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samedi 11 avril 2026

2ème dimanche de Pâques A - 12 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il fait miséricorde.



(Icône religieuse : Jésus Miséricorde, année sainte - Boutique)




 

            C’est curieux comme certaines paroles de Jésus peuvent vous marquer à un moment donné de votre existence, alors que jamais auparavant, elles ne vous avaient intrigués. En trente-quatre ans de sacerdoce, c’est la première fois que je bute sur cette affirmation de Jésus dans l’évangile : Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Ce n’est pas tant la phrase qui me choque, que le moment où elle est dite : le soir du premier jour de la semaine, soit pour nous le dimanche de Pâques ! Pourquoi dire cela à ce moment précis ? Quand même : tu es mort ignominieusement ; tu es ressuscité glorieusement ; et ta deuxième parole à tes Apôtres, c’est : à qui vous remettrez ses péchés… ? Personnellement, je trouve cela bizarre. A moins que…

            A moins que cela soit pour redire le sens profond de ces événements ; à savoir que Jésus est mort et ressuscité justement pour cela, pour le pardon des péchés ! Le Vendredi Saint ne serait donc pas un accident de l’Histoire, mais le dénouement de toute l’Histoire de l’humanité sous l’emprise du péché depuis la chute originelle. Nous ne l’avions pas compris au soir du Vendredi Saint, pris que nous étions par notre révolte et notre sidération de la mort de l’Innocent, du seul Juste. Au pied de la croix, à hauteur d’homme, c’est le péché qui a gagné. Au pied de la croix, à hauteur du démon, c’est lui qui a gagné. Jésus, l’empêcheur de pécher en rond, n’est plus ! A Jésus qui, du haut de la croix, disait : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34), le Père répond le jour de Pâques : va leur annoncer que les hommes sont pardonnés. Et comme désormais Jésus va vivre auprès de son Père, il confie cette mission à ses Apôtres ; d’où le don de l’Esprit Saint et cette parole sur le pardon des péchés. Et je comprends alors, en tant que ministre de la Réconciliation, qu’il faut que les Apôtres pardonnent plutôt largement, puisque Jésus lui-même sur la croix n’a pas voulu la condamnation de ses bourreaux. La parole de pardon est première sur la parole du refus du pardon. Cela nous renvoie aussi à la réponse de Jésus à Pierre qui l’interrogeait justement pour savoir si sept fois était la bonne mesure pour pardonner à quelqu’un : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois, c'est-à-dire une perfection, un accomplissement du pardon en toutes circonstances. En fait, ce que Jésus annonce ainsi à ses disciples, c’est que quand Dieu nous dit son amour, il nous fait miséricorde. Et comme Dieu ne peut pas faire autre chose que de nous aimer, il nous fait miséricorde à tous les coups. Son cœur divin est plus grand que le plus grand de nos péchés, et notre misère sera toujours fondue dans son cœur, anéantie par son cœur aimant.

            Alors me vient une autre raison pour justifier cette parole de Jésus sur le pardon au soir de Pâques. Elle concerne l’ensemble des Apôtres. En leur demandant de remettre les péchés aux hommes, il leur fait comprendre qu’ils sont les premiers pardonnés par Dieu, pardonnés de leur lâcheté, de leur abandon, de leur reniement, et si Judas n’était pas allé se pendre, il aurait été pardonné de sa trahison. Parce que nul ne peut remettre les péchés à quelqu’un, s’il n’a pas d’abord fait, dans sa chair, l’expérience d’avoir été pardonné totalement. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est le pardon avant d’avoir compris ce que c’est d’avoir été pardonné par Dieu pour notre propre péché. C’est une expérience à vivre intimement avant de pouvoir donner le pardon à quelqu’un. Seul celui qui est sans péché, c'est-à-dire Jésus, peut remettre les péchés abondamment. Pour notre part, nous devons d’abord avoir éprouvé notre faiblesse, notre condition de pécheur et la grâce de la miséricorde absolue de Dieu à notre égard, pur pouvoir espérer être capable de pardonner maladroitement. Tout prêtre doit particulièrement s’en souvenir quand il entend des confessions, pour exercer le pardon non pas à sa mesure d’homme, mais bien in persona Christi capitis, en français en la personne du Christ Tête de son Eglise. C’est bien le pardon de Dieu qu’il donne et non le sien ; il ne peut donc pas être avare dans sa manière de le donner, puisque Dieu n’est pas avare de pardon. Le prêtre ne pardonne pas parce qu’il serait lui-même sans péché, mais parce que le Christ qui est sans péché agit en lui et à travers lui, et que le prêtre est lui-aussi pardonné par Jésus, complètement.

            Enfin, je comprends mieux la présence de cette parole au soir de Pâques, en me rappelant que le sacrement qui nous fait tous participer à la mort et à la résurrection de Jésus, c’est le sacrement du baptême, donné… pour le pardon des péchés. Le baptême est le premier sacrement du pardon pour celui qui le reçoit. C’est l’affirmation que beaucoup de chrétiens ont du mal à comprendre quand il s’agit du baptême d’un nouveau-né, qui ne connaît encore rien du bien et du mal. C’est l’affirmation qui, pour moi, donne le plus de force au baptême des bébés. Nous leur rappelons qu’ils sont humains comme nous, dès leur premier jour sur terre ; puisqu’ils sont humains, ils ont en eux la capacité à faire le bien et la capacité à faire le mal. Les baptiser, c’est leur donner l’Esprit Saint, qui nous permet de lutter en nous contre le fameux péché des origines, ce péché qui a entraîné la chute de nos premiers parents, et qui leur faisait croire qu’ils pouvaient être leur propre Dieu. Puisque notre baptême est notre Pâques, notre passage de la mort à la vie à suite de Jésus mort et ressuscité, il fallait que Jésus prononce cette parole sur la rémission des péchés au soir de Pâques pour que nous l’entendions mystérieusement quand l’eau coulerait sur nous, nous lavant déjà de ce premier péché inhérent à notre condition humaine. Dès le premier jour de notre vie chrétienne, Dieu nous dit ainsi sa miséricorde infinie qui nous fait vivre dans le souffle de son Esprit. Voyez comme Dieu est bon, lui qui a tout prévu pour nous faire comprendre son cœur miséricordieux.

            En ce dimanche de la Divine Miséricorde, remercions Dieu de nous aimer ainsi, et demandons-lui la grâce de toujours savoir confier notre misère à son cœur aimant. Ainsi nous ressentirons les effets de sa miséricorde et nous pourrons être d’authentiques acteurs de réconciliation et de paix. Puisque Dieu est miséricordieux, nous pourrons sans honte et sans crainte noyer en lui notre misère ; son cœur fera le reste. Amen.

 

samedi 8 novembre 2025

Dédicace de la Basilique du Latran - 9 novembre 2025

Vous êtes la maison que Dieu construit. 




(Chaire papale- Saint Jean de Latran)



 

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Cette affirmation de Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, dit bien la réalité de l’Eglise, peuple rassemblé par Dieu en une seule et même famille, une seule et même maison. En ce jour où nous célébrons la dédicace (l’anniversaire de la consécration) de la basilique du Latran, à Rome, il est bon de nous souvenir que nous sommes tous, par notre baptême, membre d’un même corps, membre d’un même édifice.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. La basilique du Latran est le premier signe visible de cette maison que Dieu construit, parce qu’elle est la cathédrale du Pape en tant qu’évêque de Rome. Au fronton de la basilique sont écrits ces mots : Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Autrement dit, tout part de là ; tout existe à cause de cette Mère et tête. Même nos petites paroisses de la campagne alsacienne n’existent que parce qu’existe saint Jean de Latran. Certes, ce n’est pas l’évêque de Rome qui a ouvert ou construit nos églises, mais en étant le premier parmi ses pairs (primus inter pares), en ayant la responsabilité de nommer les évêques, l’occupant des lieux permet à la foi catholique de se répandre, de se structurer, de vivre et de faire vivre. Depuis l’empereur Constantin, qui a fait don à l’Eglise du domaine pour y construire la basilique, le baptistère et le palais, jusqu’à nous, c’est de là, de ce lieu symbolique et structurant, que tout est parti, que tout part encore. Si elle est la mère de toutes les églises, cette basilique est la basilique de chaque croyant, le lieu d’où la foi se dit, se transmet et se répand dans le monde entier. C’est pour cela que l’anniversaire de cette cathédrale, et de celle-là exclusivement, est célébrée dans le monde entier, permettant à chaque catholique de célébrer son attachement à l’Eglise catholique et apostolique. La basilique est dédiée à deux Jean : saint Jean le Baptiste, celui qui a annoncé la venue du Messie (Voici l’Agneau de Dieu) et saint Jean l’Evangéliste, celui qui a révélé dans son Evangile que le Verbe s’est fait chair. De cette basilique ne cesse de résonner ces deux paroles de ces amis de Jésus pour que le monde reconnaisse dans le Verbe fait chair, l’Agneau immolé qui porte le salut au monde.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Attachons-nous maintenant à comprendre ce que ce verset signifie pour nous, concrètement. Si nous sommes une maison que Dieu construit, nous sommes chacun un élément essentiel à cette construction et nous ne pouvons donc pas simplement nous en retirer. Imaginez-vous un instant ce que serait votre maison si, pendant que vous êtes réunis ici, vos fenêtres décidaient qu’elles ne faisaient plus partie de votre maison et la quittaient ?  Il y ferait rapidement plus froid avec la météo que nous connaissons ces derniers jours. Il en est de même pour notre Eglise. Il y fait plus froid quand des membres décident qu’ils peuvent être croyants sans être de l’Eglise, sans être attachés à leur Mère et tête. Elle est aussi moins belle quand manquent les visages de celles et ceux qui se sont éloignés. Elle est peut-être plus uniforme, mais moins harmonieuse parce qu’il en manque des voix. A l’heure où beaucoup pensent que l’uniformité doit être de rigueur, la fête de la dédicace du Latran nous rappelle que l’harmonie est plus importante. Les voix différentes ne sont pas des voix discordantes, mais des voix qui éclairent autrement l’unique Parole révélée par les deux Jean tutélaires de la basilique. Chacun y a sa place parce que chacun est appelé par Dieu à être de cette maison qu’il construit. Aujourd’hui, son Esprit rassemble l’Eglise, rassemble les croyants pour qu’ils soient cette œuvre d’unité voulue par Dieu. Une Eglise sans croyant n’est qu’une coquille vide ; un croyant sans Eglise n’est qu’un homme sans terroir, sans enracinement. L’Eglise que Dieu rassemble n’est pas une collection de bâtiments de styles différents, mais une collection d’hommes et de femmes qui se reconnaissent frères et sœurs malgré leurs différences d’origine, d’opinion, d’approches liturgiques, d’expériences spirituelles. Ce qui nous unis, c’est l’appel unique de Dieu adressé à chacun dans sa singularité et dans son originalité. Si vous avez visité un jour saint Jean de Latran, vous avez pu aimer ou pas son style architectural et ses dorures ; mais vous avez nécessairement reconnus son harmonie et sa capacité à dire quelque chose du mystère de cette Eglise que Dieu appelle et construit. Là tout est à sa place, tout concourt à l’harmonie, la sérénité et la beauté qui nous parlent de Dieu et de son amour pour nous qu’il appelle en sa maison.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Ayons une conscience toujours plus grande de cet appel à être une partie de cette maison et que notre place y est unique et irremplaçable. Personne ne peut prendre la place qu’un autre laisse libre. Nous pourrions appliquer à l’Eglise ce proverbe qui dit : un être vous manque et la terre est dépeuplée. Oui, un croyant vous manque et l’Eglise est dépeuplée. Prions Dieu de renouveler en nous l’Esprit de notre baptême, l’Esprit qui continue de construire son Eglise, pour qu’elle soit belle et harmonieuse, accueillante pour tous, Mère aimante pour chacun, tête qui nous entraine toujours mieux à la suite du Christ qu’elle a mission d’annoncer et de servir. Amen.  

samedi 9 août 2025

19ème dimanche ordinaire C - 10 août 2025

 La tenue de service, le vêtement baptismal.







 

            Est-ce de l’humour ou de l’ironie de la part de l’Eglise de nous faire entendre, au milieu de nos vacances, cette affirmation de Jésus : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins et vos lampes allumées ? Elle ne connaîtrait donc pas le concept même de vacances, ce temps où justement nous quittons le vêtement de service, le vêtement de travail ? Aurait-elle quelque chose contre le fait que nous nous prélassions sur la plage, ou que nous randonnions en forêt ou en montagne ? Si nous restons braqués sur la tenue de service qu’il ne faudrait jamais quitter, nous risquons bien de passer à côté de cette autre affirmation de Jésus, dans ce même passage : Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. Vous avez bien entendu : Dieu servira les hommes à table. Pour bien comprendre ce renversement, il faut nous interroger sur cette tenue de service. C’est quoi au juste ?

             En relisant mes homélies des années passées pour ce même dimanche, je m’aperçois que j’ai souvent identifié cette tenue de service avec la nécessité de la charité qui doit rester active, même pendant nos vacances ; ou encore avec l’amour du prochain qui ne prend jamais de vacances non plus. Mais, sans doute parce que je vieillis, je me dis que plus fondamentalement, la tenue de service, c’est le vêtement blanc de notre baptême, le vêtement qui nous a été donné quand nous sommes devenus fils de Dieu, participant à la mort et à la résurrection de Jésus. Gardez la tenue de service, c’est se souvenir à chaque instant de notre vie, ce que nous sommes devenus par le baptême, et vivre selon l’Esprit reçu en ce jour. Ce vêtement blanc a été lavé dans le sang de l’Agneau selon le livre de l’Apocalypse. C’est le vêtement de notre participation à la victoire du Christ sur les forces de mal et de mort qui envahissent notre vie. C’est le vêtement resplendissant du Ressuscité, passé par la mort pour nous appeler à la vie. Depuis Pâques, depuis sa victoire définitive sur le mal et la mort, le Christ est au service de l’humanité pour la conduire à la vie éternelle. Et le signe que nous sommes dignes d’être servis par lui, c’est justement que nous portons ce vêtement blanc, tenue pour le service de Dieu et des frères.

            Ceci nous rappelle que le baptême, ce n’est pas juste être mouillé par quelques gouttes d’eau qui tombent sur notre tête. Le baptême, c’est d’abord un état d’esprit, un art de vivre qui commence toujours par le renoncement au mal et l’accueil de Dieu lui-même au cœur de notre vie. Pour que Dieu puisse nous accueillir à sa table, il faut que notre tenue de service manifeste notre volonté de fuir le mal et de nous attacher à Dieu. Il n’y a pas à craindre de salir ce vêtement blanc en nous frottant à la réalité de notre existence ou à la dureté du cœur de l’homme. La tenue de service ne salit pas parce que j’ose encore me dire chrétien dans un monde qui ne l’est plus, ni parce que j’ose vivre encore en chrétien dans un monde qui nous voit souvent comme une survivance d’un passé révolu. Nous salissons notre tenue de service lorsque nous sacrifions à l’esprit du monde, lorsque nous oublions quel sang nous a rachetés, lorsque nous refusons de voir en chaque humain un frère ou une sœur à aimer.  Nous salissons notre tenue de service en n’étant plus ce que nous sommes devenus par le baptême. Nous sommes faits pour Dieu ; nous sommes faits pour les autres. Si nous nous recroquevillons sur nous-mêmes, nous rétrécissons notre tenue de service jusqu’à la faire disparaître.

             Rester en tenue de service, c’est donc rester chrétien en toutes choses, en chaque instant, même pendant les vacances. Cela nous invite à une réelle créativité, pour témoigner de ce que nous sommes dans les diverses situations de notre vie. Que nous soyons en famille, entre amis, au travail, en vacances, sur un lit d’hôpital ou que sais-je encore, nous avons à porter sans honte notre tenue de service pour que le Christ lui-même puisse nous servir à travers l’Esprit Saint que nous avons reçu par l’onction au jour de notre baptême. D’une certaine manière, notre tenue de service, c’est le Christ lui-même. Il suffit d’entendre Paul quand il écrit aux Galates : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ (Ga 3, 27-28). A ceux qui s’interrogeaient comment Dieu pouvait servir l’homme, la réponse est donnée ici. Dieu sert l’homme, parce qu’il sert son Fils qui a donné sa vie pour tout homme et qui vit en tout homme qui a passé avec lui la grande épreuve. C’est une autre manière de dire qu’il nous ressuscitera avec son Fils qu’il a ressuscité des morts.

             L’invitation à garder la tenue de service est donc une invitation à garder vive et active notre foi, en cultivant la mémoire de notre baptême. C’est une invitation à garder vive notre espérance en la vie avec Dieu pour toujours ; il nous attend dans son Royaume. C’est une invitation à garder active notre charité par l’Esprit reçu, parce que le baptême, ce n’est pas juste un jour de notre vie, c’est toute notre vie.  Que l’eucharistie reçue en nourriture fortifie notre désir de rester en tenue de service, pour la plus grande joie de Dieu. Amen.


samedi 11 janvier 2025

Baptême du Seigneur C - 12 janvier 2025

Le baptême de Jésus, une fête pour nous.







Avec le baptême du Seigneur, nous terminons le cycle des révélations ou des épiphanies de Jésus, Dieu fait homme. A Noël, il était révélé aux petits de son peuple ; à l’Epiphanie, les peuples du monde le découvraient, humble et caché, et l’adoraient. Aujourd’hui, Dieu le Père révèle Jésus à lui-même avec cette parole : Tu es mon Fils bien-aimé. Nous sommes bien loin de la crèche, le temps a passé, Jésus est adulte, il va commencer sa mission. L’évangéliste Luc poursuit sobrement le passage entendu par ces mots : Quand il commença, Jésus avait environ trente ans ; il était, à ce que l’on pensait, fils de Joseph, fils d’Éli, et se poursuit alors la généalogie de Jésus jusqu’à la mention fils d’Adam, fils de Dieu. Matthieu commençait son évangile par cette généalogie en partant d’Abraham ; Luc conclut toute la partie qui préparait Jésus à sa mission, depuis l’annonce de la naissance de Jean le Baptiste jusqu’à sa prédication dans le désert et le baptême de Jésus, par cette généalogie remontant le temps jusqu’au commencement. Il s’agit, dans l’un et l’autre cas, de bien inscrire Jésus dans l’histoire de son peuple. 

Peut-être faut-il rapidement rappeler ici que le baptême que Jésus reçoit de son cousin ne fait pas de lui un chrétien. Le baptême donné par Jean est un baptême de conversion, qui marque le désir de celui qui le reçoit de revenir vers Dieu. Nous en avons eu l’écho durant le temps de l’Avent, au deuxième et troisième dimanche. Jésus reçoit ce baptême, non pas parce qu’il a besoin de se convertir ; il reçoit ce baptême pour confirmer la mission de Jean. Ainsi, ceux qui sont venus vers lui peuvent être assurés d’avoir fait le bon choix, et que c’était la chose à faire pour se préparer à ce que Jésus va révéler aux hommes de Dieu, de sa miséricorde et de son amour. Jésus, en venant à Jean, reçoit la révélation de la part de Dieu, son Père, que ce qu’il a pu découvrir de lui est vrai. Souvenez-vous : c’est Luc déjà qui nous donnait à contempler Jésus au Temple au milieu des docteurs de la Loi, et affirmant à ses parents qu’il devait être chez son Père. Si entre temps cette pensée s’était estompée, Dieu vient lui redire qui il est et ce qu’il attend de lui. 

Mais si le baptême de Jésus n’est pas le baptême chrétien, pourquoi avoir invité aux différentes messes les familles qui ont célébré un baptême dans l’année écoulée ? Parce que le baptême de Jésus inaugure un temps nouveau et que nous entrons dans ce temps par notre baptême. Le baptême que nous recevons commence à faire de nous des chrétiens, des disciples qui appartiennent au Christ ; il nous identifie au Christ. Paul le rappelle à son ami Tite, dans l’extrait entendu en deuxième lecture : Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. En renaissant et en étant renouvelés, nous recevons cette dignité nouvelle de fils et de filles de Dieu, et nous devenons en espérance héritiers de la vie éternelle. Cela veut dire que la vie éternelle, qui est la vie même de Dieu, est déjà en nous depuis notre baptême, mais pas totalement. Parce que si elle était totalement en nous, nous vivrions comme Dieu et Jésus, c'est-à-dire non marqués par le péché et la mort. Nous serons totalement dans cette vie éternelle, totalement plongés en lui, lorsqu’il nous appellera à partager sa gloire, grâce à son amour et à sa miséricorde. Paul le redit aussi à Tite : Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. C’est Dieu qui fait de nous ses enfants, par grâce, en exerçant sa miséricorde, et non parce que nous serions particulièrement bons ou gentils. Notre vie ici-bas consiste donc à vivre toujours plus, toujours mieux, cette vie qui nous vient de Dieu. Quand Dieu se fait homme en Jésus Christ, il nous redit que le chemin vers lui, c’est notre humanité, mais notre humanité marchant à la suite de Jésus ; notre humanité se laissant aimer par Dieu totalement ; notre humanité entendant l’appel à devenir, comme Jésus l’était depuis le commencement, son Fils bien-aimé ; notre humanité en qui Dieu trouve sa joie. Il n’y a pas d’autre chemin pour devenir saint que celui qui passe par une humanité qui cherche toujours plus et toujours mieux à s’accomplir telle que Dieu la veut. Le baptême qui fait de nous des disciples du Christ ne nous évade pas de notre condition humaine ; il nous y plonge pour que nous la menions à sa perfection en suivant Jésus et en accueillant la miséricorde de Dieu. 

En reprenant ce matin le rite de l’aspersion en mémoire de notre baptême, en proclamant dans un instant notre foi avec le credo baptismal, nous voulons marquer l’importance de ce jour où nous avons été appelés à la vie avec Dieu, et demander à Dieu de renouveler ainsi en nous la grâce de notre baptême. Qu’en cette fête du baptême de son Fils, il nous accorde de nous redécouvrir ses enfants, et nous donne une ferveur renouvelée pour marcher à la suite de Jésus, en qui il trouve sa joie. Que la joie de Dieu d’avoir Jésus pour Fils devienne notre joie de marcher avec ce Fils à la rencontre de notre Père commun. Amen.


 

samedi 17 février 2024

1er dimanche de Carême B - 18 février 2024

 De Noé à Jésus : une Alliance pour lutter contre le Mal.




 (Source : Études de la Bible. Genèse Chapitre IX : Alliance avec Noé – Foi Orthodoxe (foi-orthodoxe.fr)

 



            Quiconque aura ouvert, ne serait-ce qu’une fois une Bible, aura compris que ce livre nous parle fondamentalement d’une chose : d’amour et d’Alliances pour lutter contre le mal. Ce premier dimanche de Carême en est une belle illustration. Il nous fait lire l’Alliance avec Noé, l’interprétation que Pierre en fait dans sa première lettre et enfin les premiers jours de la mission de Jésus après son baptême. 

            L’Alliance avec Noé est comme une grande recréation. Souvenez-vous : la terre avait été lavée à grandes eaux de tout le mal qui se faisait à sa surface. Seul un petit nombre fut sauvé (huit personnes), et avec eux un couple de chaque espèce animale que l’acte créateur de Dieu avait produit au commencement. Il fallait marquer le coup pour que le mal soit éradiqué. Un grand nettoyage de printemps en quelque sorte. Et quand ce fut fait, Dieu prend l’initiative d’une alliance avec Noé et les siens. Il nous faut bien entendre les termes de cette alliance. Elle est formulée ainsi : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. Elle est signifiée par l’arc-en-ciel qui pour les générations à jamais, fera Dieu se souvenir de son alliance. Une alliance à sens unique, qui semble n’engager que Dieu. Noé et les siens, et l’humanité à leur suite, reçoivent tout. Il suffit de lire les quelques lignes qui précèdent le passage entendu ce matin : Tout ce qui va et vient, tout ce qui vit sera votre nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne tout cela. Il ne leur est posé qu’un interdit : Mais, avec la chair, vous ne mangerez pas le principe de vie, c’est-à-dire le sang. Quant au sang, votre principe de vie, j’en demanderai compte à tout animal et j’en demanderai compte à tout homme ; à chacun, je demanderai compte de la vie de l’homme, son frère. En clair, la vie de l’homme n’appartient qu’à Dieu ; il ne revient pas à l’homme d’en disposer ! Enfin, une demande est faite à l’homme, la même que jadis à Adam : Et vous, soyez féconds, multipliez-vous, devenez très nombreux sur la terre ; oui, multipliez-vous ! » En fait, à lire et relire les chapitres huit et neuf de la Genèse, j’ai comme l’impression que Dieu pose cette alliance pour lui d’abord, pour qu’il se souvienne de ne plus se laisser aller à la colère. Comme si Dieu se repentait d’avoir déclenché le déluge : désormais, plus jamais cela n’arrivera ! C’est bien ce qui ressort, selon moi, de cette parole de Dieu quand Noé offre un sacrifice à Dieu : Le Seigneur respira l’agréable odeur, et il se dit en lui-même : « Jamais plus je ne maudirai le sol à cause de l’homme : le cœur de l’homme est enclin au mal dès sa jeunesse, mais jamais plus je ne frapperai tous les vivants comme je l’ai fait. Comme si Dieu nous faisait comprendre que ni Lui, ni l’homme, ne peuvent combattre le mal par le mal. Il nous faut faire mieux ; il nous faire le bien pour lutter contre le mal. 


            
N’est-ce pas ce que Dieu a décidé lorsqu’il a envoyé son Fils Jésus dans le monde pour sauver les hommes. Plutôt que de détruire à nouveau, il envoie Jésus à la rencontre des hommes. Il affrontera le mal, comme nous, au début de sa vie publique, à travers ce temps de tentation ; et à la fin de sa vie, en s’offrant sur le bois de la croix pour notre salut. Vous aurez remarqué que Marc ne détaille pas les tentations. Il nous dit juste : Jésus resta quarante jours dans le désert, tenté par Satan. Ce que compte, ce n’est pas comment, mais que Jésus en soit sorti, vainqueur, une première fois. Cela nous ouvre une espérance et nous permet de comprendre l’Evangile de Dieu que Jésus proclame : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Quand le mal est vaincu, Dieu peut établir son règne ; quand le mal est vaincu, les temps sont accomplis. Le mal sera définitivement vaincu sur la croix, alors même qu’il semble triompher. De symbole de mort, elle devient passage vers la vie en plénitude. C’est ce que nous fait comprendre Pierre dans sa première lettre. Pour vaincre définitivement le mal, Jésus lui-même a choisi le bien en offrant sa vie pour nous introduire devant Dieu. La leçon donnée du temps de Noé trouve, dans le sacrifice de Jésus sa plus belle et sa plus forte illustration. Seul le bien défait le mal ; seul celui qui est la Vie libère et sauve de la mort.

 

            Si l’alliance avec Noé permettait à Dieu de retenir son bras vengeur, l’alliance en Jésus permet à tous de s’engager résolument dans la lutte contre le mal, sachant qu’en lui, nous avons déjà notre victoire. Le bien fait par Jésus s’étend à nous tous par le baptême et nous donne la force de vaincre le mal en nos vies d’abord, autour de nous ensuite, pour que notre terre resplendisse de la gloire de Dieu. Que notre temps de Carême nous permette d’entrer dans cette lutte ; que ce temps de carême nous donne de faire le bien pour lutter contre le mal. Amen.

 

dimanche 9 juillet 2023

14ème dimanche du temps ordinaire A - 09 juillet 2023

 L'amour, toujours l'amour, seulement l'amour !




        Dimanche dernier, Paul expliquait aux chrétiens de Rome les effets immédiats du baptême, à savoir qu’il nous unit à la mort et à la résurrection de Jésus et que ce plongeon dans la mort et la résurrection du Christ nous amenait à vivre une vie nouvelle. Il poursuit aujourd’hui en insistant sur cette opposition entre la chair et l’Esprit Saint. 

            Ces catégories peuvent aujourd’hui nous échapper. Nous pourrions dire que Paul se situe dans la veine de l’enseignement de Jésus quand il disait à ses disciples qu’ils n’étaient pas du monde, le monde étant entendu comme cet espace où l’homme vit sans Dieu. Les disciples, qui ont fait le choix de suivre Jésus et de vivre selon son enseignement, n’appartiennent plus à ce monde sans Dieu, puisque Jésus est l’envoyé de Dieu sur terre pour ouvrir aux hommes le chemin du salut. Ils sont dès lors invités à vivre conformément à ce monde de Dieu que Jésus inaugure et qu’il rendrait accessible à tous par son sacrifice sur la croix. De même pour Paul, celui qui vit selon la chair, vit selon les passions humaines, alors que celui qui vit selon l’Esprit, vit selon l’Evangile du Christ. Vivre de l’Esprit, c’est donc vivre de cet Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. C’est vivre de la puissance de la résurrection. Pour être bien clair, être baptisé devient ainsi plus qu’un moment de notre vie, et même plus qu’un état. Être baptisé, c’est un art de vivre qu’il nous faut déployer ! C’est cet art de vivre qui traduira notre foi ; c’est cet art de vivre qui montrera aux hommes ce qui fait notre particularité, notre originalité. Paul l’affirme sans détours : par l’Esprit, tuez les agissements de l’homme pécheur. Cela peut sembler violent, mais y a-t-il une autre solution pour le croyant au Christ que de vivre selon l’Esprit du Christ ? 

            L’Esprit du Christ selon lequel il nous faut vivre ne nous est pas inconnu. Il y a bien sûr la charité envers tous, l’attention aux plus petits, le respect de toute vie, le combat de ce qui est mal et qui entraîne au mal. Nous pouvons alors relire l’évangile du jugement dernier du même évangéliste Matthieu qui nous fait bien entendre le Christ ressuscité revenant dans la gloire nous interroger : j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais un étranger, j’étais malade, j’étais en prison : qu’as-tu fais pour moi, ou que n’as-tu pas fait pour moi ? Remarquons bien qu’il n’est pas ici question de prière, de messe du dimanche, de pèlerinage ou d’acte principalement religieux, mais uniquement d’actes humanitaires. Nous pourrions résumer toutes ces questions par cette unique question : as-tu aimé toutes les personnes que j’ai mises sur ton chemin et qui venaient vers toi en mon nom ? As-tu su me reconnaître en eux, moi qui suis devenu humain pour que tu puisses devenir Dieu ? 

            Nous pouvons maintenant entendre à nouveau Jésus parler du joug qu’il nous propose de porter, son joug. Ceux qui ont pu visiter l’écomusée par exemple, ou un corps de ferme qui a conservé les outils anciens, savent qu’un joug n’est jamais léger. Et pourtant dit Jésus, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. Comment peut-il affirmer cela ? Il le peut parce qu’il porte ce joug lui-même : c’est le joug de l’immense amour Dieu pour son peuple, amour que nous sommes invités à vivre et à partager en retour. L’amour n’est un fardeau trop lourd que pour les personnes qui se referment sur elles et qui refusent de voir en chacun quelqu’un à aimer. L’amour n’est lourd à porter qu’à ceux qui refusent d’aimer et de se laisser aimer. On pourrait en conclure que l’amour n’est lourd à porter que par ceux qui refusent d’accueillir l’Amour qui vient de Dieu. 

            L’enseignement du Christ et des plus grands saints de l’histoire de l’Eglise est constant et clair à ce sujet : un disciple du Christ ne saurait ne pas aimer, ne saurait ne pas aimer tous et chacun de ceux qui croisent sa vie. Il ne s’agit pas de les aimer tous d’un amour charnel, mais bien de cet amour qui nous vient de Dieu et qui ne fait pas de différence entre les personnes. Je ne peux donc me contenter de n’aimer que ceux qui m’aiment ; je ne peux me contenter de n’aimer que ceux que je choisis d’aimer. Être baptisé, être disciple du Christ, vivant sous l’emprise de l’Esprit Saint, entraine pour nous un art de vivre qui nous oblige à la charité envers tous. Et l’Esprit Saint nous est donné pour nous y aider et nous y entraîner. Accueillons cet Esprit Saint et laissons-le agir en nous pour que notre vie et notre amour soient à la hauteur de la vie et de l’amour du Christ pour nous. N’attendons pas d’être aimés par les autres pour les aimer en retour. En matière d’amour, nous devrions être les champions ! En matière d’amour, nous devrions être les premiers à aimer toujours, à cause de Jésus qui nous a tant aimés. Baptisés, ayons conscience qu’avec Jésus, c’est l’amour, toujours l’amour, seulement l’amour. Tout le reste n’est que de la littérature. Amen.

samedi 1 juillet 2023

13ème dimanche ordinaire A - 02 juillet 2023

 Les effets du baptême.


           

            






            Je vous propose ce matin une méditation de l’extrait de la lettre de Paul aux Romains. Il nous parle du baptême et de ses effets. Parce que le baptême, contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd’hui, n’est pas d’abord un acte social ou familial, mais bien un acte profondément personnel qui engage une vie, notre vie. Et ce n’est pas parce que, comme bon nombre d’entre vous, j’ai été baptisé à un âge où je n’étais pas conscient de cela, que le baptême que j’ai reçu n’affecte pas ma vie aujourd’hui, bien au contraire. N’ayant pas choisi en pleine conscience le baptême, je me dois de me réapproprier son sens véritable. Ainsi seulement, ce choix qui fut celui de mes parents, parce qu’ils voulaient le meilleur pour moi, peut devenir mon choix, pleinement assumé. 

            La première chose que nous dit Paul, c’est que le baptême nous unis à la mort du Christ Jésus : Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Quand je prépare un baptême avec des parents, je constate souvent que cet aspect fondamental du sacrement est le moins connu. Proposez une liste de mots divers contenant mort et résurrection à des parents, et demandez-leur d’enlever de cette liste les mots qui ne parlent pas du baptême, et dans 99,9% des cas, mort et résurrection disparaissent. Peu de chrétiens comprennent spontanément que le baptême a quelque chose à voir avec l’événement pascal. Ils vous parleront plutôt de commencement de la vie avec Dieu, d’entrée dans la famille des chrétiens, mais très rarement de cette participation à la mort et à la résurrection de Jésus. Les sens secondaires ont pris le dessus sur le sens premier. Enlever pourtant l’événement pascal, et le baptême perd sa valeur première qui est de nous rendre participants du salut donné par… la mort et la résurrection de Jésus. Vous voyez : difficile d’y échapper ! Ce n’est pas le fait de faire partie de la famille des enfants de Dieu qui nous sauve, mais bien Jésus mort et ressuscité ! Quand l’eau coule sur notre tête, nous sommes plongés dans la mort de Jésus pour revivre avec lui. C’est le premier effet très concret du baptême. 

            Paul nous dit ensuite pourquoi nous sommes plongés dans la mort et la résurrection du Christ : c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui est ressuscité d’entre les morts. Unis à la mort de Jésus, nous sommes unis à sa résurrection. Le baptême nous ouvre à la vie nouvelle qui est celle du Ressuscité lui-même. Nous sommes totalement sauvés, et nous participons à sa victoire sur le péché et la mort. C’est cela, être sauvé par le baptême : ne plus être soumis à la loi du péché et de la mort. Le péché, même s’il nous arrive d’y succomber, ne nous submerge plus ; et la mort terrestre n’est plus le dernier mot de notre histoire puisque notre nom est inscrit dans les cieux, dans le cœur de Dieu, qui nous appellera à vivre avec lui. Paul insiste : Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. La vie nouvelle qui nous est offerte au baptême et dont nous devons vivre, c’est, selon le mot de Paul toujours, penser que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. Nous pouvons alors relire la vie de Jésus, et comprendre toujours mieux ce que signifie être vivants pour Dieu en Jésus Christ. Toute sa vie, Jésus a été vivant pour Dieu. Toute sa vie, il nous a montré et enseigné comment vivre pour Dieu. Cela passe par l’amour de tous, y compris des ennemis, un amour agissant pas un amour du bout des lèvres ; cela passe par une attention aux plus petits, aux plus faibles ; cela passe par une charité active et inventive ; cela passe par le don de sa vie à ceux qu’on aime. 

Certains voudraient alors des recettes toutes faites, à appliquer simplement. Mais cela n’existe pas, ou alors je serais obligé de faire de la morale. Or la foi n’est pas de la morale. La foi doit conduire à une vie morale ; et ce n’est pas la même chose. Il n’existe pas de recettes toutes prêtes à utiliser, parce que chacun de nous est différent, nos vies sont différentes, nos tempéraments sont différents. Si je vous disais : dans telle situation, faites ceci mais pas cela, je nierai votre différence, ce qui reviendrait à nier votre existence. Je dois me tenir à indiquer la voie à suivre (regardez et vivez comme le Christ nous l’a appris) et vous laisser choisir dans la vie qui est la vôtre, comment vous ferez concrètement. Faire autrement, c'est-à-dire indiquer clairement la seule manière de faire dans telle situation, ce n’est plus vivre en Eglise en respectant la liberté des enfants de Dieu, mais ce serait construire une secte, dans laquelle tout le monde obéirait au grand gourou. Je ne suis pas devenu prêtre pour cela. Notre liberté, acquise à grand prix par le Christ sur la croix, nous oblige chacun à discerner comment vivre pour Dieu dans ce qui fait la vie propre de chacun. Chaque fois que l’Eglise ou l’un de ses membres a cru bon de faire autrement, cela a conduit à des abus dont nous payons le prix aujourd’hui. 

Il revient à chacun de s’approprier la grâce de son baptême ; il revient à chacun d’écouter l’Esprit qui parle à son cœur ; il revient à chacun, après avoir écouté et prié, de faire le choix de sa vie et de ses œuvres. Tout a été donné par le baptême : la grâce de Dieu, la vie du Christ, la force de l’Esprit, la victoire sur le mal et la mort et la liberté qui en résulte. A chacun de conjuguer tout cela pour être chaque jour vivant pour Dieu. Amen.

samedi 24 juin 2023

12ème dimanche ordinaire A - 25 juin 2023

 Un pour tous, tous pour Un ?




 

 

 

 

            Cette semaine, rappelant que le baptême était le premier sacrement de pardon, même pour un nouveau-né, j’ai eu droit, en écho, à la question récurrente : « Mais que fait-il, notre petit, pour qu’il doive déjà être pardonné ? » Je réponds toujours, pour rassurer les anges gardiens de tous les nouveau-nés, que réveiller les parents en pleine nuit parce que la couche est pleine ou le ventre vide, n’est pas de l’ordre du péché. Ce qui est visé, n’est pas un acte particulier, mais plutôt une réalité liée à notre humanité, et que Paul explique bien dans la seconde lecture entendue : le péché originel. 

            Ecoutons bien Paul : nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. La désobéissance de nos premiers parents nous vaut à tous d’être marqués par cette capacité à nous prendre pour notre propre Dieu. L’homme est le seul animal qui peut décider, en conscience, parce que cela lui plaît et qu’il en a l’occasion, de faire le Mal. Aucun autre animal ne le fait. En-dehors de l’homme, aucun autre animal ne tue par plaisir par exemple ! Mais vous et moi, nous avons en nous, parce que nous sommes humains, la possibilité de faire le choix du Mal. Cela étant dit, nous avons aussi en nous la possibilité de faire le choix du Bien. Quand nous affirmons que le baptême est le premier sacrement du pardon pour qui le reçoit, nous affirmons bien que les parents font le pari que, avec l’aide de Dieu qui leur pardonne par avance ce péché originel, leurs enfants feront le choix du Bien et renonceront au Mal. C’est toujours Paul qu’il nous faut écouter dans la suite de son explication : Il en va du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Comprenez-vous ? Puisque la faute unique d’Adam nous a valu à tous d’être marqué par le péché, l’obéissance de Jésus qui est allé à la mort nous vaut à tous le salut. Ce qui vaut dans le sens du péché, vaut également dans le sens du salut : c’est Un pour tous ! 

            En affirmant cela, Paul nous redit l’immense amour de Dieu pour nous. En effet, puisque l’homme lui avait désobéi, il aurait pu se détourner de l’humanité. Or, il n’en a rien été. Au contraire, les Ecritures en témoignent, il n’a cessé depuis ce jour funeste, de chercher à gagner à nouveau l’homme. Dieu, pour y parvenir, a même envoyé son propre Fils pour que le cœur des fils revienne vers le Père. Et nous savons que ce Fils est allé à la mort sur la croix, non par plaisir ou par romantisme, mais par souci du salut de tous les hommes. Si cela n’est pas une preuve d’amour, je ne sais pas ce qu’il nous faut ! Mesurons-nous vraiment la puissance de l’amour de Dieu pour nous ? L’évangile nous fait comprendre aussi cet amour immense de Dieu pour nous en nous invitant à la confiance : nous sommes tellement aimés de Dieu que nous n’avons rien à craindre. Nous sommes tellement aimés de Dieu que nous valons plus que tout le reste de la création. Il nous reste alors à entendre Jésus lui-même quand il affirme : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Pour reprendre Alexandre Dumas, nous pouvons poser ainsi les choses : le Un pour tous de Jésus en matière de salut entraine-t-il en réponse de notre part un : tous pour Un ? Avons-nous de la reconnaissance envers Jésus de nous avoir sauvés tous de la mort et du péché au point de nous engager pour lui et témoigner de lui devant les hommes ? Ou continuons-nous à vivre comme si cela n’était rien, ou ne changeait rien ? Le Un pour tous, Jésus l’a fait, une fois pour toutes ; et les croix dressées dans nos églises et à la croisée de nos chemins, nous le rappellent quotidiennement. Le tous pour Un serait donc à manifester tout aussi quotidiennement par une vie fidèle au Christ, une vie qui ne refait pas le choix du Mal, mais une vie qui se montre solidaire des plus petits, des plus vulnérables, une vie offerte à qui en a besoin. 

            Notre baptême a été pour nous tous, et restera pour les générations à venir, le premier sacrement du pardon, puisqu’il nous fait fils et filles de Dieu, libérés du péché et de la mort. Notre baptême donne ainsi un grand souffle à notre existence ! Vivons-nous toujours dans ce souffle qui nous vient de Dieu, ou laissons-nous, comme Adam, le vent de la révolte souffler en nous ? L’eucharistie qui nous rassemble ce matin, est le repas qui vient refaire nos forces dans cette lutte constante contre le Mal, et en faveur du Bien. Elle est un signe supplémentaire que Dieu nous aime, puisqu’il nous donne lui-même la nourriture nécessaire pour mener à bien notre combat. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous redonne le courage de mener en nous d’abord, autour de nous ensuite, cette lutte pour un monde meilleur, débarrassé du Mal. Que le Pain partagé, Corps livré du Christ, nous donne d’être toujours plus acquis pleinement à Dieu et à son Christ, source de notre salut, source de notre vie. Puisque le Christ est pour toujours Un pour tous, soyons tous pour Lui, tous pour cet Un qui nous a aimés à en mourir. Amen.

samedi 17 juin 2023

11ème dimanche du temps ordinaire A - 18 juin 2023

 La moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux. 




 

 

 

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Cette invitation de Jésus, au début de son ministère, ne cesse de me surprendre et provoque en moi trois questions que je vous livre ce matin. 

Première question : Qui a semé ? Car enfin, avant que des gens ne cherchent à moissonner, il faut que quelqu’un ait semé ! Cette évidence n’aura échappé à personne ! Or Jésus n’a jamais envoyé quelqu’un semer ! Si l’on replace ce passage d’évangile dans son contexte, nous assistons à son baptême, puis à sa retraite de 40 jours au désert. Sortant de là, il appelle quatre premiers disciples, donne le sermon sur la montagne, et guérit un certain nombre de malades. Mais jamais il n’a envoyé quiconque semer. N’est-ce pas étrange de vouloir moissonner là où personne n’a semé ? A moins que la semaille ne relève pas du travail des hommes. A moins que les hommes n’aient qu’à moissonner ce qu’un autre, le Tout-Autre, a semé. Il y aurait donc deux temps : le temps de l’Autre, où Dieu fait son œuvre, mystérieusement, dans le cœur des hommes, et le temps de la moisson, le temps du Christ et notre temps, où nous constatons l’œuvre de Dieu en chacun de nous. 

Ce qui amène ma deuxième question : moissonner, oui, mais quoi ? Qu’est-ce qui urge ainsi pour que même le Christ se plaigne du peu de moissonneur ? Quelle est cette œuvre qui a grandi et qu’il faut maintenant récolter ? Si notre première hypothèse (à savoir, le semeur c’est Dieu) est bonne, alors la moisson concerne bien son œuvre et il nous en faut recueillir les fruits. Nous avons donc la certitude d’en trouver, des fruits ! Dieu travaille depuis longtemps le cœur des hommes pour en espérer maintenant quelque chose de bon. Le rôle des moissonneurs est donc de savoir discerner les signes de Dieu, les traces de son passage au cœur même de la vie des hommes. Il s’agit donc, pour l’humanité, d’achever l’œuvre de Dieu, de tenir sa part dans l’Alliance jadis conclue entre Dieu et les hommes. Et si le temps de la moisson est venu, cela signifie aussi ce que Jésus ne cesse de proclamer : le Royaume est proche ! Ces temps sont les derniers. Le sens de l’histoire va bientôt être révélé. Le temps de la moisson est le temps de vérification du travail de la terre. Certes, quelqu’un a semé, mais vous  savez bien, qu’une fois que vous avez semé, le temps qui suit ne dépend pas de vous. Il ne suffit même pas d’arroser et de désherber pour être sûr que quelque chose va lever. Il y a le travail mystérieux de la terre. Le temps de la moisson que le Christ ouvre par son appel, devient le temps de vérification de la qualité de notre terre, de la qualité de notre vie. Qu’avons-nous fait de ce que Dieu a semé en nous ? Quel accueil avons-nous réservé à sa Parole ? 

Enfin, troisième question : qui sont les moissonneurs que le Christ appelle de ses vœux aujourd’hui ? Sont-ce uniquement les prêtres (ou pour faire bref, la hiérarchie de l’Eglise), successeurs, par leur ministère, des Apôtres que Jésus appelle pour la moisson ? Le passage de l’évangile de Matthieu semble lier les deux : appel à moissonner et appel des Douze ! Les prêtres et les évêques seraient donc établis pour guider le peuple, lui rappeler sans cesse la Parole de Dieu à l’œuvre et l’inviter sans délai à se convertir pour qu’il puisse produire les bons fruits attendus ! Leur ministère serait donc un ministère d’accompagnement et de discernement. Mais cela signifierait aussi qu’il n’y aurait pas de moisson possible là où il n’y a pas ou plus de prêtre ! D’où la demande de Jésus concernant la prière pour que Dieu envoie des moissonneurs. Est-ce bien raisonnable d’énoncer les choses ainsi ? N’est-ce pas oublier un peu vite que nous sommes tous, par notre baptême, prêtre, prophète et roi ? En clair que chaque baptisé, pour la part qui est la sienne, peut participer à la moisson. Chaque baptisé est invité à se convertir, à discerner en lui l’œuvre de Dieu pour mieux y répondre. Chaque baptisé, par le témoignage qu’il donne, peut entraîner à sa suite des hommes et des femmes qui auront soif du Christ et qui voudront vivre eux-aussi, selon l’Evangile. Chaque baptisé porte, pour une part, le souci de la récolte. Il nous faut donc prier d’abord pour que jamais ne manquent ces chrétiens qui prennent au sérieux, dans le quotidien de leur vie, les exigences de l’Evangile et qui essaient d’en vivre. A quoi serviraient les pasteurs s’il n’y avait pas de peuple à guider ? 

En invitant à la moisson, le Christ appelle chaque baptisé à prendre au sérieux l’œuvre de Dieu en lui. La page d’évangile entendue est, pour moi, une invitation à ne pas tout reporter sur les seuls ministres ordonnés, mais à nous souvenir chacun, que nous partageons tous un sacerdoce baptismal à vivre effectivement. A cause de notre baptême, nous avons à discerner Dieu à l’œuvre dans notre vie. A cause de notre baptême, nous sommes invités à être ce peuple de prêtres dont parlait le livre de l’Exode. A cause de notre baptême, nous sommes appelés à être ce peuple particulier que Dieu se donne pour témoigner de son amour à toute créature. A cause de notre baptême, nous avons tous, chacun à sa place et selon son état de vie, à participer à cette moisson qui deviendra gerbe de vie éternelle pour tous les hommes que Dieu aime. Ouvrons-nous à l’œuvre de Dieu en notre vie, et nous participerons à une riche moisson de vie éternelle. Amen.

samedi 18 mars 2023

4ème dimanche de Carême A - 19 mars 2023

 Revenez à moi : vivez dans ma lumière ! 







            Frères, autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. Cette annonce de Paul aux Ephésiens laisse entendre qu’il y a quelque chose entre cet avant qui nous plongeait dans les ténèbres et cet aujourd’hui qui nous illumine. Ce quelque chose, c’est la rencontre avec le Christ et notre adhésion à sa personne, autrement dit, notre baptême. 

            Il suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir le Rituel du Baptême des adultes. En remettant le cierge, allumé au cierge pascal, au nouveau baptisé, le prêtre dit : Vous êtes devenus lumière dans le Christ : marchez toujours comme des enfants de lumière ; demeurez fidèles à la foi de votre baptême. Alors, quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du Ciel. Cette prière est on ne peut plus claire : le baptême n’est pas seulement un acte, c’est un chemin de vie qui nous fait devenir lumière dans le Christ. Le Rituel du baptême d’un enfant est encore plus précis, quand il confie cette lumière aux parrains-marraines, à charge pour eux d’exercer leur mission en lien avec les parents de leur filleul. Il fait dire au prêtre : C’est à vous, parents, parrain et marraine, que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir : que votre enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême. Ainsi, quand le Seigneur viendra, il pourra aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du Ciel. La lumière dont nous devons resplendir, c’est bien le Christ lui-même ; c’est lui qui illumine notre vie ; c’est à sa suite que nous vivons ; c’est à sa suite que nous marchons vers le Royaume. Comme le précise une variante proposée par un groupe de travail des milieux ouvriers, cette lumière (le Christ) donne espérance et force au milieu des difficultés et des faiblesses que nous pouvons connaître ; cette lumière doit nous permettre de nous souvenir toujours que nous sommes entrés dans un monde tourné vers l’avenir, car Jésus Christ est la lumière du monde. La lumière dont nous resplendissons n’est donc pas l’expression de notre génie (quelle lumière cet homme !), mais bien l’expression de notre attachement profond et vital au Christ, mort et ressuscité pour notre vie. 

            La rencontre entre Jésus et l’aveugle, dont nous avons entendu le récit dans l’évangile de ce dimanche, devient alors l’illustration parfaite de ce que dit le Rituel du baptême. Avant sa rencontre avec Jésus, cet homme est aveugle, plongé dans les ténèbres. Il nous suffit à tous de fermer les yeux pour faire brièvement l’expérience de ce que peut être sa vie. Son handicap devient l’illustration pour les voyants que nous sommes de ce que signifie une vie refusant le Christ. On peut vivre, mais en n’y voyant rien, en ne voyant pas la beauté du monde marqué par la présence de Dieu en Christ. Quand le Christ entre dans la vie de cet aveugle et qu’il écoute sa parole : va te laver à la piscine de Siloé, il voit ! Il nous faut noter ici que cet homme n’a pas cherché la guérison. Dans son évangile, Jean nous dit que, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. C’est un homme sans nom chez Jean comme pour dire qu’il est chacun de nous tant que nous n’avons pas rencontré le Christ. La question des disciples : rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? peut s’entendre ainsi dans notre monde marqué par un recul de la foi : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il ne te connaisse pas ? Et la réponse serait la même de la part de Jésus : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. La rencontre entre le Christ et l’un de nous a toujours pour but de manifester dans une vie précise les œuvres de Dieu. Vivre en enfant de lumière, pour reprendre l’expression de Paul, c’est cela et rien que cela : manifester à travers notre vie que Dieu est à l’œuvre dans notre monde. 

            Cet homme, aveugle de naissance, qui ne demande rien à Jésus, est donc guéri par la seule initiative de Jésus. S’en suit d’abord un étonnement puis tout un procès devant la puissance du signe donné. Les uns disaient : c’est lui. Les autres disaient : Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. Celui qui n’a rien demandé, qui a bénéficié gratuitement de la grâce de Dieu par Jésus, est conduit devant les pharisiens. Comprenez-vous, Jésus a guéri cet homme un jour de sabbat ! Ce qui préoccupe les pharisiens, ce n’est pas que l’aveugle ait été guéri, ni comment il a été guéri ; ce qui les préoccupe, c’est ce que dit ce signe de celui qui l’a posé, Jésus. Est-il de Dieu ? Si oui, pourquoi n’observe-t-il pas le repos du sabbat ? Et s’il est pécheur, comment peut-il accomplir des signes pareils ? Ce que cette guérison provoque chez l’ancien aveugle, il n’en est guère question. Ses parents, sans doute aussi surpris que tous les autres, se contentent de préciser que c’est bien de leur fils dont tout le monde parle. Il ne s’agit pas d’une supercherie. Et l’aveugle devenu voyant témoigne de la seule certitude qui l’anime à ce moment précis : j’étais aveugle, et à présent je vois. Et devant l’insistance de ses opposants, il lâche la question fondamentale : Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? C’est la seule question d’importance. Quand Dieu passe dans notre vie, voulons-nous le suivre ? Cette lumière qu’il fait resplendir en nous, voulons-nous la porter au monde ? 

L’histoire s’achève par cette profession de foi de la part de celui qui est retrouvé par Jésus après ce simulacre de procès. Quand Jésus (qu’il n’a pas vu encore depuis sa guérison) le retrouve et l’interroge : Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois, c’est lui qui te parle. Il dit : Je crois, Seigneur ! Et il se prosterna devant lui. Il fallait que la rencontre transformante avec Jésus qu’il avait faite lorsqu’il était encore aveugle, devienne rencontre réelle avec lui et affirmation de la Seigneurie du Christ. Ceci nous montre bien que le baptême ne saurait juste être un acte, un moment de notre vie. Combien de chrétiens ont été baptisés sans devenir vraiment croyants, sans avoir abouti à cette rencontre réelle avec Jésus qui leur permet de resplendir du Christ ? Combien de baptisés sont incapables de dire par eux-mêmes : Je crois, Seigneur ? L’appel de Paul aux Ephésiens : Conduisez-vous comme des enfants de lumière, est plus que jamais d’actualité. Baptisés, nous avons à reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur et à le vivre. 

Durant ce Carême, nous avons choisi de répondre à l’appel du Seigneur formulé par le prophète Joël au début de ce temps : Revenez à moi. Aujourd’hui, il nous indique un nouveau chemin pour répondre à son appel : Vivez dans ma lumière. Que l’eucharistie de ce dimanche redonne vigueur à cette lumière reçue à notre baptême ; que nous puissions toujours resplendir du Christ qui veut sauver tous les hommes. Amen.

dimanche 15 janvier 2023

2ème dimanche ordinaire A - 15 janvier 2023

 Elus pour témoigner de Dieu.



 

            Il y a une thématique qui traverse toute la Bible et dont toutes nos lectures de ce dimanche se font l’écho, celle de l’élection. Dieu choisit des hommes et des femmes, et même un peuple tout entier, pour être témoins de son œuvre de salut en faveur de l’humanité. Il est important de bien saisir le sens de cette élection pour ne pas tomber dans des travers dangereux et pour l’élu et pour ceux vers qui il est envoyé. 

            Nous l’avons entendu dans la première lecture : Dieu appelle le prophète Isaïe. Tu es mon serviteur, en toi je manifesterai ma splendeur. Et plus loin Dieu précise le sens de cet appel : C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. L’élection ou l’appel, si vous préférez, c’est toujours en vue d’une mission auprès de quelqu’un. Ce n’est pas pour placer quelqu’un au-dessus des autres, mais pour le placer auprès de quelqu’un ou en avant de quelqu’un. L’élu ne va pas dominer, il va accompagner, éclairer, ramener vers Dieu, dire sa Parole… Même l’élection du peuple Israël n’en fait pas un peuple au-dessus des autres. Il est le peuple particulier de Dieu pour être lumière qui éclaire les nations. Pour le dire clairement, Israël est choisi pour vivre l’Alliance que Dieu propose, non pas parce qu’il est meilleur que les autres peuples, mais pour qu’un peuple, Israël, serve de modèle aux autres ; pour que les autres peuples, voyant Israël bénéficier des faveurs de Dieu, se disent : nous-aussi, nous voulons vivre cela, nous aussi nous voulons connaître ce Dieu qui intervient en faveur du peuple qu’il a élu. 

            Les Alliances successives, et les ruptures d’Alliance tout aussi successives, nous montrent bien que ce n’est pas simple et que l’élection par Dieu n’empêche pas le peuple de se détourner de Dieu. Dieu enverra des prophètes vers son peuple pour faire revenir le cœur de celui-ci vers Dieu. Et après le temps de l’Exil, le prophète Isaïe nous indique clairement que désormais, c’est l’humanité tout entière qui est appelé au salut. L’élection d’Israël s’étend à tous les peuples. Tous sont aimés de Dieu ; tous peuvent bénéficier du salut que Dieu offre. Des siècles plus tard, Paul, qui a grandi au sein de ce peuple élu par Dieu, a bien conscience d’une nouvelle élection qui le concerne lui et ceux qui ont fait choix du Christ : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelé à être saints… Paul a été appelé à être apôtre : c’est son élection particulière ; mais avec lui, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Cette élection, nous la partageons tous depuis notre baptême. 

            Et nous comprenons là que l’élection ne nous place pas au-dessus des autres, mais au milieu des autres, et qu’elle nous confère une mission. Pour Isaïe, c’est d’être prophète ; pour Paul, c’est d’être apôtre du Christ Jésus, pour chacun de nous et pour eux, c’est d’être saints. Il y a une mission commune, la sainteté à accueillir et à vivre, et des missions particulières au service de la mission commune : être prophète, être apôtre… Paul les détaillera plusieurs fois dans ces lettres. Ceux qui exercent une mission particulière ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste été appelés à quelque chose de plus au service de tous. De même, les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste accepté l’appel de Dieu que le baptême manifeste. Par le baptême, Dieu nous choisit comme ses enfants : Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. C’est Dieu qui nous choisit par le baptême ; nous faisons juste le choix de lui répondre. Mais c’est son appel qui est premier et qui conditionne tout. 

            Que ce soit l’appel à la mission commune (vivre de la sainteté de Dieu) ou que ce soit l’appel à une mission particulière, nous avons tous la même obligation : témoigner de ce que Dieu a fait pour nous et pour notre salut. Jésus lui-même, placé au milieu de nous par son incarnation, témoignera par son enseignement et par les signes qu’il pose, de ce que Dieu réalise pour tout homme. Nous ne pouvons pas le faire si nous considérons que nous sommes au-dessus des autres. Nous ne témoignons vraiment que lorsque nous vivons au milieu des autres, partageant leurs tristesses et leurs joies, leurs angoisses et leurs espérances. Que ce temps ordinaire que nous avons commencé, nous donne de nous situer en vérité au milieu des hommes de notre temps et de leur témoigner l’amour dont Dieu les aime. Ainsi nous serons lumière qui éclaire les nation et nous accomplirons notre vocation à la sainteté. Ainsi nous pourrons tourner les cœurs vers le Christ, le seul qui sauve. Amen.