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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 22 mai 2021

Pentecôte - 23 mai 2021

 L'Esprit Saint vous conduira dans la vérité tout entière.




La Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui marque la fin du temps pascal. Nous avons célébré avec intensité le cœur de notre foi, la mort et la résurrection de Jésus ; nous avons médité son retour dans la gloire. Voici l’accomplissement de la promesse qu’il a faite à ses disciples : Je vous enverrai un Défenseur. C’est le don de l’Esprit Saint. Je voudrais reprendre avec vous cette autre affirmation de Jésus au sujet de l’Esprit, entendu dans l’Evangile de ce jour : Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. 

            En ces temps modernes, voire post-modernes, il en est beaucoup pour dire qu’il n’est pas possible de parler de la vérité, mais qu’il serait préférable de parler de vérités, puisqu’elles seraient multiples. Qui pourrait prétendre détenir la vérité dans un monde complexe et multiculturel ? Et puisque personne ne peut posséder la vérité, il faudrait accepter que l’idée même d’une vérité soit fausse. Il nous faut alors nous rappeler que Jésus lui-même n’a jamais dit détenir la vérité, mais être la vérité. Je suis le chemin, la vérité, la vie. La vérité n’est donc pas d’abord une idée, mais une personne : le Christ. Quand Jésus affirme que l’Esprit nous conduira dans la vérité tout entière, nous pouvons donc comprendre qu’il nous conduira vers le Christ, vers la pleine connaissance du Christ. Et l’Esprit Saint ne nous trompe pas quand il nous mène vers le Christ puisqu’il est l’Esprit de vérité. Il n’y a rien de faux en lui ; il est vraiment notre défenseur. 

            Notez encore que Jésus parle de la vérité tout entière, et pas d’une demi-vérité ou d’une vérité relative. Autrement dit, il nous faut considérer le Christ, mais aussi toute son œuvre pour comprendre ce que l’Esprit nous révèle. Nous ne nous attachons pas au Christ juste parce que cela fait joli, ou pour que le Christ ne se retrouve pas tout seul. Être conduit au Christ par l’Esprit, c’est entrer dans le mouvement de salut que le Christ a inauguré. C’est bien plus grand que d’être simplement un ami de Jésus. L’Esprit Saint nous fait alors découvrir que nous sommes faits pour Dieu, faits pour vivre avec lui. C’est une juste compréhension de l’œuvre du Christ, du don de sa vie sur la croix par amour pour nous. En clôturant le temps pascal, la Pentecôte nous dit que ce que nous avons célébré durant cinquante jours, ce n’est pas qu’une page d’histoire, mais bien notre histoire qui s’écrit toujours et encore, et que le salut proposé par le Christ est toujours actuel. 

            Faits pour Dieu, nous sommes aussi faits pour les autres. Avec l’Esprit Saint, nous devons rendre témoignage du Christ, de son œuvre, de ce qu’il réalise dans notre vie. Être conduit dans la vérité tout entière, c’est être conduit aussi vers notre accomplissement. Et l’accomplissement du chrétien, ce n’est pas seulement vivre de Jésus, mais témoigner de lui. J’entends cette nécessité comme l’affirmation que nous ne possédons pas, et ne possèderons jamais, le Christ. Nous ne pouvons pas mettre la main sur lui ; nous ne pouvons pas le garder pour nous. Ayant accueilli le Christ comme celui qui est la vérité de notre existence, nous ne pouvons que le partager, largement, pour que d’autres puissent reconnaître qu’il est la vérité de l’homme, la vérité de Dieu, la vérité du lien qui unit l’homme à Dieu. C’est le témoignage éloquent des Apôtres au jour même de la Pentecôte qui nous invite à prendre notre part dans cette annonce. Et il n’est pas besoin pour cela de savoir parler d’autres langues. La langue de l’amour suffit pour que les hommes, quelle que soit leur propre langue, puissent nous comprendre. C’est la langue même de Dieu, puisque Dieu est amour. 

            Arrivés au terme du temps pascal, n’en considérons pas pour autant la Pentecôte comme la fin de tout. Au contraire, les Actes des Apôtres que nous avons lu durant ces sept semaines sont l’écriture de l’œuvre de Dieu après la Pentecôte. Il nous faut donc considérer cette fête comme le commencement de la mission de l’Eglise, le commencement de la mission pour chaque baptisé. Avec l’Esprit, il n’est pas possible de s’endormir sur les lauriers de la victoire du Christ sur la mort. Avec l’Esprit, nous pouvons écrire nos propres actes pour faire advenir le règne du Christ dans tous les cœurs. Laissons-nous saisir à nouveau par cet Esprit ; laissons-nous conduire par lui dans la vérité tout entière. Amen.

samedi 9 mai 2020

5ème dimanche de Pâques A - 10 mai 2020

Avec le Ressuscité, quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie.








            Depuis Pâques, nous ne cessons de découvrir les nombreux passages que nous pouvons effectuer à la suite du Christ Ressuscité. Passer de la mort à la vie concerne tant de domaines de notre existence. La liturgie de ce dimanche nous invite à quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie. 

            Regardez la première communauté chrétienne. Son fonctionnement tournait autour des Apôtres. Mais à mesure que grandit la communauté, à mesure qu’elle s’ouvre à d’autres, notamment ceux de langue grecque, vous comprenez bien que les Apôtres ne pouvaient être partout et attentifs à tous. Si nous accordons foi aux données du Livre des Actes des Apôtres, c’est par milliers que les hommes et les femmes de leur temps se convertissaient et rejoignaient ceux qui appartenaient au Christ. Nous pouvons comprendre que ce problème des veuves ait pu voir le jour. Là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie, et le fait d’être chrétien ne change rien (hélas !) à l’histoire. Un partage mal fait, et c’est le conflit ! Voyez le génie des Apôtres : pris dans une impasse, ils ouvrent un nouveau chemin en nommant sept nouveaux compagnons, qui ne seraient pas Apôtres comme les Douze, mais qui seraient attentifs aux détails matériels, les Apôtres poursuivant leur mission première : rester assidus à la prière et annoncer le Christ, mort et ressuscité. C’est cela vivre du Ressuscité : ne pas s’enfermer, pas même dans un fonctionnement que l’on croit éprouvé ; ne pas hésiter à trouver de nouvelles voies, sans rien sacrifier de ce qui est essentiel. L’essentiel, c’est le service de la Parole de Dieu. L’intendance suivra toujours, et si ce n’est pas grâce aux Douze, ce sera par d’autres, envoyés par les Douze. Ainsi est conservé leur autorité ; ainsi est assuré par eux le service de l’essentiel. 

            Cette décision des Douze est conforme à l’enseignement de Jésus. C’est en le suivant que les hommes découvrent le chemin à suivre. Jésus l’a dit à ses Apôtres : il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; le Chemin vers Dieu, la Vérité sur Dieu, la Vie de Dieu donnée aux hommes. Vous comprenez ainsi pourquoi les Douze ont conservé le service de la Parole de Dieu : parce que ce service les met en relation directe avec leur Maître, Celui qu’ils ont suivi depuis son baptême sur les bords du Jourdain jusqu’à son retour dans la gloire de son Père. Puisqu’ils sont unis d’une manière toute particulière au Christ, ils sont les garants de ce chemin qui mène à Dieu, de cette Vérité que le Christ a révélée et de la Vie qu’il ne cesse de transmettre depuis qu’il s’est montré plus fort que la mort. 

            Il est heureux que nous entendions ces textes dans les temps qui sont les nôtres. Il est heureux que nous entendions cet appel à quitter nos impasses pour de nouveaux chemins de vie. Demain, nous commencerons le déconfinement, une nouvelle phase dans cette lutte contre ce mal invisible qui paralyse notre monde depuis trop longtemps. Nous pouvons rester dans l’impasse de nos peurs et nous plaindre que ce qui est fait n’est pas ce qui aurait dû être fait. Mais nous pouvons aussi entrer pleins d’espoir et de responsabilité dans cette nouvelle étape de notre vie et ensemble construire le début de quelque chose de neuf. Ce ne sera assurément pas la vie d’avant ; cette vie-là est morte. Mais quelque chose de neuf est possible si nous participons à sa construction. Nos peurs peuvent être légitimes ; certains ont tout fait pour nous y maintenir. Mais elles ne doivent ni nous écraser, ni nous paralyser davantage. Nous sommes faits pour la vie : c’est le grand message de Pâques. Nous sommes faits pour une Vie marquée du sceau de l’éternité, et non pour une vie confinée, recroquevillée. Nous sommes faits pour une vie ensemble, attentifs à tous, protégeant tous et non pour un individualisme qui réveille les réflexes les plus vils de l’homme : dénonciation, envie, manipulation à notre seul profit. 
         
        Nous savons que le Ressuscité accompagne toujours notre vie. Nous savons qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; nous savons qu’il est notre Chemin, notre Vérité, notre Vie. Faisons-lui confiance, marchons à sa suite sur les chemins nouveaux qu’il nous ouvre depuis Pâques. La maison du Père aux nombreuses demeures, nous pouvons la construire dès ici-bas en quittant nos impasses, en accueillant la vie du Ressuscité qu’il ne cesse de partager à tous les hommes. Avec lui, faisons œuvre de vie au profit de tous. Amen.


(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs, trouvé sur internet)


dimanche 8 avril 2018

02ème dimanche de Pâques B - 08 avril 2018

Croire, naître, aimer : tout est dit !






Durant les six dimanches qui suivent la fête de Pâques, nous entendrons cette année des extraits de la première lettre de saint Jean. Il est l’apôtre qui nous apprend le nom de Dieu lorsqu’il écrit : Dieu est amour. C’est un leitmotiv de sa pensée, de son œuvre. Pas étonnant donc qu’il insiste tant sur l’amour : non seulement l’amour de Dieu, mais aussi l’amour des frères. L’extrait que nous avons entendu ce matin articule cet amour autour de trois verbes : croire, naître, aimer. 

Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu. C’est ainsi que commence notre deuxième lecture. C’est un thème central de la pensée de Jean. La foi, chez Jean, concerne Jésus, le Christ. On ne parle plus du Jésus de l’histoire, mais bien du Christ, c’est-à-dire de Jésus en tant qu’il est mort et ressuscité. Jean mesure bien l’importance du trait d’union entre ces deux noms. Quand il témoigne de Jésus, il témoigne de celui qui a livré sa vie pour les hommes et qui est devenu ainsi pour eux le principe de vie. Nous comprenons bien que pour Jean, la foi n’est pas une idée, mais une réalité qui fait vivre. La foi est le moteur de la vie. Cette foi, parce qu’elle n’est pas une idée, nous met en mouvement et nous porte naturellement vers le frère. Pour Jean, il est ainsi impossible d’affirmer la foi et d’ignorer le frère ; il est impossible de croire en Dieu et de ne pas aimer le frère. Et vice versa. Christ nous tourne vers Dieu, Jésus nous tourne vers les frères ; et le trait d’union que nous devrions mettre en français, nous rappelle qu’il faut tenir les deux ensemble. Le trait d’union, c’est la foi qui nous fait aimer d’un même mouvement Dieu et les frères. Ecrire Jésus-Christ revient à écrire J’aime les frères que je vois et j’aime Dieu en qui je crois. 

Nous pouvons dès lors faire un pas de plus, toujours avec Jean. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Nous retrouvons ici les accents d’une autre affirmation de Jean qui écrit : celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas alors qu’il a de la haine pour les frères qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour des frères se reconnaît dans l’amour de Dieu (c’est ce qu’affirme Jean dans l’extrait de la lecture entendue) ; mais l’amour de Dieu se reconnaît lui dans l’amour des frères (c’est ce qu’affirme Jean dans la citation que je viens de souligner). Tout est lié pour Jean. Croire et aimer sont liés au point que celui qui ne croit pas, n’aime pas vraiment (puisqu’il n’aime pas de l’amour même de Dieu en qui il ne croit pas). Et de même, celui qui n’aime pas, ne croit pas en Dieu qui est la source de l’amour. Dit positivement cela nous donne : si tu crois, tu aimes ; si tu aimes, tu crois ! 

Nous en arrivons alors au troisième terme : naître de Dieu. Cela ne peut se faire que par la conjugaison de cet amour et de cette foi. Le tableau de la première communauté croyante brossé par Luc dans les Actes des Apôtres démontre ce que l’Apôtre Jean nous explique ici. C’est parce qu’ils sont disciples de Jésus-Christ que les premiers croyants mettent tout en commun, vivent la communion fraternelle de manière harmonieuse. L’accueil de la foi se traduit par le souci des pauvres, par le souci de ne laisser personne de côté : aucun d’entre eux n’était dans l’indigence. Ce n’est pas une exaltation de la pauvreté qui nous est proposée, mais bien une répartition plus juste des richesses pour que chacun puisse vivre dignement. Celui qui est né de Dieu par le baptême et par l’Esprit Saint, doit avoir au cœur un nouvel art de vivre qui lui permette de ne pas trahir sa foi. Plus qu’une exigence de justice, c’est une exigence de vérité. Combien d’hommes et de femmes ont renoncé à vivre leur foi parce que les croyants n’étaient pas fidèles à cette vérité de vie ?  

Croire, naître et aimer : en trois verbes, Jean dit tout de la foi au Christ-Jésus et de ses conséquences dans la vie des hommes. Soyons attentifs à toujours conjuguer ces trois verbes dans notre propre vie, pour que les hommes puissent croire ; devenus croyants, qu’ils puissent vivre et rester fidèles à la vérité de cette vie à laquelle ils sont nés. Notre foi et notre vie rendront Dieu crédible à ceux qui ne le connaissent pas encore… ou pas ! Amen.

(Détail du tableau Mort d'Ananie et Saphira, Cathédrale St Jean, Besançon)

dimanche 22 novembre 2015

Christ, Roi de l'univers (34ème dimanche ordinaire) - 22 novembre 2015

Qu'est-ce que la vérité ?
(Avec mes excuses pour la publication tardives ; je rentre d'une semaine de formation et de conférence)


La liturgie de ce dimanche interrompt le dialogue entre Pilate et Jésus au sujet de la vérité un verset trop tôt. A l’affirmation de Jésus : Je suis venu rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix, Pilate répond par cette question essentielle : Qu’est-ce que la vérité ? En ces temps troublés qui sont les nôtres, cette question est, me semble-t-il, tout à fait essentiel.

Qu’est-ce que la vérité ? Il faudrait à Pilate un peu plus de temps que celui d’un procès bâclé pour trouver réponse à sa question. Il faudrait qu’il se renseigne effectivement sur Jésus, sur sa mission, sa prédication. Il faudrait qu’il se défasse des opinions toutes faites fournies par des adversaires en colère. Il faudrait qu’il ait le courage de sortir des manipulations politiques auxquelles il est confronté pour comprendre que la vérité est en Jésus. Toute sa vie, toute sa mission, toute sa prédication consistaient justement à nous révéler la vérité sur Dieu, sur les hommes, sur les rapports entre eux. Ecouter la voix du Christ est le signe même que nous appartenons à la vérité. Mais, en relisant toute la passion de Jésus, nous ne pouvons que constater que Pilate n’a pas le temps de s’ouvrir à cette vérité sur laquelle il s’interroge.

Qu’est-ce que la vérité ? Les grands philosophes ont voulu faire croire qu’il n’y avait pas une vérité unique, mais que cette notion pouvait changer selon les hommes et selon les temps. Aujourd’hui encore, certains essaient de faire croire que la vérité se trouve dans ces actes terroristes. Ils seraient dans le vrai, au nom de leur Dieu, en commettant des actes criminels. Heureusement qu’il s’est trouvé des musulmans, dans le monde entier, pour redire que là n’était pas la vérité de l’Islam, que ces actes étaient des crimes contre l’humanité toute entière. Ils ont redit la vérité sur Dieu en rappelant que la solidarité, la fraternité, l’amour et le respect sont seuls du côté de Dieu et manifestation d’une vraie foi, d’un véritable attachement à la parole de Dieu.

Qu’est-ce que la vérité ? Voilà une question que nous ne pouvons éluder ? Si notre foi était instrumentalisée, saurions-nous, chrétiens, rétablir la vérité ? Saurions-nous défendre notre propre foi et la présenter de manière véritable ? Il est intéressant de constater que cette question de Jésus se situe justement durant son procès et devant celui seul qui a le pouvoir d’ordonner sa condamnation à mort. Et la réponse à cette question de Pilate résonnera fort, et sur la croix d’abord, dans le silence qui se fait à la mort de Jésus, et plus encore au matin de Pâque, lorsque les hommes entendront ce cri de joyeuse espérance : Christ es ressuscité ! Les hommes pourront enfin comprendre que la vérité est bien à chercher du côté de Jésus puisque Dieu lui-même vient contredire le jugement des puissants en redonnant la vie à celui qui s’était livré sur la croix. La vérité est du côté de la vie ; la vérité est du côté de la solidarité entre les hommes ; la vérité est du côté de la justice ; la vérité est du côté de la paix ; la vérité est du côté du pardon ; la vérité est du côté de la réconciliation.

Quelle que soit notre foi, ne laissons jamais des hommes nous détourner de la vérité révélée par Jésus sur la croix. Quelle que soit notre foi, ne laissons jamais des hommes nous faire croire qu’il y a une autre vérité, et qu’au nom de celle-ci, ils ont le droit de massacrer, de détruire, de condamner. Le Dieu qui a fait les hommes et voulu vivre en communion avec eux est et reste un Dieu de pardon, de miséricorde et de paix. Utiliser son nom pour faire le Mal, c’est bien se moquer de Dieu et travestir la vérité de son alliance avec les hommes, avec tous les hommes. La force de Dieu ne se trouve pas dans nos armes mais dans notre désir de vivre en paix avec tous, dans le respect de chacun. Quand cela sera vérité, Christ sera véritablement reconnu par tous pour ce qu’il est : le Roi de l’Univers. Amen.

vendredi 17 octobre 2014

29ème dimanche ordinaire A - 19 octobre 2014

Dieu et César.



Les Pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. D’emblée est posé le cadre de cette rencontre surprenante entre Jésus et des disciples des Pharisiens et des partisans d’Hérode : un cadre hostile, un piège destiné à faire tomber celui que la foule vient écouter en masse. Je ne sais pas si c’est de la bêtise ou de l’inconscience de vouloir prendre Jésus en défaut sur sa parole ; mais reconnaissons que cela donne un peu de panache à la démarche de ses adversaires. Pouvez-vous imaginer un seul instant réussir à prendre en défaut Jésus, en le faisant parler, lui qui est le Verbe de Dieu selon saint Jean, c’est-à-dire la propre parole de Dieu ? 
 
Les récents enseignements de Jésus (parabole des deux fils, parabole des ouvriers homicides et parabole des invités à la noce) auraient quand même dû les mettre en alerte. Certes, Jésus les a grandement énervés ; mais puisque c’est justement son enseignement qui les excite, pourquoi l’attaquer sur ce point-là ? Ils savent que c’est son point fort ; ils savent que sa parole a du poids ; ils savent qu’il est écouté. Quand tu veux attaquer ton adversaire, trouve son point faible ; ne le provoque pas dans le domaine où il excelle. N’ont-ils donc point de bon sens ? Bref, dès le départ, nous pouvons sentir que l’affaire est mal engagée, et ce n’est pas parce qu’ils viennent à plusieurs contre Jésus seul qu’ils ont un avantage ! 
 
Mais venons-en au piège lui-même. Ils sont futés quand même ; ils commencent par passer de la pommade à Jésus : Maître, nous le savons ; tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Ce qu’ils disent là n’est pas faux, nous le savons bien. L’enseignement de Jésus, sa parole, est le vrai chemin de Dieu. S’ils ne venaient pas en adversaires, nous pourrions louer leur foi, comme Jésus le fit lui-même si souvent pour celles et ceux qui venaient à lui avec un cœur pur. Mais voilà, leur cœur n’est pas pur, leurs intentions ne sont pas bonnes ; ils sont fourbes. Ils essaient de cacher leur piège derrière des paroles suaves. Du coup, leur question passe presque pour anodine, un simple point de détail, une précision toute bête à apporter dans un enseignement déjà riche. Donne-nous ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? La question peut nous sembler futile aujourd’hui, mais pour Jésus, elle est redoutable. S’il répond oui, il s’affichera comme collabo, partisan des Romains, et les foules, qui n’attendent qu’une seule chose, être débarrassé de l’envahisseur, se détourneront de lui. S’il répond non, il sera considéré comme séditieux, appelant à la révolte, et c’est ce même envahisseur, pourtant honni, qui se chargera de lui et règlera le compte de ce gêneur. Nous pouvons mesurer davantage encore la fausseté des paroles mielleuses qui ont introduit la question. 
 
Comment Jésus s’en sort-il ? En retournant le piège contre ses adversaires en trois temps ! Premier temps : Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Et déjà le piège se referme sur eux : ils ont bien en poche une monnaie qui sert à payer l’impôt. Ils ne semblent pas avoir cherché longtemps. Ils l’avaient à portée de main. Ils pactisent donc eux-mêmes avec l’occupant. Deuxième temps : l’effigie et la légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César. Si la possession de la pièce ne suffisait pas, voilà démontré qu’ils savent que c’est de l’argent sale, comme nous dirions aujourd’hui. Ce n’est pas la monnaie qui devrait avoir cours en Israël ; ils savent que c’est une monnaie étrangère, marque de leur soumission à l’impie. Troisième temps : l’enseignement de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Comme pour dire, ne me mêlez pas à vos compromissions. Ce qui est de ce monde, rendez-le à ce monde ; ce qui est du monde de Dieu, rendez-le à Dieu. Il faut alors encore préciser que la liturgie nous prive du dernier verset  de ce passage de l’évangile de Matthieu. Il nous dit la réaction des adversaires à la parole de Jésus : A ces mots, ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. 
 
Qu’apprenons-nous de tout ceci ? Premièrement : Jésus se pose en libérateur. Par son geste, par sa parole, il redonne aux choses leur vraie valeur. Il libère nos esprits étriqués de toute vision étroite ou partisane. Il nous invite à être vrais. Nous sommes vraiment libres lorsque notre oui est oui et notre non est non. En apprenant à rendre à César et à Dieu ce qui leur revient respectivement, nous sommes engagés dans ce processus de libération. Nous sommes vrais, et dans nos relations humaines, et dans notre relation à Dieu. Deuxièmement : Matthieu nous apprend dans son évangile ce que Jean révèlera dans le sien : nous avons à vivre dans le monde sans être du monde ; non pas évadés dans une bulle spirituelle, mais pleinement présent à la vie des hommes, sans toutefois entrer dans le jeu des compromissions. Si nous avons appris de Jésus à être vrais, alors nous pouvons nous engager dans ce monde, y compris en politique pour transformer le monde, sans jamais céder à l’esprit du monde. Troisièmement : Ayant appris à être vrais, sachant nous positionner justement dans ce monde qui passe, nous pouvons alors avoir une parole vraie, une parole claire, une parole qui éclaire et libère, une parole qui surprend aussi ceux à qui nous nous adressons. Notre parole doit être comme la parole de Jésus ; c’est sa parole que nous devons faire entendre, c’est de sa parole que nous devons vivre. 
 
Pour finir, laissons le dernier mot à la prière de l’Eglise ; l’oraison, que nous avons adressée à Dieu au début de notre eucharistie, nous introduisait magnifiquement à toutes ces découvertes. N’hésitons pas à la reprendre chaque fois que nous sommes confrontés à l’adversité, aux vents contraires ; elle nous indiquera toujours le chemin de la liberté et de la vérité, qui nous permettra de rendre et à César et à Dieu, ce qui leur revient. Dieu éternel et tout-puissant, fais-nous toujours vouloir ce que tu veux et servir ta gloire d’un cœur sans partage. Tout est là, tout est dit. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)