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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 10 janvier 2026

Le baptême du Seigneur A - 11 janvier 2026

C'est toi qui viens à moi !




(Source : Pinterest)



 

            Le temps de Noël touche à sa fin avec cette fête du baptême de Jésus. Demain, c’est le temps ordinaire qui reprend ses droits. En attendant, ce baptême de Jésus nous vaut une réflexion de Jean le Baptiste, intéressante pour notre vie spirituelle et qui, à la sortie des fêtes, nous encourage à accueillir Jésus.

            Nous imaginons facilement la scène du baptême. Jean le Baptiste se tient au bord du Jourdain, les foules viennent à lui ; et voilà que, dans ce groupe, il reconnaît son jeune cousin, Jésus, qui vient lui aussi se faire baptiser, prenant ainsi de manière très concrète le chemin de notre humanité. Comme nombre de ses contemporains, il manifeste que notre humanité a besoin de Dieu, besoin de cette proximité avec celui qui est la source de notre existence. Le baptême que propose Jean est le signe de cette humanité qui revient à Dieu, le signe de cette humanité qui est pleinement humaine quand elle marche humblement avec Dieu. C’est un baptême de conversion, un baptême de retour à Dieu. Jésus n’en avait nul besoin pour lui, puisqu’il est le Fils de Dieu. La voix qui se fait entendre après son baptême en témoigne : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dieu est heureux de ce Fils qui prend le chemin de notre humanité pour accomplir sa volonté, c'est-à-dire son projet de salut pour toute l’humanité. Il montre ainsi que le salut est impossible par les seules forces humaines. Si Dieu n’intervient pas, l’homme s’épuise et se perd loin de Dieu. Et c’est peut-être ce que Jean le Baptiste n’avait pas tout-à-fait compris.

            Ecoutez-le, dans l’évangile de Matthieu, quand il reconnaît Jésus : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! L’étonnement de Jean le Baptiste est salutaire pour notre vie spirituelle. Il nous dit, me semble-t-il, deux choses. La première, c’est que Jean était persuadé qu’il suffisait que les gens se convertissent, reviennent à Dieu, pour que tout aille bien, voire mieux pour eux. Je reprends ma vie en main et je décide d’aller vers Dieu, avec foi et espérance, et de toutes les forces dont je suis capable. Ce n’est pas inutile de le faire, entendez-moi bien ! Il y a toujours un moment où l’homme doit décider de prendre sa foi au sérieux et d’aligner ainsi son agir avec ce qu’il dit de Dieu. Nous avons entendu la prédication vigoureuse de Jean durant le temps de l’Avent. La conversion est nécessaire parce qu’elle marque ce moment où je fais le choix de Dieu. Mais elle ne suffit pas. Et c’est la deuxième chose que nous dit l’étonnement de Jean. Dieu n’attend pas que nous réussissions, il vient vers nous, il vient nous chercher, il vient nous séduire parce qu’il sait que pour l’humain, changeant au gré du souffle des vents, c’est là affaire difficile. Il nous faut entrer dans la puissance de l’étonnement de Jean : et c’est toi qui viens à moi !

Oui, en Jésus, Dieu, le tout patient, manifeste qu’il a comme perdu patience face à l’impossibilité de l’homme de se sauver par ses propres forces et de se maintenir dans cette attitude de sauvé ! En Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’homme ; il reprend l’initiative du salut là où l’homme avait échoué et revenait sans cesse à son péché. Dans un monde où, malgré le fait que chaque culture ait un et même généralement plusieurs dieux, rien ne permettait de croire que Dieu pouvait réellement vouloir assumer notre humanité sans se jouer de nous comme le font les dieux de l’Olympe par exemple. Non, le Dieu qui se révèle en Jésus, a de la joie à croiser l’homme, à aller vers l’homme, à sauver l’homme. L’humanité n’est pas le jouet de Dieu ; et Dieu n’est pas le doudou de l’humanité. Dieu et Homme sont appelés à vivre ensemble, à s’assumer, à se rencontrer. Cela s’appelle l’Alliance. Jean le Baptiste avait appelé les hommes à revenir vers Dieu ; Jésus va leur monter que Dieu s’approche d’eux. Et la rencontre devient possible ; et le salut devient possible. Pour tous. Cette double démarche (nous préparer à aller vers Dieu et accueillir celui qui vient) est essentielle parce qu’elle permet à l’homme de prendre Dieu au sérieux en se préparant pour lui ; et elle permet à Dieu de redire qu’il prend l’homme au sérieux en venant à sa rencontre pour une Alliance nouvelle et éternelle que le Fils va sceller dans son sang. L’homme n’attend pas que Dieu le sauve malgré lui. Dieu n’attend pas que l’homme réussisse enfin à venir vers lui. Chacun fait seulement mais totalement ce qui lui revient. Et le chemin du Royaume de Dieu est enfin ouvert ; et le salut que Dieu propose est enfin accessible.

Le baptême de Jésus et l’étonnement de Jean le Baptiste nous font comprendre que la joie de l’homme et la joie de Dieu sont parfaites quand les deux marchent ensemble. Jésus en est l’illustration, lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu. En lui je trouve ma joie, dit Dieu quand Jésus est baptisé. En nous aussi, Dieu veut trouver sa joie. C’est pour cela qu’il vient vers nous, vers Jean, pour assumer notre humanité, y compris dans sa part la plus sombre. Toute notre vie peut se noyer dans l’amour de Dieu qui vient vers nous. Allons vers lui et préparons nos cœurs à l’accueillir et toute justice sera accomplie. Amen.

 

  

samedi 3 janvier 2026

Epiphanie de notre Seigneur - 4 janvier 2026

L'Epiphanie, du droit du sol au droit de la foi.




(Source Pinterest) 



 

            Le mystère de Noël se déploie chaque année dans trois moment clés de la révélation de Jésus au monde : il y a bien sûr Noël que nous avons célébré, l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui, et le baptême de Jésus que nous célèbrerons dimanche prochain. Si c’est le même mystère qui est célébré, pourquoi le faire en trois étapes ? Qu’ajoute l’Epiphanie à Noël ? En quoi cette solennité nous permet-elle d’entrer mieux encore dans ce mystère d’un Dieu fait homme ?

            La nuit de Noël, nous avons célébré Dieu venu en notre chair. Dans l’Enfant nouveau-né, Marie et Joseph ont accueilli dans leur couple le Fils de Dieu fait homme. Le nom qu’ils lui ont donné, conformément à la parole de l’ange, dit à tous qu’en lui Le-Seigneur-sauve. C’est le sens même du nom Jésus. L’autre nom, révélé jadis par les prophètes, Emmanuel, dit la proximité de Dieu à son peuple : Emmanuel se traduisant par Dieu-avec-nous. C’est aussi ce que les anges ont révélé aux bergers : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Cette parole ne fait sens que pour ceux qui sont issus de ce peuple que Dieu s’est donné et qui attend, depuis le temps de l’Exil, la venue du Messie qui le libèrera définitivement de l’oppression étrangère. Le Dieu d’un peuple donne à son peuple le Sauveur tant attendu. Il nous faut alors nous rappeler ce que dit Jean dans le prologue de son Evangile : Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. La fête des Saints innocents, célébrée entre Noël et l’Epiphanie est un souvenir dramatique de ce refus d’Hérode d’accueillir celui que Dieu envoie dans le monde. La peur et la folie d’un seul a entrainé le massacre de milliers d’enfants, pour que ce nouveau-né ne vienne pas troubler davantage la vie d’un roi sous contrôle étranger. C’est cela aussi le mystère de Noël. La beauté de nos crèches ne doit pas nous faire oublier la cruauté et l’indifférence qui ont entouré cette naissance. Jésus ne semble pas le bienvenu chez lui : de la salle commune où il n’y avait plus de place au palais d’Hérode où il était inconcevable de lui faire une place, il n’y a que refus d’accueillir, incapacité à reconnaître que Dieu entre dans le monde en Jésus enfant. Seuls les pauvres et les exclus, c'est-à-dire ceux qui ont en eux l’espérance d’un Sauveur, viennent à la crèche reconnaître le roi du monde.

            Avec la solennité de l’Epiphanie, quelque chose de neuf arrive qui vient briser le cycle de l’exclusion. Matthieu le raconte ainsi : Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. Là où les locaux sont incapables de s’ouvrir à la bonne nouvelle, voici que des étrangers, venus de loin, cherchent et finissent par trouver celui dont ils ont vu l’étoile. Après leur passage chez Hérode, ils reprennent la route et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’Orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Elle est manifestée ici la nouveauté de l’Epiphanie. Nous pouvons l’entendre ainsi : le Dieu d’un peuple particulier se révèle au monde entier pour faire comprendre qu’il n’est pas seulement venu sauver les siens, mais tous les hommes. Saint Jean, dans son prologue a écrit : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ce n’est donc plus seulement l’appartenance à un peuple qui ouvre au salut, mais la foi en celui qui est venu dans le monde, d’où que vienne celui qui croit. Il n’y a plus de privilège ou de préférence nationale ; il y a une universalité du salut qui est clairement affirmée par la visite de ces étrangers. Le peuple que Dieu se donne désormais n’est pas lié à un droit du sol, il est lié à un droit de la foi exprimée. Heureux mages qui nous valent de pouvoir devenir enfants de Dieu, alors même que le sol qui nous a vu naître, est loin du pays d’Hérode. Précurseurs de la foi des nations, ils nous permettent d’entrer dans ce peuple nouveau rassemblé par la foi en ce Fils unique de Dieu, plein de grâce et de vérité.

             De ce fait, l’Epiphanie a une conséquence éthique indéniable : elle ne nous permet plus de parler des étrangers comme étant indésirables, puisque c’est par des étrangers que la nouvelle de la naissance du Sauveur s’est fait connaître. A moins de rallier le camp d’Hérode pour qui ces étrangers sont des gêneurs qui vont nous priver de sommeil et de tranquillité, l’étranger devient un frère à accueillir, un frère qui porte pour moi une bonne nouvelle, un frère que Dieu me donne. Nous voici obligés à un nouveau regard, à un nouvel art de vivre qui bouscule nos nationalismes et nous ouvre à la catholicité, cette manière nouvelle de concevoir les relations humaines, cette manière nouvelle de concevoir la relation à Dieu. Il n’est plus le Dieu d’une terre, il est le Dieu de tous les hommes, celui qui s’est fait homme en Jésus. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est réduire la catholicité à un pays, un continent. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser à Dieu d’être le Père de tous les hommes. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est prendre le risque de mettre le Fils de Dieu à la porte de notre vie puisqu’il se manifeste à nous par eux aussi. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser de construire avec ce Nouveau-né le Royaume nouveau qu’il inaugure et pour lequel il donnera sa vie. Le fait que ce soient des étrangers qui viennent en Jésus adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur n’est pas juste une composition littéraire ; c’est une vision théologique de ce que sera cet Enfant, de ce que sera sa mission, de ce que doit être le monde. Jésus l’affirmera dans sa grande prière à la veille de sa mort : Qu’ils soient Un comme nous sommes Un.

            Et voilà que cette belle histoire pour enfant sage devient un marqueur fort de ce que sera la vie et la mission de ce Nouveau-Né, Dieu-fait-homme pour le salut de tous. Ne restons pas enfermés dans nos petites visions de ce que doit être Dieu, de ce que doit être notre monde. Ouvrons-nous à la catholicité voulue par Dieu et construisons cette fraternité universelle qui n’est que la conséquence logique de l’irruption de Dieu dans le monde des hommes. Qu’ils soient nombreux, ces mages venus d’Orient, qui nous font découvrir la nouveauté de Dieu qui se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir à nouveau comme lui. Ainsi nous parviendrons au salut, cette vie en Dieu et avec Dieu pour toute éternité. Amen. 

samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 20 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent A - 21 décembre 2025

 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.





(Philippe de Champaigne, Le songe de Joseph, National Gallery, Londres)



 

            En ce dernier dimanche de l’Avent de l’année A, nous rencontrons, non pas Marie, mais Joseph, celui que beaucoup semblent avoir oublié alors qu’il est important qu’il prenne sa part dans le projet que Dieu porte pour l’humanité. Comme l’écrit Matthieu, et conformément à la Loi de Moïse, il aurait dû dénoncer publiquement Marie. Mais il était un homme juste. Cette petite mention va tout changer.

            Ce qualificatif d’homme juste, ne relève pas d’abord de l’ordre moral dans la Bible. C’est un qualificatif théologique qui dit que Dieu lui-même reconnaît la justice d’un homme. C’est un mérite qu’on ne s’attribue pas ; il est un don qui signe un art de vivre conforme à la Loi et à la volonté de Dieu. De Marie, l’ange dit qu’elle est Comblée de grâce ; de Joseph, qu’il est un homme juste. C’est dire la qualité religieuse de ces deux, choisis par Dieu, pour donner corps et existence au Fils que Dieu envoie dans le monde pour le sauver. Le sens de la justice de Joseph, qui ne sait rien de l’histoire à ce stade, le pousse à renoncer à dénoncer publiquement celle qui lui était promise. Il décide la renvoyer en secret. Si Marie en aime un autre au point d’attendre déjà son enfant, pourquoi la retenir et pourquoi demander vengeance ? Joseph, le juste, ne fera pas de mal à celle qui lui était promise.

            Quand je lis l’histoire de Joseph, je ne peux m’empêcher de m’interroger : comment Dieu a-t-il pu oublier de prévenir cet homme du projet qu’il formait pour l’humanité en Marie ? Il faut quand même un peu de temps entre la conception et les premiers signes de grossesse ! L’ange avait-il oublié ? Avait-il mieux à faire ? C’est vrai que la préparation de la naissance du Fils de Dieu a dû être quelque chose. Cela n’arrive pas tous les quatre matins. Mais de là à oublier de prévenir Joseph, quand même ; ce n’est pas très sérieux ! J’imagine le branle-bas de combat que cela a provoqué ! Alerte ! Joseph veut renvoyer Marie ! Comment est-ce possible ? Qui était chargé de le prévenir ? Personne ! Gabriel, tu t’en charges, fissa ! Ce qui nous vaut d’entendre aujourd’hui cette merveilleuse annonce à Joseph, quand il dort, et de vérifier sa justice quand il se réveille. Il ne se dit pas que tout cela est un mauvais rêve ; il reconnaît que Dieu, par son ange, lui a parlé, lui a demandé de prendre Marie, comme cela était prévu, et d’être sur terre le père de Jésus. Pas uniquement pour éviter les questions désagréables ; pas juste pour donner une famille à Jésus ; non, il lui est demandé de devenir la véritable figure paternelle de Jésus enfant, lui assurant un toit, une stabilité, le préparant à un métier, bref, en faire un vrai petit d’homme qui apprendra à trouver sa place dans ce monde. En acceptant à son tour le projet de Dieu, il sauve Marie, l’enfant et l’humanité. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

            Que reste-t-il alors apprendre pour nous ? En ces derniers jours de l’Avent, nous apprendrons à faire à notre tour, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; nous apprendrons à entrer dans la volonté de Dieu, même et surtout quand elle entre en conflit avec nos projets humains. La volonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes, est toujours source de salut (Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire le Seigneur sauve), source de vie (l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint), source de paix (Joseph, ne crains pas). Joseph nous apprend à passer du doute à la foi, de la stupeur à la confiance absolue en Dieu, qui est toujours Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous. Amen.

samedi 13 décembre 2025

3ème dimanche de l'Avent A - 14 décembre 2025

 Jean le Baptiste, l'homme pour les autres. 




(Léonard de Vinci, Jean le Baptiste, Musée du Louvre, Paris)


 

 

            A côté d’Isaïe, il y a un autre grand prophète du temps de l’Avent, c’est Jean le Baptiste, l’homme du seuil, l’homme qui prépare les autres à passer de la première Alliance à la Nouvelle Alliance, en annonçant et en baptisant celui qui doit venir derrière lui (cf. Jn 1, 15). Lorsque nous le rencontrons aujourd’hui, Jésus a commencé sa mission et lui, Jean le Baptiste, est en prison pour avoir osé rappeler au roi Hérode qu’il ne pouvait pas prendre la femme de son frère. Nous connaissons la suite, elle conduira à la décapitation du prophète. A bien relire sa vie, nous voyons que Jean le Baptiste est l’homme pour les autres.

            Il est l’homme pour les autres dans la mission qui est la sienne : préparer le cœur des hommes à reconnaître et à accueillir le Messie. Nous en avons eu un écho dans l’évangile de dimanche dernier lorsqu’il interpelait vivement les pharisiens et les sadducéens qui venaient à lui. Mais nous le voyons aussi dans un passage de l’évangile de Luc où les personnes qui viennent vers lui l’interrogent pour savoir ce qu’ils doivent faire pour marquer leur conversion. Son souci n’est pas de condamner les autres, mais de leur proposer une voie de conversion, de changement radical pour être prêt quand le Messie viendra.

            Il est l’homme pour les autres dans son rapport à ses propres disciples. Alors qu’ils peuvent être désemparés parce que leur maître est en prison, voilà qu’il les envoie vers Jésus avec cette question : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? La question peut sembler surprenante de la part de celui qui a reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29). A-t-il peur de s’être trompé ? Ou veut-il faire un dernier geste pour ses propres disciples, afin qu’ils reconnaissent eux-aussi, en Jésus, celui qu’il a depuis longtemps reconnu. De sa prison, il ne peut plus les enseigner ; il les envoie donc vers Jésus avec cette question pour qu’ils comprennent qui est Jésus comme Jean l’a compris. La réponse de Jésus à cette question reprend les mots du prophète Isaïe qui précisait les signes qui manifesteront le retour de Dieu au milieu de son peuple : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! (Mt 11, 5-6) Jean le Baptiste leur a fait la grâce de se rendre compte par eux-mêmes, à la réponse de Jésus, qu’il est bien celui dont Jean le Baptiste annonçait la venue. Et puisque leur maître est en prison, il leur offre la possibilité de s’attacher à ce nouveau maître qu’est Jésus. Déjà, lentement, Jean le Baptiste s’efface et remet tout, y compris ses disciples, à la suite de Jésus.

            Jean le Baptiste est l’homme pour l’autre, le tout autre, celui que Dieu lui-même envoie : Jésus. Sa mission n’était pas de briller, mais de mettre la lumière sur Jésus. Quand il viendra se faire baptiser, lui qui n’a pas besoin de conversion, Jean le désignera comme l’Agneau de Dieu. Il verra celui qu’il a annoncé ; il l’inscrira dans ce peuple qui cherche Dieu. Il verra deux de ses disciples suivre Jésus sans chercher à les retenir ; l’un d’eux est André, le frère de Simon-Pierre (Jn 1, 40). C’était dans l’ordre des choses, dans la mission qui était la sienne. Il n’a pas annoncé ce temps nouveau pour ensuite empêcher les autres de reconnaître et suivre Jésus. Il témoignera de sa joie de voir Jésus commencer sa mission et de sa joie de constater que les gens viennent vers Jésus lorsqu’il dira à ses disciples qui s’en inquiètent : Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue (Jn 3, 30). Et Jésus témoignera de ce lien particulier en rendant hommage à Jean le Baptiste et à sa mission : C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de moi, pour préparer le chemin devant moi (Mt 11,10). Il confirme que Jean le Baptiste est bien l’homme pour lui.

            En ces temps qui sont les nôtres, que Jean le Baptiste nous inspire d’être des hommes et des femmes pour les autres, soucieux de faire découvrir le Christ à ceux que nous rencontrons. Que Jean le Baptiste nous inspire aussi d’être des hommes et des femmes pour Jésus, soucieux de le mettre au cœur de notre propre vie, capables de lire les signes de sa présence dans le monde. Que Jean le Baptiste nous donne de marcher à la lumière du Christ, aujourd’hui et toujours. Amen. 


samedi 6 décembre 2025

2ème dimanche de l'Avent A - 7 décembre 2025

 A l'école d'Isaïe.





(Le prophète Isaïe, Collection du Musée du Louvre)


 

 

            Le grand prophète du temps de l’Avent, c’est sans nul doute le prophète Isaïe. Non pas que son livre annonce la naissance de Jésus ; ce n’est même pas son propos. Mais parce qu’il y a chez lui une espérance farouche et solide qui se manifeste page après page. Isaïe est un grand défenseur de la sainteté de Dieu et son message prophétique est d’abord un message de protestation, de contestation des chefs du peuple qui ne respectent ni Dieu, ni les pauvres et qui conduisent le pays à sa ruine. Mais le prophète garde confiance en Dieu et annonce des jours meilleurs.

            En ces jours-là, dit-il dans sa prophétie de ce dimanche, laissant entendre qu’un autre temps viendra. Isaïe replace toujours la foi dans le temps des hommes. Il est en fait un témoin de la foi de son époque ; et ce qu’il voit ne le réjouit pas. Aristocrate, membre de la cour du roi, il sait se faire entendre dans les hautes sphères, et donc faire entendre Dieu, quand bien même les puissants s’en sont éloignés. La situation politique et sociale est difficile, mais Isaïe garde espoir. Même si les peuples voisins sont turbulents et va-t’en-guerre, Isaïe voit plus loin. Il sait que la royauté n’échappera pas à David. Nous retrouvons cette certitude dans le passage entendu : un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Celui qui sauvera son peuple, celui qui rétablira la paix, est de descendance davidique, de descendance royale. Il ne peut pas en être autrement, le Dieu d’Israël s’étant fermement engagé envers David lui-même. Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui tient parole, et les hommes peuvent donc s’appuyer sur lui. Ce rejeton, ce sont les chrétiens qui l’identifient à Jésus ; mais pour Isaïe, il s’agit surtout d’annoncer un messie pour son temps, un messie qui va sauver son peuple, ici et maintenant. En des temps difficiles, il est bon d’avoir quelqu’un qui voit au-delà des choses, qui rappelle que les hommes peuvent toujours se tourner vers le Saint d’Israël et que c’est lui, et lui seul, qui offre le salut aux hommes.

             La prophétie de ce dimanche est une prophétie de paix : le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble. Les antagonismes naturels sont levés, les oppositions sont effacées, les ennemis d’hier sont des frères aujourd’hui. En regardant notre monde en 2025, nous constatons qu’il y a nombre d’endroits où, pour le salut de l’agneau, du chevreau et du veau, il est préférable qu’ils ne couchent ni ne fréquentent le loup, le léopard ou le lionceau. Si cela arrivait aujourd’hui, nous n’aurions pas fini de lire la prophétie, que les premiers auraient déjà été dévorés par les seconds. Mais cela ne veut pas dire que la prophétie est fausse. Je le rappelle : pour les chrétiens, cette prophétie annonce le Christ et son retour dans la gloire, ce moment où toute l’histoire des hommes sera récapitulée, menée à sa plénitude. Alors, alors seulement, le loup habitera paisiblement avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, sans risque pour les premiers. Quand le Christ reviendra, la paix marchera devant lui. Le mal aura été définitivement vaincu. Le livre de l’Apocalypse de saint Jean nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de mer (M.E.R.), parce que le mal n’existera plus. N’existant plus, il n’est pas utile que subsiste le siège des forces du mal (la mer justement). Quel beau monde nous attend !

            En attendant ce monde, ne pouvons-nous que lorgner vers lui et désespérer de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Non. Nous pouvons, vous et moi, décider de commencer par changer le monde. Nous pouvons, vous et moi, décider de faire reculer les forces du mal. Nous pouvons, vous et moi, décider que le mal ne passera pas, et ne passera plus désormais, par nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous appuyer sur le Dieu saint qui sait pardonner, pour lutter contre le mal, en nous et autour de nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous tourner vers le Saint avec la certitude qu’il est toujours possible de nous appuyer sur lui et d’espérer en lui. Même si nous pouvons avoir l’impression que Dieu a abandonné notre monde, sachons le voir à l’œuvre dans les petits gestes, les petits pas vers la paix et la réconciliation. N’attendons pas qu’un autre commence à changer le monde ; n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas de la réconciliation ; n’attendons pas qu’un autre initie un chemin de paix. A trop attendre un autre, nous risquons d’attendre longtemps. Dès aujourd’hui, soyons des artisans de paix et de réconciliation à notre petite échelle, dans notre petit monde. C’est là que Dieu nous attend ; c’est là que Dieu nous envoie être témoin et acteur du monde que le Christ viendra restaurer à la fin des temps. Dès aujourd’hui, avec lui, dans la force de son Esprit, nous pouvons agir et construire un monde plus juste et fraternel. Quelqu’un doit commencer ; pourquoi pas nous ? Amen.