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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 12 mars 2022

2ème dimanche Carême C - 13 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour le découvrir mieux et l'écouter.



(Gustave Doré, La Transfiguration)


            Nous poursuivons notre route avec Jésus. Il nous emmène, à travers Pierre, Jean et Jacques, sur la montagne pour prier. Mesurent-ils, ces trois-là, la chance qu’ils ont d’être là avec lui, pour cet acte éminemment intime d’un fils conversant avec son père ? Vous aurez beau trouver la prière un brin ennuyeuse, voir Jésus prier, ça doit être quelque chose. C’est la seule fois, me semble-t-il, dans l’évangile que Jésus emmène quelqu’un avec lui pour prier. Il y aura bien, au soir du jeudi saint, le passage au Mont des Oliviers, mais Jésus s’éloignera de ses disciples pour prier. Ici, ils sont présents, ils assistent à tout, ce qui nous vaut la restitution de cet événement de la transfiguration. 

            Au-delà du côté peu banal de la scène, ce récit nous permet de mieux connaître Jésus. C’est la première raison de notre marche à sa suite. Jésus, on ne le connaît jamais assez. Et je crois bien qu’une vie entière ne suffit pas à le connaître parfaitement bien. A mesure que j’avance dans mon sacerdoce, je me rends bien compte que j’apprends encore, que je découvre encore qui est Jésus pour moi, qui est Jésus pour les hommes. Et ce n’est pas forcément parce que je suis lent à comprendre. Année après année, j’approfondis ma connaissance de celui que je reconnais comme Christ et Sauveur, parce que Jésus se révèle progressivement, dans les méandres de mon histoire personnelle.  Dans ce récit de la transfiguration, Jésus se révèle à nous tel qu’il est, réellement, dans toute sa gloire. Nous comprenons, là, que Jésus n’est pas qu’un homme, si d’aventure nous l’avions oublié. Nous comprenons, là, grâce à Moïse et Elie apparus dans la gloire, que Jésus vient accomplir la Loi et les Prophètes ; il vient réaliser les promesses que Dieu a faites à son peuple. Nous comprenons que Jérusalem sera le lieu de cette réalisation : ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Nous comprenons qu’ils parlent ensemble de sa Passion parce que nous avons le recul du temps. Mais la parole est suffisamment vague pour que les disciples ne fassent pas le lien immédiat avec la première annonce de la passion que Jésus leur a faite peu de temps avant dans l’évangile de Luc. 

Cette transfiguration n’est pas un événement qui doit effrayer ; c’est un de ces événements à garder au fond du cœur, et dont il faudra se souvenir au temps sombre de la Passion et de la mort de Jésus. La gloire resplendissante sera alors anéantie par le corps torturé, humilié, exposé du Serviteur souffrant sur la croix. Mais c’est le même corps, aujourd’hui et demain, qui sera donné à voir à ses disciples. Le corps du Christ Sauveur, resplendissant de la gloire de Dieu, est aussi le corps douloureux, le corps portant en lui toutes les souffrances de l’humanité persécutée, humiliée, déchirée. En assumant totalement notre humanité, jusque dans ces aspects les plus sombres, Dieu la fait resplendir de sa gloire et nous ouvre le salut. Si Moïse et Elie apparaissent, c’est bien pour rappeler le projet d’amour de Dieu, son unique projet révélé par la Loi et la Parole des Prophètes : que l’homme vive ! Dieu n’a d’autre projet pour nous que de nous vouloir vivants, pleinement. Jésus, dans sa transfiguration, vient nous dire que la vie en plénitude, c’est la vie éclairée par la gloire de Dieu, la vie transfigurée. 

A ceux qui pensent que cette vie n’est que pour après, la voix du Père apporte un démenti radical. Il ne dit pas grand-chose, Dieu le Père, mais quand il parle, il vaut qu’on se donne de la peine pour bien l’écouter. Ce qu’il dit, c’est ceci : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Cette parole fait partie de l’événement qu’il faut garder au fond de notre cœur. Elle confirme ce que nous pressentions, à savoir que Jésus n’est pas qu’un homme ; déjà il est rempli de la gloire de Dieu. Mais cette parole nous dit surtout comment nous pouvons à notre tour être transfiguré, resplendir de la gloire de Dieu : en écoutant Jésus, la parole vraie du Père. Ce n’est qu’en marchant à sa suite, en écoutant sa Parole et en la vivant comme lui, que nous resplendirons de la gloire de Dieu qui a établi sa demeure en nous. Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu par notre baptême ? Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu en Jésus, mort et ressuscité pour nous ? Sa gloire est notre salut ; le salut qu’il nous apporte est notre gloire. N’est-ce pas ce qu’affirme Paul aux chrétiens de la ville de Philippes ? Nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux 

Faisant route avec Jésus au long de ce carême, nous avons pu contempler, durant un instant, la gloire de Jésus, sur cette montagne, en présence de Moïse et d’Elie. A celui qui veut mieux connaître Jésus, nous n’avons pas d’autre chemin à offrir que celui de l’écoute de Jésus et celui de sa contemplation. Rien ne vaut l’enseignement de Jésus en parole et en acte pour nous faire entrer dans son intimité, pour nous faire entrer dans sa réalité. N’oublions pas non plus le témoignage de Moïse et des Prophètes : en relisant ce que Dieu leur avait révélé déjà, nous comprendrons mieux encore que Jésus est celui qui vient au nom du Seigneur. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 5 mars 2022

1er dimanche de Carême C - 06 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour affronter le mal.



(Gustave Doré, Jésus tenté par le diable)





            Après avoir préparé notre sac, au mercredi des Cendres, pour la route que nous voulons faire avec Jésus au long de ce Carême, après trois jours à commencer en douceur ce temps si particulier, voici une première étape, un premier dimanche pour comprendre mieux à quoi peut nous servir ce temps. Nous faisons route avec Jésus pour affronter le mal. Il s’agit bien d’oser affronter les structures de péché qui peuvent exister dans notre propre existence, mais aussi d’oser affronter la racine même du mal qui détruit notre monde. Le disciple du Christ ne peut pas se contenter de vivre à côté du mal ; le mal lui est insupportable, le mal, il doit le combattre, en lui et autour de lui. 

            Je reconnais volontiers qu’en ce début de Carême 2022, nous sommes servis et plutôt vernis si nous voulons affronter le mal. Après la pandémie qui a pu nous atteindre en profondeur ces deux dernières années, non pas parce que nous aurions été positifs voire malades, mais parce qu’elle a pu changer notre rapport aux autres (les autres, ce sont ceux dont il fallait se protéger, ceux qui pouvaient me rendre malade et dont j’étais invité à me méfier, ceux qui voulaient m’injecter des choses et ceux qui refusaient de se faire injecter…), voilà qu’une guerre éclate à l’Orient de l’Europe. Et déjà nous entendons, en France, des discours qui divisent, des réflexions sur les migrants « de qualité » que seraient les Ukrainiens par rapport aux autres migrants qui ne viennent pas d’Europe, discours qui en d’autres temps nous auraient été insupportables. Le mal est à nos portes, pas seulement dans la lointaine Ukraine, mais à la porte de nos réflexions, à la porte de notre bouche, à la porte de notre cœur. 

            A celui qui veut lutter contre le mal, est donné aujourd’hui un exemple et deux armes. L’exemple, c’est celui du Christ lui-même qui, sitôt baptisé, fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là. Quarante jours à affronter le mal en jeûnant. Nous ne savons pas grand-chose de ce temps, si ce n’est sa conclusion. Luc détaille en effet ce qui s’est passé quand ce temps fut écoulé. Jésus eut faim. Tu m’étonnes ! Il a beau être Fils de Dieu, ne rien manger durant un temps si long, ça donne faim. Le diable intervient alors trois fois ; et par trois fois, Jésus contre ses projets : il ne jouera pas au magicien qui ordonne à cette pierre de devenir du pain ; il n’est pas assoiffé de pouvoir au point de se prosterner devant le diable et pactiser avec lui ; il ne mettra pas à l’épreuve le Seigneur son Dieu. 

            La première arme pour affronter le mal, nous venons de l’entendre, c’est le jeûne. Si nous l’avons mise dans notre sac mercredi, c’est pour que cela serve. Et c’est bien ce à quoi nous invite le Pape François pour prendre notre part au retour à la paix en Ukraine et ailleurs dans le monde. La seconde arme, c’est la Parole de Dieu. Jésus s’oppose au diable en reprenant la Parole à laquelle il est fidèle : Il est écrit dira-t-il deux fois en introduction de sa réponse. Il est dit répliquera-t-il la dernière fois lorsque le diable essaiera de le faire tomber en utilisant à son tour la formule « il est écrit ». Il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder... Jésus lui fit cette réponse : Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Luc semble ainsi nous mettre en garde. La Parole de Dieu ne peut pas, ne doit pas servir à mettre en tentation ; la Parole de Dieu n’est pas faite pour conduire l’homme au mal. La Parole de Dieu est l’arme du Juste, de celui qui reste fidèle à Dieu. Il sait reconnaître les utilisations frauduleuses de cette Parole, et les dénonce. Un chrétien ne peut pas bénir les armes qui servent à détruire ; un chrétien ne peut pas utiliser la Parole de Dieu pour justifier le mal commis ; un chrétien ne peut pas être solidaire du mal qui est fait. Il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir de solidarité avec le mal ; ce serait être tout entier plongé dans le péché ; cela reviendrait à pactiser avec le diable. Ce n’est jamais bon ; cela n’apporte pas jamais rien de bon. Depuis le temps que l’homme essaie, il devrait le savoir, il devrait avoir appris la leçon. Si je suis effrayé d’entendre des hommes et des femmes politiques français qui arrivent presque à justifier les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine, je suis proprement scandalisé d’entendre le Patriarche de Moscou les justifier d’un point de vue religieux. A moins d’avoir l’esprit gravement corrompu et gangrené par le mal, un croyant ne peut sous aucun prétexte justifier des actes mauvais. Les rêves de grandeur, qu’ils soient rêves d’un seul ou de tout un peuple, sont des rêves mauvais car ils entraînent violence, destruction, pauvreté, rancœur et vengeance. Rien de bon pour l’humanité.

            A défaut de pouvoir agir réellement sur les événements du monde, nous pouvons déjà agir sur notre propre vie. Certains pensent que la guerre est un grand mal contre lequel on ne peut rien, mais qu’ils ne font, eux, que de petites choses qui relèvent du domaine du mal. Eh bien, je prétends qu’il n’y a pas de grand mal et de petit mal. Il n’y a que du mal, fait à l’échelle à laquelle je peux le faire. Certains peuvent grand ; d’autres ne peuvent que petit. Mais c’est toujours le mal qui est fait. Disciples du Christ, le mal ne doit même pas faire partie de l’horizon de nos possibles. Rappelons-nous des questions posées lors de la grande nuit de Pâques, lorsque nous renouvelons les promesses de notre baptême. Elles sont formulées ainsi : Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, renoncez-vous au péché ? Pour échapper au pouvoir du péché, renoncez-vous à ce qui conduit au mal ? Pour suivre Jésus le Christ, renoncez-vous à Satan, auteur et instigateur du péché ? Notre réponse, lors de la nuit pascale, doit être notre réponse quotidienne : J’y renonce. Amen.

mercredi 2 mars 2022

Mercredi des Cendres - 02 mars 2022

 Faire route avec Jésus : Aumône, prière et jeûne, les réserves pour la route.



(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)




            Nous voici donc en Carême, une fois de plus. Comme les hirondelles qui font le printemps, il revient chaque année nous remettre face à nous-même, face aux autres, face à Dieu. Il est le temps qui précède la célébration du cœur de notre foi : la mort et la résurrection de Jésus, source de notre salut. Nous sommes invités, durant 40 jours, à faire route avec Jésus pour recevoir de lui le pardon des péchés et la vie éternelle. Quarante jours à marcher avec Jésus, nous comprenons tous que cela est long. Comme pour une randonnée, il s’agit de bien nous préparer, de bien préparer notre sac. Et c’est Jésus lui-même qui nous dit ce qu’il faut pour cette route avec lui : l’aumône, la prière, le jeûne. 

            L’aumône peut sembler un ancien mot, une vieille babiole que l’on garde sur une étagère de bibliothèque, parce que même si cela ne sert pas beaucoup, ça fait joli. Des mots plus récents, plus facilement compréhensible seraient : partage, solidarité, bref ce qui nous fait mettre l’autre en face de nous. Que fais-tu pour les autres, en bien ? Es-tu solidaire ? Sais-tu partager ? Pour marcher avec Jésus, il faut être solidaire. Ce n’est pas une option, c’est un art de vivre. A celui qui devrait en être convaincu, il suffit de relire l’évangile de Matthieu, au chapitre 25. Les questions posées, à la fin des temps, au jour du jugement sont : j’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fait (ou pas fait) pour moi ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier le partage et la solidarité. 

            La prière, c'est-à-dire la relation avec Dieu, cela peut sembler une évidence quand on veut marcher avec Jésus. Après tout, n’est-il pas venu de la part de Dieu, son Père, pour ramener notre cœur vers Lui ? Ce que nous dit Jésus, c’est qu’à côté de l’acte public de la prière, il ne faut pas oublier le tête-à-tête avec Dieu. Avez-vous remarqué que ce passage commence par un pluriel : Quand vous priez…, pour finir sur un singulier : Mais toi, quand tu pries… Les deux temps de la prière sont importants, mais quand tu pries, ne te montre pas aux hommes, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret. Quelle est cette pièce, la plus retirée ? Je pense qu’il parle de notre cœur, ce lieu qui est notre lieu le plus intime, le lieu où Dieu est présent si j’en crois ce que dit le prophète Jérémie quand il parle de la Nouvelle Alliance : Je l’inscrirai sur leur cœur. Cela suppose d’avoir conscience que Dieu est là, en nous, en toi… il est là, au cœur de ta vie, il t’attend, il te parle. Ecoute-le ! Comment pourrais-tu marcher avec Jésus sans prendre le temps de l’écouter ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et oublier de l’écouter et de lui parler. 

            La troisième chose à mettre dans notre sac, c’est le jeûne. De manière moderne, on pourrait entendre une certaine dépossession. Jeûner, à strictement parler, c’est ne pas manger. Non pas pour faire un régime, mais pour ressentir le manque, ressentir que je me reçois d’un autre. Jeûner, se priver, pour mieux partager ce que j’ai ainsi économisé. Et cela ne doit pas être un acte triste et contraint, mais joyeusement accepté : quand tu jeûne, parfume-toi la tête. Au-delà de la nourriture, il y a tant de choses que nous pourrions jeûner et qui souvent nous coûteraient plus que de ne pas manger : jeûner les insultes, jeûner la violence, jeûner ce qui n’est pas absolument nécessaire, jeûner mes addictions si j’en ai. Il s’agit de retrouver pour soi-même, une vie plus saine, une vie plus simple. Si le partage nous tourne vers les autres, si la prière nous tourne vers Dieu, le jeûne nous tourne vers nous-mêmes. C’est un bon moyen de réfléchir à ce qui me rend vraiment heureux et m’y consacrer vraiment. N’est-ce pas le bonheur que nous recherchons tous ? Pourquoi l’enfermer dans des choses secondaires, qui me referment sur moi-même, alors que le bonheur véritable est en Dieu et tournés vers les frères, vers le bien du plus grand nombre ? Tu ne peux pas te dire disciple de Jésus, vouloir marcher avec lui, et être happé par pleins de choses secondaires, voire inutiles. 

            Nous savons maintenant comment préparer notre sac pour la route. Il nous faut maintenant nous mettre en route, prendre le bâton pour la route et avancer. Les cendres que nous recevrons seront le signe de tout ce que nous devons brûler en nous pour que nous puissions à nouveau être tout feu, tout flamme pour Jésus. Prenons cette route, avançons durant ces quarante jours ; au bout, il y a Pâques ; au bout, il y a notre vie, une vie renouvelée pour nous, avec Dieu, pour les autres. Dans notre monde en crise, il nous sera bon de revenir à l’essentiel : une vie plus libre pour moi, une vie plus proche de Dieu, une vie plus fraternelle avec celles et ceux qui croisent ma route. Avançons, chacun à notre rythme ; ce n’est pas une course, c’est un compagnonnage que Jésus nous propose. Devenons disciples, devenons compagnons. Amen.

samedi 26 février 2022

8ème dimanche ordinaire C - 27 février 2022

 Plus que jamais, il nous faut des cœurs bons en abondance.





            Est-ce de l’humour ? Est-ce du cynisme ? Je ne sais pas, je ne crois pas. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est que la prière d’ouverture de la liturgie de ce huitième dimanche du temps ordinaire ne manque pas de piquant. Je vous la relis, au cas où vous l’auriez oubliée. Nous t’en prions, Seigneur, accorde-nous de vivre dans un monde où les événements se déroulent selon ton dessein de paix, et où ton Eglise connaisse la joie de te servir dans la sérénité. Dans le contexte mondial actuel, avec le bruit des chars et des bombes en Ukraine, dans le contexte ecclésial français toujours alourdi par le rapport Sauvé, je reconnais qu’il faut oser une telle prière. Jamais le dessein de paix n’a été autant battu en brèche en Europe depuis la fin des conflits qui ont ravagé notre vieux continent ; jamais la sérénité n’a autant fait défaut à l’Eglise. Peut-être est-elle vraiment de circonstance alors, cette prière, mais que notre cœur n’y est pas vraiment ! 

            A quoi cela sert-il de prier pour la paix quand des hommes se battent pour assouvir je ne sais quel besoin de celui qui a lancé la guerre, alors qu’il jurait encore il y a quelques jours, grand Dieu, que ce n’était pas là son intention ? Des paroles de miel contredites par des actes menaçants la paix mondiale. Que nous dit l’évangile de ce dimanche ? Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre se reconnaît à son fruit. Je ne porte pas de jugement, mais il ne me semble pas que la guerre soit un bon fruit. Oh je sais bien que, même en France, certains pensent qu’il faudrait à nouveau une bonne guerre pour régler quelques problèmes. Peut-on honnêtement être dépourvu d’intelligence à ce point pour penser qu’une guerre peut être bonne ? Peut-on à ce point manquer de discernement pour croire qu’en opposant des peuples, on règle leurs problèmes ? Depuis quand la destruction, et la pauvreté qu’elle entraîne toujours dans son sillage, sont-elles considérées comme des choses bonnes et désirables pour que cela aille mieux ? L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Il n’y a pas besoin d’être philosophe ou théologien pour comprendre ce que nous dit Jésus. Si tu formules des paroles qui conduisent au mal, tu es un homme mauvais, le mal a envahi ton cœur. Pour être totalement clair, un cœur bon ne peut pas concevoir le mal ; un cœur bon ne peut pas laisser sa bouche dire du mal. 

            Au moment où nous commençons à réfléchir à celui ou celle qui nous gouvernera demain, voilà un bon critère de choix : est-ce une personne bonne ou une personne mauvaise ? Et la position que celles et ceux qui se présentent pour nous gouverner prennent par rapport à ce conflit en Ukraine, nous indique de quel côté penche leur cœur. Seul un cœur bon dénoncera le mal fait et les mensonges servis sans scrupule depuis quelques jours. Il nous faudra à tous un cœur bon pour ne pas mettre une personne mauvaise à la tête de notre pays. Il nous faudra un cœur bon pour résister aux appels à la haine qui se multiplient dans la plus grande indifférence. Il nous faudra un cœur bon pour reconnaître que chaque être humain a de la valeur, qu’il vienne de chez nous ou pas. Il nous faudra un cœur bon pour construire dès aujourd’hui un monde meilleur pour demain, où chacun a sa place, où chacun peut être libre, où chacun peut avoir une chance de réussir sa vie pour le bien de tous. Le temps du Carême qui s’ouvre cette semaine nous permettra de purifier notre cœur, de le rendre bon s’il ne l’était plus, meilleur encore s’il l’est déjà pour que nous puissions préparer un avenir bon pour nous et pour tous ceux qui viennent vivre chez nous. 

Plus que jamais, il nous faut un cœur bon pour oser une prière pour la paix, pour oser demander à Dieu de remettre de la paix dans le cœur des hommes. Il nous faut des cœurs bons en abondance pour lutter contre les cœurs mauvais qui poussent au Mal. Il nous faut des cœurs bons, assoiffés de justice, de paix et de vérité, pour garantir justice et paix à tous les peuples. Nous recevrons dans un instant le Corps du Christ, Corps livré pour le salut du monde. Accueillons-le au plus profond de notre cœur ; qu’il s’y établisse, et avec lui qu’il y établisse le désir de paix, le désir de justice, le désir de vérité, le désir de la fraternité entre tous les peuples. Demandons cela pour nous, demandons cela pour tous les hommes. Lorsque tous les cœurs déborderont de Dieu, et de Dieu seul, le Mal aura définitivement perdu, la paix aura définitivement gagné. Prions pour cela sans jamais nous lasser : notre monde en a besoin, notre avenir en dépend. Amen.

samedi 19 février 2022

7ème dimanche ordinaire C - 20 février 2022

 Un art de vivre conforme à l'amour de Dieu.



(David prend la lance et la gourde de Saül endormi, Gravure XVIIIème siècle, 
Source internet : artbiblique-hautetfort.com)


            Comment vais-je dire les choses ? Reconnaissons-le : il y a des évangiles plus sexy que celui que nous d’entendre ! Nous avons là un catalogue de choses à faire qui ne donne pas très envie. Qui a envie de faire du bien à ceux qui le haïssent ? Qui a envie de souhaiter du bien à ceux qui le maudissent ? Qui a envie de présenter l’autre joue à celui qui le frappe sur une joue ? Qui a envie de laisser sa tunique à celui qui lui prend déjà son manteau ? Qui ne réclame pas son bien à celui qui le lui a pris ? Ce que demande Jésus, c’est tout le contraire de ce que nous ferions de prime abord. Peut-on seulement encore l’écouter ? 

            Faisons un pas de côté et regardons cette autre histoire qui nous est racontée ce matin, cette tranche de vie du futur roi David. Nous sommes à un moment de son histoire où il a déjà été choisi par Dieu pour succéder à Saül, mais ce dernier est non seulement toujours vivant, mais en guerre ouverte contre le jeune David. Il cherche, une fois de plus, à tuer David dont il est jaloux. Il se passe cette chose étrange. David sait que Saül veut le tuer ; ce n’est pas la première fois qu’il cherche à l’éliminer. Or voilà que le traqueur, Saül, se trouve endormi au milieu de ses hommes, tous aussi endormis que lui. Abishaï, le compagnon de David, comprend : Aujourd’hui, Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Laisse-moi donc le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup. Sans doute Dieu est-il favorable à David qu’il a choisi pour succéder à Saül ; le fait que celui-ci soit endormi avec l’élite d’Israël, est un signe de Dieu ; l’écrivain biblique ne le dément pas, lui qui précise un peu plus loin : Le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux. Pour Abishaï, la solution est simple : l’ennemi est là, endormi : tuons-le ! C’est facile, efficace ; c’est la volonté de Dieu. Mais David dit à Abishaï : ‘Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur celui qui a reçu l’onction du Seigneur ?’ Et David renonce à tuer celui qui pourtant cherche à faire de même pour lui. Il va même plus loin, puisqu’il en fait un acte théologique : le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité. Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. Pour David, ce n’est pas aussi simple que cela. Peut-être voit-il là une épreuve pour lui, pour vérifier sa fidélité à Dieu. Saül a été choisi par Dieu pour être le premier roi. David a été choisi par Dieu pour lui succéder, certes. Mais ce n’est pas à lui d’accélérer la marche de l’histoire. David sera fidèle à Dieu ; il sera roi au moment fixé par Dieu ; il ne commettra pas ce meurtre et ne permettra pas qu’il soit commis. Saül est toujours le messie du Seigneur. 

            Ce pas de côté nous permet alors de revenir à l’évangile de ce dimanche, parce que les situations qu’il évoque sont de même nature que l’histoire de David. Ce que Jésus nous demande de vivre, c’est ce que David avait compris devant Saül endormi : cet homme, son ennemi, est l’instrument de Dieu, il a été choisi par lui. Qui est-il, David, pour faire revenir Dieu sur son choix en supprimant celui qui cherche à le tuer ? Vaudrait-il mieux que Saül s’il se laissait aller à pareille extrémité ? Faites du bien à ceux qui vous haïssent, dira Jésus, des siècles plus tard, lui qui est de la descendance de David ! Et nous pouvons comprendre mieux alors les paroles de Jésus grâce à David, son ancêtre. Ce que Jésus nous demande, c’est un autre style de vie que celui de ceux qui nous veulent ou nous font du mal. Il ne s’agit pas de se faire avoir ou de se laisser maltraiter : il s’agit de montrer plus d’amour que ceux qui nous haïssent ; il s’agit de vivre d’amour véritable plutôt que de vivre comme eux de la haine. Il s’agit de faire triompher l’amour vrai, celui qui endure tout, supporte tout et ne fait rien de mal. Il s’agit de passer des belles phrases sur l’amour à un amour vécu, au quotidien, même quand ce quotidien peut sembler infernal, c'est-à-dire cerné par les forces du Mal. Et si le début de l’évangile de ce dimanche peut sembler difficile à entendre et à vivre, reconnaissons que Jésus n’a pas tort quand il dit qu’il n’y a pas de mérite à aimer ceux qui nous aiment déjà ; même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Jésus n’a pas tort non plus quand il dit qu’il n’y a rien d’extraordinaire à faire du bien à ceux qui nous en font ; même les pécheurs en font autant. Jésus n’a pas davantage tort quand il affirme qu’il n’y a pas d’exploit à prêter à ceux dont on espère recevoir en retour ; même les pécheurs prêtent aux pécheurs. Des gens bons, aimants, ça existe en-dehors des croyants, heureusement ! Si donc le croyant doit se démarquer par son art de vivre, il doit faire plus, il doit faire mieux que la
norme communément admise. Il aimera de l’amour même de Dieu qui est bon pour les ingrats et les méchants. Jésus le résume admirablement dans ce verset : Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Autrement dit, que votre art de vivre soit une Parole de Dieu ; que votre art de vivre reflète l’art de vivre de Dieu lui-même puisque vous vous dites fils du Très-Haut. 

            Voilà que cette page d’évangile prend une saveur nouvelle, en nous rappelant que notre baptême nous oblige à une vie conforme dans nos relations aux autres. Devenus fils et filles de Dieu, nous ne pouvons pas vivre autrement que Dieu, notre Père. Son amour offert doit devenir notre amour vécu pour celles et ceux qui croisent notre route. Puisse le Pain de l’Eucharistie nous donner la force de vivre de cette Parole de Dieu aujourd’hui entendue. Amen.

samedi 12 février 2022

6ème dimanche ordinaire C - 13 février 2022

 Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est sans valeur !



       


(Sieger KÖDER, Les disciples d'Emmaüs)





        Très régulièrement, des enquêtes nous disent en quoi croient les Français, et parmi ceux-là en quoi croient encore les chrétiens. Et je suis toujours attristé de constater que la foi en la résurrection perd du terrain, y compris chez ceux qui se disent encore chrétiens. Avec Paul, je ne peux que leur redire : Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur. 

            La résurrection n’est pas juste un appendice de notre foi, un petit truc que l’on prendrait en plus de tout le reste. Non, la résurrection du Christ, et de là la nôtre, est le cœur même de notre foi et notre espérance la plus profonde. Nous ne croyons pas en Jésus parce qu’il est venu au monde dans une crèche entre un âne et un bœuf. Nous ne croyons pas davantage en Jésus parce qu’il a eu des paroles réconfortantes, pleines de sagesse. Nous ne croyons même pas en Jésus parce qu’il a fait des miracles, posé des signes extraordinaires. Nous ne croyons pas plus en Jésus parce qu’il nous a magnifiquement parlé de Dieu, ni parce qu’il l’appelait Père. Nous ne croyons pas en Jésus enfin parce qu’il est mort sur la croix. Non, nous croyons en Jésus parce qu’il a livré sa vie pour nous sur la croix, qu’il est mort pour nous, qu’il a été mis au tombeau et que trois jours après, il était vivant, ressuscité, vainqueur de la Mort et du Péché. Sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu, sa mort même n’ont de sens que dans l’événement de la Pâque ; sa naissance, son enseignement, ses miracles, sa proximité avec Dieu et sa mort n’ont de sens que parce qu’il est vainqueur de la mort, une fois pour toutes, qu’il est vivant, définitivement vivant auprès de son Père et présent à notre vie par son Esprit. Paul a raison de dire aux Corinthiens qui déjà doutaient de la résurrection que, dans ce cas, leur foi est sans valeur. Elle ne vaut même pas la salive que l’on utiliserait pour la proclamer. Si Jésus n’est pas ressuscité, notre foi, c’est encore moins que du pipi de chat. Nada ! Nichts ! Nothing ! Rien ! 

            Certains alors voudraient s’en sortir en disant que : « bon ben, je peux admettre que Jésus est ressuscité, mais cela ne change rien pour nous ; personne d’autre ne ressuscitera ; Jésus, c’est en quelque sorte l’exception qui confirme la règle : il n’y a pas de résurrection ». Mais alors pourquoi est-il mort, Jésus ? Pourquoi a-t-il accepté l’humiliation et la souffrance de la croix, si c’était juste pour lui ? En avait-il besoin pour rentrer chez son Père ? Non, bien sûr ! Il a fait ce chemin pour nous, pour toi, pour moi ; pour que, à sa suite, nous puissions ressusciter, nous puissions vivre, dès maintenant et pour toujours, avec Dieu, en Dieu. Il nous rappelle ainsi que notre vie n’est pas faite pour ce monde, mais pour le Royaume où Dieu nous attend. Et ce Royaume est le Royaume de la vie en plénitude, de la vie qui ne finit jamais. Ce n’est pas la peine de se fatiguer à être chrétien si c’est juste pour être gentil ici-bas. Des personnes gentilles, ça existe, même chez les non chrétiens, heureusement ! Devenir chrétien, c’est choisir d’être tendu tout entier, dès maintenant, vers ce Royaume où Dieu nous veut avec lui lorsqu’il nous appellera à quitter cette terre. Les béatitudes, que ce soient celles de Matthieu que nous entendons en chaque fête de la Toussaint, ou que ce soient celles de Luc que nous proclamons en ce dimanche, nous orientent vers cet au-delà et nous rappellent que nous sommes fait pour plus grand qu’une vie sur cette terre. Si nous sommes invités à développer un style de vie conforme à l’Evangile, ce n’est pas parce qu’on vit mieux ainsi dès maintenant, mais bien pour nous exercer à la vie du Royaume, pour nous exercer à la vie avec Dieu. 

            Je reconnais que les béatitudes de Luc, mal comprises, pourraient laisser croire qu’il vaut mieux être pauvre et mal foutu pour entrer dans le Royaume. Pire, elles laisseraient croire qu’il vaut mieux souffrir ici-bas pour être heureux dans l’au-delà. C’est oublier un peu vite que ce ne sont pas tant des choses à réaliser à la lettre qu’un état d’esprit, un art de vivre qui met le frère au cœur de ma vie parce que le Christ est solidement ancré dans ma vie et présent dans le cœur de chacun. Alors une certaine dépossession au profit du plus grand nombre devient possible ; alors le partage devient une évidence ; alors la compassion est la seule voie vers un monde plus heureux. Le riche dénoncé par Luc, c’est tout homme, financièrement riche ou pas, qui s’accroche au peu qu’il a et qui ignore son frère qui est encore plus dans le besoin. Le repus dénoncé par Luc, c’est tout homme qui refuse de partager ou qui gâche sa nourriture ou s’accapare la nourriture et laisse mourir de faim son frère. Le rieur que dénonce Luc est celui qui se moque des autres parce qu’ils n’ont pas la même chance que lui et qui refuse de partager leur souffrance pour leur permettre de la dépasser. Le louangé que dénonce Luc, c’est celui qui ne sait parler que de lui, ne mettre en avant que ses propres mérites sans voir que d’autres y ont contribué, ignorant même la part qu’ils ont pu prendre à sa réussite. Tous ces portraits dénoncés par Luc sont les portraits des hommes et des femmes qui sont pleins d’eux-mêmes et n’ont pas de place, en leur vie, pour Dieu. Ils sont leurs propres dieux. Comment voulez-vous dès lors qu’un Dieu crucifié, même ressuscité d’entre les morts, puissent les intéresser et les sauver ? C’est mission impossible, même pour le premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. 

            La foi en la résurrection, si elle reste inexplicable en termes de comment cela va se passer, nous invite à être pleinement éveillés, dès maintenant, à être pleinement vivant, dès maintenant. Jésus, durant sa vie terrestre, nous a montré ce que signifie être pleinement vivant : c’est avoir à cœur le bien de l’autre avant le sien ; c’est avoir un cœur ouvert à la détresse de celles et ceux qui croisent notre route ; c’est avoir un cœur qui pleure avec ceux qui pleurent ; c’est avoir un cœur plein de Dieu, un cœur plein des autres en qui Dieu se révèle à moi. Soyons donc pleinement vivant, à la manière du Christ, dès maintenant, pour être pleinement vivants, ressuscités avec le Christ, lorsque nous quitterons ce monde pour le Royaume où Dieu nous attend. Apprenons aujourd’hui à être en état de ressusciter demain. Amen.

samedi 5 février 2022

5ème dimanche ordinaire C - 06 février 2022

 Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.




        Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. J’ai bien conscience, en ces temps qui suivent la publication du rapport Sauvé, qu’il peut-être ecclésialement et politiquement incorrect de relever cette affirmation de Paul pour la proposer à votre méditation. Pour certains, elle ferait partie de ces phrases qui ont permis la mise en place du cléricalisme, source de tous les abus. Ce serait pourtant gravement trahir la pensée de Paul que d’utiliser ce verset pour justifier une position de domination. 

            Paul ne tire aucune gloire de sa mission d’apôtre. Il se défendra toujours d’avoir été à la charge de quiconque. Jamais il ne s’est fait entretenir ; jamais il n’a usé de sa place dans la communauté pour exiger privilège ou attention particulière. Bien au contraire ; il l’exprime très bien quand il écrit aux Corinthiens : Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu. Il a conscience que son histoire avec Jésus avait plutôt mal commencé. L’attitude de domination, c’était avant, quand il ne connaissait pas encore le Christ, et qu’il avait exigé les pouvoirs nécessaires pour poursuivre et traquer les adeptes de cette nouvelle voie. Sa qualité d’Apôtre ne sera décidément jamais une occasion d’imposer un pouvoir, d’imposer une opinion. Saint Paul n’est pas un ‘self made man’, mais quelqu’un qui a été fait par Dieu à l’image d’un Isaïe dans la première lecture entendue, quelqu’un qui a été saisi par le Christ, à l’image de Pierre dont nous avons entendu l’appel dans l’Evangile. Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Il a conscience aussi qu’il a été saisi par le Christ pour une seule et unique chose : l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Ce n’est pas là la parole d’un homme de pouvoir, mais la parole de quelqu’un qui s’est mis au service d’un Autre pour les autres. Cette Bonne Nouvelle, il y avait urgence à l’annoncer, puisque sa réception conditionne le salut de ceux qui l’entendent. Paul a travaillé pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

            On pourrait objecter, à la vue de l’œuvre de Paul et de son influence dans la jeune communauté, qu’il a quand même pesé lourd. Il est le premier qui a explicité la foi chrétienne, précisé ce que cela voulait dire, dans le quotidien, d’être chrétien. Il l’a fait de manière systématique, répondant avec assurance aux questions que les jeunes communautés qu’il avait fondées lui adressaient. Certes, mais il ne l’a pas fait pour faire valoir une primauté quelconque, mais bien parce que Dieu l’avait saisi et travaillait avec lui, à travers lui. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Ce n’est pas là une belle phrase, mais bien l’expression de sa conscience d’être au service de Dieu. Il a conscience d’agir, selon la belle expression du Concile Vatican II in persona Christi capitis (en la personne du Christ Tête). Le mot important dans cette phrase, c’est celui ajouté justement par le dernier Concile à une expression plus ancienne : le mot ‘Tête’. Ce mot rappelle qu’il n’est pas le Christ ; il est un instrument qui permet à la Tête du Corps qu’est l’Eglise d’agir dans son Eglise. Et cette tête, ce n’est jamais Pierre, Paul, François, ou qui sais-je encore ; cette tête, c’est toujours et exclusivement le Christ que les hommes comme Paul servent. 

Ceux qui servent ne peuvent jamais être celui qu’ils servent. L’œuvre de Paul, l’œuvre des Apôtres, l’œuvre des prêtres, c’est de permettre au Christ, et à lui seul, de guider, enseigner, nourrir, présider son peuple. Le prophète, l’apôtre, l’évêque, le prêtre, le diacre, mais aussi le catéchiste et toute personne investie dans l’Eglise, n’existent que par appel du Christ, appel adressé à eux par l’Eglise. Sans le Christ, sans l’Eglise, ils ne sont rien. Sans le Christ, ils n’ont personne à annoncer ; sans l’Eglise, ils n’ont personne à servir. Paul ne s’annonce pas lui-même, même quand il aura l’audace de dire : prenez-moi pour modèle ! Car aussitôt, il ajoute : mon modèle à moi, c’est le Christ ! In fine, le Christ doit être notre modèle à tous. Qu’il le soit à la manière d’un Paul ou d’un Pierre, importe peu. Il est et reste le modèle unique qu’un Paul ou un Pierre présentent avec ce qu’ils sont. Paul est plus que clair à ce sujet : Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze… et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. Si même Paul a finalement été saisi par le Christ, combien plus chacun de nous peut être saisi par le Christ. Ce n’est pas Paul qui compte, c’est le Christ et son œuvre : Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. 

            Rien, dans ces grandes figures appelées par Dieu, ne justifie une prise de pouvoir ou un abus de quelque sorte que ce soit. Tout, dans leur vie, souligne la primauté du message sur le messager. Tout contribue à tourner notre cœur vers le Dieu unique et vrai, et pour les chrétiens que nous sommes, à mettre le Christ, et lui seul, au cœur de notre vie. Qu’il en soit donc ainsi ; il n’aurait jamais dû en être autrement. Amen.