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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

mercredi 14 août 2024

Assomption - 15 août 2024

 Quand le peuple ouvre la voie.






 

            Le saviez-vous ? La fête de l’Assomption est célébrée depuis quatorze siècles lorsque, enfin – pourrait-on dire – le Pape Pie XII décide, le 01er novembre 1950, de proclamer le dogme de l’Assomption qui affirme ce que le peuple croyait et célébrait depuis longtemps, à savoir que Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Si c’est bien l’Eglise qui définit le dogme, c’est la foi de tout un peuple, répandu par tout l’univers, qui est ainsi entendue et validée. Selon les données du Saint Siège, entre 1854 et 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens. 1 332 évêques et 83 000 prêtres, religieux et religieuses viendront s’y ajouter. Probablement la plus grande démarche synodale organisée non pas par la tête, mais par le corps de l’Eglise. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher une telle foi ? Pour ma part, deux éléments contribuent à cette démarche. 

            Le premier élément, c’est la vie de Marie, et son humilité. Celle qui aurait pu gonfler des chevilles lorsque l’ange lui annonce qu’elle portera le Fils du Très-Haut, entre humblement dans la volonté de Dieu : Voici la servante du Seigneur ; que tout se fasse pour moi selon ta parole ! Et elle restera humble toute sa vie durant. L’Evangile de la Visitation que nous venons d’entendre, nous montre la même Marie ayant reçu le message de l’ange, partir avec empressement chez sa cousine Elisabeth pour se mettre à son service. Celle-ci, en effet, dans sa vieillesse, attendait son premier enfant, lui-aussi fruit de la promesse du Seigneur. Marie ne pérore pas, elle ne se vante pas davantage. Elle chante la grandeur de Dieu et sa bonté envers son humble servante. Elle ne tire pas avantage de sa situation, mais proclame que Dieu agira ainsi pour tous les petits, les humbles, les affamés, ceux qui le craignent, sans oublier Israël, son serviteur. Vous pourrez relire, en rentrant chez vous, tous les évangiles qui nous parlent de Marie (c’est assez vite fait, il n’y en a pas tant que cela), jamais vous ne la verrez ou entendrez s’élever, revendiquer, se mettre en avant. Toujours, comme à Cana par exemple, elle renvoie vers Dieu ou vers son Fils. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a bien raison de nous rappeler que nous allons à Jésus, par Marie. Pas seulement parce que c’est elle qui nous donne Jésus, mais parce que toute sa vie nous montre Jésus. Même sa mort, qui la fait entrer corps et âme en paradis, nous montre Jésus et nous dit que le chemin qu’il a été le premier à emprunter, lui premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis, est le chemin commun pour nous tous. Marie, en son Assomption, nous montre que Jésus a bien vaincu la mort, et que celle-ci n’est plus un obstacle, mais le passage vers la rencontre avec Dieu. 

            Et ceci m’amène au deuxième élément qui justifie, selon moi, cette démarche faite par le peuple de Dieu pour aboutir à la proclamation du dogme de l’Assomption. Nous avons besoin d’être rassurés sur notre avenir. Et la foi en l’Assomption fait juste cela. Bien sûr, nous savons et nous croyons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Paul nous l’a magnifiquement rappelé dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu. Mais c’est Jésus, quoi ! C’est le Fils de Dieu ! Avec Marie, nous avons quelqu’un de chez nous, totalement. Si elle, grâce à son humilité et sa vie totalement menée sous la conduite de l’Esprit Saint, parvient corps et âme en paradis, nous avons l’espérance, malgré notre péché, d’y parvenir nous aussi. Notre corps mortel sera livré à la tombe, mais notre âme pourra s’élever vers Dieu. Nous ne sommes pas que corps mortel ; nous sommes aussi spirituels, animés de l’Esprit Saint que nous avons accueilli au jour de notre baptême, et cette part de nous sera sauvée. Marie nous est donnée comme exemple de vie à mener dans le Christ sous la conduite de l’Esprit Saint ; elle nous est aussi donnée en exemple de ce qui est promis, à la fin de notre vie. Avec Jésus ressuscité, nous pouvions espérer ressusciter nous aussi et participer à sa gloire. Grâce à Marie, nous savons que cela est possible puisque la foi du peuple, avant la foi de l’Eglise, nous disait cela possible quand nous méditions le mystère de l’Assomption avant même qu’il ne fut un dogme. Quand Jésus nous dit qu’il donne sa vie pour nous, pour notre vie, nous pouvons le croire ; il dit vrai et sa mort en croix et sa résurrection d’entre les morts nous ouvrent le chemin vers la vie. Marie, en son Assomption, semble nous dire : comme moi, vivez selon la parole du Christ, et comme moi, vous parviendrez au Royaume où Dieu nous attend. Ne crains pas de croire ; ne crains pas d’être humble ; ne crains pas la mort. La vie éternelle est offerte à ceux qui croient ; la vie éternelle est offerte aux humbles ; la vie éternelle est offerte à ceux qui passent la mort avec le Christ. Il est notre salut, notre gloire éternelle. 

            Aujourd’hui, réjouissons-nous que le peuple de Dieu ait montré la voie à l’Eglise. Réjouissons-nous pour Marie qui entre dans la gloire de Dieu. Réjouissons-nous pour nous qui sommes appelés à cette même gloire. Et comme Marie, vivons de la Parole du Christ. Comme Marie, vivons de l’Esprit du Christ. Ainsi, comme Marie, nous parviendrons là où le Christ nous attend. Amen.

samedi 2 mars 2024

3ème dimanche de Carême B - 03 mars 2024

De Moïse à Jésus : une Alliance qui engage à la fidélité.




(Tableau de Chagall, Moïse recevant les tables de la Loi. 

 

 

 

 

            Il était inévitable, dans la relecture des grandes alliances que Dieu a passées avec l’humanité, de parler de l’Alliance faite avec Moïse. Le don de la Loi sur le Sinaï dépasse les alliances faites avec Noé et Abraham, au sens où cette nouvelle alliance ne concerne plus seulement une personne, mais tout un peuple. Une Loi fondamentale commune est bien un des marqueurs, avec la terre commune et un chef commun, de ce qui fait un peuple. 

Cette nouvelle alliance, si elle est formulée au singulier, concerne à la fois chacun pris dans son individualité, mais aussi chacun pris dans la totalité de ce peuple en formation. Le « Tu », c’est à la fois le peuple et chacun de ses membres. S’il y a une responsabilité individuelle devant la Loi que Dieu donne, il y a aussi une responsabilité collective. C’est déjà une manière de nous rendre responsable les uns des autres. Je ne peux pas simplement me dire : Je respecte la Loi de mon côté, je fais ma petite cuisine avec Dieu, mon petit salut à moi tout seul. Non, je fais partie d’un peuple, du peuple que Dieu s’est choisi, et à ce titre, je suis responsable aussi des autres et de leur manière de vivre avec Dieu. L’alliance que Dieu conclut avec Moïse s’étend à tout son peuple. C’est bien pour cela que Moïse, redescendant du Sinaï et constatant que le peuple avait fabriqué un veau d’or pour figurer ce Dieu libérateur, brisera les tables de la Loi plutôt que de les garder pour lui tout seul. C’est aussi pour cela que Moïse prendra si souvent la défense de ce peuple à la nuque raide alors que Dieu avait fait choix de le détruire en punition des trop nombreux péchés commis par le peuple et dans le peuple. Moïse avait bien compris, même si cela lui coûtait, que cette alliance engageait chacun individuellement et tous collectivement dans une fidélité envers Dieu. Au cœur de cette alliance, Dieu lui-même proclame sa fidélité jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et observent ses commandements. L’alliance avec Moïse, parce qu’elle est pour tous et pour chacun, suppose que je sois attentif à mon frère et que je sois en mesure, fraternellement, de le remettre sur le droit chemin s’il s’en écarte. Les nombreux prophètes qui avertissent le peuple d’une destruction possible s’il ne revient pas vers Dieu, en témoignent selon moi. 

C’est cette même fidélité à l’alliance que Jésus défend lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Il aurait pu se fendre d’une simple parole critique au sujet de la présence de ces marchands dans l’enceinte du Temple. Mais non ; au lieu de cela, il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple. Cela a dû marquer les esprits, pour sûr. Le geste qu’il pose ainsi, il ne le fait pas pour lui ; il le fait pour ces petits qui ne peuvent qu’être choqués par ces trafics ; il le fait pour rappeler à tous que le Temple, c’est la maison de Dieu, le signe de sa présence au milieu de son peuple. Le peuple doit en être conscient en tant que peuple choisi ; et chacun de ses membres doit en être conscient au point de se sentir concerné par ce qui se vit là. Tous ensemble, et chacun individuellement, auraient dû comprendre spontanément, pourquoi Jésus a posé ce geste violent. Mais force est de constater que certains s’accommodaient de ce trafic puisqu’ils interpellent Jésus : Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? Autrement dit, de quel droit fais-tu cela ? Il le fait au nom du droit qu’à chacun, dans le peuple de Dieu, de reprendre son frère quand il est dans l’erreur. Ce qui fait que chacun aurait pu, chacun aurait dû réagir, et depuis longtemps, comme Jésus devant cette présence incongrue des marchands dans le Temple. Quand collectivement le peuple admet quelque chose qui est mal, le juste, perdu dans ce peuple, ne peut se taire, ne peut accepter et doit dénoncer, sous peine de se rendre complice de ce mal. Il ne doit être étonnant pour personne que Jésus, le Juste parmi les justes, remette les choses dans l’ordre qui convient au lieu. Il est ainsi fidèle à sa mission qui est d’inviter tous et chacun à la conversion. 

En relisant ces textes, nous sommes interrogés sur notre fidélité à l’alliance que Dieu a conclue avec nous en Jésus, mort et ressuscité. Comme l’alliance avec Moïse, cette nouvelle Alliance en son sang, appelle une fidélité personnelle de chaque croyant, mais aussi une fidélité de l’Eglise à sa mission, Eglise dont nous sommes membres. Quand quelque chose ne me plaît pas dans cette Eglise, je ne peux pas juste dire que l’Eglise, c’est les autres, comprenez le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Je ne peux pas dire : Jésus, oui ; l’Eglise, non. Je suis attaché à Jésus par l’Eglise qui me le fait connaître et qui essaie, malgré l’imperfection de ses membres, de témoigner de Lui, de son amour et de sa miséricorde. Nous sommes l’Eglise, pour reprendre ce titre qu’un groupe de chrétiens s’est donné. Oui, mais nous sommes l’Eglise dans chacun de ses aspects, les bons comme les mauvais. Nous sommes l’Eglise sainte, parce que Dieu est Saint et nous appelle à partager sa sainteté. Mais nous sommes aussi l’Eglise pécheresse parce que, collectivement et individuellement, nous ne sommes pas encore parfaits comme Dieu est parfait. Que l’écoute renouvelée de la Parole de Dieu et la communion à son Eucharistie nous donnent d’approfondir notre fidélité à Dieu… qui nous est toujours fidèle, que nous soyons saints ou pécheurs. Amen.

samedi 19 août 2017

20ème dimanche ordinaire A - 20 août 2017

Une miette de grâce suffit pour être sauvé.






Mais quelle mouche a bien pu le piquer, Jésus, pour qu’il agisse et réponde ainsi à cette femme ? Est-ce parce qu’elle est femme ? Ce n’est pourtant pas la première femme qu’il rencontre, ni la première femme qui s’adresse à lui pour obtenir une guérison ! Est-ce parce qu’elle est étrangère ? Ce n’est pas davantage la première étrangère qui s’adresse à lui pour obtenir une faveur ! Pourquoi faire la sourde oreille ? 
 
Les disciples de Jésus ne font guère mieux. Face à cette femme qui implore Jésus en reconnaissant sa seigneurie et sa filiation davidique (donc sa qualité de Messie, d’envoyé de Dieu), ils ne demandent pas à Jésus d’intervenir pour des motifs humanitaires, ni pour montrer sa grandeur et sa force, mais bien parce qu’elle les poursuit de ses cris ! Trop, c’est trop : fais quelque chose, mais qu’on ne l’entende plus ; qu’elle se taise ! 
 
Reconnaissons-le : nous avons du mal à comprendre cette histoire, et le fait qu’elle se finira bien n’y change rien. Fallait-il que Jésus rappelle à ce moment-là que le salut était d’abord pour Israël, et que c’est pour son peuple seulement qu’il est venu ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Jésus ne s’intéresse-t-il donc plus qu’aux gens bien nés, issus des douze tribus d’Israël ? Devant l’insistance de la femme prosternée devant lui (Seigneur, viens à mon secours), la réponse de Jésus n’est-elle qu’un jeu pour éprouver ses Apôtres (que vont-ils faire, que vont-ils dire si j’agis ainsi ?) ? Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Tout cela n’est-il qu’une manière d’éprouver cette femme (Jusqu’où ira-t-elle ?) ? Pour les disciples, nous ne savons pas grand-chose, à part qu’ils sont sensibles des oreilles et qu’ils veulent que cela s’arrête. La femme, par contre, ne se laisse pas démonter. Elle reconnaît la primauté d’Israël : Oui, Seigneur ! c’est-à-dire : c’est vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Autrement dit, il y en aura bien assez pour tout le monde, sans rien prendre aux premiers. C’est comme si elle rappelait une évidence : le salut de Dieu déborde toujours ; la grâce de Dieu est sans frontière, sans limite. Il y en aura forcément un peu pour les autres, pour ceux qui ne sont pas assis à la bonne table. Une miette de grâce suffirait pour que ma fille soit guérie ! Sinon pourquoi Jésus se promènerait-il en pleine zone étrangère, dans la région de Tyr et de Sidon, bien loin finalement de chez lui ? S’il vient en terre païenne, n’est-ce pas qu’il a un message pour eux aussi ? 
 
La foi de cette femme étant éprouvée, la guérison demandée a lieu : Femme, grande est ta foi ; que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Nous retrouvons là le Jésus que nous aimons bien, celui qui manifeste le salut de Dieu à tout homme, qu’importe ses origines, qu’importe sa foi première. Si quelqu’un vient vers Jésus, sachant qu’il peut quelque chose pour lui, il recevra de lui ce qu’il lui faut. Jésus rappelle aux siens qu’il ne remet pas en cause la primauté d’Israël dans l’œuvre de salut de Dieu. Paul le redira à sa manière dans la lettre aux Romains : les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance : Dieu ne regrette pas d’avoir choisi Israël, il ne revient pas sur les promesses de salut faites à son peuple. Mais ce salut a été étendu. L’appel d’Israël était bien d’être lumière pour les nations. Voici que ces nations sont prises à leur tour dans ce mouvement de miséricorde que Dieu accorde à son peuple. Au bout du compte, ce que Dieu veut, c’est faire miséricorde à tous ceux qui crient vers lui. Une miette de grâce suffit pour que tous les hommes soient sauvés. 
 
Ces miettes de grâce nous en usons liturgiquement dans la prière des fidèles, la prière universelle. En effet, si nous commençons toujours par prier pour l’Eglise et si nous terminons toujours par prier pour notre communauté, nous ouvrons toujours cette prière à tous les hommes. Nous y faisons une place pour ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, pour ceux qui sont comme nous et ceux qui nous diffèrent. Et il est bon qu’il en soit ainsi. Nous ne pouvons pas nous replier sur nous-mêmes ; nous ne pouvons pas faire comme si le salut n’était que pour nous qui sommes nés au bon endroit, partageons « la bonne foi » et que sais-je encore. Nous les portons devant Dieu parce que nous savons que les miettes de sa grâce et de sa miséricorde peuvent sauver le monde ; nous les portons devant Dieu comme nous-mêmes avons été portés devant Dieu pour qu’une miette de sa grâce change notre vie. 
 
Avec cette Cananéenne, crions vers Dieu notre détresse. Avec cette Cananéenne, réjouissons-nous que des miettes de grâce soient tombés de la table du peuple choisi. Pour toutes les Cananéennes d’aujourd’hui, laissons généreusement tomber de notre table des miettes de la grâce de Dieu : ne soyons ni des gardiens jaloux de cette grâce, ni des obstacles à cette grâce de salut que Dieu veut accorder à tous ses enfants. Une miette de la grâce de Dieu : c’est si peu, c’est beaucoup, c’est tout. Amen.

(Détail d'un dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 28 mai 2016

Fête du Corps et du Sang du Christ - 29 mai 2016

Permettons la rencontre entre Dieu et son peuple.





Depuis quelques années, alors qu’elles avaient presque totalement disparu, refleurissent dans nos villes et villages les processions de la Fête Dieu, avec leur cortège de traditions : tapis de fleurs, autels reposoirs aux carrefours de nos cités. Certains peuvent s’en inquiéter, et pas seulement parmi les plus laïcards. Même au sein de l’Eglise, au sein de nos communautés, des voix s’élèvent contre ce retour à une visibilité trop marquée, singe d’une tradition désuète selon eux. C’est un retour en arrière qui ne fait que traduire d’autres retours plus dogmatiques, pour ne pas dire une étroitesse d’esprit. Peut-on balayer ainsi ce que la foi veut exprimer ? Je ne le crois pas. 
 
Cette procession du Saint Sacrement, signe hautement chrétien, marque la proximité de Dieu avec son peuple. C’est bien lui qui marche ainsi au milieu de nos quartiers, rappelant sa présence au monde des hommes. Dieu n’est pas étranger à ce que nous vivons ; il n’est pas étranger à ce qui fait nos vies. Les autels dressés aux carrefours de nos cités marquent alors en retour l’intérêt que l’homme peut avoir à ce que Dieu s’arrête ainsi dans sa vie. Ces rencontres sont rares pour certains, pour ne pas dire inexistante. En ce dimanche, même si c’est de manière rapide, voire folklorique, cette rencontre peut se faire et des hommes et des femmes peuvent retisser les fils d’une amitié divine oubliée. C’est une manière très forte d’évangéliser pour peu que nos stations permettent de dépasser le folklore et osent inviter à une rencontre furtive mais vraie. 
 
Si nous regardons de près l’Evangile de cette fête en cette année, nous remarquons que Jésus ne fait pas autre chose. Certes, il annonce la Parole de Dieu, des hommes et des femmes se pressent par milliers pour l’écouter, au point d’en oublier les choses simples comme un bon casse-croûte. Ils ont beau suivre Jésus, se nourrir de sa Parole, cela ne remplit pas encore un ventre qui ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir d’un apprenti disciple tête-en-l’air. Vient le moment où les ventres affamés parlent plus fort que Jésus, et il faudra bien s’en occuper. Les Douze ont la solution : que Jésus renvoie cette foule trop nombreuse.  Mais Jésus ne l’entend pas ainsi. Il est au milieu d’eux, envoyé par Dieu pour prendre soin de son peuple ; comment pourrait-il les renvoyer simplement, sans ne rien tenter pour eux. Jésus ne fait pas que passer dans la vie de ces foules, il veut leur faire rencontrer quelqu’un d’autre, celui qui l’a envoyé lui-même. Il passe dans les villes et villages non pour se faire remarquer, mais pour inviter à voir plus loin, à entendre quelqu’un que l’on avait oublié, ou soigneusement enfermé dans le Temple pour qu’il ne vienne pas nous déranger dans l’ordinaire d’une vie. Jésus, par sa prédication, porte Dieu à nouveau dans nos vies, dans nos villes et villages ; il le fait sortir de nos temples bien situés et si peu fréquentés pour le remettre au cœur de nos vies. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, l’Eglise se propose de faire la même chose avec le Christ. Nous l’avons bien rangé dans un tabernacle fermé à clé, dans une église elle-même souvent fermée, par précaution. Vous savez, on pourrait nous le voler ! Je me demande souvent si ce n’est pas pour ne pas risquer qu’il sorte qu’on ferme tout ainsi à double tour. Ce serait gênant, un Dieu qui se promène dans nos rues ; ce serait gênant que les gens se laissent interpeler et retrouvent le chemin de l’Eglise, le chemin de la confiance en ce Dieu qui se veut proche de nous, qui s’est fait proche de nous en Jésus. Nos processions sont comme une nouvelle incarnation, un petit Noël pour nous rappeler que Dieu marche bien avec nous, qu’il a souci de nous, parce qu’il nous aime infiniment. En son Fils Jésus, mort et ressuscité, il continue d’aller à notre rencontre, livrant sa Parole, livrant aux hommes ce Fils unique venu dans le monde pour rapprocher les hommes de Dieu par une Alliance nouvelle. 
 
Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes de notre temps connaissent encore Jésus et se rapprochent de lui ? Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes puissent entendre la Parole vivante de Dieu qui peut transformer une vie ? Est-ce tellement vieux jeu que de vouloir permettre cette rencontre si fondamentale et si libératrice ? Ne craignons pas de porter le Christ au monde : il ne veut que son bien et sa vie. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : les hommes ne peuvent qu’en devenir meilleurs. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : cela ne peut que renforcer notre propre foi et notre propre amitié avec le Christ. Marchons humblement, mais fièrement, à la suite du Christ présent dans l’Eucharistie, et permettons une rencontre renouvelée entre Dieu et son peuple. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004, éd. Marguerite)

samedi 7 mars 2015

03ème dimanche de Carême B - 08 mars 2015

Dieu fait alliance : il fait de nous un peuple libre !




Qu’est-ce qui fait d’un rassemblement de gens un peuple ? Dans la Bible, c’est simple, un peuple, c’est un chef, une loi, une terre. La terre, Dieu l’a promise ; ceux qu’il a fait sortir d’Egypte à bras fort, il les y conduit. Une Loi, ce sont les dix commandements que nous avons entendu en première lecture ; elle est le cadre de l’Alliance que Dieu conclut avec les hommes. Un chef : le peuple en a un depuis qu’il a accepté de le suivre hors d’Egypte. Ce n’est pas Moïse, c’est Dieu lui-même. C’est lui qui est à l’origine de tous les signes qui auront fait plier Pharaon, Roi d’Egypte, qui ne voulait pas laisser partir ceux que Moïse réclamait au nom de son Dieu. 
 
Depuis le Mercredi des Cendres, nous découvrons l’alliance que Dieu veut faire avec nous. Nous avons vu que cette alliance est alliance pour la vie et alliance pour la joie de l’homme. Elle est aussi alliance qui fait de tous ceux qui la suivent un seul peuple, le peuple que Dieu se donne. Le don de la Loi ne se veut pas un acte d’aliénation ; il ne s’agit pas d’enfermer le peuple dans un carcan légaliste. Au contraire, cette loi est donnée pour poursuivre l’œuvre de libération entreprise avec la sortie d’Egypte. C’est l’obsession éternelle de Dieu. Libérer l’homme de tout ce qui l’entrave, de tout ce qui le tient loin de Dieu. 
 
Il n’y a qu’à relire les Ecritures du Premier Testament pour s’en rendre compte. Le seul but de Dieu, c’est d’entrer en alliance avec l’homme, d’avoir un vis-à-vis qui lui ressemble et à qui il puisse offrir, par grâce, les richesses de son amour. La Loi donnée par Dieu dans le désert visait à simplifier cette relation d’alliance et à en fixer le cadre. L’homme, selon les dix paroles données à Moïse, « ne gardera qu’un Dieu, celui qui lui a manifesté tendresse et miséricorde en le sortant d’Egypte ; il renoncera aux formules magiques, il se délivrera de toute contrainte un jour par semaine et honorera ceux dont il tient la vie. L’homme manifestera ainsi qu’il n’a la maîtrise ni de Dieu, ni de son travail, ni de ses parents, mais qu’il a reçu une liberté, une foi, un travail, une terre ». L’homme n’est pas sa propre origine et l’alliance vient justement le lui rappeler. 
 
Les autres commandements établissent les règles nécessaires à toute vie sociale : interdit du vol, de l’adultère, du meurtre. Ainsi sera préservée la vie du groupe. Rompre un seul interdit, revient à casser l’harmonie voulue par Dieu, et donc à briser gravement et durablement l’alliance. En agissant ainsi, l’homme s’éloignerait de ce qui le rend semblable à Dieu : la capacité d’aimer et d’agir par amour. 
 
Les dernières paroles introduisent un nouveau terme entre Dieu et l’homme : le prochain. Déjà se retrouvent unis le respect de Dieu et le respect de tout homme, union que Jésus reprendra à son compte dans le double commandement de l’amour. Il est ainsi attesté que Jésus ne vient pas changer la religion, mais la porter à son terme, en réalisant l’alliance ultime que rien ne pourra plus défaire. 
 
Ces dix paroles visent donc bien la liberté de l’homme : sa liberté individuelle, mais aussi sa liberté sociale : en vivant selon ces paroles, l’homme se découvrira vraiment libre. Le Dieu qui l’a sorti d’Egypte la lui garantit : il l’appelle à cette liberté. Voilà qui devrait rassurer ceux qui pensent que la religion est l’opium du peuple. Le Dieu de l’alliance est celui qui nous libère. Il en fait lui-même le rappel avant de donner sa Loi. Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Puisqu’il nous a sorti de l’esclavage du péché, pourquoi voudrait-il nous y faire retourner ? Nous sommes le peuple que Dieu s’est donné ; nous sommes à son image et à sa ressemblance : libres, souverainement libres. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Le blog du lapin bleu)

samedi 8 novembre 2014

Dédicace du Latran - 09 novembre 2014

Une fête pour toute l'Eglise.




Que célébrons-nous aujourd’hui, en fêtant la dédicace de la Basilique de Saint Jean de Latran ? Et d’abord, pourquoi sommes-nous invités à marquer le jour anniversaire de la cathédrale du Pape, la première de toutes les églises ? Trois raisons me semblent justifier le choix de l’Eglise de faire de ce jour, un jour de fête pour toute l’Eglise. 
 
Célébrer la dédicace de la Basilique du Latran, en nous tournant vers Rome, nous rappelle d’abord que notre Eglise est apostolique, ou elle n’est pas ! C’est-à-dire qu’elle repose sur les Apôtres, et en particulier sur le ministère de Pierre dont le pape est le successeur. S’unir à lui, en cette fête, c’est reconnaître son ministère d’unité, reconnaître que nous sommes de cette Eglise qu’il conduit depuis deux ans à la rencontre du Sauveur. C’est dire aussi à Dieu notre reconnaissance pour celui qu’il a choisi et qui nous redit toujours la Bonne Nouvelle du salut. Notre communauté, ici réunie, n’est vraiment une partie de l’Eglise qu’en tant qu’elle est unie au pape : c’est la raison pour laquelle la prière eucharistique fait mention de son nom, toujours. Appartenir à cette Eglise qui repose sur les Apôtres, c’est reconnaître la place toute particulière que tient le successeur de Pierre et son rôle irremplaçable dans l’Eglise. 
 
Célébrer la dédicace de la Basilique du Latran, c’est aussi affirmer que notre Eglise est catholique, c’est-à-dire ouverte à l’universalité. Si l’Eglise n’est pas catholique, elle n’est qu’un groupe replié sur lui-même, un parti de gens qui s’assemblent parce qu’ils se ressemblent. Or l’Eglise que Dieu suscite est appelée à s’ouvrir à tous et à devenir la communauté de tous les hommes en Christ. Notre communauté ici réunie n’est pas toute l’Eglise ;  elle n’en est qu’une partie infime. Les difficultés qu’elle peut rencontrer ne sont pas les difficultés de toute l’Eglise. Dire que l’Eglise catholique va mal, parce que l’Eglise  dans un pays donné rencontre des difficultés, revient à nier son caractère catholique. La catholicité doit nous permettre de tirer partie de l’expérience des autres communautés catholiques répandues par le monde pour répondre toujours mieux et de manière nouvelle aux appels de l’Esprit Saint. En nous tournant aujourd’hui vers Rome, nous sommes renvoyés aux quatre coins du monde pour découvrir comment d’autres peuples vivent de l’Evangile. De toutes ces communautés, nous avons à être solidaires. Cathédrale de l’évêque de Rome, la Basilique du Latran est le signe de la communion de toutes les Eglises entre elles. Elle est aussi l’église de tous les chrétiens catholiques, quel que soit leur pays d’origine. A Saint Jean de Latran, chaque chrétien catholique est chez lui. 
 
Célébrer la dédicace de la Basilique du Latran nous rappelle enfin que notre Eglise ne se limite pas aux belles constructions de pierres. Notre Eglise, c’est d’abord un peuple vivant, un peuple de pierres vivantes. C’est ce que proclame l’oraison de la fête : Dieu qui choisis des pierres vivantes pour bâtir la demeure éternelle de ta gloire, fais abonder dans ton Eglise les fruits de l’Esprit que tu lui as donné. C’est aussi ce que Paul redit avec force aux chrétiens de Corinthe : Frères, vous êtes la maison que Dieu construit… N’oubliez pas que vous êtes le Temple de Dieu et que l’Esprit habite en vous. Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous ! 
 
Par notre baptême, nous sommes devenus temple de Dieu, appelés à lui rendre hommage par toute notre vie. Par notre baptême, nous sommes devenues les pierres vivantes de son Eglise, ayant à cœur de faire vivre et grandir cette Eglise du Christ. Nous avons tous à prendre une part active dans ce travail jamais terminé. Cela passe aussi par un service rendu à toute la communauté : accompagner des enfants vers un sacrement, prendre une part active à la liturgie dominicale dans le service de l’autel, le service des lecteurs ou le service du chant.  C’est encore veiller au domaine caritatif et social afin que personne ne manque de rien.  C’est enfin veiller à donner à l’Eglise les moyens matériels et financiers dont elle a besoin pour continuer l’œuvre du Christ dans le monde de ce temps. Il revient à chaque baptisé de faire ce dont il est capable pour que notre communauté soit véritablement une communauté de frères, vivants de l’Esprit du Ressuscité. 
 
Une Eglise apostolique, une Eglise catholique, une Eglise portant toujours le souci de vivre et de grandir : voilà ce que nous célébrons en ce jour de fête. Nous sommes tous concernés, nous sommes tous responsables de ce que nous vivons ou ne vivons pas, ensemble, en Eglise. Puisse cette eucharistie nous redonner force et courage dans cette marche qui nous conduit à la Jérusalem céleste, unique Eglise du Christ, où Dieu sera enfin tout en tous. Amen.
 
(Basilique St Jean de Latran, Rome)

samedi 16 août 2014

20ème dimanche ordinaire A - 17 août 2014

Ma maison s'appellera "Maison de prière pour tous les peuples".




Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. On aura beau dire que la réponse initiale de Jésus à la Cananéenne était formulée ainsi pour  mieux éprouver sa foi, il n’en reste pas moins qu’elle est sévère. Le Dieu auquel nous croyons est-il notre Dieu à nous tout seul ? Ou pouvons-nous le partager à d’autres ? Faut-il être blanc, européen, bien-pensant, issue de telle catégorie socio-professionnelle, pour prétendre à la qualité de chrétien ? Telles sont bien les questions auxquelles nous sommes renvoyés par l’ensemble des lectures de ce dimanche. 
 
Cette femme qui crie vers Jésus a le don d’agacer. Elle agace les disciples à tel point qu’ils demandent à Jésus de lui donner satisfaction, car elle les poursuit de ses cris ! En gros, ce qu’ils demandent à Jésus, c’est de la faire taire ! Jésus est-il venu pour cela ? Pour nous faire taire ? La suite montre bien que non, puisqu’il va pousser cette femme à s’exprimer davantage ; il va la pousser à dire sa foi. C’est pour cela qu’il est venu : pour que nous prenions position, pour que nous nous interrogions sur Jésus et que nous nous exprimions clairement. Puisque Jésus est sans gêne vis-à-vis d’elle, elle sera sans gêne dans sa réponse : c’est vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît que Jésus est venu pour Israël ; d’ailleurs, elle l’appelle Fils de David ! Mais elle affirme aussi qu’il peut avoir quelque attention pour les autres, qui ne sont pas d’Israël, mais qui l’écoutent, le suivent et le reconnaissent comme Seigneur. Si les uns ont trop ou ne veulent pas tout ce qu’on leur propose, pourquoi d’autres ne profiteraient-ils pas de leurs restes ? En donnant suite à la demande de cette femme, en répondant à sa supplication, Jésus vient bien d’affirmer qu’il est venu pour tous les peuples, que tous les hommes peuvent avoir accès au salut qu’il va proposer dans sa mort/résurrection. 
 
Ce faisant, il ne crée pas de jurisprudence nouvelle, il ne fait qu’exprimer une donnée contenue dans la première alliance : quand Dieu s’est choisi Israël pour être son peuple particulier, il l’a établi comme lumière pour tous les peuples. Grâce à sa relation particulière à Dieu, ce peuple devait éclairer les autres peuples, au point qu’ils désirent eux-aussi suivre la loi du Seigneur. N’est-ce pas ce que reconnaît le prophète Isaïe déjà ? Lorsqu’il rappelle au peuple de Dieu la nécessité d’observer le droit, de pratiquer la justice, il rappelle que le Seigneur accueillera favorablement les sacrifices et les prières de ces étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l’amour de son nom et sont devenus ses serviteurs. Il n’y a déjà plus lieu de se revendiquer membre de ce peuple par sa naissance ; ce qui caractérise le fidèle du Seigneur, c’est sa pratique, son attachement concret non pas à un peuple, mais à l’alliance que conclut avec tous. Et ainsi la maison du Seigneur s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ». 
 
Si vous relisez les Actes des Apôtres, vous constaterez qu’il ne suffit pas qu’un prophète éminent annonce un fait pour qu’il soit accepté par tous. Il n’a même pas suffit que Jésus, durant sa vie terrestre, accueille favorablement la demande de la Cananéenne, ni qu’il donne en exemple un samaritain dans une de ces paraboles, pour que ses disciples soient ouverts à tous. Relisez les Actes des Apôtres et vous verrez Pierre lui-même lutter contre ces préjugés quand il a le songe qui le mènera finalement chez le Centurion Corneille. Vous y verrez aussi combien Paul a dû lutter pour que soit reconnue sa mission auprès des païens. Nous en sentons les difficultés dans sa lettre aux Romains dans laquelle il essaie d’expliquer qu’Israël garde une place de choix dans le projet de Dieu puisque les dons de Dieu et son appel sont irrévocables. Mais en même temps, il souligne la miséricorde de Dieu envers tous les peuples, qui fait que des païens peuvent se convertir au Christ et être sauvés. Sa réflexion aboutira à cette affirmation capitale pour lui : il n’y a plus ni Juif, ni païen, ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus ni homme, ni femme, mais tous, vous ne faites plus qu’un, en Christ. Comment exprimer mieux que cela l’universalité du salut que Jésus offre ? 
 
Ce salut pour tous ne signifie pas que Jésus vient inaugurer le temps des soldes de la foi ; il ne vient pas supprimer l’exigence de la foi. Inviter tout homme au salut ne signifie pas que nous irons tous au paradis ! Mais que tout homme peut y prétendre s’il accueille le Christ et vit de ses enseignements. Il n’est plus besoin d’être d’un peuple particulier, d’un modèle précis, d’une certaine couleur de peau pour entrer dans le Royaume. Il faut accueillir Dieu et sa Parole, il faut faire sa volonté. Là sont toutes les exigences du salut : croire au Christ, vivre de sa Parole. Tous sont soumis à la même règle ! Que vous soyez croyant de longue date ou jeune converti, la même chose est demandée. Il n’y a pas d’ancienneté qui tienne ; il n’y a de passe-droit pour personne. Une parfaite égalité devant Dieu. 
 
Ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples » : l’universalité de l’Eglise, née de l’ordre du Christ donné aux Apôtres au jour de Pâques (Allez, de toutes les nations faites des disciples), réalise cette prophétie d’Isaïe. Présente aux quatre coins du monde, annonçant inlassablement l’unique Evangile, la maison Eglise est maison de prière pour tous les peuples. Gardons-nous de jamais en rétrécir les contours ; soyons accueillant comme le Christ l’est pour tous, sous peine de nous mettre nous-mêmes hors les murs, hors la maison du Seigneur. Amen.