour qu’il me propose de vivre ; à vivre ensuite avec mes frères vers qui son amour me renvoie nécessairement, l’amour de Dieu m’étant donné pour que je le partage. Le mystère de la Trinité devient alors ce qui m’empêche de me replier, de m’enfermer dans une relation où il n’y aurait que mon Dieu et moi. Dieu n’est pas mon papa chéri à moi tout seul ; Jésus n’est pas mon petit Jésus à moi tout seul ; l’Esprit Saint ne m’est pas donné pour que je le garde jalousement pour moi tout seul. Et l’Eglise devient alors le lieu où ce mystère se déploie, parce qu’elle est ce lieu rassemblé par l’Esprit Saint qui permet que chacun se reconnaisse fils du même Père et donc frère du Christ et frères de tous ceux qui reconnaissent le même Père. 

Que cette fête de la Trinité nous mette en relation avec Dieu et avec nos frères pour que le projet d’amour de Dieu s’étende à tous les hommes. Que notre vie et notre témoignage creusent en ceux qui ne connaissent pas encore le Dieu UN et Trine, le désir de le suivre, de l’aimer et de construire avec nous le Royaume qui vient. Amen.






samedi 10 juin 2017

Trinité A - 11 juin 2017

Le signe de la croix, un geste pour notre vie.








Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ce geste millénaire est le signe de notre foi. Dès nos premiers pas dans la vie chrétienne, il est donné, offert comme un rappel de l’amour de Dieu à chacun de nous. Au baptême, il est fait sur le seuil de la porte de l’église, pour signifier que nous n’entrons en ce lieu que marqués par ce signe, revêtus de ce Dieu Père, Fils et Esprit que nous adorons. Il ouvre chacune de nos célébrations pour nous rappeler que nous sommes rassemblés par le Père, autour de son Fils dans l’amour de l’Esprit Saint. Un geste mille fois refait dans une vie et qui nous dit ce mystère de la Trinité que nous célébrons aujourd’hui.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Nous sentons, à faire ce geste, que ce n’est pas là d’abord le résultat d’une réflexion de théologien, mais bien le geste fondateur d’un Dieu qui a tout donné par amour. L’évangéliste Jean nous le redisait dans l’Evangile que je viens de proclamer : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Tout le mystère de la Trinité tient en cette phrase : Dieu a donné son Fils par amour. Le Père a accepté l’offrande de son Fils Jésus, offrande réalisée dans un Esprit d’amour pour tous les hommes. Ce mystère que nous essayons d’approcher est d’abord celui de l’amour. Si nous croyons en un Dieu unique qui est Père et Fils et Esprit Saint, c’est parce que nous croyons que Dieu, tout comme l’humanité, existe pour aimer. Hors l’amour, pas de Dieu. Hors l’amour, pas d’humanité. Le mystère de la Trinité nous affirme avec force que Dieu n’est pas un solitaire, mais un être de relation puisqu’en lui-même il est relation d’amour entre le Père et le Fils par l’Esprit. Et nous, qui sommes créés à son image et à sa ressemblance, nous qui sommes ses fils et ses filles par adoption, nous sommes des êtres de relation, fait pour manifester aux autres l’amour extraordinaire dont nous avons bénéficié au moment de notre baptême. 
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ce geste devrait devenir pour nous quotidien, même si nous ne franchissons pas les portes d’une église. Parce que ce geste nous engage dans une relation faite d’amour. Il devrait marquer notre corps et notre journée pour nous rappeler que nous nous devons d’aimer comme Dieu a aimé. Il devrait manifester notre volonté de vivre avec et pour les autres, à l’exemple du Christ, donné par son Père par amour pour nous. Nous n’avons pas mérité un tel Sauveur : il nous a été offert. Puissions-nous au moins, par notre vie, nous montrer dignes du salut offert, fiers d’être au nombre de ses amis. 
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Que par la célébration de cette eucharistie, le Dieu unique et vrai, Père de tous les hommes, nous redise son amour et sa proximité. Que le Fils unique Jésus Christ renouvelle l’offrande de sa vie pour notre salut. Que l’Esprit Saint fasse vivre en nous les dons de la grâce, pour que nous devenions des témoins authentiques du Dieu Trinité. AMEN.

(La Trinité, Psautier du Landgrave)

lundi 26 juillet 2010

17ème dimanche ordinaire C - 25 juillet 2010

Homélie donnée en l'église d'Achenheim - Il est juste et bon de te louer, Seigneur !





Que ce soit le marchandage d'Abraham, l'attitude de Jésus au début de l'Evangile ou son enseignement à ses disciples, tout nous oriente aujourd'hui vers la prière, relation personnelle et privilégiée à Dieu. Je ne vais pas vous en parler à partir des textes entendus, mais plutôt à partir de la manière dont l'Eglise, dans sa propre prière, nous parle de cet acte essentiel de la vie spirituelle. Et j'avoue que c'est assez surprenant !


Dans la préface que j’utiliserai tout à l’heure, en introduction à la prière eucharistique, nous prierons avec l’Eglise ainsi : Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout puissant. Jusque là, rien d’extraordinaire ! Toutes les préfaces commencent ainsi. Mais comprenons-nous bien ce qui est ainsi dit : il est juste et bon. L’acte de prier Dieu n’est en rien quelque chose d’extérieur à l’homme, ni quelque chose qui lui serait imposé. Celui qui a découvert Dieu, celui qui a établi avec lui un lien personnel, reconnaît comme juste et bon de rendre gloire à Dieu, de chanter sa louange. Il en est finalement de notre prière comme de nos déclarations d’amour. Lorsque l’on aime quelqu’un, on ne s’oblige pas à le lui dire, on trouve bien normal de susurrer à l’oreille de sa bien-aimée ou de son bien-aimé, les « Je t’aime » que nous gardons en réserve ! Prier Dieu devrait être pour le croyant aussi naturel que dire « Je t’aime ». Il est juste et bon de prier Dieu, dit l’Eglise dans sa prière. Et les motifs de nous tourner vers Dieu ne manquent pas comme nous le montre la multitude des préfaces existantes. La principale occasion de prier Dieu, c’est de le remercier pour tout ce qu’il réalise pour nous par son Fils Jésus. Nous ne redirons jamais assez à Dieu ce que nous lui devons à cause de Jésus !

La suite de la préface que nous prierons tout à l’heure s’énonce ainsi : Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce. Dieu n’a pas besoin de notre prière, ni de la prière de l’Eglise. Cela ne signifie pas que notre prière ne sert à rien, mais simplement que Dieu est Dieu sans elle ; que Dieu continuera d’agir dans notre existence même si nous oublions de nous tourner vers lui. Il n’a pas besoin de notre prière pour exister et pourtant, c’est lui qui nous la souffle à l’oreille : c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce. C’est là la caractéristique fondamentale de la liturgie : Dieu lui-même nous donne les mots de la prière et lève ainsi l'objection majeure à celle-ci : je ne sais pas prier ! N’est-ce pas aussi ce que fait Jésus dans la tradition du Notre Père. Le Fils de Dieu donne aux hommes les mots par lesquels ils sont invités à s’adresser à Dieu : Lorsque vous priez, dites… Ce que la liturgie elle-même retraduit ainsi au moment de l’oraison dominical : Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement, nous osons dire… Prier Dieu, c’est donc d’abord se mettre à son écoute. Je le rappelle souvent lorsque je parle de la prière à des enfants : le premier organe de la prière, ce n’est pas la bouche, mais l’oreille qui me fait écouter Dieu, ou, pour parler comme Saint Paul, qui me fait écouter ce que l’Esprit Saint lui-même murmure à mon cœur. Selon le mot de Paul, sans l’Esprit Saint, nul ne peut dire : Abba ! Père !

La préface se poursuit encore par ces mots : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ, notre Seigneur. Non seulement Dieu n’a pas besoin de notre prière pour exister, mais en plus, notre prière n’augmente pas sa divinité, ne change rien à ce qu’il est pour nous : un Père. Que nous priions ou pas, Dieu sera toujours Dieu, Dieu sera toujours mon Père. Mais la prière que je lui adresse, qu’elle soit de louange, de remerciement, de demande ou de supplication, me rapproche de Dieu. Plus je prie, plus je m’approche de lui ; plus je m’approche de lui, plus je le connais ; plus je le connais, plus j’ai envie de le prier (de l’écouter, de lui parler). Il y a comme une addiction à la prière, parce qu’elle devient, au fur et à mesure un rendez-vous d’amour avec celui qui ne veut que mon bien, avec celui qui me connaît mieux que moi-même, au point de discerner derrière mes demandes malhabiles, la seule vraie demande : l’Esprit Saint, qui me rend toujours plus conforme à Dieu, l’Esprit Saint qui me permet de toujours plus m’identifier au Christ. Plus je prie, plus je ressemble à Dieu ! N’est-ce pas le seul objectif du croyant : devenir saint parce que Dieu est saint et être ainsi rendu digne de participer à la gloire du Royaume ?

S’interroger sur la prière, sur son utilité, revient finalement à s’interroger sur ma relation à Dieu. Ai-je envie de Dieu dans ma vie ? Ai-je envie d’avancer avec lui sur le chemin de vie et de bonheur où il m’attend ? Si oui, il me faut l’écouter, il me faut lui parler : ce n’est pas autre chose la prière. L’écouter, lui parler et croire qu’il peut réellement quelque chose pour moi. En priant ainsi avec l’Eglise, je m’aperçois alors bien vite que je ne suis pas seul ; ma prière rejoint la prière de toute l’Eglise, et même la prière des anges qui sans cesse chantent la gloire de Dieu. Chacune de nos préfaces nous y rend attentifs : c’est par lui (par le Christ) que la terre et le ciel, avec les anges et les archanges, ne cessent de t’acclamer. Ma prière, même pauvre, même malhabile, rejoint toujours la prière des autres croyants. Elle y trouve sa force et y donne sa force aussi. C’est ainsi que s’ouvrent les trésors de miséricordes de Dieu notre Père pour tout un chacun.

Désormais, lorsque vous serez seul dans votre chambre, ou dans une église, quelquefois écrasés par le doute, le chagrin ou l’ennui, souvenez-vous que votre prière rejoint forcément celle d’un autre priant et qu’ensemble, vous pouvez beaucoup. Il n’est jamais perdu, le temps de la prière, si court soit-il, si malhabile soit-il ! Et lorsque vous penserez que votre prière ne sert à rien, reposez-vous sur la prière des autres, confiez-vous à la prière incessante des anges : ils sauront vous rattraper, ils sauront vous redonner le goût de Dieu ! Et vous pourrez redire avec l’Eglise entière : il est juste et bon de te louer, Seigneur. Amen.


(Photo d'orante, prise en l'église de Desesti, Roumanie)