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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 21 mars 2026

5ème dimanche du Carême A - 22 mars 2026

 Répétition générale ?




(Icône russe, La résurrection de Lazare)


 

            Vous avez le droit d’être légitimement choqué par l’attitude de Jésus qui, à l’annonce de la maladie de Lazare, non seulement ne se précipite pas à son chevet, mais semble faire exprès de prolonger son séjour de deux jours et d’attendre l’annonce de la mort de son ami ; et qui plus est, se réjouit de n’avoir pas été là. Mais passé le choc, il vous faut entendre la raison invoquée par Jésus lui-même : à cause de vous, pour que vous croyiez. C’est donc à cause de nous qu’il a tardé, à cause de notre manque de foi, ou pour le dire plus positivement, pour renforcer notre foi. Se pose alors la question suivante : pourquoi, en vue de quoi, Jésus doit-il renforcer la foi de ses disciples, et donc notre foi ?


            
La principale raison vient de l’incompréhension par les disciples du discours que leur tient Jésus. Jean s’en fait l’écho quand il rapporte les paroles de Jésus : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Les disciples ne comprennent pas plus les métaphores de Jésus que ses paraboles. Plusieurs fois, Jésus a dû les expliquer. Pour cette métaphore du sommeil, il devra être plus clair. Mais même quand il l’est, ils ne comprennent pas bien. Jésus leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Il est sympa, Thomas, mais il oublie un détail : la mort n’est pas romantique, ce n’est pas un acte joyeux par nature. Cette incompréhension du discours de Jésus peut vite se transformer en incompréhension de sa mission et de sa vie. Les événements que nous célèbrerons durant la Semaine Sainte qui approche, en témoignent largement. Ne comprenant pas Jésus, ne comprenant pas ses discours ou le sens de sa vie et de sa mission, les disciples peuvent avoir une foi trop fragile, trop superficielle, et se montrer incapables d’affronter les événements à venir, Jésus marchant désormais résolument vers Jérusalem, vers sa propre mort. Alors oui, peut-être fallait-il que Lazare meure juste avant ses événements pour que leur foi en soit plus profonde. Et la nôtre par la même occasion.

            Vue sous cet angle particulier, la mort de Lazare, tout en restant un moment douloureux pour ses sœurs et ses amis, dont Jésus lui-même, peut sembler comme une grande répétition, ou à tout le moins comme un message clair au sujet de ce qui va arriver à Jésus quand il sera cloué en croix et mis au tombeau. En rendant Lazare à la vie et à ses sœurs, Jésus ne vient pas rendre la mort romantique, ou facile à vivre. Il vient affirmer qui il est, d’où il vient. C’est le prophète Ezéchiel qui avait pourtant averti son peuple, jadis, quand il rapportait la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. Les morts qui ressuscitent, c’est le signe par excellence de la venue du Seigneur au milieu de son peuple. Avec la résurrection de Lazare, les disciples ne sont pas invités à croire que la mort, ce n’est rien, qu’elle ne doit pas nous affecter ; Jésus lui-même se mit à pleurer en se rendant au tombeau de son ami. Jésus ne demande pas aux siens, à nous, d’être inhumains devant la mort ; il nous invite à voir au-delà de la mort, à comprendre que la mort n’est plus le dernier mot de la vie des hommes. Et voir plus loin que la mort demande un acte de foi. Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. Saint Irénée de Lyon, au IIIème siècle dira : La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. C’est cette compréhension qui manque encore aux disciples de Jésus et que la mort de Lazare doit leur enseigner. Dieu ne se réjouit pas de la mort des hommes ; il envoie son Fils Jésus pour les libérer de la mort, et Jésus réalise cela par le don de sa propre vie sur la croix, c'est-à-dire par l’acceptation de sa propre mort. La mort et la réanimation de Lazare doivent apprendre aux disciples à « gérer » la mort de Jésus, à voir plus loin que la croix, à voir plus loin que le scandale de la mort de l’Innocent. Jésus est venu délier l’homme des bandelettes qui le retiennent dans la mort. Il est venu vaincre la mort, une fois pour toutes. Beaucoup de Juifs ne s’y sont pas trompés : ils crurent en lui.

            A la question de savoir si les disciples ont compris l’enseignement de Jésus, ne répondons pas trop vite pour nous. La théologie de salon est facile. Mais c’est devant le cercueil tout juste fermé d’un être aimé qu’il nous faut être capable de croire encore. C’est devant la tombe fraichement refermée sur un cher disparu qu’il faut être capable de dire comme Marthe : Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. C’est quand la mort nous touche de très près que notre foi doit se montrer forte pour nous aider à surmonter l’épreuve du deuil. La foi ne rend pas le deuil facile ; elle permet de l’appréhender et de voir plus loin. Remercions Lazare et Jésus de cette répétition grandeur nature, et prions Dieu de faire grandir encore notre foi en Jésus, vainqueur de la mort. Nous en aurons besoin au pied de la croix. Nous en aurons besoin quand la mort frappera à notre porte. Amen.

samedi 25 mars 2023

5ème dimanche de Carême A - 26 mars 2023

 Revenez à moi : je vous donne la vie.






 

            Nous arrivons déjà au terme des dimanches de Carême. Dimanche prochain, nous entrerons dans la grande semaine qui nous fera revivre les derniers jours de Jésus sur cette terre. Toute la liturgie de ce cinquième dimanche nous ouvre déjà à l’espérance qui est la nôtre : si nous revenons vers Dieu, il nous donnera la vie, la vraie vie. 

            Cette espérance, le prophète Ezéchiel nous montre qu’elle est ancienne déjà. Elle est née dans les terres de l’Exil, quand le peuple choisi a été chassé de Jérusalem et déporté à Babylone. Là, en terre étrangère, le peuple s’est mis à réfléchir, à relire sa longue histoire avec Dieu. Même si les péchés, les nombreux péchés du peuple, l’avaient éloigné de Dieu, le reste d’Israël va prendre conscience de la puissance de l’Alliance qu’il avait bafouée. Dieu certes était en colère contre son peuple, mais sa colère ne saurait être pour toujours. Comme le chante le psalmiste : Près du Seigneur est l’amour ; près de lui abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. Cinquante années passeront et le reste d’Israël reviendra à Jérusalem, parce que le cœur des fils aura utilisé ce temps pour revenir à leur Père, à Dieu. La prophétie d’Ezéchiel que nous avons entendu annonce ce jour comme celui d’une résurrection : Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai remonter, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Comme au temps de la création Dieu avait donné son souffle à l’homme modelé de la terre pour qu’il vive, ainsi Dieu mettra son esprit dans ce reste d’Israël et il vivra ! Là où la mort semblait avoir tout emporté, Dieu fera refleurir la vie. 

            Cette espérance en la résurrection des morts est déjà bien implantée dans le peuple, des siècles plus tard, quand Jésus part annoncer le Règne de Dieu. Nous savons que les pharisiens la partageaient ; ils avaient foi en la vie plus forte que la mort. Mais cela ne signifie pas que la mort est sans conséquence pour ceux qui restent. Dans l’évangile de ce dimanche, nous voyons Jésus lui-même pleurer son ami Lazare, mort quelques jours plus tôt, alors qu’il a tout fait pour ne pas se précipiter à son chevet quand il aurait encore pu le guérir, comme il l’avait fait pour tant d’autres malades. Jésus lui-même le laisse entendre à ses disciples : ce qui va se jouer auprès de ses amis, c’est pour la gloire de Dieu et pour que les disciples croient. Mais qu’ils croient quoi ? Non seulement qu’ils croient que les morts ressusciteront, comme Jésus l’affirme à Marthe, mais qu’ils croient que Jésus lui-même est la résurrection et la vie. Ce que Jésus affirme à Marthe, c’est notre foi : Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. La question qu’il adresse à Marthe, il nous l’adresse à tous : Crois-tu cela ? 

Peut-être que Jésus aurait pu guérir Lazare s’il s’était quelque peu dépêché sur la route ; peut-être que si Jésus avait été présent, le frère de Marthe et de Marie ne serait pas mort. Mais comment nous aurait-il préparé, et préparé nos cœurs à ce qui allait se jouer quelque temps plus tard, lorsque Jésus lui-même, lui qui est la résurrection et la vie sera élevé sur le bois de la croix ? La mort de Lazare n’est pas une répétition de la résurrection de Jésus ; elle est un signe pour notre foi, le signe que Jésus est plus fort que la mort. Cela ne veut pas dire qu’il n’aura pas à l’affronter, la mort ; il le fera sur la croix et au tombeau. Cela signifie qu’il est vainqueur même de la mort. En réveillant Lazare du sommeil de la mort, Jésus nous fait déjà comprendre que la mort ne peut avoir le dernier mot de l’histoire des hommes. Nous sommes faits pour vivre, en Jésus, pour toute éternité. La mort n’est plus un anéantissement, elle est ce passage vers la vie en plénitude pour ceux et celles qui croient que Jésus est le Seigneur. Elle vient toujours trop tôt, la mort, pour les gens que nous aimons ; et cela nous rend tristes, légitimement. Jésus lui-même a pleuré, sincèrement, son ami mort. Mais en Jésus, le Christ, la vie a le dernier mort. A l’appel de Jésus, l’envoyé du Père, le mort sortit de son tombeau, et beaucoup de Juifs crurent en lui.

            Ce que Jésus a réalisé temporairement pour Lazare, il le réalisera définitivement pour tous par son sacrifice et sa mort en croix. Et c’est parce qu’il est allé jusque-là, jusqu’au bout de l’aventure humaine, que je crois en Lui, que je reconnais en Lui mon Sauveur et mon Dieu. Pour moi, homme, né de la poussière et qui retournera à la poussière, Jésus donne sa vie, Jésus se fait résurrection et vie. Tout ce qu’il attend de moi, c’est ma foi en Lui. Il pourra ainsi me pardonner et me faire vivre avec lui, pour toujours. Ecoutons-le encore, il nous appelle : Revenez à moi : je vous donne la vie. Amen.

samedi 24 septembre 2022

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2022

 Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle !



(Herrade de Landberg, Parabole du riche et du pauvre Lazare, Hortus deliciarum)





            Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. Vous auriez tort de croire que, parce que Paul s’adresse ainsi à Timothée, son ami exerçant la charge d’épiscope dans sa communauté, que l’appel qu’il lui adresse ne vous concerne pas. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas ordonnés que vous n’êtes pas hommes et femmes de Dieu. Le combat de la foi est notre lot à tous, notre baptême en est le premier acte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Nous avons tous fait l’expérience de ce combat à mener. C’est d’abord le combat pour rester fidèles à notre foi dans un monde qui perd la tête. Ce combat nous fait rechercher la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Ce ne sont pas des mots que Paul aligne, c’est un art de vivre qu’il indique. Aucun disciple du Christ ne peut faire l’économie de la justice, de la piété, de la foi, de la charité, de la persévérance et de la douceur. Aucun homme se réclamant d’une foi quelconque ne peut faire cette économie. L’évangile nous le rappelle cruellement. L’homme riche, sans nom, n’est pas condamné parce qu’il était riche, ni parce qu’il faisait la fête, mais bien parce qu’il n’a pas fait preuve de charité, de justice et de douceur envers le pauvre Lazare. Il ne l’a pas vu ou il n’a pas voulu le voir, qu’importe ! Il a péché par omission. Il aurait pu faire le bien et il ne l’a pas fait alors même que ce bien à faire était à sa portée : Lazare était là devant sa porte ; il aurait pu lui partager un peu de cette nourriture offerte à ses amis lors des festins somptueux qu’il donnait chaque jour. Mais non, il a ignoré ce pauvre, il a oublié la charité, il a oublié la justice. Il n’a pas mené le bon combat ; sa foi n’a pas transformé sa vie ; sa foi n’a pas ouvert sa vie aux autres, à ceux qui avaient moins de chance que lui. Il est resté avec les siens, ignorant la misère pourtant là, devant sa porte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Il n’y a pas un domaine de notre vie qui échappe à ce combat. Que ce soit en famille, à l’école, au travail, dans nos loisirs ou dans nos engagements sociaux ou politiques, ce combat de la foi est à mener, même en terre laïque. Agir selon notre foi, c'est à dire agir bien, dans le respect de tous, pour que tous puissent vivre mieux, ne portera aucun tort à la République, bien au contraire ! Elle l’aidera à ne pas se fourvoyer sur des chemins contraires à la dignité humaine, depuis le début de la vie jusqu’à sa fin. Si notre foi ne transforme pas notre vie, si notre foi n’éclaire pas nos choix, à quoi sert-elle ? Pourquoi proclamons-nous dimanche après dimanche notre foi, si c’est pour l’oublier sitôt sortis de l’église ? En proclamant notre foi, nous disons croire en un Dieu qui a pris le parti de tout homme, particulièrement des plus petits, des plus faibles, et nous nous engageons à vivre ce parti pris pour le faible en toute chose. Dans une école catholique, on parlera, à la suite de l’enseignement du Concile Vatican II de climat évangélique à vivre. Mais ce climat n’est pas l’apanage seulement de l’école. En toute circonstance, un croyant chrétien doit faire rayonner l’évangile. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est la citation complète de Paul. Il nous rappelle ainsi ce qui est en jeu et que l’évangile nous rappelle maintenant depuis quelques dimanches. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toute éternité ; et cette éternité se prépare ici-bas, dès maintenant. N’attendons pas d’être au seuil de la mort pour nous convertir. Emparons-nous de la vie éternelle dès maintenant ; ayons ce désir de vivre avec Dieu, pour toujours, chevillé au cœur. Un acte charitable suffisait à cet inconnu riche pour se retrouver avec Lazare dans le sein d’Abraham ! Nous savons que nous ne sommes pas parfaits ; mais l’Eglise nous enseigne depuis longtemps que la charité dont nous ferons preuve couvrira une multitude de péchés. C’est encore mieux que la confession, parce que cela nous fait du bien à nous et aux autres. Qu’y a-t-il de plus beau que de faire du bien autour de nous ? Qu’y a-t-il de plus beau que de rendre notre monde meilleur pour tous ? Je ne vois pas. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! Que cet appel de Paul devienne le moteur de notre vie et de notre charité. Emparons-nous de la vie éternelle, non pour la garder jalousement pour nous, mais pour la partager largement. Rendre Dieu visible par notre art de vivre et permettre ainsi à d’autres de l’approcher et de vivre de lui, voilà assurément l’acte de charité, de piété et de foi par excellence. Ne boudons pas notre plaisir, ne boudons pas la vie éternelle ! Amen.

samedi 28 mars 2020

5ème dimanche de Carême A - 29 mars 2020

Dieu nous apprend le deuil.







Un ami malade, Jésus qui tarde et c’est le drame : l’ami malade meurt. Mais pourquoi donc Jésus a-t-il pris le chemin des écoliers pour se rendre au chevet de l’homme souffrant qui avait besoin de lui. Lui qui en a guéri tant d’autres qu’il ne connaissait pas, pourquoi a-t-il traîné lorsque, pour une fois, il pouvait faire du bien à quelqu’un qui lui était proche ? A priori, l’attitude de Jésus peut surprendre, voire choquer. Cette attitude n’est pas digne de celui que l’on connaît comme le chantre de l’amour et de l’attention due à autrui. Quelque chose ne colle pas. A moins que nous n’ayons mal compris ; à moins que Jésus veuille nous faire comprendre quelque chose à travers la mort de Lazare. Pourquoi, en effet laisser mourir un ami et faire souffrir ses sœurs, s’il n’y avait une révélation à clé ? 

A travers cet épisode de la vie de Jésus, Dieu veut nous apprendre le deuil. Non pas qu’il prenne plaisir à faire souffrir ceux qui restent, mais parce qu’il veut nous inviter à vivre de manière positive notre rapport à la mort. Dieu nous apprend à vivre le deuil par l’attitude même de Jésus devant la mort de son ami. Il n’est pas froid ou indifférent au malheur qui touche ses proches. Il pleure même, manifestant ainsi sa proximité avec Marthe et Marie. Mais surtout, il les invite à voir plus loin. L’on comprend bien, à observer Jésus, que la mort ne peut pas être la destinée de l’homme. L’homme n’est pas fait pour mourir, mais pour vivre. C’est cela le vrai plan de Dieu, son véritable projet d’amour pour chacun de nous. Que nous vivions, et que nous vivions libres et heureux ! La mort et Dieu n’ont rien à voir ensemble : ce n’est pas le même monde ; ils n’ont pas les mêmes valeurs. Mais puisque l’homme est soumis à cette loi de la mort, il faut bien affronter ce qui semble être le terme de la vie. En laissant mourir son ami avant de se rendre à son chevet, Jésus se prépare à dire que Dieu est plus grand que la mort même, et que son projet d’amour pour l’homme n’est pas remis en cause par le départ de nos proches. 

Ton frère ressuscitera, affirme Jésus à Marthe, ouvrant ainsi un premier espace pour que l’homme ne se laisse pas abattre par la mort. Il reprend à son compte ce qu’affirmait déjà le prophète Ezéchiel à travers la vision des ossements desséchés dont nous avons entendu un court extrait dans la première lecture. Jésus affirme sa foi en une vie éternelle, par-delà la mort. Marthe partage cette espérance transmise par les Anciens du peuple. Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Mais en attendant, la souffrance est bien là, et Jésus n’a rien fait pour l’empêcher. Moi, je suis la résurrection et la vie, poursuit Jésus, annonçant ainsi qu’en lui les hommes ont accès, dès maintenant, à cette vie en plénitude. Celui qui croit en lui possède la vie pour toujours. Cette vie lui est acquise par le sacrifice de la croix. En marchant librement vers sa propre mort, Jésus va mettre un terme au règne de la mort. Il va la combattre sur son propre terrain, ouvrant à l’homme l’espace de la liberté, l’espace de la vie en plénitude. Celui qui reconnaîtra que la mort de Jésus n’est pas un sacrifice vain et absurde, mais bien l’acte ultime de Dieu pour dire aux hommes son amour, ceux-là savent que la vie aura toujours le dernier mot. Et comme pour donner un avant-goût de cette réalité, voilà que Jésus rappelle à la vie celui-là même qu’il pleurait. La joie devait être grande dans l’entourage de Marthe et de Marie. Cette joie sera encore plus grande au moment de la résurrection du Christ lui-même. Cette résurrection de Lazare manifeste pleinement et ouvertement que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! vivant pour toujours, vivant à ses côtés. 

Si le temps du deuil est nécessaire, il est encore plus nécessaire de se plonger au cœur de la foi chrétienne lorsque la mort nous frappe par la disparition d’un de nos proches. Nous puiserons à la source de la foi, la certitude que nos défunts sont bien vivants, que déjà, ils intercèdent pour nous. Nous pouvons vivre en ayant la certitude d’être sauvé par le Christ, parce que le salut n’est pas de notre fait, mais du seul fait de Dieu. C’est lui qui, gratuitement, nous offre la vie. C’est lui qui, gratuitement, nous appelle sans cesse à vivre, à vivre mieux, à vivre plus grand. Paul l’affirme sans détour dans l’extrait de la lettre aux Romains que nous avons entendu : Si le Christ est en vous – ce qui veut dire : si vous avez été baptisés -, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit –que vous avez reçu au baptême – vous fait vivre, puisque vous être devenus des justes – par votre baptême. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. La démonstration est imparable : elle nous rappelle que par notre baptême, Dieu nous donne son Esprit de vie, et c’est bien cet Esprit de vie qui nous permettra d’affronter la mort de nos proches et notre propre mort, avec confiance et espérance. Nul ne peut détruire cet Esprit de Vie. 

En ces temps difficiles où des familles doivent affronter la mort sans pouvoir accomplir les rites normalement prescrits, Dieu nous apprend le deuil en nous invitant à vivre autrement, mais à vivre vraiment dès maintenant, pour vivre toujours lorsqu’il nous ouvrira la joie de son Royaume. Que ce Carême qui touche à sa fin soit l’occasion pour chacun de redire à Dieu son envie de vivre, de vivre éternellement, par lui, avec lui et en lui. AMEN.


(Icône de la Résurrection de Lazare, trouvé sur internet)

samedi 1 avril 2017

05ème dimanche de Carême A - 02 avril 2017

Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter.





Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter. Cette parole de Dieu n’est pas donné par Jésus, mais par son prophète Ezéchiel. Celui-ci commence son ministère à un moment crucial de l’histoire d’Israël, un peu avant la prise de Jérusalem et la ruine du Temple. Autant dire que l’espérance est déjà morte ; les places fortes d’Israël sont tombées, une partie de la population déportée, une autre exilée. La situation du peuple est difficile, mais cette parole permet de retrouver un début d’espérance, elle laisse entrevoir un avenir malgré le présent sombre. 
 
Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter. Il faudra du temps encore avant que cette promesse ne soit réalisée. Presque cinq siècles ! Pour nous chrétiens, seul Jésus de Nazareth, Fils de Dieu fait homme, parviendra à la réaliser dans sa propre vie de manière définitive. Il indiquera la voie à tous les hommes qui cherchent un sens à leur vie, qui s’interrogent sur le pourquoi de la mort et qui veulent trouver une issue à cette énigme qui fait souffrir les hommes. Lorsque nous le rencontrons aujourd’hui, il pose un geste plus que prophétique ; il va révéler aux hommes que le projet d’amour de Dieu pour les hommes est bien un projet de vie ; il va révéler aux hommes la puissance de l’amour de Dieu pour nous ; il va révéler aux hommes que la mort ne fait pas partie de ce projet d’amour. Il fallait la mort de Lazare pour que cette « leçon » soit donnée aux hommes, d’où le retard de Jésus à l’appel de Marthe et Marie. Il fallait la mort de Lazare pour que les hommes comprennent aussi la compassion de Jésus pour tous ces hommes qui souffrent. La mort de son ami et la détresse des sœurs le touchent au plus profond ; Jésus fut pris d’émotion, il fut bouleversé… il se mit à pleurer. Dieu fait homme assume totalement l’aventure humaine ; Dieu fait homme partage les sentiments et les souffrances des hommes. Sa divinité n’en fait pas un surhomme ; sa divinité ne l’éloigne pas des hommes, bien au contraire. 
 
Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter. Cette annonce faite par Ezéchiel est donc assumée et réalisée par Jésus, d’abord pour son ami Lazare, ensuite pour que la foi des hommes soit éveillée, stimulée et enfin pour que la gloire de Dieu soit reconnue. Lazare, viens dehors ! Ces simples mots suffisent, avec la confiance de Marthe et de Marie en celui qu’elles reconnaissent comme le Christ. Et Lazare sort de son tombeau ! Jésus manifeste ainsi, à tous ceux qui connaissent les annonces prophétiques qu’il est bien celui que Dieu envoie. Les morts qui ressuscitent ne font-ils pas partie des signes de la présence du Messie au milieu des hommes ? Comment se fait-il que les hommes alors ne le reconnaissent pas tous quand ce signe se réalise ? Est-ce que, comme lors de la guérison de l’aveugle-né, il y aurait là une inversion des rôles ? Les morts sortent des tombeaux, mais les vivants semblent y être plongés et enfermés ! Bien sûr, Jean signale que beaucoup de Juifs, qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais pour combien de temps ? N’oublions pas que Jésus marche vers Jérusalem, lieu de son procès, de sa condamnation et de sa mort ! 
 
Je vais ouvrir  vos tombeaux et je vous en ferai remonter. Cette prophétie d’Ezéchiel, accomplie par Jésus, veut aujourd’hui encore stimuler notre foi et relancer notre espérance. Jésus vient nous sortir de nos tombeaux, il vient nous ouvrir à la vie en plénitude, la vie qui ne finit pas. Ce qu’il fit pour Lazare n’est qu’une pâle copie de ce qu’il réalise en nous par notre baptême : il nous fait vivre pour toujours en Dieu. Ce n’est pas une promesse, c’est une réalité. Laissons-là nos bandelettes, laissons les suaires de nos doutes : Jésus éveille notre foi, Jésus réveille notre espérance, Jésus nous entraîne à la vie. Osons donc vivre, et vivre en grand, avec lui, pour toujours. Amen.       

(Dessin de Mr Leiterer)