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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 26 juin 2021

13ème dimanche ordinaire B - 27 juin 2021

 Quand nous allons à la rencontre de Jésus...



(Fille de Jaïre, site internet Sagesse orthodoxe)



        Je voudrais commencer par remercier les personnes qui ont préparé cette messe pour avoir conservé les textes du dimanche et n’avoir pas cédé à la facilité de les remplacer, en ce jour où nous célébrons des premières communions, par des textes eucharistiques ou par des textes qui « seraient plus adaptés aux enfants », si toutefois de tels textes existent. Vous nous rappelez que nous ne sommes pas propriétaires de la Parole de Dieu, que le dimanche on ne choisit pas, mais on reçoit ce que Dieu veut nous dire. Et voyez-vous, si je considère la messe comme le moment où je vais à la rencontre de Jésus, les textes entendus conviennent très bien, puisque les lectures nous rappellent quelques fondamentaux et l’Evangile nous donne à voir des personnes qui vont à la rencontre de Jésus.

            Rapidement les fondamentaux (ce qu’on ne peut pas ignorer quand on est croyant) qui nous sont rappelés dans les deux lectures. Celle du Premier Testament d’abord nous redit que Dieu n’a pas fait la mort. Il faut entendre cela et le croire vraiment, parce que cela nous dit aussi que nous, les humains, nous-ne-sommes-pas-faits-pour-la-mort ; nous ne sommes pas faits pour quitter la vie. Au contraire, Dieu nous a fait pour que nous venions à la Vie, il nous a fait naître et nous fait renaître en Jésus, par notre baptême. Ne l’oublions jamais : notre destinée, c’est la Vie en plénitude, la Vie vraie, pas cette espèce de vie raccourcie que nous connaissons depuis plus d’un an maintenant, pas une vie confinée, pas une vie sans relation. Chaque fois que vous venez à la messe, vous venez à la Vie, vous venez accueillir, dans la Parole et dans le Pain, la Vie même de Dieu.

            La lecture de l’apôtre Paul ensuite nous a redit le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ. C’est l’autre fondamental de notre foi qui est comme la garantie du premier fondamental que je viens de rappeler. Dieu n’a tellement pas fait la mort (premier fondamental) qu’il a envoyé Jésus pour affronter la mort (deuxième fondamental). C’est un cadeau que Jésus nous fait, un cadeau généreux. Il a offert sa vie gratuitement pour que nous puissions partager la vie de Dieu. Il est mort (alors qu’il est la Vie) pour que nous puissions vivre alors que nous étions comme morts à cause de notre péché. Et ce don généreux doit entraîner chez nous un élan au partage. Ceux qui ont trop doivent partager avec ceux qui n’ont pas assez. Il ne s’agit pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre. L’Apôtre le dit bien : il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Autrement dit, venir vers Jésus, c’est adopter un style de vie, une manière d’être qui soit à la hauteur du cadeau que Jésus nous fait, une manière de vivre qui soit à la hauteur de la vie de Dieu.

            Les fondamentaux étant rappelés, nous pouvons alors découvrir comment et pourquoi, dans l’Evangile entendu, les gens viennent vers Jésus. Nous verrons successivement Jaïre, le chef de synagogue, la femme qui avait des pertes de sang, et les proches de Jaïre. De Jaïre, nous apprenons qu’il est chef de synagogue (je dirais qu’il est croyant-pratiquant) et que sa fille est très malade, au point qu’elle va mourir si Jésus ne fait rien. Il vient vers Jésus avec assurance, il connaît les bonnes manières (il tombe à ses pieds, il supplie). Ce qu’il veut, c’est que sa fille soit sauvée, autrement dit qu’elle vive. Il reconnaît donc que Jésus vient de Dieu qui n’a pas fait la mort. Il reconnaît que Jésus est son dernier recours possible. Et Jésus se met en chemin pour répondre à la demande, pour manifester la gloire de Dieu qui est pour la Vie. En chemin, ils sont retardés par une femme. Elle est malade depuis douze ans, elle a des pertes de sang. Elle a essayé les traitements de nombreux médecins, mais aucun n’a réussi à la guérir. Elle aussi veut être sauvée. Pas guérie, mais sauvée. En effet, sa maladie l’empêchait de pratiquer sa religion. Perdant du sang, elle était considérée impure. Elle était devenue, malgré elle, une croyante non pratiquante. Ce qu’elle cherche, au-delà de la guérison, c’est bien le salut, c'est-à-dire pouvoir vivre de nouveau la vie normale des membres du peuple que Dieu s’est choisi. C’est bien sa participation à la vie de Dieu qui est en cause. Est-ce qu’elle a oublié, en douze années, les bonnes manières des croyants ? Ou est-ce qu’elle a simplement honte d’être impure et ne veut pas, par un geste public, rendre Jésus impur ? Toujours est-il qu’elle « vole » en quelque sorte sa guérison. Elle vient, par derrière, avec une grande foi : si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. Elle pensait s’en sortir, ni vu ni connu ; mais Jésus a senti qu’une force était sortie de lui. Il a senti que quelqu’un a bénéficié de quelque chose qu’il n’a pas demandé. Il cherche à savoir : Qui a touché mes vêtements ? Quand vous êtes pressés de toutes parts dans une foule, voilà une question incongrue ! Comment savoir ? Prise de peur, la femme se dénonce et avoue tout. Jésus ne la condamne pas : il confirme par sa parole le salut et la guérison obtenus : Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. Dieu n’a pas fait la mort, il a envoyé Jésus pour offrir son salut, sa vie aux hommes qui en avaient besoin.

            Restent alors les gens de la maison de Jaïre, parce que tout cela, ça a mis Jésus en retard, la fille de Jaïre est morte et on vient le lui dire. Ecoutons bien ce qu’ils disent : Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? Je comprends leur question de deux manières. Première manière : puisque ta fille est morte, ce n’est plus la peine de déranger Jésus ; il ne peut plus rien, l’histoire de ta fille s’arrête là. Ils ont oublié que Dieu n’a pas fait la mort et surtout, ils n’ont pas encore reconnu que Jésus vient de Dieu. Pleins de gens, affrontés à des difficultés, réagissent pareil : Dieu ne peut plus rien pour moi. Ils laissent la mort gagner leur vie. Il n’y a pas de jugement à porter ; il faut juste en être conscient. Il nous arrive à tous d’oublier que Dieu n’a pas fait la mort et que donc, il peut toujours quelque chose pour nous. C’est pour nous le rappeler qu’il y a, dans la célébration de la messe, la prière universelle qui nous fait confier à Dieu les situations où nous ne pouvons plus rien, mais en étant sûrs que Lui peut toujours quelque chose. Il y a une deuxième manière de comprendre la question des proches de Jaïre : à quoi bon déranger encore le Maître ? C’est la manière des gens qui non seulement ont oublié que Dieu n’a pas fait la mort, mais qui en plus pensent que c’est une perte de temps de se tourner vers Dieu. Une manière de dire : ta fille est morte, pourquoi tu t’embêtes encore avec lui ? Ils ne croient pas que Jésus peut encore quelque chose pour elle. Il n’est qu’un homme, un beau parleur, et tout ce qu’il pourra dire n’y changera rien. Dans cette deuxième interprétation, ils refusent de croire que Jésus est plus fort que la mort ; ils refusent de croire que Jésus est la Vie véritable. Ce sont des croyants en Dieu qui, face à l’épreuve, ont perdu la foi. Tout est fini, ne me parlez plus de Dieu ! Quand Jésus, parvenu chez Jaïre, affirme : l’enfant n’est pas morte, elle dort, ce sont eux qui se moquent de lui.

            Vous qui allez faire votre première des communions, approchez-vous de Jésus à la manière de Jaïre ou à la manière de cette femme. Tous les deux savent que Jésus peut quelque chose pour eux. Tous les deux savent que la Vie se trouve en Jésus. Quand on sait cela, quand on sait que la Vie est en Jésus, qu’elle vient de lui et qu’elle demeure en lui, alors on vient vers lui souvent. Aujourd’hui, ce n’est que votre première communion. Première veut dire qu’il y en aura une deuxième, une troisième… et la deuxième communion, ce n’est pas ni la profession de foi, ni la confirmation. La deuxième communion, c’est dimanche prochain ; la troisième, le dimanche d’après… au point que rapidement, vous ne saurez plus à la combientième communion vous serez. Ce que je vous demande, c’est à la fois de ne pas prendre la communion par habitude, et en même temps de ne pas perdre l’habitude de la prendre. Jésus vous attend chaque dimanche ; la communauté des croyants établie sur les villages de notre communauté de paroisses vous attend chaque dimanche. Venez comme Jaïre avec assurance ; venez comme cette femme malade avec beaucoup de discrétion ; venez comme vous êtes ! Jésus vous accueillera toujours, Jésus vous offrira toujours sa vie. L’eucharistie n’est pas une récompense pour enfant sage, ce n’est pas la médaille du bon croyant. L’eucharistie, c’est le pain des forts, de ceux qui sont forts dans leur foi ; mais c’est aussi le pain d’effort, le pain que Dieu nous donne pour nous redonner la force de croire en lui, toujours et encore, pour que nous ne perdions jamais l’assurance qu’il peut toujours quelque chose pour nous. Le pain pour l’effort qui nous reste à faire en vue de répondre généreusement au don généreux que Jésus nous fait.

            A vous qui communierez pour la première fois, comme à nous tous ici rassemblés qui communions depuis plus longtemps, je voudrais dire en conclusion : ne nous moquons pas de Jésus quand nous nous approchons de lui. Ce pain consacré et partagé, devenu son Corps et son Sang livrés, c’est tout pour nous ; c’est notre plus grand trésor. Rien n’a plus d’importance pour le prêtre que je suis que ce Pain rompu et livré. Quand je le tiens dans mes mains, c’est Jésus que je tiens dans mes mains. Quand je le partage, c’est Jésus que je vous partage, Jésus qui est ma vie, Jésus qui veut être votre vie. Ne vous moquez pas de lui : accueillez-le, en sachant que c’est Jésus qui vient enrichir votre vie par la pauvreté de ce signe du pain partagé. Ce n’est rien, un morceau de pain, et pourtant, il est toute notre vie, ce morceau de pain. Il est Jésus qui se livre à nous par amour. Ne l’oublions jamais. Amen.

vendredi 30 août 2013

22ème dimanche ordinaire C - 01er septembre 2013

Quand vous êtes venus vers Dieu...


Frères, quand vous êtes venus vers Dieu… Ainsi commence la seconde lecture que nous avons entendue. Elle est extraite de l’Epître aux Hébreux, une lettre envoyée à des chrétiens qui ont besoin d’être encouragés dans leur foi. Vous le savez sans doute déjà : dans notre vie de foi, il en va comme de bien d’autres engagements : il y a la ferveur des débuts, puis l’installation dans une routine qui conduit souvent à un certain découragement, voire à un abandon. Personne n’est à l’abri de cet enchaînement ; tous, nous avons besoin d’être encouragé dans notre foi pour que nous n’oubliions pas les merveilles que Dieu fait pour nous, par Jésus, son Fils.
 
Quand vous êtes venus vers Dieu, il en a sans doute été pour vous comme pour les destinataires de la lettre : pas de grand miracle, pas de grand signe, pas de buisson ardent… Vous souvenez-vous seulement du jour où vous êtes venus vers Dieu ? Etait-ce au moment du baptême ? Etait-ce déjà avant ? Ou longtemps après ? Pourquoi avons-nous tant de mal à définir le moment où nous sommes venus vers Dieu ? Ces questions nous font bien comprendre pourquoi il est nécessaire d’être encouragé dans notre foi, pourquoi nous devons être responsables les uns des autres, dans la foi. Les destinataires de la Lettre aux Hébreux avaient là un avantage certain sur nous : ils ont choisi un jour d’aller vers Dieu. Ils ont choisi un jour de devenir chrétiens et ils ont fait cette démarche en connaissance de cause, à une époque où être chrétien n’allait pas de soi, et pouvait avoir des conséquences fâcheuses : devenir chrétien aux premiers temps de l’Eglise, c’était accepter le risque d’être découvert, traduit en justice et exécuté ! 
 
Aujourd’hui, alors que nous baptisons encore tant d’enfants qui ne savent même pas parler, le baptême est le sacrement qui marque leur entrée dans la communauté, et leur adoption par Dieu. Mais est-ce vraiment le moment où ils viennent vers Dieu ? Comme je le dis souvent lorsque je baptise un tout petit, il lui faut maintenant grandir, et découvrir par lui-même ce Dieu qui l’appelle à la vie. Il faudra qu’il fasse sien le moment où il viendra vers Dieu. Sinon, il y a fort à parier qu’il n’y reviendra jamais. Nul ne peut vivre toute une vie de foi sur le seul engagement de ses parents et de ses parrains-marraines. Un engagement plus personnel est nécessaire, et il marquera le moment où, en connaissance de cause, le jeune chrétien confirmera le choix qui a été fait pour lui à l’origine de sa vie. Ce moment sera le moment où, jeune adulte, il choisira lui-même d’aller vers Dieu. Plus que le jour même d’une célébration, ce sera le jour où, dans l’intime de sa vie, il aura accepté que Jésus soit son Sauveur, que Dieu soit son Père et que l’Esprit soit celui qui guide et oriente sa vie. 
 
Comment puis-je être encouragé dans ma vie de foi pour aller vers Dieu en vérité ? En participant à la vie de l’Eglise. N’est-elle pas le lieu de rassemblement de tous ceux qui viennent vers Dieu ? A l’époque où la lettre aux Hébreux est écrite, il y a certainement déjà des chrétiens qui ont pris pour habitude de ne plus participer aux rencontres de la communauté. L’auteur de la lettre leur rappelle que quand ils sont venus vers Dieu, ils sont aussi venus vers la Jérusalem céleste, vers l’assemblée des premiers-nés. On ne peut venir vers Dieu et rejeter l’Eglise. On ne peut vouloir s’approcher de Dieu et refuser de rencontrer les frères dans la foi. L’Eglise n’est sans doute pas parfaite, mais elle est composée de ces hommes et de ces femmes, imparfaits comme moi, qui cherchent à vivre humblement avec Dieu. Personne n’y réussira seul. Et choisir d’aller seul vers Dieu, sans les frères, c’est déjà échouer puisque, en Jésus, Dieu a lié sa vie à celle de tous les hommes.
 
Venir vers Dieu, c’est donc venir vers cette assemblée de frères. C’est aussi venir vers Jésus. Il est celui qui établit dans sa chair la nouvelle alliance qui unit le ciel et la terre, la nouvelle alliance qui redéfinit les liens entre Dieu et les hommes. Ses nombreux appels à vivre selon sa parole sont autant de chemins pour venir vers Dieu sans oublier les frères. Il a rappelé à tous la nécessaire humilité pour s’approcher de Dieu en vérité. Lorsque je viens vers Dieu et que je reconnais Jésus comme celui qui me sauve et me révèle le vrai visage de Dieu, j’entre dans une relation dont je ne suis pas le centre. Dieu peut vraiment prendre la place qui lui revient dans la vie de tout croyant. Et je deviens vraiment son disciple, celui qui marche à sa suite, celui qui écoute et apprend, celui qui reçoit tout de la main de son maître.
 
Venir vers Dieu, c’est toujours venir vers quelqu’un qui nous appelle, vers quelqu’un qui se révèle à nous, vers quelqu’un qui nous encourage et qui veille sur nous. Faire le choix de venir vers Dieu, c’est un choix à refaire quotidiennement, parce que chaque jour il y a tant d’occasion de renoncer, d’abandonner. La prière de l’Eglise l’a bien compris, elle qui nous a fait prier ainsi au début de notre célébration : Dieu tout-puissant, de qui vient tout don parfait, enracine en nos cœurs l’amour de ton nom ; resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir. Au moment où nous allons reprendre nos activités pastorales, que cette prière devienne nôtre pour faire grandir encore cette communauté de paroisses que Dieu nous appelle à faire vivre. Puissions-nous aller tous ensemble vers Dieu, le Dieu de notre joie et de notre salut. Amen.

dimanche 14 octobre 2012

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2012

Suivre Jésus, cela veut dire quoi ?

(Homélie donnée en l'église saint Georges de Haguenau, à l'occasion d'un rassemblement de servants d'autel)


Tout aurait dû bien se passer, franchement ! Un homme vient vers Jésus, et pour une fois, ce n’est pas pour l’embêter, ce n’est pas pour le piéger. Il vient vers Jésus avec un vrai désir : avoir en héritage la vie éternelle ; autrement dit être avec Dieu pour toujours. C’est la chose qu’il veut le plus, et il vient vers Jésus, qu’il reconnaît comme un Maître (c’est-à-dire quelqu’un dont la parole compte, quelqu’un dont la parole a du sens et donne du sens) pour obtenir de lui une parole sage, une recette pour obtenir ce qu’il désire le plus. Et Jésus est bien celui que Dieu a envoyé dans le monde pour mener les hommes vers lui. L’homme ne se trompe pas d’adresse quand il va vers Jésus. Jésus est bien l’homme de la situation. Oui, tout aurait dû bien se passer et pourtant, l’homme part, en pleurant, et Jésus essuie un échec ! L’homme qui fait des miracles n’a pas réussi, aujourd’hui, à toucher suffisamment le cœur de cet homme pour qu’il le suive. Saint Marc nous dit simplement que c’est parce qu’il avait de grands biens. Si lui, qui a rencontré Jésus en vrai, n’a pas été capable de le suivre, comment pouvons-nous aujourd’hui vouloir y réussir ? Comment est-il possible de suivre Jésus aujourd’hui ? Et puis surtout, puisque vous êtes nombreux ici aujourd’hui, comment un servant d’autel peut-il suivre Jésus ?

Suivre Jésus, qu’on soit servant d’autel ou non, c’est d’abord accepter de se mettre en route. La foi passe d’abord par les pieds. Nous l’oublions trop souvent, nous qui passons beaucoup de temps dans un fauteuil, soit devant la télé, soit devant un écran d’ordinateur. Pour suivre Jésus, il faut se lever et marcher. L’homme de l’évangile avait bien commencé cela ; c’est lui qui s’est bougé pour aller voir Jésus. Mais il n’a pas pu aller plus loin : ses bagages étaient trop lourds. Il ne suffit pas de venir une fois vers Jésus, dire : Je l’ai rencontré, et tout va bien. Il faut le suivre, marcher derrière lui. Et quand on a trop de choses à faire suivre, ce n’est pas possible. Il faut se détacher, il faut faire confiance, il faut se bouger.
En venant à ce rassemblement, vous avez franchi cette première étape, comme l’homme de l’Evangile. Vous êtes venus à Jésus, vous avez répondu à un appel. La longue procession que nous avons faite, nous a permis de sentir, dans nos pieds, ce déplacement nécessaire. Et le début de la messe nous permet chaque fois de déposer nos bagages. Du signe de la croix qui marque l’entrée en prière jusqu’à la prière que le prêtre dit pour nous tous, tout est fait pour nous permettre de nous libérer de ce qui nous encombre pour être vraiment présents à Dieu. Lorsque nous chantons ou disons Prends pitié de nous, n’est-ce pas justement tous nos fardeaux que nous confions à Dieu, le seul qui soit vraiment bon ? Les petits malins me diront : aujourd’hui, nous n’avons pas chanté : Seigneur prends pitié ! En êtes-vous sûrs ? Alors relisez le Gloire à Dieu ! Et vous y trouverez ces mêmes mots. Certes, nous n’avons pas dit le Je confesse à Dieu, ni chanté le Kyrie (la longue procession nous permettait de ne pas le faire) ; mais quand le croyant reconnaît la grandeur de Dieu, sa gloire, il reconnaît en même temps qu’il a besoin de Dieu et qu’il veut se reposer en lui. La première partie de la messe permet à chaque servant et à chaque participant de se bouger pour Dieu avec son corps (il faut se déplacer pour venir à la messe) et dans son cœur (je reconnais que j’ai besoin de Dieu dans ma vie).

Suivre Jésus, c’est aussi écouter Jésus. Et cela, l’homme de l’évangile n’a pas su le faire. Et pourtant, c’est bien lui qui a interrogé Jésus. La moindre des choses, quand on pose une question, n’est-elle pas d’écouter la réponse, toute la réponse ? Quand Jésus lui demande de vendre ses biens, ce n’est pas contre rien : Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et… tu auras un trésor au ciel ; puis viens, et suis-moi ! Ce qu’il avait, comptait plus que le trésor promis par Jésus ! L’a-t-il bien entendu ou est-il déjà bloqué quand Jésus lui dit : vends tout ce que tu as ? Jésus ne lui demandait pas de vendre pour tout perdre, mais de vendre pour partager et avoir un trésor en retour. Parce que Dieu récompense toujours ceux qui écoutent sa Parole et qui la vivent. On pourrait relire ici la deuxième lecture qui nous dit la beauté et la puissance de cette Parole, mais cela nous mènerait trop loin.
Lorsque vous venez à la messe, il y a toujours un temps autour de la Parole de Dieu, parce qu’elle donne sens à notre vie, elle nous permet de mieux comprendre ce que Dieu attend de nous. Justine vous a dit, au commencement de ce temps, que la Parole de Dieu, c’est un peu un guide pour la vie, un chemin à suivre jour après jour. Et elle a raison ! C’est bien la Parole de Dieu qui nous transforme. C’est ce que veut dire le dessin sur votre feuille de chants. Le dessin original est en couleur : Le lapin qui semble se protéger est en gris, le lapin qui court après la Bible (la Parole de Dieu) est en bleu, comme la Bible. Il a été transformé par la Parole et il semble vouloir la retenir, la garder pour lui (hop ! ici ! aux pieds !) Mais la Parole fait ce qu’elle veut. Elle a vu un autre lapin, gris comme un jour de pluie, et elle va vers lui (chic, un nouveau !) ; encore un à qui révéler Dieu ; encore un dont la vie peut être rendue meilleure) ; et elle se précipite sur lui. Le lapin gris, c’est un peu l’homme de l’Evangile : il prend peur devant cette parole et veut s’en protéger. Ne faites pas comme lui ! A chaque messe, vous est offerte la chance d’accueillir ce cadeau de la Parole de Dieu : écoutez cette Parole, vraiment, et vous grandirez dans la sainteté de Dieu.

Suivre Jésus, c’est aussi partager sa table, manger avec lui. Il se passe pleins de choses au cours d’un repas que nous ne pourrions pas vivre autrement. Le repas, c’est le moment où Dieu fait quelque chose pour nous ! C’est lui qui dresse la table pour nous, c’est lui qui se donne en nourriture pour nous. Parce que notre foi ne nous demande pas d’abord de faire des choses pour Dieu, mais plutôt d’accueillir ce que Dieu fait pour nous. Et cela, c’est important ! Ecoutez bien tout à l’heure ce que vous dira Jean-François, quand nous nous préparerons à vivre le cœur de la messe. Il vous dira des choses très belles, les plus belles que j’ai entendues depuis longtemps ! Je vous assure : voilà un servant qui vous livrera en quelques mots le cœur de l’Eucharistie. Je vous souhaite à tous de faire un jour cette même expérience.
La troisième partie de la messe nous permet donc, chaque dimanche, de recevoir de Dieu ce qu’il a de meilleur et de le remercier pour tout ce qu’il fait pour nous, par Jésus, son Fils. C’est vraiment le plus grand signe de son amour pour nous ; c’est encore plus grand que le baptême, signe par lequel nous devenons ses enfants. Parce que le baptême, nous ne le recevons qu’une fois, alors que l’Eucharistie, c’est chaque dimanche. Chaque dimanche, Dieu nourrit notre foi, chaque dimanche, Dieu prépare sa table pour nous. Il se montre là vraiment comme un père, comme une mère pour nous. Manger avec quelqu’un, c’est entrer davantage encore dans son intimité. Je peux parler avec beaucoup de monde, sans difficulté ; mais ma table est réservée à mes amis, à mes intimes. C’est pareil pour Dieu : tous peuvent entendre sa Parole, mais il faut l’écouter vraiment et en vivre pour être accueilli à sa table. Pour évoquer une parabole de Jésus, il faut porter le vêtement de la fête ! En servant à l’autel, vous êtes des privilégiés, vous êtes au plus proches. Goûtez vraiment cette chance et n’hésitez pas à la proposer à vos amis pour que, sans être 108 tous les dimanches, vous soyez quand mêmes nombreux autour de l’autel de votre paroisse. Vous direz ainsi à toutes les personnes réunies, combien il est important de vivre ce temps auprès de Dieu et de répondre nombreux à son invitation à partager la table. Etre baptisé, c’est bien. Etre communiant chaque dimanche, c’est mieux !

Enfin, suivre Jésus, c’est aller vers les autres, rencontrer les autres. Parce qu’on ne suit pas Jésus pour soi seulement. Ceux qui suivent Jésus se rassemblent en Eglise ; ils forment le peuple de Dieu. Je ne peux pas être chrétien tout seul ; je ne peux pas suivre Jésus tout seul. Si Jésus est celui qui me fait bouger, si Jésus est celui qui me dit une Parole de Vie, si Jésus est celui qui s’offre à moi en nourriture, comment puis-je ne pas l’annoncer à d’autres ? Ma rencontre du dimanche doit se prolonger dans la semaine. Aujourd’hui, pour vous servants, elle se prolongera cet après midi encore. N’ayez pas peur de vous montrer chrétiens là où vous vivez. Soyez des champions de l’Evangile, des témoins de la joie et de la paix que Dieu offre à tous.
La dernière partie de la messe nous oblige à cela. La bénédiction de Dieu nous est donnée pour que nous allions dans sa paix. La dernière parole du prêtre, c’est bien : Allez dans la paix du Christ ! Allez, retournez chez vous, non pas en pleurant comme l’homme de l’Evangile, mais riches de ce que vous avez entendu et vécu ici, et partagez-le aux pauvres d’Evangile, à ceux qui sont pauvres de Bonne Nouvelle. Ainsi, vous aurez un trésor dans le ciel pour avoir illuminés leur vie.

Vous l’aurez compris : participer à la messe de tout son cœur, chaque dimanche, est un bon moyen pour suivre Jésus. En une célébration, Dieu nous donne tout ce dont nous avons besoin pour faire grandir notre foi et notre fraternité. En servant à l’autel, soyez toujours témoins de ce Dieu qui nous aime et qui ne veut que notre bonheur. Jésus l’a voulu pour cet homme venu le rencontrer. A vue humaine, il a pu échouer, mais l’Evangile ne nous dit pas si l’homme s’est éloigné pour toujours, ou s’il revenu vers Jésus plus tard. Il me plaît de penser qu’il a fini par se tourner vers Jésus, son désir du Royaume étant sincère. Il y a des dimanches où nous sommes comme cet homme, incapables de nous mettre en route. Nous pouvons en pleurer si cela nous fait du bien. Nous devons surtout savoir que chaque dimanche, nous avons à refaire le choix de Jésus, que chaque dimanche nous pouvons décider de venir dans la joie plutôt que de rester à pleurer chez nous. Si cela n’est pas une bonne nouvelle, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Amen.

 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)
 
(En prime, le témoignage de Jean-François, servant d'autel à Bischwiller, avec son aimable autorisation)
Pendant longtemps, l’Eucharistie n’avait pas tellement d’importance pour moi. En effet, je ne comprenais pas vraiment (ni même ne cherchais à comprendre) le sens et la portée de ce sacrement.  Ce n’est qu’après avoir bénéficié d’enseignements religieux catholiques et d’expériences spirituelles en communauté que j’ai pu vraiment me rendre compte du caractère fondamental de ce sacrement. Aujourd’hui, l’Eucharistie représente pour moi un don d’amour  venant de Jésus. Je me rends compte  à travers ce sacrement que Jésus n’est pas un Dieu lointain, absent, mais un ami qui, chaque dimanche, manifeste sa présence dans l’Eucharistie. Jésus, par ce sacrement, cherche à habiter en nous,  à faire de nous sa demeure afin que nous puissions être témoins de son amour. Le sacrement de l’Eucharistie me rappelle aussi la souffrance que Jésus a endurée par Amour pour moi. Malgré mes faiblesses, mes fautes, Jésus se rend présent, et par ce sacrement, ne cesse de frapper à la porte de mon cœur.  Ainsi pour moi, l’Eucharistie est devenue essentielle dans ma vie de chrétien à tel point  qu’il m’arrive de me rendre dans des lieux d’adoration du Saint sacrement afin de retrouver Jésus, vivant et présent, qui me donne la force et le courage pour vivre au mieux ma vie.