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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 27 janvier 2024

Célébration oecuménique - 28 janvier 2024

 Aime Dieu, aime ton prochain.






 

 

            Que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? Cette question d’un docteur de la Loi à Jésus semble sans doute désuète aujourd’hui à nombre de nos contemporains. La vie éternelle n’est pas le souci principal de nos frères et sœurs en humanité. Ce n’est pas qu’ils aient complètement rejeté Dieu, mais Dieu ne les passionne plus. L’indifférence face à Dieu entraîne l’ignorance de l’importance de la vie éternelle. Et je ne suis pas persuadé que pour ceux qui se disent chrétiens, et en la matière leur confession importe peu, la vie éternelle soit une question. De nombreuses enquêtes, réalisées années après années, montrent bien l’érosion de la foi en une vie après la mort, y compris chez les disciples du Christ.           

            Pourtant, je ne peux simplement oublier la question, parce que c’est bien cette question qui nous vaut tout le reste du récit évangélique que nous venons d’entendre. Sans cette question primordiale, il n’est pas de réponse concernant l’amour de Dieu et du prochain. Sans cette question, et le dialogue qu’elle entraîne, il n’y a pas de parabole du bon Samaritain. Puisqu’on ne peut évacuer la question, écoutons la réponse première de Jésus : Dans la Loi, qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? Autrement dit, Jésus renvoie l’interrogateur à son catéchisme. Tout croyant sait, ou doit savoir, ce qu’il faut faire pour avoir en partage la vie éternelle. La réponse jaillit en retour, claire et limpide : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. Il connaît sa leçon. Et nous la connaissons tous, je pense ici. Nous pourrions résumer sa pensée en deux mots : la foi (aimer Dieu) et la charité (aimer son prochain). Dit ainsi, cela semble soudain se compliquer. Aimer Dieu ne pose pas trop de difficulté en général ; mais aimer son prochain, voilà qui rend les choses plus difficiles. L’histoire de nos Eglises respectives en témoignent, en France particulièrement. S’aimer entre catholiques, ou s’aimer entre protestants, n’est déjà pas toujours évident ; mais s’aimer entre catholiques et protestants, voilà qui devient difficile. Je me souviens d’une époque pas si lointaine, au début de ce vingt-et-unième siècle, quand nommé curé d’un village catholique au milieu d’une terre historiquement protestante, je reçois avec stupeur la réaction des habitants de ce village et du village voisin, protestant lui, quand je leur ai annoncé que je serais le curé des deux villages : Comment cela curé d’ici et de là-bas ? C’est impossible, nous sommes villages ennemis ! Nous étions en 2001 ! Sans doute n’y avait-il pas que la dimension religieuse qui jouait dans cette affirmation, mais elle était importante dans ce secteur paysan. Des souvenirs lointains remontaient d’une époque où il fallait éviter qu’un champ catholique devienne protestant et vice-versa ! Il valait mieux se dire ennemi, éviter tout rapprochement pour conjurer cette possibilité ! Le diable se niche toujours dans les détails, n’est-ce pas ! 

            Je ne sais pas si l’homme qui interroge Jésus fait face à une situation semblable, mais voilà que sa réponse de catéchiste, bien que juste, ne lui suffit plus. Et qui est mon prochain ? La question qui semblait close est ainsi relancée. Plutôt que d’y répondre, Jésus raconte la parabole du bon Samaritain et inverse ainsi la question de son interlocuteur. Toute cette histoire ne nous dit pas qui est notre prochain, mais nous fait comprendre que nous avons à nous faire le prochain de quiconque a besoin de nous. Lequel s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? Si je veux faire un pas de plus, je peux, au regard du catéchisme énoncé (aime Dieu et ton prochain) et de l’inversion faite par Jésus, reformuler les questions ainsi. Qui est mon prochain ? deviendrait : Qui dois-je aimer ?  Et Lequel s’est montré le prochain de l’homme blessé ? peut s’entendre ainsi : Lequel a été aimé le plus par l’homme blessé ? Comprenez-vous pourquoi la charité est compliquée ? Parce qu’il ne s’agit pas tant d’aimer que de se faire aimer ! Comment je peux savoir que j’aime vraiment quelqu’un ? En général, il m’aime en retour ! L’amour vrai est toujours partagé. Nous aimons Dieu parce que Dieu nous aime ; nous aimons ceux qui nous aiment. Et nous savons que nous devons aimer aussi nos ennemis ; c’est l’enseignement constant de Jésus, en parole et en acte ! 

            Quand je m’interroge pour savoir de qui je dois me faire le prochain, je ne peux, dans une fidélité à l’enseignement de Jésus, que parvenir à cette réponse évidente : je dois me faire le prochain de tous ceux que Dieu met sur ma route, qu’ils soient de mon clan, de mon avis, de ma religion, de mon milieu socio-professionnel ou que sais-je encore ! Je dois, pour pouvoir me dire chrétien, aimer tout le monde, et particulièrement les petits, les exclus, les différents, les étrangers et la liste est encore longue à énumérer. Le pape François lui-même, en matière d’œcuménisme, nous invite à un œcuménisme de la charité, de la proximité. Le discours théologique sur l’unité des chrétiens, il est fait, dans l’Eglise catholique depuis le Décret Unitatis Redintegratio du Concile Vatican II. Ce que veut dire le pape, c’est que l’œcuménisme ne peut pas juste être une bonne idée dont on débat une fois par an. L’œcuménisme est à vivre et à faire vivre. Et la charité est le lieu le plus indiqué pour vivre quelque chose ensemble, par-delà nos différences. C’est même la charité que nous aurons les uns pour les autres, et ensemble pour tous ceux qui en ont besoin, qui montrera que nous sommes disciples de Jésus Christ ! Il nous faudra méditer souvent cet appel du Christ à aimer envers et contre tout, que saint Jean a magnifiquement rappelé lorsqu’il nous rappelle que nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu si nous n’aimons pas nos frères et sœurs en humanité. Je vous renvoie au chapitre quatre de sa première lettre, les versets vingt et vingt-et-un : 20 Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. 21 Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

 

            Je vais boucler la boucle pour en terminer ce matin. Pourquoi devons-nous aimer ? Parce que Jésus le demande, certes, mais aussi parce que nous avons le souci de l’autre, pas seulement pour ici-bas. Dans notre manière de nous faire le prochain des autres, nous devons aussi avoir à l’esprit leur vie éternelle, leur salut éternel. Disciples de Jésus Christ, marchant à la rencontre d’un Dieu Père qui nous attend en son Royaume, nous ne serions vraiment le prochain de celles et ceux qui ont besoin de nous, si nous n’avions pas aussi le désir de leur vie éternelle. Et à ceux qui se disent que si tous entrent au Paradis, nous serons trop serrés et que les autres nous prendront notre place, je veux juste dire qu’il sera plus facile d’entrer dans ce Royaume où Dieu nous attend, avec gravés dans notre cœur les visages de celles et ceux dont nous nous serons faits le prochain, qu’avec un cœur vide, gravé de notre seul visage. L’amour entre chrétien n’est pas négociable ; il est le signe que nous sommes réellement de cette Eglise que le Christ a voulu rassembler. L’amour pour tous n’est pas davantage négociable ; il est le signe que nous sommes réellement disciples de Celui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Amen.

  


samedi 20 janvier 2024

3ème dimanche ordinaire B - 21 janvier 2024

 La Parole de Dieu, Bonne Nouvelle pour notre salut !



(Le prophète Jonas, source internet : (1827) Pinterest)



 

 

 

 

            Ce dimanche est, par la volonté du pape François, le dimanche de la Parole de Dieu. Un dimanche pour réfléchir davantage à sa place dans notre vie. J’espère juste que cela ne signifie pas que le reste du temps, nous n’en avons rien à faire que Dieu nous parle ou pas. Après tout, chaque dimanche, nous entendons des extraits de cette Parole, et la réforme liturgique du Concile Vatican II nous a largement ouvert ce trésor. 

            Lorsque nous croisons le prophète Jonas, dans la première lecture de ce dimanche, on pourrait croire qu’il suffit que Dieu parle pour que les hommes se bougent. Après tout, n’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsque Jésus appelle ses premiers disciples ? Il leur dit : Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Aussitôt, souligne Marc, laissant leurs filets, ils le suivirent. Une parole est dite ; l’homme répond, aussitôt. Nous savons qu’il n’en est rien pour Jonas ; Dieu s’y est pris à deux fois, Jonas s’étant enfui loin de Dieu après le premier appel de Dieu. Jonas ne voulait pas remplir la mission que la Parole de Dieu lui avait attribuée. Nous savons tous, par expérience, qu’il ne suffit pas que quelqu’un nous dise quelque chose pour que nous nous exécutions immédiatement. La Parole de Dieu, nous avons beau savoir et confesser qu’elle est importante pour nous, ne nous met pas au garde-à-vous. 

            Pourtant, cette Parole est une parole bonne. Dieu ne nous parle pas mal. Sa Parole ne nous entraîne pas au Mal. Sa Parole est Bonne Nouvelle, en tous les cas, se veut Bonne Nouvelle pour toute l’humanité à qui Dieu s’adresse. Peut-être que des prédications trop moralisantes nous ont éloigné de cette Parole ! Peut-être que nous n’y retrouvions plus justement cet aspect de Bonne Nouvelle. Quand nous faisons perdre à la Parole de Dieu sa saveur, il ne faut pas s’étonner que les hommes la rejettent. Pour que cette Parole que Dieu adresse à temps et à contre-temps garde toute sa saveur, il faudrait peut-être que ceux qui la transmettent lui gardent sa bonté, les encouragements qu’elle nous offre. N’utilisons jamais, en prédication, en catéchèse, ou dans une conversation, la Parole de Dieu pour condamner, pour juger, pour exclure. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous rendre plus libres. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous éclairer. Quand Dieu nous parle, c’est pour notre salut. Quand Dieu nous parle, c’est pour établir une Alliance d’amour et de miséricorde avec nous. 

            L’Eglise, pour souligner l’importance de cette Parole dans notre vie, ne célèbre aucun sacrement sans lire ne serait-ce qu’un verset de cette Parole. A toutes les étapes de notre vie, qu’elles soient joyeuses ou tristes, l’Eglise fait retentir cette Parole pour que nous croyions à l’Evangile et que nous nous convertissions. Car c’est bien à l’écoute et à la méditation de cette Parole que nous pouvons changer notre cœur. Notre cœur ne se convertit pas sous la contrainte, mais par l’écoute d’une parole bonne et constructive, d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Il arrive que cette Parole soit dure à entendre, c’est vrai ; mais elle est toujours donnée pour notre bien. Quand Jonas consent finalement à parcourir Ninive en proclamant : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite, cette parole devient une bonne nouvelle, parce qu’elle laisse à chacun le temps (quarante jours, ce qui n’est pas rien !) pour changer, pour tourner son cœur vers Dieu. Et c’est bien ce qui se produit : Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. 

            N’abandonnons jamais cette Parole ! Entendons-la pour ce qu’elle veut être : Bonne Nouvelle pour notre Salut, même lorsqu’elle nous semble difficile. Dieu ne veut que notre bien ; Dieu ne veut que notre vie. C’est pour cela qu’il parle ; c’est pour cela qu’il a envoyé sa Parole faite chair au milieu de nous, en Jésus. Suivre Jésus, c’est vivre de cette Parole. Ecouter Jésus, c’est entendre cette Parole. Qu’elle nous mette en route à la rencontre de Dieu qui nous attend, pour que nous vivions avec lui dans la joie de son Royaume. Amen.

samedi 13 janvier 2024

2ème dimanche ordinaire B - 14 janvier 2024

Comment connaître Dieu ?



(Jean le Baptiste et l'Agneau, Détail du retable d'Issenheim - Musée Unterlinden - Colmar)




 

 

 

            Qu’ont en commun le jeune Samuel et les deux disciples de Jean le Baptiste qui vont se mettre à la suite de Jésus, à part bien sûr le fait d’être du même peuple que Dieu s’est choisi ? Ils vont chacun faire la connaissance de quelqu’un qui va bouleverser leur vie : Dieu pour le jeune Samuel, Jésus, le Christ, pour les deux disciples de Jean le Baptiste. Ils vont, à des siècles d’intervalle, connaître Dieu qui se révèle à eux. Connaître Dieu : n’est-ce pas notre désir, à nous qui nous rassemblons chaque dimanche pour écouter sa Parole et recevoir de lui les dons qu’il veut nous faire ? Mais concrètement, comment cela est-il possible ? Comment connaître Dieu ? 

            Pour le jeune Samuel, nous l’avons entendu en première lecture, Dieu lui-même l’a appelé. Mais cela ne rend pas les choses simples pour autant. Nous avons vu Samuel courir trois fois auprès du vieux prêtre Eli, pensant que c’était lui qui l’appelait et qui avait besoin de ses services. Il nous manque quelques versets que la liturgie dominicale n’a pas retenu pour comprendre la méprise de Samuel. En effet, dit le texte biblique manquant, la parole du Seigneur était rare en ces jours-là et la vision peu répandue. Comment Samuel, encore enfant, aurait-il pu identifier Dieu, puisque Dieu lui-même parait peu ? Le même texte dit, un peu plus loin (cela, nous l’avons entendu) : Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. Il n’y a donc pas de faute de la part de Samuel. La présomption qu’il fait : c’est Eli qui m’appelle, est totalement justifiée. Le vieux prêtre Eli aurait-il pu savoir ? Sans doute ; d’ailleurs il finira par comprendre que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et c’est lui qui donnera à Samuel la bonne réponse à apporter si jamais il entendait encore quelqu’un l’appeler : Va te recoucher et s’il t’appelle, tu diras : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Quand on ne connait pas Dieu, quand on n’a jamais entendu la voix de Dieu, il faut quelqu’un pour nous aider à comprendre que c’est Dieu qui nous parle. Il faut quelqu’un pour nous apprendre à répondre à Dieu. Et ce qui vaut pour Samuel, vaut pour chacun de nous : nous devons être attentifs à la Parole du Seigneur, et être prêts à lui répondre. 

            Pour les disciples de Jean le Baptiste, la démarche est un peu différente. Ils sont déjà croyants en Dieu ; ils suivent Jean le Baptiste dont ils ont reçu le baptême. Avec leur maître, ils attendent celui qui doit venir. Ils ne savent pas qui, ni quand, mais ils font confiance à leur maître. Aussi, quand Jean leur annonce, en voyant Jésus : Voici l’Agneau de Dieu, ils ne se posent pas beaucoup de questions. Ils se mettent en route, ils suivent Jésus. Il a suffi d’une parole mystérieuse de Jean pour qu’ils suivent Jésus. Remarquez leur prudence toutefois. Ils ne s’élancent pas vers Jésus ; ils ne l’apostrophent pas : attends-nous ! Ils ne font même pas comprendre à Jésus qu’ils le suivent. Je crois qu’ils sont surtout curieux ; ils suivent, quelques pas en arrière. C’est Jésus qui remarque qu’il est suivi et qui les interroge. C’est Jésus qui les invite à faire un pas de plus : Venez, et vous verrez. Et de ce jour, ils ne le quitteront plus : ils restèrent auprès de lui ce jour-là. L’un d’eux, André, le frère de Simon-Pierre, va encore plus loin après ce premier jour. Il trouve Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et il amena son frère à Jésus. Qu’a-t-il vu auprès de Jésus pour comprendre qu’il est le Christ, et pour risquer son frère dans l’aventure ? Nous ne saurons jamais. Mais cela nous dit quelque chose de notre rôle à nous aujourd’hui : nous avons, comme André, à témoigner de ce que nous trouvons auprès de Jésus. Il n’y a pas de réponse unique que je pourrais vous donner maintenant et qu’il suffirait de répéter. Non, c’est l’expérience personnelle de chacun, sur une parole de foi donnée (Voici l’Agneau de Dieu), qui nous permet de mieux connaître Jésus et de le faire connaître. Si Jean le Baptiste n’avait rien dit, il ne se serait rien passé. Si Jean le Baptiste avait retenu ses disciples, il ne se serait rien passé ce jour-là. Si André n’avait pas suivi et vu quelque chose en Jésus, il n’aurait pas appelé son frère. Ça ne veut pas dire que Simon ne serait jamais venu à Jésus ; ça veut juste dire que cela se serait fait autrement. Ne sous-estimons pas le rôle que nous avons à jouer auprès de nos familles, de nos amis, dans nos quartiers. Si personne ne parle de Dieu au monde d’aujourd’hui, comment ce monde connaîtra-t-il l’amour et la miséricorde de Dieu ? 

            Nous sommes tous le André de quelqu’un qui nous révèle un peu plus Jésus ; nous sommes tous le André de quelqu’un qui a besoin de notre parole pour lui révéler Jésus et l’amener à lui. Nous avons tous à connaître toujours mieux Jésus, à être curieux de lui ; nous avons tous à témoigner de lui, à la mesure de ce que nous connaissons, à la mesure de ce que nous vivons avec lui. C’est ainsi que nous connaîtrons Dieu ; c’est ainsi que nous le faisons connaître. Car Dieu a voulu avoir besoin de nous pour parler de lui ; Dieu a voulu avoir besoin de nous pour témoigner de lui et mener nos frères en humanité à lui. En faisant ainsi, l’humanité retrouvera le goût de Dieu, le goût d’une vie plus grande. Quand Dieu lui parlera, elle deviendra la servante qui écoute. Commençons et le monde suivra. Amen. 


vendredi 5 janvier 2024

Epiphanie de notre Seigneur - 7 janvier 2024

 Avons-nous besoin des mages ?




 (Enluminure du Frère Jacques)

 

 

 

 

            Nous aimons tous la fête de l’Epiphanie, ne serait-ce qu’à cause des galettes que nous partageons à l’occasion de cette fête. Nous n’oserions même pas imaginer le temps de Noël sans cette fête. Ceci n’’empêche pas que nous posions la question : avons-nous besoin des mages ? Pour le dire autrement, que nous apprennent-ils qui soit si essentiel à la compréhension du mystère d’un Dieu qui se fait homme ? 

            Pour commencer, ils nous apprennent que le salut est désormais ouvert à tous. Jusque-là, il fallait appartenir au peuple que Dieu s’était choisi pour espérer être sauvés. Cela est rappelé par tous les textes de la Première Alliance. Mais ces mêmes textes attribuaient au peuple de Dieu un devoir d’exemplarité. Dieu s’est choisi un peuple particulier pour que tous les peuples, en le voyant vivre, parviennent à la foi et au salut, en intégrant ce peuple. Le prophète Isaïe s’en fait l’écho dans la première lecture de ce jour : Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi. Nous avons une trace de cette manière de comprendre le salut dans le Nouveau Testament, dans les Actes des Apôtres pour être exact. Quand des non-juifs deviennent chrétiens, certains insistent pour que ces derniers se voient imposer la circoncision, sinon ils ne pourront pas être sauvés. La jeune communauté chrétienne discutera de cette question lors de l’assemblée de Jérusalem qui décidera que cette étape est non-nécessaire, le salut étant désormais donné par la mort et la résurrection de Jésus. Et Paul insistera dans plusieurs de ses écrits pour dire que la Loi est désormais dépassée, rendue inutile à cause de Jésus. Ce que les jeunes chrétiens découvriront après la mort et la résurrection de Jésus, les mages l’annoncent dès sa naissance. Il n’y a plus de frontière à l’amour de Dieu ; Dieu aime tous les hommes, et le salut est offert à tous par Jésus. 

            La deuxième chose que nous apprennent les mages, c’est qu’il faut sortir, se déplacer, se mettre en route. Ils ne sont pas du coin, ils ont fait une longue route pour venir jusqu’à cet endroit humble de Bethléem. Ils ont laissé ce qui faisait leur vie pour cette unique recherche : voir le roi des Juifs qui vient de naître. Ils sont comme ce chercheur de perles dont parlera Jésus dans une de ces paraboles ; ayant trouvé la perle rare, il vend tout pour acquérir cette perle unique. C’est ce que les mages nous invitent à faire par leur exemple. Il nous faut considérer le Christ comme le trésor de notre vie, qu’il nous faut chercher, trouver et garder. Il nous faut renoncer au « on a toujours fait comme ça » et au « on n’a jamais fait comme ça » pour nous approcher de Jésus. Jamais nous n’avions vu de Dieu fait homme ; et pourtant, en Jésus, Dieu l’a fait. Jamais on n’avait cherché le roi des Juifs hors de Jérusalem ; et pourtant, c’est hors de Jérusalem que les mages l’ont trouvé. Ils avaient commencé par faire comme tout le monde ; ils sont allés au palais du roi. Mais ils ont appris aussi à ne plus passer par là, à laisser ce chemin qui ne les a menés à rien, pour prendre un nouveau chemin après avoir visité l’Enfant-Dieu à la crèche. Avec les mages, nous apprenons à nous dérouter. Avec les mages, nous apprenons que d’autres chemins sont possibles, d’autres chemins sont porteurs de vie, tant qu’on les emprunte en suivant la lumière donnée par Dieu, cette étoile qui les guide devant l’Enfant. 

            Enfin, la troisième chose que les mages nous apprennent, c’est que les étrangers ne sont un danger que pour ceux qui veulent les voir ainsi. Hérode prend peur à cause de ces mages et de ce qu’ils lui apprennent. Il prend peur à cause d’un nouveau-né, dont il ignore tout mais dont il craint tout, au point de décider qu’il vaudrait mieux que cet enfant meurt. Et si pour être sûr que le bon est mort, il n’hésitera pas à supprimer tous les nouveau-nés. Ce sera le massacre des Saints Innocents. Marie et Joseph, eux, ne craignent pas ces mages étrangers aux cadeaux curieux et surprenants. Les mages nous apprennent par la même occasion que l’étranger ne nous enlève rien ; il ne nous prend rien. Au contraire, il nous enrichit de lui, de sa différence, de sa manière d’être et de vivre. Par leurs cadeaux, dont la Tradition dit qu’ils annoncent la nature de cet enfant et son avenir, ils nous ouvrent à une intelligence plus grande du mystère de la nuit de Noël. Ayons le cœur assez grand pour accueillir celui qui est différent de nous. Ayons l’intelligence assez fine pour reconnaître ce que l’étranger peut nous apporter. Dieu lui-même s’est fait immigré en venant dans notre monde. Ne passons pas à côté du salut qu’il nous offre parce que celui qui le propose est étranger à notre monde ! Dieu a eu la bonté de venir à nous ; ayons la bonté de l’accueillir à travers le frère, différent, qui frappe à notre porte.              

            Heureux mages qui ont vu l’étoile se lever et qui ont su se mettre en route pour aller à la rencontre de l’Enfant-Dieu ! Heureux serons-nous de la voir nous-aussi se lever ! Heureux serons-nous de nous mettre en route à la rencontre de Dieu. En sortant de nos habitudes, en étant attentifs aux frères différents, étrangers, nous ne risquerons pas de nous perdre ; nous parviendrons à la crèche, nous adorerons notre Dieu et nous serons sauvés. Pour cela, rendons grâce à Dieu d'avoir mis les mages sur notre route. Amen.