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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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lundi 21 juillet 2025

16ème dimanche ordinaire C - 20 juillet 2025

 Une seule ? La meilleure part ?



 


            Il en avait de la chance Abraham, d’avoir une épouse et un serviteur qui agissent, discrètement, dans l’ombre, pour qu’il puisse se consacrer à ses visiteurs. Marthe n’a pas la même chance, elle qui se met aux fourneaux quand Jésus vient se reposer dans la maison qu’elle partage avec sa sœur et son frère. Si elle avait eu une servante, assurément, elle serait restée avec sa sœur aux pieds de Jésus. Mais si tel avait été le cas, nous n’aurions rien su de cette rencontre entre amis. Et surtout, nous n’aurions pas eu cette répartie de Jésus à l’adresse de Marthe qui vient se plaindre.

             J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ces deux sœurs. Elles ont la chance d’accueillir Jésus chez elles ; il est là en ami. Elles sont les sœurs de Lazare à qui Jésus rendra la vie avant de marcher sur Jérusalem pour y mourir. Mais c’est là l’histoire d’une autre visite de Jésus. L’histoire de la rencontre qui nous préoccupe aujourd’hui est bien connu. Et peut-être êtes-vous comme moi, un peu plus distrait lors de sa proclamation, parce que justement on connaît trop ; on ne fait donc plus forcément très attention. Et c’est quand on ne fait plus suffisamment attention, que des détails ou des interprétations de ces détails, peuvent nous échapper. Ce qui me préoccupe, à écouter cette histoire, c’est la réponse de Jésus à Marthe quand elle vient se plaindre, et surtout la manière dont nous la recevons et la comprenons.

             La première chose à noter, c’est que Jésus ne rabroue pas Marthe. Il ne sous-estime pas le travail qu’elle fait en cuisine pour le recevoir. Ses amis le reçoivent, il en est certainement heureux. Les deux sœurs se sont réparti le travail : Marie s’occupe de Jésus pendant que Marthe s’occupe en cuisine. D’autres manières de faire auraient pu être imaginées. Par exemple, les deux sœurs proposent à Jésus de se rafraichir un peu et de se reposer de la route pendant qu’elles préparent ensemble quelque chose à manger, soit avant de l’avoir entendu, soit après l’avoir entendu. Ou, si Marie s’avérait moins bonne cuisinière que Marthe, qu’elles commencent comme le rapporte Luc, et qu’à un moment Marie relève Marthe à la cuisine, quand il s’agit juste de surveiller la cuisson, pour que Marthe puisse avoir son tête-à-tête avec Jésus. Cela n’a pas été fait ; pas la peine d’épiloguer. Il nous faut donc prendre la réaction de Marthe et la réponse de Jésus telles qu’elles nous sont données. Si la réaction de Marthe semble légitime à beaucoup de lecteurs, la réponse de Jésus leur semble alors quelquefois difficile à entendre. Que dit-il exactement ? Après lui avoir fait remarquer qu’elle se donne du souci et s’agite pour bien des choses, juste pour un ami de passage, il affirme qu’une seule est nécessaire. Et il parle enfin de la meilleure part. Il nous faut bien comprendre que le une seule ne renvoie pas à l’une des sœurs (une seule sœur serait nécessaire !), mais bien à une attitude, une manière d’être avec Jésus. Il ne dit pas à Marthe qu’elle n’a rien compris, ni qu’elle fait mal. Il lui dit que, quand il vient les rencontrer, il ne se plaindra pas s’il n’y a qu’un casse-croûte pour lui. Ce ne sont pas les choses que les sœurs font pour lui qui lui importent, mais leur manière d’être, l’attitude qu’elles ont vis-à-vis de lui. Et cela doit nous rassurer ; le plus grand bien, quand Jésus vient nous visiter, ce n’est pas de nous mettre en quatre pour l’accueillir, c’est d’accepter de l’écouter. Il vient chez nous parce qu’il a quelque chose à nous dire, à nous partager. Et être pleinement là, présent à lui, est cette seule attitude nécessaire.

             Quand ceci est compris, nous pouvons mieux saisir la suite de la réponse de Jésus, celle sur la meilleure part. En parlant ainsi, Jésus ne renvoie pas Marthe à sa cuisine et ses casseroles ; il ne lui pas qu’elle ne sert à rien. Il lui dit qu’il existe une meilleure part, c'est-à-dire un essentiel. Marie l’a découvert en se mettant aux pieds de Jésus pour l’écouter. Marthe doit encore découvrir cet essentiel. Et cela nourrit notre propre vie spirituelle. Avec Marthe, nous pouvons nous interroger : Qu’est-ce qui est essentiel pour nous dans notre vie avec Jésus ? Où et comment Jésus nous attend-t-il aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse unique ; elle peut changer selon les circonstances de notre vie. Nous savons maintenant que la seule attitude nécessaire, c’est l’écoute. Et quand nous écoutons vraiment Jésus, nous découvrons ce qui est pour nous, personnellement, l’essentiel à ce moment donné de notre vie. Tout est utile dans la vie, même savoir préparer des petits plats. Mais tout n’est pas nécessaire au même moment. Et ce qui est vrai de notre relation avec Jésus, est vrai aussi de nos relations humaines. Si nous écoutions plus les autres, peut-être nous les comprendrions mieux ; les comprenant mieux, nous pourrions mieux les apprécier ; les appréciant mieux, nous pourrions mieux vivre avec eux ; vivant mieux avec eux, nous serions davantage en paix.

             Et voilà comment la colère d’une agitée des casseroles vient remettre un peu de bon sens dans notre vie à tous. Remercions Marthe de permettre à Jésus de nous éclairer tous. Remercions sa sœur Marie de nous rappeler l’importance de l’écoute. Et avec les deux sœurs, prenons la résolution d’une vie plus équilibrée, partagée entre l’écoute et l’action, parce que la Parole de Dieu est toujours dite pour nous mettre en route, en mouvement à la suite de Jésus. C’est ce à quoi nous invite le « Allez dans la paix du Christ » à la fin de chaque messe. Ecoutons tant que nous sommes rassemblés ici ; agissons dès que nous rentrerons chez nous, sans arrêter pour autant d’écouter. Amen.

samedi 16 juillet 2022

16ème dimanche ordinaire C - 17 juillet 2022

 Les torts partagées des deux soeurs. 


Bassano, Le Christ dans la maison de Marie, Marthe et Lazare, 
1577, Musée des Beaux-Arts, Houston



            Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. Si je comprends bien l’affirmation de Jésus, rappelant l’importance d’écouter la Parole de Dieu, j’ai plus de mal avec ce qu’elle a pu engendrer comme excès au cours des temps dans l’Eglise. Elle peut laisser entendre que rien n’est plus important que l’écoute de la Parole du Christ et que le service des frères est second, pour ne pas dire insignifiant. Permettez-moi donc de relire cette page d’évangile et de l’intituler les torts partagés des deux sœurs. 

            Tout avait plutôt bien commencé. Jésus rend visite à des amis, Marthe et Marie, les sœurs de Lazare, absent ce jour-là. Il vient se reposer, vivre un de ces temps privilégiés dont nous avons tous besoin. C’est un temps gratuit, un temps béni avec des amies. J’aime bien ce récit qui nous rappelle que Jésus s’invite dans notre vie, qu’il veut avoir besoin de nous comme amis. J’aime le fait que Jésus ait envie de se reposer chez moi ; j’aime le fait que je puisse me reposer en Jésus. Le fait qu’il soit Fils de Dieu n’enlève rien à son humanité et à ce besoin très humain d’avoir des amis, c'est-à-dire des personnes sur qui il peut compter pour passer un bon moment, pour souffler, juste être lui. Et nous voyons les deux sœurs heureuses d’accueillir Jésus. L’une, Marie, lui fait la conversation ; l’autre, Marthe, prépare ce qui est nécessaire pour que Jésus profite bien de son passage. Rien que de très normal. Chacune fait sans doute ce qu’elle fait de mieux. Tout le monde n’est pas doué pour la conversation ; tout le monde n’est pas doué pour la cuisine. Le tableau semble idéal. Parmi les nombreuses œuvres d’art représentant cette scène, deux l’ont bien comprise ainsi, montrant une Marie assise près de Jésus, heureuse de l’écouter, et une Marthe en cuisine, plumant allègrement volailles diverses et préparant des mets délicieux en quantité. Admirez le tableau de Bassano (Le Christ dans la maison de Marie, Marthe et Lazare) ou celui de Pieter Artsen (Marthe préparant le repas) et vous verrez qu’il n’y a nulle tension entre les deux sœurs : chacune fait avec plaisir ce qu’elle sait faire. Nous devons bien comprendre qu’il n’y a pas de mal à s’affairer en cuisine pour bien recevoir un invité ; il n’y a rien de mal non plus à prendre du temps avec lui, pour l’écouter et échanger les dernières nouvelles. Quiconque aime recevoir et faire plaisir sait que ce sont là les deux choses essentielles à faire lorsqu’on reçoit. Alors pourquoi l’histoire dérape-t-elle ? 

Pieter Artsen, Marthe préparant le repas, 
16ème siècle, Musée de Toulon

            Luc, qui nous rapporte cette rencontre, nous dit que Marthe vient se plaindre auprès de Jésus : Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. Voici que le service qu’elle a choisi de rendre lui pèse. Pourquoi est-ce à moi d’être en cuisine ? Pourquoi l’autre, là, ne fait-elle rien ? Elle papote pendant que je déplume, nettoie et cuit ? Le premier tort de Marthe, c’est de ne plus accepter le rôle qu’elle a choisi. Elle veut faire autre chose. Son second tort, c’est de s’en plaindre à Jésus, comme si Marie lui était devenue étrangère. Pourquoi ne pas s’adresser simplement à Marie ? Lui aurait-elle refusé un coup de main nécessaire ? Elle ressemble à ces parents qui se disputent au sujet d’un enfant : tu diras à ton fils que… Pardon ! tu ne peux pas le lui dire toi-même ? C’est aussi ton fils, non ? Vous comprenez la situation… Marthe nous rappelle toutes ces fois où, dans notre vie, humaine ou spirituelle, nous envions trop les autres et ne reconnaissons plus la chance que nous avons d’être nous. Il y a des gens qui veulent tellement vivre la vie des autres, que la leur, leur devient insupportable ! Et ce serait alors à un tiers de régler ce souci. C’est l’Etat qui doit faire des lois qui abolissent toutes les différences pour que je ne sois pas singularisé ; c’est l’école qui doit mettre tout le monde sur un pied d’égalité même si c’est au prix d’un nivellement vers le bas ; c’est l’Eglise qui doit se réformer pour que l’impossible devienne possible ! Bref, c’est à un autre de faire en sorte que soit acceptable pour moi ce que je ne supporte plus. Le tort de Marie, parce que je crois bien qu’elle en a un aussi, c’est de ne pas avoir remarqué que sa sœur en faisait trop ou qu’elle avait besoin d’un coup de pouce. J’aurais bien vu le moment où Marthe et Marie, d’un commun accord, échange leur place : Marthe prenant le temps d’échanger quelques mots avec Jésus et Marie surveillant les plats préparés par sa sœur pour que rien ne déborde ni ne brûle. C’est peut-être un détail pour vous, mais ça ne mangeait pas de pain de faire ainsi, et surtout, cela aurait préservé l’esprit fraternel que Jésus était venu chercher. 

            Rappeler ce détail me permet de ne pas rejoindre la cohorte de prédicateurs qui ont fait l’éloge de Marie et le malheur de Marthe. Parce qu’à trop appuyer la réponse de Jésus, on risque d’aboutir à un travers trop bien connu et dont nous avions déjà un aperçu dimanche dernier, dans la parabole du bon samaritain. Le prêtre et le lévite, trop plein de Dieu, n’ont pas vu Dieu qui agonisait dans l’homme blessé. C’est un risque réel, quand on comprend mal la vie spirituelle, d’oublier les pauvres à force de se fondre en méditation et en prière. Marie a bien fait de se consacrer à Jésus, mais elle aurait dû aussi rester attentive à sa sœur. Marthe a bien fait de s’affairer en cuisine, car même si l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, un bon rôti ou un bon gigot, c’est quand même pas mal aussi ! Mais elle n’aurait pas dû se plaindre « en haut lieu » de quelque chose qui ne concernait qu’elle et Marie. D’où le titre que j’ai donné à ma relecture : les torts partagés des deux sœurs. 

            Je me refuse finalement à choisir Marie contre Marthe et vice-versa. Les deux ont leur importance. Dans ma vie spirituelle, la prière, l’écoute de la Parole de Dieu sont aussi importantes que le service du frère. C’est une question d’équilibre pour que ma prière ne devienne pas une fuite du monde et que ma charité ne soit pas juste une activité coupée de sa source. Les grands ordres religieux l’ont bien compris, eux qui ont équilibré, même dans la temporalité d’une journée Ora et Labora : la prière et le travail. Je l’ai compris en méditant un tableau de Maurice Denis. Il représente Marthe et Marie, attablées avec le Christ, dans un tableau étrangement eucharistique. Jésus a devant lui un calice, Marie est en attitude d’écoute et Marthe apporte un plateau de pains : tout ce qu’il faut pour l’eucharistie, ce sacrement qui fait du fruit de la terre et du travail des hommes, le pain de la vie et le vin du Royaume. En chacun de nous doivent cohabiter Marthe et Marie pour que le Christ soit toujours bien reçu et bien écouté. Ainsi il pourra toujours se reposer en nous, et nous en lui. Et toute notre vie sera eucharistie. Amen.



Maurice Denis, Marthe et Marie, 1896, Musée de l'Ermitage

samedi 28 mars 2020

5ème dimanche de Carême A - 29 mars 2020

Dieu nous apprend le deuil.







Un ami malade, Jésus qui tarde et c’est le drame : l’ami malade meurt. Mais pourquoi donc Jésus a-t-il pris le chemin des écoliers pour se rendre au chevet de l’homme souffrant qui avait besoin de lui. Lui qui en a guéri tant d’autres qu’il ne connaissait pas, pourquoi a-t-il traîné lorsque, pour une fois, il pouvait faire du bien à quelqu’un qui lui était proche ? A priori, l’attitude de Jésus peut surprendre, voire choquer. Cette attitude n’est pas digne de celui que l’on connaît comme le chantre de l’amour et de l’attention due à autrui. Quelque chose ne colle pas. A moins que nous n’ayons mal compris ; à moins que Jésus veuille nous faire comprendre quelque chose à travers la mort de Lazare. Pourquoi, en effet laisser mourir un ami et faire souffrir ses sœurs, s’il n’y avait une révélation à clé ? 

A travers cet épisode de la vie de Jésus, Dieu veut nous apprendre le deuil. Non pas qu’il prenne plaisir à faire souffrir ceux qui restent, mais parce qu’il veut nous inviter à vivre de manière positive notre rapport à la mort. Dieu nous apprend à vivre le deuil par l’attitude même de Jésus devant la mort de son ami. Il n’est pas froid ou indifférent au malheur qui touche ses proches. Il pleure même, manifestant ainsi sa proximité avec Marthe et Marie. Mais surtout, il les invite à voir plus loin. L’on comprend bien, à observer Jésus, que la mort ne peut pas être la destinée de l’homme. L’homme n’est pas fait pour mourir, mais pour vivre. C’est cela le vrai plan de Dieu, son véritable projet d’amour pour chacun de nous. Que nous vivions, et que nous vivions libres et heureux ! La mort et Dieu n’ont rien à voir ensemble : ce n’est pas le même monde ; ils n’ont pas les mêmes valeurs. Mais puisque l’homme est soumis à cette loi de la mort, il faut bien affronter ce qui semble être le terme de la vie. En laissant mourir son ami avant de se rendre à son chevet, Jésus se prépare à dire que Dieu est plus grand que la mort même, et que son projet d’amour pour l’homme n’est pas remis en cause par le départ de nos proches. 

Ton frère ressuscitera, affirme Jésus à Marthe, ouvrant ainsi un premier espace pour que l’homme ne se laisse pas abattre par la mort. Il reprend à son compte ce qu’affirmait déjà le prophète Ezéchiel à travers la vision des ossements desséchés dont nous avons entendu un court extrait dans la première lecture. Jésus affirme sa foi en une vie éternelle, par-delà la mort. Marthe partage cette espérance transmise par les Anciens du peuple. Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Mais en attendant, la souffrance est bien là, et Jésus n’a rien fait pour l’empêcher. Moi, je suis la résurrection et la vie, poursuit Jésus, annonçant ainsi qu’en lui les hommes ont accès, dès maintenant, à cette vie en plénitude. Celui qui croit en lui possède la vie pour toujours. Cette vie lui est acquise par le sacrifice de la croix. En marchant librement vers sa propre mort, Jésus va mettre un terme au règne de la mort. Il va la combattre sur son propre terrain, ouvrant à l’homme l’espace de la liberté, l’espace de la vie en plénitude. Celui qui reconnaîtra que la mort de Jésus n’est pas un sacrifice vain et absurde, mais bien l’acte ultime de Dieu pour dire aux hommes son amour, ceux-là savent que la vie aura toujours le dernier mot. Et comme pour donner un avant-goût de cette réalité, voilà que Jésus rappelle à la vie celui-là même qu’il pleurait. La joie devait être grande dans l’entourage de Marthe et de Marie. Cette joie sera encore plus grande au moment de la résurrection du Christ lui-même. Cette résurrection de Lazare manifeste pleinement et ouvertement que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! –  vivant pour toujours, vivant à ses côtés. 

Si le temps du deuil est nécessaire, il est encore plus nécessaire de se plonger au cœur de la foi chrétienne lorsque la mort nous frappe par la disparition d’un de nos proches. Nous puiserons à la source de la foi, la certitude que nos défunts sont bien vivants, que déjà, ils intercèdent pour nous. Nous pouvons vivre en ayant la certitude d’être sauvé par le Christ, parce que le salut n’est pas de notre fait, mais du seul fait de Dieu. C’est lui qui, gratuitement, nous offre la vie. C’est lui qui, gratuitement, nous appelle sans cesse à vivre, à vivre mieux, à vivre plus grand. Paul l’affirme sans détour dans l’extrait de la lettre aux Romains que nous avons entendu : Si le Christ est en vous – ce qui veut dire : si vous avez été baptisés -, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit –que vous avez reçu au baptême – vous fait vivre, puisque vous être devenus des justes – par votre baptême. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. La démonstration est imparable : elle nous rappelle que par notre baptême, Dieu nous donne son Esprit de vie, et c’est bien cet Esprit de vie qui nous permettra d’affronter la mort de nos proches et notre propre mort, avec confiance et espérance. Nul ne peut détruire cet Esprit de Vie. 

En ces temps difficiles où des familles doivent affronter la mort sans pouvoir accomplir les rites normalement prescrits, Dieu nous apprend le deuil en nous invitant à vivre autrement, mais à vivre vraiment dès maintenant, pour vivre toujours lorsqu’il nous ouvrira la joie de son Royaume. Que ce Carême qui touche à sa fin soit l’occasion pour chacun de redire à Dieu son envie de vivre, de vivre éternellement, par lui, avec lui et en lui. AMEN.


(Icône de la Résurrection de Lazare, trouvé sur internet)

samedi 16 juillet 2016

16ème dimanche ordinaire C - 17 juillet 2016

Avec Marthe et Marie, unifions notre vie.




Marthe & Marie, ou comment choisir entre le yoga chrétien et l’action catholique. Voilà bien présentée, me semble-t-il, la problématique que soulève la liturgie de ce jour. C’est d’ailleurs un grand poncif de la catéchèse et de la prédication. On ne prie jamais assez ; on n’agit jamais assez. Alors quand les deux choses que sont la contemplation et l’action sont mises face à face, que choisir ? 


En lisant l’évangile de ce jour trop rapidement, on pourrait en conclure, trop rapidement aussi, qu’il vaut mieux privilégier la contemplation. Rester là, calme, ne rien faire d’autre que d’essayer d’entrer en contact avec Dieu. C’est bien ce qui semble ressortir de la réponse de Jésus à Marthe qui jalouse sa sœur Marie : Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. Faudrait-il donc suivre cette voie ? Les moines et les moniales auraient-ils alors fait le seul choix acceptable aux yeux du Christ ? Les religieuses cloîtrées vaudraient plus que les religieuses apostoliques ? Pire, dans ce Carmel, les sœurs du chœur auraient-elles plus d’importance que la tourière ?
En nous interrogeant ainsi, nous sentons bien que nous faisons fausse route. Il faut certes lire chaque page d’évangile pour elle-même, mais sans la couper, sans l’isoler du reste. Avant d’opposer ces deux sœurs, regardons l’Evangile dans son ensemble et soyons attentifs à la manière d’agir de Jésus lui-même. Que constatons-nous ? Que Jésus est un grand actif : il parcourt le pays, enseigne les foules, pose des signes forts, guérit des malades nombreux. Mais… Jésus est aussi un grand priant : combien de fois ces disciples l’ont-ils trouvé au petit matin, en prière, à l’écart. La prière de Jésus devient ainsi comme le moteur même de son action ; et son action, comme la révélation au monde de sa grande proximité, sa grande intimité avec Dieu. 
Le livre de l’ecclésiaste nous apprend qu’il y a un temps pour tout. De même, il y a un temps pour prier et un temps pour agir. Les deux ne s’opposent pas ; ils se complètent. Que vaudrait notre action, même catholique, si elle était déconnectée de la prière, déconnectée de toute vraie relation au Dieu vivant et vrai ? Que vaudrait toute activité pastorale si elle ne renvoyait ces auteurs et ses bénéficiaires à l’unique nécessaire : la fréquentation et la suivance du Christ ? Ce ne serait que du vent, vaine agitation à peine capable de brasser un peu d’air ! Que vaudrait notre contemplation si elle ne nous menait pas aussi au Dieu vivant et vrai par les frères rencontrés et soutenus, soutenus y compris par notre prière ? A quoi servirait ma prière si elle ne me tournait pas vers chacun de ceux que le Christ met sur ma route ? Ce ne serait qu’une sorte de yoga chrétien, tout juste capable de me dé-stresser, de me faire évader de ce monde quelquefois trop envahissant. 
Action et contemplation sont définitivement à lier, comme nous sommes invités à lier amour de Dieu et amour du prochain. Il n’y a pas d’action chrétienne qui ne me renvoie et ne renvoie les autres à Dieu ; il n’y a pas de prière chrétienne sans retour vers la vie, sans retour vers les frères. Marthe et Marie sont chacune un aspect de la vie chrétienne. Il faut les tenir ensemble, sans en diminuer aucune. La preuve nous en est donnée par les ordres contemplatifs : dans les grandes traditions monastiques, il y autant de temps consacré au travail qu’à la prière …et au repos. Nous n’aurons jamais fini de choisir entre Marthe et Marie, parce qu’il n’y a rien à choisir. Nous avons à unifier notre vie à l’exemple du Christ lui-même ; alors notre prière sera vraiment efficace ; alors notre action conduira les cœurs à la conversion. Il y Marthe et Marie en chacun de nous : à nous de savoir quand donner la priorité à l’une ou à l’autre selon ce que les circonstances exigent. Pour l’heure qui nous rassemble, assurément, c’est Marie qui doit avoir la première place ! En doutiez-vous ? 
Au début de nos vacances, il est heureux que ce soit justement cette page d’évangile qui nous soit proposée. Quel meilleur temps que celui des vacances pour réunifier notre vie, pour redonner du sens à ce que nous vivons. Ce temps n’est pas simplement donné aux hommes pour se reposer ; il est aussi un temps favorable pour se rapprocher de Dieu, pour retrouver ce Dieu que les soucis du monde, du travail et de la famille ont pu éloigner de nous. Au hasard de nos pérégrinations, prenons le temps de nous isoler dans telle église, telle chapelle remarquable, non pas comme un touriste de base qui les traverserait plus vite qu’il ne traverserait la place du marché, mais comme un croyant qui sait que ce lieu est habité par quelqu’un qui attend un signe, un geste, une prière, qui lui diront qu’il est important pour nous comme nous sommes importants pour lui. Que ce temps de vacances ne soit pas qu’un temps d’agitation supplémentaire ; nous aurions perdu et notre temps et nos vacances s’il en était ainsi. Que Dieu nous en préserve donc, lui qui a envoyé son Christ parler à notre cœur et nous entraîner à sa suite. Amen.
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 211, Juillet 2004, éd. Marguerite)

vendredi 19 juillet 2013

16ème dimanche ordinaire C - 21 juillet 2013

Apprendre à être à l'heure de Dieu !



Nous avons tous entendu les mêmes lectures maintenant. Alors que vaut-il mieux ? Vaut-il mieux prier, aller à la messe le dimanche ?, ou vaut-il mieux s’occuper des pauvres et agir au nom de l’Evangile … La réponse apportée dépend souvent de notre idéologie personnelle ! L’histoire récente de l’Eglise nous le montre bien. Or l’Evangile et le Christ ne sont d’aucune idéologie. La vérité ne saurait être dans l’une ou l’autre. Nous gagnerons donc à bien lire ce qui est écrit aujourd’hui et à comprendre ce que nous disent les textes entendus. 
 
Si nous comparons la première lecture et l’Evangile, nous pouvons dire, sans nous tromper, qu’il s’agit de deux textes de rencontres. Dans la Genèse, Abraham rencontre trois hommes ; il se met à leur service, leur offrant repos et repas. Il en est récompensé par l’annonce de la naissance d’un fils. Dans l’Evangile, Jésus rencontre Marthe et Marie : Marthe s’affaire derrière les fourneaux pour servir le Seigneur, pendant que Marie reste assise là, près de Jésus, à ne rien faire. Et c’est d’elle dont Jésus lui-même dit qu’elle a choisi la bonne part (pour respecter le texte grec). Marthe ne fait que ce qu’a fait jadis son ancêtre Abraham : lui était récompensé, elle s’en trouve quelque peu malmenée. Pourquoi une telle différence ? 
 
En lisant attentivement le passage de la Genèse, nous comprenons fort bien que c’est Abraham qui a l’initiative de la rencontre. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu’à terre et dit : "Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur". Il reçoit à son invitation ; il se met au service de ceux qu’il accueille. Normal. Les règles de l’hospitalité sont ainsi faites ; il ne laisse pas son  hôte s’ennuyer, il s’occupe de son confort, il veille à ce qu’il ne manque de rien. Il a voulu que ces hommes s’arrêtent chez lui, il doit maintenant s’en occuper. 
 
Dans l’Evangile, la perspective n’est pas la même. Jésus entre dans un village ; il y a là des amies à lui ; il leur rend visite et Marthe le reçoit dans sa maison. Il nous faut nous souvenir ici que c’est Luc qui nous raconte cette histoire. Et chez Luc, c’est toujours Jésus qui a l’initiative des rencontres. Souvenez-vous de Zachée : Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi !  C’est lui qui s’invite, et aujourd’hui, c’est le jour où il doit demeurer chez Marthe et Marie. Le personnage important, c’est lui. L’acte important, c’est lui qui le pose : il s’invite. Le servir, c’est donc d’abord comprendre pourquoi il s’invite ainsi, et entendre de sa propre bouche le motif de sa visite. Il sera toujours temps, après, de passer à table ; il sera bien temps assez tôt de partager avec lui le repas. Marthe a brûlé les étapes : elle n’a pas pris le temps de bien faire attention à son hôte, contrairement à Marie qui n’a cessé de l’écouter. 
 
Comprenez-vous bien ce qui différencie ces deux histoires de rencontres ? Alors vous comprendrez la réponse à apporter à ma question du début : que vaut-il mieux ? Avec un autre auteur de l’Ancien Testament, nous pourrions dire qu’il y  a un temps pour tout. Pour Abraham était venu le temps d’accueillir comme il se doit ses visiteurs, en leur offrant repas et repos. Pour Marthe et Marie était venu le temps de se mettre à l’écoute de celui qui s’invitait chez elles. De même, la vie chrétienne parfaite n’est pas celle qui sans cesse se perd en activité, même charitable, de manière continuelle, ni même celle qui se perd en prière éternelle oubliant le pauvre devant la porte. Le service authentique de Dieu suppose de savoir à quel moment faire quoi. Jésus, en mettant en avant l’attitude de Marie, rappelle simplement que le service de Dieu commence par son écoute. Seul celui qui écoute bien Dieu peut apprendre de lui comment le servir encore mieux dans ses frères. L’action est nécessaire au chrétien puisqu’il doit témoigner de sa foi auprès des autres. Mais la prière et la pratique authentique passe d’abord par l’écoute, la prière, la méditation de la parole de Dieu pour y découvrir ce que Dieu attend de moi. La charité ne supprime pas la prière, et la prière ne dispense pas de la charité. Chacune a besoin de l’autre : nos activités pastorales ou caritatives ont besoin d’être soutenus par une vie liturgique et spirituelle pour ne pas devenir activisme vain et stérile. Et notre vie liturgique et spirituelle a besoin d’engagement pour que nous ne nous perdions pas dans les nuages d’un mysticisme vain et stérile.  
 
Ce lien profond que Jésus établit entre les deux se vérifie par la place de cette histoire dans l’Evangile de Luc : elle vient après le bon samaritain, parabole par laquelle Jésus nous invitait à nous faire le prochain de tout humain qui souffre, nous enseignant la charité ; mais elle vient juste avant un enseignement cohérent de Jésus sur la prière. Placée à la charnière de ces deux enseignements, cette rencontre avec Marthe et Marie nous invite à unifier en profondeur notre existence, à régler l’horloge de notre vie sur Dieu pour que nous sachions toujours quelle heure il est. Marthe et Marie doivent cohabiter dans notre vie parce qu’elles se complètent mutuellement. L’important est de se soumettre aux exigences de l’heure. 
 
En ce moment de notre dimanche, nous pouvons être assurés d’être à la bonne heure au bon lieu, parce que nous sommes au temps où il faut écouter Dieu lui-même nous parler avant de lui rendre grâce et de partager avec lui le repas auquel il nous a invités. Ce temps est renouvelé par Dieu lui-même chaque dimanche pour nous permettre de revenir à la source et d’être fortifiés dans notre foi, notre espérance et notre charité. Restons fidèles à cette heure de Dieu et toute notre vie sera bien réglée à l’horloge de Dieu. Amen.
 

(Dessin de Jean- François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 18 juillet 2010

16ème dimanche ordinaire C - 18 juillet 2010

Retranscription de l'homélie donnée ce matin en l'église saint Florent de Cronenbourg


Alors, Marthe ou Marie ?

C'est souvent en ces termes que, dans mon enfance, était posée la question ; et il valait mieux répondre "Marie" pour faire plaisir à Monsieur le Curé ou Madame la Catéchiste, pour faire croire qu'on avait compris quelque chose à l'histoire. Mais je ne suis pas sûr du tout qu'il faille ainsi opposer ces deux soeurs qui accueillent Jésus chez elles. Je ne suis pas sûr que nous rendions justice à cette page d'Evangile en jouant l'une contre l'autre, en forçant à choisir un camp. Marthe et Marie sont soeurs, amies de Jésus et elles le reçoivent ensemble chez elles.

Marthe s'occupe du service. Et ce qu'elle fait n'est pas mal. Qui d'entre nous, recevant un ami, ne se mettrait pas en quatre pour qu'il se sente comme chez lui ? Qui d'entre nous ne s'agiterait pas un peu avant, pendant et après pour que tout soit au mieux ? Nous ne recevons pas nos hôtes comme des chiens. Nous nous fixons des standarts que nous voulons respecter. Et Jésus lui-même ne se plaindra sans doute pas du travail de Marthe lorsque viendra le moment de passer à table. Car enfin, si nous voulons finir autour de la table, il faut bien que quelqu'un consacre un peu de temps à la cuisine, à moins d'avoir du personnel à notre service. Qui d'entre vous, célibataire comme moi, ou vivant seul suite à une épreuve familiale, ne s'est pas senti écartelé lorsque, invitant quelqu'un, il fallait jongler entre la cuisine et le salon ? Ce que fait Marthe n'est pas condamnable ; elle fait ce que font beaucoup d'entre nous lorsque nous recevons chez nous.

Marie a choisi de faire salon. Quand nous recevons quelqu'un, il faut bien aussi s'intéresser à la vie de ceux que nous recevons : comment ça va ? Et la famille ? Le travail ? Quels sont tes projets ? Et à notre tour, nous donnons la nouvelle, ce qui s'est passé depuis notre dernière rencontre. Nous ne sommes pas des barbares, quand même. Un peu d'attention, n'est-ce pas la première chose que réclament nos visiteurs ? Il ne s'agit pas de s'enfermer en cuisine après les avoir installé, fût-ce dans le meilleur fauteuil de la maison ! Deux soeurs reçoivent Jésus : chacune tient une place pour que tout soit au mieux.

Marthe ou Marie ? Faut-il seulement choisir son camp ? N'avons-nous pas à être un peu des deux lorsque nous recevons quelqu'un ? N'avons pas à être un peu des deux depuis notre baptême lorsque nous recevons le Christ dans notre vie ? Que signifie cette expression "recevoir le Christ dans notre vie" ? Je reçois le Christ dans ma vie en écoutant sa Parole, bien sûr. Jésus est la Parole de Dieu adressée à tous les hommes. Mais cette Parole, n'ai-je pas à en vivre, à la faire vivre ? Sans doute connaissez-vous cette prière que je vais vous citer de mémoire : Le Christ n'a plus de mains, il n'a que tes mains pour servir tes frères. Le Christ n'a plus de pieds, il n'a que tes pieds pour aller à la rencontre de tes frères. Le Christ n'a plus de bouche, il n'a que ta bouche pour dire sa Bonne Nouvelle à tes frères.... et ainsi de suite, avec les membres d'un corps humain. Cette Parole que nous recevons dans le secret de notre coeur, dans l'intimité d'une rencontre, doit nous transporter vers les autres pour les servir comme l 'aurait fait le Christ lui-même.

Le verset de l'alléluia disait ceci : Heureux qui entend la voix du Seigneur et lui ouvre sa porte : il a trouvé son bonheur et sa joie. Celui qui entend la voix du Seigneur, voilà Marie ; celui qui lui ouvre la porte, sous-entendu l'accueille chez lui avec ce que cela suppose, voilà Marthe. Elles sont les deux facettes d'une même pièce, l'une n'allant pas sans l'autre. A notre tour, soyons Marthe et Marie, accueillant la Parole de Dieu et la servant à nos frères et soeurs en humanité. Nous y trouverons une vie unifiée, nous y gagnerons le vrai bonheur et la vraie joie. Amen.


(Photo de l'auteur recevant chez lui)