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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







mercredi 13 août 2014

Assomption - 15 août 2014

Marie, un exemple à suivre.




Je ne connais pas d’autre événement douloureux qui donne lieu à une telle fête que celui qui nous rassemble aujourd’hui. Car enfin, la première raison de notre rassemblement est quand même la mort de Marie, sa dormition comme disent nos frères orthodoxes. Celle qui a porté en son sein le Sauveur du monde est arrivée au terme de sa vie terrestre. Marie meurt et notre deuil se transforme en joie. Comment cela est-il possible ? 
 
La réponse nous vient de la liturgie elle-même. La préface de cette fête nous fait chanter : Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Il faut bien entendre ce que dit la prière de l’Eglise. Il ne dit pas que Marie ne meurt pas, mais qu’elle est préservée de la dégradation du tombeau. Contrairement à nous qui finirons dans une tombe, Marie, à sa mort, a été élevée à la gloire du ciel. Sitôt morte et déjà ressuscitée, déjà à partager la gloire de son Fils, Jésus Christ. Voilà pourquoi nous sommes tous à la joie, parce que cette mort la conduit à la résurrection. Par un mystère infini, Dieu a voulu que celle qui fut la Mère de son Fils soit la première à connaître la destinée de tout croyant, qui fut celle d’abord de son propre fils : vivre en ressuscité pour toujours ! Nous sommes réunis pour vivre la Pâque à échelle humaine, pour nous entraîner à connaître un jour cette joie. La fête de l’Assomption est comme l’exemple de ce qui nous attend. 
 
Comment cela est-il possible ? La question serait plutôt : pourquoi cela ne serait-il pas possible ? Car enfin, ce que nous savons de Marie justifie bien l’honneur qui lui est fait. Sa vie n’a-t-elle pas été un OUI constant à Dieu, depuis l’Annonciation jusqu’à la Résurrection ? Jamais Marie ne s’est soustraite à la volonté de Dieu pour elle ; jamais elle ne s’est opposée à Dieu. Toute sa vie, quelles que soient les épreuves traversées, elle a consenti au projet d’amour de Dieu pour elle et pour son Fils. Jamais elle ne s’est révoltée ; jamais elle n’a douté. Marie est bien celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur, même lorsque ces paroles l’ont conduite au pied de la croix, à contempler son Fils exécuté à cause du péché des hommes. Elle qui est sans péché a accepté que son Fils fut livré au péché des hommes. 
 
Si l’Eglise a attendu le 20ème siècle pour la proclamation du dogme de l’Assomption, il n’en a pas été ainsi pour la foi du peuple. Très tôt, les croyants au Christ ont cru à cette donnée de notre foi. Dieu ne pouvait pas laisser Marie pourrir dans une tombe. Si elle qui est sans péché depuis sa naissance ne partage pas immédiatement la gloire de son Fils, comment serait-il possible pour nous d’y prétendre, nous qui vivons encore sous la loi du péché ? En cela, la fête de l’Assomption nous ouvre une espérance : à la suite du Ressuscité, Marie est accueillie dans la gloire du ciel. Nous pourrons partager le même bonheur si, comme Marie, nous consentons en tout à la volonté de Dieu pour nous. Le chemin qui mène à la gloire du Royaume, Marie nous le montre aujourd’hui : c’est le Christ qu’il ne faut pas quitter du regard. Du début à la fin, Marie ne fait que montrer le Christ aux hommes. Sa parole aux serviteurs du mariage à Cana reste d’une grande actualité : Faites tout ce qu’il vous dira. Et la joie coulera comme le vin jadis à Cana. 
 
Au milieu de l’été, l’Assomption de Marie nous rappelle donc à quelle gloire nous sommes destinés. Et en nous montrant son Fils, elle nous indique la route à suivre. Elle reste l’humble servante qu’elle a toujours été. A l’Annonciation, elle a été l’humble servante de Dieu. Maintenant qu’elle partage la gloire de Dieu, elle est l’humble servante de l’humanité encore en marche, intercédant pour nous, nous invitant à la suivre dans l’obéissance à son Fils. Elle ne prend pas la première place aujourd’hui, elle reçoit sa juste place, sa juste récompense. Réjouissons-nous, et de Marie apprenons la voie du service : elle mène au salut, toujours. Amen.  

(Photo prise dans les environs d'Assise, Le Christ et sa Mère dans la gloire du ciel)

samedi 9 août 2014

19ème dimanche ordinaire A - 10 août 2014

La foi : le résultat d'un long processus.



Vraiment, tu es Fils de Dieu ! C’est par cette profession de foi que s’achève l’évangile de ce dimanche. Parce que ce sont les Apôtres qui s’expriment ainsi, nous aurions tort de croire que cette parole est facile pour eux. Elle est le résultat d’un long processus, le résultat d’une maturation, comme il en est pour nous. Les Apôtres, comme nous, ont dû apprendre la foi et traverser les étapes qui y mènent. 
 
Lorsque nous retrouvons le groupe des Douze, la multiplication des pains vient d’avoir lieu. Ils n’ont pas bien le temps d’en discuter avec Jésus, car aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Ce n’était ni le moment, ni le lieu pour de grandes considérations théologiques sur Jésus, son pouvoir… Nous ne saurons donc jamais si le long processus de la foi des Apôtres a commencé là, mais rien n’empêche de le croire. Le signe des pains multiplié rappelle quand même assez clairement que Dieu a jadis nourri son peuple au désert par le don de la manne. 
 
Les Apôtres se sont donc embarqués, direction l’autre rive. Jésus reste seul à renvoyer les foules, puis se retire pour prier Dieu. Sur l’eau, le vent se lève, la barque est secouée, à une bonne distance de la terre. Il y a beau avoir des professionnels de la pêche dans la barque, sans doute l’angoisse a-t-elle gagné certains disciples, si ce n’est tous. Et voilà que Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. L’angoisse des disciples grandit quand ils voient cette forme qui s’approche : les disciples furent bouleversés, ils disaient : C’est un fantôme. C’est le temps de la peur. Les disciples traversent une épreuve et Jésus n’est pas vraiment là. La barque est battue par les vagues et il y a cette chose qui s’approche : vous pouvez imaginer ce qui peut se passer dans la tête des disciples. La peur fait partie de ce processus qui mène à la foi. Pour qui cherche Dieu en vérité, s’ouvre toujours une période d’incertitude, de peur même : est-ce que je ne me trompe pas ? Est-ce qu’on ne me trompe pas ?
 
Une deuxième période s’ouvre alors. Elle commence par une parole de Jésus : Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur ! Il indique ainsi le but de la foi : être libéré de nos angoisses, de nos peurs. Et lui seul, Jésus, peut le faire. Il vient vers nous, dans nos vies chaotiques, bousculées, pour cela : pour nous ouvrir à la confiance, pour nous permettre de reprendre notre vie en main, libérés de toute peur. Avec Jésus, nous pouvons traverser les épreuves. Avec Jésus, nous pouvons espérer une vie meilleure. Avec Jésus, nous n’avons plus à craindre : il vient apporter amour, vérité, justice, paix, ainsi que nous le chantions avec le psalmiste après la première lecture. Mais cette parole de Jésus semble ne pas suffire à Pierre : Si c’est bien toi… Il doute encore, il veut des preuves et quelle meilleure preuve que de pouvoir faire ce que fait Jésus : si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. Nous sentons le doute de Pierre : il sait qu’avec Jésus, tout est possible : ne vient-il pas de nourrir une foule de plus de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec seulement cinq pains et deux poissons ? Et en même temps, il n’est pas tout-à-fait convaincu. Le doute fait partie de la démarche de foi, il permet à la foi de grandir, de se purifier. Il faut que Pierre passe de la notion de fantôme qui s’avance à la réalité de Jésus qui vient vers lui. Il doit être convaincu que, même lorsque Jésus n’est pas là, immédiatement à côté de lui, il est capable de faire de grandes choses avec Jésus, au nom de Jésus. Pour l’heure, il a encore besoin de preuve : si c’est bien toi… 
 
Jésus va le prendre au mot : Viens ! Il appelle Pierre. Il l’appelle à venir vers lui, en marchant sur l’eau, il l’appelle à venir à la foi. C’est le moment décisif. A l’appel de Jésus, nous devons répondre, tous, ou nous enfermer dans nos peurs. Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Et ça marche ! Et Pierre marche sur l’eau ! Incroyable, me direz-vous ! Mais Jésus n’a-t-il pas dit que si nous avions la foi, gros comme un grain de moutarde, nous serions capables de grandes choses ? Pierre l’expérimente en s’avançant sur l’eau, les yeux fixés sur Jésus. Oui, lorsque Jésus nous appelle, nous pouvons sans crainte sortir de la barque de nos peurs pour avancer libres et confiants vers celui qui nous attend. Jésus ne nous demandera jamais rien d’impossible !
 
Mais alors, me direz-vous, pourquoi Pierre coule-t-il ? Parce que, un bref instant, il n’a plus regardé Jésus, mais il a regardé le vent. Il a repris peur, parce que sa ligne de mire n’était plus le Christ, mais les événements qui se déroulaient autour de lui : le vent, la mer agitée et sa peur qui a repris le dessus. Quand nous quittons Jésus des yeux, quand nous sortons Jésus de notre cœur, le monde nous envahit, le monde peut nous faire peur ; et nous coulons. Même si cet instant est bref, le temps de regarder le vent suffit. Il n’y a alors que deux choix possible : soit nous nous coulons dans ce monde, soit nous crions vers Jésus, comme le fait Pierre, sûr qu’il peut encore quelque chose pour nous. Notre désir de croire prend alors le dessus, nous retrouvons spontanément les mots de la foi : Seigneur, sauve-moi ! 
 
S’ouvre alors le temps du salut, car Jésus ne peut rester sourd à nos appels. A qui crie vers lui, Dieu fait miséricorde. A qui implore son aide, Dieu se donne. Aussitôt, Jésus étendit la main et le saisit. C’est la première chose que fait Jésus : il sauve. Sa nature profonde s’exprime dans ce geste ; il ne peut pas faire autrement que de sauver ceux qui crient vers lui. Quand ils sont tous deux en barque, le vent tombe. Le calme est revenu, la peur a disparu, la foi peut jaillir : ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et lui dirent : Vraiment, tu es Fils de Dieu. Quand Jésus est là, au milieu d’eux, les Apôtres n’ont plus peur. Quand Jésus est là, au milieu d’eux, le vent se tait, la mer se calme, le mal n’a plus de pouvoir. Quand Jésus est là, ceux qui ont expérimenté son salut, peuvent exprimer leur foi. Il faudra encore que les Apôtres apprennent à dire cette foi en l’absence de Jésus, quand il ne sera plus physiquement au milieu d’eux. 
 
N’est-ce pas là notre expérience ? Nous pouvons dire notre foi, et nous la proclamerons ensemble dans un instant,  parce que d’autres nous l’ont inculqué, parce que nous avons appris des textes qui disent la foi des chrétiens. Mais nous ne la disons jamais avec plus de vérité que lorsque nous avons expérimenté dans notre vie la présence mystérieuse et agissante de Jésus, lorsque nous avons goûté à sa présence aimante, rassurante au cœur de notre vie. A la suite des Apôtres, nous connaissons le même cheminement : peur, doute, appel, confiance, salut, proclamation de la foi. Et nous ne le faisons pas une fois seulement ; nous savons bien que, tout au long de notre vie, nous passons de l’une à l’autre de ses phases. Plus notre foi grandira, plus nous douterons, plus nous voudrons des preuves, jusqu’au moment où le Christ nous accordera la grâce de croire, tout simplement, parce qu’il nous aura fait voir le salut et comprendre qu’il est toujours avec nous, même lorsque la barque de notre vie est secouée par des vents contraires et qu’il nous semble qu’il est resté sur le rivage. Dans sa prière au Père, sur le rivage où il nous attend, il œuvre déjà avec nous, il nous porte devant son Père pour que nous ne sombrions pas. Quand nous aurons cette certitude ancrée en nous, quand notre foi nous permettra de « sentir » le Christ à l’œuvre alors même que tout nous semble difficile, alors nous pourrons dire nous aussi, parce que nous le croyons sincèrement : Vraiment, tu es Fils de Dieu. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 1 août 2014

18ème dimanche ordinaire A - 03 août 2014

Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu !



Toute vie connaît un jour ou l’autre l’épreuve. Toute vie de foi connaît un jour ou l’autre la nuit du doute. Que voulez-vous ? Ces expériences sont inhérentes à notre existence. Ce qui fera la différence entre les personnes qui connaissent ces expériences, c’est la manière qu’elles auront de les affronter. Je ne veux pas ce matin passer en revue ces différentes manières, mais m’attarder sur l’enseignement de Paul. Cet enseignement n’est pas philosophique, mais il s’appuie sur des réalités qu’il a vécues. Mais laissons-lui la parole. 
 
Souvent j’ai été à la mort. Cinq fois j’ai reçu des Juifs les 39 coups de fouet ; trois fois j’ai été battu de verges ; une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abime ! Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux-frères ! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Eglises ! (2 Co 11, 23-28) Voilà sur quoi s’appuie son enseignement pour celui qui affronte l’épreuve. Une vie faite d’épreuves qu’il n’a pas recherchées, mais qui se sont imposées à lui à cause du choix initial du Christ qu’il avait fait après sa conversion. Nous comprenons alors que la question qu’il pose au début de notre deuxième lecture, il l’a lui-même affronté dans son existence. Les épreuves qu’il nomme (détresse, angoisse, persécution, faim, dénuement, danger, supplice), il les a lui-même subies. Il est donc plus que qualifié pour nous en parler. Paul a une légitimité à aborder cette question que nul ne peut lui contester. Et pour résoudre cette question, il pose un acte de foi en deux points. 
 
D’abord, le croyant doit garder au cœur que Dieu l’aime, et qu’il l’aime infiniment ! Quelle que soit l’épreuve, rien ne pourra nous séparer de l’amour du Dieu vivant. Cela est plus vite dit, ou écrit, que fait dans la réalité. Notre première réaction quand nous abordons l’épreuve n’est-elle pas de nous interroger : Qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour mériter cela ? Poser la question, c’est déjà oublier que je suis aimé de Dieu. Poser la question, c’est déjà remettre en  cause l’amour de Dieu pour nous, puisque nous posons avec cette question le postulat que Dieu pourrait nous punir, alors qu’il est amour. Paul rejoint ainsi saint Jean qui nous a appris que le nom de Dieu, c’est Amour : Dieu est amour. Croire que Dieu est amour, c’est croire qu’il n’est en aucun cas à la source de nos difficultés, de nos épreuves, mais qu’au contraire, il les porte avec nous, il le vit avec nous. Comment, autrement, en être vainqueur ? C’est le poète Ademar de Borros qui rapportait cette histoire : Un jour, je regardais ma vie. Elle se déroulait sous mes yeux comme des traces dans le sable. En regardant de près, je voyais deux traces de pas, côte à côte : les miennes et celle de Dieu. De temps en temps, il n’y avait plus qu’une trace, plus profonde, plus marquée dans le sable que les autres. En y réfléchissant, je me rendis compte que ces traces-là, les plus profondes, correspondaient aux jours difficiles de ma vie. Je demandais alors à Dieu pourquoi il n’était plus là, à côté de moi. Et il me répondit : mon fils, les jours où tu ne vois qu’une trace, profonde, correspondent bien à tes jours d’épreuves. Mais s’il n’y a qu’une trace, ce n’est pas parce que j’étais absent, mais parce que je te portais sur mes épaules. Dieu nous aime jusqu’à prendre sur lui nos souffrances, nos épreuves pour nous les faire traverser. 
 
Ceci nous amène au deuxième point de l’acte de foi de Paul : nos épreuves ne sont rien face à l’amour que Dieu nous manifeste en Jésus Christ. Lorsque le Christ affronte la croix, il le fait pour nous, pour notre salut. Jésus est Christ et Seigneur parce qu’il s’est montré plus fort que la mort, le mal et le péché. Sur la croix, il prend par avance sur lui toutes nos difficultés, toutes nos épreuves. Et c’est en lui que nous sommes déjà vainqueurs de tous nos maux. Face à l’épreuve nous n’avons rien à craindre. Dieu peut certes permettre que nous soyons soumis au Mal, mais il ne permettra jamais que le Mal l’emporte, son Fils étant vainqueur du Mal. Nous traversons nos épreuves, forts de l’amour de Dieu, forts de la victoire définitive du Christ. Lorsque Paul écrit aux Corinthiens que sans l’amour, je ne suis rien, nous comprenons spontanément que tout ce que nous faisons sans amour est comme sans valeur. C’est l’amour qui donne du prix à nos actes. Mais nous pouvons comprendre aussi que sans l’amour de Dieu, nous ne sommes rien. Ou, pour reprendre une image propre à saint  Jean : sans l’amour, nous sommes comme morts, parce que coupés de Dieu, source de toute vie, source de l’amour. 
 
Je peux comprendre que les paroles de Paul peuvent sembler quelque peu difficiles à entendre pour celui qui affronte l’épreuve.  Pourtant, n’a-t-il pas raison de nous rappeler que notre secours est dans le nom du Seigneur ? Nous inviter à la foi justement parce que nous affrontons l’épreuve, c’est nous rappeler que nous ne sommes pas seuls, que Dieu combat pour nous, avec certitude. Osons invoquer le nom du Seigneur quand nous sommes dans l’épreuve pour qu’il puisse nous prendre sous son aile, pour qu’il nous associe à la victoire de son Fils. Et nous serons sauvés, vainqueurs à notre tour de ce qui aurait pu nous éloigner de lui. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, RIEN ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. Amen.

 (Photo prise à Sarlat, Chapelle saint Benoît)

vendredi 25 juillet 2014

17ème dimanche ordinaire A - 27 juillet 2014

Qu'est-ce qui est vraiment important pour toi ?




Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal. Combien d’entre nous aurait formulé cette demande en réponse à cette question : Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai ? La réponse appartient à chacun de nous, tant il est vrai que chacun définit comme important pour lui des choses diverses et variées. Mais reconnaissons-le : de la part d’un enfant (car Salomon n’est alors qu’un enfant), la réponse donnée surprend. Elle nous place cependant au cœur de toutes les lectures entendues en ce jour. Qu’est-ce qui est vraiment important pour toi ? 
 
L’auteur du livre des rois donne des réponses humaines à cette question : une longue vie, beaucoup d’argent, la mort ou tout au moins l’éloignement de l’ennemi (c’est-à-dire de celui qui ne correspond pas à ce que je veux, qui ne me convient pas, qui ne pense pas comme moi). Nous pourrions rallonger la liste à l’envie. Il est vrai que les besoins humains sont nombreux. A celui qui crève de faim, lui reprochera-t-on d’oser demander une assiette pleine chaque jour ? A celui qui est sans travail et qui a charge de famille, lui fera-t-on grief d’avoir osé demander de quoi assurer une vie digne aux siens ? A celui qui est véritablement opprimé, dont les droits fondamentaux sont bafoués, lui interdira-t-on de demander une vie plus juste, voire la mort de l’oppresseur ? Chaque homme sensé reconnaîtra en ces demandes des besoins légitimes et moraux, et nous aurions tort de les classer trop vite dans la catégorie : ne correspond pas à ce que nous avons en stock, ou évangéliquement inacceptable. L’Evangile ne demande pas aux gens de se contenter de ce qu’ils ont, de la situation dans laquelle ils sont et d’en remercier Dieu en attendant un jour meilleur ; l’Evangile veut nous inviter à aller plus loin, à regarder plus loin. Ce plus loin, cet ailleurs, n’est pas un idéal mais un présent vécu différemment. C’est la réalisation, dès maintenant, du Royaume de Dieu, ce Royaume où il n’y aura plus de gens tristes, malades ou malheureux. Ce Royaume peut devenir réalité dès aujourd’hui si nous savons discerner, être attentif au vrai projet de Dieu pour tous les hommes. 
 
Le projet de Dieu pour chaque homme, Paul nous le rappelle en ces simples mots : faire de nous ses fils. Chaque homme, chaque femme est appelé à devenir un autre Christ, quelqu’un d’entièrement tendu vers la réalisation de ce Royaume, quelqu’un dont la volonté et l’action ne font plus qu’un avec la volonté d’amour de Dieu. Appelés à nous décentrer de nous–mêmes, nous devenons capable de penser aussi aux autres, à ceux qui n’ont pas la même chance que nous ; et nous pouvons nous engager à améliorer l’ordinaire de toute l’humanité. Salomon avait tout pour lui ; il aurait pu demander plus pour lui ; mais sa prière l’a orienté vers ce peuple qui lui est confié à la mort de son père David et dont il a désormais la charge. C’est à ce peuple qu’il veut penser, c’est au bonheur de ces gens qu’il veut travailler. C’est une question de choix ; c’est une question de vie ! A quoi cela sert-il d’être riche, en bonne santé et sans ennemi si je suis seul et malheureux ? 
 
Pour Matthieu, le bonheur véritable n’existe que dans la découverte du Royaume de Dieu. Ce Royaume ne s’achète pas, même si l’évangéliste nous montre des hommes qui laissent tout ce qu’ils ont pour l’acquérir. Ce qui compte dans ces paraboles, ce ne sont pas les efforts faits pour obtenir le trésor recherché, mais la joie que procure la découverte de ce trésor. Devant cette joie immense, rien n’a plus de valeur, rien ne vaut d’être conservé. Tout doit être fait pour profiter longtemps de cette joie. Le Royaume se présente à chacun de nous sous une forme différente. Il est tellement divers qu’une seule réalité ne suffit pas à l’expliquer. A chacun de le découvrir, de le discerner au cœur de sa vie ; à chacun de savoir si la joie qu’il procure est supérieur à ce que nous possédons déjà. 
 
Qu’est-ce qui compte le plus pour toi ? Que veux-tu que je fasse pour toi ? Des questions qui nous renvoient d’abord à notre vie, à notre manière de la concevoir. Pour le chrétien, la vie, c’est le Christ et sa Parole d’amour et de liberté, et ce sont les frères que le Christ lui donne. Savons-nous toujours, comme Salomon, comme Paul, leur donner la priorité au prix d’un dépassement de nous-mêmes ?  Osons demander à Dieu de faire de nous de véritables disciples, de ceux qui ont découvert la beauté du Royaume et veulent le partager aux autres. Avec le psalmiste, nous pourrons redire cette prière : Mon partage, Seigneur, je l’ai dit, c’est d’observer tes paroles. Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent. Amen.
 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, In Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 18 juillet 2014

16ème dimanche ordinaire A - 20 juillet 2014

Les paraboles du Royaume des cieux : un semeur, une graine de moutarde, du levain.



Quand la liturgie propose une version longue et une version courte de l’évangile à proclamer, la sagesse recommande de prendre la version longue, car seule cette version donne la clé de l’histoire. C’était vrai dimanche dernier avec la parabole du semeur sorti pour ensemencer son champ ; c’est vrai encore ce dimanche avec la parabole du bon grain et de l’ivraie. Si nous avions fait choix de la lecture courte, nous n’aurions entendu ni la parabole de la graine de moutarde, ni celle du levain, ni surtout l’explication que Jésus donne de la première parabole.
La parabole du bon grain et de l’ivraie commence ainsi : le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Il n’y a rien qui vous choque dans cette phrase ? Elle m’a embrouillé l’esprit pendant un temps cette semaine. Comment ce que nous imaginions être un lieu (Le royaume des cieux) pouvait-il être comparé à un homme qui sème ? Et qui est cet homme ? Jésus lui-même donne la réponse plus loin : Celui qui sème, c’est le Fils de l’homme. Autrement dit, le Royaume des cieux, c’est Jésus ! Le Royaume n’est pas un endroit à découvrir ou à atteindre par une perfection de vie, mais un homme à connaître, un homme à écouter, un homme à suivre ! J’aurais dû le comprendre instinctivement, puisque Jean le Baptiste, annonçant la venue prochaine du Messie, prophétisait : Le Royaume des cieux est tout proche, convertissez-vous ! Ces trois paraboles nous parlent donc de Jésus et de nous, puisque, toujours selon l’explication de Jésus, le champ, c’est le monde. Qu’apprenons-nous alors et de Jésus et de nous ?
Nous apprenons au sujet de Jésus, dans la première parabole, qu’il vient semer dans le monde un grain bon, dont il attend de beaux fruits. Et il sème en plein jour, sans se cacher, contrairement à l’ennemi qui vient de nuit. Il sème les fils du Royaume, ce qui fait de nous des hommes « capax Dei », capables de Dieu. C’est lui qui fait tout : nous n’avons qu’à pousser, qu’à grandir. C’est Jésus qui nous sème, c’est lui qui nous récoltera, c’est lui qui en attendant prend patience lorsqu’il constate que l’ennemi a semé les fils du Mauvais. Ceci nous invite à la réalité : nous ne pouvons rien faire pour Dieu ; c’est lui qui fait tout pour nous. Cela nous invite aussi à cette autre réalité : nous avons peut-être en nous une part de fils du Royaume et une part de fils du Mauvais. Il n’y a pas nécessairement des bons et des mauvais, des gentils et des méchants, mais au gré de notre croissance, nous sommes peut-être plus fils du Royaume ou fils du Mauvais selon les circonstances. Ceci expliquerait bien la patience de Dieu qui toujours croit en l’homme, qui toujours espère en l’homme et en sa capacité à choisir le bien, à choisir Dieu.
Nous apprenons encore au sujet de Jésus, dans la deuxième parabole, celle de la graine de moutarde, que le Royaume des cieux n’est pas dans la grandeur, mais dans la petitesse d’une graine de moutarde. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse toutes les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. N’est-ce pas ce que Jésus réalise pour nous sur la croix. A ce moment précis, il n’est plus rien, il est broyé par la souffrance ; mais c’est là qu’il devient grand, dans son obéissance jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. Et la croix sur laquelle il s’offre est bien l’arbre de vie à l’ombre duquel nous nous réfugions. Cette parabole nous invite à l’humilité. Si nous sommes fils du Royaume, nous ne pouvons vivre à notre tour que comme le Fils de l’Homme, donné à tous. Puisons notre force dans l’exemple du Christ et l’Esprit dans la puissance duquel il est ressuscité, nous sera donné aussi pour notre vie.
Nous apprenons encore au sujet de Jésus, dans la troisième parabole, celle du levain dans la pâte, que le Royaume des cieux n’est pas dans le spectaculaire, mais dans la discrétion. Un peu de levure, ce n’est rien, c’est invisible, mais cela fait beaucoup. N’est-ce pas ce à quoi Jésus nous invite après l’Ascension : il n’est plus là, visible au milieu de nous, mais il agit en nous, à travers nous, à travers l’Eglise qui sans cesse l’offre au monde, pour que les hommes se convertissent et vivent. Il est le levain de notre pâte humaine, nous invitant sans cesse à devenir plus humain, donc plus divin. Cette parabole nous invite alors à l’espérance : si nous pouvons nous laisser travailler par le levain tel une pâte, alors  les hommes et les femmes de notre temps, entendant la parole largement semée dans le monde, peuvent eux-aussi grandir, se convertir et faire le choix du Christ. Nous pouvons tous faire le choix de nous laisser davantage travailler par l’Esprit du Christ, par sa Parole, pour que lève en nous le désir toujours plus grand d’être Un en Christ.
Cela valait la peine de se prendre un peu la tête sur ces trois paraboles, car devant nous s’ouvre maintenant un chemin : et il nous faut décider de l’emprunter… ou pas ! Serons-nous des fils du Royaume ? Serons de ceux qui se réfugient à l’ombre de la croix ? Serons-nous, à la suite du Christ, levain dans la pâte pour que se lève une humanité nouvelle ? Si nous ne pouvons rien faire pour Dieu, nous pouvons quelque chose pour nous, nous pouvons faire quelque chose pour l’humain : faire le choix de Dieu pour que tout homme sente l’importance de cette présence au cœur de sa vie. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, Les Presses d'Ile de France)

samedi 12 juillet 2014

15ème dimanche du Temps ordinaire A - 13 juillet 2014

Notre vie comme un enfantement à Dieu (Rm 8 18-23)




Il arrive quelquefois que des croyants se plaignent de ce que notre monde ne soit plus aussi ouvert à la question de Dieu qu’il a pu l’être par le passé. Nous remarquons tous que tous les habitants d’un village ne vont plus à la messe le dimanche comme un seul homme ; nous constatons tous que la pratique des sacrements n’est plus générale. Il y a beaucoup d’enfants qui ne sont pas baptisés ; d’autres, bien que baptisés ne poursuivent pas l’initiation chrétienne et ne font ni première communion, ni confirmation. Et cela se passe même quelquefois dans des familles dites « pratiquantes ». Le leurre de la liberté individuelle a pris le dessus. « Vous comprenez, monsieur le curé, il ne veut pas ; on ne peut quand même pas le forcer ! » Face à cette situation, on peut se désoler. Mais on peut aussi, avec Paul, lire l’histoire de l’humanité de manière globale, et non de manière cyclique. En clair, essayer de comprendre le dessein de Dieu qui est continu au long de notre histoire. 
 
Lorsque Paul écrit sa lettre aux Romains, il ne vit pas dans un monde chrétien, loin de là. Il y a même des persécutions à cause de la foi au Christ. Certains meurent pour oser dire que Jésus est le Seigneur, le seul Seigneur. Et pourtant, Paul est plein d’espérance. Il comprend que la création est comme prise dans un enfantement. Chaque femme qui a eu au moins un enfant sait que l’enfantement peut être long et douloureux. Faire naître à la vie demande quelque effort et un peu de temps. C’est cette image de l’enfantement que Paul utilise pour parler du passage de l’humanité à la vie de Dieu. La création toute entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Cette souffrance, c’est d’être encore soumise au mal, au péché, en attendant la pleine délivrance de l’esclavage dans lequel elle est plongée. Il ne suffit pas de claquer des doigts pour se débarrasser du mal et de la souffrance ; il ne suffit pas d’un peu de bonne volonté pour faire reculer le mal. Il faut accueillir celui qui a définitivement vaincu la Mort et le Mal, celui qui, par son sacrifice, nous obtient la vie, par amour, par grâce. C’est le Christ qui réalise pour nous cette libération : c’est ce que nous célébrons à Pâques. 
 
Ceux qui sont devenus croyants, Paul affirme qu’ils ont déjà leur part à cette victoire. Ils sont déjà sauvés. Il suffit de relire les 8 premiers chapitres de la lettre aux Romains pour le comprendre. Je vous laisse cet exercice à faire dans la semaine qui vient. Vous découvrirez que, parce qu’ils sont encore de ce monde, les croyants au Christ attendent eux-aussi la délivrance de leur corps et leur adoption. La foi qui est nôtre (être sauvés par Jésus, devenir par le baptême fils et fille de Dieu) nous ouvre à l’espérance d’être cela un jour pleinement. Nous le savons bien : bien que baptisés, il nous arrive encore de faire le Mal et d’être soumis à lui. Mais nous ne désespérons plus. Nous savons qu’en Jésus, mort et ressuscité, nous sommes déjà sauvés. Nous savons que si nous laissons le Christ vivre en nous, il pourra réaliser cette pleine libération. Il nous donne son Esprit Saint pour que nous puissions vivre selon notre baptême. Le croyant vit en permanence cette tension entre le fait d’être déjà sauvé par la grâce du sacrifice du Fils unique, et le fait de l’être totalement un jour, lorsque le Christ reviendra dans sa gloire. Bien que notre enfantement dure encore (parce que ça prend du temps de laisser Dieu être Dieu), nous savons que cela finira bien, que le salut en plénitude est au bout. C’est l’Esprit Saint reçu à notre baptême qui nous permet cette certitude, parce que dès maintenant, il nous permet de faire l’expérience de la vie avec Dieu, de la liberté que le Christ nous procure lorsque nous choisissons avec lui de refuser le Mal. Baptisés, nous savons que le Christ est vivant, présent en nous, qu’il veille sur nous et nous protège. 
 
Le projet permanent de Dieu, c’est bien le salut de toute l’humanité. La révélation de sa gloire, lui seul en connaît le moment. Sans doute marquera-t-elle le temps où tous, nous ne ferons plus qu’un en Christ, le moment où toute l’humanité sera parvenue à la pleine connaissance de Dieu. Si nous, baptisés, avons quelquefois encore du mal à connaître et reconnaître Dieu tel qu’il est, nous pouvons comprendre les douleurs de l’humanité en enfantement à la vie de Dieu. Ne nous lamentons donc pas mais poursuivons avec confiance la route tracée par le Christ. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Eglise, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 5 juillet 2014

14ème dimanche du temps ordinaire A - 06 juillet 2014

Garder un coeur humble devant Dieu.



Ne nous y trompons pas : ce passage de l’évangile de Matthieu a beau être fait de bric et de broc, il n’en est pas moins essentiel pour notre progression dans la foi. Ce texte, sans grande construction littéraire, nous dit des choses essentielles sur Dieu et sur notre rapport à lui. 
 
La première des choses qu’il nous affirme, c’est la relation qui unit Jésus à Dieu. C’est une relation filiale : Dieu est Père, Jésus est son fils. Et ce lien entre les deux est absolument unique, absolument nouveau. Jésus n’est pas le Fils de Dieu par analogie (il serait comme le Fils de Dieu) ; non, il l’est réellement. Et la joie que connaît Jésus vient de là, de ce lien puissant qui l’unit à son Père. C’est aussi à cause de ce lien unique que Jésus est, et sera toujours, celui qui proclame la louange de Dieu. Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. 
 
La deuxième chose qu’affirme cette collection de paroles de Jésus, c’est que nous pouvons tous faire l’expérience d’une filiation divine. Nous pouvons tous reconnaître que Dieu est notre Père. A condition de suivre et d’écouter Jésus. S’il est celui qui chante sans cesse la louange de Dieu, son Père, il est aussi celui qui nous le révèle. A travers ces paroles et ses actes, Jésus dit la paternité de Dieu à tous ; il nous montre comment Dieu est Père pour nous, comment il prend soin de tous ses enfants ; il nous rappelle que nous pouvons, en toutes circonstances, compter sur Dieu. 
 
Ceci étant posé, nous apprenons alors de Jésus une troisième chose importante : pour entrer dans cette connaissance de la paternité de Dieu, il nous faut être, non sage et savant, mais tout-petits. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Cela ne signifie nullement que nous n’avons pas à entrer dans une intelligence de la foi, ni que nous pourrions nous passer d’approfondir notre connaissance des choses de Dieu. Cela nous indique juste comment nous devons aborder cette étude. Avec un cœur humble, disponible, attentif à Dieu, un cœur d’enfant qui a tout à apprendre, tout à découvrir et qui ne s’enferme pas dans son savoir, dans la suffisance d’une intelligence visant à écraser les autres. Lorsque le sage se met à l’écoute de Dieu, avec humilité, il est lui aussi un de ces tout-petits à qui Dieu se révèle. 
 
Est tout-petit devant Dieu, est humble devant Dieu, celui qui accueille la Parole de Dieu et se laisse enseigner par elle. Est tout-petit devant Dieu, celui qui ne croit pas tout savoir sur Dieu parce qu’il a fait quelques études ou parce qu’il aurait appris par cœur son catéchisme. Est tout-petit devant Dieu, celui qui se laisse surprendre par Dieu, qui accepte que Dieu se révèle sans cesse différent de ce qu’il croit savoir. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte qu’un autre, Jésus en l’occurrence, parle mieux de Dieu qu’il ne le ferait lui-même. Est tout-petit devant Dieu, celui qui accepte d’entrer dans cette relation filiale, se découvrant ainsi fils de ce Père éternel, frère de Jésus Christ. Est tout-petit devant Dieu, cela qui comprend qu’il ne saura jamais tout sur Dieu et qu’il ne le connaîtra vraiment que lorsque Dieu l’appellera à vivre auprès de lui. 
 
Vous le savez sans doute, la réforme liturgique issue du Concile a réparti notre découverte de la Parole de Dieu sur un cycle de trois années liturgiques. Celui qui, ayant vécu tout un cycle, dirait : voilà, j’ai tout entendu, tout vu ; désormais je sais tout, serait semblable à ces sages et savants dont parle Jésus et à qui Dieu refuse la connaissance véritable. Le cycle liturgique n’est pas un cercle que nous aurions à revivre chaque année. Il est plutôt une spirale sans fin qui nous fait progresser, d’année en année, dans une connaissance meilleure de Dieu. Nous n’aurons donc jamais fini de découvrir Dieu et d’entrer dans la connaissance de son mystère. Même après vingt ans, Noël, Pâques et toutes nos fêtes et nos dimanches auront toujours une saveur différente, ne serait-ce que parce que nous avons grandi, nous avons vieilli, et que notre histoire personnelle vient enrichir notre connaissance de Dieu. Découvrir qui est Dieu pour moi est l’œuvre d’une vie, parce que je le découvre différent selon l’âge qui est le mien, et parce que d’année en année, je peux approfondir ce que je crois savoir déjà.
 
Demandons alors au Seigneur la grâce de garder un cœur humble devant lui, un cœur qui se laisse enseigner, un cœur à qui Jésus peut révéler qui est Dieu et ainsi le rapprocher du cœur de Dieu. Que la célébration de l’Eucharistie nous permette de rester tout-petits devant Dieu, en faisant nôtre l’attitude de Jésus lui-même. Nous pourrons alors redire en vérité ce que la liturgie de ce dimanche nous fait prier : comblés d’un si grand bien, nous te supplions, Seigneur ; fais que nous en retirions des fruits pour notre salut et que jamais nous ne cessions de chanter ta louange. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)