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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







vendredi 3 avril 2026

Vendredi Saint - 3 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.







 

            Depuis le dimanche des Rameaux, nous accompagnons Jésus à Jérusalem. Nous avons vécu avec lui son dernier repas pendant lequel il nous a dit l’amour de Dieu pour nous à travers deux signes : celui du pain et du vin partagés et celui du lavement des pieds. Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert. Peut-être avons-nous même veillé une partie de la nuit avec lui. Nous voici, toujours avec lui, pour vivre l’impensable : l’arrestation, le procès et la mort de l’Innocent. Pourquoi ? Parce qu’il nous aime ! Oui, quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.

            Lorsque nous perdons un proche, nous prenons le temps de relire sa vie, nous nous remémorons les bons moments, nous oublions les moins bons. Quand la mort frappe à la porte, souvent tout est pardonné. En relisant la vie de Jésus, force est de constater qu’il n’y a rien à pardonner ; toute sa vie ne fut qu’amour, miséricorde, don, pardon. Rien ne laissait présager qu’il puisse un jour être arrêté, jugé et condamné à mort. La lecture de la Passion selon Jean démontre bien l’inconsistance des accusations. Lorsqu’un des serviteurs du grand-prêtre Hanne le gifle, Jésus interroge : Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Sa question reste sans réponse et par dépit, on l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Et de chez Caïphe au Prétoire, devant Pilate, le seul qui puisse prononcer la peine de mort. Jusque-là, aucun motif de condamnation n’a été trouvé. Quand Pilate les interroge, la seule raison invoquée pour la comparution de Jésus est : S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. Mais aucune démonstration de culpabilité. Pilate lui-même en conviendra : Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Alors pourquoi est-il condamné quand même ? Pourquoi le scandale de la croix ?

            La réponse nous a été donné par le prophète Isaïe. Nous pouvons relire son livre à la lumière du mystère de Pâques et comprendre que ce qu’il annonce, c’est Jésus qui le vit, qui l’incarne. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous… il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. En clair, c’est à cause nous, à cause de toi, à cause de moi que Jésus est mort en croix. Ce mystère de l’amour donné librement, gratuitement c’est à cause de nous ; c’est pour nous, pour notre salut. Parce que nous ne vivons pas toujours de l’Alliance que Dieu nous propose, parce que le péché, tapi dans notre vie, surgit et détruit, parce que notre amour est inconsistant, Dieu fait preuve de bonté, de grâce, de miséricorde et d’amour pour sauver notre vie et notre avenir. A nous qui avons si souvent rompu son Alliance, il montre la voie de la fidélité ; à nous qui nous laissons envahir par la haine, il montre le chemin de l’amour ; à nous qui succombons si souvent à la rancune, il montre le chemin du pardon. Dieu accepte le sacrifice de son Fils unique pour que toute sa création puisse être sauvée. Par le passé, au temps de Noé, Dieu avait refait sa création après avoir lavé la terre par les grandes eaux du déluge. Il s’était engagé à ne jamais recommencer. Pour sauver l’homme, il fallait à Dieu affronter la mort et la vaincre définitivement. C’est le sacrifice de Jésus sur la croix qui va réaliser cette grande œuvre de Dieu. Puisque l’humanité est incapable de se sauver, il a accepté que son Fils affronte la mort et le péché. Au pied de la croix, nous pouvons légitimement penser que c’est là un échec. Jésus, l’Innocent, est mort. Les hommes ont parlé, la foule a crié : Crucifie-le ! Crucifie-le ! Et Dieu s’est tu !

Le silence assourdissant de Dieu marque encore chaque année notre liturgie du Vendredi Saint. Il est le silence de la sidération, le silence de ceux et celles qui ne comprennent plus et à qui il manque les mots de la révolte. Il nous faut accepter ce silence de Dieu ; il nous faut partager ce silence si nous croyons avec Pilate qu’il fallait relâcher Jésus ; il nous faut accepter ce silence et attendre la parole que Dieu prononcera définitivement. Nous avons tué son Fils ; restera-t-il sans répondre ? Nous avons tué son Fils ; refusera-t-il la vengeance ? Ce silence est notre seul espoir. Peut-être que le choix des soldats de ne pas profaner davantage ce corps meurtri en lui brisant les jambes, nous vaudra un sursis. Peut-être que l’attitude de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui vont l’ensevelir dignement, selon la coutume juive, nous vaudra-t-il le début d’un pardon. Pour l’heure, nous n’en savons rien. Entrons dans ce silence de Dieu et comptons sur sa miséricorde. Qui sait ? Peut-être quelque chose de neuf adviendra-t-il de ce scandale. Amen.

jeudi 2 avril 2026

Jeudi Saint - 2 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert !





(Le lavement des pieds, Oeuvre de Soeur Mercédès, 2006, Abbaye Notre-Dame des Neiges)


 



 

            Le Triduum pascal qui s’ouvre ce soir est l’occasion pour nous de mesurer l’immense amour de Dieu pour nous ; chacun de nous peut dire, l’immense amour de Dieu pour moi. C’est le cœur de la foi chrétienne que nous célébrons ; c’est le cœur de la foi qui rejoint chacun là où il en est de sa vie. Je voudrais inviter chacun à vivre ces jours saints comme le concernant personnellement, et non seulement comme un souvenir du passé, de ce que Dieu, en Jésus, a fait jadis pour l’humanité, mais bien de ce que Dieu réalise encore pour lui, aujourd’hui, ici et maintenant. Et interrogeons-nous chacun : que fait Dieu aujourd’hui pour me dire son immense amour pour moi ? La célébration de la messe en mémoire de la Cène du Seigneur nous dit deux choses que le Christ réalise toujours et encore pour chacun : il s’offre et nous sert.

            Oui, le Christ s’offre à nous, totalement, intégralement, dans son Corps livré et dans son Sang versé. C’est certainement ce qu’il fait de plus fort pour nous. En s’offrant à nous, il se rend authentiquement présent à notre vie. Un peu de pain, un peu de vin suffisent, et par les mains d’un prêtre, le Christ est là ! C’est l’éternel miracle de l’Eucharistie qui rassemble et construit la communauté croyante. Chaque dimanche, que dis-je ? chaque jour, je peux rencontrer le Christ qui s’offre à moi dans un bout de pain et un peu de vin consacrés. Trois fois rien pour une Alliance vivante, éternelle, scellée avec moi, avec chacun qui reconnaissent ainsi la présence du Ressuscité, selon ce qu’il a lui-même dit et institué. Paul s’en est fait l’écho dans la deuxième lecture : La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang du Christ, donné, livré pour nous, pour chacun. C’est le plus grand mystère de notre foi qui nous dit une chose importante au-delà de ce signe. Il nous dit que, puisque le Christ se donne en partage, nous devons à notre tour apprendre le partage ; le partage de nos biens, mais aussi le partage de notre vie. Comment rester indifférent à l’autre qui croise ma vie alors que le Christ ne cesse de se donner à moi dans l’Eucharistie partagée ? Comment puis-je demander au Christ de se donner à moi si, en retour, je n’accepte pas de me donner aux autres, à tout autre qui croise ma vie ? L’immense amour de Dieu qui se manifeste dans ce don total du Christ, se propage par moi à tous les hommes de bonne volonté, quand je partage un peu de mon bien, un peu de ma vie, un peu de l’amour dont Dieu m’aime. Je viens communier pour puiser là la force d’être un authentique disciple du Christ qui s’offre au monde, et non pas pour garder Jésus pour moi tout seul, dans le secret de mon cœur.

            Le Christ s’offre à nous dans l’Eucharistie, et il s’offre pour mieux nous servir. L’autre geste de Jésus, c’est ce lavement des pieds dont parle l’évangile de Jean. Le geste d’un esclave envers son maître et envers les invités de son maître, pour chasser la poussière et la fatigue du chemin. Avec le partage, le service devient l’autre grand marqueur du croyant, le grand marqueur du disciple véritable. Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Vous avez bien entendu : vous devez et non pas vous pouvez, ou ce serait bien que vous le fassiez vous aussi. Non, vous devez. Cela ne souffre aucune discussion et ne supporte la recherche d’aucune échappatoire. Quelqu’un qui ne sert pas, n’a pas totalement compris encore l’enseignement du Christ dont la propre vie est l’illustration et la mise en œuvre. Jésus nous dit par toute sa vie : Tu veux être le premier ? Sers ! Tu veux être le plus grand ? Sers ! Tu veux être mon frère ? Sers ! Tu veux faire la volonté de mon Père ? Sers ! Le seul pouvoir qui existe dans l’Eglise, c’est le pouvoir du service permanent. Jésus avait déjà averti ses disciples quand il leur disait : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées (Lc 12, 35). Ce soir, en prenant la place du serviteur, la condition de serviteur, le Christ élève le service au rang de la chose la plus noble, la plus grande que nous puissions jamais faire. De ce Maître incomparable, apprenons cet art qui consiste à servir. Et plus nous estimons notre place élevée dans ce monde, plus nous devons nous mettre en tenue de service. Plus grand est notre pouvoir, plus grand est notre devoir de servir pour ne jamais être tenté d’écraser l’autre, pour ne jamais être tenté d’humilier l’autre, pour ne jamais être tenté par l’orgueil de croire que ce sont les autres qui me doivent service et obéissance.

S’offrir et servir : voilà ce que l’amour de Dieu fait pour nous, pour chacun. Nous offrir et servir à notre tour, voilà ce que l’amour de Dieu nous propose comme chemin pour que notre monde devienne plus humain. Quand Dieu se fait homme pour s’offrir et servir les hommes, il nous indique la voie de notre sainteté : nous offrir et servir comme lui, avec la même passion et le même désir de conduire tous les hommes au Royaume où Dieu nous attend. Que le Christ offert et reçu en cette Eucharistie libère en nous la force du service de Dieu et des frères et sœurs qu’il place sur notre route. Amen.