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jeudi 14 mai 2026

Ascension du Seigneur A - 14 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s'engage à être avec nous, toujours.





 

 

            Il n’y a pas besoin d’être grand théologien pour comprendre la solennité de l’Ascension. C’est un mot simple de la langue française, utilisé pour désigner le fait de gravir une montagne (l’ascension du Mont Blanc par exemple), et plus simplement encore compris par les nombreuses personnes habitant un immeuble et qui prennent l’ascenseur pour monter dans les étages supérieurs. Nous célébrons donc aujourd’hui une montée, celle de Jésus retournant auprès de son Père. Nous l’avons entendu dans les Actes des Apôtres : tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Qu’est-ce que cette solennité nous apporte de plus ?

            A priori, rien de plus que la solennité de Pâques. La résurrection de Jésus traduisait déjà cette montée : descendu aux enfers, il est ressuscité, entrainant avec lui ceux que la mort retenait captifs. C’est ce que nous disent toutes les icônes de Pâques dans le monde chrétien oriental. C’est dans la logique de Pâques que le Ressuscité retourne auprès de son Père qui l’avait envoyé pour le salut du monde. Ce dernier étant rendu possible par la Passion et la Résurrection de Jésus, il n’y a pas lieu que le Christ s’attarde ici-bas. Désormais, il nous attend auprès de son Père. Mieux, il reviendra un jour dans toute sa gloire. Cette espérance, née de la foi pascale, ne doit pas nous abandonner. Jésus ne retourne pas chez son Père parce que les hommes, en le jugeant et le condamnant l’auraient déçu ; il retourne chez son Père parce que sa mission est accomplie. C’est à ses disciples de prendre le relais, lorsque la puissance de l’Esprit Saint aura été répandue en eux. Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Jésus peut reprendre à son compte la phrase attribuée à César : Veni, vidi, vici – Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Un moment de l’Histoire des hommes est achevé et il ouvre sur un nouveau temps : celui de la mission des disciples de faire connaître cette histoire Jésus pour que le monde croie et se convertisse à son enseignement. L’évangile de ce jour ne dit pas autre chose quand Jésus affirme : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

            Nous voyons là que la mission n’est pas une option, un petit truc en plus à faire quand nous n’aurons plus rien d’autre à faire ! La mission devient première pour les disciples. Ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont compris de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, ils ont à le faire connaître. Ce qui est en jeu, ce n’est pas que Jésus soit connu du plus grand nombre ; ce qui est en jeu, c’est que le salut apporté par Jésus parvienne au plus grand nombre, parvienne aux extrémités de la terre, à toutes les nations. Jésus n’a pas donné sa vie uniquement pour ceux qui l’ont connu, mais pour tous les hommes, répandus par tout l’univers, à travers toute l’Histoire. C’est la mission de ses Apôtres ; c’est notre mission à tous, baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. Ce Christ que nous avons accueilli dans notre vie, nous ne pouvons pas le garder pour nous, au prétexte que les autres n’en veulent pas, ou que notre société est devenue trop laïque et matérialiste pour accueillir sa Bonne Nouvelle. Le chrétien est missionnaire ou il n’est pas ! Il porte le Christ en lui pour le porter au monde. Il ne s’agit pas de l’imposer, mais de le proposer sans cesse, et d’abord peut-être par notre art de vivre qui devrait nous identifier comme chrétiens et qui devrait susciter l’envie de vivre de ce même art qui consiste à mettre l’autre au cœur de nos préoccupations, à être attentifs aux plus petits qui sont les préférés de Jésus, à dire Jésus par toute notre vie, en acte d’abord et en parole, à celles et ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme nous le demandait Pierre dimanche dernier.

             Nous pourrions alors objecter que nous ne sommes ni Pierre, ni aucun des Apôtres qui ont connu personnellement Jésus. Nous pourrions dire que nous ne sommes pas qualifiés ou assez courageux. A ceci, Jésus lui-même répond dans l’évangile. Il nous assure d’une chose que nous ne devons jamais oublier : Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Oui, quand Dieu nous dit son amour, il s’engage à être avec nous, toujours. L’Ascension n’est pas un abandon puisqu’elle s’accompagne de cette promesse de Jésus. Et je suis certain que nous avons tous déjà ressenti cette présence de Jésus à nos côtés ; par exemple dans tel événement difficile, une foi plus forte pour le traverser ; dans telle rencontre, une joie profonde qui nous a envahis ; dans tel conflit, une paix intérieure qui nous a permis de le dépasser et de vivre une vraie réconciliation… ou simplement dans le calme d’une église ou d’une chapelle, de ressentir qu’il est là, qu’il nous parle au secret de notre cœur et qu’il veille sur nous. Jésus ressuscité est présent à notre monde, même si les événements dramatiques peuvent nous en faire douter ; il est présent à notre vie, nous rappelant son enseignement, son amour, et le salut qu’il nous offre. Ne doutons jamais de cette présence discrète mais sûre. L’eucharistie qui nous rassemble aujourd’hui nous fait partager les signes de sa présence : la Parole proclamée et expliquée ; le Pain et le Vin consacrés et partagés. Des choses toutes simples, mais qui nous rappellent que Jésus ne cesse de nous enseigner et de se donner en nourriture pour que notre foi reste forte et vivante.

            En cette fête de l’Ascension, nul besoin de lever les yeux au ciel pour contempler Jésus. Il suffit de nous tourner les uns vers les autres pour trouver, en ceux que Dieu met sur notre route, la trace de celui qui a pris le chemin de notre humanité pour nous rappeler le chemin vers Dieu et vers la sainteté qu’il nous offre en partage. Parce que Jésus est devenu l’un de nous, chacun de nous porte un peu de sa présence au monde ; chacun de nous est comme une icône permettant de contempler l’amour de Dieu pour tous. Ne cherchons pas ailleurs qu’au milieu de nous Celui qui a donné sa vie pour nous sauver, et donnons-le à voir afin que le monde croie et parvienne au salut. Amen.

samedi 14 février 2026

6ème dimanche ordinaire A - 15 février 2026

 Quand Jésus propose un nouvel art de vivre...




Jésus enseignant les foules, 



 

            Nous avons tous eu dans nos relations cette personne qui savait les choses mieux que nous et qui nous disait sans cesse : moi, je te dis… et qui se posait en donneuse de leçon. Etait-elle vraiment plus sage que nous ? Je laisse chacun juge de ce fait. Quand nous entendons l’évangile de ce dimanche, Jésus joue le rôle de ces personnes-là : Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis… sauf qu’il ne vient pas nous faire la leçon mais nous appeler à regarder autrement ce que dit la Loi, et conséquemment, à vivre autrement. Non pas pour être meilleur que les autres, mais pour être plus proche de ce que Dieu attend de nous. Ce que Jésus nous propose, c’est un autre art de vivre.

            Pourquoi le fait-il ? La réponse la plus mauvaise serait d’affirmer qu’il trouve la Loi mauvaise, ou à tout le moins pas assez bonne. Ce serait oublier le début de son développement qui dit justement qu’il n’est pas venu abolir, mais accomplir la Loi. Il me semble qu’il ouvre déjà la porte à Saint Paul auquel personne ne pense pour l’instant, et qui dira que la Loi était utile mais imparfaite. Elle était comme un garde-fou, utile et nécessaire, mais incapable de nous garder complètement du péché. Jésus, dans cette partie du discours sur la montagne, porte la Loi à son accomplissement en montrant aux hommes le chemin qu’il leur reste à faire pour parvenir à la manière de penser de Dieu. Là où la Loi dit que le meurtre, ce n’est ni bien, ni acceptable, et qu’il doit être puni, Jésus affirme que même la colère et l’insulte sont mauvaises et relèvent du tribunal. De même met-il sur un même plan l’adultère et le fait de regarder quelqu’un avec convoitise. Ce que je comprends de cela, c’est qu’il nous dit que pour éviter un mal que la Loi juge grand et condamnable, il est préférable de s’abstenir même des maux que la Loi ne condamne pas. Il me fait comprendre qu’il n’y a pas de petites choses mal que nous pourrions commettre et de grandes choses mal qu’il nous faut éviter. Il n’y a que le mal, et les petites choses que nous jugions moins graves, voire acceptables, menaient, dans certains cas, aux grandes choses mauvaises. Donc, pour ne pas arriver au meurtre, évite la colère et les insultes ; pour ne pas commettre d’adultère, ne regarde pas les autres avec convoitise. Se mettre en colère, insulter les autres, c’est le premier pas vers quelque chose de plus grave ; regarder avec convoitise, c’est la porte ouverte à l’adultère. Ce que Jésus nous demande, c'est de renoncer au mal. Point.

             Concernant notre parole et sa valeur, Jésus, le Verbe fait chair, la Parole de Dieu incarnée, nous demande de ne rien y ajouter. Pas de serment, mais un oui qui soit oui, ou un non qui soit non. Autrement dit, que notre parole ait une valeur en elle-même. Pas la peine de jurer par qui que ce soit ou par quoi que ce soit. La parole d’un homme, la parole d’une femme, vaut pour elle-même. S’il faut rajouter à la chose dite un serment pour lui donner de la valeur, la parole ne vaut rien. Je comprends cette demande par le fait que le don de la parole est ce qui nous rend le plus identique, le plus proche de Dieu lui-même. Aucun autre animal ne parle ; les animaux communiquent entre eux, les humains parlent entre eux comme Dieu parle avec eux. Ne pas respecter notre parole, c’est manquer de respect à Dieu, source de toute parole. Ne pas respecter notre parole, c’est renoncer à cette ressemblance que nous avons avec Dieu. Notre parole, à l’image de la Parole de Dieu, doit être performative, c'est-à-dire réaliser ce qu’elle dit. Quand Dieu, dans la Genèse, dit : Que la lumière soit ! la lumière est ; elle existe. Il ne jure pas par lui-même que la lumière va exister. Ce qu’il dit, c’est ce qui advient. Il doit en être de même pour notre parole. Si ce n’est pas le cas, il vaut mieux ne rien dire. Si notre parole ne réalise pas ce que nous disons, il vaut mieux se taire pour ne pas enlever à la parole sa force créatrice. Si notre parole n’est pas suivie des faits, il vaut mieux s’abstenir de parler pour ne pas enlever à la parole sa vérité. Faire mentir notre parole, c’est refuser Dieu et prendre le parti du diable, le père du mensonge, le père de la parole qui divise. De là, l’avertissement sévère de Jésus : Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non », si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais. Nous voilà prévenu !

            Ce long discours sur la montagne, inauguré par les Béatitudes, nous invite donc à un art de vivre marqué par le désir de faire en toutes choses la volonté de Dieu. Cet art de vivre nous entraîne à refuser toute forme de mal, et à respecter l’autre, même quand il nous gonfle, nous énerve et s’oppose à nous. Cet art de vivre nous invite à donner du poids à notre parole parce qu’elle est ce qui nous rapproche le plus de Dieu lui-même. Elle est, par sa valeur intrinsèque, la marque de respect la plus grande que nous pouvons donner. Une parole qui a du poids, une parole qui compte, reconnaît que celui à qui je la donne, a du prix pour moi, à l’image de Dieu qui nous a donné son Fils, Jésus, sa Parole qui nous sauve, pour nous dire que nous avions du prix pour lui. A quelques jours de notre entrée en Carême, voilà, me semble-t-il, une belle feuille de route pour nous préparer à vivre les fêtes pascales. Pour reprendre Ben Sirac le Sage : si nous le voulons, nous le pourrons ; il dépend de notre choix de rester fidèle. Amen.

samedi 7 février 2026

5ème dimanche ordinaire A - 8 février 2026

 La foi, un art de vivre pour tous les jours.





 

            Comment ne pas penser immédiatement au prophète Isaïe quand Jésus dit à ses disciples qu’ils sont la lumière du monde ? Le rapprochement que fait la liturgie de ce dimanche est totalement juste. N’oublions pas qu’en juif croyant, Jésus connaît le texte du prophète, il n’y a pas à en douter, et s’inscrit pleinement dans son héritage. Il reprend ainsi une veine très ancienne de l’enseignement biblique : la foi, si elle est affirmation d’une relation à Dieu, est aussi un art de vivre qui nous tourne vers les hommes et les femmes de notre temps que Dieu met sur notre route.

            Nous savons depuis longtemps, en fait depuis que Dieu a choisi de sauver son peuple d’Egypte, qu’il avait fait de celui-ci son peuple particulier. Un peuple choisi, non parce qu’il serait le préféré de Dieu, mais pour qu’il soit, par sa vie, le guide pour conduire les autres nations à la connaissance du vrai Dieu. En voyant Israël vivre avec Dieu, cela devait donner envie de faire de même. Il faut bien entendre ce que Jésus dit à ses disciples : Vous êtes la lumière du monde… On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. La tournure on n’allume pas une lampe laisse bien entendre que cette position de peuple particulier n’est pas auto-attribuée, mais bien une vocation, un appel de Dieu. Il est celui qui allume la lampe qu’est le peuple libéré d’Egypte, pour qu’il soit un signe, pour qu’il éclaire tous les peuples par sa Loi et par sa vie avec celui qui l’a appelé. Outre le prophète Isaïe, le psalmiste souligne lui-aussi cette vocation au bien universel qui passe par le bien fait et vécu dans un peuple, celui que Dieu a choisi. Alors quel est cet art de vivre ?

            Il est caractérisé par une attention à tous, et particulièrement aux petits : L’homme de bien a pitié, il partage… à pleines mains, il donne aux pauvres, pour ne citer en exemple que le psaume 111 par lequel nous avons répondu à la Parole de Dieu en ce dimanche. Le prophète Isaïe, quant à lui, est plus précis : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable… Voilà pour des actes à visée particulière parce qu’il nous oblige envers ceux qui ont moins de chance que nous. Mais il cite aussi des attitudes plus générales, qui ne visent pas un groupe particulier, mais une attitude plus profondément ancrée en celui qui se dit ami de Dieu. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, voilà des attitudes qui ne visent pas à soulager certaines personnes mais bien à éradiquer le mal à la racine. Il s’agit bien de libérer notre cœur de toute trace du mal, non seulement le mal que l’on fait, mais aussi le mal que l’on profère et que l’on impose aux autres. L’art de vivre que promeut le prophète nous rapproche alors de la manière de vivre de l’homme avec Dieu qui existait jadis, au jardin d’Eden, à savoir un monde d’où le mal était absent, parce qu’il était entièrement tel que Dieu l’avait voulu et réalisé pour l’homme.

            Nous pouvons relire les récits de la Genèse, et les méditer. Mais ne le faisons pas pour dire que c’était mieux avant, mais bien pour y puiser la volonté de vivre, dès ici-bas et maintenant, tel que Dieu attendait que nous vivions pour toujours avec lui, avant la désobéissance de nos premiers parents. Ne soyons pas seulement convaincus qu’un monde sans mal, c’est bien, c’est mieux ; mais construisons ce monde, refusons toute forme de mal, d’envie, de jalousie. Engageons-nous, dans notre quotidien, à construire par de petits gestes personnels, un monde d’où le mal est exclu, un monde qui serait baigné par la lumière du Ressuscité, qui à travers nous, rejaillirait sur le monde. Un monde nouveau est possible ; il suffit d’y travailler, chacun à notre échelle. C’est par les petits pas faits par chacun que la lumière du Christ brillera sur le monde, parce que la lumière qu’il a déposée dans le cœur de chaque croyant resplendira pour tous.

            Et nous comprenons que la foi ainsi vécue devient à nouveau intéressante pour celles et ceux qui ont soif d’un monde qui permette à tous de vivre, d’être respecté et reconnu à sa juste valeur. Cet art de vivre est accessible à tous, quelle que soit sa religion d’origine, parce que la paix, l’entraide, le respect, le refus du mal ne sont réservés à aucune religion en particulier, mais devraient être justement ce qui les rapproche et leur permet de vivre ensemble sur une même terre, au service du bien de tous. Puisse notre eucharistie nous donner le goût d’agir, pour ce qui dépend de nous, sans attendre que les puissants s’y mettent pour ce qui dépend d’eux. Les petits pas individuels ont quelquefois plus d’impact que les grandes théories et les grands traités. Nous pouvons décider chacun, que le mal ne passera plus par nous ; nous pouvons décider chacun, que le bien sera notre quotidien. Que Dieu nous aide à vivre ainsi notre foi au service du bien de tous. Amen.

samedi 24 janvier 2026

3ème dimanche ordinaire A - 25 janvier 2026 (Clôture de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens)

 « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance » (Éphésiens 4,4) - 

Homélie donnée lors de la célébration oecuménique de ce dimanche. Les lectures sont : Is 58, 6-11 ; Ps 97 ; Ep4, 1-13 ; Jean 12, 31-36.




Tableau d'Arcabas




 

            Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance (Éphésiens 4,4). C’est ce verset de l’épitre aux Ephésiens qui a été retenu par celles et ceux qui proposent, au niveau mondial, le livret de la célébration œcuménique pour cette année, et dont la nôtre s’inspire largement. Il est extrait du passage que nous avons entendu en deuxième lecture et qui est comme une feuille de route pour tous les disciples de Jésus Christ, appelés à se conduire d’une manière digne de [leur] vocation. Découvrons-la ensemble.

        Paul définit ainsi l’art de vivre chrétien : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. L’unité vient à la fin, non pas qu’elle ne serait pas importante, mais parce qu’elle n’est pas possible sans que le reste ne soit pleinement vécu. Quand l’humanité manque d’humilité, l’unité n’est pas possible parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour s’estimer supérieur aux autres et tendre ainsi à s’imposer et à dominer. Nous ne voyons que trop bien ce que cela donne en politique : des élus incapables de s’entendre, ne cherchant que leur propre intérêt au détriment de l’intérêt de tous. Et à plus grande échelle, un chef d’état étranger avec des velléités expansionnistes qui ne se soucie guère du bien et de la volonté des peuples dont il convoite les terres. L’orgueil (qui est justement absence d’humilité) semble remettre la guerre au goût du jour. Et il n’y a rien de plus contraire à l’unité que les conflits armés. 

            Il en est de même pour la douceur et la patience. Sans elles, pas d’unité possible. Cela se vérifie souvent en contexte ecclésial. Une certaine rudesse dans le gouvernement, dans la manière d’exposer ses opinions lors de réunions pastorales, ou pire de se répandre dans la presse, trop heureuse de se faire le relai de nos dissensions, ne favorise guère l’unité. La polémique ne vise qu’à opposer, diviser, stigmatiser. Et l’impatience pastorale n’est pas davantage source d’unité. Nous pouvons estimer que les choses ne vont pas assez vite, qu’il faudrait être plus prophétique, oser et s’affranchir de certaines doctrines ; cela n’amènera pas l’unité. Bien au contraire !

            Le dernier trait de l’art de vivre chrétien est tout aussi indispensable à la construction d’une unité véritable et pas seulement de façade. Il s’énonce ainsi : supportez-vous les uns les autres avec amour. Nous pouvons comprendre le verbe supporter dans ces deux acceptions françaises. Nous supporter les uns les autres dans un esprit sportif, pour que chacun donne le meilleur de lui-même au service de la réussite de toute l’Eglise ; mais aussi nous supporter, c'est-à-dire nous tolérer, accepter que l’autre, celui qui me dérange, celui qui est différent, qui pense et croit autrement, ait le droit d’exister aussi. Parce que si nous rêvons d’un monde ou d’une Eglise où tout le monde est identique, l’unité ne sera jamais possible puisque l’uniformité aura pris le pas sur elle. Et il n’y a rien de plus dissemblable qu’unité et uniformité. Là où l’unité libère et fait grandir, l’uniformité enferme et rapetisse. 

            Quand le disciple du Christ est humble, doux, patient, encourageant pour les autres, alors l’unité peut advenir et se vivre. Elle n’est pas de notre fait ; elle est un don que Dieu fait aux hommes qui vivent comme Paul le recommande. Elle découle naturellement de notre art de vivre et est comme le couronnement de celui-ci par Dieu lui-même. Ne pensons pas que nous vivrons d’unité sans le Christ qui est UN avec son Père. Il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous et en tous. L’unité est un acte de foi. Si je ne la crois pas possible, elle n’adviendra jamais. Elle n’est donc pas un slogan à proclamer, un doudou ecclésial pour nous donner bonne conscience une fois par an. Elle est ce que Dieu veut, ce que Dieu nous offre. Ne pas accueillir ce don de Dieu revient à ne pas accueillir Dieu lui-même. 

            Cet art de vivre que Paul recommande, il ne l’a pas inventé. Le passage du prophète Isaïe nous montre qu’il est un appel de Dieu, un désir profond de Dieu que le prophète rappelle à son peuple qui a oublié Dieu, qui a oublié les pauvres, qui a oublié la justice. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, et si u combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. L’art de vivre du croyant au Dieu révélé éclaire tous les peuples pour que l’unité dépasse les frontières du peuple de Dieu et gagne toute la terre. Cet art de vivre et l’unité qui en découle manifestent la présence de Dieu dans notre vie. Le Seigneur sera toujours ton guide. 

            Jean nous rappelle alors qu’au fondement de cet art de vivre, il n’y a pas une morale, mais une personne, le Christ lui-même. Elevé de terre, il attire à [lui] tous les hommes. Il est la lumière qui fait de ceux et celles qui croient en lui des fils de lumière. Ce que nous sommes, ce que nous vivons lorsque nous vivons en disciples du Christ, jette sur le monde la lumière même du Christ vivant. L’unité devient alors le marqueur même de notre appartenance au Christ, un chaînon de notre ADN chrétien. Soyez un comme le Père et moi nous sommes UN. Elle est un signe qui dit Dieu, qui manifeste Dieu au milieu de nous. Vous comprendrez pourquoi il est bon de nous retrouver, chrétiens de confessions différentes ; vous comprendrez aussi pourquoi le faire une seule fois dans l’année est vraiment le minimum syndical dont nous ne pouvons nous contenter. 

Remercions celles et ceux qui portent cette attention particulière dans la vie de nos communautés respectives. Ils sont les prophètes et les témoins dont nos Eglises ont besoin pour répondre mieux à l’appel de Dieu à vivre unis comme des frères. Le psaume 132 (133) le proclame : Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. On dirait la rosée de l'Hermon qui descend sur les collines de Sion. C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours. Que notre célébration nous inspire d'être artisans d'unité. Amen.


samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

samedi 26 avril 2025

2ème dimanche de Pâques C - 27 avril 2025

 Pâques, l'expérience d'une rencontre.


(Jésus ressuscité et Thomas, image trouvée sur internet)



Depuis la nuit de samedi dernier, et pendant toute cette octave, nous avons pu lire dans les évangiles, différents récits d’apparition du Ressuscité à ses disciples. Et nous avons pu constater que malgré le témoignage des bénéficiaires de ces apparitions, la foi en la résurrection était difficile à intégrer. L’évangile de ce deuxième dimanche de Pâques n’échappe pas à cette règle. 

Nous sommes au soir de Pâques, au soir d’une journée au cours de laquelle Jésus est apparu à Marie-Madeleine (seule ou accompagnée d’autres femmes selon les évangélistes) ainsi qu’aux disciples en chemin vers Emmaüs. C’est dans la matinée de ce jour que Pierre et Jean ont couru au tombeau, vérifier les dire de la première citée. Cette course au bout de laquelle le disciple que Jésus aimait vit et cru, alors que Pierre restait perplexe, voyant les mêmes signes, à savoir les linges posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Quelques heures ont donc passé, et nous dit Jean, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Nous aurions pu nous attendre à un « youpi, il est ressuscité », quelques sauts de joies et des confetti, mais rien de tout cela. Au moment où il apparaît, il ne se passe rien. Il faudra une parole de sa part et la vue de ses mains et son côté pour que les disciples soient remplis de joie. Il ne suffit pas qu’il se montre, il faut qu’il se fasse reconnaître par quelques signes extérieurs pour qu’enfin cela fasse tilt dans leurs têtes. Le problème, c’est que Thomas n’était pas avec eux quand Jésus est venu. Ce n’est pas bien grave, me direz-vous, ils sont dix contre un ; ils vont bien arriver à le convaincre. Après tout, Jésus n’a-t-il pas soufflé sur eux l’Esprit Saint ? Et bien, ce qui devait se faire, ne se fait pas ! Thomas s’entête devant la joie débordante des dix autres : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Quand on est têtu, on est têtu ! Nous avons entendu la suite, huit jours plus tard, tout est rentré dans l’ordre sans qu’il ne mette ses doigts nulle part, alors même que Jésus l’y invitait. Que s’est-il passé ? Que manquait-il à Thomas ?

Des générations de prédicateurs semblent dire qu’il lui manquait la foi ; Jésus lui-même semble aller dans ce sens quand il dit : Cesse d’être incrédule, sois croyant ; ou encore un peu après : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Est-ce vraiment la foi de Thomas qui est en cause ? Pour une part, peut-être ; mais ce qui est plus fondamental pour moi, ce qui est en cause, c’est le témoignage des dix. Il n’a pas permis à Thomas de faire ce que les autres ont fait quand ils ont vu Jésus ce premier soir ; il n’a pas fait l’expérience de Jésus ressuscité. Et Pâques, c’est d’abord cela. Faire l’expérience que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant désormais. Quand il fait cette expérience, il n’a plus besoin de mettre ses doigts ou sa main dans les marques de la Passion ; il croit en s’écriant : Mon Seigneur, et mon Dieu, ce qu’aucun autre disciple n’a fait. Je comprends qu’il fallait la figure de Thomas pour les générations à venir. Jésus n’allait pas faire apparition sur apparition pour que les hommes, à travers le temps et l’Histoire croient en lui. Thomas, c’est chacun de nous aujourd’hui, qui n’a pas fait la rencontre en direct live de Jésus ressuscité, mais qui croit sur parole. Toutefois, cet épisode nous rappelle à deux essentiels.

Le premier essentiel, c’est que les mots de la foi que nous avons appris ne restent pas juste des mots appris, enfermés dans notre intelligence ; il faut que ces mots descendent dans notre cœur. Ils doivent devenir les mots qui nous font vivre, quotidiennement. Avant d’être des mots à savoir, ils sont des mots à expérimenter. Apprendre son catéchisme, c’est bien ; vivre de ce que le catéchisme nous apprend, c’est préférable si nous voulons que la foi soit au cœur de notre vie. Le défunt pape François n’a cessé, durant son pontificat, de nous rappeler cela, de remettre la foi au cœur de notre vie, de la faire descendre de notre cerveau vers notre cœur, en passant par nos mains et nos pieds. Quand il nous invitait à aller aux périphéries, il nous invitait à vivre notre foi. Quand il nous pressait à l’accueil des migrants, il nous pressait à vivre notre foi. Quand il nous disait de ne pas juger ceux qui ont une sexualité différente, il nous disait de vivre notre foi. Quand il nous demandait de vivre une Eglise plus synodale, il nous demandait de vivre notre foi. Et la liste est longue encore des moyens très concrets de vivre notre foi, c'est-à-dire de faire en sorte que notre foi descende de notre cerveau vers notre cœur. 

Et cela nous amène au deuxième essentiel. Pour que nos contemporains puissent faire ce chemin d’une foi intellectuellement comprise à une foi vécue, nous devons soigner notre art de vivre et de témoigner de lui. Si pour nous, chrétiens croyants et engagés, Jésus mort et ressuscité est juste une belle idée, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent des preuves. Si nos visages sont durs, nos mains fermées, nos pieds réticents à la rencontre de l’autre différent, nous ne convaincrons pas les Thomas d’aujourd’hui qui veulent faire une rencontre. Personne ne rencontre la joie de croire en croisant des visages fermés ; personne ne rencontre Jésus qui invite à accueillir l’autre devant des portes closes ; personne ne rencontre le Ressuscité qui offre sa vie devant des comportements mortifères ; personne ne peut croire en la résurrection du Christ si les mots que nous utilisons pour parler de lui planent au-dessus des nuages ou sont vides. Comme les dix disciples qui ont rencontré Jésus au soir du premier jour de la semaine, nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet de témoigner du Ressuscité. Qu’en avons-nous fait ? Notre vie dit-elle la résurrection de Jésus ? Notre manière d’agir avec les autres leur parle-t-elle de ce Dieu qui aime tout homme, quelle que soit son histoire personnelle ? Pour reprendre une des premières paroles du pape François, sommes-nous témoins du ressuscité, annonçant la Bonne Nouvelle à temps et à contre-temps, ou sommes-nous douaniers de la foi, vérifiant sans cesse d’abord la conformité d’une vie avant d’annoncer Jésus Christ ? Si nous attendons que les autres soient parfaits avant de leur parler du Christ, nous risquons d’attendre longtemps, et nous serions nous-mêmes bien orgueilleux de nous croire parfaits parce que nous pensons avoir la foi. C’est parce que je crois en Jésus qui me sauve par sa mort et sa résurrection que j’essaie patiemment d’ajuster ma vie à son Evangile. Si ceux qui m’ont parlé de Jésus avaient attendu que ma vie soit parfaite, je ne serais pas devant vous aujourd’hui, parce que je n’aurais sans doute pas encore entendu parler de l’Evangile. 

        En relisant l’épisode de Thomas, certains pourraient être tentés de me dire que même les dix disciples n’ont pas réussi avec lui ! Peut-être est-ce parce que ce n’était encore que des mots pour eux, mais pas une expérience qui a radicalement transformé leur vie au point que Thomas s’en rende compte. La preuve, ils sont toujours entre eux, n’osant se confronter aux gens hors de leur groupe. Pâques est et restera toujours l’expérience d’une rencontre à faire et à vivre, pour la faire vivre à d’autres. Ne désespérons ni de nous, ni des autres ; mais apprenons toujours mieux à faire descendre dans notre cœur ce que notre intelligence peut croire. Alors nous vivrons ce que nous aurons découvert, et nous pourrons le faire découvrir et vivre à d’autres. Amen. 


samedi 25 novembre 2023

Christ, Roi de l'univers - 26 novembre 2023

 L'Amour vaincra ! L'Amour sauvera !


(Source internet)


 

 

            Il est bon d’avoir entendu le prophète Ezéchiel ouvrir la liturgie de la Parole de notre Eucharistie dominicale. Il nous donnait une parole apaisante et rassurante : La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. En cette période difficile que traverse notre monde, il est bon d’entendre que quelqu’un a le souci de nous, que quelqu’un a le souci des pauvres, des blessés de la vie, … mais aussi le souci de ceux qui ne souffrent de rien : Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Dieu veille sur tous, affirme le prophète, mais Dieu, par ce même prophète, dans la même prophétie, annonce aussi un jugement, pour tous : Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. 

            C’est bien cette image que Jésus reprend dans la parabole dite du jugement dernier, dans l’Evangile de Matthieu. Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Comprenons d’emblée que brebis et boucs n’a rien à voir avec le sexe ; il ne dit pas les femmes à droite, les hommes à gauche. La différence brebis / bouc est une différence « morale », la parabole faisant vite comprendre que les brebis, ce sont les bons, ceux qui seront sauvés, et les boucs, les moins bons, ceux qui seront condamnés. Puisqu’elle est d’ordre « morale », il faut préciser aussi que la différence brebis / bouc n’équivaut pas à la différence pauvre / riche, sous-entendant que seuls les pauvres seraient sauvés, et les riches condamnés. Il y a des bons chez les pauvres comme chez les riches ; il y a des mauvais chez les pauvres comme chez les riches. Les artistes lointains qui ont transposé cette parabole en tableaux ou retables, ne s’y sont pas trompés, mettant autant de riches et de pauvres du côté de ceux qui entraient au Paradis que du côté de ceux qui étaient précipités dans les flammes de l’enfer.  Notre salut n’est pas lié à notre condition sociale. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont pauvres et qui souffrent ici-bas seront récompensés, et se verront riches et bien-portants dans l’au-delà. Il n’est dit nulle part que ceux qui sont riches et bien-portants ici-bas se verront pauvres et malheureux dans l’au-delà. A ceux qui le penseraient, je rappellerai que nous sommes tous le riche de quelqu’un et le pauvre d’un autre ! 

            Sur quoi portera alors le jugement ? La parabole est claire : sur notre manière d’agir (ou pas) avec ceux que la vie met sur notre route et qui sont moins bien lotis que nous. Le jugement portera sur notre agir vis-à-vis des grands besoins de l’homme qui a faim ou soif, qui est étranger, nu, malade ou en prison. Nous pouvons comprendre que le jugement portera sur notre capacité de relation et notre mode de relation. Suis-je capable de porter un intérêt à celui qui est différent de moi, parce qu’il est plus pauvre, parce qu’il est étranger, parce que sa vie relationnelle est entravée par la maladie ou la prison ? Est-ce que je fais quelque chose pour soulager la faim et la soif des autres, y compris dans ma propre manière de consommer ? Est-ce que je fais quelque chose pour l’étranger, à part le charger de tous les maux de notre société ? Est-ce que je fais quelque chose pour celui qui est malade ou en prison, à part plaindre le premier et dire du second qu’il l’a bien cherché ? A bien réfléchir, je me rends bien compte qu’il ne s’agit pas seulement de donner de l’argent ou de partager, mais bien de cette capacité à entrer en relation avec l’autre, moins chanceux, différent… Peut-être, pour comprendre, faut-il ici réentendre Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lorsqu’il affirme : J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. Ecoutons alors à nouveau Jésus dans sa réponse, à l’étonnement des brebis comme des boucs : Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait (ou pas) à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). 

            Il nous donne là un indice sur la bonne manière d’agir avec celles et ceux qui croisent notre route ; je peux l’exprimer ainsi : agis avec chacun comme tu voudrais agir si tu croisais le Christ lui-même ! Il y a, dans cette manière de comprendre et de faire, l’affirmation que nous avons compris pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, est venu dans notre monde. En agissant avec chacun comme on agirait avec le Christ, nous affirmons comprendre ce qu’est la fraternité universelle qu’il prêche, et qu’il est Celui qui fonde cette fraternité. En prenant figure humaine en Jésus, Dieu se fait non seulement proche de chacun, mais il nous dit aussi que désormais chacun porte au fond de lui le visage du Dieu qui s’est fait homme. L’artiste qui a réalisé le dernier vitrail de la cathédrale de Strasbourg l’a bien compris, lui qui a composé le visage du Christ avec les photos des visages des hommes et des femmes qui travaillent, visitent et font vivre la cathédrale. Depuis l’incarnation, nous sommes tous des « Christo-phores », des porteurs du Christ ; et cette page d’évangile nous le confirme : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Chaque fois… cela veut bien dire que chaque humain porte le Christ en lui. Pour le dire encore autrement, le Christ s’incarne aujourd’hui, pour nous qui ne le voyons plus de nos yeux de chair, dans l’humain qui croise ma route. Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas l’accueillir alors ? Comment, si je suis un disciple du Christ, ne pas le servir ? Comment, si je suis un disciple du Christ, puis-je seulement songer à le rejeter ? 

            Ce dernier dimanche de l’année liturgique nous fait célébrer le Christ comme Roi de l’univers. Ce titre redit notre espérance de le voir régner un jour sur tous. Chrétiens, disciples de Jésus, nous pouvons hâter la réalisation de ce Règne attendu par notre art de vivre dans le monde et notre art de servir ceux qui y vivent. À ceci, nous a dit Jésus, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Seul l’amour du Christ pour les hommes vaincra le Mal ! Seul l’amour que nous aurons pour tous nous sauvera ! Amen.

dimanche 9 juillet 2023

14ème dimanche du temps ordinaire A - 09 juillet 2023

 L'amour, toujours l'amour, seulement l'amour !




        Dimanche dernier, Paul expliquait aux chrétiens de Rome les effets immédiats du baptême, à savoir qu’il nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus et que ce plongeon dans la mort et la résurrection du Christ nous amenait à vivre une vie nouvelle. Il poursuit aujourd’hui en insistant sur cette opposition entre la chair et l’Esprit Saint. 

            Ces catégories peuvent aujourd’hui nous échapper. Nous pourrions dire que Paul se situe dans la veine de l’enseignement de Jésus quand il disait à ses disciples qu’ils n’étaient pas du monde, le monde étant entendu comme cet espace où l’homme vit sans Dieu. Les disciples, qui ont fait le choix de suivre Jésus et de vivre selon son enseignement, n’appartiennent plus à ce monde sans Dieu, puisque Jésus est l’envoyé de Dieu sur terre pour ouvrir aux hommes le chemin du salut. Ils sont dès lors invités à vivre conformément à ce monde de Dieu que Jésus inaugure et qu’il rendrait accessible à tous par son sacrifice sur la croix. De même pour Paul, celui qui vit selon la chair, vit selon les passions humaines, alors que celui qui vit selon l’Esprit, vit selon l’Evangile du Christ. Vivre de l’Esprit, c’est donc vivre de cet Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. C’est vivre de la puissance de la résurrection. Pour être bien clair, être baptisé devient ainsi plus qu’un moment de notre vie, et même plus qu’un état. Être baptisé, c’est un art de vivre qu’il nous faut déployer ! C’est cet art de vivre qui traduira notre foi ; c’est cet art de vivre qui montrera aux hommes ce qui fait notre particularité, notre originalité. Paul l’affirme sans détours : par l’Esprit, tuez les agissements de l’homme pécheur. Cela peut sembler violent, mais y a-t-il une autre solution pour le croyant au Christ que de vivre selon l’Esprit du Christ ? 

            L’Esprit du Christ selon lequel il nous faut vivre ne nous est pas inconnu. Il y a bien sûr la charité envers tous, l’attention aux plus petits, le respect de toute vie, le combat de ce qui est mal et qui entraîne au mal. Nous pouvons alors relire l’évangile du jugement dernier du même évangéliste Matthieu qui nous fait bien entendre le Christ ressuscité revenant dans la gloire nous interroger : j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais un étranger, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fais pour moi, ou que n’as-tu pas fait pour moi ? Remarquons bien qu’il n’est pas ici question de prière, de messe du dimanche, de pèlerinage ou d’acte principalement religieux, mais uniquement d’actes humanitaires. Nous pourrions résumer toutes ces questions par cette unique question : as-tu aimé toutes les personnes que j’ai mises sur ton chemin et qui venaient vers toi en mon nom ? As-tu su me reconnaître en eux, moi qui suis devenu humain pour que tu puisses devenir Dieu ? 

            Nous pouvons maintenant entendre à nouveau Jésus parler du joug qu’il nous propose de porter, son joug. Ceux qui ont pu visiter l’écomusée par exemple, ou un corps de ferme qui a conservé les outils anciens, savent qu’un joug n’est jamais léger. Et pourtant dit Jésus, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. Comment peut-il affirmer cela ? Il le peut parce qu’il porte ce joug lui-même : c’est le joug de l’immense amour Dieu pour son peuple, amour que nous sommes invités à vivre et à partager en retour. L’amour n’est un fardeau trop lourd que pour les personnes qui se referment sur elles et qui refusent de voir en chacun quelqu’un à aimer. L’amour n’est lourd à porter qu’à ceux qui refusent d’aimer et de se laisser aimer. On pourrait en conclure que l’amour n’est lourd à porter que par ceux qui refusent d’accueillir l’Amour qui vient de Dieu. 

            L’enseignement du Christ et des plus grands saints de l’histoire de l’Eglise est constant et clair à ce sujet : un disciple du Christ ne saurait ne pas aimer, ne saurait ne pas aimer tous et chacun de ceux qui croisent sa vie. Il ne s’agit pas de les aimer tous d’un amour charnel, mais bien de cet amour qui nous vient de Dieu et qui ne fait pas de différence entre les personnes. Je ne peux donc me contenter de n’aimer que ceux qui m’aiment ; je ne peux me contenter de n’aimer que ceux que je choisis d’aimer. Être baptisé, être disciple du Christ, vivant sous l’emprise de l’Esprit Saint, entraine pour nous un art de vivre qui nous oblige à la charité envers tous. Et l’Esprit Saint nous est donné pour nous y aider et nous y entraîner. Accueillons cet Esprit Saint et laissons-le agir en nous pour que notre vie et notre amour soient à la hauteur de la vie et de l’amour du Christ pour nous. N’attendons pas d’être aimés par les autres pour les aimer en retour. En matière d’amour, nous devrions être les champions ! En matière d’amour, nous devrions être les premiers à aimer toujours, à cause de Jésus qui nous a tant aimés. Baptisés, ayons conscience qu’avec Jésus, c’est l’amour, toujours l’amour, seulement l’amour. Tout le reste n’est que de la littérature. Amen.

samedi 13 mai 2023

6ème dimanche de Pâques A - 4 mai 2023

 Jésus, le Christ dont nous devons témoigner.





 

 

            La première lettre de Pierre que nous lisons durant ce temps pascal, a commencé par rappeler aux chrétiens exilés et méprisés, qu’ils avaient été faits héritiers avec le Christ du Royaume de Dieu (2ème dimanche de Pâques A). Elle soulignait aussi qu’ils avaient du prix aux yeux de Dieu, le prix du sang versé par le Christ sur la croix (3ème dimanche de Pâques A). En Jésus, mort et ressuscité, se trouve la vraie joie des chrétiens. En Jésus, mort et ressuscité, se trouve notre libération. Nous avons entendu aussi l’auteur de la lettre nous dire que notre vocation profonde, c’était de faire le bien en toute chose ; et si, à cause du bien que nous faisons, certains nous font souffrir, Dieu nous donnera la grâce, les moyens, de supporter cette souffrance et de rester fidèles à notre vocation à faire le bien (4ème dimanche de Pâques A). Mais que faire quand l’opposition qu’on nous manifeste se transforme en persécution ? Le passage entendu aujourd’hui nous apporte une réponse qui peut encore nous apprendre à réagir face à ceux qui aujourd’hui pensent que notre style de vie et notre foi sont dépassés. 

            Tout repose sur ce qui a été affirmé précédemment, à savoir notre dignité de fils et de filles de Dieu, héritiers avec le Christ du Royaume. A cause de cette dignité, nous ne pouvons pas perdre de vue la sainteté du Christ. Elle reste notre exemple ; le Christ reste notre guide, le bon Pasteur, notre modèle (4ème dimanche de Pâques A). C’est un leitmotiv qui revient aujourd’hui encore quand l’auteur dit : Il vaudrait mieux souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes. La sainteté du Christ réside bien dans sa capacité à prendre sur lui le mal, quitte à souffrir, pour que les hommes puissent être introduits devant Dieu. Jusqu’au bout, même sur la croix, il est resté fidèle à la mission que le Père lui avait donnée : sauver les hommes du péché et de la mort au prix de sa propre vie. Quand nous sommes persécutés, moqués, ridiculisés à cause de notre foi, regardons, contemplons le Christ qui s’est livré pour nous. Il a souffert bien plus que nous. 

            La deuxième attitude à avoir, c’est d’être prêt, à tout moment, à présenter une défense devant quiconque [nous] demande de rendre raison de l’espérance qui est en [nous]. L’ancienne traduction liturgique disait : rendre compte de l’espérance qui est en nous. Il faut bien comprendre cette demande. Nous n’avons pas à rendre des comptes, ni à nous justifier d’être chrétiens ; cela ne regarde que nous. Mais nous avons toujours à rendre compte, autrement dit à témoigner. A témoigner de quoi ? De notre espérance, qui est d’être sauvés par la mort de Jésus que Dieu a ressuscité d’entre les morts pour lui faire partager sa gloire (3ème dimanche de Pâques A). Nous ne pouvons pas taire, nous ne devons pas taire cette espérance. Et nous devons le faire avec douceur et respect. En clair, nous ne pouvons pas imposer notre foi, nous ne pouvons pas obliger les autres à croire ; nous ne pouvons que croire ce que nous espérons, et vivre ce que nous croyons. Souvenons-nous de la parole de sainte Bernadette quand les gens étaient étonnés de ce qu’elle rapportait : on m’a dit de vous le dire, pas de vous le faire croire ! C’est cela témoigner avec douceur et respect. Dire, redire, autant qu’il le faudra, sans impatience, avec la certitude que nous témoignons de la vérité de l’œuvre de Dieu et avec la certitude aussi que ce n’est pas à nous de le faire croire. Seul Dieu peut toucher les cœurs en profondeur, mais il a voulu avoir besoin de nous pour annoncer les merveilles de celui qui [nous] a appelés des ténèbres à son admirable lumière (5ème dimanche de Pâques A). C’est ainsi que notre témoignage pourra être reçu. C’est ce que nous montre les Actes des Apôtres à travers l’œuvre accomplie par Philippe, dans la première lecture de ce dimanche. Philippe proclame le Christ et les gens se convertissent, les esprits impurs sont chassés, les malades sont guéris. 

            Nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous croyons ; nous ne pouvons pas garder pour nous ce que nous espérons. Si nous estimons le Christ, si le Christ est important pour nous, nous devons croire alors qu’il est important que nous le partagions : par nos paroles quand nous le pouvons, par notre art de vivre toujours. Les Actes des Apôtres que nous entendons en première lecture tout au long du temps pascal, nous montre les premiers croyants au Christ à l’œuvre. Il y a les Apôtres qui prêchent, qui rendent compte de l’espérance qui est nôtre ; il y a tous les croyants avec eux qui vivent d’une manière nouvelle, qui interpelle par leur capacité à prendre soin les uns des autres, et particulièrement des plus pauvres. Nous avons à cultiver ce sens de la communauté qui rend la charité du Christ visible par tous. Si nous aimons le Christ, nous aimerons vivre en frères, parce que tel était le commandement du Christ à ses disciples. Ecoutons Jésus quand il nous dit dans l’Evangile de ce dimanche : Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements, et comprenons qu’il ne nous dit rien d’autre que : si vous m’aimez, vous vous aimerez, vous aimerez tous ceux que je mettrai sur votre route. Amen.

samedi 28 janvier 2023

4ème dimanche ordinaire A - 29 janvier 2023

 Quel monde voulons-nous que Dieu sauve ?






                Les paroles entendues aujourd’hui, quelle que soit la lecture d’origine d’ailleurs, nous invitent à réfléchir au monde que nous voulons et surtout au monde que Dieu doit sauver ! Parce que c’est bien cela qui doit nous préoccuper plus que jamais. 

            Les lectures de ce dimanche ont donc un point en commun : elles font toutes l’éloge de la simplicité, de l’humilité, de la modestie. Le monde voulu par Dieu dans l’Ancien Testament, c’est un monde humble qui accomplit la loi du Seigneur. La communauté chrétienne décrite par Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, est une communauté de gens simples qui ne placent leur fierté qu’en Dieu. Quant aux béatitudes telles que nous les rapporte Matthieu, elles soulignent bien que le monde dessiné par Jésus est à mille lieues d’un monde orgueilleux où ne triomphent que les puissants. Le monde que Dieu veut sauver, le monde qui a la faveur de Dieu, est un monde où les sentiments humains ont droit de cité. C’est un monde dans lequel les hommes qui pleurent sont consolés par Dieu, un monde dans lequel les doux, les affamés de justice, les miséricordieux, les artisans de paix sont rois. Et cela, c’est une Bonne Nouvelle pour nous. Pas seulement parce que nous ne sommes pas puissants, pas seulement parce que nous ne sommes pas trop riches. C’est une Bonne Nouvelle pour nous parce qu’elle nous dit de qui nous devons avoir le souci : les faibles et les pauvres, nous rendant ainsi frères et sœurs de ces pauvres. C’est une Bonne Nouvelle parce que désormais nous savons quel monde nous avons à construire pour être fidèles à l’enseignement de Jésus. Non pas un monde de puissants ou d’orgueilleux, mais un monde de frères où chacun prend soin de l’autre, sûrs que Dieu prend soin de tous. 

            Ceci dit, je ne suis pas aveugle et je ne vis pas au pays des bisounours. Je sais bien que ces valeurs ne sont pas celles de notre monde aujourd’hui. Entre ceux qui cherchent à imposer leur pouvoir, que ce soit en Ukraine, en Terre Sainte ou en tant d’autres pays encore, et même quelquefois même dans le nôtre ; entre ceux qui affirment qu’une vie est réussie à cinquante ans à condition d’avoir une rolex au poignet, ou telle voiture dans son garage ou tel équipement de pointe dans sa maison ; entre ceux qui estiment qu’il n’y a que l’argent pour faire leur bonheur et qu’il est stupide de le partager au risque de voir son bonheur diminuer avec sa fortune ; entre tous ceux-là et bien d’autres qui ne veulent pas d’un monde fraternel, je reconnais qu’il n’est pas aisé de répandre et de faire comprendre cette Bonne Nouvelle entendue aujourd’hui. Alors que faire ? Rester là à regarder le monde s’en aller à sa perte, en disant que nous n’y pouvons rien parce que justement nous ne sommes ni assez riches, ni assez puissants pour peser sur les décisions que prennent les grands de notre monde ? 

            Je ne peux m’y résigner. Même si j’estime que je ne suis pas assez puissant, ni assez riche, je peux commencer, dans ma famille, dans mon quartier, avec mes voisins et mes amis à construire quelque chose de ce monde simple que Dieu veut sauver. Je suis convaincu que là où nous vivons, nous pouvons répandre l’Esprit du Christ, sa manière de voir les choses, sa manière d’approcher les gens. Nous pouvons chacun commencer dans notre coin, un petit ruisseau d’attention, un petit ruisseau de générosité, un petit ruisseau d’humanité, un petit ruisseau de fraternité véritable. Car n’oublions pas que ce sont ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières quand ils se rassemblent. Ce sont ces petits ruisseaux, commencés partout où des croyants prennent la Parole de Dieu au sérieux, qui permettront à cette même Parole de tout emporter et de transformer le monde. Nous ne changerons pas le monde, mais nous pouvons changer notre petit monde, celui dans lequel nous sommes plongés quotidiennement, même si quelquefois ce monde nous pèse. 

            Je le crois et je l’affirme avec force : si nous commençons, modestement, le Christ nous rejoindra et achèvera ce que nous aurons commencé en son nom. Il est avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Il nous l’a promis, et je sais qu’il ne nous peut ni ne veut nous tromper sur ce point. Commençons, pour que le Christ, à travers nous, soit présent au monde entier. Il n’y a qu’ainsi que le monde reviendra au Christ. Il n’y a qu’ainsi que le monde acceptera d’être sauvé par le Christ, parce qu’il aura goûté à sa Parole, il aura été transformé par son Esprit. Heureux ceux qui rendent le Christ présent au monde par leur art de vivre ; ils participent au salut du monde, ils participent à l’œuvre du Christ. Amen.

samedi 20 août 2022

21ème dimanche ordinaire C - 21 août 2022

Entrer par la porte étroite.






            Je voudrais d’emblée rassurer celles et ceux qui ont des formes généreuses et des rondeurs assumées : l’Evangile de ce dimanche ne nous pousse pas à la grossophobie (discriminer les gros). Il n’est pas davantage une invitation à nous « photoshoper » pour que nous puissions entrer par la porte étroite.  Ce serait faire une interprétation trop moderne que de dire qu’il suffit de retoucher quelques photos et de perdre nos kilos en trop pour faire partie des gens qui seront sauvés. Le Royaume de Dieu n’est pas un refuge de mannequins et autres personnes à taille de guêpes. Ce qui est visé, ce n’est pas notre tour de taille. Soyons donc rassurés si notre IMC ne correspond pas tout à fait aux canons de beauté de certains milieux. Il nous reste alors à bien comprendre cette page pour opérer les changements nécessaires et ne pas nous retrouver devant porte close. 

            La première chose que je remarque en lisant attentivement, c’est qu’il faut déjà entrer à temps dans la salle du banquet, et peut-être ne pas juste attendre le dernier moment. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes’. Cela me semble clair : il y a ceux qui sont déjà dedans et ceux qui sont restés au-dehors. N’attendons pas le dernier moment pour entrer dans la salle du banquet. Cela signifie que, dès maintenant, nous avons à vivre comme si nous étions déjà dans le Royaume. Je l’ai déjà souvent dit : il y a un art de vivre chrétien à développer, sans attendre. Et il comprend plus que la participation à la messe et la lecture de la Bible. Ecoutez bien ce que dit le maître de maison : Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Lire la Bible (écouter l’enseignement du Maître), aller à la messe (manger et boire avec lui) sont des choses bonnes, à faire. Mais elles ne doivent pas nous détourner de l’essentiel : combattre l’injustice et nous faire pratiquer le bien. Tel devrait être notre art de vivre ! Si régime nous devons faire, ce n'est pas pour perdre quelques kilos en trop, mais pour perdre le goût de ce qui est injuste. Je pourrais citer quantité de textes qui nous redisent que l’amour de Dieu et l’amour du frère sont à tenir ensemble parce que c’est un seul et même amour. Seul un cœur dilaté par l’amour de Dieu et l’amour du prochain passera la porte étroite. Seul un grand cœur sait passer la porte étroite. Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes, à les lire, nous renverront toujours aux exigences de la justice et de la charité. Et le Christ Sauveur n’a jamais fait ou dit autre chose non plus, si certains pensaient encore que l’A.T. est dépassé. Jésus a même poussé la charité jusqu’à s’offrir sur la croix et à nous redire, la veille de sa mort, que nous avons à nous laver les pieds les uns les autres, autrement dit à nous servir les uns les autres. 

            Une seconde chose à remarquer, et qui renforce ce que je viens de dire, c’est que la salle du banquet, une fois rejetés ceux qui auraient dû y avoir accès parce qu’ils étaient du bon peuple, de la bonne foi, sera remplie par une foule venant de l’orient et de l’occident, du nord et du midi. Nous voyons bien là que ce n’est pas l’appartenance au peuple que Dieu s’est choisi qui conditionne l’entrée dans le royaume de Dieu, mais bien la pratique de la justice. Il y a des non croyants, des croyants autrement, qui pratiquent la justice et qui seront donc sauvés. J’espère chaque jour faire partie de ceux qui pratiquent le bien et la charité, à cause de ma foi en Christ. Mais je sais aussi que j’ai rencontré nombre de personnes non croyantes voire athées, qui m’ont édifié par leur qualité de vie et leur art de la justice et de l’accueil de tous. Notre baptême n’est pas une médaille, mais une chance de pouvoir connaître mieux et de vivre mieux la volonté de Dieu. Ne faisons pas de notre appartenance au Christ un motif d’orgueil, ni un instrument de pouvoir. Au contraire, notre baptême nous oblige à la charité ; notre baptême nous oblige à la justice, toujours et en toute chose. Ecoutons à nouveau la prière qui a ouvert notre eucharistie : Seigneur Dieu, toi qui unis les cœurs des fidèles dans une seule volonté – comprenons bien que c’est Dieu qui unit ses fidèles (les baptisés) dans une seule volonté – donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et de désirer ce que tu promets – ce que Dieu commande, c’est l’amour et la justice, ce qu’il promet, c’est la vie éternelle – pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joie – les vraies joies sont justement la charité et la justice qui rendent la vie humaine plus belle, et ce quelle que soit l’époque ; le monde a beau changer, charité et justice demeurent, toujours. Il n’y a pas de joie là où il n’y a pas d’amour ; il n’y a pas de joie là où il n’y a pas de justice. 

            Si d’aventure nous étions inquiets à l’écoute de l’évangile, pensant que la porte du royaume de Dieu serait trop étroite pour nous, nous voilà rassurés, je l’espère. En nous montrant comment aimer, en étant maître de justice, le Christ nous a montré le chemin à suivre et nous a donné les clés pour passer cette porte étroite. Ne boudons pas notre plaisir d’aimer ; ne boudons pas le plaisir qu’il y a à être juste aux yeux de Dieu. Quand bien même les hommes ne nous rendraient ni amour, ni justice en retour, ne renonçons pas à les pratiquer. Dieu saura nous récompenser : il est l’Amour véritable, il est le Juste par excellence. Déjà il nous prépare une place auprès de lui. Trouvons ici notre consolation et le courage d’aimer et d’être juste toujours et encore. Amen. 

samedi 30 juillet 2022

18ème dimanche ordinaire C - 31 juillet 2022

 Riches en vue de Dieu ?




            Il y a quelque chose de pessimiste dans les lectures d’aujourd’hui, en tous cas dans la première lecture et dans l’évangile. Entre l’interpellation de Qohèleth : Vanité, des vanités, tout est vanité, l’avertissement de Dieu lui-même dans la parabole de Jésus : Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?, il n’y a guère de place pour un peu d’espoir, voire de consolation. La vie de l’homme semble n’être que vide et néant ne menant à rien. Quelle bonne nouvelle se cache donc là ? Y a-t-il seulement une bonne nouvelle pour ce dimanche ? 

            Je ne peux que vous encourager à lire dans son intégralité le petit livre de Qohèleth (encore appelé l’Ecclésiaste). C’est un livre de sagesse qui veut faire réfléchir l’homme sur sa vie et sur ses priorités. Nous avons entendu quelques versets du début du livre. S’il a effectivement un côté pessimiste de prime abord, il ne faudrait pas en rester là. L’auteur donne à celui qui le lit des clés de relecture de sa vie. Il rassemble ses réflexions sur ce qu’il a vu. Ce n’est pas une sagesse de comptoir ou de bureau ; sa sagesse est élaborée à partir de son expérience, de ses observations et de sa foi. Parce que c’est d’abord un homme croyant qui parle aux hommes de son temps et qui veut les inviter à une foi renouvelée en Dieu. Il ne s’agit pas seulement de croire en Dieu dans les derniers jours, mais tout au long de sa vie, dès sa jeunesse. Ses paroles peuvent sembler rudes, mais elles sont là pour nous faire réfléchir et nous aider à bien conduire notre vie. Ecoutez les derniers versets de ce livret : Pour conclure ces paroles, et tout bien considéré, crains Dieu et observe ses commandements. Tout est là pour l’homme. Dieu mettra en jugement toutes les actions, tout ce qui est caché, bon ou mauvais. Tout est dit : ne nous arrêtons donc pas à l’introduction, mais qu’elle suscite notre curiosité pour écouter tout ce que Qohèleth a à nous dire. Si tout semble vain dans la vie, Dieu lui est bien réel, sa Parole est notre guide : nous avons là un guide pour notre vie. N’est-ce pas une bonne nouvelle ?

 

            Il nous faut alors entendre Paul dans sa lettre aux Colossiens. Il nous offre une espérance, une vision de ce qu’est la vie chrétienne. C’est une vie les pieds sur terre et le regard levé vers le ciel. Le chrétien est un homme qui vit dans le monde d’ici-bas. Et nous devons habiter ce monde, mais à notre manière, forts de la foi qui est la nôtre. Le Christ, par sa mort et sa résurrection, nous permet de dépasser le pessimisme qui ouvre le livre de Qohèleth, parce que par sa Pâque, il nous ouvre à la vie avec Dieu. Cette vie avec Dieu, ce n’est pas pour plus tard, quand nous serons morts ; non, cette vie est pour maintenant. Nous sommes déjà saints par notre baptême ; nous sommes déjà pleinement vivants en Dieu. Ecoutez bien Paul : en effet, vous êtes passés par la mort et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. C’est la réalité d’un baptême reçu et vécu. Pour parler comme saint Jean, nous sommes dans le monde sans pour autant être du monde. Nous avons un art de vivre chrétien à développer qui témoigne de notre foi. Il ne s’agit pas d’être triste ou compassé ; il s’agit de vivre de la joie de posséder déjà le Royaume et de rayonner le Royaume. Nous ne sommes pas devenus chrétien pour être mal embouché, tristes à mourir, ou que sais-je encore ! Nous sommes chrétiens pour faire rayonner la joie de l’Evangile de Jésus mort et ressuscité pour notre vie ; nous sommes chrétien pour faire rayonner la joie du Salut. Un chrétien ne peut pas être un homme triste, mauvais coucheur, remplis d’amertume. Gardant les yeux tournés vers sa patrie, le Ciel où Dieu nous attend, il se sait aimé, il se sait capable d’aimer de l’amour même de Dieu. Il est impératif que nous portions à nouveau au monde la bonne odeur de Jésus ressuscité ! Par notre foi, nous savons qu’il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est en tout, et en tous. Comment dire mieux que cela le souci de la fraternité universelle qui doit nous animer ? Comme nous l’a redit le Pape François : nous sommes tous frères (Fratelli tutti). Voilà encore une bonne nouvelle ! 

 

            Soyons riches de fraternité, riches de la foi que le Christ nous offre de vivre à sa suite. Gardons les pieds sur terre pour aller à la rencontre de celles et ceux que Dieu met sur notre route ! Gardons les yeux levés vers le Ciel, vers le Christ assis à la droite de Dieu : c’est là que nous sommes attendus. Et nous serons riches en vue de Dieu, riches de cette foi qui nous élève, riches de ces frères qui nous accueilleront auprès de Dieu. Que rien d’autre ne compte ; que rien d’autre ne prenne plus d’importance ! Amen.