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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 13 mai 2023

6ème dimanche de Pâques A - 4 mai 2023

 Jésus, le Christ dont nous devons témoigner.





 

 

            La première lettre de Pierre que nous lisons durant ce temps pascal, a commencé par rappeler aux chrétiens exilés et méprisés, qu’ils avaient été faits héritiers avec le Christ du Royaume de Dieu (2ème dimanche de Pâques A). Elle soulignait aussi qu’ils avaient du prix aux yeux de Dieu, le prix du sang versé par le Christ sur la croix (3ème dimanche de Pâques A). En Jésus, mort et ressuscité, se trouve la vraie joie des chrétiens. En Jésus, mort et ressuscité, se trouve notre libération. Nous avons entendu aussi l’auteur de la lettre nous dire que notre vocation profonde, c’était de faire le bien en toute chose ; et si, à cause du bien que nous faisons, certains nous font souffrir, Dieu nous donnera la grâce, les moyens, de supporter cette souffrance et de rester fidèles à notre vocation à faire le bien (4ème dimanche de Pâques A). Mais que faire quand l’opposition qu’on nous manifeste se transforme en persécution ? Le passage entendu aujourd’hui nous apporte une réponse qui peut encore nous apprendre à réagir face à ceux qui aujourd’hui pensent que notre style de vie et notre foi sont dépassés. 

            Tout repose sur ce qui a été affirmé précédemment, à savoir notre dignité de fils et de filles de Dieu, héritiers avec le Christ du Royaume. A cause de cette dignité, nous ne pouvons pas perdre de vue la sainteté du Christ. Elle reste notre exemple ; le Christ reste notre guide, le bon Pasteur, notre modèle (4ème dimanche de Pâques A). C’est un leitmotiv qui revient aujourd’hui encore quand l’auteur dit : Il vaudrait mieux souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes. La sainteté du Christ réside bien dans sa capacité à prendre sur lui le mal, quitte à souffrir, pour que les hommes puissent être introduits devant Dieu. Jusqu’au bout, même sur la croix, il est resté fidèle à la mission que le Père lui avait donnée : sauver les hommes du péché et de la mort au prix de sa propre vie. Quand nous sommes persécutés, moqués, ridiculisés à cause de notre foi, regardons, contemplons le Christ qui s’est livré pour nous. Il a souffert bien plus que nous. 

            La deuxième attitude à avoir, c’est d’être prêt, à tout moment, à présenter une défense devant quiconque [nous] demande de rendre raison de l’espérance qui est en [nous]. L’ancienne traduction liturgique disait : rendre compte de l’espérance qui est en nous. Il faut bien comprendre cette demande. Nous n’avons pas à rendre des comptes, ni à nous justifier d’être chrétiens ; cela ne regarde que nous. Mais nous avons toujours à rendre compte, autrement dit à témoigner. A témoigner de quoi ? De notre espérance, qui est d’être sauvés par la mort de Jésus que Dieu a ressuscité d’entre les morts pour lui faire partager sa gloire (3ème dimanche de Pâques A). Nous ne pouvons pas taire, nous ne devons pas taire cette espérance. Et nous devons le faire avec douceur et respect. En clair, nous ne pouvons pas imposer notre foi, nous ne pouvons pas obliger les autres à croire ; nous ne pouvons que croire ce que nous espérons, et vivre ce que nous croyons. Souvenons-nous de la parole de sainte Bernadette quand les gens étaient étonnés de ce qu’elle rapportait : on m’a dit de vous le dire, pas de vous le faire croire ! C’est cela témoigner avec douceur et respect. Dire, redire, autant qu’il le faudra, sans impatience, avec la certitude que nous témoignons de la vérité de l’œuvre de Dieu et avec la certitude aussi que ce n’est pas à nous de le faire croire. Seul Dieu peut toucher les cœurs en profondeur, mais il a voulu avoir besoin de nous pour annoncer les merveilles de celui qui [nous] a appelés des ténèbres à son admirable lumière (5ème dimanche de Pâques A). C’est ainsi que notre témoignage pourra être reçu. C’est ce que nous montre les Actes des Apôtres à travers l’œuvre accomplie par Philippe, dans la première lecture de ce dimanche. Philippe proclame le Christ et les gens se convertissent, les esprits impurs sont chassés, les malades sont guéris. 

            Nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous croyons ; nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous espérons. Si nous estimons le Christ, si le Christ est important pour nous, nous devons croire alors qu’il est important que nous le partagions : par nos paroles quand nous le pouvons, par notre art de vivre toujours. Les Actes des Apôtres que nous entendons en première lecture tout au long du temps pascal, nous montre les premiers croyants au Christ à l’œuvre. Il y a les Apôtres qui prêchent, qui rendent compte de l’espérance qui est nôtre ; il y a tous les croyants avec eux qui vivent d’une manière nouvelle, qui interpelle par leur capacité à prendre soin les uns des autres, et particulièrement des plus pauvres. Nous avons à cultiver ce sens de la communauté qui rend la charité du Christ visible par tous. Si nous aimons le Christ, nous aimerons vivre en frères, parce que tel était le commandement du Christ à ses disciples. Ecoutons Jésus quand il nous dit dans l’Evangile de ce dimanche : Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, et comprenons qu’il ne nous dit rien d’autre que : si vous m’aimez, vous vous aimerez, vous aimerez tous ceux que je mettrai sur votre route. Amen.

samedi 8 avril 2023

Jour de Pâques - 09 avril 2023

 Vous savez ce qui s'est passé...




 (Tableau de Sieger KÖDER, Pâques)

 

 

            

          Au cœur de notre nuit, un cri a retenti : Christ est ressuscité ! Cette joyeuse nouvelle, après les jours sombres de la Passion, en aura réjoui certains et laissé d’autres dans la perplexité. Ne croyons pas que tout fut simple. Les textes que la liturgie nous propose nous le montrent bien. 

          Si je prends les lectures dans l’ordre entendu, il me faut reconnaître que le passage des Actes des Apôtres pourrait nous induire en erreur. Entre l’événement de la Pâque et cette rencontre chez le centurion romain, il s’en est passé des choses. Cette visite n’a pas eu lieu le jour de Pâques. Pierre a eu le temps de digérer les événements, la Pentecôte a eu lieu, l’Esprit Saint lui a été donné, et avec lui, la sagesse qui vient de Dieu. Il est loin le Pierre qui a couru au tombeau le matin de Pâques et qui reste perplexe devant ce qu’il voit : les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, roulé à part à sa place. L’évangile de Jean nous montre bien qu’il n’a pas la sagacité du disciple que Jésus aimait et qui, entrant dans le tombeau et voyant la même chose, vit et cru, instantanément. La conclusion du passage entendu montre bien qu’il y aura un chemin d’intelligence à faire, même pour les disciples, pour entrer dans le mystère de la résurrection de Jésus : Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. La résurrection est, et restera, pour beaucoup, une énigme, si ce n’est une histoire à dormir debout. J’ajouterai : heureusement ! Parce que cela donne du poids et de l’épaisseur à l’acte de croire. Le Christ ressuscité se propose à ma vie, mais il me laisse libre de croire. C’est à moi de le découvrir et de comprendre ce qu’il attend de moi. Cela demande quelque effort ! 

          Pierre, qui a mis son temps à croire – au moins une course au tombeau et une apparition de Jésus le soir de ce même jour – et qui a pris un peu plus de temps pour comprendre et savoir en parler librement et sans crainte – ce qui lui a pris cinquante jours et le don de l’Esprit Saint si j’en crois les Actes des Apôtres – ce Pierre donc, nous le trouvons plein d’assurance chez Corneille quand il prend la parole. Et écoutez bien comment il commence son discours : vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean. Vous savez ce qui s’est passé ! L’histoire de Jésus n’est pas une histoire inventée, c’est une histoire qui a eu lieu et qui est connue : Jésus, là où il passait, faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Ce qui différencie Pierre des autres, c’est le regard qu’il porte désormais sur ces événements. Souvenez-vous de Pierre lors du procès de Jésus ; il était habité par la peur au point de renier Jésus, non pas une fois, non pas deux fois, mais bien trois fois de suite. Et maintenant, il témoigne de ce qu’il a découvert grâce à l’Esprit Saint : Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même a établi (Jésus) Juge des vivants et des morts. Vous savez ce qui s’est passé, mais jusqu’à présent vous n’aviez pas compris la nouveauté de l’œuvre de Dieu. Vous savez ce qui s’est passé, mais jusqu’à présent, vous n’aviez pas compris que Jésus, celui qui était mort, est ressuscité. 

          Vingt et un siècles plus tard, c’est toujours la même problématique qui se pose aux hommes. Nous savons ce qui s’est passé ; les témoignages ne manquent pas, ni dans les Ecritures, ni hors des Ecritures. Et pourtant, tout le monde ne porte pas le même regard sur ces événements. Plus le temps nous éloigne des événements initiaux, plus certains trouvent difficile de croire ; c’est trop beau pour être vrai ! Et puis si Jésus est ressuscité, pourquoi ma grand-mère que j’aimais tant ne l’est pas ? Il ne suffit donc pas de savoir que quelque chose a eu lieu pour croire la signification profonde de l’événement. Il faut accepter de regarder plus profond, comme le disciple que Jésus aimait quand il entre dans le tombeau à son tour. Si notre foi se fait hésitante, demandons à Dieu que la grâce de cette fête de Pâques renouvelle notre regard et nous permette d’aller en profondeur vers le sens de ces événements. Ce n’est pas grave de ne pas avoir la foi subite d’un Jean ; ce n’est pas grave s’il vous faut plus de temps que Pierre pour comprendre et croire ce que vous savez avoir eu lieu. Ce qui compte, c’est de chercher comment croire mieux ce qui est incroyable : celui qui était mort est vivant, et il nous invite à partager sa vie. Parce que oui, nous aussi, nous ressusciterons quand Dieu nous appellera à partager sa gloire. Demandons à Dieu la grâce d’entrer toujours plus dans la juste compréhension du projet de salut que Dieu porte pour l’humanité. Ce que nous comprendrons mieux, nous le croirons mieux ; ce que nous aurons cru, nous le vivrons un jour. 

          Accompagnons Pierre au tombeau et regardons. Accompagnons Pierre chez le centurion Corneille, et écoutons. Et à notre tour, témoignons de ce que nous savons s’être passé jadis. Témoignons par nos mots et par notre vie, vécue dans la puissance de la résurrection. En nous voyant vivre selon la parole du Christ, d’autres comprendront que la résurrection, ça vous change une vie, en mieux, en grand, ici et maintenant. Vivons selon ce que nous sommes déjà grâce à Jésus le premier-né d’entre les morts : vivons en hommes et en femmes libres, debout, ressuscités. Amen. 

dimanche 15 janvier 2023

2ème dimanche ordinaire A - 15 janvier 2023

 Elus pour témoigner de Dieu.



 

            Il y a une thématique qui traverse toute la Bible et dont toutes nos lectures de ce dimanche se font l’écho, celle de l’élection. Dieu choisit des hommes et des femmes, et même un peuple tout entier, pour être témoins de son œuvre de salut en faveur de l’humanité. Il est important de bien saisir le sens de cette élection pour ne pas tomber dans des travers dangereux et pour l’élu et pour ceux vers qui il est envoyé. 

            Nous l’avons entendu dans la première lecture : Dieu appelle le prophète Isaïe. Tu es mon serviteur, en toi je manifesterai ma splendeur. Et plus loin Dieu précise le sens de cet appel : C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. L’élection ou l’appel, si vous préférez, c’est toujours en vue d’une mission auprès de quelqu’un. Ce n’est pas pour placer quelqu’un au-dessus des autres, mais pour le placer auprès de quelqu’un ou en avant de quelqu’un. L’élu ne va pas dominer, il va accompagner, éclairer, ramener vers Dieu, dire sa Parole… Même l’élection du peuple Israël n’en fait pas un peuple au-dessus des autres. Il est le peuple particulier de Dieu pour être lumière qui éclaire les nations. Pour le dire clairement, Israël est choisi pour vivre l’Alliance que Dieu propose, non pas parce qu’il est meilleur que les autres peuples, mais pour qu’un peuple, Israël, serve de modèle aux autres ; pour que les autres peuples, voyant Israël bénéficier des faveurs de Dieu, se disent : nous-aussi, nous voulons vivre cela, nous aussi nous voulons connaître ce Dieu qui intervient en faveur du peuple qu’il a élu. 

            Les Alliances successives, et les ruptures d’Alliance tout aussi successives, nous montrent bien que ce n’est pas simple et que l’élection par Dieu n’empêche pas le peuple de se détourner de Dieu. Dieu enverra des prophètes vers son peuple pour faire revenir le cœur de celui-ci vers Dieu. Et après le temps de l’Exil, le prophète Isaïe nous indique clairement que désormais, c’est l’humanité tout entière qui est appelé au salut. L’élection d’Israël s’étend à tous les peuples. Tous sont aimés de Dieu ; tous peuvent bénéficier du salut que Dieu offre. Des siècles plus tard, Paul, qui a grandi au sein de ce peuple élu par Dieu, a bien conscience d’une nouvelle élection qui le concerne lui et ceux qui ont fait choix du Christ : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelé à être saints… Paul a été appelé à être apôtre : c’est son élection particulière ; mais avec lui, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Cette élection, nous la partageons tous depuis notre baptême. 

            Et nous comprenons là que l’élection ne nous place pas au-dessus des autres, mais au milieu des autres, et qu’elle nous confère une mission. Pour Isaïe, c’est d’être prophète ; pour Paul, c’est d’être apôtre du Christ Jésus, pour chacun de nous et pour eux, c’est d’être saints. Il y a une mission commune, la sainteté à accueillir et à vivre, et des missions particulières au service de la mission commune : être prophète, être apôtre… Paul les détaillera plusieurs fois dans ces lettres. Ceux qui exercent une mission particulière ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste été appelés à quelque chose de plus au service de tous. De même, les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste accepté l’appel de Dieu que le baptême manifeste. Par le baptême, Dieu nous choisit comme ses enfants : Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. C’est Dieu qui nous choisit par le baptême ; nous faisons juste le choix de lui répondre. Mais c’est son appel qui est premier et qui conditionne tout. 

            Que ce soit l’appel à la mission commune (vivre de la sainteté de Dieu) ou que ce soit l’appel à une mission particulière, nous avons tous la même obligation : témoigner de ce que Dieu a fait pour nous et pour notre salut. Jésus lui-même, placé au milieu de nous par son incarnation, témoignera par son enseignement et par les signes qu’il pose, de ce que Dieu réalise pour tout homme. Nous ne pouvons pas le faire si nous considérons que nous sommes au-dessus des autres. Nous ne témoignons vraiment que lorsque nous vivons au milieu des autres, partageant leurs tristesses et leurs joies, leurs angoisses et leurs espérances. Que ce temps ordinaire que nous avons commencé, nous donne de nous situer en vérité au milieu des hommes de notre temps et de leur témoigner l’amour dont Dieu les aime. Ainsi nous serons lumière qui éclaire les nation et nous accomplirons notre vocation à la sainteté. Ainsi nous pourrons tourner les cœurs vers le Christ, le seul qui sauve. Amen.

samedi 1 octobre 2022

27ème dimanche ordinaire C - 02 octobre 2022

N'aie donc pas honte de rendre témoignage.


 (Coolus, Le lapin bleu, Blog de la communauté de la Croix glorieuse)





            Avez-vous bien écouté Paul dans sa deuxième lettre à Timothée ? Il dit quelque chose d’intéressant pour nous tous. En fait, c’est une invitation qu’il nous fait. Certains penseront spontanément à ce passage : Ravive le don gratuit de Dieu. Et je peux les comprendre, tant il est important de garder agissant en nous l’esprit de notre baptême. Mais ce n’est pas cette invitation-là qui m’a le plus marqué. Je pense plutôt à celle-ci : N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur. Je trouve, qu’en ces temps que nous vivons, elle est plutôt bienvenue. 

            La première raison qui me rend cette invitation importante, vient du fait que certains pensent que ce n’est pas pour eux, le témoignage. Le témoignage, c’est réservé à une caste composée des ministres du culte de quelque ordre ils soient : diacres, prêtres, évêques, auxquels les mêmes rajoutent souvent les catéchistes. En gros, disent-ils, c’est leur métier de rendre témoignage ; moi, mon métier, c’est carreleur, médecin, enseignant, que sais-je encore… A chacun son job, le témoignage, ce n’est pas le mien. Si vous pensez ainsi, je veux ici vous détromper. Chaque baptisé participe, à sa manière, à la triple mission du Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Le témoignage s’inscrit clairement dans la mission prophétique de l’Eglise, donc de chaque baptisé, au sens où chacun doit annoncer le Christ. Mais le témoignage s’inscrit aussi dans la mission royale de l’Eglise, donc de chaque baptisé, au sens où chaque baptisé doit vivre, gouverner sa vie selon l’Evangile. C’est même là le premier témoignage que nous avons tous à rendre. Ceux qui ont oublié le Christ, ou ceux qui n’ont jamais entendu parler de lui, doivent pouvoir le découvrir à travers notre art de vivre, je le redis assez souvent pour que nous en soyons tous maintenant convaincus. Dans les relations œcuméniques ou interreligieuses, c’est même la première marche à franchir. Vivre au milieu des autres dans le respect de notre foi. Ce n’est pas parce que nous devenons minoritaires qu’il nous faut renoncer à vivre en chrétien. Ce n’est pas davantage parce que notre pays se définit comme laïque, ne promouvant aucune religion, que nous devons renoncer à vivre en chrétien, bien au contraire. La laïcité bien comprise est même le cadre idéal qui nous permet de vivre notre foi librement et publiquement. Nous n’avons pas à nous cacher parce que chrétien ; nous n’avons pas à cacher que nous sommes chrétiens sous prétexte que certains pensent que la laïcité équivaut à la suppression de toutes les religions de l’espace public. Il n’y a rien de plus faux que de croire cela. 

            Il y a une seconde raison qui me rend sympathique l’invitation de Paul à ne pas avoir honte de témoigner de notre foi. Elle se situe dans la ligne de la première. Si le témoignage n’est pas réservé à une caste de professionnels, il n’est pas davantage réservé à une caste de purs. Entendons bien le N’aie pas honte de rendre témoignage comme un rappel qu’aucun baptisé n’est indigne de le faire. S’il fallait attendre, pour témoigner, que notre vie chrétienne soit parfaite, je crains fort que très peu de témoignages seraient entendus. Ce n’est pas parce que nous ne vivons pas totalement comme il le faudrait, que notre témoignage rendu au Christ serait caduc. J’ai même appris, en 31 de métier et de prédication, que lorsque je rends témoignage au Christ, je le fais d’abord aussi pour moi. Je me rappelle à moi-même à quoi je suis appelé, et je mesure combien j’ai encore à progresser, combien il me faut encore travailler ma fidélité au Christ. Nous ne sommes pas parfaits, c’est un fait ; mais cela ne nous empêche pas de tendre vers cette perfection dans la foi et la charité. Et cela ne nous empêche donc pas davantage de témoigner de ce à quoi nous sommes appelés par le Christ. En rendant témoignage à notre Seigneur, nous mesurons le chemin déjà parcouru et nous pouvons en rendre grâce ; et nous mesurons le chemin qui reste à parcourir et nous pouvons demander à l’Esprit, qui n’est pas un esprit de peur mais un esprit de force, d’amour et de pondération, de nous aider à progresser encore et à avancer à la suite du Christ vers le Royaume où nous sommes attendus. N’ayons donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur. Il ne faut pas attendre d’avoir une foi parfaite ou une foi plus grande pour témoigner : nous recevons de Dieu la foi que nous pouvons porter et dont nous pouvons témoigner, j’en suis convaincu. 

            Quel que soit notre état de vie, quel que soit notre avancement sur le chemin de la sainteté, nous pouvons et nous devons rendre témoignage au Christ, sans honte. Rendre témoignage au Christ, ce n’est pas fanfaronner devant les autres : voyez comme je suis bien et bon ! Non, rendre témoignage au Christ, c’est lui rendre grâce de sa présence à notre vie, lui rendre grâce pour son amour pour nous, amour qui l’a conduit à la croix pour notre vie. C’est être remplis d’amour et de reconnaissance pour cet amour qui nous vaut la vie. Ne soyons pas des sœurs et des frères ingrats du Christ : reconnaissons l’œuvre d’amour qu’il a entreprise pour nous et sachons en témoigner devant les hommes, par notre vie et par nos mots : nous sommes faits pour vivre. Soyons pleinement vivants et fiers de ce Christ qui nous a rachetés et sauvés. Gardons le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. Il saura nous donner les mots et les attitudes qui rendront notre témoignage véridique. Amen. 

samedi 28 mai 2022

7ème dimanche de Pâques C - 29 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour apprendre la vie chrétienne.



Le martyre de Saint Etienne, 





          Nous voici déjà dans la dernière semaine de Pâques. Nous avons vécu ce temps avec les disciples, qui ont eu à traduire en art de vivre l’originalité de ceux qui ont choisi d’embarquer le Christ, mort et ressuscité, dans leur existence. Au-delà des considérations théologiques et des belles idées sur Dieu, croire au Ressuscité doit changer quelque chose à notre quotidien ; sinon, pourquoi faire ce choix ? Pourquoi dire que Jésus est ma vie, si ma vie justement n’en est pas affectée ? Faisons donc route avec les disciples et apprenons avec eux la vie chrétienne. 
 

          Un premier point qu’il nous faut alors souligner pour caractériser la vie chrétienne, c’est l’unité. Jean nous le dit dans son évangile : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Une communauté chrétienne dans laquelle il n’y a pas d’unité n’est pas vraiment une communauté chrétienne. Paul s’en fera largement l’écho dans ses différentes lettres aux communautés qu’il a fondées. Qu’il y ait des courants ou des sensibilités différentes, c’est une chose ; que cela nous divise, c’en est une autre, pas du tout admissible. Notre unité découle de l’unité qui existe en Dieu même. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. L’unité est un marqueur de la foi ; elle entrainera la foi de ceux qui nous regarde vivre.  

          Un deuxième point qui caractérise la vie chrétienne, c’est cette espérance dont parle Jean à la fin du livre de l’Apocalypse : l’espérance du retour du Christ. Un retour qu’il faut oser demander : L’Esprit et l’Epouse disent : ‘Viens !’ Celui qui entend, qu’il dise : ‘Viens !’ L’attente du retour du Christ ne peut pas être juste une belle idée ; c’est quelque chose que nous devons avoir à cœur, quelque chose que nous désirons de toutes les fibres de notre être. Cette espérance nous pousse à vivre notre aujourd’hui en étant tendu vers demain, ce moment où le Christ se manifestera à nouveau dans toute sa gloire. Nous ne pouvons pas vraiment croire à ce retour et souhaiter en même temps qu’il soit repoussé le plus tard possible. Nous devons aspirer à voir ce jour et œuvrer pour que ce règne de Dieu se réalise ici et maintenant. Certains disent que le Christ reviendra quand le monde sera prêt. Je veux bien, mais que faisons-nous pour rendre le monde apte à accueillir celui qui doit venir ? Nous retrouvons ici l’importance de l’art de vivre à développer, dans notre vie, mais aussi autour de nous.  

          Ce qui nous amène au troisième point, qui nous est enseigné par Etienne dans le passage des Actes que nous avons entendu. Le chrétien est quelqu’un qui témoigne de sa foi. Etienne le fait admirablement durant son trop court ministère de diacre, non pas parce qu’il meurt, mais parce qu’il ne cesse de proclamer sa foi même quand le danger est proche. Le premier sens du mot martyr, c’est celui-là : être témoin. Nous n’en retenons souvent que le second : celui qui meurt à cause du Christ. Etienne, par sa vie et sa mort, nous rappelle que le second sens peut, quelquefois, découler du premier. Mais l’inverse n’est pas vrai ! Vous pouvez passer de martyr-témoin à mort-martyr. Mais être mort ne fait jamais de vous un témoin. Il nous faut donc vivre notre foi, pleinement, et en de rare cas en accepter les conséquences sans les rechercher. Nos martyrs ne sont pas martyrs parce qu’ils sont morts, mais parce qu’ils ont témoigné jusqu’au bout extrême. Ne gardons pas notre foi en poche avec un mouchoir dessus. Osons la dire, osons la montrer. La laïcité bien comprise n’est pas le terreau qui nous en empêche ; elle est le terreau qui nous le permet, au milieu d’autres qui croient autrement ou qui ne croient pas, et qui ont le droit de le dire aussi.  

          Un art de vivre commun à développer au nom de l’unité qui est en Dieu, une espérance à faire advenir, un témoignage à assurer : voilà ce que les disciples du Christ nous apprennent en matière de vie chrétienne. C’est ce que nous vivons déjà en chaque eucharistie ; c’est ce que nous avons à vivre entre deux eucharisties, forts du Pain que nous aurons partagé. Puisse chacune de nos eucharisties nous permettre de vivre toujours plus en chrétiens, engagés en Eglise, engagés dans notre monde, pour que le Règne de Dieu devienne réalité. Amen.   

samedi 30 avril 2022

3ème dimanche de Pâques C - 01er mai 2022

 Faire route avec les disciples pour témoigner du Ressuscité.




(Saint Pierre devant le grand prêtre, détail vitrail de la cathédrale de Troyes)


        Ils sont étonnants, non, les Apôtres que Luc nous dépeint dans son second livre. Ils sont étonnants, parce qu’ils sont transformés, profondément. Quand on se souvient de ceux qui étaient enfermés à double tour au soir de Pâques, et qu’on les voit aujourd’hui, rentrant chez eux tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus, on peut avoir quelque peine à croire que ce sont les mêmes. Et pourtant, ce sont bien eux, avec à leur tête Pierre, celui qui avait renié, et qui maintenant proclame que le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus. Ceux qui veulent une preuve de la résurrection de Jésus n’ont qu’à se plonger dans la lecture des Actes des Apôtres pour reconnaître dans leur agir, dans leur art de vivre la présence de Jésus ressuscité. Quand cette expérience de la rencontre vraie avec le Ressuscité est faite, rien n’est plus comme avant dans une vie. Tout est changé, tout est bouleversé. 

            Regardez Pierre et les disciples. Lorsque nous les croisons, dans leur barque entrain de pêcher, ils ont déjà fait cette expérience, cette rencontre avec Jésus ressuscité. Souvenez-vous de l’évangile de dimanche dernier. Les Onze restant ont eu droit à une apparition de Jésus. Le doute n’est plus permis pour eux. Ils ne mesurent sans doute pas encore toutes les conséquences de cet acte inédit de quelqu’un qui était mort et qui maintenant est pleinement, réellement vivant. Mais nous sentons déjà plus de légèreté dans leur vie, le retour de la joie qu’ils avaient complètement perdue après la mort de Jésus. Ils sont bien, là dans leur barque, même s’ils n’ont rien pris. Une sortie entre amis fait toujours du bien. Au petit matin, lorsque quelqu’un les interpelle depuis la rive, ils ne reconnaissent pas Jésus. Mais ils vont obéir à cet homme qui leur dit de relancer le filet. Le résultat ne se fait pas attendre : le filet est débordant. C’est le signe qu’il leur fallait pour reconnaître Jésus qui les attend sur le rivage. La joie du repas qui suit doit être plus grande encore. 

            Ce qui suit le repas n’est pas moins intéressant : une rencontre au sommet, pourrait-on dire : Jésus et Pierre en face-à-face avec une question trois fois posée : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Il fallait bien cela pour faire écho à la question trois fois posée à Pierre au moment de son procès : N’es-tu pas l’un des siens ? Trois affirmations de l’amour de Pierre pour Jésus pour effacer les trois négations de cet amour. Et une invitation pour finir : Suis-moi ! Celui qui avait renié, est refait disciple, avec une conséquence nouvelle. Si avant la passion, suivre Jésus signifiait marcher avec lui, désormais suivre Jésus, c’est le suivre sur le chemin de la passion. Une passion totale pour Dieu, une passion totale pour l’homme, sans oublier cette passion qui fait souffrir et mourir pour celui qu’on aime. Pierre et les autres en font l’expérience plus d’une fois. Mais nous l’avons vu dans les Actes, même le fouet ne peut faire taire ceux qui ont ainsi été transformés par la radicale nouveauté de la résurrection. Quand vous prenez conscience que la vie est plus forte que la mort, rien ne vous fait peur, rien ne vous arrête. 

            Aujourd’hui encore, nous pouvons (et nous devons) choisir de vivre de cette puissance de vie qui est en Jésus, mort et ressuscité. Nous le faisons potentiellement depuis notre baptême qui nous rend apte à vivre comme Jésus, entièrement donnés à Dieu et aux hommes. Mais nous savons aussi qu’il y a des jours où il est plus difficile de déployer cet art de vivre si particulier, cet art de vivre propre à ceux qui croient en Jésus. Nous savons aussi qu’il est difficile de témoigner de lui dans un monde qui ne tient plus Jésus pour véridique. Dans ces moments-là, n’hésitons pas à revenir aux Actes des Apôtres ; n’hésitons pas à suivre à nouveau Pierre et les autres, non seulement pour marcher à la suite du Ressuscité, non seulement pour vivre du ressuscité ; non, suivons-les aussi pour témoigner à nouveau que Jésus, celui qui était mort, est désormais vivant dans la gloire de Dieu. Le Christ n’est pas ressuscité pour nous seuls ; le Christ est ressuscité pour toute l’humanité. Le Christ n’est pas ressuscité pour que nous le gardions bien enfermé dans un tabernacle ; il est ressuscité pour que nous le fassions connaître à tous les hommes répandus à la surface de la terre. Le Christ n’est pas ressuscité pour faire la joie de ceux qui croient en lui ; il est ressuscité pour être la joie de toute l’humanité. Si nous le taisons, comment le monde croira-t-il l’incroyable ? Si nous le taisons, comment le monde se convertira-t-il à l’amour plus fort que tout ? Si nous le taisons, comment le monde vivra-t-il de cette vie qui ne finit pas en Jésus ? Lorsque nous proclamerons notre foi dans un instant, prenons la ferme résolution de marcher à la suite des disciples pour témoigner du Ressuscité. Prenons notre foi au sérieux pour que le monde nous prenne au sérieux. Prenons notre foi au sérieux pour que le monde prenne le Christ vivant au sérieux. Amen.

samedi 9 avril 2022

Dimanche des Rameaux C - 10 avril 2022

 Faire route avec Jésus et reconnaître en lui Celui qui vient au nom du Seigneur.



(Gustave Doré, L'entrée à Jérusalem)




            Armés des seules armes de la prière, du jeûne et de la charité, nous avons choisi, au long de ce carême, de faire route avec Jésus pour mieux le connaître, mieux l’écouter, pour apprendre de lui la joie et le pardon et avec lui, être capables d’affronter le Mal. Cette route de carême nous mène à ce dimanche, à cette semaine si particulière qui nous permettra, presque jour par jour, de revivre avec Jésus les derniers moments de sa vie. en ce dimanche des Rameaux, nous ont été donnés d’entendre deux passages de l’évangile de Luc : l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem et les événements qui ont conduit à sa Passion, accomplissement de sa mission, Heure pour laquelle il est entré dans le monde. Forts de tout ce que nous avons découvert durant ces semaines de préparation, nous pouvons encore faire route avec Jésus pour mieux entrer encore dans ce mystère de l’amour qui se donne jusqu’au don de la vie et reconnaître en Jésus Celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Je vous propose trois modèles pour parvenir à cette reconnaissance. 

            Le premier modèle, ce sont d’évidence les disciples de Jésus, pas uniquement les Douze qui d’ordinaire l’accompagnent, mais la foule des disciples, remplie de joie qui disaient : Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Dans l’évangile, ce ne sont pas tous les habitants de Jérusalem qui acclament le Christ, mais seulement ses disciples, nombreux à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Comment en sont-ils arrivés à proclamer ainsi que Jésus est le Messie attendu ? En faisant le chemin que nous avons fait durant cinq semaines. Certains d’entre eux l’ont fait depuis plus longtemps, d’autres sont peut-être des disciples récents, mais tous, à la vue des signes, à l’écoute de ses enseignements, ont senti que cet homme-là n’était pas comme les autres, que ce rabbi-là avait un enseignement qui faisait autorité. Nus dirions aujourd’hui qu’il a touché leurs cœurs. Ils ont assemblés les pièces du puzzle, ils ont comparé ce qu’ils ont vu et entendu avec ce que les prophètes avaient annoncé, et ils en ont tiré l’unique conclusion possible. S’il fait parler les muets, marcher les paralysés, voir les aveugles, entendre les sourds et ressusciter les morts, alors il n’y a pas de doute, c’est lui. C’est toujours encore cet itinéraire qui est proposé à ceux qui veulent devenir disciples et prendre au sérieux la Parole de Dieu : venir à la suite de Jésus et voir, comprendre par eux-mêmes ce qui se joue quand Jésus entre dans la vie de quelqu’un. 

            Le deuxième modèle, c’est Paul, qui nous expliquait avec un peu plus de hauteur le mystère de notre salut qui s’accomplit dans ce double mouvement de l’incarnation de Jésus dans notre humanité et de la rédemption offerte par l’offrande de sa vie sur la croix. Dans ce bel hymne aux Philippiens, il condense pour les croyants tout ce qu’il y a à savoir et à retenir sur Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Voyez la prévenance de Dieu qui offre son Fils ; voyez l’amour de ce Fils qui se défait de sa condition divine pour partager notre condition humaine. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. Jésus n’a pas joué à être homme ; notre condition humaine, il l’assume jusqu’au bout, jusqu’à la mort, si abominable soit-elle. Nous avons là la trace de quelqu’un qui a réfléchi longuement au sens de ces événements que nous revivrons cette semaine. C’est un pasteur qui parle, un pasteur qui ne veut pas que ceux qui découvrent le Christ à travers le témoignage des autres, ne soient découragés quand vient le temps de la Passion. Ce que nous allons revivre, ce n’est pas un enchainement malheureux de circonstances malheureuses menant à la mort d’un homme innocent ; ce que nous allons revivre, c’est la force du mystère d’amour du Père qui veut sauver sa création par l’obéissance absolue de son Fils qui se livre pour l’accomplissement plein et entier de ce projet. Quand Dieu sauve l’homme, il ne le fait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur même de notre humanité, par ce Fils qu’il a offert aux hommes. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père. Une invitation à voir au-delà des événements, à entrer dans le projet global de Dieu. Les événements dont nos évangiles se sont faits l’écho, ne sont qu’un moment de ce projet. Nous devons garder confiance au pied de la croix. Nous n’avons pas fait tout ce chemin à la suite du Christ pour le voir mort ; nous n’avons pas fait tout ce chemin pour rien. Nous ne sommes pas devenus chrétiens en vain. 

            Curieusement, c’est le troisième modèle qui, bien que n’ayant pas connaissance de la totalité de ce projet expliqué par Paul, le confirme en le précédant. Ce troisième modèle, c’est celui que la Tradition appelle « le bon larron », et que l’évangile de Luc connaît comme l’un des malfaiteurs suspendus en croix avec Jésus. Nous ne savons pas s’il a entendu parler de Jésus avant d’être arrêté et condamné, mais une chose est sûre : il a fait le même chemin que Jésus, portant lui-aussi sa croix depuis sa cellule jusqu’au Calvaire. Il nous rappelle qu’il est possible aussi de rencontrer le Christ sur le chemin de nos souffrances, sur le chemin de nos égarements, sur le chemin de notre péché. Il nous dit surtout qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir et que tant qu’il nous reste un souffle de vie, du plus profond de notre misère, nous pouvons encore crier vers le Christ : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Et nous goûterons alors, comme lui, la miséricorde infinie de Dieu qui nous répondra : Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Ce n’est pas juste une parole de consolation pour celui qui affronte la mort ; c’est le rappel de notre destinée : nous sommes faits pour vivre, et pour vivre avec et en Dieu pour toute éternité. 

            Trois modèles, trois itinéraires : celui du disciple qui suit le Christ et en témoigne, celui du disciple qui cherche à réfléchir, à approfondir sa foi et celui de l’homme qui sait qu’il a pu céder au mal, mais qui fait confiance à l’Innocent mis en croix et reconnaît en lui celui qui peut toujours quelque chose pour l’homme, qu’il ait été un disciple convaincu ou un homme perdu, pris dans les filets du mal, pris dans les filets de la souffrance, pris dans les filets de la mort ; il est celui qui confesse en même temps le mal qu'il a fait et l'amour infini de Jésus. Avec ses trois modèles, vivons cette Semaine Sainte et confessons que Jésus est bien Celui qui vient au nom du Seigneur. Amen.

samedi 22 mai 2021

Pentecôte - 23 mai 2021

 L'Esprit Saint vous conduira dans la vérité tout entière.




La Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui marque la fin du temps pascal. Nous avons célébré avec intensité le cœur de notre foi, la mort et la résurrection de Jésus ; nous avons médité son retour dans la gloire. Voici l’accomplissement de la promesse qu’il a faite à ses disciples : Je vous enverrai un Défenseur. C’est le don de l’Esprit Saint. Je voudrais reprendre avec vous cette autre affirmation de Jésus au sujet de l’Esprit, entendu dans l’Evangile de ce jour : Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. 

            En ces temps modernes, voire post-modernes, il en est beaucoup pour dire qu’il n’est pas possible de parler de la vérité, mais qu’il serait préférable de parler de vérités, puisqu’elles seraient multiples. Qui pourrait prétendre détenir la vérité dans un monde complexe et multiculturel ? Et puisque personne ne peut posséder la vérité, il faudrait accepter que l’idée même d’une vérité soit fausse. Il nous faut alors nous rappeler que Jésus lui-même n’a jamais dit détenir la vérité, mais être la vérité. Je suis le chemin, la vérité, la vie. La vérité n’est donc pas d’abord une idée, mais une personne : le Christ. Quand Jésus affirme que l’Esprit nous conduira dans la vérité tout entière, nous pouvons donc comprendre qu’il nous conduira vers le Christ, vers la pleine connaissance du Christ. Et l’Esprit Saint ne nous trompe pas quand il nous mène vers le Christ puisqu’il est l’Esprit de vérité. Il n’y a rien de faux en lui ; il est vraiment notre défenseur. 

            Notez encore que Jésus parle de la vérité tout entière, et pas d’une demi-vérité ou d’une vérité relative. Autrement dit, il nous faut considérer le Christ, mais aussi toute son œuvre pour comprendre ce que l’Esprit nous révèle. Nous ne nous attachons pas au Christ juste parce que cela fait joli, ou pour que le Christ ne se retrouve pas tout seul. Être conduit au Christ par l’Esprit, c’est entrer dans le mouvement de salut que le Christ a inauguré. C’est bien plus grand que d’être simplement un ami de Jésus. L’Esprit Saint nous fait alors découvrir que nous sommes faits pour Dieu, faits pour vivre avec lui. C’est une juste compréhension de l’œuvre du Christ, du don de sa vie sur la croix par amour pour nous. En clôturant le temps pascal, la Pentecôte nous dit que ce que nous avons célébré durant cinquante jours, ce n’est pas qu’une page d’histoire, mais bien notre histoire qui s’écrit toujours et encore, et que le salut proposé par le Christ est toujours actuel. 

            Faits pour Dieu, nous sommes aussi faits pour les autres. Avec l’Esprit Saint, nous devons rendre témoignage du Christ, de son œuvre, de ce qu’il réalise dans notre vie. Être conduit dans la vérité tout entière, c’est être conduit aussi vers notre accomplissement. Et l’accomplissement du chrétien, ce n’est pas seulement vivre de Jésus, mais témoigner de lui. J’entends cette nécessité comme l’affirmation que nous ne possédons pas, et ne possèderons jamais, le Christ. Nous ne pouvons pas mettre la main sur lui ; nous ne pouvons pas le garder pour nous. Ayant accueilli le Christ comme celui qui est la vérité de notre existence, nous ne pouvons que le partager, largement, pour que d’autres puissent reconnaître qu’il est la vérité de l’homme, la vérité de Dieu, la vérité du lien qui unit l’homme à Dieu. C’est le témoignage éloquent des Apôtres au jour même de la Pentecôte qui nous invite à prendre notre part dans cette annonce. Et il n’est pas besoin pour cela de savoir parler d’autres langues. La langue de l’amour suffit pour que les hommes, quelle que soit leur propre langue, puissent nous comprendre. C’est la langue même de Dieu, puisque Dieu est amour. 

            Arrivés au terme du temps pascal, n’en considérons pas pour autant la Pentecôte comme la fin de tout. Au contraire, les Actes des Apôtres que nous avons lu durant ces sept semaines sont l’écriture de l’œuvre de Dieu après la Pentecôte. Il nous faut donc considérer cette fête comme le commencement de la mission de l’Eglise, le commencement de la mission pour chaque baptisé. Avec l’Esprit, il n’est pas possible de s’endormir sur les lauriers de la victoire du Christ sur la mort. Avec l’Esprit, nous pouvons écrire nos propres actes pour faire advenir le règne du Christ dans tous les cœurs. Laissons-nous saisir à nouveau par cet Esprit ; laissons-nous conduire par lui dans la vérité tout entière. Amen.

samedi 13 février 2021

6ème dimanche ordinaire B - 14 février 2021

 Je le veux, sois purifié.



(Jésus guérit un lépreux, Mosaïque XII-XIIIème siècle, Cathédrale de Monreale, Sicile)




            A trois jours de l’entrée en Carême, il est heureux que la liturgie nous fasse entendre ce récit de la guérison d’un lépreux. Maladie terrible entre toutes à une époque où n’existait aucun traitement, elle était excluante, la communauté devant se protéger de toute contagion. Nous comprenons donc les recommandations faites par le Seigneur à Moïse au sujet de ceux qui sont touchés par cette maladie : ils vivront à l’écart, ils seront impurs. Plus surprenante cependant la réaction de Jésus. Regardons de plus près. 

            Alors qu’il aurait fallu tenir le lépreux à distance, Jésus se laisse approcher. Lépreux ou pas, voilà quelqu’un qui a besoin de lui, quelqu’un qui a une demande à formuler. Remarquer l’humilité de cet homme : il sait que Jésus peut quelque chose pour lui ; il sait que, grâce à Jésus, il peut être réintégré dans la communauté. Mais il n’exige rien. Il ne vient pas dire : je veux être guéri. Non, il se fait humble, et tombant à ses genoux, dit à Jésus : : Si tu le veux, tu peux me purifier. Non pas je veux, mais si tu le veux. Face à Jésus, son désir de guérison est moins important pour lui que le désir de Jésus. S’il a bien compris qui est Jésus, il sait que Jésus peut réaliser cette merveille pour lui ; il n’a, je crois, aucun doute à ce sujet. Mais il est conscient aussi, me semble-t-il, que Jésus ne fait rien par hasard. Je ne sais comment, mais il me semble que ce lépreux a compris que la mission de Jésus s’inscrit dans quelque chose de plus grand, dans ce que nous appelons le projet de salut de Dieu. Si tu le veux, c’est comme pour dire si j’entre dans ce grand projet, je sais que tu me guériras. Et peut-être qu’il a même accepté qu’il puisse ne pas entrer dans ce projet. Si tu le veux : c’est toi qui décides, je suis prêt à me laisser faire, je m’abandonne à toi.

            Comment Jésus aurait-il pu ne pas être saisi de compassion ? Bien sûr qu’il va faire quelque chose. Il étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié. Remarquez la tendresse de Jésus qui n’hésite pas à toucher celui qui se prosterne devant lui. Il ne se contente pas d’une parole, il ose un geste tendre, alors qu’il n’a aucun gel hydroalcoolique. Quelle leçon pour notre époque qui ne parle plus que de gestes barrières, qui abolit toute tendresse, qui anéantit toute humanité ! Jésus vient nous redire que l’autre, quelle que soit sa maladie, est toujours un humain et que tout doit être fait pour le garder dans la communauté humaine. Le projet de Dieu pour l’homme, c’est un homme debout, un homme vivant, un homme en relation. Le Je le veux de Jésus n’est en rien une parole d’enfant gâté qui exige tout et n’importe quoi ; il est la manifestation claire et sans ambiguïté de la volonté de Dieu pour chaque homme. Et puisque, à l’époque de Jésus, une maladie grave est souvent identifiée comme le résultat d’un péché, Jésus vient bien dire que Dieu veut l’homme libre même du péché, c'est-à-dire libre de la source même du Mal. D’où l’injonction de Jésus : Va te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : ce sera pour eux un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de l’intervention de Dieu en faveur d’un de ces petits qui sont ses préférés ; témoignage que Dieu vient à la rencontre de l’homme quand celui-ci exprime son désir de Dieu ; témoignage que le Règne de Dieu est à l’œuvre, qu’un temps nouveau est ouvert ; témoignage que le Mal peut être vaincu.  

            Dans trois jours, nous ouvrirons le temps du Carême. C’est justement un temps de purification, un temps de retour vers Dieu, un temps pour accueillir dans notre vie le désir de Dieu de nous sauver. Nous pourrons être ce lépreux qui se prosterne devant Jésus et lui exprimer notre attente : Si tu le veux… Et nous l’entendrons nous répondre : Je le veux !  C’est une certitude, ce doit être notre certitude. Dieu ne reste pas sourd à nos appels ; il veut notre salut. N’ayons pas peur de l’approcher, n’ayons pas honte d’exprimer humblement notre demande. Jésus veut toujours nous sauver ; il est venu pour nous sauver. Amen.

samedi 16 janvier 2021

02ème dimanche ordinaire B - 17 janvier 2021

 Alors Eli comprit...


(Le jeune Samuel et le prêtre Eli, Peinture à l'aiguille, 19ème siècle, source internet, site Expertissim.com)






        Dans la plupart des festivals de cinéma, il y a un prix pour le meilleur second rôle, parce qu’une bonne histoire, ce n’est pas qu’un personnage principal qui brille ; une bonne histoire est faite aussi de tous ces autres personnages qui permettent au principal de se détacher. Nous le vérifions aujourd’hui dans la première lecture et dans l’évangile.            

Je le reconnais volontiers : l’histoire du jeune Samuel m’émeut. Cette figure du Premier Testament a quelque chose d’attachant. Souvenez-vous : sa mère Anne ne pouvait avoir d’enfant car, dit la Bible, le Seigneur avait rendu stérile son sein. La seconde épouse de son mari cependant avait pleins d’enfants et se moquait d’Anne et de sa stérilité. Lors d’un pèlerinage au sanctuaire de Silo, Anne avait supplié le Seigneur de lui accorder un enfant ; et le Seigneur se souvint d’elle et elle enfanta ce fils tant espéré. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Tout le monde était content ! Mais voilà, Anne, dans sa tristesse, avait fait cette promesse : Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. Le fils donné par le Seigneur à sa mère sera un fils donné au Seigneur par sa mère. Le Seigneur a sauvé l’honneur d’une femme en lui accordant un fils ; elle peut donc rendre au Seigneur ce fils afin qu’il serve le Dieu qui l’a appelé à la vie.  C’est ainsi que nous retrouvons l’enfant dormant dans le Temple du Seigneur à Silo. Toute l’histoire de la vocation de Samuel semble se jouer entre le Seigneur qui appelle et l’enfant qui entend sa voix, sans savoir encore quelle est cette voix. Et c’est ainsi qu’apparaît notre second rôle, Eli, le prêtre de Seigneur à Silo. Au temps de Samuel, il est déjà âgé, et quasiment aveugle. Il était couché dans sa chambre quand le jeune Samuel, par trois fois se précipite à son chevet : Tu m’as appelé, me voici. Le texte biblique prend le soin de préciser : La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. Ceci explique peut-être que le Seigneur dû s’y reprendre à trois fois. Notez au passage ce qui est pour moi une incohérence : d’une part, il est dit dans le texte biblique que le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Eli. Et d’autre part, nous apprenons dans le passage de ce jour que Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur. Peut-on servir quelqu’un que l’on ne connaît pas ? Mais bon, laissons cela. Ce qui m’intéresse, c’est la réaction finale d’Eli. Quand Samuel vient une troisième fois vers lui, il est dit : Alors Eli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant. Il est le maillon essentiel de cette histoire car il va donner à Samuel la clé de compréhension et lui ouvrir ainsi son avenir : Eli lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Sans le discernement d’Eli, la voix aurait pu se faire entendre encore longtemps cette nuit-là ! Il est celui qui permet la rencontre, celui qui fait les présentations en somme. Et tout devient possible. 

Nous retrouvons la même chose dans l’Evangile de ce dimanche. Sans Jean le Baptiste et sa petite phrase : Voici l’Agneau de Dieu, les deux disciples de Jean le Baptiste n’aurait pas suivi Jésus qui allait et venait à cet endroit. Il est le second rôle qui permet aux troisièmes couteaux de suivre celui qui allait désormais prendre de l’importance, Jésus, celui que Jean désigne comme l’Agneau de Dieu. c’est son discernement qui permet la rencontre : Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : Voici l’Agneau de Dieu. Il n’a rien dit d’autre ; il n’a pas dit à ses disciples de devenir disciples de Jésus. Voyant Jésus, il a compris, il a donné un témoignage qui a donné envie. Comme jadis Eli a attiré l’attention de Samuel sur cette voix en l’invitant à l’écouter, Jean le Baptiste a attiré l’attention de ces disciples sur Jésus. Les seconds rôles vont s’effacer, l’un au bénéfice de Samuel, l’autre au bénéfice de Jésus. Mais leur place et leur rôle ont été révélateurs. Ils ne sont pas responsables de la suite des événements, ils sont juste là, au début. 

Ceci doit nous inspirer et nous réconforter aussi. Souvent, des parents et davantage encore des grands parents, se lamentent en constatant qu’ils ne sont plus suivis par leurs enfants en matière religieuse. Nous avons tout fait ce qu’il nous était possible de faire, mais ils ne veulent plus. Je le dis clairement si c’est votre cas : vous avez été pour eux comme Eli et comme Jean le Baptiste. Vous avez rendu le témoignage qu’il fallait. Le reste ne vous appartient plus. Vous avez transmis ce qui vous semblait juste, ce que vous aviez discerné comme étant essentiel. Le reste appartient à l’histoire de vos enfants et à Dieu. Vous ne pouviez pas faire plus, mais vous deviez faire ce que vous avez fait. De même pour moi qui suis prêtre : en plus de vingt-cinq années de sacerdoce, j’ai baptisé un grand nombre d’enfants, j’ai présidé de nombreux mariages, j’ai préparé des enfants et des jeunes aux sacrements de l’initiation chrétienne du mieux que j’ai pu, avec les catéchistes qui ont collaboré à cette tâche essentielle. Ce qui se passe après, c’est l’affaire de Dieu. Nous devons toujours discerner ce qu’il faut dire, comment le dire, à quel moment le dire pour faire découvrir ce Dieu qui appelle tous les hommes à le suivre ; mais nous ne pouvons faire que cela. C’est essentiel et nécessaire, mais cela ne fait pas tout. Si Samuel n’avait pas répondu selon la parole transmise par Eli, rien ne se serait fait. Si, ayant répondu selon la parole du prêtre Eli, Samuel avait décidé par la suite que cela ne l’intéressait pas, tout se serait arrêté. Si les disciples du Baptiste ne l’avaient pas entendu témoigner au sujet de Jésus, ils ne se seraient pas mis en route. Et si, ayant répondu à l’invitation de Jésus : Venez et vous verrez, ils avaient trouvé les choses pas à leur goût, ils seraient revenus vers Jean le Baptiste. C’est le même phénomène qui joue pour André et Simon-Pierre. Le premier était l’un de ces disciples ayant entendu le témoignage du Baptiste ; et il témoigne à son tour devant son frère, qui le rejoint. Mais tout se joue après, dans le regard de Jésus sur Simon. 

Alors Eli comprit… Alors Jean le Baptiste comprit… Alors untel compris… Il nous revient de comprendre pour d’autres ce moment où Dieu passe dans leur vie et de le signifier discrètement. Le reste, c’est la mystérieuse aventure de la foi, la mystérieuse rencontre entre le Christ et une histoire humaine particulière. Nous avons tous connu un prêtre Eli, un Jean le Baptiste qui nous a ouvert le cœur et l’intelligence aux choses de la foi. Soyons reconnaissant pour leur passage dans notre vie. Nous avons été pour d’autres ce prêtre Eli, ce Jean le Baptiste. Sachons rendre grâce à Dieu pour cela, et prions pour ceux que nous avons ainsi éveillé à la foi : que Dieu lui-même achève en eux ce qu’il a commencé par notre témoignage. Amen.

samedi 12 décembre 2020

3ème dimanche de l'Avent B - 13 décembre 2020

Notre Dieu est le Dieu qui nous invite à la joie véritable.


(Tableau de Sieger Köder)


Soyez toujours dans la joie ! Cette invitation de Paul aux chrétiens de Thessalonique prend une coloration toute particulière, me semble-t-il, en cette année où nos vies sont bouleversées par la pandémie qui met nos vies entre parenthèses depuis neuf mois déjà et sans doute encore pour quelques temps. Les recommandations faites pour les fêtes de Noël, fêtes heureuses par essence, contrarient cet appel à la joie, du moins la restreignent aux quelques heureux que nous aurons le droit d’inviter. La déprime et l’angoisse grandissante qui gagnent une part non négligeable de la population ne favorisent guère ce sentiment de joie profonde. Bien au contraire ! 

Pourtant, nous devons plus que jamais faire entendre cet appel. Il est fondamental, parce qu’il est l’appel de Dieu adressé à toute l’humanité. La Bonne Nouvelle qui est au cœur de notre foi est une Nouvelle heureuse, une Nouvelle qui rend la joie au peuple qui marchait dans les ténèbres.  Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, ce n’est pas pour être un embêtement de plus. Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, c’est pour le conduire à cette joie que nul ne pourra lui enlever. La joie de Dieu n’est ni une mièvrerie, ni un peu d’eau sucrée pour faire passer la potion amère de nos vies atrophiées. Non, la joie de Dieu pour nous est la joie véritable, celle qui fait exulter le psalmiste. L’origine de cette joie, c’est la reconnaissance de tout ce que Dieu a fait et ne cesse de faire pour l’homme. Le Magnificat, dont nous avons chanté un extrait après la première lecture, est un bel exemple de cette joie qui prend aux tripes et qui jaillit comme un cri de bonheur à la face du monde. Dans son cantique, Marie n’a rien inventé ; elle se situe simplement mais réellement, dans l’expérience millénaire de son peuple, avec une conscience aigüe que c’est Dieu qui mène la barque, Dieu qui veille sur chacun, en particulier les plus petits, les plus pauvres. La Bonne Nouvelle du Salut, c’est la Justice restaurée, c’est l’homme, tout homme, rendu à sa dignité. 

En ces jours difficiles que nous vivons, c’est toujours de cette même joie que nous devons témoigner. Pour la partager, il faut d’abord peut-être en être habité. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ venu dans le monde pour notre salut, est-elle une vraie Bonne Nouvelle pour nous ? Nous ouvre-t-elle à cette joie, même en ce temps particulier de restrictions sociales ? La prudence dont nous devons faire preuve pour lutter contre le virus et éviter sa propagation n’a rien à voir avec la peur panique qui a envahi certains de nos contemporains ; la prudence n’a rien à voir non plus avec le fait de s’isoler, de se couper du monde. Prendre de la distance, ce n’est pas couper les ponts. Chrétiens, héritiers de cette joie libératrice qu’annonçait déjà le prophète Isaïe, nous ne pouvons nous laisser aller à la désespérance devant l’incertitude de notre époque. Plus que jamais, nous devons demander à Dieu la grâce de tenir fermes dans la foi, la grâce de savoir reconnaître encore les signes de sa venue et de sa présence au milieu de nous, la grâce d’en témoigner résolument et joyeusement. Plus que jamais, nous devons être les relais de cette présence auprès des plus fragiles pour qui ce Noël risque d’être encore plus triste et plus difficile que les précédents. 

Nous pouvons prendre exemple sur le prophète Isaïe. En l’écoutant parler de la mission qui lui est confiée en un temps difficile pour son peuple, nous pouvons ressentir chez lui une joie contagieuse. Ce qu’il doit annoncer le rend lui-même profondément heureux d’abord : je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. La joie de Dieu, ce n’est pas quelques bons mots ; la joie de Dieu à transmettre, c’est une vie transformée : les cœurs brisés seront guéris, les captifs délivrés, les prisonniers libérés, une année de bienfait accordée. N’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui ? Nous entendre dire que notre vie sera transformée pour quelque chose de mieux ? La joie que Dieu nous invite à vivre, a quelque chose à voir avec la confiance que nous plaçons en lui. Si nous ne croyons plus qu’il puisse toujours quelque chose pour nous, alors le Salut annoncé n’est plus une Bonne Nouvelle, et la joie à venir loin d’être une réalité. Comme Isaïe, nous avons été saisis par l’Esprit de Dieu. Cet Esprit fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois. En célébrant notre foi, en proclamant la Bonne Nouvelle du Salut, en la vivant au quotidien, nous accueillerons toujours plus cette joie de Dieu et nous en serons les témoins auprès de tous. 

En cette période particulière de notre vie, soyons pour nos proches, en famille, au travail, dans notre quartier, de ceux qui rayonnent de cette joie de Dieu. Soyons les témoins et les relais de la Bonne Nouvelle du Salut que Dieu réalise en son Fils Jésus Christ. Il a fait des merveilles pour nous ; il en fera encore. Isaïe, Marie et Jean le Baptiste en ont été les témoins pour leur époque ; soyons-en les témoins authentiques pour aujourd’hui. Amen. 

samedi 30 mai 2020

Pentecôte - 31 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer de la peur au témoignage.








            Nous terminons notre parcours pascal avec la fête de la Pentecôte ; une dernière occasion pour approfondir ce que signifie vivre dans la dynamique de Jésus, mort et ressuscité pour nous ; une dernière occasion pour découvrir un sens à ce passage fondamental de la mort à la vie. Il s’agit du passage de la peur au témoignage. Nous vivons ce passage à la suite du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. 

            L’Evangile de Jean que nous venons d’entendre nous montre en effet que Pâques et Pentecôte sont liées. C’est le soir de Pâques que le Christ apparaît à ses disciples alors que les portes du lieu où [ils] se trouvaient étaient verrouillées par crainte des Juifs. Et un peu plus loin, l’évangéliste Jean témoigne : Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint… ». Le souffle de Dieu est transmis aux disciples par le Verbe de Dieu, ressuscité d’entre les morts. C’est dans bien dans la dynamique de Pâques qu’est donné l’Esprit Saint. Le Christ va s’effacer, rejoindre son Père et envoyer son souffle, ce souffle créateur dont parle la Genèse au commencement, ce souffle de vie dont parle le prophète Ezéchiel dans la vision des ossements desséchés. Le don de l’Esprit Saint est fait à ceux qui passent de la mort à la vie à la suite du Ressuscité : c’est ce qui se joue au moment de notre baptême. Ce lien est indissoluble. Et nous avons vu, dans notre lecture continue des Actes des Apôtres, que lorsque l’Esprit Saint est donné d’abord, le baptême au nom de Jésus Christ, qui signifie le passage de la mort à la vie, est donné immédiatement. C’est ce qui est arrivé lors de la venue de Pierre chez le Centurion Corneille. Le passage de la mort à la vie se fait dans la puissance du souffle de Dieu. 

            La première lecture, extraite du livre des Actes justement, nous montre l’événement même de la Pentecôte, tel que l’ont vécu les Apôtres. Au-delà du coup de vent et des langues de feu, je voudrais retenir aujourd’hui ce que ce don déclenche chez ceux qui ont reçu l’Esprit Saint. Et le constat est simple : ceux qui ont reçu l’Esprit se mettent à témoigner. La peur, qui avait saisi la jeune communauté au moment de la mort du Christ, les a abandonnés. La foule, rassemblée à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte Juive, les entend témoigner des merveilles de Dieu, la plus grande étant justement d’avoir rendu à la vie celui que les hommes avaient crucifié. Il n’y a plus de trace de peur dans la vie de ces hommes ; tout le livre des Actes en témoigne. Ce souffle de Dieu donne un nouveau souffle à cette jeune communauté. L’Evangile est annoncé à tous, en commençant par Jérusalem, puis à toute la Judée, la Galilée et la Samarie, en attendant de s’étendre au monde entier par les missions de Paul. Vivre dans la dynamique de Pâques, vivre de ce souffle de Dieu, c’est fondamentalement témoigner de ce Dieu qui sans cesse nous appelle à passer de la mort à la vie, c’est fondamentalement vivre de la vie même du Ressuscité qui s’est livré pour nous. Il n’y a pas à opposer Jésus Christ et l’Esprit Saint ; il faut les tenir ensemble, le premier nous donnant le second, et le second nous faisant comprendre ce que nous disait le premier, par ses paroles, par ses actes, par sa mort et sa résurrection. 

            La puissance de vie du Christ est en nous depuis notre baptême ; le souffle de Dieu nous a été donné à ce moment-là déjà et il a été confirmé par l’Eglise au moment de notre confirmation. C’est par toute notre vie que nous devons maintenant confirmer que nous voulons vivre du Ressuscité, dans la puissance de son souffle. Cela commence par notre témoignage de vie d’abord ; et pour ceux à qui est donné le don d’une parole sage, le témoignage passe aussi par l’enseignement de Jésus Christ, par la catéchèse et la prédication. Mais chaque croyant peut dire à sa manière ce que cela change pour lui de vivre dans ce souffle de vie reçu du Ressuscité. Les petits cénacles qui se sont mis en place durant la neuvaine de la Pentecôte en sont bien l’illustration. Aujourd’hui, avec cette fête, le temps pascal s’achève ; mais il n’achève pas le temps du témoignage. Bien au contraire, il l’inaugure. Ayant célébré aujourd’hui ce don perpétuel de Dieu aux hommes, nous ne saurions ni nous taire, ni nous effacer, ni confiner encore notre foi. Nous n’avons d’autre option que le témoignage, dans la confiance de la présence du Ressuscité, Verbe de Dieu fait chair. Dans ce corps du Christ que nous formons parce que baptisés, incorporés au Christ, nous avons à tenir notre place particulière. L’Esprit Saint nous aidera à la trouver et à accomplir ce à quoi Dieu nous appelle. Il nous appelle et nous rend capable de vivre ce qu’il attend de nous. 

            Si vous aviez dit à Pierre, la veille de la Pentecôte, que le lendemain, il se trouverait sur la place publique à parler de Dieu et de Jésus, sans doute vous aurait-il pris pour un fou. Quand il a accueilli l’Esprit Saint, il s’est senti pousser à témoigner. Vous pouvez bien me prendre pour un fou, mais quand vous aurez accueilli l’Esprit Saint, quand vous lui aurez laissé le gouvernail de votre vie, vous le verrez vous mener là où vous ne pensiez pas aller. En ce jour de la Pentecôte, demandons le don renouvelé de la présence de ce souffle divin en nous et acceptons qu’il nous conduise là où Dieu nous attend, pour le bien de tous. Car à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. Amen.




(Arcabas, La Pentecôte, trouvé sur internet)