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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 23 novembre 2019

Christ Roi de l'univers - 24 novembre 2019

Roi sur la croix, Roi pour la Vie.






En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Eglise récapitule toute l’histoire de Jésus dans cette belle solennité du Christ Roi de l’univers. Elle nous permet de reprendre tout ce que nous avons vécu durant cette année de compagnonnage avec Jésus. Des quatre textes entendus, deux sont particulièrement significatifs de cette récapitulation de l’histoire : la deuxième lecture et l’Evangile. En cette année, nous clôturons ainsi les dimanches avec la relecture d’un extrait de la Passion selon Luc (Jésus en croix entouré des deux larrons) et ce bel hymne de l’épître aux Colossiens. 

Il peut sembler surprenant de finir l’année liturgique par un épisode de la Passion. Certains peuvent penser que, célébrant le Christ Roi, la puissance de la résurrection eut mieux convenu. Un roi ne se doit-il pas d’être puissant, majestueux, imposant respect et crainte à ses sujets ? Jésus en croix n’est ni majestueux, ni puissant (il va mourir), ni sujet d’un grand respect de la part de ceux qui sont au Calvaire, à regarder l’événement. Cloué en croix, Jésus ne fait plus peur à personne ; il suffit d’observer les réactions de tous ceux qui ont contribué à ce moment de l’histoire de Jésus : Les chefs tournaient Jésus en dérision… les soldats aussi se moquaient de lui… un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le respect dû à un roi en prend un coup ! Et j’ose à peine mentionner le fait que Jésus est suspendu en croix, nu comme un ver ! Le déshonneur est total, l’abaissement à son comble ! En matière d’irrespect, l’homme ne peut tomber plus bas. Pourtant, nous dit la liturgie, c’est là sur la croix, que Jésus se révèle le mieux le roi de l’univers. Si pour ces adversaires, sur la croix, Jésus meurt, pour nous qui avons une vue plus globale de l’histoire, sur la croix, Jésus combat le Mal ; sur la croix, Jésus se bat pour les hommes ; sur la croix, se dessine déjà le royaume à venir. Le second larron semble l’avoir saisi mystérieusement, lui qui reprend son complice dans le crime : Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste ; après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. Et s’adressant à Jésus, il ajoute : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Ça ne s’invente pas ! Soit vous avez la révélation de Dieu du mystère qui se joue, et avec celui que la tradition appelle désormais le bon larron, vous reconnaissez sur la croix déjà la gloire à venir de Jésus ; soit vous n’avez pas de révélation, et avec les chefs, les soldats et l’autre larron, vous vous moquez de Jésus. Il n’y a pas d’autre voie possible. 

Si vous appartenez à ceux qui reconnaissent déjà la gloire du Christ lorsqu’il est en croix, alors vous rejoignez tous ceux qui, depuis Paul, chantent l’hymne de l’épître aux Colossiens. Elle récapitule la foi chrétienne qui est louange au Père et au Fils sous la conduite de l’Esprit Saint qui a fait comprendre à Paul le mystère de la rédemption. Paul reconnaît l’œuvre du Père, qui par son Fils, offre le salut à tous les hommes. Notre rédemption renvoie à la coutume du rachat qui, dans la tradition juive, oblige un homme, au nom des liens du sang, à se porter garant de la liberté d’un membre de sa famille, qui se trouve dans une situation d’endettement ou d’esclavage. C’est bien la situation des hommes lorsqu’ils vivent sans Dieu. Ils sont endettés par le péché, réduit par lui en un esclavage dont ils ne peuvent se sortir eux-mêmes. Jésus, par sa croix, nous rachète à grand prix. Il se porte garant de nous, affirmant ainsi que nous sommes de son sang, de sa famille. Il se fait notre frère en humanité, lui qui est l’image du Dieu invisible. L’hymne s’achève par le rappel de la grandeur de Jésus, sa royauté, puisque toute la création trouve en lui son origine : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre… en lui tout est réconcilié… en lui, par le sang de sa croix, la paix est faite, sur la terre et dans le ciel. N’est-ce pas là ce que devrait être l’œuvre d’un roi : assurer la vie et la paix de ses sujets ? Tout cela Jésus le fait par l’offrande de sa vie. La préface de ce jour le chante admirablement : Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la croix en victime pure et pacifique pour accomplir les mystères de notre rédemption. Il n’y a pas, pour Jésus, d’autre manière d’être roi que de se faire le serviteur du salut de tous par la croix. Celui qui, avant sa mort, invitait ses disciples au service par le signe du lavement des pieds, leur donne, sur la croix, l’exemple du service parfait, le service qui sauve le monde, l’amour donné jusqu’au bout. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Là est la vraie royauté, la vraie dignité d’un homme. 

Toute notre année liturgique nous aura conduit là, à la découverte que Jésus veut régner sur nos vies, non à la manière d’un tyran, mais à la manière d’un serviteur qui veut le meilleur pour nous : il devient ainsi notre vie, notre sainteté, notre paix, et nous pouvons vivre dans sa grâce, dans sa vérité, dans sa justice et dans son amour largement répandu. Après tant d’amour manifesté pour nous, nous aurions mauvaise grâce à ne pas le célébrer aujourd’hui comme Roi de l’univers. Réjouissons-nous d’être de la famille d’un tel roi et proclamons au monde les merveilles qu’il a faites pour le salut de tous les hommes. Amen.




samedi 16 mars 2019

02ème dimanche de Carême C - 17 mars 2019

Et nous, quand verrons-nous Jésus transfiguré ?




Il y a des moments où je regrette de n’avoir pas vécu à la même époque que Pierre, Jacques et Jean. Et même des moments où je regrette même de n’avoir pas été l’un d’eux. Imaginez : être choisi par Jésus pour vivre un moment unique comme celui de la transfiguration ! Quelle chance ! Comment ne pas sentir sa foi en Jésus être renforcée ? Comment ne pas redescendre de la montagne heureux et fort ? Mais bon, vous comme moi, c’est en 2019 que nous vivons et cet épisode est loin maintenant. Nous en gardons le souvenir par les évangélistes qui ont rapporté ce que ces trois-là leur ont confié plus tard. Alors, sommes-nous définitivement privés de voir la gloire de Dieu de notre vivant ? 

Certains affirmeront : ça va venir, mais plus tard, sous-entendant que cette expérience est unique et ne se fera pour nous que par-delà la mort. Selon eux, nous ne pouvons pas, ici-bas, contempler la gloire de Dieu. S’il est vrai que nous ne connaîtrons Dieu parfaitement que lorsque nous serons appelés à vivre pleinement auprès de lui, il n’est pas vrai de dire ou de croire qu’une expérience comme celle que font Pierre, Jacques et Jean n’est pas pour nous, dès ici et maintenant. Au contraire, il n’y a pas de meilleur moment, ni de meilleur lieu que celui où nous sommes, pour vivre justement la même expérience. 

A chaque eucharistie, en effet, Jésus nous emmène, comme jadis Pierre, Jacques et Jean, sur la montagne, pour prier, c'est-à-dire pour faire une rencontre avec Dieu. L’espace sacré du chœur est ce lieu de la montagne où Dieu se révèle à nous dans sa parole lue et commentée ; il se révèle à nous également dans le pain et le vin de l’Eucharistie où sa gloire se donne en partage pour notre salut. Nous y sommes invités par le Christ, pour prier. Non pas pour faire nos dévotions personnelles, mais pour prier de la prière même de Jésus, la prière de l’Eglise qui s’unit au Christ pour rendre à Dieu la gloire qui lui revient. Au cours de la messe, nous rencontrons Dieu, seul et en Eglise. Quelquefois nous sommes comme Pierre, Jacques et Jean, accablés de sommeil, ne comprenant pas bien ce qui se passe ; mais quelquefois, nous sommes aussi comme Pierre et ses compagnons, résistant pour rester éveillé, et comprenant que quelque chose d’extraordinaire et de grandiose se joue ici. 

Oui, ici et maintenant, nous pouvons contempler la gloire du Christ ; oui, ici et maintenant, nous pouvons rencontrer Dieu lui-même qui nous redit comme jadis : celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Et lorsque nous prenons à cœur d’écouter cette parole, nous pouvons nous sentir transportés, proches de Dieu lui-même. N’avez-vous jamais eu chaud au cœur en entendant telle parole d’Evangile qui vous rejoignait particulièrement dans votre existence ? N’avez-vous jamais eu l’envie de prolonger ce cœur à cœur avec Dieu alors que tous quittaient l’église pour s’en retourner chez eux ? Je ne dis pas que cela se produit à chaque fois, mais de temps en temps, quand je suis bien disposé, bien attentif, quand je me laisse guider par le Christ lui-même ; alors sa parole me touche, alors sa parole me concerne, alors sa parole me convertit.

Oui, comme je comprends Pierre qui veut prolonger ce moment à contempler la gloire de Dieu ! Comme je comprends son envie de rester là, en dressant des tentes : on est si bien auprès de Dieu. Mais nous le savons, la gloire de Dieu nous est révélée pour que nous en témoignions. Les disciples devaient garder le silence parce que cette expérience ne prendra sa pleine force qu’après Pâques, quand le Ressuscité se manifestera pour raffermir ses disciples. Au moment de la Transfiguration, ils ont un avant-goût de ce que sera la gloire du Christ, après son passage par la croix et son retour vers le Père. Mais nous qui vivons en 2019, nous n’avons pas à nous taire ; au contraire, il nous faut témoigner de ce Jésus, mort et ressuscité pour notre vie, mort et ressuscité pour la vie du monde. Comment ne pas partager ce que nos cœurs croient, ce que nos yeux voient de la gloire du Christ à l’œuvre dans notre monde. Je veux bien admettre qu’en ces temps qui sont les nôtres, où des révélations sordides succèdent à d’autres toutes aussi sordides, nous ayons du mal à contempler cette gloire ; mais je veux admettre aussi que le péché de quelques-uns ne saurait ternir la fidélité des autres, bien plus nombreux. L’Eglise reste sainte quand bien même les pécheurs y seraient les plus nombreux. 

En sortant de cette église, nous ne serons peut-être pas tous transportés par ce qui aura été vécu ici, mais tous, nous pourrons avoir la certitude que Dieu lui-même nous a approchés, qu’il nous a parlés et qu’il nous a nourris. De tous, il a fait des citoyens des cieux appelés à une vie plus grande, plus belle. Puissions-nous ne pas être accablés de sommeil, mais garder au cœur ce que nous aurons vu et entendu, en fidèles ouvriers de l’Evangile. Amen.


(Dessin de Coolus, Le lapin bleu, Blog en lien)



samedi 5 août 2017

Transfiguration du Seigneur A - 06 août 2017

La transfiguration, révélation de notre nature véritable.





Est-ce l’air pur de la haute montagne qui trouble la vision des Apôtres ? Ont-ils consommé quelque champignon hallucinogène en accompagnant Jésus ? Ou la transfiguration, cette révélation prématurée de la gloire de Jésus, est-elle pour eux une réalité ? Si l’Eglise a fait de cet événement une fête, c’est qu’il doit bien avoir existé ! Pierre ne s’en fait-il pas l’écho dans la seconde lecture entendue lorsqu’il affirme que ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur ? Partant de là, que signifie cette fête ? Quel impact a-t-elle dans notre vie ? 
 
La transfiguration est d’abord un événement qui concerne Jésus. C’est sa gloire qui est révélée, c’est une parole le concernant qui se fait entendre. Tout tourne autour de sa personne et de la compréhension que nous pouvons avoir de sa mission. La présence de Moïse et d’Elie le situe bien dans la lignée des envoyés de Dieu ; elle le situe même à une place particulière : celui qui accomplit parfaitement la Loi (représentée par Moïse) et les Prophètes (représentés par Elie). Nous ne saurions dire mieux le lien qui unit Jésus à Dieu ; nous ne saurions dire mieux la mission qui est celle de Jésus : récapituler toute l’Histoire de l’humanité, récapituler toute l’Alliance pour la mener à son achèvement. La parole qui vient de la nuée (signe de la présence de Dieu lui-même dans l’Ancien Testament) vient renforcer encore la révélation de la gloire de Jésus : il n’est pas qu’un prophète parmi les autres, il n’est pas qu’un nouveau Moïse, il est le Fils bien-aimé de Dieu, celui en qui Dieu lui-même trouve sa joie. Pour Pierre, Jacques et Jean, le doute n’est plus permis ; ils savent désormais avec certitude qui est Jésus. Nous comprenons aussi alors pourquoi Jésus leur impose le silence : ce privilège qui est le leur ne saurait être interprété justement par les autres s’il était révélé avant le mystère de la croix. Jésus ne peut être révélé aux hommes comme Fils de Dieu avant sa mort en croix. Sa mort sera sa parole la plus puissante et la plus vraie sur sa réalité divine. Ces trois Apôtres ont bénéficié d’une grâce particulière pour qu’ils s’en souviennent quand viendront les événements douloureux et déconcertants de la Passion. Ils auront à affermir leurs frères dans la foi lorsque tout semblera perdu. 
 
Si la transfiguration est un événement qui concerne Jésus, il n’en est pas moins vrai que cette révélation nous concerne tous. Si elle est une annonce prématurée de la gloire de Jésus, elle est aussi une annonce prématurée de la gloire qui est la nôtre ! La transfiguration est notre vocation, ce à quoi nous sommes destinés par le baptême. N’oublions jamais que le baptême fait de nous des fils et des filles de Dieu, appelés à vivre de la sainteté de Dieu. La gloire de Jésus est notre gloire. Comme l’affirme saint Basile, l’homme est une créature qui a reçu l’ordre de devenir Dieu ! Nous ne pouvons pas vivre comme si le baptême n’avait pas profondément marqué notre nature humaine. Nous ne pouvons pas vivre dans l’ignorance de la gloire qui est la nôtre. Notre vie a un but : la gloire du ciel. Notre vie de baptisés nous révèle ce que nous sommes profondément par appel de Dieu : fils du Très-Haut, frères de Jésus Christ, appelés à vivre de sa vie, appelés à partager sa gloire. Ce n’est pas rien ; il fallait bien une fête pour nous le rappeler. La parole de Jésus adressées à ses Apôtres : Relevez-vous et soyez sans crainte, nous pouvons alors la comprendre dans un sens pascal. Relevez-vous, c’est-à-dire ressuscités à cette vie nouvelle, à cette vie de gloire : n’ayez pas peur de ce que vous êtes, n’ayez pas peur de l’appel de Dieu à partager sa gloire. Relevez-vous, n’ayez pas peur de vous laisser libérer de la mort et du péché. Il y a une vie au-delà de la mort ! Il y a une vie au-delà du péché ! Laissez-moi vivre en vous ! 
 
Avez-vous compris l’impact de cette fête sur notre vie ? Elle nous invite à nous élever à la hauteur de Dieu ; elle nous invite à vivre selon notre vocation baptismale. Nous ne sommes pas faits pour la fange du péché ; nous ne sommes pas faits pour la mort et les ténèbres de l’oubli. Nous sommes faits pour la gloire de Dieu. Nous sommes faits pour une vie marquée du sceau de l’éternité. Si nous l’avions oublié, la fête de ce jour vient heureusement nous le rappeler. Demandons à Dieu la grâce de vivre selon son appel ; demandons la grâce de devenir toujours plus ce que nous sommes déjà : le corps du Christ, vainqueur du péché et de la mort. Amen.

(Tableau de Fra Angelico, La Transfiguration)

dimanche 12 mars 2017

02ème dimanche de Carême A - 12 mars 2017

A cause de son projet à lui et de sa grâce !




Reconnaissons-le : il y a, dans la présentation que certains peuvent faire du Carême, une notion qui peut nous décourager si elle est mal comprise, la notion d’effort à faire. Aussi loin que je me souvienne, chaque année, les catéchistes nous parlaient des efforts à faire, des choses dont il fallait se priver, d’un truc à trouver pour montrer vraiment que nous voulions être amis de Jésus. Le plus décourageant, c’est que, quel que soit l’effort choisi, il semblait ne jamais suffire, puisqu’il fallait sans cesse recommencer, en trouver un autre l’année suivante. Cela semblait un cercle infernal, sans fin. Est-ce mon effort qui n’est pas bon ou bien Dieu qui est difficile à satisfaire ? Comment sortir de cette impasse ? 
 
Cela m’aura pris du temps pour trouver une issue et laisser là les improbables efforts de Carême. Il aura simplement fallu que je comprenne que Jésus n’attendait pas tant de moi que je renonce à des choses, mais plutôt que je fasse le bon choix. Et le bon choix, c’est lui. Tant que vous regarderez ce que vous devez quitter pour plaire à Jésus, vous serez dans une impasse. Mais dès lors que vous regardez Jésus que vous gagnez, tout le reste ne vous semble que des balayures, des riens que vous laissez volontiers pour ce trésor qu’est l’amour du Christ pour vous. Autrement dit, et pour être vraiment clair, Dieu n’attend pas d’abord des preuves de notre amour pour lui, mais plutôt une preuve que nous nous laissons aimer de lui, que nous accueillons son amour dans nos vies. N’est-ce pas là ce qu’explique Paul à Timothée lorsqu’il écrit que Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ? Ce qui est premier, ce ne sont pas nos efforts, mais l’amour de Dieu pour nous, le projet d’amour que Dieu porte pour chacun. Quiconque a découvert ce projet pour lui ne peut résister ; il se laisse embarquer par Dieu, il se laisse saisir par son amour ; et ce qui semblait effort irréalisable auparavant, devient réponse amoureuse à un projet qui nous dépasse et qui nous conduit à la joie véritable. 
 
Regardez Abram lorsqu’il est choisi et appelé par Dieu. Nous ne savons rien de lui lorsque Dieu l’appelle, ni son âge, ni sa vie antérieure. Nous ne savons pas s’il a été bon, ni ce qu’il fait pour gagner sa vie. Nous ne savons même pas s’il connaissait Dieu, s’il avait l’habitude de converser avec lui. Nous savons juste que Dieu est à l’initiative d’une rencontre, à l’initiative d’un projet, et qu’Abram se lance, sans poser de question. Il ne sait pas où il doit aller, ni pourquoi la bénédiction de Dieu ne peut se réaliser que là-bas, ailleurs, au loin. Après tout, il aurait pu objecter que l’endroit où il vivait n’était pas mal non plus, et que si Dieu voulait le bénir, il pourrait bien le faire ici, où il a toute sa famille, toute sa parenté, toute sa vie. Mais voilà, quand Dieu saisit Abram, toute la vie de celui-ci est désormais en Dieu, et son bonheur ne pourra être que dans la réalisation du projet que Dieu porte pour lui. Et si pour cela il faut partir, eh bien Abram part. il renonce à tout son passé pour un avenir fait de promesses. 
 
C’est cela le temps du Carême : une mise en route par Dieu vers l’accomplissement d’une promesse. Et cette promesse n’est rien moins que notre vie, notre bonheur, notre avenir. En suivant Dieu, en nous laissant aimer de lui, nous ne quittons rien, nous ne perdons rien ; nous gagnons tout ! Et c’est cela qu’il nous faut comprendre. Dieu nous offre tout dès lors que nous répondons oui à son appel. Dieu nous offre sa vie dès lors que nous lui faisons une place dans la nôtre. En vivant avec Dieu, nous comprendrons vite  qu’il y a des choses d’avant qui ne sont pas à leur place, et nous les abandonnerons, volontiers et sans effort, parce que ce que nous gagnons est bien plus fort que ces choses, bien plus beau, bien plus apte à remplir notre vie et lui donner sens. 
 
N’est-ce pas l’expérience que font Pierre, Jacques et Jean au jour de la transfiguration ? Juste avant cet épisode, Jésus avait annoncé à ses disciples qu’il allait être livré et condamné à mourir. Il avait aussi annoncé à ses amis qu’il leur faudrait prendre à leur tour leur croix et le suivre (les fameux efforts à faire !). Peut-être les a-t-il senti désorientés, un peu perdu devant tant de choses à digérer. Alors, l’espace d’un instant, à trois d’entre eux, il se révèle tel qu’il est depuis toujours et tel qu’il sera pour toujours : dans la gloire de Dieu lui-même. A ceux à qui il vient de demander de prendre leur croix, il révèle le but, ce qu’ils ont à gagner à le suivre sur ce chemin certes exigeant : rien moins que la vie dans la gloire avec le Christ, leur maître. Je ne dis pas que cela rend la croix plus supportable, mais cela éclaire d’un jour nouveau le chemin à parcourir ; cela donne de la force et de l’espérance dans les difficultés. Cela redit le projet de Dieu pour tous et pour chacun et nous rappelle qu’il nous donne la grâce nécessaire pour le réaliser. 
 
Ne faisons donc pas des efforts de carême pour faire des efforts de carême ; mais faisons une place plus grande au Christ qui vient nous sauver. Accueillons sa grâce, accueillons sa vie en nous et nous n’aurons plus qu’une envie : lui laisser toute la place nécessaire pour que ce ne soit plus nous, ni le Mal, ni nos passions, mais lui qui vive en nous, aujourd’hui et toujours. Parce que tel est son projet à lui, tel est son amour pour nous. Amen.

lundi 26 décembre 2016

Nuit de Noël - 24 décembre 2016

Quand Dieu se fait migrant...




En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Ainsi est planté le contexte de la fête qui nous réunit en cette nuit : la vanité d’un homme voulant connaître le nombre de ses sujets. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem… Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Quand on sait l’état des routes, les dangers des voyages, et l’absence de transport confortable, c’est une folie que de jeter sur la route une femme enceinte. Marie et Joseph se plient à la volonté d’un homme comme ils se sont pliés, quelques mois plus tôt à la volonté de Dieu. Ils font ce que l’on attend d’eux. Et Dieu se fait ainsi migrant ! 
 
Or pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. On aurait pu s’attendre à quelque chose de plus glorieux pour la naissance du Fils de Dieu. Nous n’aurons rien de plus que la vanité d’un homme, la difficulté à trouver un peu de place, et une mangeoire. Quel palais pour le Fils du Très-Haut ! Celui qui doit sauver le monde, Jésus, naît pauvre parmi les pauvres. Et les premiers visiteurs ne sont que des bergers, le bas du bas de l’humanité, rameutés par un ange du Seigneur. Et pourtant, quelle fête ! 
 
A relire l’évangile de Luc, il ne semble pas que le contexte soit un obstacle à la joie de la naissance. Même le ciel est en fête : Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime. Dieu lui-même se réjouit de cette naissance et c’est bien assez. Les hommes auront tout le temps de se réjouir quand cet enfant, devenu grand, accomplira le salut promis. En Jésus, Dieu se fait migrant, quittant le trône de sa gloire pour partager notre humanité la plus simple. Il ne quitte pas la gloire du ciel pour la gloire d’un palais, mais pour la vie la plus ordinaire qui soit, avec son lot de joies et de peines. Une humanité pleinement assumée. C’est peut-être cela qui fera dire à saint Irénée que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Voilà fixé l’horizon de la mission de cet enfant : prendre sur lui tout ce qui fait une vie d’homme, pas seulement les bons côtés, pas seulement la vie d’une minorité (celle qui vit dans les palais), mais la vie de tous les hommes (y compris ceux qui sont jetés sur les routes, ceux qui sont déconsidérés, ceux qui sont pauvres) pour les mener au salut. 
 
Quand Dieu se fait migrant, marchant sur nos routes humaines, c’est donc pour que Dieu et les hommes puissent se rencontrer. Il n’est pas comme les dieux de l’Olympe qui se contentent de regarder les hommes pour s’en amuser ; non, il est Dieu de l’Alliance, Dieu qui veut faire de l’homme un partenaire, un égal. Dieu ne va pas sans l’homme, pas plus que l’homme ne peut aller sans Dieu. Pour reprendre la citation intégrale de saint Irénée : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. L’homme ne vit pleinement que lorsqu’il voit Dieu, lorsqu’il prend en compte ce partenaire d’Alliance. En Jésus, Dieu et l’homme sont à jamais liés. La joie que connaît le ciel en cette nuit, la joie de Marie et de Joseph d’accueillir leur enfant, la joie des bergers devant la vision de cet enfant, doit devenir la joie de tous les hommes. Cette joie doit être notre joie aujourd’hui, parce que nous ne vivons pas dans le souvenir d’un événement passé, mais parce que aujourd’hui, en cette fête de Noël, Dieu vient à notre rencontre, Dieu vient assumer notre humanité, totalement, pour nous permettre de vivre parfaitement quand nous le contemplons, quand nous le servons. Et nous pouvons le contempler, et nous pouvons le servir à travers chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui croisent notre route. Quand Dieu se fait migrant, les hommes deviennent responsables les uns des autres. En effet, en chaque humain que je rencontre, je suis invité à voir et à servir Dieu lui-même. Jésus nous le rappelle lorsqu’il nous dit : ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! 
 
En cette nuit, Dieu se fait migrant pour nous offrir la vie, pour nous offrir la paix. C’est bien ce que proclame le chant des anges. Cette paix devient possible parce que Dieu et l’homme se rencontrent et se reconnaissent. La paix n’est jamais le fruit d’un chacun chez soi ; elle est le fruit d’une rencontre et d’une reconnaissance mutuelle. En cette nuit où le Tout-Autre vient nous rencontrer, apprenons de lui à construire cette paix proclamée par les anges. Puisque Dieu se fait migrant pour nous offrir sa vie et sa paix, acceptons de sortir de nous-mêmes, allons à la rencontre des autres et le miracle de Noël (vie et paix pour tous) deviendra réalité. Amen.
 
(Tableau de Domenico Ghirlandaio, La Nativité, 1483-1485, Chapelle SASSETTI, Basilique Santa Trinita, Florence)

samedi 19 mars 2016

Dimanche des Rameaux C - 20 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu.





Aujourd’hui commence donc la semaine qui nous mènera jusqu’à Pâques ; nous l’appelons « Semaine Sainte » parce qu’elle nous permettra de revivre, comme si nous y étions, les derniers moments de la vie de Jésus. Nous sommes invités à la vivre non pas dans le souvenir de choses passées, mais avec cette certitude que c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que se déroulent ces événements ; c’est dans l’aujourd’hui de notre vie que Jésus se livre à nous pour nous sauver. La célébration de ce dimanche a comme particularité d’avoir deux proclamations d’évangile : il y a la proclamation de la Passion que nous venons d’entendre et la proclamation de l’Evangile rappelant l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, faite au tout début de notre rassemblement. Il est celui qui donne le sens de ce jour si particulier. 
 
Je ne sais pas si vous y avez été sensible, mais Luc n’a pas tout à fait le même récit que Matthieu et Marc. Chez Luc, à mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin… et toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix. Chez Luc, les disciples seulement chantent la gloire de Dieu et de Jésus. Ils savent maintenant qui il est ; ils ont vu les miracles, ils ont entendu l’enseignement de Jésus. Pour eux, plus de doute : Jésus est celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Ceci explique l’injonction faite à Jésus par quelques pharisiens : Réprimande tes disciples !  Expriment-ils ainsi leur crainte de voir la foule convertie à ce que les disciples ont déjà compris de Jésus ? Peut-être ! Nul ne sait ce qui se passe dans le cœur d’un homme quand il rencontre Dieu ! Nul ne peut maîtriser un cœur touché par la grâce ! Nul ne pourra donc faire taire les disciples : si eux se taisent, les pierres crieront. Il y a des évidences qu’on ne peut cacher plus longtemps aux hommes. Le temps de Dieu est arrivé. Heureux ceux qui passeront du monde des hommes au monde de Dieu à la suite de Jésus. 
 
L’acte premier de ce passage, c’est donc cette gloire proclamée par les hommes. Jésus n’est sans doute pas dupe, lui qui avertissait déjà du danger à tenir sa gloire des hommes. La vraie récompense de Jésus n’est pas dans ces acclamations. La proclamation de la Passion en ce même jour nous rappelle la fragilité et la versatilité d’une foule : aujourd’hui, elle étend ses manteaux et écoute la foule des disciples acclamer Jésus ; demain cette foule criera : Mort à cet homme, laissant Jésus en croix entre deux criminels, tandis que la foule des disciples se tiendra plus loin, pour regarder. S’il nous est bon d’entendre la foule des disciples acclamer Jésus, cela ne doit pas nous induire en erreur pour autant : ce n’est pas cette gloire que Jésus recherche, il n’attend rien d’elle. A nous qui cheminons dans la foi, les acclamations de la foule des disciples nous rappellent ce que nous pouvons croire au sujet de Jésus : il est celui qui vient au nom du Seigneur. Mais elles nous renvoient aussi à notre propre rapport à Jésus, tantôt le cœur tout brûlant pour lui, tantôt plutôt tiède, quelquefois même froid selon ce que nous vivons au quotidien. 
 
Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous refusons de faire miséricorde, lorsque nous demandons la fermeture de nos frontières au prétexte que nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, lorsque nous voulons inscrire dans la loi la déchéance de nationalité au risque de créer des apatrides ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous nous enfermons dans nos petites vies tranquilles, ne faisant de mal à personne, certes, mais oubliant de faire un peu plus de bien ? Ne crions-nous pas : Mort à cet homme, lorsque nous n’avons qu’indifférence pour les autres et pour le monde dans lequel nous vivons ? Il est si facile de passer de la foule des disciples qui acclame à la foule qui vocifère contre Jésus ! Il est si difficile de rester un authentique disciple quand surgit l’adversité. 
 
Dans ce drame qui se joue, deux hommes pourtant sont porteurs d’espérance ; deux hommes reconnaissent, au-delà de la personne de Jésus, quelque chose de plus grand ; deux hommes ont déjà fait ce passage du monde des hommes vers le monde de Dieu. Le premier, c’est l’un des criminels condamnés et crucifiés en même temps que Jésus. Cloué sur une croix, il a cependant conscience que Jésus peut encore quelque chose pour lui, qu’un salut est toujours possible : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Le second, c’est un étranger, un ennemi de surcroît : le centurion qui, par nécessité de service, a assisté à tout cela. A la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : Celui-ci était réellement un homme juste. Et voilà qu’il devient impossible de cataloguer les gens, de les ranger soigneusement en les classant en bons et méchants. Le passage du monde des hommes au monde de Dieu oblige à une vérité du regard. Rien n’est comme avant ; toute chose est nouvelle. 
 
Dès le premier jour de cette semaine sainte, nous pouvons mesurer ainsi le chemin qu’il nous reste à parcourir pour quitter ce monde des hommes et entrer dans le monde de Dieu. Nous n’en sommes qu’au premier jour, à la première étape. Chaque jour à venir nous dira comment, à la suite de Jésus, nous pouvons faire ce chemin. A chacun de faire en sorte de n’en manquer aucun. Amen.
 
(L'entrée à Jérusalem, Miniature de O. Khizanetsi, Matenadaran, Erevan, 1307, reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, centro Russia Ecumenica, 2007)