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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 4 mars 2023

2ème dimanche de Carême A - 05 mars 2023

 Revenez à moi : vivez de ma Parole !




            Notre marche vers Pâques se poursuit, toujours avec ce désir de répondre à l’appel de Dieu relayé par le Prophète Joël : Revenez à moi ! En ce deuxième dimanche, Dieu lui-même nous donne une clé pour emprunter le chemin du retour. Il nous dit : Vivez de ma Parole. La liturgie nous donne deux exemples de croyants qui ont vécu ce conseil : Abram et Paul. 

            Puisqu’il est le tout-premier à s’être mis à l’écoute de Dieu, commençons par Abram. Au moment où Dieu s’adresse à lui, il est déjà âgé et pourtant, à l’écoute de la promesse du Seigneur, il s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit. Je n’arrive pas à me défaire de la surprise qui est la mienne quand je lis ce passage de l’Ecriture. Comment un homme qui a déjà bien vécu peut-il, sur la parole d’un inconnu, tout laisser pour un autre pays ? En effet, à parcourir les chapitres précédents, rien ne prédestinait Abram à cette aventure. Il est certes de la descendance de Noé, mais quand même à la onzième génération ! Et la Bible ne dit rien de toutes ces familles sinon les mariages et les enfants. Pas un mot de leurs relations avec le Seigneur. Aussi, vous comprendrez mon étonnement lorsqu’après autant de temps, Abram se met en route à l’appel d’un Seigneur qui ne s’est plus manifesté depuis le déluge ! En tout cas, la Bible n’en garde pas de trace ; nous pouvons en déduire qu’il n’y a rien eu de mémorable à relever en-dehors des successions familiales. Cela fait peu pour engager sa famille dans un voyage vers l’inconnu. Car force est de constater qu’Abram ne connaît pas, à son départ, le pays d’arrivée : Va vers le pays que je te montrerai ! Comme si Dieu lui-même cherchait encore la terre où il allait établir ce qui deviendra son peuple. Est-ce un rêve de grandeur qui le met en route ? Je ferai de toi une grande nation, je rendrai grand ton nom ? Est-ce la voix de Dieu qui avait quelque chose d’enchanteur ou de séducteur qui fait qu’il s’est mis en route ? Nous n’en saurons jamais rien. La seule certitude qui nous est donnée, c’est qu’Abram prit la route, avec sa famille. 

Vivez de ma parole : cette invitation est pleine de surprises. Elle est invitation à la confiance, invitation à se déplacer peut-être d’abord intérieurement. Le chemin à faire n’est pas tant topographique que spirituel. Comme Abram, nous sommes invités à cette mise en route intérieure qui nous fait accorder notre confiance à un Dieu qui nous parle certes, mais que nous ne voyons pas de nos yeux. Nous n’avons de lui que le témoignage de ce qu’il a réalisé pour tant d’autres avant nous. C’est bien sur parole que nous le croyons ; c’est bien sur cette Parole fidèlement transmise depuis Abram que nous engageons notre vie. Et nous pouvons engager notre vie sur cette Parole, mieux qu’Abram parce que nous avons des exemples nombreux qu’il n’avait pas. Nous savons que, comme pour Abram, cette Parole sera une parole de bénédiction. Car Dieu veut notre bonheur, il veut pour nous la vie.  

            Si Abram est parti à l’aventure à l’appel de Dieu, Paul s’est engagé lui, sur un même appel, celui du Christ, à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus, mort et ressuscité pour nous. Sa réponse à l’appel du Christ s’est concrétisée dans ses voyages missionnaires, mais aussi dans sa présentation méticuleuse et ordonnée de ce qui est aujourd’hui notre foi. Vivant de la Parole de Dieu, il a su trouver les mots qui ont convaincu tant d’hommes et de femmes à accorder leur foi à un homme mort à Jérusalem comme un criminel. Il n’avait rien d’extraordinaire face à tous les dieux païens, juste cette certitude que celui qui s’est adressé à lui, s’est maintenant manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Evangile. En vivant de la Parole du Christ, Parole de Dieu faite chair, Paul a eu une connaissance approfondie des mystères de Dieu. 

Comme lui, en vivant de cette Parole, nous pouvons entrez dans une compréhension plus profonde du projet de Dieu pour nous. Cette Parole méditée, réfléchie, approfondie, révèle à chacun de nous la voie à suivre pour vivre toujours plus et toujours mieux le projet que Dieu porte pour nous, personnellement ! Vivre de la Parole de Dieu, c’est faire le choix de vivre notre vie pleinement, avec la bénédiction de Dieu. Paul nous montre aussi qu’une vie vécue dans la grâce de cette Parole de Dieu, permet d’affronter toutes les épreuves que les hommes ne manqueront pas de placer sur notre route. 

            Comme Pierre, Jacques et Jean jadis sur la montagne de la transfiguration, écoutons la voix de Dieu qui nous dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! Mais ne l’entendons pas comme un ordre de Dieu, mais bien comme une invitation à trouver nous-aussi notre joie en Jésus, lui qui rend la grâce de Dieu visible par toute sa vie. Revenez à moi : vivez de ma Parole est donc une invitation au bonheur, une invitation à la vie en plénitude, ne invitation à suivre le Christ. N’est-ce pas là une Bonne Nouvelle pour nous  et pour les hommes qui cherchent un sens à leur vie ? Avec Abram, prenons la route ; avec Paul, répandons la Bonne Nouvelle : Dieu est avec nous, il nous donne son Fils pour notre vie, pour notre joie. Amen.

samedi 12 mars 2022

2ème dimanche Carême C - 13 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour le découvrir mieux et l'écouter.



(Gustave Doré, La Transfiguration)


            Nous poursuivons notre route avec Jésus. Il nous emmène, à travers Pierre, Jean et Jacques, sur la montagne pour prier. Mesurent-ils, ces trois-là, la chance qu’ils ont d’être là avec lui, pour cet acte éminemment intime d’un fils conversant avec son père ? Vous aurez beau trouver la prière un brin ennuyeuse, voir Jésus prier, ça doit être quelque chose. C’est la seule fois, me semble-t-il, dans l’évangile que Jésus emmène quelqu’un avec lui pour prier. Il y aura bien, au soir du jeudi saint, le passage au Mont des Oliviers, mais Jésus s’éloignera de ses disciples pour prier. Ici, ils sont présents, ils assistent à tout, ce qui nous vaut la restitution de cet événement de la transfiguration. 

            Au-delà du côté peu banal de la scène, ce récit nous permet de mieux connaître Jésus. C’est la première raison de notre marche à sa suite. Jésus, on ne le connaît jamais assez. Et je crois bien qu’une vie entière ne suffit pas à le connaître parfaitement bien. A mesure que j’avance dans mon sacerdoce, je me rends bien compte que j’apprends encore, que je découvre encore qui est Jésus pour moi, qui est Jésus pour les hommes. Et ce n’est pas forcément parce que je suis lent à comprendre. Année après année, j’approfondis ma connaissance de celui que je reconnais comme Christ et Sauveur, parce que Jésus se révèle progressivement, dans les méandres de mon histoire personnelle.  Dans ce récit de la transfiguration, Jésus se révèle à nous tel qu’il est, réellement, dans toute sa gloire. Nous comprenons, là, que Jésus n’est pas qu’un homme, si d’aventure nous l’avions oublié. Nous comprenons, là, grâce à Moïse et Elie apparus dans la gloire, que Jésus vient accomplir la Loi et les Prophètes ; il vient réaliser les promesses que Dieu a faites à son peuple. Nous comprenons que Jérusalem sera le lieu de cette réalisation : ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Nous comprenons qu’ils parlent ensemble de sa Passion parce que nous avons le recul du temps. Mais la parole est suffisamment vague pour que les disciples ne fassent pas le lien immédiat avec la première annonce de la passion que Jésus leur a faite peu de temps avant dans l’évangile de Luc. 

Cette transfiguration n’est pas un événement qui doit effrayer ; c’est un de ces événements à garder au fond du cœur, et dont il faudra se souvenir au temps sombre de la Passion et de la mort de Jésus. La gloire resplendissante sera alors anéantie par le corps torturé, humilié, exposé du Serviteur souffrant sur la croix. Mais c’est le même corps, aujourd’hui et demain, qui sera donné à voir à ses disciples. Le corps du Christ Sauveur, resplendissant de la gloire de Dieu, est aussi le corps douloureux, le corps portant en lui toutes les souffrances de l’humanité persécutée, humiliée, déchirée. En assumant totalement notre humanité, jusque dans ces aspects les plus sombres, Dieu la fait resplendir de sa gloire et nous ouvre le salut. Si Moïse et Elie apparaissent, c’est bien pour rappeler le projet d’amour de Dieu, son unique projet révélé par la Loi et la Parole des Prophètes : que l’homme vive ! Dieu n’a d’autre projet pour nous que de nous vouloir vivants, pleinement. Jésus, dans sa transfiguration, vient nous dire que la vie en plénitude, c’est la vie éclairée par la gloire de Dieu, la vie transfigurée. 

A ceux qui pensent que cette vie n’est que pour après, la voix du Père apporte un démenti radical. Il ne dit pas grand-chose, Dieu le Père, mais quand il parle, il vaut qu’on se donne de la peine pour bien l’écouter. Ce qu’il dit, c’est ceci : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Cette parole fait partie de l’événement qu’il faut garder au fond de notre cœur. Elle confirme ce que nous pressentions, à savoir que Jésus n’est pas qu’un homme ; déjà il est rempli de la gloire de Dieu. Mais cette parole nous dit surtout comment nous pouvons à notre tour être transfiguré, resplendir de la gloire de Dieu : en écoutant Jésus, la parole vraie du Père. Ce n’est qu’en marchant à sa suite, en écoutant sa Parole et en la vivant comme lui, que nous resplendirons de la gloire de Dieu qui a établi sa demeure en nous. Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu par notre baptême ? Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu en Jésus, mort et ressuscité pour nous ? Sa gloire est notre salut ; le salut qu’il nous apporte est notre gloire. N’est-ce pas ce qu’affirme Paul aux chrétiens de la ville de Philippes ? Nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux 

Faisant route avec Jésus au long de ce carême, nous avons pu contempler, durant un instant, la gloire de Jésus, sur cette montagne, en présence de Moïse et d’Elie. A celui qui veut mieux connaître Jésus, nous n’avons pas d’autre chemin à offrir que celui de l’écoute de Jésus et celui de sa contemplation. Rien ne vaut l’enseignement de Jésus en parole et en acte pour nous faire entrer dans son intimité, pour nous faire entrer dans sa réalité. N’oublions pas non plus le témoignage de Moïse et des Prophètes : en relisant ce que Dieu leur avait révélé déjà, nous comprendrons mieux encore que Jésus est celui qui vient au nom du Seigneur. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.