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samedi 20 septembre 2014

25ème dimanche ordinaire A - 21 septermbre 2014

Le maître peut-il disposer de ses biens comme il l'entend ?




Quiconque aura écouté le pape François, ou lu, ne serait-ce que quelques lignes de son exhortation apostolique La joie de l’Evangile (EG), aura compris que l’Eglise est nécessairement missionnaire ou elle n’est pas fidèle à sa mission : Tous ont le droit de recevoir l’Evangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer, sans exclure personne (EG 14). Si je reviens aujourd’hui à ce texte programmatique du pontificat du pape François, c’est parce que l’Evangile que je viens de proclamer va dans ce sens. Le maître du domaine qui sort chercher des ouvriers pour travailler dans sa vigne est bien la représentation de Dieu qui cherche des hommes et des femmes pour travailler à la mission pour que son peuple grandisse et donne le fruit qu’il en attend. 
 
Je pourrais alors m’attarder sur les différentes catégories d’ouvriers, qui ont tous travaillé dans la vigne du maître, certains, juste un peu moins longtemps que d’autres. Je pourrais souligner combien la réaction des premiers embauchés semblent humaine. N’aurions-nous pas fait de même si nous avions été à leur place ? Notre sens de la justice ne s’en trouverait-il pas bousculé, voire choqué, en constatant que les derniers arrivés reçoivent autant que les premiers, qui ont travaillé sous le poids de la chaleur ? Pourtant, au-delà de ces considérations sociales, il y a une parole qui me semble plus digne d’intérêt, en ces temps qui sont les nôtres. Cette parole, c’est la réponse du maître justement à l’interpellation des ouvriers de la première heure : N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? 
 
Quel est ce bien dont parle le Maître ? Si nous lisons cette parabole comme une allégorie de l’Eglise, chargée de gérer les biens du Maître en attendant son retour, ces biens peuvent être les sacrements qui la font vivre et grandir. Comment gérons-nous ces biens qui ne nous appartiennent pas, mais dont nous avons le dépôt ? Le pape François dresse, dans son exhortation, un constat dramatique : L’Eglise est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est « la porte », le baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Eglise n’est pas  une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile (EG 47). Ce long passage nous invite tous à nous interroger, et pas seulement les prêtres ! Lorsque j’étais curé de paroisse, combien de fois ai-je entendu des chrétiens respectables critiquer le baptême de tel enfant ou la communion de tel autre alors qu’on ne voyait jamais sa famille. Et combien de fois m’a-t-on reproché de célébrer avec la même ferveur que pour des familles pratiquantes, les baptêmes, mariages ou funérailles de familles loin de l’Eglise ! Ce sont bien là des récriminations du même genre que celles formulées par les ouvriers de la première heure. Quand nous sommes du bon côté de la barrière, nous voudrions tous qu’une différence soit faite entre nous et les autres, ceux du dehors, ceux qui ne sont pas aussi sérieux, aussi pieux, aussi engagés que nous. Enfin quoi, l’Eglise ne va pas commencer à mélanger les torchons et les serviettes quand même ! 
 
Si vous avez suivi l’actualité religieuse ces derniers jours, peut-être avez-vous entendu que différents cardinaux, proches collaborateurs du pape, ont sorti en librairie nombre de livres pour défendre la doctrine du mariage catholique, et ce à quelques semaines de l’ouverture d’un synode sur la famille. Alors que le cardinal Casper invitait ses frères à réfléchir à la doctrine à frais nouveaux, en tenant compte aussi de la réalité vécue par de nombreux croyants, voilà qu’une poignée d’entre eux jouent aux ouvriers de la première heure, et veulent confisquer les biens que le Maître a confié à tous. Je ne dis pas que la doctrine du mariage catholique est mauvaise, mais que certains interdissent même la possibilité d’en discuter à la vue de la situation actuelle, voilà qui me semble dangereux. Ne vaut-il pas mieux revenir vers le Maître du domaine et l’interroger sur le bien qu’il nous a confié et sur la manière d’en disposer ? N’est-il plus vrai que l’Esprit Saint s’exprime aussi quand le pape réunit ses collaborateurs pour discuter de sujets graves ? Une doctrine tenue fermement, envers et contre tous, aurait-elle plus de poids que le souffle de l’Esprit animant une réunion d’Eglise au plus haut niveau ?
 
Le travail dans la vigne du Seigneur ne manque pas. Il faut le faire avec intelligence et discernement. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais d’oser une vraie pastorale missionnaire qui redonne le goût de l’Evangile, le goût du Christ à celles et à ceux qui l’ont perdu. Pour citer encore le pape François, la pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi » (EG 33). Avec le pape François, je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités (EG 49). Nous ne gagnons rien à refuser la discussion, la rencontre avec l’autre, si ce n’est le risque de la disparition. Va-t’en, s’entend dire le serviteur qui récriminait contre le maître qui a voulu donner autant aux derniers qu’aux premiers.
 
Le Dieu que révèle Jésus dans la parabole est un Dieu bon, un Dieu qui récompense chacun de la même manière. Dieu n’a qu’une seule chose à offrir à tous : le salut. Il n’y a pas de petites doses ni de grandes doses du salut. Il n’y a que le salut, le même pour toutes et pour tous. Il nous est obtenu par le Christ, qui a livré sa vie pour les Juifs et les païens, les esclaves et les hommes libres, les hommes et les femmes. Si nous sommes croyants de longues dates, fidèles aux enseignements de l’Eglise, ne récriminons pas contre Dieu qui veut donner à tous le salut, même à ceux qui sont moins fidèles, moins croyants, moins engagés ; réjouissons-nous plutôt de ce que la joie de l’Evangile gagne les cœurs et permette à tous de se mettre en route, malgré leur vie difficile. Amen.

 

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