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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 30 août 2025

22ème dimanche ordinaire C - 31 août 2025

 Fuir les honneurs et renoncer aux amis, vraiment ?




(vu sur Pinterest)

 


 

            C’est sûr, avec ces deux paraboles, nous sommes entrés dans les paroles de Jésus difficiles à entendre. Ne prends pas la première place, n’invite pas tes amis. Est-ce vraiment cela que nous dit Jésus ? Est-ce seulement cela qu’il nous dit ? Ne lisons pas trop vite et essayons de comprendre.

            Ces deux paraboles de Jésus ne viennent pas par hasard ; elles sont le résultat de ce que Jésus observe. Il est invité pour un repas et constate comment les autres invités choisissaient les meilleures places. Qu’est-ce qu’il nous dit en substance ? Ne te mets pas en avant, ne te crois pas meilleur que les autres, ne crois pas que tu vaux mieux que tous les autres. Fuis les honneurs que tu t’attribues toi-même ! Ta désillusion pourrait être grande, et ta honte encore plus. A te croire meilleur que les autres, tu pourrais croiser un jour quelqu’un de meilleur que toi, ou considéré meilleur que toi, et tu serais renvoyé, lui étant préféré à toi. Plus tu te grandis, plus tu peux tomber de haut. Mais quand tu te fais petit, tu ne peux qu’être grandi par les autres. Jésus n’invite pas à refuser les honneurs, il invite à ne pas nous prendre pour plus que les autres. C’est très petit de se croire plus que les autres ; c’est très grand de croire les autres plus importants que nous.

            A bien lire la seconde parabole du jour, nous voyons que l’enseignement n’est pas très différent. Il ne dit pas que nous devons renoncer à avoir des amis ; mais il nous demande de ne pas oublier les autres, ceux qui n’ont rien à donner en retour. Nous aimons tous nous retrouver avec les mêmes que nous, ceux qui croient comme nous, ceux qui vivent comme nous. Est-ce grave, docteur ? Uniquement si cela ferme nos yeux et notre cœur sur les autres qui pourraient avoir besoin de nous. L’amitié est une belle chose ; elle dilate notre cœur, embellit notre vie. Nos amitiés doivent nous ouvrir au monde, et non nous refermer sur nous et nos amis. Nos amitiés en deviendraient étouffantes ! Après cette parole de Jésus, tu peux encore inviter tes amis ; tu peux encore être présent pour eux ; mais ensemble, n’oubliez pas d’inviter aussi les autres !

            Le vieux Ben Sirac l’avait compris bien, avant même l’enseignement de Jésus : Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser… La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. C’est bien cela qui est visé par Jésus dans ses paraboles : l’orgueil qui nous détourne de Dieu et des frères que celui-ci met sur notre route. Loin d’être une remontrance, ces paraboles sont salutaires car elles nous rappellent l’urgence de la charité, l’urgence d’une humanité attentive à toutes et à tous. Elles nous rappellent l’urgence de construire une société plus juste, dans laquelle ceux qui ont plus de chance veillent sur ceux qui en ont moins ; une société dans laquelle le partage des richesses n’est pas un gros mot ; une société dans laquelle oser demander un effort supplémentaire à ceux qui n’auront pas assez d’une vie pour dépenser tout leur argent ne semble pas une scandaleuse illusion ; une société dans laquelle l’accueil du migrant ne soit pas vécu comme un danger et un appauvrissement mais comme une chance et un enrichissement.

            Dans une France qui se révolte et qui se berce des musiques d’un populisme hasardeux, l’Evangile a peut-être encore une parole à dire, la voie d’une bonne nouvelle à tracer. Elle passe par le refus d’opposer les gens les uns aux autres et par le désir de trouver ensemble un chemin de compromis pour construire le bien commun. Ce n’est ni en détruisant ni en bloquant tout, ni en s’arc-boutant sur nos positions que le bien commun pourra nous rassembler. Bien au contraire ! Tout ce qui fracture une société, diminue son humanité. Tout ce qui rassemble pour construire un mieux, élève notre humanité et nous fait grandir en sainteté. Amen.

jeudi 1 avril 2021

Jeudi Saint - 01er avril 2021

Pour rendre notre vie plus belle, Dieu se fait serviteur.




(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330,
reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)




             Nous y voilà donc rendus, à ces fêtes pascales que nous avons préparé durant quarante jours. Nous y voilà donc rendus, à ce temps où Dieu lui-même vient rendre notre vie plus belle. Et reconnaissons que cela commence plutôt bien, puisque, ce soir, Dieu nous invite à son repas.

            C’est une vieille habitude de Dieu que d’inviter les hommes à manger ! Qu’y a-t-il de plus réjouissant que de se retrouver autour d’une même table pour un temps de partage, de fraternité ? Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que les lieux de restauration, lieux de rencontres et de partage, nous sont interdits. Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que, même en famille, les rassemblements festifs sont limités. Les repas de fête font partie intégrante de la vie des hommes, de leur bonne santé psychologique, et pour les croyants, de leur bonne santé spirituelle. Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour leur redonner la liberté ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour célébrer le bonheur retrouvé ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour rendre leur vie plus belle ! 

            C’était vrai au temps de Moïse avec ce repas pris à la hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main, prêts à partir sur un ordre de Dieu. Tout, dans l’ordonnancement de ce repas, indique son caractère particulier et festif. Car même s’il est pris en toute hâte, il reste le signe du passage de Dieu dans la vie des hommes. Ce n’est pas un repas égoïste, mais un repas partagé ! Ce n’est pas un repas fait juste pour nous rassasier, mais un repas plein de signes et de symboles, à revivre annuellement, pour ne jamais oublier que Dieu sert le bonheur et la vie de son peuple. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Egypte, cette nuit-là… contre tous les dieux de l’Egypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Egypte.  A ceux qui trouveraient que ce repas est quand même un peu sanguinaire (Je frapperai tout premier-né au pays d’Egypte, depuis les hommes jusqu’au bétail), nous rappellerons que Dieu avait envoyé son serviteur Moïse pour négocier la libération pacifique de son peuple, mais que le cœur endurci de Pharaon n’avait pas fait réussir ce projet. Quand Dieu se met au service du bonheur et de la vie de son peuple, rien ne peut se mettre en travers de sa route, surtout pas le mal. 

            C’est à un repas toujours que Jésus invite ses disciples, la veille de sa mort, pour sceller une nouvelle Alliance. Un repas au cours duquel il se livre lui-même, il se fait lui-même nourriture pour son peuple. Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Faites cela en mémoire de moi. Un repas que les disciples du Christ ont célébré fidèlement chaque dimanche depuis ce soir-là ; un repas qui nous fait participer aux noces de l’Agneau ; un repas qui est un avant-goût du bonheur que nous connaîtrons lorsque nous vivrons totalement en Dieu ; un repas qui nous donne la vie ; un repas au goût de liberté ; un repas qui célèbre le cœur de notre foi : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. 

            Ce repas que Jésus offre à ses disciples est aussi le repas du service. Nous l’avons entendu dans l’Evangile de Jean. Et même si ce soir, nous ne pouvons pas, à cause des normes sanitaires, vivre ce moment intense du lavement des pieds, le signe du service reste une exigence de ce repas. En Jésus, Dieu sert son peuple ; en Jésus, Dieu fait de son peuple un peuple de serviteurs. Notre rôle est de servir Dieu et les hommes. De servir le bonheur et la vie des hommes. Dieu sert la vie de son peuple en s’abaissant jusqu’à prendre la place du dernier des serviteurs. Même Dieu ne peut servir la vie de son peuple et se plaçant au-dessus de celui-ci. Pour notre vie, pour notre bonheur, Dieu s’anéantit. Et Jésus l’affirme : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons pas, si nous voulons avoir part à la vie du Christ, nous affranchir de cet impératif du service, de cet impératif de l’anéantissement de nos sentiments de puissance et de domination. Nous ne pouvons servir la vie et le bonheur des hommes que dans l’humilité et dans l’abaissement. A ceux qui servent ainsi Dieu et leurs frères est promis le partage de la gloire de Dieu. 

            Quand Dieu nous invite à son repas, c’est toujours pour nous permettre de nous rapprocher de lui. Ce repas n’est pas une récompense ; il est le moyen sûr de rencontrer Dieu. Dans ce repas, Dieu se livre dans la Parole et le Pain, tous deux partagés largement pour le salut du monde. Soyons fidèles à ce rendez-vous ; soyons fidèles à suivre l’exemple du Christ ; servons Dieu et nos frères, pour leur vie et leur bonheur, comme Dieu lui-même nous sert, pour notre vie et notre bonheur. Amen.  

samedi 10 octobre 2020

28ème dimanche ordinaire A - 11 octobre 2020

 C'est quoi être missionnaire ?




(Pieter Brueghel l'Ancien, Le repas de noces, 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche)


       Nous venons d’entendre non pas une, mais deux paraboles de Jésus, que Matthieu a astucieusement tricotées ensemble : celle des invités au festin des noces et celle du vêtement de la fête. Et puisque l’Eglise nous propose aujourd’hui d’entrer dans la Semaine Missionnaire Mondiale, je voudrais les relire avec vous sous cet angle particulier. Elles nous apprennent à être missionnaires, à nous ouvrir aux autres et à Dieu, et nous ouvrent ainsi le chemin vers le festin éternel que le Père prépare pour nous. Pour ce faire, observons les personnages. 

            Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités. Voilà posé le décor général. Nous comprenons, avec les auditeurs de Jésus en son époque, que le roi, c’est Dieu lui-même. Il a préparé un repas de noces pour l’humanité. C’est une image ancienne déjà, souvent utilisée par les prophètes, pour dire l’essentiel du projet d’amour de Dieu pour tous les hommes : l’humanité est faite pour vivre avec Dieu, en Dieu ; et cette vie avec Dieu n’est ni triste, ni monotone : c’est une vie de joie, une vie d’amour. Pour le chrétien que je suis, Dieu s’unit à l’humanité en Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Comme membre de l’humanité, je fais partie des invités à la noce, parce que personne n’est exclu de la fête. Comme chrétien, je suis de ces serviteurs que Dieu envoie porter à tous les hommes la Bonne Nouvelle du Salut. J'ai bien dit : comme chrétien et non comme prêtre. Car oui, frères et sœurs en Christ, nous sommes à la fois les invités, parce que c’est toute l’humanité que Dieu veut sauver, et les serviteurs, parce que, déjà membres de l’Eglise, nous avons à témoigner de l’amour de Dieu, à répandre cet amour afin que le monde puisse croire. Et nous sommes serviteurs, non parce qu’un matin, au réveil, nous nous serions dit : tiens, ce serait bien que je parle de Jésus autour de moi ; non, nous sommes serviteurs parce qu’envoyés par Dieu. Nous sommes constitués serviteurs par appel de Dieu ; et cet appel a retenti dans la vie de chacun au jour même de notre baptême. Nous ne naissons pas à la foi pour nous blottir auprès de Dieu ; nous naissons à la foi pour partager les dons que Dieu nous fait. Un chrétien qui ne voudrait pas être serviteur, n’aurait pas vraiment intégré le sens même de son baptême. Les missionnaires ne sont pas uniquement des prêtres, des religieux et des religieuses avec une vocation particulière consistant à porter le Christ au loin ; est missionnaire chaque personne qui s’unit à Jésus par le baptême. Et notre mission commune n’est pas de convaincre les gens, mais de leur transmettre une invitation à la fête avec Dieu. 

            Revenons à nos paraboles. Dans la première, il est dit : Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : « Voilà, j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce. » Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Nous constatons là la persévérance de ce roi, la persévérance de Dieu à appeler l’humanité au salut. Nous constatons aussi qu’il n’est pas avare : il a préparé un festin somptueux, à l’image de celui annoncé par le prophète Isaïe dans la première lecture de ce dimanche. Dieu n’est pas avare en amour ; il ne donne pas un petit peu, il ne donne pas un bout ; il donne tout son amour. Le roi n’a pas fait tuer quelques bœufs et quelques bêtes grasses ; il dit bien : mes bœufs et mes bêtes grasses. Tout a été livré ! Chrétiens, nous sommes encore plus conscients que Dieu a tout livré, puisque nous proclamons, en Jésus, un Messie livré, crucifié par amour des hommes. Oui, Dieu a tout livré pour nous sauver, pour nous inviter à la fête. Et nous refuserions ? Nous refuserions de nous laisser ainsi aimer, totalement, parce que nous aurions mieux à faire ? Peut-on répondre à Dieu qui nous invite : désolé, je ne peux pas, j’ai piscine ? Cette parabole des invités à la noce est aussi une parabole qui nous invite à nous laisser aimer par Dieu, vraiment, et à entrer dans ce mouvement d’amour. Dieu ne se lasse pas d’inviter. La preuve : quand les premiers invités ont refusé, le roi dit à ses serviteurs : « Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Vous aurez noté au passage, la petite incise : les mauvais comme les bons. L’amour de Dieu est sans limite ; tout le monde est vraiment invité à se laisser aimer de Dieu, à se laisser transformer par son amour, à se laisser bonifier par son amour. 

            Tout va bien donc ? Eh bien pas tout à fait. C’est là qu’intervient la deuxième parabole. Elle commence ainsi : Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. La logique humaine voudrait qu’il n’y ait là rien de surprenant. Vous invitez du monde à la dernière minute, les ramassant dans le quartier de manière pressante puisque tout est prêt et que personne n'aime que son rôti soit trop cuit. Vous ne pouvez pas vraiment vous étonner qu’un quidam entre sans vêtement de noce. Ce qui est surprenant, à vue humaine, c’est plutôt qu’il n’y en ait qu’un qui soit vêtu à l’ordinaire. Et pourtant, si tous les autres, invités dans les mêmes conditions, ont eu le temps de se préparer, étonnons-nous, avec le roi, qu’il y en ait un qui n’ait pas pris ce temps. On n’entre pas dans le mouvement de l’amour de Dieu parce qu’on a vu de la lumière ; on entre dans le mouvement de l’amour de Dieu parce qu’on a été saisi par lui et qu’on se laisse transformer par lui. C’est cela, le vêtement de la fête : l’amour de Dieu qui nous prend et nous transforme, nous rendant identiques au Christ. Paul le dira dans une de ses lettres : Vous avez revêtu le Christ. Voilà notre vêtement de fête ! Ce qui doit nous surprendre dans ces deux paraboles, ce n’est pas que le roi fasse tuer les meurtriers, ni qu’il fasse jeter dehors, pieds et poings liés, celui qui ne porte pas le vêtement de noce. Non, ce qui doit nous surprendre, c’est que l’homme puisse refuser le mouvement d’amour initié par Dieu ; ce qui doit nous surprendre, c’est que des gens pensent encore que nous irons tous au paradis. Sans le vêtement de l’amour, vous aurez beau voir de la lumière ; c’est à peu près tout ce que vous verrez du paradis. Ce qui doit nous surprendre le plus, c’est que Dieu ait choisi, par amour, de nous laisser aller, de nous laisser la possibilité de refuser son amour. Là nous voyons vraiment à quel point il nous aime. Il nous aime au point de se laisser entendre dire : je ne veux pas de ton amour. Chrétiens, nous devons comprendre aussi qu’il ne suffit pas d’avoir revêtu le Christ pour être automatiquement admis dans la salle des noces. Entrer dans le mouvement de l’amour de Dieu n’est pas un moment unique à l’image de notre baptême ; c’est un mouvement quotidien, un mouvement dans lequel il nous entrer chaque jour. C’est pour cela que nous sommes à la fois serviteurs et invités. Nous ne devons jamais l’oublier. 

            Transmettre l’invitation : voilà notre mission de serviteur ; nous laisser aimer, entrer dans le mouvement de l’amour Dieu, porter chaque jour le vêtement de noces : voilà notre mission d’invité. Il nous faut tenir les deux, ensemble, sans cesse. Si nous ne nous sentons pas aimés de Dieu, nous ne pourrons pas transmettre l’invitation ; si nous ne transmettons pas l’invitation, nous ne sommes plus dans le mouvement de l’amour de Dieu. Le salut, c’est ensemble, ou il n’est pas ; de même que l’amour, c’est pour tous, ou il n’est pas. Je ne peux garder ni l’invitation, ni l’amour de Dieu pour moi tout seul. Amen. 


jeudi 13 avril 2017

Jeudi Saint - 13 Avril 2017

Invités à un repas.







Les détails, tout est dans les détails, en cette semaine sainte. Dimanche, c’était l’ânesse et son ânon qui nous interpellaient ; aujourd’hui, c’est le repas auquel nous sommes invités qui doit faire sens pour nous. Car ce repas n’est pas n’importe quel repas. Il nous renvoie d’abord à ce fameux repas que nos frères ainés dans la foi avaient partagé au moment où Dieu venait les libérer. Souvenez-vous… 
 
Il y a longtemps, du temps où il avait décidé de libérer son peuple d’Egypte, Dieu invita les Juifs à un repas rapide, pris sur le pouce, la ceinture aux reins, le bâton à la main. Un repas vite fait : viandes rôties, pains non levés, herbes amères, pour marquer le début d’une ère nouvelle : le temps de la Pâque, le temps du passage de Dieu, le temps de la libération. Pressés de sortir de ce lieu d’esclavage qu’était l’Egypte, les Juifs n’avaient pas le temps de déployer porcelaine et cristal pour marquer ce grand jour. La libération se fera à la sauvette, et le repas de Dieu se réduira presque à un sandwich. Ils auront tout le temps de déployer les fastes lorsqu’ils célèbreront le souvenir de cette nuit, une fois libérés. Pour l’heure, il s’agit de se tenir prêt. Lorsque Dieu passera pour libérer son peuple, il faudra s’engouffrer dans cette brèche qu’il ouvrira, de peur que quelqu’un d’autre ne la referme. Il faudra être prêt à suivre le Libérateur. Il n’est plus temps de s’installer : Dieu attend déjà sur la route, au-dehors, au-devant…
 
Il en va de même pour nous ce soir. A table ! semble être le mot d’ordre de cette liturgie du Jeudi Saint. La raison profonde de notre présence, c’est bien l’appel du Christ à venir nous asseoir à sa table pour le repas d’adieu qu’il donne avant sa mort. Un de ces moments graves où il n’est plus temps de plaisanter. Saint Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe le sérieux et les exigences de ce repas. Un repas simple et rapide (du pain et du vin) qui proclame la mort et la résurrection de Jésus dans l’attente de son retour dans la gloire. Un repas rapide qui nous interdit de nous installer, qui nous pousse à nous tourner vers nos frères, à l’image du Christ lavant les pieds de ses disciples. Ce geste de Jésus au soir du Jeudi Saint révèle le sens profond de la mort / résurrection de Jésus et de l’Eucharistie qui la commémore. Ce sens dévoilé, c’est le don de toute la vie pour le service des autres, pour le salut du monde. L’Eucharistie bien vécue est celle qui nous ouvre aux autres par le partage et le service. S’asseoir ensemble à la même table signifie bien porter le souci de tous ceux qui sont autour de nous et de ceux qui n’ont pu venir. La messe ne nous replie pas sur nous-mêmes, jamais. 
 
Ce repas que nous allons partager dans un instant est un repas rapide, un repas offert et non mérité. Ce n’est pas à cause de notre sainteté légendaire que nous sommes accueillis par le Christ, mais parce que le Christ a voulu que sa table soit ouverte à tous, surtout aux pécheurs. Il ne saurait y avoir d’exclus de la table de l’amour ! Les mets consommés (pain et vin devenus corps et sang du Christ) sont ceux-là mêmes qui nous donneront la force de vivre de la Bonne Nouvelle. Car il ne s’agit pas seulement de manger pour vivre ; il s’agit de manger pour agir ; il s’agit de manger pour témoigner. Témoigner que Dieu ouvre les bras à celles et ceux qui s’approchent de lui ; témoigner que l’homme est plus important que la loi et donc qu’aucune loi ne mérite qu’on lui sacrifie ne serait-ce qu’un homme ; témoigner que le pardon finit par vaincre toutes les violences ; témoigner que la miséricorde est la clé du bonheur ; témoigner que la grandeur de l’homme consiste à se courber pour être à la hauteur des petits, et que le service est l’unique façon d’être grand devant Dieu ; témoigner que Dieu ne demeure dans aucune église ni cathédrale, mais qu’il marche sur la terre des hommes ; témoigner enfin qu’il n’y a pas de pain ni de richesses qui ne doivent être partagés ! 
 
A ceux qui pensent que c’est là chose impossible à vivre, il faut rappeler que ce pain et ce vin offerts sont signes de la vie du Christ donnée, déchiquetée, écrasée afin d’éveiller la terre à un nouvel esprit.  Quand le Christ nous invite, en chaque eucharistie, à manger son corps et boire son sang, il nous invite d’abord à accueillir sa façon de vivre, à accueillir sa Bonne Nouvelle. Il nous nourrit de sa propre vie pour que nous soyons forts, pour que soyons des Christ à notre tour. En communiant, nous proclamons que sa mort n’a pas été inutile puisqu’aujourd’hui encore, sa vie se propage en nous et nous met en mouvement. Dans ce repas simple et rapide qui nous est toujours offert, laissons-nous configurer au Christ pour, comme saint Augustin aimait à le rappeler, devenir vraiment ce que nous recevons : le corps du Christ. Amen.

 
(Dessin de Mr Leiterer)

dimanche 14 octobre 2012

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2012

Suivre Jésus, cela veut dire quoi ?

(Homélie donnée en l'église saint Georges de Haguenau, à l'occasion d'un rassemblement de servants d'autel)


Tout aurait dû bien se passer, franchement ! Un homme vient vers Jésus, et pour une fois, ce n’est pas pour l’embêter, ce n’est pas pour le piéger. Il vient vers Jésus avec un vrai désir : avoir en héritage la vie éternelle ; autrement dit être avec Dieu pour toujours. C’est la chose qu’il veut le plus, et il vient vers Jésus, qu’il reconnaît comme un Maître (c’est-à-dire quelqu’un dont la parole compte, quelqu’un dont la parole a du sens et donne du sens) pour obtenir de lui une parole sage, une recette pour obtenir ce qu’il désire le plus. Et Jésus est bien celui que Dieu a envoyé dans le monde pour mener les hommes vers lui. L’homme ne se trompe pas d’adresse quand il va vers Jésus. Jésus est bien l’homme de la situation. Oui, tout aurait dû bien se passer et pourtant, l’homme part, en pleurant, et Jésus essuie un échec ! L’homme qui fait des miracles n’a pas réussi, aujourd’hui, à toucher suffisamment le cœur de cet homme pour qu’il le suive. Saint Marc nous dit simplement que c’est parce qu’il avait de grands biens. Si lui, qui a rencontré Jésus en vrai, n’a pas été capable de le suivre, comment pouvons-nous aujourd’hui vouloir y réussir ? Comment est-il possible de suivre Jésus aujourd’hui ? Et puis surtout, puisque vous êtes nombreux ici aujourd’hui, comment un servant d’autel peut-il suivre Jésus ?

Suivre Jésus, qu’on soit servant d’autel ou non, c’est d’abord accepter de se mettre en route. La foi passe d’abord par les pieds. Nous l’oublions trop souvent, nous qui passons beaucoup de temps dans un fauteuil, soit devant la télé, soit devant un écran d’ordinateur. Pour suivre Jésus, il faut se lever et marcher. L’homme de l’évangile avait bien commencé cela ; c’est lui qui s’est bougé pour aller voir Jésus. Mais il n’a pas pu aller plus loin : ses bagages étaient trop lourds. Il ne suffit pas de venir une fois vers Jésus, dire : Je l’ai rencontré, et tout va bien. Il faut le suivre, marcher derrière lui. Et quand on a trop de choses à faire suivre, ce n’est pas possible. Il faut se détacher, il faut faire confiance, il faut se bouger.
En venant à ce rassemblement, vous avez franchi cette première étape, comme l’homme de l’Evangile. Vous êtes venus à Jésus, vous avez répondu à un appel. La longue procession que nous avons faite, nous a permis de sentir, dans nos pieds, ce déplacement nécessaire. Et le début de la messe nous permet chaque fois de déposer nos bagages. Du signe de la croix qui marque l’entrée en prière jusqu’à la prière que le prêtre dit pour nous tous, tout est fait pour nous permettre de nous libérer de ce qui nous encombre pour être vraiment présents à Dieu. Lorsque nous chantons ou disons Prends pitié de nous, n’est-ce pas justement tous nos fardeaux que nous confions à Dieu, le seul qui soit vraiment bon ? Les petits malins me diront : aujourd’hui, nous n’avons pas chanté : Seigneur prends pitié ! En êtes-vous sûrs ? Alors relisez le Gloire à Dieu ! Et vous y trouverez ces mêmes mots. Certes, nous n’avons pas dit le Je confesse à Dieu, ni chanté le Kyrie (la longue procession nous permettait de ne pas le faire) ; mais quand le croyant reconnaît la grandeur de Dieu, sa gloire, il reconnaît en même temps qu’il a besoin de Dieu et qu’il veut se reposer en lui. La première partie de la messe permet à chaque servant et à chaque participant de se bouger pour Dieu avec son corps (il faut se déplacer pour venir à la messe) et dans son cœur (je reconnais que j’ai besoin de Dieu dans ma vie).

Suivre Jésus, c’est aussi écouter Jésus. Et cela, l’homme de l’évangile n’a pas su le faire. Et pourtant, c’est bien lui qui a interrogé Jésus. La moindre des choses, quand on pose une question, n’est-elle pas d’écouter la réponse, toute la réponse ? Quand Jésus lui demande de vendre ses biens, ce n’est pas contre rien : Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et… tu auras un trésor au ciel ; puis viens, et suis-moi ! Ce qu’il avait, comptait plus que le trésor promis par Jésus ! L’a-t-il bien entendu ou est-il déjà bloqué quand Jésus lui dit : vends tout ce que tu as ? Jésus ne lui demandait pas de vendre pour tout perdre, mais de vendre pour partager et avoir un trésor en retour. Parce que Dieu récompense toujours ceux qui écoutent sa Parole et qui la vivent. On pourrait relire ici la deuxième lecture qui nous dit la beauté et la puissance de cette Parole, mais cela nous mènerait trop loin.
Lorsque vous venez à la messe, il y a toujours un temps autour de la Parole de Dieu, parce qu’elle donne sens à notre vie, elle nous permet de mieux comprendre ce que Dieu attend de nous. Justine vous a dit, au commencement de ce temps, que la Parole de Dieu, c’est un peu un guide pour la vie, un chemin à suivre jour après jour. Et elle a raison ! C’est bien la Parole de Dieu qui nous transforme. C’est ce que veut dire le dessin sur votre feuille de chants. Le dessin original est en couleur : Le lapin qui semble se protéger est en gris, le lapin qui court après la Bible (la Parole de Dieu) est en bleu, comme la Bible. Il a été transformé par la Parole et il semble vouloir la retenir, la garder pour lui (hop ! ici ! aux pieds !) Mais la Parole fait ce qu’elle veut. Elle a vu un autre lapin, gris comme un jour de pluie, et elle va vers lui (chic, un nouveau !) ; encore un à qui révéler Dieu ; encore un dont la vie peut être rendue meilleure) ; et elle se précipite sur lui. Le lapin gris, c’est un peu l’homme de l’Evangile : il prend peur devant cette parole et veut s’en protéger. Ne faites pas comme lui ! A chaque messe, vous est offerte la chance d’accueillir ce cadeau de la Parole de Dieu : écoutez cette Parole, vraiment, et vous grandirez dans la sainteté de Dieu.

Suivre Jésus, c’est aussi partager sa table, manger avec lui. Il se passe pleins de choses au cours d’un repas que nous ne pourrions pas vivre autrement. Le repas, c’est le moment où Dieu fait quelque chose pour nous ! C’est lui qui dresse la table pour nous, c’est lui qui se donne en nourriture pour nous. Parce que notre foi ne nous demande pas d’abord de faire des choses pour Dieu, mais plutôt d’accueillir ce que Dieu fait pour nous. Et cela, c’est important ! Ecoutez bien tout à l’heure ce que vous dira Jean-François, quand nous nous préparerons à vivre le cœur de la messe. Il vous dira des choses très belles, les plus belles que j’ai entendues depuis longtemps ! Je vous assure : voilà un servant qui vous livrera en quelques mots le cœur de l’Eucharistie. Je vous souhaite à tous de faire un jour cette même expérience.
La troisième partie de la messe nous permet donc, chaque dimanche, de recevoir de Dieu ce qu’il a de meilleur et de le remercier pour tout ce qu’il fait pour nous, par Jésus, son Fils. C’est vraiment le plus grand signe de son amour pour nous ; c’est encore plus grand que le baptême, signe par lequel nous devenons ses enfants. Parce que le baptême, nous ne le recevons qu’une fois, alors que l’Eucharistie, c’est chaque dimanche. Chaque dimanche, Dieu nourrit notre foi, chaque dimanche, Dieu prépare sa table pour nous. Il se montre là vraiment comme un père, comme une mère pour nous. Manger avec quelqu’un, c’est entrer davantage encore dans son intimité. Je peux parler avec beaucoup de monde, sans difficulté ; mais ma table est réservée à mes amis, à mes intimes. C’est pareil pour Dieu : tous peuvent entendre sa Parole, mais il faut l’écouter vraiment et en vivre pour être accueilli à sa table. Pour évoquer une parabole de Jésus, il faut porter le vêtement de la fête ! En servant à l’autel, vous êtes des privilégiés, vous êtes au plus proches. Goûtez vraiment cette chance et n’hésitez pas à la proposer à vos amis pour que, sans être 108 tous les dimanches, vous soyez quand mêmes nombreux autour de l’autel de votre paroisse. Vous direz ainsi à toutes les personnes réunies, combien il est important de vivre ce temps auprès de Dieu et de répondre nombreux à son invitation à partager la table. Etre baptisé, c’est bien. Etre communiant chaque dimanche, c’est mieux !

Enfin, suivre Jésus, c’est aller vers les autres, rencontrer les autres. Parce qu’on ne suit pas Jésus pour soi seulement. Ceux qui suivent Jésus se rassemblent en Eglise ; ils forment le peuple de Dieu. Je ne peux pas être chrétien tout seul ; je ne peux pas suivre Jésus tout seul. Si Jésus est celui qui me fait bouger, si Jésus est celui qui me dit une Parole de Vie, si Jésus est celui qui s’offre à moi en nourriture, comment puis-je ne pas l’annoncer à d’autres ? Ma rencontre du dimanche doit se prolonger dans la semaine. Aujourd’hui, pour vous servants, elle se prolongera cet après midi encore. N’ayez pas peur de vous montrer chrétiens là où vous vivez. Soyez des champions de l’Evangile, des témoins de la joie et de la paix que Dieu offre à tous.
La dernière partie de la messe nous oblige à cela. La bénédiction de Dieu nous est donnée pour que nous allions dans sa paix. La dernière parole du prêtre, c’est bien : Allez dans la paix du Christ ! Allez, retournez chez vous, non pas en pleurant comme l’homme de l’Evangile, mais riches de ce que vous avez entendu et vécu ici, et partagez-le aux pauvres d’Evangile, à ceux qui sont pauvres de Bonne Nouvelle. Ainsi, vous aurez un trésor dans le ciel pour avoir illuminés leur vie.

Vous l’aurez compris : participer à la messe de tout son cœur, chaque dimanche, est un bon moyen pour suivre Jésus. En une célébration, Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin pour faire grandir notre foi et notre fraternité. En servant à l’autel, soyez toujours témoins de ce Dieu qui nous aime et qui ne veut que notre bonheur. Jésus l’a voulu pour cet homme venu le rencontrer. A vue humaine, il a pu échouer, mais l’Evangile ne nous dit pas si l’homme s’est éloigné pour toujours, ou s’il revenu vers Jésus plus tard. Il me plaît de penser qu’il a fini par se tourner vers Jésus, son désir du Royaume étant sincère. Il y a des dimanches où nous sommes comme cet homme, incapables de nous mettre en route. Nous pouvons en pleurer si cela nous fait du bien. Nous devons surtout savoir que chaque dimanche, nous avons à refaire le choix de Jésus, que chaque dimanche nous pouvons décider de venir dans la joie plutôt que de rester à pleurer chez nous. Si cela n’est pas une bonne nouvelle, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Amen.

 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)
 
(En prime, le témoignage de Jean-François, servant d'autel à Bischwiller, avec son aimable autorisation)
Pendant longtemps, l’Eucharistie n’avait pas tellement d’importance pour moi. En effet, je ne comprenais pas vraiment (ni même ne cherchais à comprendre) le sens et la portée de ce sacrement.  Ce n’est qu’après avoir bénéficié d’enseignements religieux catholiques et d’expériences spirituelles en communauté que j’ai pu vraiment me rendre compte du caractère fondamental de ce sacrement. Aujourd’hui, l’Eucharistie représente pour moi un don d’amour  venant de Jésus. Je me rends compte  à travers ce sacrement que Jésus n’est pas un Dieu lointain, absent, mais un ami qui, chaque dimanche, manifeste sa présence dans l’Eucharistie. Jésus, par ce sacrement, cherche à habiter en nous,  à faire de nous sa demeure afin que nous puissions être témoins de son amour. Le sacrement de l’Eucharistie me rappelle aussi la souffrance que Jésus a endurée par Amour pour moi. Malgré mes faiblesses, mes fautes, Jésus se rend présent, et par ce sacrement, ne cesse de frapper à la porte de mon cœur.  Ainsi pour moi, l’Eucharistie est devenue essentielle dans ma vie de chrétien à tel point  qu’il m’arrive de me rendre dans des lieux d’adoration du Saint sacrement afin de retrouver Jésus, vivant et présent, qui me donne la force et le courage pour vivre au mieux ma vie.

samedi 18 août 2012

20ème dimanche ordinaire B - 19 août 2012

Les effets de l'Eucharistie.



Si vous avez manqué la messe du dimanche au cours des 4 dernières semaines, vous risquez d’être un peu perdu. En effet, nous avions commencé la lecture continue du chapitre 6 de l’Evangile de Saint Jean. Il s’ouvre par la multiplication des pains (17ème dimanche) et se prolonge par un enseignement de Jésus. Le signe lui-même peut déjà être considéré comme un enseignement, puisque Jésus se révèle comme celui que Dieu envoie pour veiller sur son peuple et lui donner la nourriture en temps voulu. Mais voilà, parce que l’interprétation du signe peut être pervertie, Jésus lui-même explique : il lève les incompréhensions qui peuvent exister du côté de la foule qui ne voit en lui qu’un boulanger de Dieu. Il nous a donné du pain ; qu’il continue et nous serons contents ! (18ème dimanche). Jésus se révèle, non comme celui qui donne le pain, mais comme le seul Pain, vivant et vrai, qui apaise toutes nos faims. Voilà que la foule, plutôt ravie, se met à murmurer. Pour Jésus, ce n’est pas une catastrophe en soi : seuls ceux que le Père appelle, peuvent entrer dans une juste compréhension de qui est Jésus (19ème dimanche). Et nous voilà donc avec le passage que je viens de proclamer, dans lequel Jésus précise encore son enseignement. Il nous révèle les secrets de cette communion au Pain vivant. J’en relève deux principaux.

Premier secret que Jésus nous révèle : Celui qui mange de ce pain, vivra, éternellement. Il a le mérite d’être clair. Tu veux vivre pour toujours ? Mange de ce pain que je te donne, dit Jésus, mange-moi ! Cela peut sembler un peu cru, mais c’est bien l’enseignement de Jésus. Il n’y a pas de part à la vie éternelle sans communion au Pain eucharistique, sans communion au Christ. Ce pain de l’Eucharistie que nous rompons et partageons, dimanche après dimanche, signe notre désir de vivre pour toujours avec Dieu. Il signe notre désir de participer à cette éternité de vie que Dieu promet à celles et ceux qui suivent Jésus, mort et ressuscité pour nous sauver. La communion au Corps et au Sang du Christ est déjà une participation à cette vie que Jésus nous obtient par sa Pâque : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Nous ne nous constituons pas une réserve pour l’avenir, lorsque nous communions ; nous ne validons pas un passeport pour plus tard, quand viendra le moment de notre passage. En communiant, nous participons déjà à la vie de Dieu, cette vie marquée du sceau de l’éternité. En participant pleinement à la messe, le dimanche, nous manifestons que nous vivons, ici et maintenant, de la vie du Christ ressuscité, et que nous voulons participer à cette vie pour toujours. Jésus est celui qui nous ouvre cette vie par sa mort et sa résurrection, et il nous y fait participer par la communion à ce pain devenu son corps. C’est bien Jésus, mort et ressuscité, que nous accueillons au plus intime de nous-mêmes lorsque nous communions au pain consacré. C’est bien Jésus qui devient ainsi notre nourriture ; c’est bien lui qui apaise toutes nos faims, et pas seulement nos faims de pain de boulangerie. Celui qui veut vivre de la vie même de Dieu n’a besoin que de Jésus, qui toujours s’offre à celles et à ceux qui veulent entrer dans l’intimité de Dieu.

Le deuxième secret que Jésus énonce ainsi : Celui que mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui, vient ainsi renforcer et préciser encore le premier. La communion reçue nous fait entrer dans la vie éternelle parce qu’elle nous fait demeurer en Jésus et fait demeurer Jésus en nous. Il est non seulement notre co-pain, c’est-à-dire celui qui partage le pain avec nous ; il est aussi celui chez qui nous allons habiter. Par la communion, nous sommes à demeure chez lui. A Noël, Dieu plante sa tente au milieu de son peuple pour que son Fils unique puisse vivre au milieu de nous ; par le sacrement de l’Eucharistie, le Christ nous prépare une tente dans le monde de Dieu. Le mystère de l’Incarnation atteint sa plénitude dans le mystère de l’Eucharistie, puisque le Dieu qui s’est fait homme permet à l’homme de devenir Dieu en consommant sa chair et son sang. Nous sommes loin du repas du club des amis de Jésus ; nous sommes bien dans un repas de communion où nous ne faisons plus qu’un avec celui qui nous offre tout : son corps, son sang, sa vie, pour que nous puissions vivre, comme lui, entièrement donné à Dieu. Nous comprenons ainsi mieux, et l’importance que revêt pour l’Eglise ce sacrement, et le pourquoi de son insistance quant à notre participation à l’Eucharistie dominicale. Il s’agit bien d’une question de vie ou de mort ! Il s’agit bien de notre salut ! Comment l’Eglise pourrait-elle se résoudre à voir un seul de ses enfants se perdre parce qu’elle n’aurait pas été assez clair au sujet de ce sacrement et de ses effets dans notre vie ? Nous ne pourrons jamais accuser l’Eglise d’en faire trop ; nous ne pourrons jamais assez la remercier pour les efforts qu’elle fait pour rendre ce sacrement accessible.

A ceux qui en doutaient, Jésus rappelle qu’on ne vient pas chez lui simplement parce qu’on a vu de la lumière, ou parce qu’on n’avait rien de mieux à faire. On vient à Jésus parce qu’il est celui qui est notre vie. Et si nous pouvons fort bien le prier chez nous, et bâtir une relation avec lui à la maison, il n’y a qu’ici, à l’église, au moment de l’Eucharistie dominicale, que nous pouvons accueillir sa vie et communier à son Corps et à son Sang. La communion ne peut donc pas être une option, si j’ai le temps ; ni une question liée à mon humeur (j’ai envie ou pas) ; elle est et restera le signe le plus grave et le plus profond de mon désir de Dieu, de mon désir de vivre avec lui. Ici et maintenant, et pour toujours. Amen.

(Image, La Sainte Cène, Hortus Deliciarum)

samedi 8 octobre 2011

28ème dimanche ordinaire A - 09 octobre 2011

Invités au repas des noces !



Qui a dit que la religion était quelque chose de triste ? Il est vrai qu’on pourrait le penser si on s’en tenait simplement au discours un peu traditionnel sur les efforts à faire, sur notre indignité quasi permanente. Mais à lire de près les textes bibliques, une telle affirmation ne tient plus la route.

Isaïe décrit, dans la première lecture que nous avons entendue, le retour du Seigneur à la fin des temps comme un grand jour de joie, un jour de réjouissance où nous serons tous invités à un repas, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. La joie sera présente car la mort sera détruite pour toujours. Bref, ce qu’annonce Isaïe, c’est déjà le paradis. Nous verrons Dieu face-à-face, il nous donnera le salut, il nous invitera à son festin. Pas le temps d’être triste ! Le Dieu qu’annonce Isaïe est le Dieu qui rend le bonheur à son peuple.

Jésus n’annonce pas quelqu’un d’autre lorsqu’il commence sa prédication. Pour lui, Dieu, son père, se veut le Père de tous les hommes et le Sauveur de tous les hommes. Il est celui qui invite les hommes à marcher à la suite de Jésus pour parvenir au festin du Royaume.

Lorsque l’on parcourt les évangiles, l’image du festin est bien présente. Pour n’en citer qu’un : Jésus laisse son mémorial, c’est-à-dire l’acte par lequel on le rendra présent pour la suite des temps, au cours d’un repas, ce repas auquel nous participons maintenant et qui est déjà une anticipation de ce repas auquel nous serons invités au terme de notre vie. Il est donc normal que Jésus parle du Royaume qui nous est promis comme d’un grand festin, un jour de grande joie pour tous les peuples. Mais Jésus veut aussi et surtout nous rendre attentif à notre attitude vis-à-vis de l’invitation à venir à ce festin.

La double parabole de Jésus se passe presque de commentaire. Qui ne l’a jamais entendu ? Un roi marie son fils. Il a invité beaucoup de monde et lorsque tout est enfin prêt, il envoie chercher les convives. Stupeur ! Ceux-là ne viennent pas. Ils ont tous mieux à faire. Certains vont même jusqu’à tuer les envoyés. Voilà un mariage qui vire au cauchemar, et pour une fois ce n’est pas la faute du couple ! Le roi fait périr les meurtriers et remplace les invités défaillants par celles et ceux qui veulent bien venir, celles et ceux à qui on ne pense jamais, les bons comme les mauvais. La fête est prévue, la fête aura lieu. Ici s’arrête la première parabole. Elle vient nous redire que nous sommes tous invités, qu’il n’y a pas d’exclusive, pas de gens « pas assez bien » pour venir. Cette histoire vient aussi nous rappeler que si l’invitation est bien faite et bien transmise, la réponse ne dépend, quant à elle, que de nous. Personne n’est obligé de venir. L’appel de Dieu n’est bien qu’une invitation : nous restons libres de répondre favorablement ou de décliner l’invitation. C’est à nous de savoir s’il y a quelque chose ou quelqu’un de plus important que Dieu dans notre vie. C’est à nous de savoir si ce rendez-vous d’amour est vital ou optionnel. C’est à nous de savoir et de dire clairement si, oui ou non, Dieu a une place dans notre vie, et quelle place ? Est-il le « premier servi » ou n’est-il qu’un gris-gris ou qu’un paratonnerre en cas de difficulté ? Ceux qui ne viennent pas ne sont pas condamnés parce qu’ils ne viennent pas : ils s’excluent eux-mêmes ! Ceux qui sont condamnés, le sont parce qu’ils ont maltraité les envoyés, et, non contents d’être sourds aux appels de Dieu, parce qu’’ils veulent en plus lui apprendre qui est le patron !

Cette première histoire a une suite, ou plutôt Matthieu y rajoute cette autre histoire d’un roi qui entre dans la salle du festin et qui regarde ses convives. Dans le lot, il en aperçoit un qui est venu sans vêtement de fête. Il l’interroge à ce sujet, mais l’autre ne répond pas. Il est renvoyé de la fête, jeté dehors, dans les ténèbres.

La juxtaposition des deux histoires peut surprendre. En effet, le roi ayant choisi de remplacer les premiers invités par n’importe qui, comment peut-il maintenant s’offusquer de ce qu’un de ces invités de dernière minute ne porte pas le vêtement adéquat ? Là encore, nous sommes renvoyés à notre manière de répondre à l’appel de Dieu. Parmi ceux qui répondent, il y a ceux qui sont heureux de cette invitation et qui vont se préparer pour l’événement. Même invités tardivement, ils ont le temps de respecter les usages et de revêtir les plus beaux vêtements pour faire la fête. Et il y a celui qui vient, parce que la porte était ouverte, sans trop savoir, sans trop se soucier des usages : j’ai vu de la lumière et je suis entré. A celui-là, Jésus rappelle qu’il ne suffit pas d’être invité pour entrer : il faut encore se montrer à la hauteur, se montrer prêt ! Comment répondons-nous à l’invitation qui nous est faite chaque dimanche de participer au festin du Seigneur ? Venons-nous par habitude, parce que la cloche a sonné et que la porte était ouverte ? Ou prenons-nous le temps de nous préparer à ce rendez-vous particulier avec Dieu en prenant connaissance des textes que nous entendrons, en prenant le temps de faire le point avec un prêtre de ce qu’est notre vie, en invitant telle personne à se joindre à nous, en étant heureux tout simplement de nous retrouver ensemble, pour chanter et prier ? Avons-nous toujours le vêtement de fête sur nous et en nous lorsque nous franchissons les portes de ce lieu où Dieu nous attend ?

Invités au repas que Dieu nous offre semaine après semaine, prenons le temps de nous y préparer comme nous le faisons lorsque nous participons à une fête profane. Mettons tout notre cœur à participer à cette rencontre : elle deviendra alors le lieu d’une véritable joie, promesse de cette joie sans fin que nous vivrons avec nos frères, dans le Royaume de Dieu. Quelle fête se sera ! Quelle joie nous connaîtrons ! AMEN.

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 29 juillet 2011

18ème dimanche du Temps ordinaire A - 31 juillet 2011

Venez, aujourd'hui c'est Dieu qui régale !





Aujourd’hui, c’est Dieu qui régale ! S’il fallait nous lancer dans la publicité, cela pourrait être un bon slogan pour notre eucharistie dominicale. Venez, c’est Dieu qui régale ! Ou, pour reprendre le prophète Isaïe : Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. Ce serait jour de fête, nous serions les invités et Dieu lui-même notre hôte.

Cette invitation inouïe, venant de Dieu et parvenue jusqu’à nous par son prophète, n’est pas un doux rêve. Le Dieu qui a envoyé son prophète est bien celui qui veut rassembler autour de lui son peuple pour un festin savoureux. Mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses. Ce n’est pas une distribution de sandwiches qui est proposée, mais un vrai repas auquel nous sommes invités. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu généreux, un Dieu qui prend soin de son peuple. Ceux qu’il avait jadis libérés d’Egypte en ont fait l’expérience avant nous ; le psalmiste l’a chanté : la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres… Tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. Il faut oser se montrer pauvre devant Dieu, oser tout attendre de lui pour tout recevoir de lui. Il faut oser, venir et l’écouter : Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez.
Cette invitation de Dieu, des siècles après Isaïe, Jésus va la reprendre et la réaliser le jour où une foule affamée se presse auprès de lui. Ces gens l’ont cherché et suivi d’abord pour l’écouter, certains aussi pour être guéri. Ils sont sans doute parti un vite ; ils sont surtout très nombreux (cinq mille, sans compter les femmes et les enfants) ; trop nombreux ! Le soir approche et les ventres gargouillent. Certes, l’Ecriture le dit : L’homme ne vit pas seulement de pain ; mais le pain, ça aide, c’est pas mal, le pain, quand on en a un morceau à se mettre sous la dent. En cherchant bien, les disciples trouvent 5 pains et 2 poissons. Bien peu de choses pour autant de monde. Ne vaut-il pas mieux renvoyer chacun chez lui ? Et que devient l’invitation de Dieu à nous régaler quand il y a si peu de choses pour autant de monde ? Eh bien, elle devient réalité, par l’action conjuguée de ceux qui laissent ce peu qu’ils ont emporté et de Jésus qui prend tout cela, lève les yeux au ciel et prononce la bénédiction et des disciples, chargés de la distribution. On ne sait pas trop comment, mais tous ont mangé à leur faim, et il y a même des restes. Et pas qu’un peu : 12 corbeilles ! Dieu est fidèle à sa parole : il veille sur son peuple, il donne la nourriture au temps voulu, et il la donne en abondance. Il n’est pas avare dans les quantités ; il semble ne pas trop connaître ses tables de multiplications tant il y a de restes. Mais ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est que ces gens comprennent qui est Dieu pour eux : il est celui qui donne, qui donne tout, qui se donne en Jésus.

Ce signe du pain partagé à tous ceux qui ont faim annonce cet autre geste que Jésus va poser au soir de sa mort, lorsque rompant le pain, il l’offrira en signe de sa vie livrée pour la vie du monde ; Dieu ne comble pas seulement notre faim de pain, il nous comble de sa présence ; il se fait notre tout et s’offre totalement pour que nous ayons la vie de Dieu en nous. Non seulement nous ne craignons plus la faim mais nous ne craignons plus la mort. Dieu se donne en partage ; Dieu donne sa propre vie en partage pour nous tous.

Oui, nous pouvons tous approcher de Dieu et recevoir de lui tout ce qu’il veut nous donner : sa Parole, son Pain, sa Vie. Nous pouvons tous approcher, consommer Dieu jusqu’à satiété : Dieu se donne toujours avec la même surabondance. Encore faut-il avoir faim de lui, ne serait-ce qu’un tout petit peu ! As-tu faim ? Alors viens ! Aujourd’hui, c’est Dieu qui régale ! Amen.


samedi 24 avril 2010

Jeudi Saint - 01er avril 2010

Homélie donnée en l'eglise de Drusenheim. Le texte qui suit est la retranscription d'un échange avec les enfants présents lors de la Messe en mémoire de la Cène de notre Seigneur.






Quels sont les signes que l'Eglise nous donne en ce soir ?



  1. Un repas : le repas de Jésus



  2. Un repas : le repas pascal



  3. Un signe : le lavement des pieds.

Le repas de Jésus, c'est le repas de l'amour donné, le signe de sa présence pour toujours au milieu de nous. Lorsque le prêtre bénit et partage le pain, c'estbien Jésus qui est présent au milieu de nous, nous offrant sa vie par amour.


Ce repas de Jésus n'est pas un repas auquel on s'attarde. C'est un repas comme celui de la Pâque, pris la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. S'il est bon d'être auprès de Jésus, il n'est pas bon de rester là. Il nous faudra repartir dans le monde porter ce que nous avons vécu ici, dire aux hommes l'amour de Dieu dont nous sommes témoins.


Ce repas de Jésus comporte pour cela le signe du lavement des pieds. Il nous rappelle que si Jésus, notre Maître et Seigneur, s'est abaissé ainsi devant ses disciples, nous devons faire de même. Dans l'Eglise de Jésus, il n'y a pas de place pour des petits chefs. Il n'y a place que pour des serviteurs. Serviteurs de l'amour, serviteurs de l'attention à tous et à chacun. L'amour n'est pas une option : être chrétien, c'est aimer ; être chrétien, c'est un art de vivre !


Alors est-ce grave de ne pas venir à ce repas de l'amour ? Posons la question autrement : est-ce grave de ne pas aimer ? Combien de temps tiendra notre Eglise si chacun se décide de ne pas aimer, de ne pas venir ? Combien de temps peut tenir une église de pierres si, chaque fois que quelqu'un ne vient pas, on enlève la pierre qui le représente ? Pour les premiers, ce ne sera pas trop grave ; on y verra plus clair ; puis il y aura quelques courants d'air. Mais viendra le moment où, enlevant la pierre de trop, tout s'écroulera ! Alors, est-ce grave ?


Si Jésus nous a aimés jusqu'à la croix, jusqu'à donner sa vie pour nous, ne devons-nous pas donner un peu de notre temps pour lui et pour nos frères ? La Passion, que nous lirons demain, nous rappellera que Jésus s'est retrouvé bien seul, abandonné de tous. Au pied de la croix, il n'y avait que Marie et Jean. Soyons comme eux, là avec Jésus maintenant, pour mieux témoigner de lui demain. Amen.


(En illustration, Copie d'une icône byzantine classique représentant la Sainte Cène, collection de l'auteur du blog)