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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







lundi 26 novembre 2018

Christ, Roide l'univers B - 25 novembre 2018

C'est toi-même qui dis que je suis roi.





Notre année liturgique se termine comme chaque année par la solennité du Christ, Roi de l’univers. Et nous venons d’entendre, dans l’évangile, cet échange entre Jésus et Pilate au sujet même de la royauté de Jésus après que Pilate aie justement questionné Jésus ainsi : Es-tu le roi des Juifs ? 

Nous ne savons pas ce qui a poussé Pilate à interroger Jésus en ce sens. Jésus essaie bien de comprendre, mais Pilate ne répond vraiment à sa question : Dis-tu cela de toi-même ou parce que d’autres te l’ont dit ? Pourtant, n’est-ce pas la vraie question à nous poser aujourd’hui ? N’est-ce pas notre réponse à cette question qui devrait nous préoccuper ? Pour cela, il nous faut d’abord définir quelle est cette royauté de Jésus. Car, reconnaissons-le, au moment où nous assistons à cet échange, la royauté de Jésus n’est pas vraiment ce qui frappe l’auditeur ou le spectateur de la scène. La rencontre à laquelle nous assistons n’est pas une rencontre diplomatique entre deux grands de ce monde ; ce que nous voyons, c’est la rencontre entre un prisonnier et son geôlier, entre un accusé et son juge qui a pouvoir de vie et de mort. Difficile donc de confondre Jésus, Christ, Roi de l’univers, avec les rois dont l’histoire de France nous relate l’existence. Ne cherchez pas de couronne d’or et de joyaux ; il n’y aura qu’une couronne d’épines. Ne cherchez pas de pourpre ni d’hermine ; il n’y a que le manteau rouge dont les soldats ont affublé Jésus. Ne cherchez pas d’escorte militaire, ni de garde prétorienne pour protéger Jésus ; il n’y a que les soldats romains venus l’arrêter et le ligoter. Aucun des signes donc dont nos rois aimaient s’entourer ; juste une caricature de roi, un théâtre de marionnettes dont Jésus sera la victime, mais la victime consentante. Car ce moment-là, dont la rencontre avec Pilate n’est qu’un détail, est le moment de Jésus. Et il va culminer dans la croix dressée, portant le corps souffrant du Christ, révélant dans cette extrême faiblesse, la vraie royauté Jésus : celle de l’amour offert jusqu’au don de la vie afin que les hommes puissent vivre. Rien d’autre n’importe à Jésus que d’accomplir la volonté de salut de Dieu pour les hommes. 

Nous pourrons alors interroger longtemps comme Pilate : Es-tu le roi des Juifs ? Nous n’aurons, pour seule réponse, que la croix dressée et cette affirmation de Jésus : Ma royauté n’est pas de ce monde. Ne cherchons donc pas à comprendre avec nos réalités terrestres, mais entrons plus avant dans la connaissance de la volonté de Dieu pour les hommes, et de ce que l’accomplissement de cette volonté suppose. Nous comprendrons vite que nous n’échapperons pas au passage de Jésus par la croix. Sa gloire vient de son obéissance au Père. Sa vie de ressuscité, il la doit à son obéissance au Père. Notre vie, il la doit (et nous la devons) à son obéissance au Père. Non pas que le Père se délectât de voir son Fils mourir en croix ; mais il fallait que le Fils s’offrît, il fallait qu’il vive la vie humaine jusque dans la mort pour que nous en soyons libérés. N’est-ce pas le premier rôle d’un roi que celui de protéger et de faire vivre son peuple ? Avec Pilate, nous pouvons interroger : Alors tu es roi ? Parce que cette découverte ne vient pas tant de l’enseignement que de l’expérience. Il faut avoir fait l’expérience de ce salut offert, par grâce, pour désirer que le Christ règne dans nos cœurs et gouverne notre vie. Il faut avoir fait l’expérience de cet amour sans limite pour confesser le Christ comme le roi de l’univers, roi non à la manière des hommes, mais à la manière de Dieu.

C’est toi-même qui dis que je suis roi. Le mot de la fin reviendra à Jésus ; il reconnaîtra le chemin que nous avons parcouru. Il acceptera de devenir notre roi pour que vive son amour à travers nous. Car cet événement de Pâques est pour tous les hommes, à travers tous les temps. Il nous revient d’en témoigner pour que tous les hommes, habitant le même univers, puissent reconnaître en Jésus ce roi qui nous offre sa vie, ce roi qui nous libère du péché et de la mort, ce roi qui nous gouverne pour nous mener à la vie en plénitude, avec lui, auprès du Père. Amen.

dimanche 11 novembre 2018

32ème dimanche ordinaire B - 11 novembre 2018

Ne retenons pas les trésors de Dieu !






De quoi nous parle-t-on au juste dans les lectures de ce dimanche ? L’histoire d’Elie et de la veuve de Sarepta, doublée de celle de la veuve qui est remarquée par Jésus pour ses deux petites pièces de monnaie déposées au Trésor du Temple, nous inciterait à répondre que la liturgie nous parle de partage. Pourtant, il y a un autre texte que nous oublions trop souvent quand, en certains lieux, il n’est pas remplacé par un chant ; c’est le psaume qui donne une indication complémentaire sur la teneur des textes. Et le psaume de ce dimanche, le psaume 145, nous parle de Dieu et de son œuvre de salut. Car, ne l’oublions jamais, c’est de Dieu que Jésus est d’abord venu parler aux hommes ; c’est au sujet de Dieu qu’il nous enseigne. Et que nous dit-on alors de Dieu aujourd’hui ? 

Eh bien d’abord que Dieu se soucie de nous, et en particulier du pauvre et du fidèle. Voyez Elie et la veuve de Sarepta. Ils sont dans la main de Dieu, même si la veuve semble l’avoir oubliée. Le prophète Elie, dont la vie est toute tournée vers le service du Seigneur en une époque difficile, l’expérimente régulièrement. Sa demande à la veuve, - le faire manger avant qu’elle ne mange elle-même avec son fils - , semble déplacée et égoïste. Mais elle manifeste surtout sa confiance en Dieu qui ne tardera pas à se manifester : Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. Il annonce ainsi la proximité de Dieu aux hommes dans leurs épreuves et la récompense qu’il accorde à ceux qui lui sont fidèles. Le salut n’est pas une idée en l’air ; la providence n’est pas une vue de l’esprit. La certitude que Dieu nous accompagne doit être une constante de notre foi, profondément ancrée en nous. Ce qui se passe pour Elie et la veuve de Sarepta, Dieu le renouvelle pour nous. Relisez le psaume pour vous en convaincre : Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain. Nous pouvons certes considérer que ce ne sont là que des mots pour la prière ; mais nous pouvons aussi considérer que ce sont là les mots de l’alliance de Dieu avec les hommes, des mots qui engagent Dieu (nous le voyons avec Elie), mais des mots qui engagent aussi les hommes. 

C’est la veuve de l’Evangile qui nous le rappelle discrètement. Elle est certes remarquée par Jésus, mais c’est sans doute le seul qui aura noté son offrande. Qui prête attention à une pauvre veuve alors que tant d’autres (les scribes dénoncés par Jésus en particulier) tiennent à se montrer, à se faire saluer, à être honorés publiquement ? Non, personne n’aura vraiment prêté attention à cette femme, si ce n’est Jésus, si ce n’est Dieu ! Non seulement, il aura vu, mais il aura estimé à sa juste valeur cette pauvre offrande. Elle a mis plus que les autres… Elle a pris sur son indigence, elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. N’est-ce pas là, la part d’alliance qui relève des hommes ? Si Dieu est attentif, miséricordieux, providentiel pour les hommes, les hommes ne doivent-ils pas être à la hauteur de Dieu ? Quand Dieu s’intéresse à nous, ce n’est pas pour nous rabaisser ; il n’intervient pas pour nous humilier. Non, quand Dieu intervient dans la vie des hommes, c’est pour les élever, les faire grandir, les sauver. L’homme ne saurait alors rester sur la touche ; il ne saurait sous-estimer l’œuvre de Dieu. Il cherchera à faire pour d’autres, ce que Dieu a fait pour lui. C’est cela le geste de la veuve. Elle n’a rien fait pour être remarquée des hommes ; elle fait ce qui lui semble juste : donner parce qu’elle a tant reçu de l’amour de Dieu ; donner, alors même qu’elle n’a que très peu. Avec ses deux petites pièces, c’est toute sa foi qu’elle offre à Dieu, sûre que lui peut quelque chose avec ce petit rien. Dans sa pauvreté, elle refuse qu’on puisse dire qu’elle est trop pauvre pour changer les choses ; elle refuse qu’on lui enlève cette dignité fondamentale de l’être humain qui le rend plein de compassion pour autrui. Puisque Dieu ne détourne pas son regard des hommes, comment pourrait-elle détourner le sien ? La pauvreté n’empêche pas de voir le monde tel qu’il est ; elle rend peut-être le regard de l’homme encore plus perçant, et le cœur de l’homme plus attentif à autrui. En faisant remarquer aux autres cette veuve, Jésus nous rappelle que Dieu voit ces petits gestes et leur donne leur juste grandeur. Aucun acte de charité, si petit et si discret soit-il, ne sera perdu ou inaperçu aux yeux de Dieu. C’est même l’amour qui est le critère principal pour Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelait Jésus dimanche dernier lorsqu’il nous invitait à aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes ? 

Dieu veille sur ceux qui le craignent. Dieu est bon pour tous les hommes, et veut leur salut. Comment dès lors ne pourrions-nous pas aider à répandre ce salut, nous à qui il a été révélé en Jésus ? Comment pourrions-nous vivre comme si de rien n’était, alors que nous connaissons la bonté de notre Dieu ? Dieu déverse des trésors d’amour sur nous ; ne les retenons pas, mais déversons-les à notre tour, à l’image de ces deux veuves, confiants que ces trésors ne s’épuiseront que si nous refusons de les partager. Amen.

 

 

samedi 3 novembre 2018

31ème dimanche ordinaire B - 04 novembre 2018

De Jésus, apprenons ce qu'aimer veut dire.







J’aime beaucoup la langue française, sa musicalité, la richesse de ses nuances ; mais je dois bien reconnaître qu’en matière d’amour, elle manque de vocabulaire. Ainsi, le français aime-t-il la glace à la vanille comme il aime une personne. Un même mot pour exprimer des réalités pourtant différentes. Il y a alors un risque réel de ne plus vraiment savoir ce que signifie ce mot, à force de l’utiliser à tort et à travers. Et je me mets à rêver que la langue française déploie ses trésors d’inventivité pour décliner ces réalités diverses avec des mots divers pour garder au verbe Aimer toute la richesse que le Christ lui donne dans l’évangile de ce dimanche. 

Remarquez bien l’habileté de Jésus : pour ne pas gâter ce beau mot, il le décline sous trois modes inséparables. Il ne crée rien de neuf : vous trouverez déjà ces trois modes dans des textes du Premier Testament. Nous en avons eu un exemple dans la première lecture, quand Moïse exhorte le peuple : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ce qui peut être nouveau, c’est la manière dont Jésus lie tout cela. A la question du scribe, Jésus répond ainsi : Voici le premier, et il cite la parole de Moïse à son peuple que je viens de rappeler. Puis il ajoute : Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (une reprise de Lévitique 19, 18). Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Les trois modes de l’Amour sont donnés en deux versets : aimer Dieu, aimer l’autre, s’aimer soi. Ces trois modes ne sont pas à vivre dans une succession à définir, mais ensemble. Jésus nous dit qu’on ne peut approcher le véritable amour qu’en aimant et Dieu et l’autre et soi, dans un même mouvement. Prenons le temps de bien comprendre cette articulation donnée par Jésus. 

Aimer Dieu, voilà qui semble à beaucoup de nos contemporains comme une curiosité de l’histoire. A force de reléguer Dieu aux oubliettes de l’histoire, pourrait-il en être autrement ? Pourtant, toute la révélation biblique s’accorde sur ce point. Il n’y a pas de véritable amour possible sans cette découverte fondamentale : je suis aimé de Dieu et je suis appelé à l’aimer en retour. Ce que saint Jean traduit ainsi : Dieu EST amour. Autrement dit, c’est parce qu’il se sait aimé de Dieu que le croyant se découvre capable de l’aimer en retour. C’est parce qu’il est aimé de Dieu que le croyant devient capable d’amour. Pour aimer, il faut avoir fait l’expérience de l’Amour total que Dieu porte à tous les hommes. Aimer Dieu, c’est comprendre que l’amour est plus grand que tous les sentiments humains ; que l’amour est plus fort que tout ce que l’homme peut imaginer. Se pose alors une question d’importance : celui qui ne connaît pas Dieu, est-il capable d’aimer ? Bien sûr. Mais il aimera d’un amour humain, d’un amour marqué par les limites de notre commune humanité. Ne pas connaître Dieu, ou refuser l’idée d’un dieu, n’empêche pas d’aimer, heureusement ! Mais je crois que cela limite notre manière d’aimer. En effet, c’est en Jésus que Dieu a montré à l’humanité jusqu’où pouvait, jusqu’où devait aller l’amour. En Jésus, Dieu nous apprend qu’il est la source de l’amour ultime. Aimer Dieu, c’est découvrir au fond de soi la capacité d’aimer comme lui puisque nous sommes faits à son image et à sa ressemblance. 

Nous pouvons alors aborder le deuxième terme de l’enseignement de Jésus : aimer son prochain. Voilà qui semble acquis à beaucoup. L’homme comprend très vite qu’il ne peut pas vivre en faisant constamment la guerre aux autres. Vient toujours le moment où il doit surmonter sa rage, sa méfiance, pour dire à l’autre, qu’à défaut d’avoir du prix pour lui, il peut vivre en bonne intelligence avec lui. Finalement, aimer l’autre, c’est peut-être reconnaître qu’il st comme moi : aimable, capable d’aimer, capable d’être aimé, malgré ses défauts et avec ses qualités. Aimer l’autre, c’est donc l’accepter tel qu’il est, c’est-à-dire forcément différent de moi, forcément différent de ce que j’en attends. Lorsque Jésus nous presse d’aimer l’autre, il lie cet amour de l’autre à l’amour de Dieu. Là encore, l’Apôtre Jean a bien saisi l’enseignement du Christ. Dans sa première lettre, il nous dit que celui qui dit qu’il aime Dieu qu’il ne voit pas et qui n’aime pas son frère qu’il voit, celui-là est un menteur. L’amour de l’autre devient, pour Jésus, la marque de l’amour de Dieu. L’autre devient le sacrement de l’amour de Dieu, c’est-à-dire le signe visible de l’amour invisible que je porte à Dieu. Voilà Dieu et l’homme unis de manière absolue. Il ne nous est plus possible de dissocier ce que le Christ a si fortement uni. 

Reste alors le troisième terme de l’enseignement de Jésus : s’aimer soi. Voilà qui peut s’entendre comme quelque chose de nouveau. Nous avons tous été marqués par une sorte de maladie qui nous faisait refuser l’amour de soi. Personne n’aurait l’idée de dire : je m’aime ! Cela paraîtrait pour le moins curieux. Pourtant Jésus nous dit : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même, c’est-à-dire comme tu t’aimes. Comment, en effet, puis-je manifester de l’amour à quiconque si je ne me supporte pas. Il ne s’agit pas de devenir narcissique, mais de se reconnaître capable d’aimer, de se reconnaître tel que Dieu nous a fait, à son image et ressemblance. Comment puis-je accepter que l’autre ait des limites et ne soit pas parfait, si je ne découvre pas d’abord mes propres limites, ma propre imperfection ? Comment croire que l’autre est capable d’amour envers moi, si je ne suis pas capable d’accepter l’image que me renvoie mon miroir ? A moins que Jésus ne veuille dire : aime Dieu et aime ton prochain comme toi-même tu es aimé. Ceci peut s’entendre si le « comme tu es aimé » sous-entend bien « par Dieu ». Jésus nous dirait donc : aime Dieu et ton prochain de l’amour que Dieu lui-même te porte. 

Aimer Dieu, aimer son prochain et s’aimer soi : trois pendants d’une même réalité donc. Supprimer une seule forme d’amour, et vous amputez l’homme dans sa capacité à aimer. Si je ne m’aime pas, je ne suis pas capable de croire que quelqu’un puisse m’aimer vraiment. Si je n’aime pas les autres, je ne suis qu’un égoïste. Si je n’aime pas Dieu, mon amour sera toujours limité par mon humanité. Croyants, nous avons la chance de découvrir dans l’enseignement et dans la vie de Jésus le sens profond et véritable de ce mot : Aimer. Puissions-nous toujours fréquenter ce maître et apprendre de lui à aimer davantage, à aimer toujours mieux. Car seul l’amour nous sauvera ; seul l’amour nous fera entrer totalement dans le monde de Dieu. AMEN.

 
 

mercredi 31 octobre 2018

Toussaint - 01er novembre 2018

Un jour particulier.






Comme chaque année, avec le premier novembre, revient la fête de la Toussaint, où nous célébrons le jour consacré à la mémoire de tous les saints : ils ont imité le Christ pendant leur vie et, à leur mort, ils ont reçu de lui la couronne de gloire (PE 1). C’est avec ces mots que la liturgie de l’Eglise parle de ce jour si particulier de l’année. 

C’est un jour particulier parce que nous pourrions croire que ce jour ne parle pas de Dieu. Et dans nos rapports avec d’autres Eglises chrétiennes, une telle fête peut être un obstacle si notre manière d’envisager les saints nous faisait perdre de vue que Dieu est le seul saint. Dans notre vie spirituelle, les saints ne nous sont pas donnés par l’Eglise pour nous détourner de Dieu, mais bien pour nous rapprocher davantage de lui. J’aime me souvenir de mes saints patrons lorsque, dans ma vie spirituelle, les choses vont moins bien, lorsque je me sens incapable de me rapprocher encore de Dieu. Parce qu’à ces moments-là, j’ai besoin de ces figures toutes humaines pour me souvenir que leur chemin de sainteté n’était pas différent du mien. Les saints dont nous portons le nom sont autant de chemin vers Dieu qu’il existe d’hommes et de femmes différents, autant de chemins vers Dieu qu’il existe de caractères différents. Tous les saints n’ont pas la même histoire et il n’existe pas de stéréotype de saints. Il n’existe que des hommes et des femmes qui ont vécu leur foi, à une époque donnée, affrontant les difficultés d’une vie, mais les affrontant avec Dieu. C’est la seule chose qui caractérise tous les saints : leur désir de Dieu. Et ne croyez pas qu’ils soient tombés dedans quand ils étaient petits. Il n’y a que peu d’Obélix de la sainteté ! 

C’est encore un jour particulier parce qu’il ne nous parle que de Dieu ! Une des préfaces possible de la fête nous fera dire que lorsque [Dieu] couronne leurs mérites, [il] couronne ses propres dons. Ce qu’ont vécu les saints leur a été donné par Dieu. Cette fête nous rappelle alors que, pour nous aussi, pour chacun de nous, Dieu a un projet, Dieu a quelque chose à nous offrir. Une vie faite de bonheur comme décrit dans les béatitudes, une vie pleine, c’est-à-dire bien menée, bien remplie, une vie dont nous pouvons être fiers. Le bonheur que Dieu veut pour nous n’est pas que pour plus tard, lorsque nous serons invité au banquet préparé dans la maison de Dieu (post communion); c’est un bonheur pour aujourd’hui et maintenant, même si la route à suivre n’est pas celle que nous emprunterions humainement. Reconnaissons-le : le chemin des béatitudes n’est pas une partie de plaisir, mais nous savons bien que c’est le seul chemin vers un monde plus juste et plus humain. Tous les saints nous le rappellent, qu’ils aient eu une vie simple ou marquée par les épreuves et le martyr. 

C’est enfin un jour particulier parce qu’il nous rappelle qu’une vie n’est signée qu’à l’heure de la mort. Il y a, chez les saints officiels, des hommes et des femmes dont la vie n’a pas été marquée dès son origine par cette sainteté. Chez certains, il y a clairement une vie d’avant, avant la rencontre de Dieu. Et donc une vraie conversion, c’est-à-dire un moment où Dieu s’est imposé à eux comme une évidence, un moment où la présence de Dieu était tellement forte et claire qu’il ne leur était plus possible de vivre comme avant. La sainteté nous parle aussi de la miséricorde de Dieu qui n’estime jamais que quelqu’un est définitivement perdu. Le retour à Dieu est toujours possible ; l’acceptation des dons de Dieu n’est pas frappée de date limite. Il n’y a pas d’heure pour entrer dans le projet de Dieu. 

Nous pouvons être heureux de cette fête qui nous tourne vers Dieu par autant de chemins qu’il y a de saints, d’authentiques témoins de sa Parole. Nous pouvons, grâce à eux, trouver la route que nous sommes appelés à vivre pour parvenir au bonheur que Dieu promet. Remercions Dieu de nous avoir donné des saints ; remercions les saints de toujours nous mener à lui. Sur le chemin vers le Royaume, comment pourrions-nous nous perdre ? Heureux sommes-nous d’être appelés par un tel Dieu. Amen.

 

 

samedi 27 octobre 2018

30ème dimanche ordinaire B - 28 octobre 2018

A l'école de Bartimée pour devenir disciple.







Comme les choses sont quelquefois étranges ! Nous lisons l’Evangile, et nous en recommandons la lecture aux autres, pour découvrir qui est Jésus, quel est son enseignement, sa doctrine. Et voilà qu’en ce dimanche, dans cet évangile qui nous parle de Jésus, nous découvrons un personnage qui prend plus d’importance que lui. Un personnage, en tous les cas, que nous aurions tort de croire secondaire. Il est, pour moi, le plus important de cette rencontre ; il est celui qui nous fait la leçon. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas que Bartimée soit guéri ; ce qui compte, c’est ce qu’il fait de cette guérison, ce qu’il devient par cette guérison. 

Alors que fait-il d’extraordinaire, ce Bartimée, pour que je vous le montre en exemple, à la suite de Marc ? Apparemment, il ne fait rien ! C’est un mendiant, aveugle de surcroît. Il ne peut rien faire de lui-même à part mendier. Mais il est transformé par sa rencontre avec Jésus. Je sais bien, d’autres avant lui, ont rencontré Jésus. Mais peu sont allés aussi loin que lui. Parce que ce Bartimée que Jésus rencontre et guérit, se met à suivre Jésus. Et il le fait à un moment précis de l’histoire de Jésus. Et c’est cela qui change tout. 

Mais revenons au début. L’histoire de Bartimée est simple. Elle est marquée par son handicap, et par le jugement des gens de son époque sur la maladie. Il est né aveugle ; ce n’est pas sa faute, me direz-vous ! Mais à l’époque, voilà que cette maladie le rend paria, rejeté de tous, suspecté d’un grand péché. Que voulez-vous ? S’il est né aveugle, il doit bien y avoir une raison ; personne n’est vraiment innocent ! Et si ce n’est pas lui qui a péché, ce doit être un parent pour qui il expie la faute. Cela peut nous paraître dur, mais c’est bien cela la mentalité des gens de son époque. Vous comprendrez qu’il n’ait pas d’autre choix que de mendier, Bartimée. Chaque jour, sans doute à la même place, il attend assis au bord du chemin. Mais le jour où nous sommes n’est pas comme les autres jours. Parmi les personnes qui sortent de Jéricho, il y a Jésus et ses disciples. Bartimée est peut-être aveugle ; il n’en est pas pour autant sourd. Il entend bien le brouhaha à l’approche de Jésus ; la foule se presse là, pour voir passer l’homme de Nazareth. Mais un seul voit en cet homme plus que l’homme de Nazareth, et il se met à le crier, haut et fort : Fils de David, prends pitié de moi ! Il y a, dans ces mots, toute sa foi et toute sa détresse. Il y a dans ces mots la reconnaissance par Bartimée de la qualité de Jésus : il est plus qu’un prophète, plus qu’un homme particulièrement religieux ; il est le Messie, le seul Fils de David. C’est la première leçon qu’il nous donne, Bartimée. Et il la donne à des voyants alors que lui est aveugle, encore. Mais sa cécité ne l’empêche pas de crier sa foi. Sa foi crie et se crie. 

La réaction des gens ne se fait pas attendre : beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire. Il y a des vérités que l’on ne veut pas entendre. Il y a des hommes que l’on ne veut pas entendre. Qu’il se taise ! Mais lui criait de plus belle ! Sa foi crie plus fort, sans gêne, sans honte. Jésus finira bien par l’entendre au milieu de tous ces gens. Et c’est ce qui arrive. Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le ! » Croyez-vous que cela impressionne Bartimée ? Pas du tout ! Le voilà qui jette son manteau, bondit et court vers Jésus ! Personnellement, je trouve cela curieux : il est aveugle, non ? Comment fait-il pour savoir où est Jésus exactement ? Sa foi lui donnerait-elle déjà un regard perçant ? Il a su voir au-delà des apparences en appelant Jésus « Fils de David ». Peut-être peut-il alors s’approcher de lui, sans le voir de ses yeux de chair. C’est la deuxième leçon donnée par Bartimée : savoir se détacher de son quotidien et ne pas retarder la rencontre avec le Sauveur. Même son manteau, pourtant si utile, il l’abandonne pour courir vers Jésus. Ce serait trop bête de se prendre les pieds dedans. 

Et là, nouvelle surprise : Jésus l’interroge de la même manière qu’il avait interrogé Jacques et Jean, juste quelques temps avant (pour nous, c’était l’évangile de dimanche dernier) : Que veux-tu que je fasse pour toi ? M’enfin ? Comme si cela n’était pas évident ! Allo, quoi ; il est aveugle : qu’est-ce qu’il pourrait vouloir de plus que voir ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai bien envie de secouer Jésus pour qu’il se réveille ! Mais Bartimée ne se laisse pas démonter ; il ne s’offusque pas de la question. Il répond, vite : Rabbouni, que je retrouve la vue ! Sa réponse bondit comme a bondi tout son corps à l’appel de Jésus. Rien ne devait l’empêcher de rencontrer Jésus ; rien ne doit retarder sa prière à Jésus. C’est sa troisième leçon, à Bartimée : devant Dieu, il nous invite à formuler notre désir le plus profond, notre besoin réel. Ce n’est pas parce que Dieu sait tout, que je n’ai pas à formuler ma demande. 

Et Bartimée est guéri. L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais pour Bartimée, cela eut été inconvenant, sans doute. C’est décidé, il ne rentrera pas chez lui, il suivra Jésus sur le chemin. Autrement dit, il devient disciple de Jésus. Parce que le disciple, ce n’est pas celui qui croit que Jésus peut quelque chose pour lui, mais celui qui se met vraiment à la suite de Jésus. Et Bartimée devient même le modèle du disciple, parce qu’il choisit de suivre Jésus à un moment crucial de l’histoire : il suit Jésus au moment où celui-ci monte à Jérusalem, au moment où Jésus marche vers sa croix, vers sa mort. Sa différence est là : les Douze ont suivi Jésus au début de son ministère, quand tout allait bien. Ils étaient loin de penser que cela se finirait par l’assassinat de leur Maître.  Bartimée choisit de suivre Jésus alors que cela sent déjà le roussi. Jésus est contesté, il a des ennemis parmi les puissants. Le jeune homme riche, rencontré quelques jours plutôt, n’a pas su aller au bout de sa démarche. Jacques et Jean, et les dix autres, se disputaient encore les premières places quelques heures plutôt, ne songeant qu’à se mettre en avant, mais sans trop comprendre où Jésus les menait. Bartimée ne sait peut-être rien de tous ces événements, mais sa mise en route signe sa guérison complète : il a non seulement retrouvé la vue, mais il devient encore capable d’embrayer le pas à Jésus. Il va le suivre à Jérusalem, il va l’accompagner dans sa Passion. Il réalise ce que Jésus ne cesse de répéter à ses disciples depuis un moment : si quelqu’un veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. C’est la quatrième leçon donnée par Bartimée. Ce petit personnage, que certains ont voulu empêcher de voir Jésus, nous apprend ce que nous sommes appelés à devenir : de véritables disciples reconnaissant dans le Crucifié leur Sauveur, celui qui vient remettre l’homme debout, celui qui vient le guérir de toutes ses infirmités. 

Entendant cette page d’évangile, nous sommes invités à faire le même chemin que Bartimée : passer de notre nuit à la claire vision du Sauveur, et l’ayant rencontré, à nous mettre en route derrière lui. Le début de notre démarche commencera de la même manière que pour Bartimée : une simple question posée par Jésus, une question à laquelle nous devons répondre pour progresser : Et toi, que veux-tu que je fasse pour toi ? La réponse appartient à chacun. Que notre silence et notre prière nous aident à y répondre en vérité. Amen.

 

 

samedi 20 octobre 2018

29ème dimanche ordinaire B - 21 octobre 2018

Quand Jésus parle de pouvoir !







De quoi parle l’Evangile ? Si je faisais passer des petits bouts de papier pour demander à chacun d’écrire en un mot de quoi parle Jésus aujourd’hui, qu’écririez-vous ? Nous parle-t-il du service ? Nous parle-t-il d’ambition ? Nous parle-t-il de pouvoir ? Nous parle-t-il d’autre chose ? Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, ce dont il est question dans l’évangile du jour, c’est de pouvoir et de maîtrise. 

Tout commence avec l’ambition de Jacques et de Jean de siéger l’un à droite et l’autre à gauche de Jésus, dans sa gloire. Ils sont cash avec Jésus, même s’ils semblent s’exprimer un peu à part des autres. Ils savent ce qu’ils veulent et n’ont pas de honte à le dire. Un peu d’ambition ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ! Leur demande n’a rien d’exceptionnel dans le monde, comme n’a rien d’exceptionnel la réaction des dix autres : comment osent-ils demander cela à Jésus ? Ce n’est pas tant la demande qui leur déplaît que le fait d’avoir oser la formuler… avant les autres ! Soyons alors réaliste un instant et reconnaissons-le : la question de Jacques et de Jean nous a tous traversé l’esprit à un moment ou à un autre de notre vie. Nous avons tous cherché la reconnaissance, la gloire et la puissance. Nous avons tous une certaine part d’ambition ; nous avons tous la certitude que ce que l’autre peut faire, je peux le faire aussi. Et nous avons tous été, comme les autres, surpris de l’avancement de celui-là ou d’un autre ; nous avons tous estimé qu’on aurait fait aussi bien, voire mieux, et que si quelqu’un méritait cette place, c’était nous ! Pour le dire encore autrement, nous avons tous estimé, à un moment ou à un autre de notre vie, que les autres ne reconnaissaient pas assez nos mérites, qu’on ne nous remerciait jamais suffisamment. Ou encore : vous savez, je l’ai fait de bon cœur, mais un merci, ça aurait été bien ! Cela existe dans le monde des hommes. Cela existe dans l’Eglise aussi. Cela a existé, cela existe encore, cela existera toujours ! A moins que nous ne nous mettions vraiment à l’école de Jésus. 

Je crains, qu’en la matière, nous ne méritions le reproche que Jésus fait à ses disciples : ils ne comprennent rien ! Nous le constatons d’ailleurs dans le dialogue qui s’instaure entre Jésus et les deux frères. Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? Le Nous le pouvons qui suit est un peu trop rapide pour exprimer leur compréhension claire de ce que Jésus vient de demander. La coupe dont il parle, c’est bien ce calice qu’il va boire jusqu’à la lie au moment de sa Passion. Il ne s’agit pas de boire avec Jésus au banquet éternel, mais de trinquer soi-même, quand c’est difficile à avaler. L’homme est bien seul dans ces moments-là, comme Jésus sera seul au moment de son procès. Le baptême dont parle Jésus, ce ne sont pas ces trois gouttes que l’on verse sur le front d’un enfant, mais bien ce plongeon dans les eaux de la mort, dans lesquelles l’homme peut se perdre et se noyer si Jésus ne vient l’en retirer pour le faire revivre avec lui. Ce n’est pas de plaisir que parle Jésus en réponse à la question des deux frères ; c’est de risque. Il les invite à risquer avec lui, pour lui. Et cela sera accordé d’avance à Jacques et Jean, sans pour autant qu’ils aient l’assurance de siéger à la droite et à la gauche de Jésus. La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. Voilà une occasion de se taire qui est perdue, définitivement ! 

Face à cette attitude tout humaine de jouer des coudes, Jésus indique alors une autre voie, le chemin du service. Attention, il ne s’agit pas là simplement de savoir rendre service, de temps en temps, pour faire plaisir, ou pour être reconnu dans ses compétences. Non, non, il s’agit de bien plus. Il s’agit d’un art de vivre, d’une tournure particulière de l’esprit. Cela s’apparente au devoir d’état. Je fais ce que je dois faire parce que je peux le faire et que je sais le faire. Sans aucune arrière-pensée ; sans rechercher aucune récompense, aucune reconnaissance ! Exercer le métier de disciple du Christ, c’est être serviteur à temps plein. Et celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. Mais cette place-là, rassurez-vous, comme personne n’en veut spontanément, elle a été prise par Jésus, une fois pour toutes. C’est ce qui fait de lui la seule tête de l’Eglise, le seul chef possible. Ce que Jésus propose, ce n’est pas de jouer au serviteur ou à la servante ; ce qu’il propose, ce n’est pas d’être plus gentil que les autres en rendant plus service que les autres ; ce que Jésus propose, c’est un état de vie, une tournure d’esprit qui fait de nous les serviteurs des autres. C’est un art de vivre qui place l’autre toujours avant moi. C’est un art de vivre qui n’attend pas de médaille, ni de merci, mais qui ouvre à la gloire… du Royaume ! Jésus ne nous prive pas d’ambition ; il nous dit la voie meilleure pour accomplir notre ambition : Celui qui veut devenir grand parmi vous (ça c’est l’ambition légitime), sera votre serviteur (ça c’est la voie à suivre). Il n’y en a pas d’autre, parce que Jésus lui-même emprunte cette même voie : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Nous ne serons jamais plus grand que Jésus ; nous ne pourrons donc emprunter d’autre voie que celle qu’il a lui-même emprunté. Avez-vous jamais entendu, au moment de la lecture de la Passion, quelqu’un dire Merci à Jésus pour son sacrifice ? Vous pouvez relire les quatre évangiles : vous n’en trouverez pas ! Vous y trouverez par contre moqueries, insultes et crachats. Rien de plus ! Rien de joyeux ! Rien d’encourageant ! 

La voie du service, voilà l’enseignement de Jésus quand il nous parle de pouvoir. Il ne s’agit pas de spiritualiser les choses, en disant que l’autorité, dans l’Eglise, c’est un service ! Il s’agit d’être conscient qu’il nous faut sans cesse nous convertir à Jésus, nous placer à sa suite, pour vivre en serviteur de Dieu et des frères. Ce n’est pas temporaire : le temps de mon mandat à l’EAP, le temps de mon passage à la chorale, le temps que je peux rendre service comme sacristain… ou que sais-je encore ! Non, c’est définitivement un style de vie, une attitude profonde de chaque instant, en tout ce que je fais, en tout ce que je vis, vis-à-vis de quiconque traverse ma vie. La récompense ne nous viendra pas des hommes, mais de Dieu seul. Quand nous le verrons face-à-face. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2018

Quelle est ta richesse ?







Quelle est notre plus grande richesse ? C’est bien la question que nous renvoient les lectures de ce dimanche. La réponse appartient à chacun. Mais la liturgie nous donne aujourd’hui à contempler la réponse qui devrait être celle du croyant. Nous trouvons cette réponse à la fois dans les lectures entendues et dans les prières prononcées. 

C’est la prière d’ouverture, dans l’ordre liturgique, qui nous fournit un premier indice, lorsqu’elle nous fait prier ainsi :  Que ta grâce nous devance et nous accompagne toujours. Notre première richesse est dans la certitude de n’être jamais seul. La grâce de Dieu nous accompagne toujours. Cette prière doit devenir pour chacun de nous plus que des mots prononcés ; elle doit devenir certitude, surtout dans les moments difficiles que nous traversons. Nous sommes riches de Dieu ! Et ce n’est pas rien, cela ! Combien d’hommes et de femmes désespèrent devant les difficultés de leur existence parce qu’ils n’ont rien, ni personne à qui se raccrocher. Mesurons-nous bien la chance qui est nôtre d’avoir un Dieu qui nous ouvre une espérance, bien au-delà de la mort ? Mesurons-nous la puissance de cette présence dans notre vie ? L’oraison de ce dimanche, non seulement nous fait reconnaître cette richesse, mais nous la fait demander toujours. Heureux sommes-nous d’être précédés dans notre quotidien par la grâce de Dieu, par la puissance de son amour, par la force de son Esprit Saint ! Dieu lui-même se donne à nous et ne nous manquera jamais. 

Nous pouvons alors entendre le livre de la Sagesse nous transmettre le témoignage d’un sage qui confirme notre prière. J’ai supplié, et l’esprit de sagesse est venu en moi… tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. La sagesse dont on nous parle ici n’est pas une philosophie de vie, mais un don de Dieu pour lequel l’homme a prié et supplié. Ce don, c’est l’accord parfait entre la volonté de l’homme et la volonté de Dieu. Ce don, c’est la capacité à regarder le monde et les hommes avec le regard même de Dieu. Ce faisant, il n’y a plus l’ombre d’un obstacle entre Dieu et l’homme ; ce que Dieu veut, l’homme le veut. Ce que Dieu veut, l’homme le vit. C’est déjà le paradis sur terre. N’est-il pas riche l’homme qui partage les vues de Dieu ? N’est-il pas riche l’homme qui est libéré des tentations du Mauvais parce que complètement acquis à Dieu ? Notre deuxième richesse : la sagesse que Dieu nous offre, si nous la lui demandons. 

C’est là que nous mesurons alors l’écart qui existe entre nous et l’auteur de ces belles pages. Nous serions plutôt comme le jeune homme de l’évangile qui vient à la rencontre de Jésus. J’ai une tendresse particulière pour lui, peut-être parce que je lui ressemble tant. N’est-ce pas, il ne vient pas vers Jésus pour le piéger ; sa demande est honnête ; sa vie est honnête. Il n’est ni meurtrier, ni adultère, ni voleur ; il ne fait ni faux témoignage, ni tort à personne ; il honore son père et sa mère. Tout ce que Jésus lui indique, il le vit déjà ! Et pourtant, il est venu à Jésus pour chercher plus. Croyant, pratiquant, il ressent pourtant un manque. Il veut être sûr d’avoir la vie éternelle en héritage. Et nous le sentons convaincu que tout ce qu’il vit déjà de bien, et que Jésus lui rappelle, ne lui suffit pas, ne lui suffit plus. Nous sentons bien qu’il a compris que la richesse ultime, c’est le Royaume et qu’il veut tout faire pour y accéder. Mais voilà, il n’est pas prêt pour cela. La route supérieure que Jésus lui indique, il n’est pas prêt à la suivre, car, nous dit l’évangéliste, il avait de grands biens. Il n’a pas compris que Jésus lui demandait de perdre pour gagner ; il n’a vu que ce qu’il perdrait ; et il en fut attristé. 

C’est là que nous mesurons alors la puissance du passage de la lettre aux Hébreux au sujet de la parole de Dieu. Nous comprenons mieux ce que dit l’auteur lorsqu’il affirme que cette parole coupe et tranche. Elle est la mesure de nos actes et nous aurons à lui rendre des comptes. Autrement dit, ce n’est pas une parole vaine. Elle doit compter pour nous ; elle doit nous permettre d’accueillir la sagesse que Dieu donne ; elle doit orienter nos désirs vers le désir de Dieu, notre bien suprême. Cette parole n’est autre que le Christ lui-même, Parole de Dieu faite chair comme le rappelle si bien le prologue de l’Evangile de Jean. Nous pourrions, durant cette semaine, relire et méditer cette belle page qui ouvre le quatrième évangile. Un petit devoir avant les vacances de la Toussaint. Il complète bien la méditation des textes de ce dimanche : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Le drame du jeune homme riche ; le drame de l’humanité ; quelquefois notre propre drame. Nous voulons convoquer Dieu dans notre vie, mais nous ne nous laissons pas convoquer par lui, nous ne nous laissons pas approcher par lui. Nous voulons bien de Dieu un peu, quand cela nous arrange, mais pas tout le temps, mais pas pour tout. Nous laissons échapper la richesse véritable au profit de pâles copies qui nous semblent plus séduisantes, plus essentielles… à vue humaine. Notre plus grande richesse pourtant, c’est cette parole, cette présence de Jésus à notre vie. En lui, Dieu nous donne tout. 

Après la liturgie de la Parole, la liturgie eucharistique nous fera approcher ce grand don de Dieu aux hommes. Dieu se livrera à nous dans le Pain et le Vin partagés, comme il vient de se donner à nous dans sa Parole proclamée. Nous tiendrons au creux de nos mains plus que tout l’or du monde ; nous tiendrons au creux de nos mains celui que le monde ne pas contenir : le Christ vivant, présent dans le pain rompu. Il n’y a pas de richesse plus grande que Dieu pourrait nous donner ; il n’y a pas richesse plus grande qui pourrait combler notre vie comme la comble ce morceau de pain, riche de la présence du Christ. Ce morceau de pain nous rendra riches de Dieu comme le redira la prière après la communion : rends-nous participants de la nature divine puisque tu nous as fait communier au corps et au sang du Christ. L’homme et Dieu réconciliés en Jésus, unis en Jésus, mort et ressuscité. Là se trouve la richesse qui sauvera le monde ; là se trouve la richesse qui comblera tous les hommes et transformera notre monde en monde meilleur. 

Un passage de l’Evangile l’affirme : là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Prions et supplions le Père de toute miséricorde afin que notre trésor soit la sagesse et la parole de Dieu et que notre cœur demeure pour toujours auprès du cœur de Dieu. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)