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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 29 novembre 2020

1er dimanche de l'Avent B - 29 novembre 2020

 Notre Dieu est le Dieu de la rencontre.



             Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique. Ne la considérons pas comme une année de plus à notre compteur de chrétien. Nous risquerions de passer à côté de l’essentiel ; nous risquerions de manquer la rencontre avec Celui qui vient ; nous risquerions de manquer la Bonne Nouvelle que l’évangéliste Marc vient nous partager. Il nous faut vivre cette nouvelle année avec un esprit libre, un regard neuf, une attention renouvelée à ce qui fait le contenu de notre foi. En ce premier dimanche de cette nouvelle année liturgique, il nous est rappelé que le Dieu que nous cherchons à connaître toujours mieux est le Dieu de la rencontre. 

            Avec le prophète Isaïe, nous avons beau savoir que Dieu, il est aux cieux, cela n’est pas suffisant pour l’appréhender. Au contraire, le prophète lui-même invoque Dieu, supplie Dieu de revenir visiter son peuple : Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Reviens à cause de tes serviteurs. Il est vrai qu’Isaïe exerce son ministère à un moment clé de l’histoire d’Israël. Le passage entendu date de l’époque du retour d’Exil. Israël avait été vaincu militairement et déporté à Babylone. Ce fut un temps difficile où l’exercice de la foi était interdit et dangereux. Mais les prophètes, qui ont accompagné l’Exil, ont invité à la patience et à la conversion. Dieu ne saurait détourner son regard indéfiniment. Viendra le moment du retour, le moment où Dieu enverra son Messie pour libérer son peuple, comme il l’avait fait jadis lorsque le peuple était esclave en Egypte. La supplication du prophète intervient dans ce contexte, à la fin de l’Exil. Et la certitude du prophète est grande : Voici que tu es descendu… Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice. Si Dieu semble s’être éloigné de son peuple à cause de ses péchés, de ses nombreux péchés, il ne saurait rester éternellement loin de lui. Dieu ne se plaît que dans la rencontre avec l’homme ; il n’est pas comme les dieux étrangers. Son projet n’est pas de dominer les hommes, mais de faire Alliance avec eux. Si Dieu s’enfermait dans les cieux, s’il retirait sa proposition de rencontre et d’Alliance, il ne serait plus vraiment Dieu. Depuis les origines, Dieu a voulu avoir besoin de l’homme ; depuis le début de l’histoire sainte, Dieu a voulu faire de l’homme un partenaire de son œuvre. 

            Ce désir de rencontre marque la volonté de salut que Dieu porte pour l’homme. Le psalmiste complète admirablement la supplication du prophète Isaïe : Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! … Réveille ta vaillance et viens nous sauver… visite cette vigne, protège-la. Quand l’homme croyant traverse l’épreuve, il a toujours cette certitude de ne pas la vivre seul, mais d’être accompagné, protégé, par ce Dieu qui est venu le rencontrer. C’était vrai du temps des prophètes, c’est vrai encore aujourd’hui. Oserai-je dire que cela est encore plus vrai depuis que Dieu a envoyé son Fils, Jésus, dans le monde pour sauver tous les hommes ? Paul l’affirme sans détour aux chrétiens de Corinthe : Je ne cesse de rendre grâce à Dieu pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus… C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout… car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Nous sommes au-delà de la rencontre ; Paul parle de communion, c'est-à-dire d’une union qui nous fait être-avec lui. Nous ne le rencontrons plus seulement, nous sommes avec lui, en lui, pour lui, grâce à Jésus. Les moyens d’être-avec, d’être en communion sont nombreux. Ces semaines que vous avez vécu sans l’Eucharistie, l’ont encore démontré. Parmi les manières de rencontrer Dieu, d’être en communion avec lui, il y a le service du frère, l’attention aux petits, la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. Car Dieu est totalement présent, totalement livré dans le frère qui souffre, totalement donné dans la Parole reçue et méditée. Mais cela, pour beaucoup qui le vivent déjà, n’est pas suffisant ; d’où les demandes renouvelées pour pouvoir célébrer à nouveau l’Eucharistie, et pas seulement à pouvoir y assister devant son écran de télévision ou d’ordinateur. Là, dans le pain rompu et partagé, la rencontre entre Dieu et les hommes est à son sommet. Là, il nous livre sa vie, tout entière, pour notre salut. Là se trouve la source et la force de nos œuvres de miséricorde envers tous nos frères. Là, la Parole méditée seul chez soi trouve tout son sens. Avec le pain partagé, nous recevons la nourriture qui refait nos forces. Cela ne remet pas en cause ni la puissance de la Parole de Dieu, ni la nécessité du service. Au contraire, dans l’Eucharistie, tout cela est accompli. 

            Dans chaque paroisse de France, au cours de chaque eucharistie célébrée, il n’y aura chaque fois que trente personnes au maximum à pouvoir participer à cette rencontre avec le Dieu vivant et vrai, à avoir la joie de communier au Christ Sauveur. Mesurons la chance qui est nôtre ! Et portons dans la prière et devant Dieu, celles et ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre. Prenons-les avec nous dans cette rencontre. Prenons aussi avec nous celles et ceux qui, de confinement en déconfinement et re-confinement, ont perdu la joie de la rencontre, le goût de la communion avec Dieu. Puisse Dieu leur rendre l’espérance du Salut et le goût de la rencontre avec leurs frères et avec Dieu. Que nos gestes barrières ne se transforment pas en barrières qui empêchent la rencontre avec nos frères et avec Dieu. Amen.


samedi 14 mars 2020

3ème dimanche de Carême A - 15 mars 2020

Dieu nous apprend la foi.






L’homme peut-il croire en Dieu de lui-même ? L’homme peut-il croire en Dieu quand les événements de l’histoire semblent proclamer la mort de Dieu, voire son inexistence ? Ces questions sont souvent évoquées lorsque je discute avec des adultes qui découvrent que certains ont une foi inébranlable alors qu’eux-mêmes sont habités par le doute. Un début de réponse est apporté par les textes liturgiques de ce 3ème dimanche de Carême. Nous pouvons résumer cette réponse dans l’affirmation du Christ : Si tu savais le don de Dieu… 

Si tu savais le don de Dieu. Une phrase que le peuple hébreu, libéré d’Egypte, aurait déjà pu se poser. Être libérés de l’esclavage, tous étaient d’accord. Marcher dans le désert vers la Terre promise, c’était une épreuve acceptable et nécessaire. Mais tourner en rond, alors qu’avant, la marmite était si bonne et que l’eau ne manquait pas, voilà qui est inacceptable ! Le but de Dieu était-il donc de faire mourir son peuple loin d’Egypte ? Ses récriminations incessantes parviennent devant Dieu. Il aurait pu se fâcher, Dieu, à juste titre. N’a-t-il pas déjà tant fait pour eux ? Et eux, qu’ont-ils fait, à part se plaindre ? A croire que tout leur est dû, sans effort de leur part. Plutôt que de se fâcher, Dieu va répondre à leur attente : il va manifester une fois de plus son amour à ce peuple difficile. Il donnera l’eau. Sans rien demander en échange. Sans même demander une foi plus profonde. Sans même attendre une action de grâce pour le don accordé. Immense amour de Dieu qui comble de ses bienfaits même ceux qui s’interrogent sur sa présence ! Si tu savais le don de Dieu, si tu te souvenais de tout ce qu’il t’a déjà donné, peut-être n’aurais-tu pas osé en demander plus, sans d’abord faire toi-même quelque chose pour ton Dieu ! 

Si tu savais le don de Dieu, c’est l’affirmation de Jésus à la Samaritaine qui s’étonne que celui-ci lui adresse la parole pour un verre d’eau ! Il l’invite à voir au-delà des apparences ; il l’invite à s’ouvrir à un Autre, à celui qui peut tout donner, à celui qui est source vive. Il l’invite à la foi, révélant ainsi que nul ne peut approcher Dieu, si Dieu ne l’approche d’abord ; nul ne peut connaître Dieu en vérité, si Dieu ne se révèle à lui. Et lui, Jésus, est justement la Parole ultime de Dieu. Il est celui qui peut combler tous nos espoirs, toutes nos attentes. Il est celui qui nous ouvre à la vie, à la vraie vie. Petit à petit, il invite cette femme à croire qu’il est vraiment le Messie attendu. A son enseignement, la Samaritaine, mais aussi tous les habitants de son village, vont croire en Jésus. Ils vont croire d’abord sur la foi du témoignage de la femme ; ensuite, sur les paroles même du Christ : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit, que nous croyons ; nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. Le don de Dieu réside en cela : c’est la rencontre personnelle avec lui qui rend possible la foi. Le témoignage des autres est important pour éveiller la foi, mais il est insuffisant. Il est nécessaire de fréquenter soi-même la source pour croire. Pourquoi tant de baptisés par tradition sont-ils finalement loin de l’Eglise et de toute pratique ? Parce qu’ils n’ont pas fait cette rencontre personnelle de celui qui les a reconnus comme ses fils ou ses filles. Parce qu’ils n’ont pas bu à la source de sa Parole. Le don de Dieu, le don de la foi est inépuisable ; sauf si l’homme ne s’en sert pas ! 

Si tu savais le don de Dieu. Jésus nous dit que Dieu lui-même nous apprend la foi. Il nous en fait don ! Redécouvrons la force de ce don de la foi ; il nous donne de croire que, dès maintenant, tout pécheur que nous sommes, nous sommes sauvés dans la mort/résurrection de Jésus. Accueillons ce don ; il fait jaillir en nous les sources vives de la foi. Seule une fréquentation personnelle du Christ et de son Evangile pourra apaiser notre soif de vie, notre soif d’amour, notre soif de Dieu. Approchons de son autel : Dieu se donne en nourriture pour notre vie. Connaissons le don Dieu et nous vivrons. Amen.


(Tableau de Philippe de CHAMPAIGNE, La Samaritaine, XVIIème siècle, Musée des Beaux Arts, Caen)

samedi 28 mai 2016

Fête du Corps et du Sang du Christ - 29 mai 2016

Permettons la rencontre entre Dieu et son peuple.





Depuis quelques années, alors qu’elles avaient presque totalement disparu, refleurissent dans nos villes et villages les processions de la Fête Dieu, avec leur cortège de traditions : tapis de fleurs, autels reposoirs aux carrefours de nos cités. Certains peuvent s’en inquiéter, et pas seulement parmi les plus laïcards. Même au sein de l’Eglise, au sein de nos communautés, des voix s’élèvent contre ce retour à une visibilité trop marquée, singe d’une tradition désuète selon eux. C’est un retour en arrière qui ne fait que traduire d’autres retours plus dogmatiques, pour ne pas dire une étroitesse d’esprit. Peut-on balayer ainsi ce que la foi veut exprimer ? Je ne le crois pas. 
 
Cette procession du Saint Sacrement, signe hautement chrétien, marque la proximité de Dieu avec son peuple. C’est bien lui qui marche ainsi au milieu de nos quartiers, rappelant sa présence au monde des hommes. Dieu n’est pas étranger à ce que nous vivons ; il n’est pas étranger à ce qui fait nos vies. Les autels dressés aux carrefours de nos cités marquent alors en retour l’intérêt que l’homme peut avoir à ce que Dieu s’arrête ainsi dans sa vie. Ces rencontres sont rares pour certains, pour ne pas dire inexistante. En ce dimanche, même si c’est de manière rapide, voire folklorique, cette rencontre peut se faire et des hommes et des femmes peuvent retisser les fils d’une amitié divine oubliée. C’est une manière très forte d’évangéliser pour peu que nos stations permettent de dépasser le folklore et osent inviter à une rencontre furtive mais vraie. 
 
Si nous regardons de près l’Evangile de cette fête en cette année, nous remarquons que Jésus ne fait pas autre chose. Certes, il annonce la Parole de Dieu, des hommes et des femmes se pressent par milliers pour l’écouter, au point d’en oublier les choses simples comme un bon casse-croûte. Ils ont beau suivre Jésus, se nourrir de sa Parole, cela ne remplit pas encore un ventre qui ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir d’un apprenti disciple tête-en-l’air. Vient le moment où les ventres affamés parlent plus fort que Jésus, et il faudra bien s’en occuper. Les Douze ont la solution : que Jésus renvoie cette foule trop nombreuse.  Mais Jésus ne l’entend pas ainsi. Il est au milieu d’eux, envoyé par Dieu pour prendre soin de son peuple ; comment pourrait-il les renvoyer simplement, sans ne rien tenter pour eux. Jésus ne fait pas que passer dans la vie de ces foules, il veut leur faire rencontrer quelqu’un d’autre, celui qui l’a envoyé lui-même. Il passe dans les villes et villages non pour se faire remarquer, mais pour inviter à voir plus loin, à entendre quelqu’un que l’on avait oublié, ou soigneusement enfermé dans le Temple pour qu’il ne vienne pas nous déranger dans l’ordinaire d’une vie. Jésus, par sa prédication, porte Dieu à nouveau dans nos vies, dans nos villes et villages ; il le fait sortir de nos temples bien situés et si peu fréquentés pour le remettre au cœur de nos vies. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, l’Eglise se propose de faire la même chose avec le Christ. Nous l’avons bien rangé dans un tabernacle fermé à clé, dans une église elle-même souvent fermée, par précaution. Vous savez, on pourrait nous le voler ! Je me demande souvent si ce n’est pas pour ne pas risquer qu’il sorte qu’on ferme tout ainsi à double tour. Ce serait gênant, un Dieu qui se promène dans nos rues ; ce serait gênant que les gens se laissent interpeler et retrouvent le chemin de l’Eglise, le chemin de la confiance en ce Dieu qui se veut proche de nous, qui s’est fait proche de nous en Jésus. Nos processions sont comme une nouvelle incarnation, un petit Noël pour nous rappeler que Dieu marche bien avec nous, qu’il a souci de nous, parce qu’il nous aime infiniment. En son Fils Jésus, mort et ressuscité, il continue d’aller à notre rencontre, livrant sa Parole, livrant aux hommes ce Fils unique venu dans le monde pour rapprocher les hommes de Dieu par une Alliance nouvelle. 
 
Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes de notre temps connaissent encore Jésus et se rapprochent de lui ? Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes puissent entendre la Parole vivante de Dieu qui peut transformer une vie ? Est-ce tellement vieux jeu que de vouloir permettre cette rencontre si fondamentale et si libératrice ? Ne craignons pas de porter le Christ au monde : il ne veut que son bien et sa vie. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : les hommes ne peuvent qu’en devenir meilleurs. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : cela ne peut que renforcer notre propre foi et notre propre amitié avec le Christ. Marchons humblement, mais fièrement, à la suite du Christ présent dans l’Eucharistie, et permettons une rencontre renouvelée entre Dieu et son peuple. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004, éd. Marguerite)

vendredi 25 avril 2014

02ème dimanche de Pâques A - 27 avril 2014

Un dimanche pour redire notre foi.




C’est un jour important et un moment important de votre vie de jeunes chrétiens qui nous rassemblent aujourd’hui, en cette chapelle du collège Saint André. Dans un instant, vous allez faire profession de foi devant vos familles rassemblées. Vous allez redire, comme nous l’avons tous fait au cours de la nuit pascale, votre attachement à Dieu, Père, Fils et Esprit Saint et votre désir de rejeter hors de votre vie tout ce qui est mal, tout ce qui conduit au Mal. Une dernière fois, je voudrais réfléchir avec vous et pour vous le sens de cette célébration bien française. 
 
Pourquoi faire profession de foi ? Vous avez, pour la plupart, été baptisés lorsque vous étiez tout-petits. Vous n’avez donc pas eu votre mot à dire. Vos parents, parce qu’ils ont toujours voulu vous donner le meilleur et parce qu’ils souhaitent le meilleur pour vous, ont fait le choix de demander pour vous le baptême. Ils vous introduisaient ainsi dans l’Eglise, la grande famille des chrétiens. Vous y avez grandi dès lors, sans forcément y faire très attention. Vous avez peu à peu découvert qui était Dieu pour nous, qui était Jésus et ce qu’il a fait pour nous ; peut-être même vous a-t-on déjà parlé de l’Esprit Saint que vous recevrez en plénitude au moment de votre confirmation. Il est important ainsi d’approfondir la connaissance de notre foi, de mieux comprendre Dieu et ce qu’il attend de chacun de nous. Mais il est important aussi de ne pas en rester à une dimension intellectuelle de la foi. Ce que vous avez découvert, ce que vous avez appris de Dieu, de Jésus, de l’Esprit Saint, il faut le faire vôtre. Cela ne peut rester extérieur à vous-mêmes si vous prenez votre foi au sérieux. En clair, si vous pensez que Dieu a quelque chose à vous apporter, il faut le dire, il faut le célébrer. Il en va de Dieu comme de nos relations humaines : il est bon de savoir que l’on a des amis ; il est bon aussi quelquefois de leur montrer et de leur témoigner concrètement des signes de cette amitié, par des gestes, par des mots. Sinon, nous n’aurions de nos amitiés qu’une vue intellectuelle, lointaine. Nous prenons donc un temps, dans notre vie de chrétiens, pour dire personnellement et publiquement, que nous voulons bien suivre Jésus et vivre de sa Parole. En faisant ainsi, vous lui témoignerez votre amitié, votre proximité et votre reconnaissance pour tout ce qu’il a déjà fait pour vous. 
 
Comment faire profession de foi ? En disant de manière claire que vous croyez en Dieu tel que l’Eglise catholique, apostolique, romaine le présente. Je vous interrogerai donc tout à l’heure collectivement, en vous demandant si vous renoncez tous au Mal et si vous croyez tous en Dieu le Père qui a envoyé son Fils pour nous sauver et qui nous fait vivre par son Esprit Saint. Mais vous répondrez chacun personnellement : Je renonce, et je crois, parce que la réponse ne peut être que personnelle même au sein de la communauté. Personne ne peut croire à ma place, et je ne peux croire à la place de personne d’autre. Bien que nous soyons en communauté, chacun répond pour lui-même. C’est toute la grandeur et la beauté de l’Eglise qui me prend dans sa famille sans nier mon individualité, ni ma liberté. Il est nécessaire que chaque croyant fasse un jour cette expérience que, pris dans une famille croyante, il a la possibilité de croire ou de ne pas croire à son tour ; et s’il fait le choix de croire, il doit le  dire pour lui-même, devant les autres. Il affirme ainsi qu’il est prêt à être un membre à part entière de cette famille ; et cette famille, en l’écoutant, reconnaît bien son individualité. Pour trouver notre place dans la famille croyante, il est important de pouvoir dire un jour : je crois, non plus parce que vous croyez, mais parce que j’ai découvert, j’ai mesuré l’importance de cet acte et je le dis. 
 
Nous pouvons donc faire profession de foi parce que nous avons découvert et mesuré, au moins en partie, l’importance de Dieu, de Jésus, de son Esprit Saint dans notre vie. Nous pouvons faire profession de foi parce que nous avons rencontré le Christ. Nous avons fait l’expérience de sa présence dans notre vie, de son soutien dans les moments difficiles et surtout de la joie qu’il y a à être son ami. Parce qu’il a quelque chose à m’apporter. Il me fait grandir, il me fait entrer dans une plus grande intimité avec Dieu son Père ; il fait de chacun un frère, une sœur, nous invitant tous à une vie plus belle, plus riche, parce que partagée. Il n’y a pas de profession de foi possible sans cette rencontre du Ressuscité. Cette rencontre se fait aujourd’hui par des témoins, et en premier lieu par l’Eglise elle-même, qui a mission de porter le Christ au monde. Il me faut donc trouver ma place dans cette Eglise pour grandir encore dans la foi et pour prendre aussi ma part dans l’annonce des merveilles que Dieu fait pour nous. En faisant profession de foi, vous rendez un peu à l’Eglise ce qu’elle vous a donné, et vous attestez qu’elle ne prêche pas en vain, que son message peut encore toucher le cœur des hommes de notre temps puisqu’il a su toucher le vôtre. Si vous-mêmes êtes enrichis de la foi de l’Eglise, l’Eglise se trouve enrichie de votre propre foi, qui peu à peu arrive à maturité. C’est toujours, pour moi, prêtre, un grand moment de joie et d’espérance, quand j’entends des jeunes répondre favorablement aux questions rituelles : renoncez-vous au Mal ? Croyez-vous en Dieu ? C’est, pour moi, un moment fort de ma vie  de prêtre, et mon sacerdoce s’en trouve renforcé, et je vous remercie déjà du témoignage de foi que vous nous donnerez dans un instant. 
 
Vous allez donc faire profession de foi ; et c’est bien ! Mais n’oubliez pas qu’il y a une vie après. Faire profession de foi, ce n’est pas seulement dire des mots, c’est aussi s’engager dans un art de vivre, l’art de vivre en chrétien. La première lecture nous montre les premiers croyants fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres, à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières… Ils vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun. C’est sans doute un tableau idyllique, mais il est possible de vivre une telle fraternité, une attention à l’autre, un vrai partage et une vie religieuse à la hauteur de l’amour que Dieu nous porte. Les premiers croyants n’opposent pas la vie religieuse et la vie en société. Leur participation à la prière de l’Eglise et à la fraction du pain (comprenons bien qu’il s’agit de l’eucharistie), les renvoie à cette vie fraternelle qui peut nous faire envie aujourd’hui. Leurs prières et leurs célébrations nourrissent leur désir de vivre en frère, et leur fraternité vécue nourrit leur prière. L’un n’exclut pas l’autre ; au contraire, l’un appelle l’autre, et vice versa. Je ne peux donc que vous encourager à développer cette même fidélité au rassemblement dominical et à la vie fraternelle : ce sont les deux composantes de l’art de vivre selon l’esprit du Christ lui-même, lui qui était autant attentif aux hommes et aux femmes qu’il rencontrait et pour lesquels il a donné sa vie, qu’il était présent à Dieu qu’il appelait Père et dont il a fait en toute chose la volonté. 
 
Quant à nous, chrétiens de plus longue date, accueillons la profession de foi de ces jeunes comme le signe d’une foi toujours vivante et comme un appel à renouveler notre propre témoignage. L’Eglise a besoin de chacun de nous pour porter au monde l’Evangile du Christ ; et le monde a besoin, plus que jamais, de croyants convaincus et convaincants, capable de rendre le cœur des hommes meilleurs par la puissance du nom de Jésus. Laissons-nous tous rencontrer par le Christ pour être ses témoins authentiques ; nous aiderons ainsi notre monde à aimer celui qu’il n’a pas vu, et à croire en celui qu’il ne voit pas encore. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 31 janvier 2014

Présentation du Seigneur au Temple - 02 février 2014

Un triple sens pour cette fête.




Que fêtons-nous au juste en cette fête de la Présentation de Jésus au Temple ? Le souvenir d’un rite prévu par la Loi juive qu’il fallait accomplir absolument pour marquer la fidélité de Marie et Joseph à leur foi ? Pourquoi, dans notre liturgie, revenir en arrière, à l’époque où Jésus était petit enfant, alors que depuis deux semaines, nous sommes invités à découvrir Jésus adulte et son enseignement ? 
 
Une première réponse est effectivement de dire que Marie et Joseph, en fidèles de la Loi de Moïse, accomplissent les rites prévus par la Loi. Ce faisant, ils inscrivent bien Jésus dans ce peuple que Dieu s’est choisi. Par la circoncision, le huitième jour après la naissance, Jésus est accueilli formellement dans la communauté des promesses héritées d’Abraham ; à présent, il appartient aussi juridiquement au peuple d’Israël (Benoît XVI, L’enfance de Jésus). Par la présentation au Temple de leur premier-né, Marie et Joseph le consacrent au Seigneur Dieu, selon ce qui est écrit dans la Loi (cf. Ex 13, 2 ; 13,12-15). Personne ne pourra douter que Jésus est bien un membre du peuple élu. Tout ce qui devait être fait l’a été. Dès avant sa naissance, ses parents se sont conformés au projet de Dieu pour eux et pour cet enfant. Il n’était pas question de faire autrement après sa naissance. 
 
Une deuxième réponse pour savoir mieux ce que nous célébrons, serait de  dire que nous célébrons le jour où Jésus rentre chez lui, rentre chez son Père. Sa présentation au Temple correspond à sa remise à Dieu dans le Temple, totalement donné en propriété à Lui (Benoît XVI, L’enfance de Jésus). Jésus est offert publiquement à Dieu dans le Temple, annonçant déjà son offrande à Dieu au terme de sa vie pour racheter l’humanité pécheresse. En s’offrant ainsi à son Père, il s’offre aussi à son peuple, ce peuple que Dieu s’est choisi, et par-delà à tous les hommes. N’est-ce pas ce que la rencontre avec le vieux Siméon et la prophétesse Anne semble suggérer ? En proclamant l’enfant gloire de son peuple et lumière des nations, Siméon dresse le portrait de ce que sera cet enfant quand viendra pour lui le temps d’accomplir la mission pour laquelle Dieu l’a envoyé. 
 
Nous en arrivons ainsi à un troisième motif de célébrer cette présentation au Temple. En se soumettant à la Loi, en rentrant ainsi chez son Père, Jésus rencontre aussi le peuple pour le salut duquel il est entré dans le monde. Si le Temple est le lieu où Dieu réside, il est aussi le lieu où Dieu rencontre son peuple. En étant présenté au Temple, donné en propriété à Dieu, Jésus est établi dans le lieu de la rencontre entre les hommes et Dieu. Où pourrait-il demeurer autrement que là, lui qui est, dans sa propre chair, vrai Dieu et vrai homme ? Ce que Siméon dit de l’enfant et de son avenir (il est la gloire d’Israël son peuple et la lumière des nations) le désigne comme le serviteur de YHWH, celui dont Isaïe disait qu’il ouvrirait un nouvel avenir. Aux hommes qui marchaient dans les ténèbres est donné le signe d’un enfant, né pour attirer à lui la terre entière. Devant cette gloire, devant cette lumière, Siméon peut désormais s’effacer : il attendait la Consolation d’Israël ; il tient en ses mains celui qui l’accomplira sur la croix. Il reconnaît que Jésus est bien celui qui est investi de la puissance divine et qui accomplira toutes les promesses de Dieu formulées par les prophètes. Quand Jésus rentre chez son Père, c’est un nouveau monde qui commence ; l’homme a désormais un avenir puisqu’il a en Jésus un Sauveur. L’homme n’a plus à chercher Dieu puisque Dieu marche sur sa route.  Plus de crainte à avoir. Seule doit rester la confiance en cet enfant, porteur d’avenir, porteur de lumière, porteur de vie pour son peuple et pour tous les peuples qui marcheront à sa rencontre. La prophétesse Anne se charge de propager cette confiance en parlant de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. L’espérance des hommes n’était pas vaine, leur foi en Dieu qui sauve en est renouvelée. 
 
La liturgie a bien fait de nous faire revenir au Jésus enfant, quarante jours après avoir célébré sa naissance. Elle nous permet de comprendre mieux encore et le sens de cette naissance et le sens de la mission de Jésus dont nous sommes les témoins depuis quinze jours. Laissons-nous éclairer par cette lumière nouvelle, suivons-là, et nous pourrons, nous aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant Dieu (oraison de la messe). Amen.