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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

vendredi 20 juillet 2018

16ème dimanche ordinaire B - 22 juillet 2018

Quand Jésus nous invite au repos.




           Je ne sais pas si c’est l’effet vacances, mais reconnaissons que cette page d’évangile a une saveur particulière en ce dimanche d’été, au moins pour celles et ceux qui ont la chance d’être au repos. Sans le vouloir, sans le savoir peut-être, ils répondent à l’invitation faite par Jésus : venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! 

Cette invitation est faite par Jésus à ses disciples au moment où ils reviennent de leur première mission. Rappelez-vous : dimanche dernier, l’évangéliste nous racontait comment Jésus les avait envoyés proclamer la Bonne Nouvelle et guérir les malades. Aujourd’hui, les voilà de retour. Nous ne saurons pas ce qu’ils ont fait et dit. Seul Jésus, l’envoyeur, aura ce privilège. Ce que nous savons par-contre c’est que leur mission semble être un succès. Des gens viennent de partout, si bien qu’ils n’ont même pas le temps de manger. L’invitation de Jésus tombe donc à pic. 

Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! C’est l’invitation qui nous est faite depuis que les syndicats ont, à juste titre, lutté pour l’obtention des congés payés. Une revendication sociale juste qui nous rappelle que l’homme n’est pas une machine à produire, que sa vie personnelle est importante, qu’il a le droit de se réaliser et de s’épanouir ailleurs que sur son lieu de travail. L’homme a ainsi droit au repos, droit à une vie dont il reste le maître. L’homme n’est pas l’esclave du travail. Dans une société de plus en plus dure, il semble bon et utile de le rappeler. Rien ne justifie l’exploitation de l’homme par l’homme ; rien ne justifie que certains s’enrichissent sur le dos des autres. Pas même la production ou les carnets de commandes ! L’homme n’est pas fait pour le travail ; c’est le travail qui est fait pour l’homme ! Cette invitation de Jésus nous provoque alors à réfléchir à ce droit au repos, à ce temps de vacances que nous connaissons. Est-ce un temps simplement vide, où l’homme ne fait rien ? Est-ce un temps futile ou un temps utile ? Les vacances sont-elles autres choses qu’un temps où l’on bronze idiot ? D’ailleurs pouvons-nous vraiment nous reposer lorsque l’on fait des heures de route pour nous serrer, comme des sardines dans leur boite, sur une plage loin d’être abandonnée ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Peut-être pouvons-nous envisager ce temps de relâche autrement. Il n’est pas qu’une simple parenthèse ! Les vacances, même vécues à la maison, peuvent être autre chose qu’un temps de vide et de paresse ! 

Depuis quelques années, de nombreuses personnes ont découvert la nécessité de faire, durant une partie de leurs vacances, une pause pour se retrouver, pour redonner un sens à leur vie, à leurs engagements. Les nombreux monastères affichent souvent complets durant la période estivale, prouvant cette nécessaire prise de distance avec la vie ordinaire. Les vacances peuvent être vécues comme un temps de reprise, de retraite, de face à face avec Dieu et avec soi, pour mieux repartir, pour mieux s’engager, pour mieux se donner. Prendre le temps d’une retraite comme on prend le temps d’une rencontre amoureuse avec celui qui donne sens à notre vie. Prendre le temps d’une retraite pour prendre de la hauteur avec le Christ sur ce qui fait notre vie, pour sortir du discours trop bien compris du « tout est foutu ! ». Prendre le temps d’une retraite pour se reposer en Christ et l’écouter nous dire qu’il nous aime, qu’il a encore besoin de nous. Prendre le temps d’une retraite pour chanter avec le psalmiste : Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Prendre le temps d’une retraite pour réapprendre à vivre, tout simplement. 

Tout le monde n’a certes pas cette possibilité. C’est pourquoi ce temps à l’écart auquel Jésus nous invite, peut se vivre aussi hors d’un monastère. Les vacances ne sont-elles pas le moment idéal pour retrouver le chemin d’une vie de prière personnelle ? Il ne s’agit pas d’y consacrer forcément des heures, mais de retrouver le plaisir d’un cœur à cœur avec Celui qui nous aime et qui veut nous redire chaque jour combien nous sommes aimés de lui. Même très courte, la prière nous permet d’entrer dans notre jardin intérieur, ce jardin des origines dans lequel Dieu cherche l’homme. Ne nous mettons pas en vacances de Dieu ; ne mettons pas Dieu hors de nos vacances. Avec lui, réapprenons à prendre en main notre quotidien ; de lui, recevons le repos qui refera vraiment nos forces. En lui, reposons-nous quotidiennement pour qu’il puisse nous mener vers les eaux tranquilles et nous faire revivre.

Encore une fois entendons l’appel du Christ : Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu ! Entendons-y l’appel à une présence renouvelée au Christ. Entendons-y aussi l’appel à une présence renouvelée à nos familles et à nos amis que l’ordinaire de nos vies nous fait quelquefois côtoyer sans vraiment les rencontrer. Que ce temps de vacances et de repos nous fasse retrouver le chemin vers Dieu, vers nos amis et vers nous-mêmes. Amen. 

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 8 juillet 2017

14ème dimanche ordinaire A - 09 juillet 2017

Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples.





Alors que viennent de commencer officiellement les vacances d’été pour les enfants et les jeunes scolaires, voici que l’Evangile proclame : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. C’est bien une invitation à nous reposer que nous Jésus nous adresse, mais pas une invitation à ne rien faire. Les vacances en Jésus, ce n’est pas les doigts de pieds en éventail à attendre que le temps passe… Une double attitude caractérise celui qui se repose en Jésus. 
 
D’abord, prendre sur lui le joug de Jésus. Quiconque a pu observer une paire de bœufs ou de chevaux tirer un attelage ou labourer un champ, aura pu constater que le joug, c’était tout sauf léger ! C’est une vraie contrainte ! Comment alors Jésus peut-il nous demander de porter un joug ? C’est qu’il ne s’agit pas de n’importe joug, mais celui-là même que Jésus nous propose de porter. Certains l’identifient à l’amour. L’invitation à se reposer près de Jésus serait alors une invitation à aimer comme Jésus aime. Facile, pensez-vous ? N’oubliez pas que l’amour recommandé par Jésus ne s’adresse pas uniquement à ceux qui nous aiment, mais aussi à notre ennemi, à celui qui nous veut et nous fait du Mal. C’est un amour absolu qui va jusqu’au pardon infini, soixante-dix-sept fois sept fois. Il s’agit bien d’un amour à l’image de l’amour de Jésus qui ira jusqu’à pardonner à ses bourreaux ! Est-ce facile de porter un tel joug ? Je laisse chacun juge de la chose. Ce qui est certain, c’est que cet amour-là vient de Dieu ; il nous est offert pour que nous le portions au cœur même de notre monde. Jésus l’a porté avant nous ; il lui a permis de franchir les portes de la mort ; il lui a permis de ressusciter et de vivre. A défaut de sembler léger, ce joug est efficace et il rend la vie plus légère. 
 
La seconde lecture nous a permis aussi d’identifier ce joug comme étant l’Esprit Saint. Frères, vous n’êtes plus sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. L’Esprit Saint est un don qui nous saisit tout entier. Il ne s’agit donc pas seulement de l’accueillir mais de le laisser vivre en nous, voire de vivre désormais à travers lui. Car l’Esprit est bien notre vie. Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez ! C’est à la fois simple parce que tout est donné ; mais c’est aussi à la fois bien compliqué ; il s’agit après tout de tuer en nous l’homme pécheur. Et reconnaissons-le, quelquefois, nous l’aimons bien cet homme pécheur ; nous aimons bien nos péchés mignons. Nous sommes un peu comme la bonne du curé que chantait jadis Annie Cordy : J’voudrais bien, mais j’peux point !  Comme si vivre sous l’emprise de l’Esprit Saint relevait d’un autre monde. Eh bien, figurez-vous que c’est à cela que Jésus nous appelle : à vivre d’un esprit nouveau pour construire un monde nouveau, un monde plus reposant parce que débarrassé de notre capacité à faire le Mal, parce que débarrassé de notre capacité à tout détruire. Un monde nouveau où tout ne sera que paix, amour, vérité, justice, liberté, égalité et fraternité, pour tous et pour toujours. 
 
En nous invitant à prendre sur nous son joug, Jésus nous propose finalement de devenir ses disciples, c’est-à-dire de marcher à sa suite pour apprendre de lui. Il est celui qui a parfaitement vécu l’amour en toute chose et avec chacun. Il a accueilli chacun de ceux qui s’adressaient à lui ; il est allé chercher ceux qui étaient tenus éloignés ; il a guéri, pardonné, relevé, sauvé tant d’hommes et de femmes à travers le temps et l’Histoire. Jamais il ne s’épuise ; toujours il est à l’œuvre. Devenir son disciple, c’est apprendre de Jésus comment vivre vraiment. Devenir son disciple, c’est apprendre de lui comment laisser son Esprit vivre à travers nous. Jésus a donc raison de nous dire que son joug est facile et son fardeau léger. Il en parle en connaissance de cause ; il ne cesse de porter ce fardeau avec nous. Amoureux du monde, il veut continuer à l’aimer à travers nous. Sauveur du monde, il nous propose de participer à son œuvre de salut. Prendre sur nous son joug, c’est vivre par Jésus, avec Jésus et en Jésus tous les jours de notre vie, jusqu’à la fin des temps.  
 
Comprenez-vous maintenant pourquoi nous pouvons nous reposer en Jésus tout en prenant sur nous son joug ? Parce que Jésus le porte avec nous, lui qui l’a porté bien avant nous. Il a vaincu tous les obstacles en sa mort et sa résurrection. Il est le premier celui qui a vaincu l’esprit du monde. Il est le premier et le seul à proposer un monde vraiment nouveau, fait pour l’homme sauvé, pour l’homme qui veut aimer et se laisser aimer. Laissez-vous donc séduire par ce monde proposé par Jésus ; il n’est pas une utopie. Laissez-vous séduire par l’invitation de Jésus à devenir son disciple ; c’est une vraie proposition d’Alliance pour la vie et le bonheur. Laissez-vous séduire par Jésus ; il est le seul Sauveur, le seul qui nous aime, le seul qui nous fait vivre. Amen.
 
(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 18 juillet 2015

16ème dimanche ordinaire B - 19 juillet 2015

Quand les disciples rentrent de mission...






Dimanche dernier, on a vu Jésus les envoyer en mission ; aujourd’hui, les voici qui reviennent. Nous pouvons imaginer la joie des retrouvailles, les échanges entre groupes de disciples et Jésus sur ce qu’ils ont vécu. Il y a surtout l’attention toute paternelle de Jésus envers ceux qu’il a envoyé. Ses disciples sont de retour, visiblement fatigués ; il les invite à l’écart, au repos. Quand on sait que Jésus passe ses nuits à prier Dieu, je vous laisse deviner ce à quoi il invite ses disciples : à se reposer en Dieu. Car si cette première mission est terminée, LA mission est loin d’être achevée. De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux et l’on n’avait même pas le temps de manger. A travers cette foule nombreuse qui se presse autour de Jésus et de ses disciples, nous pouvons comprendre pourquoi, des siècles plus tard encore, l’antienne de psaume la plus connue est très certainement celle que nous avons chantée en réponse à la première lecture : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. 
 
En invitant ses disciples au repos, c’est bien vers Dieu lui-même qu’il les tourne. Quand on travaille dans la vigne du Seigneur, on peut quelquefois en oublier de prendre ce repos tant nécessaire. Non pour ne plus rien faire, mais pour retrouver, auprès de Dieu, les forces nécessaires à la poursuite du travail. Il n’y a rien de pire qu’un missionnaire fatigué ou un témoin épuisé. Ce besoin de ressourcement est vital. Que l’on soit prêtre, religieux ou religieuse, laïc engagé dans la mission paroissiale ou simple fidèle du Christ, il est nécessaire de prévoir ce temps de repos auprès de Dieu, auprès du bon berger qui veille sur ses brebis. Ceux qu’il envoie en mission font toujours partie de ses brebis ; il continue donc de veiller sur eux ; il fait en sorte que rien ne leur manque. Certes, nous pouvons considérer que l’eucharistie dominicale fait partie de ce repos auprès de Dieu ; il n’empêche, prendre un temps plus conséquent, chaque année, n’est pas inutile. De nombreuses retraites ou recollections sont proposées durant le temps de l’été : pourquoi ne pas profiter de l’occasion de ces vacances pour y prendre part ? Nous pouvons expérimenter de manière très concrète ce que dit le psaume 22 : Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre. 
 
En-dehors de ce temps de repos, ce qui frappe encore le lecteur d’évangile que je suis, c’est que bien que les disciples aient été envoyés en mission pendant un temps, cela ne diminue pas la foule nombreuse qui se presse autour de Jésus, au contraire. J’aime à croire que c’est même le résultat de la mission des disciples. Ils ont tellement bien fait leur travail que les foules veulent rencontrer celui qui les a envoyés. A peine Jésus et ses disciples se sont-ils éloignés en barque, que la foule, les ayant aperçus, court à l’endroit supposé de leur destination, et y arrive avant eux. Si cela n’est pas la manifestation d’un grand désir de rencontrer Jésus, je ne sais pas ce que c’est ! Ceux qui auraient pu penser dimanche dernier que Jésus envoie ses disciples en mission pour être tranquille, en sont pour leurs frais. Le but de la mission, ce n’est de faire connaître l’envoyé, mais bien l’envoyeur. Le but de la mission était bien de donner le goût de Jésus et de sa Bonne Nouvelle. Ce désir de Dieu, les disciples l’ont bien creusé dans le cœur des gens. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Ce goût de Jésus est contagieux et inextinguible. Quand vous y avez goûté, vous en voulez encore, et toujours plus. Si tel n’est pas le cas, c’est qu’on vous a présenté un Jésus frelaté, un Jésus de second ordre, tout juste bon à éblouir, mais pas à nourrir. La rencontre vraie avec Jésus donne faim et soif de lui, et jamais l’homme ne s’en trouve totalement rassasié. Si vous avez goûté à Jésus, en vérité, vous y revenez, nécessairement. Car avec Jésus, grâce et bonheur [vous] accompagnent tous les jours de [votre] vie, et vous désirerez habiter la maison du Seigneur pour la durée de [vos] jours. A moins d’être totalement hermétique à la vraie vie et au vrai bonheur ! 
 
Voilà ce qui se passe quand les disciples rentrent de mission. Ils ne se glorifient pas ; ils se reposent en Dieu, à l’écart, pour mieux retrouver cette foule qui a faim et soif de Jésus, faim et soif de vraie vie, faim et soif de vrai bonheur, faim et soif de vraies rencontres. Depuis cette première mission, et jusqu’à aujourd’hui, et pour de longs siècles encore, un lien s’est noué avec cette foule sans berger. La Bonne Nouvelle annoncée a creusé un désir de Dieu dans le cœur des hommes. Nous ne pourrons jamais considérer que la mission est terminée parce que l’Eglise est présente aujourd’hui sur tous les continents. La mission entraine la conversion ; la conversion entraine le désir de vivre toujours plus selon l’esprit du Christ. Il en sera ainsi jusqu’au jour où le Christ reviendra dans sa gloire. Ce jour-là, nous nous reposerons tous auprès de lui, définitivement rassasié. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 26 février 2011

08ème dimanche ordinaire A - 27 février 2011

Je n'ai de repos qu'en Dieu seul !

Avez-vous bien écouté le psaume de ce dimanche ? Vous savez, c’est cette prière qui vient juste après la première lecture et que nous sommes censés chanter ensemble pour répondre à la Parole de Dieu entendue. En ce huitième dimanche de l’année A, c’est le psaume 61 qui nous est proposé. Il est un psaume qui chante notre confiance en Dieu et qui nous invite à une attitude spirituelle fondamentale : savoir nous reposer en Dieu : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui.
Nous chantons ce psaume aujourd’hui, après avoir entendu le prophète Isaïe nous rappeler que Dieu ne saurait jamais nous oublier. Une femme peut-elle oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas. Parole du Seigneur tout-puissant. Ce qui humainement semble difficilement concevable, mais pourrait être du domaine du possible en certaines occasions (une mère oublier son enfant), pour Dieu, cela est impossible ! Nous sommes, une fois pour toutes, dans la main de Dieu. Et rien ne saurait obliger Dieu à nous oublier. C’est bien cette certitude qui fonde notre repos en Dieu. Au plus fort des tempêtes de notre vie, nous pouvons toujours croire que Dieu est comme une mère très aimante, qui toujours veille sur nous et nous protège. Se reposer en Dieu, c’est d’abord lui accorder cette confiance primordiale et absolue : il est le Dieu avec nous, toujours.

Faisant suite au chant du psaume, la deuxième lecture de ce dimanche vient souligner un autre sens de ce repos en Dieu. Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que seul compte le regard de Dieu sur notre vie. Le jugement des hommes peut être tronqué ; mais le regard que Dieu porte sur nous est toujours juste. C’est pour cela que Paul ne se soucie guère du jugement que les autres portent sur lui ; il ne se juge même pas lui-même. Il laisse ce soin à Dieu qui mettra en lumière ce qui est caché. On peut dire que Paul se repose en Dieu dans tout ce qu’il fait. Il nous faut alors préciser que se reposer en Dieu, ce n’est pas se reposer sur Dieu : Dieu n’agira pas à notre place. Nous reposant en Dieu, nous sommes et nous restons les intendants des mystères de Dieu. Nous devons tenir notre place et faire ce qui est juste et bon pour que ces mystères soient connus et vécus. Ce que l’Evangile de Matthieu entendu en ce dimanche traduit par : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. Travaillez à la réalisation de ce Royaume en vivant des relations plus fraternelles, plus justes entre vous. Ce devrait être le seul souci, le reste sera donné par-dessus le marché.

Nous pouvons alors relire l’Evangile de Matthieu, tel qu’il nous est donné en ce dimanche. Nous reposant en Dieu, œuvrant à la venue du Royaume de Dieu, nous aurons fait le choix de l’essentiel, laissant de côté les soucis d’une vie : argent, vêtement, nourriture : toutes choses importantes, certes, mais secondaires par rapport à la recherche du Royaume de Dieu et sa réalisation en nos cœurs. Si nous cherchons l’essentiel (le Royaume), l’important nous sera donné par ce Dieu en qui nous nous reposons. Œuvrant à un monde plus juste, nous nous décentrons de nous-mêmes pour nous ouvrir aux autres et au Tout-Autre.

Nous reposer en Dieu en lui faisant confiance en toute chose, sans nous reposer sur Dieu en attendant qu’il fasse tout à notre place, voilà une attitude spirituelle que le psaume 22, que nous connaissons peut-être mieux, soulignait déjà. Il commence ainsi : le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ! Marchons avec lui ; en fidèles intendants, accomplissons ce qu’il attend de nous et lui-même nous fera reposer sur des prés d’herbe fraîche. Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu, voir mes liens)