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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 28 décembre 2024

Saint Famille de Jésus, Marie et Joseph - 29 décembre 2024

 C'est quoi une "sainte famille" ?




(Tableau d'Arcabas, Jésus au milieu des docteurs de la Loi)




Il y a des chiffres qui font chaud au cœur. Celui que j’ai trouvé en préparant l’homélie de ce dimanche en fait partie. Il concerne la famille, il date de 2023. Il est publié par l’Union Nationale des Associations Familiales. A la question « Qu’est-ce qui est important dans la vie ? », 97% de la population estime que la famille est « très importante » ou « importante » dans la vie. Cette part ne varie pratiquement pas depuis au moins trois décennies. La famille est plébiscitée à tout âge : en France, 90 % des 16-24 ans jugent la famille "importante dans la vie" (et 76 % "très importante"). En ce jour où nous célébrons la Sainte Famille, il me semblait important de vous partager cette bonne nouvelle. La famille, qu’elle soit sainte ou pas, a encore un bel avenir devant elle. Et c’est plutôt rassurant au vu des familles que la liturgie nous présente aujourd’hui. Parce que je trouve quand même paradoxale que, pour célébrer la Sainte Famille, on ne présente pas une seule famille que certains jugeraient « normale » aujourd’hui. 

Regarder la famille d’Elcana et d’Anne. Déjà, Elcana a deux épouses : Anne et Peninna. Alors qu’Anne est stérile, Peninna avait donné des enfants à Elcana et elle profitait sa situation pour humilier Anne, la préférée d’Elcana. Après une énième humiliation, Anne va donc au temple de Silo prier Dieu de lui accorder un enfant. Elle disait : Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. Vous aurez compris à la première lecture de ce dimanche que sa prière a été exaucée. Le petit Samuel est né. Ce qui me surprend, c’est l’écart entre son désir d’enfant, réel, et son attitude quand l’enfant est sevré. Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la Maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur. Vous comprenez mon embarras ? Elle le voulait tellement, elle en a pleuré toutes les larmes de son corps, et voilà qu’à peine sevré, elle le rend au Seigneur, elle l’abandonne au temple de Silo. C’est une famille normale pour vous ? Certes, Anne lui apportera chaque année un petit manteau lors du pèlerinage annuel ; mais quand même, est-ce suffisant ? 

La deuxième famille du jour est celle que nous célébrons. C’est la famille de Jésus, Marie et Joseph. Je ne m’attarderai pas sur les circonstances de la naissance de l’enfant. Jésus est le Fils de Dieu fait homme, et il est clair que pour la première partie de ce titre, Joseph ne pouvait pas prétendre l’accomplir. Il entrera dans le projet de Dieu en accueillant l’enfant qui n’est pas le fruit de son union à Marie. Lorsque nous les croisons douze ans plus tard, lors de leur pèlerinage annuel au Temple de Jérusalem, voilà que l’enfant disparaît, trois jours durant. Et lorsqu’enfin ses parents, morts d’inquiétude le retrouvent au Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi, il les rembarre en disant : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Alors certes, c’est Jésus ; alors certes, il ne ment pas : Dieu est son Père. Mais était-ce vraiment utile de mettre ses parents dans l’inquiétude aussi longtemps et de leur parler ainsi ? Si Luc finit par nous donner le sentiment de Marie (elle gardait dans son cœur tous ces événements), il ne dit rien des sentiments de Joseph. Comment a-t-il pris l’interpellation de ce fils adoptif ? 

Il est question d’une troisième famille dans les textes de ce jour. C’est celle évoquée par Jean dans sa première lettre : l’Eglise. C’est ainsi que je comprends l’affirmation répétée par Jean : nous sommes (appelés) enfants de Dieu ! Si nous sommes tous enfants de Dieu, c’est que nous sommes tous frères et sœurs, membres de cette unique famille qu’est l’Eglise, la communauté des croyants. Et pourtant, il n’y a rien de plus divisé que l’Eglise. Elle est divisée en différentes confessions ; ces différentes confessions sont elles-mêmes divisées en différentes chapelles, des plus libérales aux plus conservatrices. Et il arrive qu’elles se chamaillent allègrement, pour utiliser un doux euphémisme. Le travail œcuménique est toujours à faire, avec les autres Eglises et à l’intérieur de nos propres divisions. On ne peut pas vraiment dire que l’Eglise soit une famille normale. A moins que la normalité de la famille ne soit pas à placer là où nous la plaçons d’habitude (c'est-à-dire sa composition) et que Dieu lui-même a quelque chose à nous dire à ce sujet. 

Pour beaucoup de croyants, une famille normale, c’est un papa, une maman et des enfants. Pour l’enquête dont je parlais au début, sont considérés comme famille, les couples sans enfant, les couples avec enfants et les familles monoparentales. Et si je regarde de près les trois familles proposées à notre méditation, leur normalité vient plutôt du fait qu’elles sont toutes référées à Dieu, toutes en lien avec lui. C’est vrai d’Elcana, Anne et Samuel ; c’est vrai de Jésus, Marie et Joseph ; c’est vrai de la grande famille des croyants au Christ. Peut-être qu’il nous faut envisager que le critère de normalité d’une famille, c’est, malgré les soubresauts que l’idée de famille peut connaître, d’être capable d’entrer dans le grand projet de Dieu qui est de faire de toute l’humanité une famille unie autour de lui. Plutôt que de nous déchirer sur le format familial idéal, il serait peut-être plus judicieux de comprendre comment Dieu attend de nous, de nos familles, qu’elles entrent dans son projet à lui, et de les aider dans ce sens. Comment chaque famille, dans sa singularité, peut-elle répondre à l’appel de Dieu à quelque chose qui la dépasse ? Pour Anne et Elcana, c’était accepter de laisser le jeune Samuel, à peine sevré, au temple de Silo pour qu’il reçoive l’éducation qui fera de lui le prophète que l’on connaît. Pour Marie et Joseph, c’était d’accepter que Jésus voit plus grand, plus loin, et qu’il se consacre à sa véritable mission, celle pour laquelle il est entré dans le monde : révéler son Père et sa miséricorde. Pour l’Eglise, c’est peut-être d’entrer toujours plus dans la mission que Dieu lui a confiée : faire connaître la Bonne Nouvelle du Salut afin que les hommes se convertissent et vivent une véritable fraternité. 

A défaut de nous entendre tous sur une définition unique de la famille, nous pourrions nous entendre sur les différentes voies qui mèneront nos familles, quelles qu’elles soient, à vivre quelque chose de la sainteté attendue. La Sainte Famille n’est pas sainte parce qu’elle est idéale et pure ; elle est sainte parce que chacun de ses membres a répondu à ce que Dieu attendait de lui. Marie en acceptant de porter Jésus ; Joseph en renonçant à son projet de renvoyer Marie et en la prenant chez lui, comme épouse ; Jésus, en allant jusqu’à la croix pour dire aux hommes combien ils étaient aimés de Dieu. L’Eglise, ainsi que nos familles qui en sont une cellule, ne seront saintes, qu’à cette condition-là : entrer, avec joie, confiance et espérance, dans ce que Dieu attend d’elles et de chacun de nous, et de chercher à l'accomplir du mieux possible. Amen. 


mercredi 25 décembre 2024

Messe du jour de Noël - 25 décembre 2024

 Quatre messes pour entrer dans le mystère de l'incarnation.




(Jean RESTOUT, L'adoration des bergers, 1761, Cathédrale St Louis de Versailles, Source L'Adoration des bergers - une douce Nativité à voir à Versailles - Diocèse de Versailles)




Quelqu’un a-t-il déjà pris le temps de lire tous les évangiles proposés pour la célébration de Noël ? Les habitués de Noël connaissent l’évangile de Luc, proclamé lors de la messe de la nuit, vous savez, l’histoire de Marie et Joseph, jetés sur les routes de Galilée et de Judée à la faveur d’un recensement. Marie est enceinte ; arrivent les jours où elle doit enfanter et ils ne trouvent de place nulle part. L’histoire se poursuit avec l’annonce faites aux bergers de cette naissance, par des anges qui chantent la gloire de Dieu. Les plus attentifs connaitront encore l’évangile du jour de Noël que je viens de proclamer : le prologue de l’Evangile de Jean. Un texte philosophique et spirituel qui nous parle du Verbe de Dieu, c'est-à-dire de sa Parole faite chair en Jésus. Mais il y a encore deux autres évangiles possibles.

En fait, la liturgie prévoit une première messe, dite de la veille au soir, célébrée en principe le 24 décembre. L’Eglise nous fait entendre le commencement de l’Evangile de Matthieu. Il comprend la longue généalogie de Jésus et l’annonce faite à Joseph, que tout le monde semblait avoir oublié, jusqu’à ce qu’il décide de la renvoyer en secret. Avec cette généalogie, Matthieu nous dit que Jésus, le Fils unique de Dieu, ne joue pas à l’homme. Il se fait réellement homme, assumant cette longue histoire de Dieu avec les hommes qui trouvent son origine dans la foi d’Abraham. Cette longue histoire, trois fois quatorze générations, n’a pas toujours été une histoire sainte. Matthieu ne cache rien des périodes sombres, des meurtres, des rivalités, des drames qui la traversent. Mais il nous fait comprendre qu’avec Jésus, quelque chose de neuf commence et qui amènera le monde à la perfection voulue par Dieu, à l’origine. La naissance de Jésus marque la fin de la troisième série de quatorze générations. Mais la fin de quelque chose est toujours le commencement de quelque chose d’autre. En entrant dans le monde, Jésus inaugure quelque chose de neuf, dont le point culminant sera la Nouvelle Alliance scellée par le sang de la croix. C’est cette Nouvelle Alliance que nous célébrons en chaque eucharistie et qui nous procure le Salut. Joseph, qui va entrer à son tour dans le projet de Dieu, est le comme le signe que ce monde nouveau est possible dès lors que l’homme accepte de changer de perspective et d’entrer dans la manière de voir et de faire de Dieu. 

Vient alors la messe de la nuit dont j’ai déjà rappelé l’évangile. Ce qui est marquant, c’est la parole des anges aux bergers : Ne craignez pas !  N’ayez pas peur de Dieu ; il vient à votre rencontre, il vient vous sauver. Ce qui est demandé aux hommes, c’est un acte de confiance. Dieu n’est pas l’empêcheur de vivre, toujours à surveiller, à comptabiliser surtout nos actions mauvaises pour nous les rappeler un jour. Non, Dieu est celui qui nous offre son Fils, le Sauveur. Il nous appartient de le découvrir et de le suivre, certes, mais tout nous est offert en Jésus : l’amour immense de Dieu pour chacun, sa miséricorde sans limite, sa patience à toute épreuve, et sa joie réelle quand un pécheur se convertit. Noël est aussi une invitation à changer de regard sur Dieu, à ne plus nous tromper sur Dieu. Et pour nous montrer que nous n’avons pas à avoir peur de lui, il se fait enfant. Qui a réellement peur d’un nouveau-né ?

Suit alors la messe la plus oubliée sans doute, la messe dite de l’aurore, du lever du jour. Elle nous fait entendre la suite de l’évangile de Luc, c'est-à-dire à la visite des bergers à la crèche. La nouvelle des anges les a bouleversés et ils décident d’aller voir la réalité du message. Et déjà, devant Marie et Joseph sans doute un peu étonnés, ils racontent ce qu’ils ont vu et entendu. Et ils le disent à tous ceux qu’ils rencontrent si bien que tous ceux qui les entendirent s’étonnaient de ce que racontaient les bergers. La nouvelle de la naissance du Fils de Dieu est et doit rester un sujet d’étonnement, sans quoi elle risque bien de se transformer en fable et faribole. Et cette naissance doit nous mener, comme les bergers, à glorifier et louer Dieu. Comment ne pas être reconnaissant pour ce Salut offert ? Comment ne pas être reconnaissant pour tout ce que Jésus va faire pour nous ?

La série des messes de Noël s’achève avec la messe du jour et ce prologue de Jean. Nous avons définitivement quitté le côté merveilleux de la naissance de Jésus. Jean nous fait prendre de la hauteur en nous invitant à comprendre que Jésus est la Parole même (le Verbe) de Dieu. Écouter Jésus, c’est écouter Dieu ! quand le Tout-Autre, l’Au-delà de tout, se fait tout proche à travers un enfant, c’est sa Parole qui parvient jusqu’à nous, en toute simplicité, oserais-je dire ! Tu veux savoir ce que Dieu dit aux hommes ? Ecoute Jésus ! Tu veux comprendre ce que Dieu attend de toi ? Ecoute Jésus ! Tu veux y voir clair dans ta vie ? Ecoute Jésus ! Il est la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Ce que ce prologue nous rappelle aussi, c’est que certains ont bien compris le message des anges quand ils disaient aux bergers : Ne craignez pas !  Ils n’ont tellement pas peur de Dieu, qu’ils ne l’écoutent pas et ne l’accueillent pas ! Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Cela peut nous sembler triste, mais c’est ainsi. Dieu ne s’impose pas ; il se propose à nous en Jésus, sa Parole vivante. Et ceux qui le reçoivent, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Comme le précise Jean, ils sont nés de Dieu.  Nous sommes nés de Dieu ! Mesurons-nous bien ce qu’affirme ainsi ce prologue ? Nous sommes nés de Dieu ; nous sommes comme Jésus, nous sommes les frères et sœurs de cette Parole vivante ; et nous sommes en Jésus, fils et filles du Dieu vivant qui a envoyé son Fils pour nous sauver. Merveille de l’incarnation ! Dieu se fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu ! Dieu se fait homme pour que l’homme puisse retrouver l’image et la ressemblance de Dieu, selon lesquelles il a été créé, au commencement du monde. 

Vous mesurez le chemin parcouru en quatre messes, toutes différentes, toutes importantes pour nous faire entrer peu à peu dans ce grand mystère qui est scandale pour les uns, folie pour d’autres, mais réalité pour nous qui avons fait le choix de suivre et d’écouter Jésus. Que les célébrations de Noël ravivent notre foi et notre conscience d’être, dès maintenant, fils et filles de Dieu, en Jésus, Verbe de Dieu fait chair. Amen. 


Messe de la nuit de Noël - 25 décembre 2024

 Ne craignez pas ! 



(Botticelli, Nativité, source Wikimedia Commons)




De toutes les paroles prononcées par les anges, nous ne retenons souvent que le chant du Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Et pour cause : la liturgie nous en a fait jeûner durant des quatre dimanches de l’Avent. En entendant ce chant des anges, nous savons que c’est Noël, que Dieu vient établir la paix en envoyant son Fils dans le monde. D’où, autrefois, la trêve de Noël entre des nations belligérantes. On en vient à rêver que, ce soir, entre les nations en guerre, la paix se fasse, ou à tout le moins que les armes se taisent pour honorer celui qui fait de nous tous des fils, Dieu le Père, et celui qui fait de nous tous des frères, Jésus, venu en notre monde.

Pourtant, il est une autre parole qui touche mon cœur ce soir. C’est la première parole des anges aux bergers : Ne craignez pas. Quand on se met à la place des bergers qui assistent en direct à ce tapage nocturne, il y a de quoi être inquiet. Les armées et les chœurs célestes n’ont pas l’habitude de sortir ainsi et d’aller à la rencontre des hommes, en grand nombre. Les Ecritures nous avaient plutôt habitués à plus de discrétion. Ainsi, c’est Raphaël seul qui est envoyé vers Tobie ; ou Gabriel, seul encore, vers Zacharie ou la Vierge Marie, pour annoncer à l’un la naissance de Jean le Baptiste et à l’autre, la naissance de Jésus. Une cohorte d’anges, c’est exceptionnel ! Et l’on comprend pourquoi : c’est la première fois que Dieu envoie son Fils dans le monde pour le sauver ; c’est le sens même du nom de Jésus. En ce soir, nous n’avons pas à craindre la sortie quelque peu bruyante des anges du Seigneur ! Ils se réjouissent comme nous devrions nous réjouir de cette naissance humble et cachée, de celui qui passera du bois de la crèche au bois de la croix, témoignant de l’unique et puissant amour de Dieu pour nous.

Ne craignez pas ! C’est aussi ce que nous dit Dieu ce soir. Ne craignez pas de m’accueillir dans votre vie à travers mon Fils. Ne me craignez pas : cette naissance vous dit tout l’amour que je vous porte. Ne craignez pas ; je viens faire toute chose nouvelle en Jésus mon Fils. Réjouissez-vous car ce soir se réalise la prophétie d’Isaïe : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Dans la nuit de nos peurs, Dieu fait lever l’espérance. Dans la nuit de nos doutes, Dieu fait lever la foi. Dans la nuit de nos péchés, Dieu fait lever sa lumière, non pour nous juger, mais pour nous appeler à voir clair à nouveau et à le suivre sur le chemin de la Bonne Nouvelle du Salut. Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à l’aimer plutôt qu’à le craindre ! Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions la force de la tendresse, plus forte que la force des armes. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à le reconnaître présent dans le faible, dans ce celui qu’il faut protéger, dans celui qu’il faut servir. Vraiment, qui pourrait avoir peur d’un nouveau-né ?

Ne craignez pas ! Puisse cette invitation à la confiance nous faire découvrir le visage véritable de Dieu et la grandeur infinie de son amour pour nous. Ne craignons pas ; allons à lui et avec les bergers, adorons-le ! En cet Enfant nouveau-né, Dieu nous sourit. En cet Enfant nouveau-né, Dieu fait alliance nouvelle avec nous, aujourd’hui et pour toujours. Amen.   


samedi 21 décembre 2024

4ème dimanche de l'Avent C - 22 décembre 2024

 Empressement et joie.




(Arcabas, Visitation)




        Voilà, encore trois dodos et nous fêterons Noël, la venue en notre chair du Rédempteur que Dieu a promis. Les bredele sont prêts, les cadeaux emballés, le sapin dressé et décoré. Avons-nous tout prévu ? A ceux qui s’interrogent, l’évangile indique encore deux ingrédients pour une fête de la Nativité réussie : l’empressement et la joie. 

        L’empressement, comme celui de Marie qui se met en route pour visiter sa cousine Elisabeth, la femme âgée tombée enceinte après une vie à espérer un enfant. La plus jeune, Marie, va se mettre au service de la plus âgée. Sans doute n’y a-t-il là rien d’extraordinaire, mais il se trouve que Marie est enceinte elle-aussi. L’ange Gabriel est venu lui annoncer qu’elle serait la mère du Sauveur. Cet empressement de Marie doit devenir nôtre. Il traduit notre volonté de faire connaître la nouvelle : la naissance de Jésus n’est pas juste pour nous. Il traduit notre désir de mieux servir les autres en les soulageant, en les aidant. Pas demain ; pas quand j’aurai le temps ; pas quand je n’aurai plus rien d’autre à faire. Non, l’esprit de service est nécessairement empressé ; le service n’attend pas ! En lisant ou en entendant cette page d’évangile, nous sentons bien que l’empressement de Marie n’est pas contraint et forcé ; elle fait le choix d’aller sans délai se mettre au service de sa cousine dont elle a appris qu’elle en était à son sixième mois. Sommes-nous empressés à porter le Sauveur au monde ? Sommes-nous empressés à servir ? 

        La joie. C’est l’esprit même de Noël, une fête joyeuse autour de l’Enfant nouveau-né. Pas une joie superficielle qui s’évanouira quand les sapins seront démontés et rangés. Non, une vraie joie profonde, ancrée en nous, qui nous donne de l’espérance dans un monde difficile et sombre. Une joie qui n’est pas forcée, mais réelle, parce que nous saurons, au soir de Noël, que la joie de la naissance de cet Enfant Dieu changera le monde à jamais. Une joie qui nous ouvre à l’avenir et nous entraîne à changer le monde, notre petit monde, pour que le grand monde puisse devenir meilleur. C’est la joie de Marie qu’elle exprimera dans le Magnificat ; c’est la joie d’Elisabeth et de son enfant à naître, Jean le Baptiste, qui a tressailli d’allégresse dans le sein de sa mère. Le vieux monde, qui a tant attendu le Messie, se réjouit de voir son espérance récompensée. Celui qui était attendu, est venu en Jésus. Il n’est pas encore né que déjà le monde se réjouit. Suis-je heureux de cette naissance, ou mon Noël ne sera-t-il qu’une tradition transmise en famille ? Suis-je heureux de cette naissance, où mon Noël ne sera-t-il qu’une évocation d’un passé dépassé, sans réelle prise sur ma vie ? La joie de Noël, ce n’est pas un « youpi, tout va bien, je vais bien ! », mais une joie qui me permet de tenir dans les moments difficiles, une joie qui transcende les épreuves de ma vie et me permet de tenir ferme dans la foi. Quoi qu’il m’arrive, je sais que désormais Dieu est avec moi en Jésus son Fils. C’est cette joie qu’exprime le prophète Michée quand il annonce que de Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, sortira celui qui doit gouverner Israël. C’est la joie, comme dit Michée, de se savoir en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix ! 

       Encore un peu de temps, et nous accueillerons celui que Michée annonce. Encore un peu de temps, et nous verrons de nos yeux celui qui fait, par avance, tressaillir Jean le Baptiste dans le sein de sa mère. Encore un peu de temps, et nos ciels lourds s’éclaireront d’une lumière nouvelle. Avec empressement, préparons-nous à cette naissance ; avec empressement, préparons-nous à cette joie que nul ne pourra nous ravir. Le Seigneur vient ; il l’a promis. Tout est en place, les temps sont favorables ; il ne manque que notre empressement et notre joie à l’accueillir pour que notre monde puisse commencer à devenir meilleur. Puissent ces quelques jours nous permettre d’entrer vraiment dans la joie et la paix de Noël. Amen. 


samedi 14 décembre 2024

3ème dimanche de l'Avent C - 15 décembre 2024

 Que devons-nous faire ?



(Pieter Brueghel le Jeune, La prédication de Jean le Baptiste, Musée des Beaux-Arts, Valenciennes, Source internet : d'après d'Enfer Brueghel Pieter Brueghel, le Jeune | Prédication de saint Jean-Baptiste | Images d’Art)



Ils sont surprenants, tous ces gens qui viennent à Jean le Baptiste, comme vers un sage avec cette question unique : Que devons-nous faire ? Que ce soit la foule, ou les publicains ou des soldats : tous sont habités par la même inquiétude : que dois-je faire ? Est-ce que dans ce que je vis il m’est possible d’aller à la rencontre de Celui qui vient ? Parce que c’est bien cela le message de Jean le Baptiste, nous l’avons entendu la semaine dernière : Préparez le chemin du Seigneur ?

S’ils me semblent inquiets pour eux-mêmes, je les trouve plutôt rassurants avec leur question. Rassurants, parce qu’ils nous montrent qu’ils attendent le Seigneur et qu’ils veulent être prêts à l’accueillir, prêts à aller à sa rencontre. Leur question traduit leur envie de bien préparer le chemin du Seigneur. Ils nous montrent par là que la prédication de Jean le Baptiste, même si elle est faite dans le désert, ne reste pas lettre morte, ni ne se perd dans les sables. Jean le Baptiste est entendu ; Jean le Baptiste est consulté. Sa prédication rejoint le cœur des hommes et des femmes de son temps ; elle interroge les cœurs ; elle provoque à la réflexion ; elle entraîne à la conversion. Que devons-nous faire ?

Nous pourrions dire que les réponses de Jean le Baptiste correspondent au catéchisme classique : partage avec celui qui a moins que toi ; ne prends pas plus que ce qui est dû ; ne sois pas violent, même si tu exerces le métier des armes. Toutes ces réponses se résument à celle-ci : sois attentif à ceux qui sont autour de toi et ne leur fais pas de tort. Au contraire, quand tu le peux, fais-leur du bien. Respecte-les, parce qu’ils sont humains comme toi ! Le pauvre ne vaut pas moins que toi ; il n’est pas moins humain que toi. Quand tu peux partager, fais-là ! C’est la réponse de Jean le Baptiste à la foule. Aux collecteurs d’impôts, il rappelle de ne pas être plus gourmand que l’Etat qu’ils servent : n’encaisse que ce qui est juste, pas plus ! Aux soldats, ne profitez pas de votre force, n’abusez pas de l’autorité que vous confère votre tenue. Quand on voit aujourd’hui encore comment se comportent certains hommes en arme en Ukraine, dans la bande de Gaza, en Afghanistan, aux Etats-Unis, et même quelquefois dans nos quartiers sensibles, on se dit que Jean le Baptiste devrait rugir à nouveau pour imposer le respect de cette consigne. 

Que devons-nous faire ? Nous ne pourrons jamais nous soustraire à cette question. Elle vaut pour chacun de nous, comme elle valait pour ceux qui venaient vers Jean en son temps. Elle ne sera jamais passée de mode, comme ne seront jamais passées de mode les indications qu’il donne. Avec une pauvreté qui augmente, même chez nous, le partage est toujours d’actualité. Si les collecteurs d’impôts aujourd’hui ne peuvent plus prélever plus que ce qui est dû, la question de l’impôt s’inverse peut-être. Ne fraude pas, prends ta part à l’effort commun, de manière juste. A ceux qui ont choisi le métier de armes, il est bon de redire qu’ils ne sont ni gros bras, ni cow-boy, que l’usage de la force doit rester raisonné et que l’uniforme quel qu’il soit, n’est pas une autorisation à toute sorte d’abus ; le respect légitime qui est dû à ceux qui nous protègent, suppose un respect plus grand encore envers ceux qu’ils protègent. La remarque vaut pour tous ceux et celles qui, à un moment ou à un autre, sont en position d’autorité. Le seul fait d’occuper un poste qui donne autorité, ne donne pas le respect, si celui-ci n’est pas d’abord manifesté envers ceux sur qui l’autorité s’exerce. 

Que devons-nous faire ? Je me demande si le principe de notre liturgie qui affirme que chacun doit faire seulement mais totalement ce qui lui revient ne serait pas une bonne ligne de conduite pour toute vie humaine. En faisant seulement ce qui me revient, je ne marche sur les plates-bandes de personnes ; en faisant totalement ce qui me revient, je ne me repose pas sur les autres pour faire ce que je n’ai pas envie de faire. Il fut un temps où nous parlions volontiers de devoir d’état. Eh bien, c’est un devoir d’état pour tous de veiller sur ceux qui ont moins ; c’est un devoir d’état pour tous, de participer au bien commun ; c’est un devoir d’état pour tous de ne jamais abuser ou profiter de la situation qui est la sienne dans la société, et ce quelle que soit la position qui est sienne. Ce serait une bonne nouvelle pour le monde si chacun s’y tenait, si chacun s’y mettait. Amen. 


samedi 7 décembre 2024

2ème dimanche de l'Avent C - 8 décembre 2024

 Chiche, on essaie ?









Où sont les géomètres ? Où sont vos pelles et vos pioches ? N’avez-vous pas entendu Jean le Baptiste ? N’avez-vous pas lu les prophéties d’Isaïe ? Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis. Allez, allez, au travail. Noël, c’est dans 18 (17, dimanche) dodos. Qu’attendez-vous ? 

Je crains que cela ne soit pas aussi simple. S’il suffisait d’une pelle et d’une pioche et d’un bon géomètre pour nous dire si tout est bien droit et plat, cela se saurait. Le chemin à aplanir, le ravin à combler, la montagne ou la colline à abaisser ne se trouvent pas dans la nature. Ces travaux à faire, c’est en nous, en nos cœurs qu’il faut les entreprendre. Dans les déserts de nos cœurs, dans les méandres de nos pensées, dans tout ce qui fait notre vie, il faut préparer un chemin pour le Seigneur. Dans les voies tortueuses de notre cœur, il nous faut laisser une place à la miséricorde de Dieu pour nous. Dans nos haines et nos inimitiés, il nous faut ouvrir une voie à l’amour de Dieu. Et voilà que toutes ces prophéties ne semblent pas indiquées pour nous. Vous comprenez, c’est l’autre qui a commencé. C’est l’autre qui ne veut pas ; c’est l’autre qui est toujours le méchant de l’histoire. Pourquoi serait-ce encore à moi de commencer ? Je ne sais pas, dit Dieu, mais peut-être que si tu commences à faire un pas, l’autre en fera un aussi. Peut-être que si tu ne commences pas, jamais personne jamais ne commencera. Et alors, on fera quoi ? 

Ecoutez Paul dans sa lettre aux Philippiens : dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Vivre en paix pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’être artisan de paix, même envers celui qui cherche la guerre avec toi. Vivre dans l’amour pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’aimer, même celui qui t’insupporte. Croyant en Dieu qui t’aime tel que tu es, avec tes qualités et tes défauts, tu te dois d’aimer comme tu es aimé. Tu te dois de vivre comme tu voudrais que les autres vivent. N’attends pas que les autres commencent. N’attends pas qu’il soit trop tard. Le Seigneur veut passer par toi pour atteindre les autres. Que ton cœur ne soit pas un obstacle à son amour. Que ta rancœur ne soit pas un obstacle à sa miséricorde. Nous pourrions encore le formuler ainsi : ce que tu veux que Dieu fasse pour toi, fais-le-toi pour les autres. Ne deviens pas leur montagne infranchissable. Ne deviens pas leur chemin escarpé. Le monde nouveau que Dieu vient inaugurer, c’est avec toi qu’il peut commencer. Parce que tu crois en Dieu, parce que tu reconnais Jésus comme ton Sauveur, tu dois être de ceux qui commencent à faire mieux, à faire autrement. Un croyant en Dieu ne peut pas rester devant une montagne de haine et dire : il n’y a rien à faire ; je n’y peux rien ! Un disciple de Jésus ne peut pas dire : ce chemin est trop difficile, j’abandonne. Un monde de paix, un monde d’amour ne sera possible que si tu commences, que si tu essaies. 

Aucun d’entre nous ne pourra jamais dire qu’il a trop aimé, trop fait le premier pas… Dieu seul, du haut de la croix, pourrait dire : je les ai trop aimés ! Mais non, il nous dira toujours : je vous ai aimés et je vous aime encore jusque-là pour que vous appreniez à aimer, vous aussi, jusque-là. Celui qui aime jusqu’au don de sa vie, n’aime pas trop ; il aime juste, il aime vraiment. Pour que se réalise la prophétie d’Isaïe, commence, comme Jean le Baptiste a commencé à son époque. Et le monde changera, les chemins deviendront droits, les montagnes et les collines s’abaisseront, les ravins se combleront. Chiche, on essaie ?


samedi 30 novembre 2024

1er décembre 2024 - 1er dimanche de l'Avent C

 La prière comme chemin et comme rempart.




(Orante, Catacombes Sainte Priscille - Rome. Source internet)




Nous commençons donc une nouvelle année liturgique. Nous la vivrons avec l’évangéliste Luc qui inaugure cette année avec ce passage aux accents très apocalyptiques. Comme le faisait Marc, il y a deux semaines à peine, Luc nous rappelle que notre histoire a un sens et qu’elle va vers son terme, qui n’est pas une triste fin, mais la récapitulation de toutes choses dans le Christ. Nous allons vers la joie du Royaume où Dieu nous attend depuis toute éternité. L’originalité de Luc quand il parle de ce jour, consiste à nous indiquer une voie et un rempart pour que nous puissions échapper à tout ce qui doit arriver, et [nous] tenir debout devant le Fils de l’homme. Cette voie, c’est la prière constante, la prière de veille. 

Ce n’est pas un hasard chez Luc, dont l’évangile peut être qualifié d’évangile de la miséricorde et de la prière. Les trois grands cantiques évangéliques qui rythment nos journées aux laudes, vêpres et complies sont l’œuvre de Luc. Nous les chantons quotidiennement pour bien signifier cette vigilance dans la prière, cet état de veille dans lequel nous voulons rester pour accueillir avec joie le jour du retour du Seigneur. Comment mieux, qu’avec ces trois cantiques qui unissent la Première Alliance et la Nouvelle Alliance, dire à la fois que nous veillons dans la prière, et que notre prière s’inscrit dans cette veille qui trouve ses racines dans les textes anciens de nos pères dans la foi. Nous ne prions jamais seul, mais avec cette conscience d’appartenir à un peuple de priants depuis des temps immémoriaux. Nous n’inventons pas non plus notre prière ; nous la recevons de Dieu lui-même qui, par sa parole, nous donne les mots de notre prière. Le Christ nous invite à rester dans cette veille de prière, et Dieu son Père nous en donne les mots. Merveilleuse bienveillance de Dieu vis-à-vis de son peuple qu’il veut sauver ! 

En gardant à la bouche les mots de la prière que Dieu lui-même nous donne, nous formons notre esprit, notre cœur et notre corps à cette habitude de la prière constante. Nous n’avons pas à chercher loin ce que nous allons pouvoir dire à Dieu. Au réveil, le matin, nous lui rendons grâce pour son œuvre d’amour depuis Abraham jusqu’à nous, avec cette conscience vive que Dieu tient ses promesses ; en fin d’après-midi, nous chantons, avec Marie, les merveilles que Dieu fait pour ses serviteurs, particulièrement les plus fragiles ; et en entrant dans le sommeil de la nuit, nous chantons notre confiance en Dieu, qui conduit notre vie et nous révèle son salut. Nous pouvons nous endormir en paix, Dieu nous fera traverser le sommeil de la nuit et le sommeil de la mort le moment venu. Notre vigilance dans la prière nous dit aussi que Dieu veille sur nous, qu’il est vigilant pour nous. Cette certitude acquise par la prière nous permet d’affronter les moments plus difficiles de notre existence. Seul celui qui croit que Dieu peut tout pour lui, peut tout vivre, tout affronter, sachant qu’il n’est jamais seul ! Celui qui désespère de Dieu, désespère de lui et de son avenir. 

En ce temps de l’Avent, entrons dans une vigilance renouvelée. Entrons dans cette confiance que Dieu guide notre histoire personnelle et la grande histoire des hommes. Il y a des moments où cela ne semble pas évident, lorsque les éléments naturels viennent perturber notre existence, lorsque la haine des hommes conduit à la guerre. Gardons cette certitude que nous donne la prière : Dieu veille avec nous, Dieu veille sur nous, Dieu veille pour nous. Joignons-nous à lui, demeurons vigilants, demeurons priant. Et quand il nous semble que cela nous est impossible, comptons sur la prière des autres. Ne prions jamais égoïstement pour nous-mêmes, mais rendons-nous ce service de prière et de vigilance réciproque. C’est comme cela aussi que nous entrons dans les sentiments de Dieu et dans les mots qu’il nous offre pour les lui rendre en prière pour le monde. Amen. 


samedi 23 novembre 2024

Christ, Roi de l'univers - 24 novembre 2024

 Célébrer le Christ, Roi de l'univers.







Nous terminons notre année liturgique avec la fête du Christ, Roi de l’univers. Une fête qui nous rappelle que toute notre histoire est tendue vers le retour du Christ, vers ce moment où le Christ sera tout en tous. A cause de cela, à qui nous interroge d’où nous venons et où nous allons, nous pouvons répondre que nous venons de Dieu et que nous retournons à Dieu. Ce chemin nous est possible parce que c’est le chemin que le Christ a inauguré, ouvert pour nous. 

Quand nous levons les yeux vers la croix, il faut un peu de foi pour reconnaître en Jésus, le crucifié, ce Roi à qui Dieu confie l’univers qu’il a créé. Pour beaucoup, la croix de Jésus n’est plus qu’un lointain souvenir de temps barbares où les opposants étaient exposés à la vindicte populaire, humiliés et mis à mort. Sans les yeux de la foi, la croix n’est que cela ! Mais pour quiconque suit Jésus, la croix est le passage de la mort ignominieuse vers la vie éternelle. Jésus est mort en croix, non pas parce que les hommes l’ont mis au rang des méchants dont l’humanité pouvait se passer ; non, Jésus est mort parce qu’il a fait le choix d’offrir sa vie, par amour pour chacun de nous. La croix, pour barbare qu’elle apparaisse, est pour toujours, pour les croyants, le signe que nous sommes infiniment aimés, infiniment voulus libres, infiniment voulus vivants en Dieu. Nous ne mesurerons sans doute jamais assez le courage et l’amour qu’il a fallu à Jésus pour se laisser ainsi déposséder de lui-même pour que nous puissions devenir ce qu’il était de toute éternité : le fils de Dieu. Comme l’affirme si bien l’Apocalypse, il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père. 

Fêter le Christ, roi de l’univers, c’est fêter notre espérance de voir se réaliser ce jour de Dieu, ce jour où nous serons pour toujours avec Dieu et en Dieu. Cette espérance doit être plus vive que jamais. Nous pouvons regarder notre monde et nous désoler. Rien ne semble plus aller de soi. La guerre gagne du terrain en Europe et ailleurs ; la haine des autres, différents mais si facilement désignés comme responsable de tout ce qui ne va plus, est érigée en système politique. Notre monde a rejeté l’amour ; notre monde a rejeté le respect ; notre monde a rejeté la vie. Pourtant, croyants, nous devenons être les éclaireurs de ce monde nouveau que le Christ a inauguré dans sa mort et sa résurrection. Les pieds pleinement ancré dans ce monde imparfait, la tête et les yeux tournés vers ce monde à venir, nous devons témoigner de Jésus, de son œuvre de salut, de sa Bonne Nouvelle pour tous les peuples. Puisque nous savons que le Christ revient, sans toutefois en connaître la date exacte, nous devons vivre comme si c’était pour demain, et transformer ce monde pour qu’il puisse reconnaître avec nous Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. Dès lors nous ne pouvons pas faire l’économie d’une vie imprégnée d’Evangile ; nous ne pouvons pas faire l’économie de l’amour dont Dieu nous aime. 

Forts de l’enseignement de l’évangéliste Marc qui nous aura accompagné en cette année, continuons à dire aux hommes de notre temps que Jésus vient. Il vient leur parler de Dieu et les inviter à la conversion. Il vient parce qu’il les aime et veut les sauver. Il vient donner du sens à un monde qui semble ne plus en avoir. Il vient redonner de l’espérance à une génération qui semble s’être perdue. Mais surtout qu’il soit chaque jour davantage notre Roi, à nous qui déjà croyons en lui, à nous qui déjà voulons vivre de lui. Reconnaissons véritablement comme notre Roi celui que nous célébrons comme roi de l’univers. Amen.  


samedi 16 novembre 2024

33ème dimanche ordinaire B - 17 novembre 2024

 Crainte ou espérance ?






Pour qui est un tant soit peu attentif, il est facile de repérer la fin de l’année liturgique, parce qu’elle est précédée de ces textes aux couleurs d’apocalypse : grande détresse, soleil s’obscurcissant, lune sans éclat, étoiles tombant du ciel, et j’en passe. Qu’ils viennent du Premier ou du Nouveau Testament, ils sont faits à l’identique et peuvent déclencher en nous crainte ou espérance. 

De nombreux mouvements, qu’ils soient politiques ou religieux jouent sans vergogne sur ce sentiment de crainte. La récente campagne électorale aux Etats-Unis nous a montré ce que la crainte engendre : des affirmations à l’emporte-pièce jamais vérifiées, la désignation de boucs émissaires, des mesures drastiques annoncées pour conjurer le mauvais sort (il a quand même été question de déportation !), pour finir par la victoire de l’irrationnel, du mensonge, et une société profondément divisée. Il n’est pas besoin de regarder de l’autre côté de l’Atlantique ; nous possédons les mêmes en tout, en Europe et en France. La crainte a encore de beaux jours devant elle, et ceux qui aiment jouer à se faire peur peuvent avoir la certitude de quelques belles soirées dignes d’Halloween.  

Se pose alors la question suivante : chrétiens, pouvons-nous nous contenter de regarder et de trembler ? Pouvons-nous rejoindre ceux qui crient au loup, pour ajouter encore de la peur à la peur ? Les textes bibliques entendus aujourd’hui, d’ordre apocalyptique, ne sont pas lus pour nous faire peur, mais pour ouvrir notre espérance, et nous mettre en attitude de veille.  De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Voilà que nous est rappelé que notre histoire a un sens, et que nous sommes tendus vers son accomplissement. Et le sentiment qui doit prédominer en nous, ce n’est pas la crainte, mais l’espérance. Ce jour du retour du Christ, nous l’attendons, comme les enfants attendent Noël : fébriles mais sans crainte, tout à la joie de ce qu’annonce cet événement. Le retour du Christ, quel qu’en soit le moment, marquera le jour de notre récompense, le jour du jugement de notre vie par celui qui est la source de tout amour. Avons-nous à craindre l’amour ? Bien sûr que non ! L’amour ne fait rien de mauvais ; l’amour espère tout ! Comme il l’a fait au moment de son Incarnation, il frappera à notre porte. Nos pourrons alors faire comme les aubergistes jadis, et dire qu’il n’y a pas de place ; ou nous pourrons lui ouvrir notre vie et il viendra prendre son repas avec nous. C’est ce que nous rappelle justement le Livre de l’Apocalypse au chapitre 3, 20 : Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Il n’y a rien à craindre de celui qui frappe à la porte de notre vie et qui demande à entrer. Au contraire, il y a tout à espérer. Ecoutons la suite de ce passage de l’Ecriture (Ap 3, 21) : Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son Trône. 

Dans quelques semaines, le pape François ouvrira une année jubilaire qu’il a voulu consacrer à l’espérance. Dans notre monde froid et triste, la petite lumière de l’espérance nous attend. Elle vient nous redire que le meilleur est possible et que chacun est capable du meilleur. Nous ne sommes pas faits pour les ténèbres ; nous ne sommes pas faits pour la mort ; nous ne sommes pas faits pour la désespérance. Dieu nous veut dans sa lumière, Dieu nous veut vivant, Dieu nous veut pleins d’espérance. Il envoie son Fils pour nous le redire. Sa venue est comparable à l’été qui revient. Sachons lire les signes des temps, repérer le figuier qui refleurit. Il porte en lui la vie que Dieu nous communique. Si cela n’est pas source d’espérance, je ne sais pas ce qu’il nous faut. Laissons là notre pessimisme et entrons dans l’espérance du jour de Dieu. Amen. 


samedi 9 novembre 2024

32ème dimanche ordinaire B - 10 novembre 2024

 Un coeur plus qu'un avoir ! 




(Image trouvée sur internet)


D’un côté, beaucoup de riches qui mettaient de grosses sommes dans la salle du trésor du Temple. De l’autre, une pauvre veuve qui n’y mit que deux petites pièces de monnaie. Le match est inégal au possible, les protagonistes ne jouant visiblement pas dans la même ligue. Qui va gagner, si tant est qu’il faut un gagnant et un perdant ? 

Aux yeux des hommes, il n’y a nul doute que les plus regardés, les plus admirés, ce sont les riches et leurs grosses sommes. Nous avons beau ne pas trop aimer les trop riches, nous ne pouvons cesser de les admirer. Leur vie semble plus facile que la nôtre, leurs souhaits bien plus souvent réalisés que les nôtres. Et en même temps, nous n’aimons pas le tape-à-l’œil et cette manière que certains ont d’exhiber leurs richesses. Et je ne parle pas de tous ces parvenus, nouveaux riches, qui, sur les réseaux sociaux, n’arrêtent pas de vous dire que vous pouvez être comme eux et que, s’ils ont réussi, vous pouvez réussir aussi. Cela si vous tenez la réussite financière comme le summum de la réussite. Il serait intéressant de réfléchir à ce que nous considérons comme important pour dire que nous avons réussi notre vie. A ceux qui s’interrogent, je recommande le dernier titre de Jeck, Immortel, et le clip qui l’illustre. Il dénonce bien cette arnaque qui consiste à faire croire qu’une vie réussie se mesure à l’épaisseur d’un compte en banque ! 

Aux yeux des hommes, je ne suis pas bien sûr que la pauvre veuve ait retenu l’attention qui quiconque hormis Jésus. Et si d’aventure quelqu’un l’a vu, je ne suis pas certain que son regard fût celui de l’admiration. De même que nous n’aimons pas les trop riches, nous n’aimons pas davantage les trop pauvres. Ils sont ceux qui nous empêchent de nous plaindre tout le temps d’une vie devenue trop chère. Ce qui pour nous est plus difficile devient pour eux impossible. Là où nous devons commencer à renoncer quelquefois, eux ont abandonné depuis longtemps. Alors pourquoi parler de cette pauvre veuve ? Parce que Jésus ne voit qu’elle, elle et l’effort qu’elle fait pour verser quand même sa part au trésor du Temple. Et elle le fait sans se plaindre. Elle ne met pas grand-chose aux yeux des hommes, mais pour Jésus, c’est plus que ce que tous les autres ont mis, parce qu’elle a pris sur son indigence ; elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre, là où les autres ont juste pris sur leur superflu. Aux yeux de Jésus, le geste humble de cette femme compte plus que le geste tapageur des autres. Donner de son superflu n’est un exploit pour personne. Même les plus égoïstes arrivent à se séparer de ce qui ne leur sert plus. Donner de son essentiel, voilà qui est plus difficile, parce que cela suppose d’avoir appris à renoncer. Et quand on n’a pas grand-chose, et qu’on renonce encore au profit d’autres, voilà qui est admirable ; voilà ce que souligne Jésus. Jésus ne dit pas que ce que font les riches est mal ; il dit seulement que ce que fait la veuve est mieux, parce que les conséquences de son geste pour elle ne sont pas les mêmes que pour les riches et leur geste. 


Nous devrions le savoir depuis longtemps déjà ; le regard de Dieu se porte toujours sur les plus humbles. Comme le chante Marie dans son Magnificat, Dieu élève les humbles et renvoie les riches les mains vides. Ce qu’il nous faut apprendre de Dieu, c’est une autre manière de regarder le monde, de regarder les hommes, et de comprendre ce qui compte vraiment. Non pas le superflu ou le superficiel, mais l’essentiel, le nécessaire pour vivre. Et le nécessaire pour vivre, c’est d’abord un cœur aimant, un cœur généreux, un cœur reconnaissant. Si nous voulons un monde plus juste et plus fraternel, dans lequel personne ne manque de rien, c’est d’abord d’un cœur nouveau dont nous aurons besoin pour que le partage devienne réalité et que tous puissent vivre dignement, sans manquer de rien. Les récentes guerres de postures idéologiques à l’Assemblée nationale, au moment où le premier ministre évoquait la possibilité de prélever un impôt supplémentaire et temporaire auprès des plus riches d’entre les riches, pour que les efforts ne reposent pas tout le temps sur les plus fragiles, est révélatrice d’un manque de cœur et d’un cynisme effrayant. L’idée même qu’il faille débattre de cela et l’inscrire dans la loi montre à quel point l’histoire de cette pauvre veuve reste à méditer et à comprendre. 

      Nous ne combattrons pas la pauvreté avec des idéologies, mais avec un cœur et un regard renouvelé. La pauvre veuve de l’évangile qui devait être bénéficiaire des sommes déposées dans la salle du trésor du Temple et qui y dépose le peu qu’elle a, nous oblige à reprendre le combat pour un monde plus juste, plus solidaire, plus fraternel. Il faudra que chacun s’engage à la hauteur de ses moyens. Et quand on a beaucoup plus que tous les autres, il est normal de mettre beaucoup plus que tous les autres. C’est une question de justice ! C’est une question de cœur ! Quand le cœur compte plus que notre avoir, un monde nouveau est possible. Qu’attendons-nous pour essayer ? Que les deux petites pièces de monnaie de la pauvre veuve ouvrent nos yeux, nos cœurs et nos mains à la mesure de nos moyens. Amen. 


samedi 2 novembre 2024

31ème dimanche ordinaire B - 03 novembre 2024

 Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton coeur.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, Les presses d'Île de France)





Vendredi, la Toussaint ; hier, tous les fidèles défunts ; aujourd’hui, dimanche, le jour du Seigneur, jour habituel du rassemblement de la communauté des croyants en Jésus Christ. En trois jours, un petit marathon liturgique qui nous aura donné à entendre de nombreuses paroles venant de Dieu. Alors, si je vous demandais maintenant laquelle aura été la plus importante, peut-être me citerez-vous celle qui vous aura le plus marqués, ou celle qui reviendra spontanément à votre mémoire, ou peut-être vous gratterez-vous la tête d’un air dubitatif, ne sachant trop que répondre, un texte biblique ayant chassé le précédent, et ainsi de suite. Mettez-vous alors à la place de Jésus qui est invité à définir le plus grand de tous les commandements, et souvenez-vous qu’il y en a 613 en tout dans la Torah : 248 positifs qui disent ce qu’il faut faire, et 365 négatifs qui disent ce qu’il ne faut pas faire. Lequel choisir ? 


Jésus ne semble pas hésiter ; sa réponse jaillit, claire et précise. Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. L’évangéliste qui nous rapporte la scène ne signale aucune hésitation ; c’est cela et rien d’autre. Et l’interlocuteur de Jésus valide sa réponse : Fort bien, Maître, tu as dit vrai. Il est donc vrai que, même si l’on n’est pas du même camp, il est possible de réfléchir ensemble, il est possible de parler ensemble, il est possible de reconnaître que l’autre a raison, et de le féliciter publiquement. Sur l’essentiel, les hommes peuvent s’entendre. Grâce à l’essentiel, ils peuvent progresser. Comment définir alors ce qui est essentiel ? 

La première lecture peut nous y aider, elle qui nous dit : Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ces paroles, ce sont celles que Dieu adresse à son peuple. Et pour qu’elles restent dans nos cœurs, il nous faut être comme Jésus : entièrement tournés vers Dieu, entièrement de Dieu. Sans doute pour Jésus, Parole vivante du Père, est-ce plus facile de savoir ou de comprendre quelle parole l’emporte sur toutes les autres. Mais avant d’être une réponse réfléchie, c’est d’abord une réponse vécue. Jésus aime Dieu infiniment, intimement, puisqu’il l’appelle son Père ; et Jésus aime infiniment les hommes et les femmes qui croisent sa route, puisque pour eux, il ira librement jusqu’à la croix pour leur offrir le salut. Quand tu aimes infiniment à la manière de Jésus, qu’importe le nombre de commandements ; l’amour qui te fait vivre et que tu fais vivre à d’autres, l’emporte sur tout le reste. A la fin, il ne reste de toute façon que l’amour. Il n’y a rien de plus beau, il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus urgent. Aimer ! Saint Jean l’a bien compris lui qui a tout résumé dans ce verset : Dieu est amour. Il est dit que dans ses vieux jours, quand il prêchait, c’est la seule chose qu’il affirmait ! Dieu est amour. 

Plus je réfléchis à cette question posée, plus je me rends compte que n’importe quel autre commandement, c’est quelque chose que tu décides de faire ou de ne pas faire. Cependant, aimer, tu ne le décides pas vraiment. L’amour s’impose à toi ; c’est quelque chose que tu vis, ou pas d’ailleurs, mais jamais quelque chose que tu fais. C’est quelque chose qui vient de plus loin que ta seule volonté. L’amour te vient de Dieu ; c’est comme une infusion de l’Esprit de Dieu dans ta vie. Si tu fais le choix d’intégrer Dieu dans ta vie, l’amour est donné en plus, et il s’affinera au fur et à mesure que tu affineras ta connaissance de Dieu. Dieu ne peut que mener à aimer plus, à aimer mieux. Si t’approcher de Dieu te faisait éloigner des autres, tu peux avoir la certitude que ce n’est pas Dieu qui s’est approché de toi, et il vaut mieux fuir cette caricature de Dieu. Tu sais que les paroles [de Dieu] sont dans ton cœur quand tu constates que ton amour pour lui et pour les autres grandit. C’est le meilleur critère de discernement. La parole de Dieu est toujours une parole d’amour, même lorsqu’elle te reprend. Dieu corrige avec amour ceux qui l’aiment et ceux qu’il aime. 

Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ce sera le conseil du jour ; ce sera le conseil pour chaque jour. Garder la parole, c’est garder Dieu ; garder Dieu, c’est garder l’amour. Garder l’amour, c’est vivre de Dieu et n’être pas loin du Royaume. Que cette eucharistie, mémorial de l’amour du Christ pour nous, nous donne de grandir toujours et encore dans cet amour offert. Que le Pain de vie reçu en communion dilate notre cœur et nous aide à reconnaître en chacun un frère ou une sœur en qui le Christ est présent, en qui le Christ vient à notre rencontre. Amen. 


jeudi 31 octobre 2024

01er novembre 2024 - Toussaint

 Attendus parce qu'aimés.







 

            Au moment où la nature lentement se meurt et prend ses habits d’hiver, l’Eglise nous invite à célébrer tous les saints, c'est-à-dire tous les vivants en Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Cette fête pour eux est aussi une fête pour nous, pour nous rappeler, au moment où les ténèbres envahissent nos jours, que notre vie a un sens et que tout ce que nous vivons n’est pas vain, que la mort et les ténèbres n’ont pas le dernier mot. A ceux que l’hiver fait déprimer, la Toussaint rappelle que nous sommes attendus parce que nous sommes aimés. 

            Oui, nous sommes attendus. Et pas attendus au tournant, après une énième faiblesse ou un péché de trop. Non, nous sommes positivement attendus par Dieu. Le mystère de l’incarnation et le mystère de la rédemption nous redisent que Dieu nous attend. Le mystère de l’incarnation permet à Dieu de franchir lui-même la distance qui nous tient éloignés de lui, en entrant dans le monde par son Fils Jésus ; nous ne pouvons plus nous estimer indignes ou incapables de Dieu, puisque Dieu vient à nous. Le mystère de la rédemption permet à Dieu de nous faire franchir la distance due au péché qui nous tient éloignés de Dieu. Nous ne pouvons plus dire que le salut est impossible puisque Dieu lui-même, par la mort et la résurrection de son Fils, nous ouvre les portes du Royaume. Nous avons entendu un passage du Livre de l’Apocalypse que certains utilisent pour dire qu’il n’y aura que peu de sauvés : 12 fois 12 000, soit 144 000 ; douze milles de chaque tribu d’Israël ! Mais il faut lire attentivement le texte et sa suite immédiate pour comprendre que le salut est pour une multitude. Voici ce que dit Jean : Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Dieu attend toutes les nations, tribus, peuples et langues. Le texte se poursuit : Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Oui, le salut, notre salut, appartient à Dieu ; mais pas pour le restreindre, pas pour le limiter. Le projet de Dieu, c’est que nous vivions tous, pour toujours avec lui. Ecoutons encore : L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » La grande épreuve, c’est la participation à la Pâque de l’Agneau, notre propre passage par la mort et la résurrection de Jésus. Ce passage, nous l’avons tous vécu au jour de notre baptême. Heureux sommes-nous ! 

Nous sommes donc attendus par Dieu, attendus parce qu’aimés infiniment par lui. Ce n’est pas parce qu’il n’avait pas le choix que Jésus est mort en croix ; au contraire, en allant à la croix, il a fait le choix de nous sauver, il a fait le choix de l’amour. C’est parce qu’il nous aime qu’il s’est livré ; c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous a laissé des signes, des sacrements de son amour. Jean l’affirme dans sa première lettre : dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. C’est quand nous parviendrons au terme de notre histoire que tout sera révélé ; c’est quand nous parviendrons au terme de l’Histoire, que l’amour de Dieu pour nous éclatera au grand jour. Nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Nous verrons l’Amour dans toute sa splendeur ! Nous verrons l’Amour dans toute sa gloire ! Et nous partagerons cette gloire pour peu que nous ayons essayé, ici-bas, d’aimer de cet amour qui a tout donné. A ceux qui doutent d’être aimés de Dieu, je voudrais redire ma foi que nul d’entre nous n’existe sans l’amour de Dieu ; c’est lui qui nous appelle à la vie à travers nos parents ; c’est lui qui nous fait grandir dans sa force. Son amour est acquis à chacun depuis le premier jour de son existence. Nul d’entre nous ne vit sans cet amour de Dieu ; mais voulons-nous tous vivre de cet amour et dans cet amour ? Dieu a pris la liberté de nous aimer ; prendrons-nous la liberté de répondre à son amour ? Les béatitudes nous ouvrent des pistes pour entrer dans cet amour : être pauvre de cœur ; c'est-à-dire non pas manquer de cœur, mais avoir le cœur ouvert à l’amour de Dieu. Savoir pleurer sur les manques d’amour manifestes pour être consolés par un surcroit d’amour. Savoir être doux ; c’est encore le meilleur signe que nous apprenons à aimer. Avoir faim et soif de justice, pour tous. Être miséricordieux parce que Dieu nous fait miséricorde par amour. Garder un cœur pur pour voir, ici et maintenant, l’amour de Dieu à l’œuvre. Se faire artisan de paix puisque la paix est la sœur de l’amour, et la condition de son existence ; ceux qui se font la guerre ne s’aiment pas ! Savoir tout risquer pour la justice, et accepter d’être moqué à cause de Jésus. Autant de signes que nous sommes capables de Dieu, capables d’amour. 

Attendus par Dieu, parce qu’aimés par lui. Les saints nous montrent les divers chemins possibles pour accueillir et vivre l’amour de Dieu pour nous. Réjouissons-nous avec eux, et avançons, éclairés par leurs vies et leurs exemples, jusqu’au royaume où Dieu nous déclarera bienheureux. Alors l’Amour sera tout en tous. Amen.

samedi 26 octobre 2024

30ème dimanche ordinaire B - 27 octobre 2024

 Que veux-tu que je fasse pour toi ?





 



          Que veux-tu que je fasse pour toi ? La question est surprenante, n’est-ce pas, lorsque nous l’entendons dans l’évangile de ce dimanche ! Que pourrait bien vouloir Bartimée de la part de Jésus ? Pourquoi crier au bord du chemin : Fils de David, Jésus, prend pitié de moi ? Son insistance, quand beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, indique sa détermination. Il veut quelque chose de Jésus, et il ne se taira pas tant qu’il ne l’aura pas ! Quand on sait que Bartimée était un aveugle qui mendiait, il ne faut pas avoir fait de grandes études pour deviner. Est-ce que je me trompe ? Pourtant, la première parole de Jésus est bien cette question : Que veux-tu que je fasse pour toi ? 

          La réponse de Bartimée jaillit, claire et assurée : Rabbouni, que je retrouve la vue !  Tu m’étonnes ! Quelqu’un ici aurait imaginé une autre demande ? Nous sommes tous d’accord qu’il n’y avait pas vraiment d’autre réponse possible, surtout quand on sait que c’est son handicap physique, et non sa pauvreté, qui l’excluait de la communauté humaine et religieuse. Si, dans sa pauvreté, il espérait devenir riche, il lui fallait d’abord être guéri. Alors pourquoi cette question qui peut sembler un peu bête ? Parce que même si nous pensons que Dieu sait tout et qu’il peut tout, il nous faut exprimer devant lui notre attente, notre désir profond. Dieu sait ce qu’il nous faut, je n’en doute pas ; mais est-ce que je désire bien ce que Dieu veut me donner ? Et est-ce que je crois qu’il peut le faire ? Exprimer clairement sa demande, c’est poser un acte de foi en la capacité de Jésus de faire ce que Bartimée lui demande. D’ailleurs Jésus le confirme quand il répond à Bartimée : Va, ta foi t’a sauvé. Au-delà de la guérison physique qu’il espérait, il reçoit en plus le salut. Il nous faut donc bien comprendre que ce qui est en cause, c’est la foi ! Rappelez-vous cette autre parole de Jésus : si vous avez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : “Transporte-toi d’ici jusque là-bas”, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible (Mt 17, 20). Cette page d’évangile nous invite donc à examiner deux choses. 

          La première : est-ce que je sais ce que j’attends de Dieu ? Si Dieu venait nous visiter en nous demandant ce qu’il peut faire pour nous, là, maintenant, aurions-nous la spontanéité de Bartimée, un cri du cœur, ou serions-nous comme Aladdin devant le génie de la lampe à nous gratter la tête pour savoir ce que nous pourrions bien lui demander ? Que demander qui ne soit ni présomptueux, ni totalement hors de question pour Dieu ? Cette question en cache une autre que j’exprimerais ainsi : est-ce que je connais suffisamment Dieu pour oser lui demander ce que je sais qu’il peut m’accorder ? Je suis convaincu que la réponse de Bartimée à la question de Jésus vient du fait qu’il connaît Jésus. Il a entendu parler de lui, de tout ce qu’il a déjà fait ; et Bartimée connaît bien Dieu. Il sait les signes avant-coureurs qui permettraient aux hommes de découvrir que le Messie est bien là, au milieu d’eux. Le prophète Isaïe en a donné quelques-uns : Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie (Is 35, 4-6). Tous ces signes posés par Jésus, Bartimée en aura entendu parler. Avant de le rencontrer et de s’égosiller pour être entendu par Jésus, il aura entendu que Jésus a déjà guéri un lépreux, un paralytique, un homme à la main desséchée, qu’il a chassé des démons en nombre, rendu à la vie la fille de Jaïre, guéri un sourd-bègue, un aveugle et un épileptique. Il ne lui en faut pas plus pour donner à Jésus le titre de Fils de David, l’un des noms annoncés par Jérémie : Voici venir des jours – oracle du Seigneur–, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice (Jr 23,5). La foi de Bartimée est grande ; bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) les signes dont il entend parler. Bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) en Jésus le Messie attendu. Il sait que Jésus peut pour lui ce qu’il a déjà fait pour d’autres. Il s’est préparé. Sommes-nous prêts à rencontrer le Christ ? 

La deuxième grande question que cet évangile nous pose découle de tout ce que je viens de dire : avons-nous suffisamment la foi aujourd’hui ? Savons-nous reconnaître la présence de Jésus au milieu de nous, aujourd’hui encore ? Car enfin, c’est la grande promesse du Ressuscité au jour de l’Ascension : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! Dans ce monde qui semble avoir chassé Dieu, sommes-nous encore capables de voir le Christ à l’œuvre ? Ou nous lamentons-nous que ce n’est plus comme autrefois, quand tout le monde allait de l’église ? Et surtout, à travers notre vie, donnons-nous le Christ à voir aux autres ? Sommes-nous assez croyants pour vivre en authentiques disciples du Christ, même si cela peut sembler plus difficile quand la foi n’est plus autant partagée qu’autrefois ? Osons-nous nous affirmer chrétiens, c'est-à-dire disciples de ce Christ qui s’est livré pour notre salut ?  Et partant de là, avons-nous bien conscience d’être déjà sauvé par le sacrifice en croix de Jésus ? Vivons-nous de ce salut que Jésus nous offre dès notre baptême ? 

Bartimée est un exemple pour nous. De lui, apprenons la puissance de la foi. De lui, apprenons qui est Dieu pour nous et ce qu’il peut pour nous. Avec lui devenons disciples de Jésus et suivons-le sur le chemin de notre vie, jusqu’au royaume où il nous invite. Amen.

samedi 19 octobre 2024

29ème dimanche ordinaire B - 20 octobre 2024

 Se faire serviteur.



(Jésus lavant les pieds de ses disciples, image du serviteur)


 


            Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Ceux qui aiment vérifier comment les autres évangélistes présentent une scène de la vie de Jésus auront découvert que seul Matthieu partage avec Marc une demande pour que Jacques et Jean puissent siéger l’un à droite et l’autre à gauche [de Jésus] dans la gloire. Une petite différence les oppose : alors que Marc attribue cette demande directement aux deux apôtres, Matthieu fait intervenir leur mère qui essaie de placer ses fils. Luc ne connait pas cet épisode. Il ne partage avec Marc et Matthieu que l’enseignement de Jésus sur le pouvoir et le service, quand les disciples se sont bien pris la tête. Luc situe ainsi cet enseignement durant le dernier repas de Jésus ; les disciples en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? (Lc 22,24). C’est donc bien l’enseignement de Jésus qui importe, plus que le contexte dans lequel cet enseignement est donné. 

            Ce qui est commun aux trois évangiles synoptiques, c’est que les disciples se disputent entre eux sur cette question. Que la mère de deux d’entre eux ose poser la question à Jésus, rend la demande touchante d’amour maternelle, même si cet amour est mal placé. Imaginez le pugilat possible si les autres mères l’avaient entendu ! Crêpage de chignon assuré, toutes les mères voulant que leur fils réussisse mieux que les autres ! J’aurais plutôt vu les apôtres en rire ; mais non, ils en veulent à Jacques et Jean, comme s’ils avaient poussé leur mère vers Jésus. En Marc, la colère des dix autres est plus légitime, puisque ce sont deux d’entre eux qui veulent prendre les premières places. Mais pourquoi cette colère ? Parce qu’ils ont osé demander ou parce qu’ils n’ont pas pensé à le faire avant eux ? Jésus semble aller dans ce sens quand il donne à tous sa leçon sur le service qui doit être la marque de fabrique de ses disciples. Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Pas de place pour les ambitieux qui ne cherchent qu’à commander aux autres dans le groupe des Douze, et partant de là, dans l’Eglise. Ceux qui occupent une quelconque fonction ne sont pas à regarder comme des chefs de parti ou d’état. Et ils ne doivent pas se comprendre ainsi. Le chemin synodal que le pape François préconise souligne ceci à sa manière. Et cette représentation ne concerne pas que les clercs. Toute personne qui occupe une fonction dans l’Eglise, même bénévole, doit la considérer avant tout comme un service. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. Il n’y a pas d’autre interprétation possible ; il n’y a pas de quoi pinailler. Dès que tu es en position de premier, de leader dans un groupe, tu dois te considérer comme le serviteur du groupe. Le service n’est pas une possibilité ; le service est la règle ! Personne ne commande ; tous servent ! 

            Ce n’est pas parce que le pouvoir serait mauvais ; ce n’est pas non plus parce que certains confondraient trop vite autorité et pouvoir, se plaisant à jouer aux petits chefs exécrables et exécrés. Non, la raison est d'abord d'ordre théologique. Nous devons nous faire serviteurs des autres parce que c’est ce que Jésus a fait. Comme le rapporte Matthieu, Marc et Luc, nous serons serviteurs car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Il l'illustrera par le geste du lavement des piedsLe disciple n’est pas au-dessus de son maître ; si le maître se fait lui-même serviteur alors même qu’il vient de Dieu et qu’il est Dieu, combien plus le disciple qui n’est pas Dieu doit-il imiter son maître et se faire serviteur à son tour. Ce n’est pas par humilité, ce n’est pas par goût de la simplicité ; c’est parce que Jésus lui-même vit ainsi son ministère d’autorité. Dès lors que tu travailles dans l’Eglise, de manière bénévole ou salariée, tu dois te considérer comme étant au service des autres. Et ceux qui bénéficient de ce service doivent les aider à vivre ce service positivement, non en les critiquant quand ils doivent faire preuve d’un peu d’autorité, mais en reconnaissant ce service et en entrant dans une attitude d’action de grâce pour celles et ceux qui se mettent à leur service ! La critique est facile, toujours ; la reconnaissance a plus de mal à venir au jour, mais elle est précieuse pour que tous puissent bien vivre ensemble, sans jalousie, sans crainte et sans désir de puissance. Le seul qui soit puissant dans l’Eglise, c’est Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. A lui seule la puissance et la gloire ! Tous les autres, quel que soit leur poste et leur titre, ne sont que des serviteurs. Même le pape se reconnaît comme le serviteur des serviteurs de Dieu. Dans l’Eglise, nous sommes tous appelés à nous reconnaître serviteurs de Dieu et serviteurs de nos frères et sœurs en humanité. C’est une affirmation dont nous devons faire notre réalité. 

            Ne jalousons pas Jacques et Jean qui ont osé demander à être l’un à la droite et l’autre à la gauche [de Jésus] dans sa gloire. Plutôt que de rejoindre les autres dans leur colère, osons les remercier d’avoir posé une question qui brûlait les lèvres de chacun. Leur audace nous a valu un enseignement clair. Puisqu’ils ont su changer de posture et se faire serviteurs à la suite de Jésus, le premier serviteur, mettons-nous à l’école du divin Maître. Devenons à notre tour serviteurs de Dieu, serviteurs les uns des autres. Amen.

samedi 12 octobre 2024

28ème dimanche ordinaire - 13 octobre 2024

 Quand le salut passe par notre humanité.



(Jésus et le l'homme riche, Source : Jésus et l'homme riche (Mc 10,17-31) | Au Large Biblique)





 

            Il a quelque chose d’attachant, ce jeune homme qui vient vers Jésus. Il nous ressemble tellement, pas méchant, cherchant quelque chose de plus dans sa vie. Il veut être sûr d’être sauvé. Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? En voilà un qui, pour une fois, ne veut pas piéger Jésus. Sa question est honnête et sincère. Il reconnaît en Jésus un maître de vie. Il est décidé à réussir. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que l’histoire soit belle et finisse bien ; et pourtant… 

            Avant de nous précipiter à la fin de l’histoire, il nous faut bien entendre la réponse de Jésus : Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. Quiconque connaît les commandements laissés par Moïse se sera rendu compte qu’il manque les premiers, ceux qui concernent Dieu : Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. Tu ne feras aucune idole. Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal. Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Voilà, avec ceux-là, la liste est complète. Jésus les aurait-il oubliés ? Pas lui, quand même ! Il n’arrête pas de parler de Dieu comme de son Père ; il nous invite à le prier en ce sens. S’il ne les donne pas, il doit y avoir une raison précise, et je la résumerai ainsi : notre salut ne passe pas seulement par l’amour que nous aurons pour Dieu, mais aussi (et peut-être surtout) par notre manière de l’exprimer à ceux que nous voyons et côtoyons. Autrement dit, c’est ton humanité qui te sauve ; c’est ton inhumanité qui te perdra. Il existe d’autres paroles de Jésus qui vont dans ce sens. Par exemple, Matthieu, chapitre 7, verset 21 : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Et pour ceux qui s’interrogent sur la volonté de Dieu, relisons toujours dans l’évangile de Matthieu le chapitre 25, versets 34-40 : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            L’enseignement de Jésus aurait dû satisfaire notre homme venu vers Jésus. En effet, il répond ainsi à Jésus : Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Il n’avait donc pas de crainte à avoir ; son humanité bien vécue, il n’y a pas à en douter, lui vaudrait en héritage la vie éternelle. La Loi est claire, la Loi est vécue par l’homme, la Loi sera appliquée par Dieu. Mais voilà, lui veut plus. Il ne lui suffit plus d’être juste humain et bon avec les autres. C’est pour cela que Jésus lui indique une voie supérieure : une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres. La réponse vaut pour lui, et pour tous ceux qui comme lui, veulent plus que simplement déployer toute leur humanité. Mais ce plus proposé par Jésus lui semble soudain inatteignable, irréalisable dans l’immédiat. Cela signifie-t-il qu’il ne sera pas sauvé ? Non, s’il continue à vivre les commandements, s’il continue à être humain, il sera sauvé par Dieu. Cet épisode nous montre qu’il y a des voies différentes, correspondant à différents caractères. Tout vendre pour donner aux pauvres n’est pas une obligation, c’est un plus, proposé à celui qui veut plus que ce que la Loi demande. Plutôt que de se réjouir de ce qu’il fait déjà, notre homme s’en va en pleurant, car il avait de grands biens. Et alors ? Ces grands biens ne sont pas un obstacle à son salut ; ils sont un obstacle à cette voie autre que lui propose Jésus, et qu’il ne se sent pas capable de suivre. S’il continue à vivre comme il l’a fait depuis sa jeunesse, il obtiendra ce qu’il cherche. Dieu ne pas va lui dire : parce que tu n’as pas été capable de vivre le plus que je te proposais, je ne veux plus te voir. Jésus dit seulement que c’est plus difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, mais il ne dit pas que c’est impossible, voire interdit ! Si la richesse te détourne de tes frères, c’est très compliqué ; elle ne t’achètera pas une place dans le royaume. Mais si ta richesse te permet de mieux faire vivre, d’être encore plus attentif aux autres, très bien. 

            Il nous faut alors encore entendre la fin de l’enseignement de Jésus, celui qu’il ne donne qu’à ses disciples, perplexes eux-aussi. Quand ils interrogent Jésus : Mais alors, qui peut être sauvé ?, Jésus dit : Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. N’est-ce pas une manière de nous dire : ne te préoccupe pas de cela, parce que ce n’est pas en ton pouvoir de décider ? Laisse Dieu être Dieu, et manifester sa miséricorde et son salut. Toi, vis ta vie, du mieux que tu peux. Le reste, c’est cadeau, cadeau de Dieu. Vis, vis bien avec les autres, n’écrase personne de ta superbe, et tout ira bien. Vis, car c’est là que Dieu t’attend, dans l’ordinaire de ta vie. Ton salut, c’est dans ton ordinaire qu’il grandit. Plus tu seras humain, plus tu seras saint. Alors vis, Dieu s’occupera du reste, tout simplement. Amen.