Célébrer la sainte Famille.
(Source Pinterest)
Ils avaient fait 156 km à pied pour
rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était
enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se
reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir,
direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans
quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour
Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une
communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec
cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de
la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre
en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent
la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède
la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de
fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous
rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de
Joseph.
A peine entré dans le monde pour
sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici
cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui
fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en
paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce
qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est
faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des
événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme
est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité
pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale,
condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où
il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la
valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours
veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons
ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres.
Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y
faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle
est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la
boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.
Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs.
Quand
nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles,
car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre
ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide
de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons
construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne
sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour
cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle
est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle
soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire