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vendredi 12 septembre 2014

Fête de la Croix glorieuse - 14 septembre 2014

La croix, signe de l'amour de Dieu pour nous.



Il y a quelque chose de paradoxale dans le titre de la fête de la croix glorieuse, et c’est son titre : la juxtaposition du mot croix, qui nous renvoie immanquablement au Vendredi Saint, à la Passion et à la mort du Christ,  et du mot glorieuse, comme si la mort injuste de l’innocent et l’instrument de sa torture avait quelque chose de glorieux. Pourtant, c’est bien à une fête que nous sommes convoqués aujourd’hui. 
 
Pour bien comprendre ce paradoxe, la liturgie nous a donné trois lectures que nous venons d’entendre. Je voudrais en retenir une, l’hymne aux Philippiens de Paul, Apôtre des païens. Ce passage est utilisé dans la prière de l’Eglise à l’occasion de quelques offices de vêpres. La traduction utilisée alors met mieux en valeur cette hymne de Paul. Elle retentit ainsi : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes, reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, il l’a doté du nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. J’en conviens ; il n’y a que peu de différence avec le texte entendu, mais lorsqu’on chante ces mots, quelle beauté pour exprimer l’amour de Dieu pour nous. 
 
Pour Paul, cet amour de Dieu, c’est en Jésus qu’il s’exprime. Non pas dans la naissance de Jésus, qui est un événement heureux en soi, mais plutôt dans l’abaissement de Jésus. Ce Jésus donc qui vient dans notre monde ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est abaissé. La grandeur de l’amour de Dieu, c’est qu’il s’abaisse jusqu’à venir à nous, sans atour, sans gloire. Dieu se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir Dieu. Et comme cela ne suffit pas, ce Fils, ce Dieu fait homme, ce Dieu abaissé, va encore plus loin : jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est bien là, devant la croix, que se mesure le mieux la conséquence de l’incarnation, la conséquence dramatique de l’abaissement de Dieu, la conséquence de l’amour dont nous sommes aimés. C’est parce que nous sommes aimés par Dieu d’un amour unique que Dieu s’abaisse ; c’est parce que nous sommes aimés d’un amour unique de Dieu que son Fils va jusqu’à la mort ; c’est parce que nous sommes aimés ainsi par un Dieu qui n’est pas jaloux de sa divinité, que nous sommes sauvés. Désormais, au nom de Jésus, tout genou fléchit. Comment ne pourrait-il pas fléchir d’ailleurs devant tant d’amour exprimé de manière aussi forte, aussi dramatique, aussi définitive ! 
 
L’abaissement du Fils unique aura pour nous valeur d’élévation. Lorsque Dieu s’abaisse à être homme, l’homme finit par s’élever jusqu’à être en Dieu. Voilà ce que voulait faire l’amour de Dieu ; voilà ce qu’il a fait, en Jésus, sur la croix. Si le Vendredi Saint nous mesurons surtout l’abaissement du Fils et sa mort, aujourd’hui, nous sommes invités à mesurer pleinement ce que cet amour vaut pour nous. L’abaissement du Fils est notre vie ; l’abaissement du Fils est notre salut ;  l’abaissement du Fils est notre grandeur. Dieu étant venu jusqu’à nous en Jésus, nous pouvons désormais aller jusqu’à Dieu en Jésus. Venu de Dieu chez les hommes, pour les hommes, il retourne à Dieu avec les hommes. Voilà pourquoi nous nous réjouissons aujourd’hui. 
 
Ce que Jésus a vécu, ce que Paul a chanté, nous sommes tous appelés à le vivre. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu ; nous sommes destinés à vivre en Dieu. Certains d’entre nous sont invités à le vivre à l’extrême, comme Jésus, comme Paul, c’est-à-dire jusqu’à la mort, jusqu’au don total du martyr. Suprême témoignage de tendresse et d’amour, la croix glorieuse du Christ devient croix glorieuse pour ces hommes et ces femmes qui, au cours de l’histoire, et malheureusement encore aujourd’hui en certains pays, versent leur sang à cause de l’amour de Dieu pour nous, à cause de l’amour qu’ils vivent pour chacun et pour Dieu en particulier.
 
Mais sans aller jusqu’au martyr, nous sommes tous appelés à vivre de cette croix. Le signe de la croix est le premier geste fait sur nous, lorsque nous sommes présentés au baptême. D’emblée, à l’aurore de notre vie, la croix devient notre signe de ralliement, notre signe de reconnaissance. Elle ne dit pas nos souffrances futures, mais l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Alors même que nous ne savons pas ce que l’enfant à baptiser va devenir, nous lui disons qu’il est déjà infiniment aimé de Dieu, et qu’il le sera toujours. Nous lui disons que c’est pour lui aussi que le Christ a vaincu la croix, pour qu’à son tour, il soit capable de suivre le Christ, en prenant sa croix. 
 
Les croix de nos vies peuvent quelquefois nous sembler lourdes, inhumaines à porter ; mais souvenons-nous qu’elles aussi sont croix glorieuses si elles sont portées à la suite du Christ, par amour. Sur le chemin de sa Passion, sur le chemin de son amour pour tous les hommes, il a pris sur lui nos croix, et dans sa mort et sa résurrection, il les a transfigurées en croix de lumière, en croix glorieuses. Quelles que soient les épreuves de nos vies, nous sommes destinés à vivre, libres et heureux. La croix n’est pas un obstacle au bonheur, elle en est le passage. Quelle puissance pourrait nous retenir sur nos croix si le Christ lui-même nous prend avec lui, dans sa gloire ? Aucune.
 
Célébrer la croix glorieuse, c’est donc célébrer aussi notre espérance. Le Dieu de Jésus Christ est le Dieu de la vie pour celles et ceux qui croient en lui et marchent à sa suite. Son amour ne fera jamais défaut à quiconque crie vers lui. Sa croix plantée en terre est, à tout jamais, l’arbre de notre vie, de notre bonheur, de notre espérance, car Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour condamner le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.

(Photo prise en Flandres, Tyne Cot Cemetery, Cimetière anglais de soldats tombés en 1914-1918)

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