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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 20 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent A - 21 décembre 2025

 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.





(Philippe de Champaigne, Le songe de Joseph, National Gallery, Londres)



 

            En ce dernier dimanche de l’Avent de l’année A, nous rencontrons, non pas Marie, mais Joseph, celui que beaucoup semblent avoir oublié alors qu’il est important qu’il prenne sa part dans le projet que Dieu porte pour l’humanité. Comme l’écrit Matthieu, et conformément à la Loi de Moïse, il aurait dû dénoncer publiquement Marie. Mais il était un homme juste. Cette petite mention va tout changer.

            Ce qualificatif d’homme juste, ne relève pas d’abord de l’ordre moral dans la Bible. C’est un qualificatif théologique qui dit que Dieu lui-même reconnaît la justice d’un homme. C’est un mérite qu’on ne s’attribue pas ; il est un don qui signe un art de vivre conforme à la Loi et à la volonté de Dieu. De Marie, l’ange dit qu’elle est Comblée de grâce ; de Joseph, qu’il est un homme juste. C’est dire la qualité religieuse de ces deux, choisis par Dieu, pour donner corps et existence au Fils que Dieu envoie dans le monde pour le sauver. Le sens de la justice de Joseph, qui ne sait rien de l’histoire à ce stade, le pousse à renoncer à dénoncer publiquement celle qui lui était promise. Il décide la renvoyer en secret. Si Marie en aime un autre au point d’attendre déjà son enfant, pourquoi la retenir et pourquoi demander vengeance ? Joseph, le juste, ne fera pas de mal à celle qui lui était promise.

            Quand je lis l’histoire de Joseph, je ne peux m’empêcher de m’interroger : comment Dieu a-t-il pu oublier de prévenir cet homme du projet qu’il formait pour l’humanité en Marie ? Il faut quand même un peu de temps entre la conception et les premiers signes de grossesse ! L’ange avait-il oublié ? Avait-il mieux à faire ? C’est vrai que la préparation de la naissance du Fils de Dieu a dû être quelque chose. Cela n’arrive pas tous les quatre matins. Mais de là à oublier de prévenir Joseph, quand même ; ce n’est pas très sérieux ! J’imagine le branle-bas de combat que cela a provoqué ! Alerte ! Joseph veut renvoyer Marie ! Comment est-ce possible ? Qui était chargé de le prévenir ? Personne ! Gabriel, tu t’en charges, fissa ! Ce qui nous vaut d’entendre aujourd’hui cette merveilleuse annonce à Joseph, quand il dort, et de vérifier sa justice quand il se réveille. Il ne se dit pas que tout cela est un mauvais rêve ; il reconnaît que Dieu, par son ange, lui a parlé, lui a demandé de prendre Marie, comme cela était prévu, et d’être sur terre le père de Jésus. Pas uniquement pour éviter les questions désagréables ; pas juste pour donner une famille à Jésus ; non, il lui est demandé de devenir la véritable figure paternelle de Jésus enfant, lui assurant un toit, une stabilité, le préparant à un métier, bref, en faire un vrai petit d’homme qui apprendra à trouver sa place dans ce monde. En acceptant à son tour le projet de Dieu, il sauve Marie, l’enfant et l’humanité. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

            Que reste-t-il alors apprendre pour nous ? En ces derniers jours de l’Avent, nous apprendrons à faire à notre tour, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; nous apprendrons à entrer dans la volonté de Dieu, même et surtout quand elle entre en conflit avec nos projets humains. La volonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes, est toujours source de salut (Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire le Seigneur sauve), source de vie (l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint), source de paix (Joseph, ne crains pas). Joseph nous apprend à passer du doute à la foi, de la stupeur à la confiance absolue en Dieu, qui est toujours Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous. Amen.

samedi 13 décembre 2025

3ème dimanche de l'Avent A - 14 décembre 2025

 Jean le Baptiste, l'homme pour les autres. 




(Léonard de Vinci, Jean le Baptiste, Musée du Louvre, Paris)


 

 

            A côté d’Isaïe, il y a un autre grand prophète du temps de l’Avent, c’est Jean le Baptiste, l’homme du seuil, l’homme qui prépare les autres à passer de la première Alliance à la Nouvelle Alliance, en annonçant et en baptisant celui qui doit venir derrière lui (cf. Jn 1, 15). Lorsque nous le rencontrons aujourd’hui, Jésus a commencé sa mission et lui, Jean le Baptiste, est en prison pour avoir osé rappeler au roi Hérode qu’il ne pouvait pas prendre la femme de son frère. Nous connaissons la suite, elle conduira à la décapitation du prophète. A bien relire sa vie, nous voyons que Jean le Baptiste est l’homme pour les autres.

            Il est l’homme pour les autres dans la mission qui est la sienne : préparer le cœur des hommes à reconnaître et à accueillir le Messie. Nous en avons eu un écho dans l’évangile de dimanche dernier lorsqu’il interpelait vivement les pharisiens et les sadducéens qui venaient à lui. Mais nous le voyons aussi dans un passage de l’évangile de Luc où les personnes qui viennent vers lui l’interrogent pour savoir ce qu’ils doivent faire pour marquer leur conversion. Son souci n’est pas de condamner les autres, mais de leur proposer une voie de conversion, de changement radical pour être prêt quand le Messie viendra.

            Il est l’homme pour les autres dans son rapport à ses propres disciples. Alors qu’ils peuvent être désemparés parce que leur maître est en prison, voilà qu’il les envoie vers Jésus avec cette question : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? La question peut sembler surprenante de la part de celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29). A-t-il peur de s’être trompé ? Ou veut-il faire un dernier geste pour ses propres disciples, afin qu’ils reconnaissent eux-aussi, en Jésus, celui qu’il a depuis longtemps reconnu. De sa prison, il ne peut plus les enseigner ; il les envoie donc vers Jésus avec cette question pour qu’ils comprennent qui est Jésus comme Jean l’a compris. La réponse de Jésus à cette question reprend les mots du prophète Isaïe qui précisait les signes qui manifesteront le retour de Dieu au milieu de son peuple : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! (Mt 11, 5-6) Jean le Baptiste leur a fait la grâce de se rendre compte par eux-mêmes, à la réponse de Jésus, qu’il est bien celui dont Jean le Baptiste annonçait la venue. Et puisque leur maître est en prison, il leur offre la possibilité de s’attacher à ce nouveau maître qu’est Jésus. Déjà, lentement, Jean le Baptiste s’efface et remet tout, y compris ses disciples, à la suite de Jésus.

            Jean le Baptiste est l’homme pour l’autre, le tout autre, celui que Dieu lui-même envoie : Jésus. Sa mission n’était pas de briller, mais de mettre la lumière sur Jésus. Quand il viendra se faire baptiser, lui qui n’a pas besoin de conversion, Jean le désignera comme l’Agneau de Dieu. Il verra celui qu’il a annoncé ; il l’inscrira dans ce peuple qui cherche Dieu. Il verra deux de ses disciples suivre Jésus sans chercher à les retenir ; l’un d’eux est André, le frère de Simon-Pierre (Jn 1, 40). C’était dans l’ordre des choses, dans la mission qui était la sienne. Il n’a pas annoncé ce temps nouveau pour ensuite empêcher les autres de reconnaître et suivre Jésus. Il témoignera de sa joie de voir Jésus commencer sa mission et de sa joie de constater que les gens viennent vers Jésus lorsqu’il dira à ses disciples qui s’en inquiètent : Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue (Jn 3, 30). Et Jésus témoignera de ce lien particulier en rendant hommage à Jean le Baptiste et à sa mission : C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de moi, pour préparer le chemin devant moi (Mt 11,10). Il confirme que Jean le Baptiste est bien l’homme pour lui.

            En ces temps qui sont les nôtres, que Jean le Baptiste nous inspire d’être des hommes et des femmes pour les autres, soucieux de faire découvrir le Christ à ceux que nous rencontrons. Que Jean le Baptiste nous inspire aussi d’être des hommes et des femmes pour Jésus, soucieux de le mettre au cœur de notre propre vie, capables de lire les signes de sa présence dans le monde. Que Jean le Baptiste nous donne de marcher à la lumière du Christ, aujourd’hui et toujours. Amen. 


samedi 6 décembre 2025

2ème dimanche de l'Avent A - 7 décembre 2025

 A l'école d'Isaïe.





(Le prophète Isaïe, Collection du Musée du Louvre)


 

 

            Le grand prophète du temps de l’Avent, c’est sans nul doute le prophète Isaïe. Non pas que son livre annonce la naissance de Jésus ; ce n’est même pas son propos. Mais parce qu’il y a chez lui une espérance farouche et solide qui se manifeste page après page. Isaïe est un grand défenseur de la sainteté de Dieu et son message prophétique est d’abord un message de protestation, de contestation des chefs du peuple qui ne respectent ni Dieu, ni les pauvres et qui conduisent le pays à sa ruine. Mais le prophète garde confiance en Dieu et annonce des jours meilleurs.

            En ces jours-là, dit-il dans sa prophétie de ce dimanche, laissant entendre qu’un autre temps viendra. Isaïe replace toujours la foi dans le temps des hommes. Il est en fait un témoin de la foi de son époque ; et ce qu’il voit ne le réjouit pas. Aristocrate, membre de la cour du roi, il sait se faire entendre dans les hautes sphères, et donc faire entendre Dieu, quand bien même les puissants s’en sont éloignés. La situation politique et sociale est difficile, mais Isaïe garde espoir. Même si les peuples voisins sont turbulents et va-t’en-guerre, Isaïe voit plus loin. Il sait que la royauté n’échappera pas à David. Nous retrouvons cette certitude dans le passage entendu : un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Celui qui sauvera son peuple, celui qui rétablira la paix, est de descendance davidique, de descendance royale. Il ne peut pas en être autrement, le Dieu d’Israël s’étant fermement engagé envers David lui-même. Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui tient parole, et les hommes peuvent donc s’appuyer sur lui. Ce rejeton, ce sont les chrétiens qui l’identifient à Jésus ; mais pour Isaïe, il s’agit surtout d’annoncer un messie pour son temps, un messie qui va sauver son peuple, ici et maintenant. En des temps difficiles, il est bon d’avoir quelqu’un qui voit au-delà des choses, qui rappelle que les hommes peuvent toujours se tourner vers le Saint d’Israël et que c’est lui, et lui seul, qui offre le salut aux hommes.

             La prophétie de ce dimanche est une prophétie de paix : le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble. Les antagonismes naturels sont levés, les oppositions sont effacées, les ennemis d’hier sont des frères aujourd’hui. En regardant notre monde en 2025, nous constatons qu’il y a nombre d’endroits où, pour le salut de l’agneau, du chevreau et du veau, il est préférable qu’ils ne couchent ni ne fréquentent le loup, le léopard ou le lionceau. Si cela arrivait aujourd’hui, nous n’aurions pas fini de lire la prophétie, que les premiers auraient déjà été dévorés par les seconds. Mais cela ne veut pas dire que la prophétie est fausse. Je le rappelle : pour les chrétiens, cette prophétie annonce le Christ et son retour dans la gloire, ce moment où toute l’histoire des hommes sera récapitulée, menée à sa plénitude. Alors, alors seulement, le loup habitera paisiblement avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, sans risque pour les premiers. Quand le Christ reviendra, la paix marchera devant lui. Le mal aura été définitivement vaincu. Le livre de l’Apocalypse de saint Jean nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de mer (M.E.R.), parce que le mal n’existera plus. N’existant plus, il n’est pas utile que subsiste le siège des forces du mal (la mer justement). Quel beau monde nous attend !

            En attendant ce monde, ne pouvons-nous que lorgner vers lui et désespérer de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Non. Nous pouvons, vous et moi, décider de commencer par changer le monde. Nous pouvons, vous et moi, décider de faire reculer les forces du mal. Nous pouvons, vous et moi, décider que le mal ne passera pas, et ne passera plus désormais, par nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous appuyer sur le Dieu saint qui sait pardonner, pour lutter contre le mal, en nous et autour de nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous tourner vers le Saint avec la certitude qu’il est toujours possible de nous appuyer sur lui et d’espérer en lui. Même si nous pouvons avoir l’impression que Dieu a abandonné notre monde, sachons le voir à l’œuvre dans les petits gestes, les petits pas vers la paix et la réconciliation. N’attendons pas qu’un autre commence à changer le monde ; n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas de la réconciliation ; n’attendons pas qu’un autre initie un chemin de paix. A trop attendre un autre, nous risquons d’attendre longtemps. Dès aujourd’hui, soyons des artisans de paix et de réconciliation à notre petite échelle, dans notre petit monde. C’est là que Dieu nous attend ; c’est là que Dieu nous envoie être témoin et acteur du monde que le Christ viendra restaurer à la fin des temps. Dès aujourd’hui, avec lui, dans la force de son Esprit, nous pouvons agir et construire un monde plus juste et fraternel. Quelqu’un doit commencer ; pourquoi pas nous ? Amen.

 

           

samedi 29 novembre 2025

1er dimanche de l'Avent A - 30 novembre 2025

Bonne nouvelle année liturgique ! 





 

            Bonne nouvelle année liturgique à toutes et à tous ! Ben oui, quoi. Si dimanche dernier, la fête du Christ Roi clôturait l’année liturgique, c’est ce dimanche que commence la nouvelle. Pas lundi dernier, mais ce premier dimanche après le Christ Roi. Parce que c’est bien le dimanche qui compte pour les chrétiens, ce jour où nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ. Nous ouvrons à nouveau le livre de la Parole de Dieu, avec d’autres extraits et surtout un autre évangile, celui de Matthieu. Certains pourraient se dire : j’étais déjà là, il y a trois ans. J’ai été fidèle tout au long de cette année-là. L’évangile de Matthieu, je l’ai entendu. Ai-je vraiment besoin de recommencer ? Une fois que j’ai vécu un cycle liturgique, j’ai tout fait ; pourquoi revenir ?

            La raison première, c’est qu’en trois ans, les choses ont changé. Oh, pas la Parole de Dieu, ni l’Ancien Testament, ni le Nouveau. Personne n’a réécrit l’Evangile de Matthieu en en modifiant fondamentalement le sens. Il n’y a pas eu de découverte qui ferait dire : nous nous sommes trompés dans l’interprétation des textes de Matthieu ; il faut tout reprendre. Non rassurez-vous, personne ne nous a changé la Bible. Mais quelque chose a bien changé, ou plutôt quelqu’un, et je ne parle pas ici de notre nouveau curé. Non, celui qui a changé, c’est toi, toi, et elle, et lui, et moi. Nous avons tous trois ans de plus, et donc de la sagesse en plus, de l’expérience en plus. Et à cause de cela, la manière dont nous entendrons à nouveau les mêmes textes qu’il y a trois ans, peut changer. Et j’en suis même certain, si nous avons pris au sérieux les paroles venues de Dieu, entendues au cours des trois dernières années. Parce que j’ai l’intime conviction que la Parole de Dieu nous change, nous fait grandir, nous fait relire le monde et ses événements différemment. Chacun de nous sait ouvrir une Bible ; il n’y a aucun exploit dans cette chose. Chacun de nous sait lire un texte biblique ; il n’y aucun exploit dans cette chose non plus. Quiconque sait lire une BD ou un journal, sait lire la Bible. Cependant, ce que chacun ne sait pas forcément faire tout seul, c’est bien comprendre ce qu’il lit. C’est pour cela aussi que nous nous rassemblons chaque dimanche ; pas uniquement pour recevoir le Corps du Christ, mais pour faire vivre ce Corps du Christ qu’est l’Eglise, donc un peu chacun de nous, à la lumière de la Parole proclamée et expliquée.

Dans cette Parole entendue, Dieu est présent et se révèle, en fonction de ce que chacun est capable de comprendre et d’assimiler. Il a une manière simple de le vérifier : il suffirait à la fin de chaque messe de vous réunir à quelques-uns pour échanger rapidement ce que vous avez compris des lectures du jour ; il y aura forcément des différences entre vous. Et il y a une méthode très simple pour que chacun puisse vérifier personnellement que sa manière de comprendre les lectures du dimanche change ; il suffirait de tenir un petit journal en y transcrivant après la messe, ce qu’il a compris des lectures et de faire cet effort sur six ans, c'est-à-dire deux cycles liturgiques complets et de comparer lors du deuxième cycle, ce que vous avez écrit avec ce que vous aviez relevé lors du premier cycle. La différence ne sera pas seulement due au changement de prédicateur, mais bien à cette présence agissante de Dieu dans votre vie, qui vous fait grandir dans son amitié et dans son amour. Plus nous allons à la rencontre du Seigneur, plus nous grandissons dans la connaissance de sa Parole et de l’alliance qu’il veut nouer avec chacun de manière particulière. Paul a bien raison de nous rappeler que le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Cela est vrai parce que le temps s’écoule lentement mais sûrement vers la récapitulation de l’histoire en Christ ; mais cela est vrai aussi parce que notre fréquentation de la Parole de Dieu nous la rend plus familière, plus facile d’accès et que nous comprenons mieux ce salut que le Christ nous propose.

Jésus l’affirme avec force dans l’évangile de ce dimanche : Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. La Parole de Dieu nous assure juste que ce retour aura lieu. Et si l’histoire de Noé nous semble bien vieille et bien lointaine, la situation n’a pas beaucoup changé. Il y a ceux qui seront sauvés et il y aura les autres. Parce que même si le projet de Dieu est de sauver tout le monde, il ne sauvera personne malgré lui ou contre lui. Veiller, ce n’est donc pas rester tranquillement chez soi en attendant ce jour, en limitant les risques de mal faire, mais c’est vivre activement, dans notre monde, à l’âge qui est le nôtre, à toujours mieux connaître ce Christ qui vient à notre rencontre, à toujours mieux faire sa volonté, à toujours être davantage frères et sœurs de celles et ceux que Dieu met sur notre route. Ne faisons pas à notre tour l’erreur de nos ancêtres au temps de Noé. En cette nouvelle année liturgique, je forme le vœu que l’écoute attentive de la Parole de Dieu, et sa compréhension approfondie par l’expérience acquise, nous garde éveillés, dans l’attente joyeuse de la venue de notre Seigneur. Amen. 

samedi 22 novembre 2025

Le Christ, Roi de l'univers C - 23 novembre 2025

 Sommes-nous à la hauteur d'un tel roi ?




(Statue du Christ Roi, Swiebodzin, Pologne)




 

 

            La solennité du Christ, roi de l’univers, clôt notre année liturgique. Depuis le premier dimanche de l’Avent, 01er décembre 2024 jusqu’à aujourd’hui, nous avons relu et médité la vie et le message du Christ à travers la compréhension qu’en avait l’évangéliste Luc. En ce dernier dimanche, l’Eglise nous invite à contempler le Christ que Luc nous a présenté, à travers cet extrait singulier de la Passion qu’on ne trouve que chez lui : Jésus en croix et son dialogue avec l’un des malfaiteurs crucifiés avec lui, plus connu sous le titre de Jésus et le bon larron. La royauté du Christ s’exprime là, sur la croix, et pas à cause de l’humiliante couronne d’épines qui orne son front. La première question qui se pose alors est : les gens étaient-ils prêts à accueillir ce roi ?

            D’évidence, la réponse est non. En-dehors du bon larron, tous se moquent de Jésus : Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! ou encore Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! Et enfin la réplique d’un des malfaiteurs : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! Une dernière bravade de la part d’un mourant qui ne croit ni en Dieu, ni en diable probablement. Pour ce bandit, comme pour les soldats romains et les chefs du peuple juif, un roi, c’est quelqu’un de fort, quelqu’un qui lève des armées pour se défendre et non pas quelqu’un qui meurt misérablement de la mort du dernier des humains, exposé nu à la vue de tous les passants. Pour bien comprendre, il faut relire ici le début de la royauté en Israël, à la fin de la vie du prophète Samuel. L’histoire est racontée au premier livre de Samuel, au chapitre 8, 4-22.

Tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent : « Tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donc, établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations. » Samuel fut mécontent parce qu’ils avaient dit : « Donne-nous un roi pour nous gouverner », et il se mit à prier le Seigneur. Or, le Seigneur lui répondit : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Tout comme ils ont agi depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à aujourd’hui, m’abandonnant pour servir d’autres dieux, de même agissent-ils envers toi. Maintenant donc, écoute leur voix, mais avertis-les solennellement et fais-leur connaître les droits du roi qui régnera sur eux. » Samuel rapporta toutes les paroles du Seigneur au peuple qui lui demandait un roi. Et il dit : « Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas ! » Le peuple refusa d’écouter Samuel et dit : « Non ! il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les nations ; notre roi nous gouvernera, il marchera à notre tête et combattra avec nous. » Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du Seigneur. Et le Seigneur lui dit : « Écoute-les, et qu’un roi règne sur eux ! » 

            Je ressens toujours la solitude du prophète qui veut rester fidèle à Dieu et la résignation de Dieu devant ce peuple qu’il a libéré d’Egypte et qui semble faire une crise d’adolescence : Il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les autres nations. Mais le peuple que Dieu s’est donné n’a pas vocation à être comme les autres ; il est le peuple particulier de Dieu, celui que Dieu a choisi parmi tous les peuples de la terre. Mais ce peuple ne veut plus de ce roi, et Dieu en est conscient : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Le portrait du roi humain, fait par le prophète, aurait dû les ramener à la raison, mais non : Il nous faut un roi ! Vu de près, c’est une rébellion ; vu de loin, une décision stupide comme seuls les humains en ont le secret. En rejetant Dieu et sa Sagesse, ils font le choix de l’arbitraire, le choix du pouvoir corrompu, le choix d’une fausse liberté. Les humains veulent des rois à leur taille, à leur image, quitte à les raccourcir d’une tête, s’ils ne conviennent plus. Milles rois corrompus semblent préférables à un roi juste, fidèle et aimant. L’histoire de ce peuple va désormais se confondre avec les turpitudes de ceux qui seront établis roi en Israël. Le peuple n’était pas à la hauteur de Dieu ; ses rois successifs, à quelques exceptions près, ne seront pas à la hauteur du peuple que Dieu leur confie. L’histoire ne pouvait que mal finir. Quand le peuple n’est pas à la hauteur de son roi, il s’en choisit un, semblable à lui en toutes choses, y compris le péché, et rejette le roi qui lui était semblable en toutes choses, à l’exception du péché.

Une autre question se pose alors, et elle nous concerne : c’est quoi, être à la hauteur de ce roi élevé de terre sur la croix ? Luc a cherché de nous le faire comprendre au long des pages de son Evangile, à partir des textes qui lui sont propres. C’est être prêt, comme Marie, à accueillir l’inattendu de Dieu et célébrer la grandeur de Dieu comme elle le fait dans le Magnificat : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! C’est discerner les merveilles de Dieu toujours à l’œuvre, comme le fait le vieux Zacharie quand il chante le Benedictus : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens. C’est avoir la simplicité des bergers qui se rendent à la crèche et s’émerveillent devant l’Enfant nouveau-né : Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaîtreAprès avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. C’est reconnaître en Jésus le Messie promis par Dieu depuis des siècles comme le fait le vieillard Syméon qui entonne le Nunc dimittis : Maintenant au Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples… C’est savoir faire preuve de miséricorde comme nous l’enseigne la parabole du fils prodigue : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! Je pourrai continuer longtemps encore la relecture de l’œuvre de Luc. Il nous dévoile, récit après récit, la royauté du Christ qui culmine là, sur la croix dans ce aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. Pas une plainte pour ce qui lui arrive ; pas un reproche à celui qui reconnaît le mal qu’il a fait. 

La dernière question qui se pose alors est la plus personnelle à chacun de nous : je n’y répondrai pas, parce que ma réponse, comme votre réponse, n’est que pour Dieu : sommes-nous aujourd’hui davantage à la hauteur de ce roi livré par amour pour nous ? Quelle est notre marge de progrès dans un amour qui se devrait d’être réciproque ? Que notre communion au Corps du Christ nous donne d’être toujours plus à la hauteur de ce roi livré, humilié, abandonné, crucifié, mais qui pourtant ne pense qu’à nous, n’aime que nous, ne vit que pour nous. Sa vie est donnée pour notre vie et pour la vie de chacun. En cela, il est et sera pour toujours le Christ, le Roi de l’univers. Amen.

samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

samedi 8 novembre 2025

Dédicace de la Basilique du Latran - 9 novembre 2025

Vous êtes la maison que Dieu construit. 




(Chaire papale- Saint Jean de Latran)



 

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Cette affirmation de Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, dit bien la réalité de l’Eglise, peuple rassemblé par Dieu en une seule et même famille, une seule et même maison. En ce jour où nous célébrons la dédicace (l’anniversaire de la consécration) de la basilique du Latran, à Rome, il est bon de nous souvenir que nous sommes tous, par notre baptême, membre d’un même corps, membre d’un même édifice.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. La basilique du Latran est le premier signe visible de cette maison que Dieu construit, parce qu’elle est la cathédrale du Pape en tant qu’évêque de Rome. Au fronton de la basilique sont écrits ces mots : Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Autrement dit, tout part de là ; tout existe à cause de cette Mère et tête. Même nos petites paroisses de la campagne alsacienne n’existent que parce qu’existe saint Jean de Latran. Certes, ce n’est pas l’évêque de Rome qui a ouvert ou construit nos églises, mais en étant le premier parmi ses pairs (primus inter pares), en ayant la responsabilité de nommer les évêques, l’occupant des lieux permet à la foi catholique de se répandre, de se structurer, de vivre et de faire vivre. Depuis l’empereur Constantin, qui a fait don à l’Eglise du domaine pour y construire la basilique, le baptistère et le palais, jusqu’à nous, c’est de là, de ce lieu symbolique et structurant, que tout est parti, que tout part encore. Si elle est la mère de toutes les églises, cette basilique est la basilique de chaque croyant, le lieu d’où la foi se dit, se transmet et se répand dans le monde entier. C’est pour cela que l’anniversaire de cette cathédrale, et de celle-là exclusivement, est célébrée dans le monde entier, permettant à chaque catholique de célébrer son attachement à l’Eglise catholique et apostolique. La basilique est dédiée à deux Jean : saint Jean le Baptiste, celui qui a annoncé la venue du Messie (Voici l’Agneau de Dieu) et saint Jean l’Evangéliste, celui qui a révélé dans son Evangile que le Verbe s’est fait chair. De cette basilique ne cesse de résonner ces deux paroles de ces amis de Jésus pour que le monde reconnaisse dans le Verbe fait chair, l’Agneau immolé qui porte le salut au monde.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Attachons-nous maintenant à comprendre ce que ce verset signifie pour nous, concrètement. Si nous sommes une maison que Dieu construit, nous sommes chacun un élément essentiel à cette construction et nous ne pouvons donc pas simplement nous en retirer. Imaginez-vous un instant ce que serait votre maison si, pendant que vous êtes réunis ici, vos fenêtres décidaient qu’elles ne faisaient plus partie de votre maison et la quittaient ?  Il y ferait rapidement plus froid avec la météo que nous connaissons ces derniers jours. Il en est de même pour notre Eglise. Il y fait plus froid quand des membres décident qu’ils peuvent être croyants sans être de l’Eglise, sans être attachés à leur Mère et tête. Elle est aussi moins belle quand manquent les visages de celles et ceux qui se sont éloignés. Elle est peut-être plus uniforme, mais moins harmonieuse parce qu’il en manque des voix. A l’heure où beaucoup pensent que l’uniformité doit être de rigueur, la fête de la dédicace du Latran nous rappelle que l’harmonie est plus importante. Les voix différentes ne sont pas des voix discordantes, mais des voix qui éclairent autrement l’unique Parole révélée par les deux Jean tutélaires de la basilique. Chacun y a sa place parce que chacun est appelé par Dieu à être de cette maison qu’il construit. Aujourd’hui, son Esprit rassemble l’Eglise, rassemble les croyants pour qu’ils soient cette œuvre d’unité voulue par Dieu. Une Eglise sans croyant n’est qu’une coquille vide ; un croyant sans Eglise n’est qu’un homme sans terroir, sans enracinement. L’Eglise que Dieu rassemble n’est pas une collection de bâtiments de styles différents, mais une collection d’hommes et de femmes qui se reconnaissent frères et sœurs malgré leurs différences d’origine, d’opinion, d’approches liturgiques, d’expériences spirituelles. Ce qui nous unis, c’est l’appel unique de Dieu adressé à chacun dans sa singularité et dans son originalité. Si vous avez visité un jour saint Jean de Latran, vous avez pu aimer ou pas son style architectural et ses dorures ; mais vous avez nécessairement reconnus son harmonie et sa capacité à dire quelque chose du mystère de cette Eglise que Dieu appelle et construit. Là tout est à sa place, tout concourt à l’harmonie, la sérénité et la beauté qui nous parlent de Dieu et de son amour pour nous qu’il appelle en sa maison.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Ayons une conscience toujours plus grande de cet appel à être une partie de cette maison et que notre place y est unique et irremplaçable. Personne ne peut prendre la place qu’un autre laisse libre. Nous pourrions appliquer à l’Eglise ce proverbe qui dit : un être vous manque et la terre est dépeuplée. Oui, un croyant vous manque et l’Eglise est dépeuplée. Prions Dieu de renouveler en nous l’Esprit de notre baptême, l’Esprit qui continue de construire son Eglise, pour qu’elle soit belle et harmonieuse, accueillante pour tous, Mère aimante pour chacun, tête qui nous entraine toujours mieux à la suite du Christ qu’elle a mission d’annoncer et de servir. Amen.  

samedi 1 novembre 2025

Commémoration de tous les fidèles défunts - 2 novembre 2025

 Nous sommes faits pour la vie.



 

 

            Par cinquante-sept fois, depuis la Toussaint 2024, notre communauté de paroisse s’est réunie pour accompagner une famille dans le deuil et célébrer notre foi en la vie plus forte que la mort et en l’amour miséricordieux de Dieu. En ce 2 novembre, l’Eglise commémore tous les fidèles défunts et nous invite à prier pour eux. Les textes liturgiques retenus nous permettent d’entrer dans cette célébration en nous rappelant quelques fondamentaux.

            Le livre de la Sagesse nous a rappelé la foi de nos pères. Dès l’Ancien Testament, il y a cette certitude que la mort, souvent comprise comme un malheur, est en fait le passage vers le Dieu des vivants. Ils sont dans la paix… l’espérance de l’immortalité les comblait. La peine qui est la nôtre lorsque nous perdons un proche est normale ; elle témoigne de notre attachement au défunt. Mais notre tristesse ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux… Dieu les a trouvés dignes de lui. Il y a dans ces affirmations toute notre espérance d’une vie plus forte et plus grande que la mort. Des siècles plus tard, saint Paul dira que même la mort ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Il s’inscrit parfaitement dans cette foi exprimée par l’auteur du livre de la Sagesse. Ce n’est donc pas une nouveauté chrétienne, mais bien une certitude qui travaille le cœur de l’homme depuis fort longtemps. Celui qui a donné la vie, ne peut pas donner la mort ; il appelle sans cesse à plus de vie.

            Dans l’Evangile de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, Jésus montre qu’il est celui qui combattra la mort et rendra la vie à toute l’humanité. Cette petite résurrection doit nous préparer déjà à la grande résurrection, celle de Jésus, qui manifestera définitivement que notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Jésus est venu dans le monde pour rappeler aux hommes la présence de Dieu à leur vie, et que Dieu veut leur salut, c'est-à-dire qu’ils vivent avec Lui pour toute éternité. La foule à Naïm ne s’y trompe pas. Devant ce signe d’un fils mort rendu à sa mère, veuve, les gens s’écrient : Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Quand Dieu visite son peuple, ce n’est pas pour le punir ou le faire mourir, mais pour lui offrir la vie.

            L’Apôtre Paul expliquera ce mystère d’une vie plus forte par la résurrection de Jésus. Et surtout, il nous fera comprendre que ce mystère, s’il est réalisé par Jésus, nous concerne. Si nous avons été unis à lui (au Christ) par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemble à la sienne. La résurrection n’est pas la récompense de Jésus pour avoir accepté la croix ; elle est la conclusion glorieuse de son incarnation. Si Dieu a envoyé son Fils dans le monde, ce n’est pas pour le faire mourir, mais pour nous faire vivre par lui, avec lui et en lui. Et pour que nous puissions vivre libérés du péché, il fallait que le Christ fasse mourir le péché avec lui sur la croix. Et puisque la mort est venue en conséquence du péché d’Adam, quand le péché meurt, la mort disparait ; elle n’a plus de pouvoir, elle ne peut plus retenir les hommes dans ses filets. Par la résurrection du Christ, nous sommes libérés du péché et de la mort. La mort n’est plus que le passage vers la vie en plénitude, notre accouchement à la vie éternelle. Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Ce passage par la mort, nous l’avons déjà tous vécu : c’est notre baptême qui l’a accompli pour nous : Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui est ressuscité d’entre les morts.

            Il ne faut alors pas se tromper sur le sens de cette commémoration de tous les fidèles défunts, ni sur le sens des messes que nous pouvons faire dire pour eux. C’est une belle tradition qu’il nous faut comprendre justement. Il ne s’agit pour nous de leur acheter une place au Paradis, ni de marchander avec Dieu leur place auprès de lui. Cette place, ils l’ont ! Elle leur est assurée, comme elle nous est assurée, par la mort et la résurrection de Jésus. Sur la croix, il nous a déjà sauvé. Le sens de la messe pour les morts, c’est bien de prier pour eux, pour que leur cœur, dont nous ne connaissons pas le fond – Dieu seul le connaît ! – pour que leur cœur donc soit pleinement ouvert à l’amour miséricordieux de Dieu. En célébrant ce jour pour tous nos défunts, comme en faisant dire une messe pour un défunt que nous avons connu et aimé, nous voulons comme « réveiller la foi de nos morts » et leur demander d’accepter de se laisser aimer jusqu’au bout, si d’aventure ils ne l’avaient pas déjà fait. Le Dieu des vivants nous veut tous vivants avec lui. Il ne saurait tolérer que la mort retienne ne serait-ce qu’un des nôtres. Il nous a faits pour la vie, et la vie en plénitude. Acceptons cette donnée de notre foi, et acceptons son amour qui nous fait vivre en lui, aujourd’hui, demain et toujours. Amen.

vendredi 31 octobre 2025

Toussaint - 01er novembre 2025

 Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse ! 







 


            Le cœur de la foi chrétienne, c’est Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Il n’y a pas à en douter une seule seconde. Chaque chrétien devrait pouvoir poser cette affirmation lorsqu’il est interrogé sur sa foi. Et chaque chrétien devrait pouvoir vivre les conséquences de cette affirmation. La plus immédiate, la plus évidente aussi, c’est la joie que procure cette bonne nouvelle pour nous.

            Les béatitudes entendues aujourd’hui ouvrent le premier grand discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu. Et quel est le mot qui revient comme un refrain ? Heureux, renforcé par cette conclusion : réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse. Celui qui vit le bonheur annoncé par Jésus ne peut que se réjouir, même si les béatitudes semblent proposer un bonheur à mille lieues de ce que nous considérons comme utile à notre bonheur. Le bonheur proposé par Jésus est un bonheur qui découle d’un vivre avec les autres, d’une attention à ceux et celles qui en ont le plus besoin ; c’est un bonheur qui découle d’une manière d’être et non d’une manière d’avoir ou de posséder. Là où beaucoup diraient : pour être heureux, il me faut de l’argent, une maison, une voiture, Jésus nous dit : il te faut juste, pour être heureux, ouvrir les yeux sur ceux qui t’entourent et prendre le temps d’être là pour eux, quels que soient les événements qu’ils traversent, ou que tu traverses avec eux ou à cause d’eux. Et Jésus nous dit cela au début de son ministère de prédication. Si le temps de sa passion a pu faire oublier cet appel au bonheur et plonger ses disciples dans la peur et le désarroi, sa résurrection va le raviver. Devant celui qu’ils croyaient mort et qu’ils voient à nouveau vivant, au milieu d’eux, leur joie est complète. Et ainsi devrait être la nôtre.

            Un chrétien ne devrait jamais oublier de se réjouir à cause de Jésus, et vivre chaque instant de sa vie, bon ou moins bon, avec le souvenir de cette joie que provoque la résurrection de Jésus. Si la puissance de la résurrection nous habite et nous met en mouvement, alors notre cœur sera établi fermement dans cette joie du Christ ressuscité, et nous pourrons mieux affronter les moments plus difficiles de notre vie. Cette joie de la résurrection est pour aujourd’hui déjà et elle est notre avenir. Nous sommes faits pour vivre heureux avec Dieu et en Dieu, aujourd’hui et toujours. Les saints que nous fêtons tous ensemble en ce jour, qu’ils soient connus ou inconnus, ont tous vécu de cette joie que rien ne peut nous enlever. Dans les saints les plus récents, voyez un Carlo ACUTIS par exemple. Il a répandu, par de petites attentions quotidiennes, la joie autour de lui, et malgré la maladie foudroyante qui l’a emporté à 15 ans, il a su garder cette joie et consoler ses proches. C’est cela, vivre de la puissance de la résurrection du Christ. Les saints nous montrent tous, chacun à leur manière, comment vivre cette joie du Ressuscité.

             A ceux qui cherchent un chemin de sainteté, la joie se présente comme une route sûre, parce qu’elle est l’attitude la plus chrétienne possible. La joie que me procure ma foi en Jésus mort et ressuscité, est aussi la joie qui ouvre mon cœur aux autres et aident mes mains à soulager leur misère. C’est encore la joie de la foi qui dilate mon espérance et me fait entrevoir le bonheur véritable dans lequel Dieu veut ses enfants. Enfants de Dieu, nous le sommes, nous assure saint Jean dans la deuxième lecture de cette solennité. Nous le sommes parce que Dieu, le premier nous aime, sans aucun mérite de notre part. Voilà qui ajoute encore à notre joie. Ce n’est pas une joie de façade qu’il nous est demandé de vivre ; ce n’est pas un verni qui nous protègerait. Non, la joie que nous avons à vivre vient de l’assurance que rien ne peut nous enlever de la main de Dieu ; rien ne peut nous retenir loin de lui, puisqu’il nous aime et qu’il nous veut avec lui, toujours. Y a-t-il une plus grande joie que celle de se savoir aimé, inconditionnellement ?

            En nous réjouissant aujourd’hui pour tous ceux et celles que l’Eglise reconnait comme saints, en nous réjouissant pour tous ceux qui le sont dans l’anonymat des autels, réjouissons-nous aussi pour nous, appelés par Dieu à être saints, que nous soyons un jour reconnus comme tel ou non. Que la sainteté de celles et ceux qui ont été élevés sur les autels stimulent notre sainteté et nous connaîtrons aujourd’hui et toujours la joie parfaite que Dieu nous donne en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre salut. Amen.