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samedi 5 juin 2021

Fête du Corps et du Sang du Christ B - 06 juin 2021

 Quand l'absence révèle le sens.



(Procession de la Fête-Dieu à Geispolsheim (67) en 2017 - Source site du diocèse)


            Pour la deuxième année consécutive, pour les raisons liées à la crise sanitaire que nous connaissons, il n’y aura pas de procession du Saint Sacrement dans les rues de nos villages. Certains diront que ce n’est pas bien grave, la plupart de nos communautés ayant abandonné cette pratique depuis longtemps, bien avant la pandémie. C’est vrai, avant la crise du COVID, à part quelques villages irréductibles qui maintenaient une procession « parce que ça fait venir du monde » ou par tradition, peu connaissaient encore cette pratique des reposoirs et de la procession qui traverse toute une cité. Mais soudainement, l’absence forcée nous en révèle toute la portée, l’absence forcée nous en révèle tout le sens. 

            Certains vont dire : voilà qu’il fait son nostalgique. Ben non, même pas, parce que, pour le petit haguenovien que j’étais, la Fête Dieu, comme nous disions alors, se caractérisait par une messe unique rassemblant les trois paroisses de la ville à la Halle aux Houblons. Point de procession dans la cité de Barberousse. Mais un temps qui mettait fin à la rivalité entre les communautés chrétiennes dont on n’envisageait nullement le regroupement en communauté de paroisses. Un temps fort pour la cité tout entière qui mettait bien du monde en mouvement pour une célébration festive. Elle était comme le sommet de l’année paroissiale. Mais alors pourquoi nous parler de cette procession ? Parce qu’elle nous enseigne à sa manière sur le sens de l’eucharistie. Elle nous rappelle que l’eucharistie a une dimension sociale. 

            Avec notre mentalité française qui part du principe que la foi ne peut être que personnelle, nous avons un peu oublié cette dimension sociale pour ne pas dire sociétale de notre foi. Je ne suis pas chrétien uniquement le dimanche quand je vais à la messe, sous-entendant que le reste du temps, je peux bien faire ce que je veux. Non, être croyant au Dieu de Jésus Christ, c’est vivre d’une Alliance scellée dans le sang du Christ, qui concerne toute ma vie, dans toutes ses dimensions. Il ne peut y avoir ce que je crois d’un côté et ce que je vis de l’autre. Le croyant est appelé à unifier sa vie en Christ. Ce qu’il croit, a une incidence sur la manière dont il vit. Et la procession avait ceci de particulier qu’elle permettait de remettre le Christ au cœur de la vie de la cité traversée, rappelant à tous, croyants ou non, fervents ou pas, qu’il y avait quelque chose, mieux quelqu’un, qui avait le souci de tous, et il venait ainsi à leur rencontre dans cette procession. Et même si certains pensent que c’est plutôt folklorique, ou une manifestation de la foi du charbonnier, avec un côté magique, je veux juste rappeler que la foi du charbonnier ou la foi populaire, c’est quand même de la foi et que nous ne pouvons pas juger de ce qui se passe dans le cœur d’un homme, d’une femme, d’un enfant qui voit passer le Christ présent dans l’Eucharistie. Pouvons-nous honnêtement affirmer qu’il ne se passe rien quand le Christ s’approche des hommes et des femmes de notre temps ? L’Evangile nous parle de nombreuses fois de ces rencontres, de ces vies bouleversées parce que Jésus est passé par là et a accordé du crédit et du temps à une personne. Il suffit de relire la très belle rencontre entre Jésus et Zachée pour s’en convaincre. 

            N’oublions jamais que dans ce Pain consacré et partagé, c’est le Christ vivant qui est réellement présent. Et il n’est pas présent seulement aux chrétiens qui croient en lui ; il est présent à tous les hommes qu’il est venu conduire vers Dieu, son Père. Au soir du Jeudi Saint, Jésus a dit : Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Certes, la multitude, ce n’est pas tous les hommes, mais la multitude qui reconnaîtra dans ce sang versé le sang de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Mais pour que cette multitude soit chaque jour plus nombreuse, pour que cette multitude soit réelle, il faut rendre cette Alliance lisible et visible à ceux qui ne croient pas ou qui ne croient plus. Il faut permettre au Christ de passer à nouveau dans nos cités comme il l’a fait jadis. Je reconnais qu’une procession en ce jour ne fait pas tout, mais elle peut dire cette présence pour peu que nous n’en fassions pas un folklore, ou un moyen de retrouver le faste d’antan, mais bien une rencontre entre Celui qui s’est livré et tous ceux pour qui il s’est livré. Et puisque la procession n’était pas constitué seulement du prêtre et de son ostensoir, mais de toute la communauté croyante, elle permet aussi et surtout à la communauté croyante de croiser à nouveau la route et les visages de celles et ceux qui se sont éloignés d’elle, de celles et ceux qui n’ont jamais songé à la rejoindre, de celles et ceux que cette communauté croyante tenait peut-être à l’écart par facilité. Si une procession permet au Christ de se faire reconnaître par les hommes, elle permet aussi aux croyants de voir les visages très concrets et très humains de celles et de ceux qui sont ainsi croisés dans l’ordinaire de leur vie. La prière universelle qui a été faite durant la célébration est ainsi illustrée par tous ces visages de badauds qui assistent, amusés, sérieux ou indifférents, à cette procession. Ceux pour qui nous prions quelquefois de manière détachée deviennent soudain très réels, très proches. 

            Comme la messe qu’elle prolonge, la procession est un heureux échange entre Dieu et les hommes qu’il aime. Comme la messe, la procession est un heureux révélateur d’une communauté capable de s’ouvrir aux périphéries. La procession est un heureux moyen pour nous, croyants, de nous souvenir que la messe qui nous rassemble est aussi la messe qui nous renvoie vers tous ces hommes, vers ces frères et sœurs en humanité dont nous devons avoir le souci constant. La messe (tout comme la procession) ne saurait donc être un petit moment de plaisir solitaire. Elle me renvoie sans cesse vers les autres que le Christ est venu sauver aussi. Puissions-nous garder le goût de ces autres que Dieu aime, même si nous ne pouvons pas les rejoindre en ce moment. Qu’ils ne soient absents ni de nos prières, ni de notre cœur. Et que la grâce de Dieu qui sait tout et qui peut tout, nous rassemble tous un jour au banquet du ciel, en compagnie de tous les saints, banquet éternel dont nos eucharisties et nos processions ne sont qu’un avant-goût. Amen.

samedi 14 mars 2020

3ème dimanche de Carême A - 15 mars 2020

Dieu nous apprend la foi.






L’homme peut-il croire en Dieu de lui-même ? L’homme peut-il croire en Dieu quand les événements de l’histoire semblent proclamer la mort de Dieu, voire son inexistence ? Ces questions sont souvent évoquées lorsque je discute avec des adultes qui découvrent que certains ont une foi inébranlable alors qu’eux-mêmes sont habités par le doute. Un début de réponse est apporté par les textes liturgiques de ce 3ème dimanche de Carême. Nous pouvons résumer cette réponse dans l’affirmation du Christ : Si tu savais le don de Dieu… 

Si tu savais le don de Dieu. Une phrase que le peuple hébreu, libéré d’Egypte, aurait déjà pu se poser. Être libérés de l’esclavage, tous étaient d’accord. Marcher dans le désert vers la Terre promise, c’était une épreuve acceptable et nécessaire. Mais tourner en rond, alors qu’avant, la marmite était si bonne et que l’eau ne manquait pas, voilà qui est inacceptable ! Le but de Dieu était-il donc de faire mourir son peuple loin d’Egypte ? Ses récriminations incessantes parviennent devant Dieu. Il aurait pu se fâcher, Dieu, à juste titre. N’a-t-il pas déjà tant fait pour eux ? Et eux, qu’ont-ils fait, à part se plaindre ? A croire que tout leur est dû, sans effort de leur part. Plutôt que de se fâcher, Dieu va répondre à leur attente : il va manifester une fois de plus son amour à ce peuple difficile. Il donnera l’eau. Sans rien demander en échange. Sans même demander une foi plus profonde. Sans même attendre une action de grâce pour le don accordé. Immense amour de Dieu qui comble de ses bienfaits même ceux qui s’interrogent sur sa présence ! Si tu savais le don de Dieu, si tu te souvenais de tout ce qu’il t’a déjà donné, peut-être n’aurais-tu pas osé en demander plus, sans d’abord faire toi-même quelque chose pour ton Dieu ! 

Si tu savais le don de Dieu, c’est l’affirmation de Jésus à la Samaritaine qui s’étonne que celui-ci lui adresse la parole pour un verre d’eau ! Il l’invite à voir au-delà des apparences ; il l’invite à s’ouvrir à un Autre, à celui qui peut tout donner, à celui qui est source vive. Il l’invite à la foi, révélant ainsi que nul ne peut approcher Dieu, si Dieu ne l’approche d’abord ; nul ne peut connaître Dieu en vérité, si Dieu ne se révèle à lui. Et lui, Jésus, est justement la Parole ultime de Dieu. Il est celui qui peut combler tous nos espoirs, toutes nos attentes. Il est celui qui nous ouvre à la vie, à la vraie vie. Petit à petit, il invite cette femme à croire qu’il est vraiment le Messie attendu. A son enseignement, la Samaritaine, mais aussi tous les habitants de son village, vont croire en Jésus. Ils vont croire d’abord sur la foi du témoignage de la femme ; ensuite, sur les paroles même du Christ : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit, que nous croyons ; nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. Le don de Dieu réside en cela : c’est la rencontre personnelle avec lui qui rend possible la foi. Le témoignage des autres est important pour éveiller la foi, mais il est insuffisant. Il est nécessaire de fréquenter soi-même la source pour croire. Pourquoi tant de baptisés par tradition sont-ils finalement loin de l’Eglise et de toute pratique ? Parce qu’ils n’ont pas fait cette rencontre personnelle de celui qui les a reconnus comme ses fils ou ses filles. Parce qu’ils n’ont pas bu à la source de sa Parole. Le don de Dieu, le don de la foi est inépuisable ; sauf si l’homme ne s’en sert pas ! 

Si tu savais le don de Dieu. Jésus nous dit que Dieu lui-même nous apprend la foi. Il nous en fait don ! Redécouvrons la force de ce don de la foi ; il nous donne de croire que, dès maintenant, tout pécheur que nous sommes, nous sommes sauvés dans la mort/résurrection de Jésus. Accueillons ce don ; il fait jaillir en nous les sources vives de la foi. Seule une fréquentation personnelle du Christ et de son Evangile pourra apaiser notre soif de vie, notre soif d’amour, notre soif de Dieu. Approchons de son autel : Dieu se donne en nourriture pour notre vie. Connaissons le don Dieu et nous vivrons. Amen.


(Tableau de Philippe de CHAMPAIGNE, La Samaritaine, XVIIème siècle, Musée des Beaux Arts, Caen)

samedi 12 janvier 2019

Baptême du Seigneur C - 13 janvier 2019

Il a été baptisé mais n'en est pas chrétien pour autant !







Il y a une chose qui étonne (encore) beaucoup de gens : c’est que Jésus est né juif et il est mort juif alors même qu’il a reçu le baptême. C’est évident pour moi et pour ceux qui maitrisent un peu les concepts de notre foi ; mais cela en étonne d’autres, même chez les chrétiens. Enfin quoi, il a bien été baptisé, non ? Ben oui, et la fête de ce dimanche nous le rappelle. Mais le baptême qu’il a reçu est celui de Jean le Baptiste, et il est différent du baptême chrétien. Alors oui, Jésus a été baptisé, mais n’en est pas pour autant devenu chrétien.

En lisant attentivement l’évangile de Luc, nous pouvons dire la même chose de tous ceux qui sont venus à lui : ils ont été baptisés, mais n’en sont pas chrétiens pour autant. Le baptême de Jean est un geste de conversion, un geste qui marque le désir de se tourner à nouveau vers Dieu. C’est un geste qui venait combler la soif de Dieu d’un peuple. Remarquez bien ce qu’écrit Luc : le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. De cette affirmation, je déduis que ce ne sont pas quelques illuminés qui sont allés voir le Grand illuminé pour se constituer en groupe ou en association. Non, c’est un peuple qui se déplace parce qu’il attend quelque chose ou plutôt quelqu’un qui peut quelque chose pour lui. Un peuple, c’est plus que trois ou quatre, même plus que cinquante ou cent. Un peuple, c’est aussi une manière de dire que tous ces gens sont habités par la même espérance. Il y a quelque chose, au-delà d’une appartenance ethnique, qui les lie, un désir profond jusqu’ici inassouvi. Il y a comme une lame de fond qui les rassemble tous autour de Jean le Baptiste. Et tous sont travaillés par la même question : celui-là n’est pas le Christ ? Nous parlons donc d’un peuple, qui attend, qui cherche des réponses, qui attend quelqu’un. Le baptême de Jean est un premier moyen pour eux d’être apaisés, rassurés : ils ne sont pas oubliés, ils ne sont pas maudits, il leur est toujours possible de revenir vers Dieu. Mais la réponse de Jean est limpide. Même s’il ne dit pas qu’il n’est pas le Christ, sa réponse ne laisse pas de place à mauvaise interprétation : Il vient, celui qui est plus fort que moi. Il faudra donc attendre encore, chercher encore, avec cette certitude que le temps est proche de la venue de celui qu’ils espèrent. 

Ce qui est surprenant, c’est que personne ne leur dit, quand Jésus vient au milieu d’eux, pour avec eux se faire baptiser, que c’est lui, qu’il est là, celui qu’ils ont tant attendu. Ni Jean, ni Jésus, ni Dieu le Père : personne ne vient éclairer ce peuple en attente. La parole venant du ciel, s’adresse à Jésus, et à lui uniquement : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. Elle lui est dite, chez Luc, après son baptême, dans un de ses moments d’intimité que Jésus cultive : un temps de prière personnelle : après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit… et il y eut une voix venant du ciel. La voix ne s’adresse pas au peuple pour lui dire : Ecoutez-le ! comme le font entendre d’autres évangélistes. Non, chez Luc, c’est intime, parce que ce rapport avec Dieu ne peut être qu’intime, personnel. Il faut que chacun fasse l’expérience de Dieu dans sa vie, et pas seulement qu’il en entende parler. Souvenez-vous de Zachée : il avait entendu parler de Jésus puisqu’il voulait le voir absolument. Mais ce qui l’a converti, c’est bien sa rencontre personnelle avec Jésus, quand Jésus s’est adressé à lui : aujourd’hui, il me faut aller chez toi. Il n’y a pas de miracle, pas de grand signe : il y a une soif de Dieu, une rencontre, une parole : et la connexion a lieu. Pour Jésus, il fallait cette parole intime du Père pour qu’il entre dans sa mission ; là il est envoyé par Dieu, il ne peut plus en douter si d’aventure il l’avait fait ! Jésus a été baptisé par solidarité avec ce peuple qui cherche Dieu ; et il est envoyé par Dieu vers ce peuple, comme son Fils bien-aimé. Tout est réuni pour que la soif du peuple soit étanchée. Jésus a bien été baptisé mais pas pour devenir chrétien ! 

Il a été baptisé donc mais il n’en est pas chrétien pour autant ! C’est malheureusement ce que nous pouvons dire de beaucoup aujourd’hui, et même quelquefois de nous. Ce n’est un secret pour personne : tous ceux qui ont été baptisés, ne vivent pas en baptisés vingt-quatre heure sur vingt-quatre.  Parce que la vie nous éloigne du Christ, parce que nos aspirations sont autres, parce que le Mal travaille encore en nous. Si le baptême que nous recevons nous identifie au Christ, s’il fait de nous des fils de Dieu, alors nous devons vivre comme lui. Jamais il n’a menacé, invectivé, frappé ou détruit ; jamais il n’a répandu la haine de ceux qui gouvernaient à son époque. Et quand il a piqué une sainte colère, ce n’était pas pour satisfaire une pulsion personnelle ou pour appeler à la révolte, mais pour défendre la grandeur de Dieu, la grandeur du Temple. Défendre les petits et les pauvres, c’est s’attaquer aux structures du péché, jamais aux personnes ! Défendre les petits et les pauvres, si c’est bien une attitude chrétienne, ne suppose jamais et ne permet jamais une solidarité dans le Mal. 

Il a été baptisé mais il n’en est pas devenu chrétien pour autant ! Le baptême de Jésus, même s’il n’a pas le sens du baptême que nous avons reçu, doit nous interroger quand même sur le sens que nous donnons à cet acte fondateur de notre vie croyante. Il nous faut revenir à la source, à ce premier contact avec Dieu pour l’approfondir toujours, mieux le comprendre et le rendre plus vrai, plus agissant dans notre quotidien. Le baptême, au-delà de l’acte posé, est un art de vivre à la manière de Jésus ; c’est une relation qui se tisse entre Dieu et nous, entre nous et les frères qu’il nous donne. En ces jours troubles que nous connaissons maintenant depuis deux mois, puisse l’eau de ce sacrement nous rafraîchir l’esprit, apaiser notre soif d’un monde plus juste et nous remettre dans les dispositions qui furent celles du Christ Jésus : une vie de bien au service de tous. C’est la seule voie possible ; c’est la seule attitude chrétienne à avoir. Amen.

 
(Piero della Francesca, Le Baptême du Christ, vers 1450-1465, National Gallery, Londres)
 

 

samedi 28 mai 2016

Fête du Corps et du Sang du Christ - 29 mai 2016

Permettons la rencontre entre Dieu et son peuple.





Depuis quelques années, alors qu’elles avaient presque totalement disparu, refleurissent dans nos villes et villages les processions de la Fête Dieu, avec leur cortège de traditions : tapis de fleurs, autels reposoirs aux carrefours de nos cités. Certains peuvent s’en inquiéter, et pas seulement parmi les plus laïcards. Même au sein de l’Eglise, au sein de nos communautés, des voix s’élèvent contre ce retour à une visibilité trop marquée, singe d’une tradition désuète selon eux. C’est un retour en arrière qui ne fait que traduire d’autres retours plus dogmatiques, pour ne pas dire une étroitesse d’esprit. Peut-on balayer ainsi ce que la foi veut exprimer ? Je ne le crois pas. 
 
Cette procession du Saint Sacrement, signe hautement chrétien, marque la proximité de Dieu avec son peuple. C’est bien lui qui marche ainsi au milieu de nos quartiers, rappelant sa présence au monde des hommes. Dieu n’est pas étranger à ce que nous vivons ; il n’est pas étranger à ce qui fait nos vies. Les autels dressés aux carrefours de nos cités marquent alors en retour l’intérêt que l’homme peut avoir à ce que Dieu s’arrête ainsi dans sa vie. Ces rencontres sont rares pour certains, pour ne pas dire inexistante. En ce dimanche, même si c’est de manière rapide, voire folklorique, cette rencontre peut se faire et des hommes et des femmes peuvent retisser les fils d’une amitié divine oubliée. C’est une manière très forte d’évangéliser pour peu que nos stations permettent de dépasser le folklore et osent inviter à une rencontre furtive mais vraie. 
 
Si nous regardons de près l’Evangile de cette fête en cette année, nous remarquons que Jésus ne fait pas autre chose. Certes, il annonce la Parole de Dieu, des hommes et des femmes se pressent par milliers pour l’écouter, au point d’en oublier les choses simples comme un bon casse-croûte. Ils ont beau suivre Jésus, se nourrir de sa Parole, cela ne remplit pas encore un ventre qui ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir d’un apprenti disciple tête-en-l’air. Vient le moment où les ventres affamés parlent plus fort que Jésus, et il faudra bien s’en occuper. Les Douze ont la solution : que Jésus renvoie cette foule trop nombreuse.  Mais Jésus ne l’entend pas ainsi. Il est au milieu d’eux, envoyé par Dieu pour prendre soin de son peuple ; comment pourrait-il les renvoyer simplement, sans ne rien tenter pour eux. Jésus ne fait pas que passer dans la vie de ces foules, il veut leur faire rencontrer quelqu’un d’autre, celui qui l’a envoyé lui-même. Il passe dans les villes et villages non pour se faire remarquer, mais pour inviter à voir plus loin, à entendre quelqu’un que l’on avait oublié, ou soigneusement enfermé dans le Temple pour qu’il ne vienne pas nous déranger dans l’ordinaire d’une vie. Jésus, par sa prédication, porte Dieu à nouveau dans nos vies, dans nos villes et villages ; il le fait sortir de nos temples bien situés et si peu fréquentés pour le remettre au cœur de nos vies. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, l’Eglise se propose de faire la même chose avec le Christ. Nous l’avons bien rangé dans un tabernacle fermé à clé, dans une église elle-même souvent fermée, par précaution. Vous savez, on pourrait nous le voler ! Je me demande souvent si ce n’est pas pour ne pas risquer qu’il sorte qu’on ferme tout ainsi à double tour. Ce serait gênant, un Dieu qui se promène dans nos rues ; ce serait gênant que les gens se laissent interpeler et retrouvent le chemin de l’Eglise, le chemin de la confiance en ce Dieu qui se veut proche de nous, qui s’est fait proche de nous en Jésus. Nos processions sont comme une nouvelle incarnation, un petit Noël pour nous rappeler que Dieu marche bien avec nous, qu’il a souci de nous, parce qu’il nous aime infiniment. En son Fils Jésus, mort et ressuscité, il continue d’aller à notre rencontre, livrant sa Parole, livrant aux hommes ce Fils unique venu dans le monde pour rapprocher les hommes de Dieu par une Alliance nouvelle. 
 
Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes de notre temps connaissent encore Jésus et se rapprochent de lui ? Est-ce vraiment vieux jeu que de vouloir que les hommes puissent entendre la Parole vivante de Dieu qui peut transformer une vie ? Est-ce tellement vieux jeu que de vouloir permettre cette rencontre si fondamentale et si libératrice ? Ne craignons pas de porter le Christ au monde : il ne veut que son bien et sa vie. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : les hommes ne peuvent qu’en devenir meilleurs. Ne craignons pas de porter le Christ au monde : cela ne peut que renforcer notre propre foi et notre propre amitié avec le Christ. Marchons humblement, mais fièrement, à la suite du Christ présent dans l’Eucharistie, et permettons une rencontre renouvelée entre Dieu et son peuple. Amen.
 
(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004, éd. Marguerite)

vendredi 25 avril 2014

02ème dimanche de Pâques A - 27 avril 2014

Un dimanche pour redire notre foi.




C’est un jour important et un moment important de votre vie de jeunes chrétiens qui nous rassemblent aujourd’hui, en cette chapelle du collège Saint André. Dans un instant, vous allez faire profession de foi devant vos familles rassemblées. Vous allez redire, comme nous l’avons tous fait au cours de la nuit pascale, votre attachement à Dieu, Père, Fils et Esprit Saint et votre désir de rejeter hors de votre vie tout ce qui est mal, tout ce qui conduit au Mal. Une dernière fois, je voudrais réfléchir avec vous et pour vous le sens de cette célébration bien française. 
 
Pourquoi faire profession de foi ? Vous avez, pour la plupart, été baptisés lorsque vous étiez tout-petits. Vous n’avez donc pas eu votre mot à dire. Vos parents, parce qu’ils ont toujours voulu vous donner le meilleur et parce qu’ils souhaitent le meilleur pour vous, ont fait le choix de demander pour vous le baptême. Ils vous introduisaient ainsi dans l’Eglise, la grande famille des chrétiens. Vous y avez grandi dès lors, sans forcément y faire très attention. Vous avez peu à peu découvert qui était Dieu pour nous, qui était Jésus et ce qu’il a fait pour nous ; peut-être même vous a-t-on déjà parlé de l’Esprit Saint que vous recevrez en plénitude au moment de votre confirmation. Il est important ainsi d’approfondir la connaissance de notre foi, de mieux comprendre Dieu et ce qu’il attend de chacun de nous. Mais il est important aussi de ne pas en rester à une dimension intellectuelle de la foi. Ce que vous avez découvert, ce que vous avez appris de Dieu, de Jésus, de l’Esprit Saint, il faut le faire vôtre. Cela ne peut rester extérieur à vous-mêmes si vous prenez votre foi au sérieux. En clair, si vous pensez que Dieu a quelque chose à vous apporter, il faut le dire, il faut le célébrer. Il en va de Dieu comme de nos relations humaines : il est bon de savoir que l’on a des amis ; il est bon aussi quelquefois de leur montrer et de leur témoigner concrètement des signes de cette amitié, par des gestes, par des mots. Sinon, nous n’aurions de nos amitiés qu’une vue intellectuelle, lointaine. Nous prenons donc un temps, dans notre vie de chrétiens, pour dire personnellement et publiquement, que nous voulons bien suivre Jésus et vivre de sa Parole. En faisant ainsi, vous lui témoignerez votre amitié, votre proximité et votre reconnaissance pour tout ce qu’il a déjà fait pour vous. 
 
Comment faire profession de foi ? En disant de manière claire que vous croyez en Dieu tel que l’Eglise catholique, apostolique, romaine le présente. Je vous interrogerai donc tout à l’heure collectivement, en vous demandant si vous renoncez tous au Mal et si vous croyez tous en Dieu le Père qui a envoyé son Fils pour nous sauver et qui nous fait vivre par son Esprit Saint. Mais vous répondrez chacun personnellement : Je renonce, et je crois, parce que la réponse ne peut être que personnelle même au sein de la communauté. Personne ne peut croire à ma place, et je ne peux croire à la place de personne d’autre. Bien que nous soyons en communauté, chacun répond pour lui-même. C’est toute la grandeur et la beauté de l’Eglise qui me prend dans sa famille sans nier mon individualité, ni ma liberté. Il est nécessaire que chaque croyant fasse un jour cette expérience que, pris dans une famille croyante, il a la possibilité de croire ou de ne pas croire à son tour ; et s’il fait le choix de croire, il doit le  dire pour lui-même, devant les autres. Il affirme ainsi qu’il est prêt à être un membre à part entière de cette famille ; et cette famille, en l’écoutant, reconnaît bien son individualité. Pour trouver notre place dans la famille croyante, il est important de pouvoir dire un jour : je crois, non plus parce que vous croyez, mais parce que j’ai découvert, j’ai mesuré l’importance de cet acte et je le dis. 
 
Nous pouvons donc faire profession de foi parce que nous avons découvert et mesuré, au moins en partie, l’importance de Dieu, de Jésus, de son Esprit Saint dans notre vie. Nous pouvons faire profession de foi parce que nous avons rencontré le Christ. Nous avons fait l’expérience de sa présence dans notre vie, de son soutien dans les moments difficiles et surtout de la joie qu’il y a à être son ami. Parce qu’il a quelque chose à m’apporter. Il me fait grandir, il me fait entrer dans une plus grande intimité avec Dieu son Père ; il fait de chacun un frère, une sœur, nous invitant tous à une vie plus belle, plus riche, parce que partagée. Il n’y a pas de profession de foi possible sans cette rencontre du Ressuscité. Cette rencontre se fait aujourd’hui par des témoins, et en premier lieu par l’Eglise elle-même, qui a mission de porter le Christ au monde. Il me faut donc trouver ma place dans cette Eglise pour grandir encore dans la foi et pour prendre aussi ma part dans l’annonce des merveilles que Dieu fait pour nous. En faisant profession de foi, vous rendez un peu à l’Eglise ce qu’elle vous a donné, et vous attestez qu’elle ne prêche pas en vain, que son message peut encore toucher le cœur des hommes de notre temps puisqu’il a su toucher le vôtre. Si vous-mêmes êtes enrichis de la foi de l’Eglise, l’Eglise se trouve enrichie de votre propre foi, qui peu à peu arrive à maturité. C’est toujours, pour moi, prêtre, un grand moment de joie et d’espérance, quand j’entends des jeunes répondre favorablement aux questions rituelles : renoncez-vous au Mal ? Croyez-vous en Dieu ? C’est, pour moi, un moment fort de ma vie  de prêtre, et mon sacerdoce s’en trouve renforcé, et je vous remercie déjà du témoignage de foi que vous nous donnerez dans un instant. 
 
Vous allez donc faire profession de foi ; et c’est bien ! Mais n’oubliez pas qu’il y a une vie après. Faire profession de foi, ce n’est pas seulement dire des mots, c’est aussi s’engager dans un art de vivre, l’art de vivre en chrétien. La première lecture nous montre les premiers croyants fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres, à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières… Ils vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun. C’est sans doute un tableau idyllique, mais il est possible de vivre une telle fraternité, une attention à l’autre, un vrai partage et une vie religieuse à la hauteur de l’amour que Dieu nous porte. Les premiers croyants n’opposent pas la vie religieuse et la vie en société. Leur participation à la prière de l’Eglise et à la fraction du pain (comprenons bien qu’il s’agit de l’eucharistie), les renvoie à cette vie fraternelle qui peut nous faire envie aujourd’hui. Leurs prières et leurs célébrations nourrissent leur désir de vivre en frère, et leur fraternité vécue nourrit leur prière. L’un n’exclut pas l’autre ; au contraire, l’un appelle l’autre, et vice versa. Je ne peux donc que vous encourager à développer cette même fidélité au rassemblement dominical et à la vie fraternelle : ce sont les deux composantes de l’art de vivre selon l’esprit du Christ lui-même, lui qui était autant attentif aux hommes et aux femmes qu’il rencontrait et pour lesquels il a donné sa vie, qu’il était présent à Dieu qu’il appelait Père et dont il a fait en toute chose la volonté. 
 
Quant à nous, chrétiens de plus longue date, accueillons la profession de foi de ces jeunes comme le signe d’une foi toujours vivante et comme un appel à renouveler notre propre témoignage. L’Eglise a besoin de chacun de nous pour porter au monde l’Evangile du Christ ; et le monde a besoin, plus que jamais, de croyants convaincus et convaincants, capable de rendre le cœur des hommes meilleurs par la puissance du nom de Jésus. Laissons-nous tous rencontrer par le Christ pour être ses témoins authentiques ; nous aiderons ainsi notre monde à aimer celui qu’il n’a pas vu, et à croire en celui qu’il ne voit pas encore. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

samedi 22 mars 2014

03ème dimanche de carême A - 23 mars 2014

Vivre son baptême, c'est être témoin d'une rencontre !




Donne-moi à boire !
Qu’y a-t-il de curieux dans cette demande ? Rien, en apparence. Qui, fatigué et assoiffé, n’a adressé cette demande à quiconque pouvait étancher sa soif ? Non, cette demande n’a rien que de très ordinaire. Pourtant, elle ne cesse de me surprendre. Pourquoi ? Parce qu’elle est adressée par Jésus, celui-là même vers qui se tournent les hommes et les femmes en manque de quelque chose. Dans l’Evangile, il est en principe celui à qui s’adressent les demandes humaines. Ici, c’est lui qui demande ; ici c’est lui qui mendie un verre d’eau. C’est cela qui me surprend ! Et qui en même temps devient bonne nouvelle pour moi : cela signifie que Dieu a besoin de moi ; Dieu veut avoir besoin de l’humanité. Et je pense alors spontanément à ce magnifique passage de la Genèse où Dieu, après la transgression d’Adam, se met à la recherche de l’homme : Homme, où es-tu ? C’est le même désir qui est exprimé. Dieu veut donc rencontrer l’humanité ; il n’est pas celui qui la surveille, ni celui qui l’oblige, mais bien le Dieu de l’Alliance, de la rencontre libre et désirée.  

Donne-moi à boire !
Celle demande exprimée par Jésus au début de l’Evangile, la voilà reprise plus tard par la femme à qui Jésus s’adressait. Pas tout à fait dans les mêmes termes, mais dans l’esprit : « Donne-moi de cette eau ! » Jésus éveille le désir d’une rencontre vraie chez cette femme. Elle commence à avoir conscience que celui-là qui lui demandait à boire, allant à l’encontre de toutes les conventions humaines, pouvait lui apporter quelque chose de plus que cette simple eau qu’il lui demandait. Petit à petit, Jésus se révèle à cette femme et révèle cette femme à elle-même. Soudain, c’est comme si toute la vie passée de cette femme prenait un sens nouveau, s’éclairait du regard d’amour que Jésus pose sur tout humain qu’il rencontre. D’une demande d’un peu d’eau, nous passons à une discussion théologique, révélant que la vraie soif des hommes ne pouvait être étanchée par l’eau naturelle. La vraie soif des hommes ne pouvait être étanchée que par Dieu ; la vraie soif de Dieu ne peut être étanchée que par des adorateurs en esprit et en vérité. En Jésus, le désir de Dieu et le désir des hommes se rencontrent et se comblent mutuellement. Voilà une autre bonne nouvelle. Ma quête d’absolu, ma quête de vérité se trouvent réalisées en Jésus. Grâce à lui, je me connais véritablement ; grâce à lui, je peux véritablement connaître Dieu.

Donne-moi à boire !
Il y a une constante qui traverse tout l’Evangile, et qui manifeste que la rencontre avec Jésus transforme vraiment une vie : tous ceux qui bénéficient d’une telle rencontre ont un besoin irrépressible d’en parler, de partager cette rencontre avec d’autres. La Samaritaine n’échappe pas à ce besoin. Sa soif est communicative : elle court au village prévenir tout le monde. Et tous viennent, assoiffés, rencontrer celui qui a bouleversé cette vie humaine. A leur tour, les habitants du village voient leur soif étanchée : « Nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ! » Tout avait commencé par une demande d’un peu d’eau ; et au final, le dessein d’amour de Dieu est révélé aux hommes. Voilà encore une bonne nouvelle : je peux profiter de l’expérience des autres, et les autres peuvent profiter de la mienne, pour toujours mieux connaître Dieu, pour toujours se sentir désiré par Dieu. Ce Dieu qui s’est révélé à mon voisin, veut entrer en alliance avec moi. Et je peux permettre à d’autres d’entrer dans cette alliance, pour peu que j’accepte de m’ouvrir et de ne pas garder pour moi ce que j’ai expérimenté avec le Christ. Et je comprends mieux alors pourquoi l’annonce de toutes ces bonnes nouvelles devient une urgence. Parce que le monde entier peut connaître Dieu ; parce que le monde entier peut ainsi changer et s’ouvrir à cette Parole, à ce désir.

Donne-moi à boire !
N’est-ce pas encore la demande de nos contemporains, voire notre propre demande ? N’avons-nous pas soif du Dieu vivant et vrai, nous qui avons été plongé dans l’eau vive au jour de notre baptême ? N’avons-nous pas à communiquer cette soif et ce désir de rencontre autour de nous pour faire grandir ce Royaume qui nous est promis ? Notre foi ne grandit que si elle est alimentée par une réflexion vraie et constamment nourrie de la Parole de Dieu. Notre foi ne grandit que si elle est vécue et partagée, en parole, mais aussi en acte, avec celles et ceux que le Christ place sur notre route. Le village que nous allons prévenir de notre rencontre, ce sont tous ces petits dont nous parle l’Evangile et qui sont le moyen que le Christ choisit pour se rendre présent. Souvenez-vous de ce que dit saint Matthieu, au chapitre 25 : « Ce que vous avez fait à l’un de ses petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire. J’étais malade ou en prison, et vous m’avez visité. J’étais un étranger et vous m’avez accueilli…. » Il n’est pas difficile de comprendre comment Dieu s’adresse à nous, comment il nous demande aujourd’hui encore à boire et comment nous pouvons aider à étancher la soif de nos contemporains en nous mettant activement au travail pour que grandisse le Règne de Dieu, pour que la justice et la paix ne soient pas de vains mots, pour que l’entraide et le partage ne soient pas que des belles idées. Et la bonne nouvelle, c’est que nous ne pouvons nous y soustraire ! Nous devenons toujours plus chrétiens – membres du corps du Christ – en témoignant de lui par nos paroles et notre charité. Nous devenons toujours plus chrétiens en apaisant la soif des hommes et des femmes que nous rencontrons. Je dirai même que notre propre soif s’étanche à mesure que nous laissons l’Esprit de Dieu agir à travers nous !  

Donne-moi à boire !
Il n’y a pas plus belle prière que celle là ! Elle nous fait demander l’eau vive de la Parole qui transforme notre vie ! Elle nous fait supplier le don de l’Esprit Saint qui nous ouvre aux dons que Dieu nous fait, nous met en route et qui nous fait partager aux autres les dons que nous avons reçus. C’est cela vivre son baptême ! Alors oui, Seigneur, donne-moi à boire, maintenant et pour toujours. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves Decottignies, Mille dimanches et fêtes, éd. Presses d'Ile de France)


samedi 7 décembre 2013

2ème dimanche de l'Avent A - 08 décembre 2013

Dieu ouvre une espérance.




Est-ce être naïf que de  croire en la prophétie d’Isaïe ? Est-ce être déconnecté de la réalité que de croire qu’un monde meilleur est possible alors que l’actualité semble prouver le contraire ? La crise qui n’en finit pas, de nouveaux conflits armés, des terrorismes difficile à enrayer : il est où le monde meilleur annoncé ? Il est pour quand ? 
 
Les objections ne manquent pas pour battre en brèche les lectures de ce dimanche. Le monde décrit par Isaïe serait réalité s’il n’y avait pas toutes ces injustices, si les hommes étaient vraiment égaux devant la loi, devant la vie. Le monde décrit serait réalité si l’homme était moins égoïste, plus attentif à ce qui se passe autour de lui. Le monde décrit serait réalité si enfin nous pouvions nous entendre, ne serait-ce déjà qu’en famille et faire la paix autour de nous. Ce monde serait réalité si… la liste est longue des attitudes contraires à cet idéal. Il n’empêche ! Faut-il pour autant tout rejeter et se dire que cela ne changera jamais ?  
 
Isaïe, et à sa suite de nombreux hommes et femmes de bonne volonté, veulent croire qu’il est possible que notre monde change. Isaïe, et à sa suite de nombreux croyants, rappelle que l’homme n’est pas le tout de la vie, qu’il y a quelqu’un de plus grand, de plus juste, de plus « humain » qui indique à l’homme un chemin de vie, qui ouvre à l’homme un chemin de paix et justice, d’égalité et de fraternité vraie. Ce quelqu’un vient à la rencontre de l’homme et attend de lui un mot, un geste exprimant sa volonté de changer. C’est si facile de baisser les bras et de dire que jamais rien ne changera, que ce monde est foutu ! C’est si facile de rester sur son « chacun pour soi » ! Mais voilà, Dieu ne peut se satisfaire de cet état de chose. Et le croyant pas davantage. S’il va à la rencontre de Dieu, il est invité à faire la vérité dans sa propre vie pour qu’elle puisse germer autour de lui. Un jour, le temps du jugement viendra : nul ne sait quand ! Et ce n’est pas culpabiliser l’homme que de le dire tout haut. Il est faux de croire que l’homme n’aura jamais de compte à rendre ! Il est faux de croire que, parce que Dieu est miséricorde, tous seront de toute manière dans le royaume avec lui. Ce que je fais de ma vie terrestre aura des conséquences sur mon avenir. Dieu lui-même ne peut pardonner que si l’homme accepte le pardon et se reconnaît pécheur. Celui qui refuse consciemment Dieu tout au long de sa vie, qui refuse son amour et son pardon, se coupe lui-même définitivement de Dieu. Et Dieu lui-même sera prisonnier de son amour parce que la volonté de cet homme refusera de se laisser aimer ! Oui, la toute-puissance de Dieu devient toute-faiblesse  devant la volonté de l’homme. Dieu aime tellement l’homme qu’il ne fera jamais rien qui aille contre sa volonté ! 
 
L’appel de Jean le Baptiste à la conversion, à une rencontre vraie avec Dieu se fait d’autant plus pressant ; Dieu venant à la rencontre de l’homme pour juger le monde, il devient urgent de se déterminer et de se convertir. Il ne s’agit pas de prêcher l’enfer mais d’annoncer l’immense amour de Dieu sans lequel l’homme ne peut pas vivre, sans lequel l’homme n’est plus vraiment homme, sans lequel l’homme n’est plus à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le monde annoncé par Isaïe sera réalité lorsqu’enfin l’homme acceptera de se laisser conduire par l’amour de Dieu, lorsqu’enfin l’homme acceptera d’aimer comme Dieu aime. Il est long le chemin qui mène à cette réalité ; mais il est patient le Dieu de tout amour, patient et miséricordieux. Allons à sa rencontre, laissons-nous aimer de lui, laissons son amour inonder notre vie. Alors la paix ne sera plus un rêve, alors la justice sera réalité, alors l’homme sera pleinement comblé. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 19 juillet 2013

16ème dimanche ordinaire C - 21 juillet 2013

Apprendre à être à l'heure de Dieu !



Nous avons tous entendu les mêmes lectures maintenant. Alors que vaut-il mieux ? Vaut-il mieux prier, aller à la messe le dimanche ?, ou vaut-il mieux s’occuper des pauvres et agir au nom de l’Evangile … La réponse apportée dépend souvent de notre idéologie personnelle ! L’histoire récente de l’Eglise nous le montre bien. Or l’Evangile et le Christ ne sont d’aucune idéologie. La vérité ne saurait être dans l’une ou l’autre. Nous gagnerons donc à bien lire ce qui est écrit aujourd’hui et à comprendre ce que nous disent les textes entendus. 
 
Si nous comparons la première lecture et l’Evangile, nous pouvons dire, sans nous tromper, qu’il s’agit de deux textes de rencontres. Dans la Genèse, Abraham rencontre trois hommes ; il se met à leur service, leur offrant repos et repas. Il en est récompensé par l’annonce de la naissance d’un fils. Dans l’Evangile, Jésus rencontre Marthe et Marie : Marthe s’affaire derrière les fourneaux pour servir le Seigneur, pendant que Marie reste assise là, près de Jésus, à ne rien faire. Et c’est d’elle dont Jésus lui-même dit qu’elle a choisi la bonne part (pour respecter le texte grec). Marthe ne fait que ce qu’a fait jadis son ancêtre Abraham : lui était récompensé, elle s’en trouve quelque peu malmenée. Pourquoi une telle différence ? 
 
En lisant attentivement le passage de la Genèse, nous comprenons fort bien que c’est Abraham qui a l’initiative de la rencontre. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu’à terre et dit : "Seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur". Il reçoit à son invitation ; il se met au service de ceux qu’il accueille. Normal. Les règles de l’hospitalité sont ainsi faites ; il ne laisse pas son  hôte s’ennuyer, il s’occupe de son confort, il veille à ce qu’il ne manque de rien. Il a voulu que ces hommes s’arrêtent chez lui, il doit maintenant s’en occuper. 
 
Dans l’Evangile, la perspective n’est pas la même. Jésus entre dans un village ; il y a là des amies à lui ; il leur rend visite et Marthe le reçoit dans sa maison. Il nous faut nous souvenir ici que c’est Luc qui nous raconte cette histoire. Et chez Luc, c’est toujours Jésus qui a l’initiative des rencontres. Souvenez-vous de Zachée : Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi !  C’est lui qui s’invite, et aujourd’hui, c’est le jour où il doit demeurer chez Marthe et Marie. Le personnage important, c’est lui. L’acte important, c’est lui qui le pose : il s’invite. Le servir, c’est donc d’abord comprendre pourquoi il s’invite ainsi, et entendre de sa propre bouche le motif de sa visite. Il sera toujours temps, après, de passer à table ; il sera bien temps assez tôt de partager avec lui le repas. Marthe a brûlé les étapes : elle n’a pas pris le temps de bien faire attention à son hôte, contrairement à Marie qui n’a cessé de l’écouter. 
 
Comprenez-vous bien ce qui différencie ces deux histoires de rencontres ? Alors vous comprendrez la réponse à apporter à ma question du début : que vaut-il mieux ? Avec un autre auteur de l’Ancien Testament, nous pourrions dire qu’il y  a un temps pour tout. Pour Abraham était venu le temps d’accueillir comme il se doit ses visiteurs, en leur offrant repas et repos. Pour Marthe et Marie était venu le temps de se mettre à l’écoute de celui qui s’invitait chez elles. De même, la vie chrétienne parfaite n’est pas celle qui sans cesse se perd en activité, même charitable, de manière continuelle, ni même celle qui se perd en prière éternelle oubliant le pauvre devant la porte. Le service authentique de Dieu suppose de savoir à quel moment faire quoi. Jésus, en mettant en avant l’attitude de Marie, rappelle simplement que le service de Dieu commence par son écoute. Seul celui qui écoute bien Dieu peut apprendre de lui comment le servir encore mieux dans ses frères. L’action est nécessaire au chrétien puisqu’il doit témoigner de sa foi auprès des autres. Mais la prière et la pratique authentique passe d’abord par l’écoute, la prière, la méditation de la parole de Dieu pour y découvrir ce que Dieu attend de moi. La charité ne supprime pas la prière, et la prière ne dispense pas de la charité. Chacune a besoin de l’autre : nos activités pastorales ou caritatives ont besoin d’être soutenus par une vie liturgique et spirituelle pour ne pas devenir activisme vain et stérile. Et notre vie liturgique et spirituelle a besoin d’engagement pour que nous ne nous perdions pas dans les nuages d’un mysticisme vain et stérile.  
 
Ce lien profond que Jésus établit entre les deux se vérifie par la place de cette histoire dans l’Evangile de Luc : elle vient après le bon samaritain, parabole par laquelle Jésus nous invitait à nous faire le prochain de tout humain qui souffre, nous enseignant la charité ; mais elle vient juste avant un enseignement cohérent de Jésus sur la prière. Placée à la charnière de ces deux enseignements, cette rencontre avec Marthe et Marie nous invite à unifier en profondeur notre existence, à régler l’horloge de notre vie sur Dieu pour que nous sachions toujours quelle heure il est. Marthe et Marie doivent cohabiter dans notre vie parce qu’elles se complètent mutuellement. L’important est de se soumettre aux exigences de l’heure. 
 
En ce moment de notre dimanche, nous pouvons être assurés d’être à la bonne heure au bon lieu, parce que nous sommes au temps où il faut écouter Dieu lui-même nous parler avant de lui rendre grâce et de partager avec lui le repas auquel il nous a invités. Ce temps est renouvelé par Dieu lui-même chaque dimanche pour nous permettre de revenir à la source et d’être fortifiés dans notre foi, notre espérance et notre charité. Restons fidèles à cette heure de Dieu et toute notre vie sera bien réglée à l’horloge de Dieu. Amen.
 

(Dessin de Jean- François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 14 juin 2013

11ème dimanche ordinaire C - 16 juin 2013

Quand rien ne va plus, il reste le pardon !


Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous et malgré cela,  il y a des hommes et des femmes qui ont tant de mal à bien vivre une démarche de pardon. Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous, et pourtant, il est encore des prédicateurs pour ne parler que du péché de l’homme, des efforts toujours insuffisants qu’il fait pour obtenir le pardon de Dieu. Tout a été dit et écrit sur le péché de l’homme, le pardon de Dieu et son amour pour nous, et nous avons toujours tant de mal à vivre en frères et en sœurs réconciliés par l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous. Tout a été dit et écrit. Avec les lectures de ce dimanche, revenons une fois de plus à ce qui a été dit et écrit à ce sujet dans nos textes sacrés. 
 
Commençons dans l’ordre chronologique avec David, le grand roi que Dieu lui-même a choisi et placé sur son trône. Il avait tout eu de Dieu et aurait eu encore plus s’il l’avait demandé. Il était tout pour Dieu et Dieu devait être tout pour lui. Il s’est laissé entraîner par ses passions ; et le résultat est désastreux : une femme entraînée à l’adultère, un homme tué sous les coups de l’ennemi, et pour David et sa maison un avenir sombre. Tout cela pour satisfaire les désirs d’un seul. Vous me direz : il n’a rien fait contre Dieu, il a juste pris la femme de son voisin, un étranger qui plus est ! Bien justement, en méprisant l’étranger, David a méprisé Dieu ; en s’en prenant à l’étranger, il s’en est pris à Dieu. La réaction de Dieu, c’est Nathan qui la livre : L’épée ne cessera plus de frapper ta maison. Les yeux de David s’ouvrent, son cœur se repend : J’ai péché contre le Seigneur. Et Dieu pardonne. Voilà une première chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : il faut reconnaître son péché, le confesser, pour être pardonné. Avec le psalmiste et le roi David, nous pouvons reprendre le psaume 31 et chanter : Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts… Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse, de chants de délivrance tu m’as entouré. 
 
Vient alors la rencontre de Jésus avec la femme pécheresse chez Simon, le Pharisien. Une histoire que les enfants de nos paroisses qui se préparent au sacrement du pardon avec le livret Brise-chagrins connaissent bien. Elle est une des rencontres de Jésus qu’ils travaillent pour découvrir ce qui se passe quand, dans notre vie, rien ne va plus. Parce que, reconnaissons-le, quand nous nous laissons aller à faire le Mal, rien ne va plus dans notre vie, rien ne va plus selon le désir de Dieu. Si c’est le désir de Dieu qui anime notre existence, il n’y a pas de place pour le Mal dans celle-ci ; si nous étouffons le désir de Dieu, alors le Mal s’installe, le Mal se fait, et oui, rien ne va plus. Que faire alors ? Se laisser à nouveau rencontrer par Jésus, ou comme la femme de l’Evangile, aller à sa rencontre. Quand Jésus passe dans la vie de cette femme que les autres ont vite fait de taxer de pécheresse, tout change. Elle vient, mouille les pieds de Jésus de ses larmes, les couvre de baisers et les parfume. Des gestes bien étranges pour nous mais qui disent bien son désir d’accueillir Jésus dans sa vie. Normalement, c’est Simon, celui qui a accueilli Jésus dans sa maison, qui aurait dû se préoccuper de lui laver pieds et lui offrir le parfum en signe d’accueil. Visiblement, les coutumes se perdaient déjà à l’époque. Mais cette femme, qui n’est pas de la maison, s’en souvient. Elle ne parle pas à Jésus, elle agit pour lui. Comme l’écrivait Giovanni Papini dans son Histoire du Christ, la pécheresse qui entre dans la maison de Simon avec son vase de nard n’est plus une pécheresse. Avant ce jour elle a vu, elle a connu le Christ… Elle n’est plus la femme d’autrefois. Sans ces prémisses, on ne peut entendre l’histoire qui suit. La pécheresse sauvée veut donner à son Sauveur un témoignage de gratitude. Et elle prend une des choses les plus précieuses qui lui sont restées : un vase scellé plein de nard… Elle voudrait encore parler à Jésus… Mais où trouverait-elle les mots qu’elle devrait dire ?... Alors ses yeux parlent et non sa bouche : ses larmes tombent rapides et chaudes sur les pieds de Jésus comme autant de muettes offrandes de sa reconnaissance. Voilà une autre chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : lorsque nous venons vers Jésus, confesser notre péché, avant même d’ouvrir notre bouche, nous sommes déjà pardonnés. Parce que Jésus n’attend que cela ; que nous revenions vers lui. Il a offert sa vie dans ce seul but ! Cela n’enlève rien à la première chose que je vous invitais à retenir : la nécessité de confesser son péché. Au contraire, cela lui donne toute sa force. En reconnaissant mon péché tout en me sachant déjà pardonné, je vais au bout de ma démarche ; ce que j’exprime avec mon corps en me déplaçant à la rencontre de Jésus, je le confesse avec ma bouche pour que cela soit expulsé de moi. Avec le psalmiste et la pécheresse pardonnée, nous pouvons reprendre ces autres versets du psaume 31 : Heureux l’homme dont la faute est enlevée et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude. 
 
Il reste alors l’enseignement de Paul qui reconnaît la grandeur du sacrifice du Christ et son importance dans notre vie. C’est parce que Jésus s’est livré que nous sommes pardonnés ; c’est parce que Jésus a été jusqu’à la croix que nous sommes libérés. En effet, avec le Christ, je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Et le Christ, nous le confessons, est vainqueur du Mal. Il a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du salut, aux captifs, la délivrance ; aux affligés, la joie (Prière eucharistique n° 4). Voici une troisième chose à garder en mémoire, une chose sûre et vraie : lorsque nous confessons notre péché, nous confessons en même temps l’amour que nous lui portons en reconnaissance de ce qu’il a fait pour nous, de ce qu’il ne cesse de faire pour nous. Avec le psalmiste et saint Paul, nous pouvons reprendre ces derniers versets du psaume 31 chanté ce matin : J’ai dit : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés… L’amour du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui. Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse ! 
 
Confesser son péché pour être pardonné ; venir vers Jésus en se sachant déjà pardonné ; confesser notre péché en même temps que l’amour de Dieu : voilà qui devrait nous libérer de nos scrupules et de nos peurs. Voilà ce que l’Eglise nous propose de vivre lorsqu’elle célèbre le sacrement de la réconciliation. Sans doute pourrions-nous dire et écrire encore plus ; d’autres le font mieux que moi. Je reste pour ma part convaincu que cela est suffisant et permettra à chacun d’expulser de sa vie le Mal qui quelquefois le ronge. Si quelquefois dans ma vie, rien ne va plus, j’ai la certitude qu’en venant vers Jésus pour reconnaître mes torts, je suis libéré, recréé à l’image et à la ressemblance de Dieu, car auprès du Seigneur est la grâce, près de lui la pleine délivrance. Aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin extrait de Brise-chagrins, Vers le sacrement de la réconciliation, éd. Centurion - Cerf, Paris, 1999, p.27)

dimanche 7 avril 2013

02ème dimanche de Pâques C - 07 avril 2013

Avec les Apôtres, s'ouvrir à la foi.


Il y a un monde entre les Apôtres que nous croisons au soir de Pâques et même encore huit jours après, et les Apôtres que nous croisons dans le livre des Actes, et pourtant, ce sont bien les mêmes. De la peur, ils sont passés à l’annonce ; de l’incrédulité, ils sont passés à la foi. Avec eux, nous pouvons faire un bout de chemin pour nous ouvrir à la foi. 
 
Une question vient alors à mon esprit : qui, des dix Apôtres qui ont vu Jésus au soir de Pâques et de Thomas qui était absent à ce moment-là, montre le plus de foi lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble ? Trop longtemps, les prédicateurs ont présenté Thomas comme celui qui a du mal à croire, celui qui a besoin de signes. J’entends bien, et l’évangile que je viens de proclamer leur donne raison. Jésus ressuscité lui-même leur donne raison : cesse d’être incrédule, sois croyant ! Mais permettez-moi quand même d’objecter et de prendre la défense de Thomas. Car enfin, que demande-t-il, Thomas, lorsqu’il exprime ses réticences ? Rien d’autre que de faire la même expérience que les autres : voir Jésus ressuscité et recevoir son Esprit Saint ! C’est facile de charger le pauvre Thomas, absent le premier soir , alors que les autres ont vu celui qui était mort et qui maintenant est vivant pour les siècles. Vous me direz : il aurait pu faire confiance à ses amis ! Certes, mais sont-ils eux-mêmes tellement convaincu de ce qu’ils ont vu qu’ils en deviennent convaincants ? Je n’en suis pas certain du tout ; car enfin, lorsque nous les retrouvons, huit jours après, avec Thomas cette fois, ils sont à nouveau enfermés, les portes sont toujours verrouillées ! S’ils étaient vraiment convaincus, n’auraient-ils pas déjà dû abandonner leur crainte ? La rencontre avec le Ressuscité ne les a pas changés tant que cela ; leur foi est encore bien timide ; leur crainte semble encore bien réelle. A quoi leur a servi le don de l’Esprit Saint ? Et on va me dire que c’est Thomas qui doute ? Si j’admets qu’il doute, admettez que les autres aussi, encore, au moins un peu ! Les portes verrouillées en sont, pour moi, le signe évident. Thomas me semble même être celui qui progresse le plus, le plus vite. Il voit et il croit, et il exprime sa foi en des mots sans appel : Mon Seigneur  et mon Dieu ! Il est bien le seul à formuler ainsi ce qu’il porte en son cœur. 
 
Lorsque nous retrouvons ces mêmes Apôtres dans le Livre des Actes, nous les voyons à l’œuvre. Leur crainte n’est plus qu’un lointain souvenir ; leur enfermement, un passé lointain. Désormais, ils se mêlent à la foule, sortent au grand jour, posent des signes, opèrent des miracles. On ne les montre plus du doigt pour les condamner comme c’était le cas pour Pierre au moment de la passion de Jésus : certainement, toi aussi tu es de ses disciples ! Aujourd’hui, tout le peuple faisait leur éloge, et des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, adhéraient au Seigneur par la foi. Le rêve de tout curé ou de tout ADP. Que les personnes à qui il s’adresse et qui le voient vivre, deviennent des disciples authentiques du Christ !
 
La juxtaposition de ces deux textes nous montre alors deux éléments incontournables dans le domaine de la foi : d’abord que la foi naît de la rencontre avec le Ressuscité et ensuite que la communauté a un rôle à jouer dans l’éveil et la transmission de la foi. Que ce soit pour les dix rassemblés au soir de Pâques ou pour Thomas, c’est la rencontre avec le Ressuscité qui déclenche l’acte de croire. Si nos catéchèses ne tendent pas à permettre cette rencontre, la foi devient difficile, voire impossible. Il n’y a que peu d’Obélix de la foi, des gens qui sont tombés dedans quand ils étaient petits. Même l’enfant élevé en famille très catho, devra un jour ou l’autre, pour faire grandir réellement sa foi, faire cette expérience personnelle, presque intime, du Christ présent dans sa vie concrète. Et c’est là qu’intervient le deuxième terme : la communauté. Elle est et reste le lieu où la foi devient possible ou impossible. Une communauté qui ne vit rien, une communauté qui se déchire, une communauté qui ne vit pas concrètement de l’Esprit Saint, ne peut éveiller à la foi. Nous sommes donc tous responsables de la foi des autres. Par ma manière de vivre ma foi ou de ne pas la vivre, je peux faciliter ou rendre difficile, voire impossible, la rencontre avec le Ressuscité. Il faut nous rappeler alors la parole du Christ au soir de sa mort : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Et nous pouvons alors la traduire ainsi : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous serez signes de ma présence au monde ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous pourrez toucher le cœur des hommes et les ouvrir à ma présence ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous éveillerez la foi en vous et autour de vous. La communauté, c’est la famille d’abord, premier lieu de la catéchèse et de l’éveil à la foi ; mais la communauté, ce sont aussi nos lieux de vie, nos écoles, nos paroisses. Partout, si nous sommes disciples du Christ, nous avons à vivre cet amour qui n’est jamais exclusif. Partout, nous pouvons manifester la tendresse d’un Dieu amour qui vient à la rencontre des hommes pour les sauver et les faire vivre. En méditant les Actes des Apôtres, nous comprenons bien que leur art de vivre suscite autant de disciples que leur discours. 
 
Aujourd’hui, le temps des témoins immédiat du Christ est révolu : Thomas et les autres sont nos ancêtres dans la foi ; mais leur exemple reste vivant et parlant. Nous pouvons nous appuyer sur leur vie et leur témoignage pour grandir dans la foi ; nous pouvons, comme eux, par notre art de vivre et notre annonce claire du Ressuscité, ouvrir à la foi ceux qui ne le connaissent pas encore. En toute humilité et dans la confiance que le Seigneur travaille avec nous, pour sa gloire et le salut du monde. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

samedi 5 mai 2012

05ème dimanche de Pâques B - 06 mai 2012

En Jésus ressuscité, nous voici disciples !


Ainsi vous serez pour moi des disciples ! Voici, annoncée par le Christ lui-même, notre identité profonde. Après avoir découvert, durant ce temps pascal, que Dieu nous voulait heureux, qu’il faisait de nous les témoins du Ressuscité et nous considérait comme ses bien-aimés, nous voici appelés à découvrir une autre facette de notre être profond : en Jésus ressuscité, nous voici disciples. Et notre liturgie développe cette identité sous trois aspects.

Nous sommes authentiquement disciples, lorsque comme Paul, nous rencontrons Jésus et que nous parlons de lui. Si vous avez lu les Actes des Apôtres, vous avez peut-être encore en mémoire la conversion de Paul. Voici un homme religieux, pharisien formé par les plus grands maîtres, qui considère que ce nouveau groupe croyant qui monte et qui fait des émules est un danger pour sa foi. Son zèle le pousse à demander au grand conseil l’autorisation de les poursuivre, où qu’ils se cachent, et de les ramener à Jérusalem pour qu’ils soient jugés. Il a compté sans Dieu, sans le Christ ressuscité qui se manifeste à lui sur la route de Damas. Il devient chrétien et le même zèle qui le poussait à rechercher les chrétiens le pousse maintenant à faire connaître cette voie nouvelle. On peut comprendre la réticence du groupe des premiers disciples, mais ceux-ci se laissent vite convaincre par Barnabé : Paul peut désormais prêcher avec assurance au nom du Seigneur dans Jérusalem. Il n’en faut pas plus pour commencer à être un disciple : découvrir Jésus et parler de lui. Car quiconque rencontre Jésus ne peut le garder pour lui. Si Jésus est celui donne sens à ma vie, si son enseignement est Bonne Nouvelle pour moi, il peut l’être pour un autre. Je ne peux que partager celui que j’ai rencontré.

Saint Jean, dans sa première lettre, donne deux autres caractéristiques du disciple : avoir foi en Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Rencontrer le Christ, l’accueillir dans sa vie n’a pas de sens si ce n’est pas pour vivre comme il le demande. L’amour des autres n’est pas une option, ni un truc en plus : c’est constitutif de notre être chrétien, constitutif de notre être disciple. En fait, nous pourrions même dire qu’avoir foi en Jésus et aimer les autres, c’est une seule et même chose. Certes, vous pouvez aimer les autres sans croire au Christ, et heureusement pour l’humanité. Mais il est impossible de croire en Jésus et de ne pas aimer les autres ; cela ne marche pas ! Supprimer l’amour des autres, et vous n’aurez plus de chrétiens. Cela peut sembler radical, mais cela est vrai !

D’où une dernière caractéristique du disciple donnée par Jean, dans son évangile cette fois : est disciple celui qui est greffé au Christ. Jésus, il ne suffit pas de le rencontrer et de parler de lui : il faut encore en faire le tout de notre vie, le principe de notre vie. D’où l’insistance de Jean sur l’image de la vigne : Jésus est la vigne, nous sommes les sarments. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même ne pouvons-nous pas porter du fruit si nous ne demeurons pas greffés au Christ. Porter du fruit, c’est aimer comme lui nous a aimé ; c’est parler de lui avec assurance ; c’est croire en lui ; c’est permettre à d’autres de le rencontrer… C’est tout simplement vivre en disciple.

Il n’y a finalement qu’un choix à faire : c’est le choix initial : vais-je accepter de rencontrer le Christ en vérité ? Si oui, je me greffe à lui et je vis de sa parole comme le sarment vit de la sève que lui procure la vigne. Prends le temps du silence qui vient et réfléchis : Veux-tu vivre du Christ ? Veux-tu être son disciple ?

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images symboliques, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 18 juillet 2010

16ème dimanche ordinaire C - 18 juillet 2010

Retranscription de l'homélie donnée ce matin en l'église saint Florent de Cronenbourg


Alors, Marthe ou Marie ?

C'est souvent en ces termes que, dans mon enfance, était posée la question ; et il valait mieux répondre "Marie" pour faire plaisir à Monsieur le Curé ou Madame la Catéchiste, pour faire croire qu'on avait compris quelque chose à l'histoire. Mais je ne suis pas sûr du tout qu'il faille ainsi opposer ces deux soeurs qui accueillent Jésus chez elles. Je ne suis pas sûr que nous rendions justice à cette page d'Evangile en jouant l'une contre l'autre, en forçant à choisir un camp. Marthe et Marie sont soeurs, amies de Jésus et elles le reçoivent ensemble chez elles.

Marthe s'occupe du service. Et ce qu'elle fait n'est pas mal. Qui d'entre nous, recevant un ami, ne se mettrait pas en quatre pour qu'il se sente comme chez lui ? Qui d'entre nous ne s'agiterait pas un peu avant, pendant et après pour que tout soit au mieux ? Nous ne recevons pas nos hôtes comme des chiens. Nous nous fixons des standarts que nous voulons respecter. Et Jésus lui-même ne se plaindra sans doute pas du travail de Marthe lorsque viendra le moment de passer à table. Car enfin, si nous voulons finir autour de la table, il faut bien que quelqu'un consacre un peu de temps à la cuisine, à moins d'avoir du personnel à notre service. Qui d'entre vous, célibataire comme moi, ou vivant seul suite à une épreuve familiale, ne s'est pas senti écartelé lorsque, invitant quelqu'un, il fallait jongler entre la cuisine et le salon ? Ce que fait Marthe n'est pas condamnable ; elle fait ce que font beaucoup d'entre nous lorsque nous recevons chez nous.

Marie a choisi de faire salon. Quand nous recevons quelqu'un, il faut bien aussi s'intéresser à la vie de ceux que nous recevons : comment ça va ? Et la famille ? Le travail ? Quels sont tes projets ? Et à notre tour, nous donnons la nouvelle, ce qui s'est passé depuis notre dernière rencontre. Nous ne sommes pas des barbares, quand même. Un peu d'attention, n'est-ce pas la première chose que réclament nos visiteurs ? Il ne s'agit pas de s'enfermer en cuisine après les avoir installé, fût-ce dans le meilleur fauteuil de la maison ! Deux soeurs reçoivent Jésus : chacune tient une place pour que tout soit au mieux.

Marthe ou Marie ? Faut-il seulement choisir son camp ? N'avons-nous pas à être un peu des deux lorsque nous recevons quelqu'un ? N'avons pas à être un peu des deux depuis notre baptême lorsque nous recevons le Christ dans notre vie ? Que signifie cette expression "recevoir le Christ dans notre vie" ? Je reçois le Christ dans ma vie en écoutant sa Parole, bien sûr. Jésus est la Parole de Dieu adressée à tous les hommes. Mais cette Parole, n'ai-je pas à en vivre, à la faire vivre ? Sans doute connaissez-vous cette prière que je vais vous citer de mémoire : Le Christ n'a plus de mains, il n'a que tes mains pour servir tes frères. Le Christ n'a plus de pieds, il n'a que tes pieds pour aller à la rencontre de tes frères. Le Christ n'a plus de bouche, il n'a que ta bouche pour dire sa Bonne Nouvelle à tes frères.... et ainsi de suite, avec les membres d'un corps humain. Cette Parole que nous recevons dans le secret de notre coeur, dans l'intimité d'une rencontre, doit nous transporter vers les autres pour les servir comme l 'aurait fait le Christ lui-même.

Le verset de l'alléluia disait ceci : Heureux qui entend la voix du Seigneur et lui ouvre sa porte : il a trouvé son bonheur et sa joie. Celui qui entend la voix du Seigneur, voilà Marie ; celui qui lui ouvre la porte, sous-entendu l'accueille chez lui avec ce que cela suppose, voilà Marthe. Elles sont les deux facettes d'une même pièce, l'une n'allant pas sans l'autre. A notre tour, soyons Marthe et Marie, accueillant la Parole de Dieu et la servant à nos frères et soeurs en humanité. Nous y trouverons une vie unifiée, nous y gagnerons le vrai bonheur et la vraie joie. Amen.


(Photo de l'auteur recevant chez lui)