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samedi 10 décembre 2022

3ème dimanche de l'Avent A - 11 décembre 2022

 Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !




(Jean le Baptiste s'interrogeant sur Jésus dans sa prison, Tableau de Simao Rodrigues, 1620, Portugal)




            Je ne cesse d’être surpris par la Parole de Dieu et par la manière dont elle m’accompagne et se révèle à moi. Ce qui hier était une phrase sans importance peut soudain travailler ma mémoire au point que je me demande pourquoi jamais auparavant tel verset ne m’avait interrogé. C’est comme si un verset semblait avoir été ajouté à un texte que je croyais connaître. En plus de trente années de sacerdoce, j’ai pourtant lu dix fois au moins chaque évangile de chaque dimanche. Et pourtant, je m’aperçois encore que des mots de Dieu m’étaient jusqu’à ce jour inconnus. Ainsi en est-il de ce verset de l’évangile de ce dimanche que je voudrais commenter : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            C’est la dernière parole de Jésus aux envoyés de Jean le Baptiste qui, du fond de sa prison, s’interroge : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?  Jean le Baptiste devient ainsi un modèle pour tout croyant qui s’interroge aujourd’hui, alors que l’Eglise ne parvient pas à sortir de la crise qui l’ébranle profondément : ai-je misé sur le bon cheval ? N’ai-je pas tort de croire alors qu’il y a un tel fossé entre ce que je vois et ce que je crois ? Il faut se souvenir de la manière dont Jean le Baptiste parlait de la venue du Messie. Nous l’avons entendu dimanche dernier : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Reconnaissons qu’il est, dans son annonce, plus proche du grand nettoyeur que du grand guérisseur. Quand vous parcourez l’évangile de Matthieu pour contempler les débuts de la mission de Jésus, une fois passée la prédication de Jésus des chapitres cinq à sept, vous voyez Jésus guérir un lépreux, le serviteur d’un centurion romain, la belle-mère de Pierre, de nombreux malades et possédés qui viennent à lui, deux démoniaques au pays des Gadaréniens, un paralysé, une femme ayant des pertes de sang, deux aveugles, un possédé muet et je n’oublie pas qu’il a redonné vie à la fille d’un notable. Nous sommes quand même plus proche d’un hôpital de campagne que d’une société de nettoyage ! Jean le Baptiste se serait-il trompé ? 

            Dans sa réponse, Jésus, plutôt que de rappeler par le menu détail la longue liste que je viens de dresser, renvoie au prophète Isaïe qui donnait les signes concrets du salut réalisé par Dieu : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, ls lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Jean le Baptiste ne s’est pas trompé sur la personne de Jésus : il est celui qui apporte le salut puisqu’il réalise tous les signes de la prophétie du prophète Isaïe. Jean s’est juste trompé sur la méthode. Là où il attendait un grand chambardement avec des colères et des jugements secs, il y a le chemin du salut proposé par Dieu qui consiste à accueillir sa grâce, à se laisser guérir par Dieu de ce qui fait obstacle à la vie, à reconnaître que la mort n’est pas le dernier mot de l’histoire des hommes. A la place d’un feu qui détruit, il y a une parole qui sauve, qui redonne confiance, qui oriente la vie et le regard des hommes vers Dieu. Jésus lui-même confirme aux foules que Jean le Baptiste est bien son précurseur quand il affirme : c’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Et Jean le Baptiste a fait le job : il a des disciples qui le suivent, il y a des gens qui se sont convertis à son appel. Reste à Jean le Baptiste à se convertir lui-aussi à la méthode de Dieu, au projet de Dieu pour les hommes : il n’est pas celui qui détruit, il est celui qui sauve ! C’est ainsi que je comprends cette béatitude que je n’avais jamais remarqué auparavant : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! 

            Jésus affirme que c’est bien autour de sa personne que s’opèrera le jugement. Jean le Baptiste, comme tout un chacun, doit se décider pour ou contre Jésus. Je n’ai pas de doute que la réponse qu’il aura reçue de ses envoyés l’aura réconforté et qu’il aura gardé son espérance dans la venue du jour du Dieu. Ce passage nous montre que chacun peut, à un moment donné de son histoire, se trouver confronté au doute. Plutôt que d’abandonner, cherchons comme Jean une réponse à nos doutes, en nous faisant aider par d’autres quand notre doute nous retient prisonnier ; avec eux, relisons l’œuvre de Jésus et confrontons-la, non pas à nos attentes, mais aux promesses que Dieu a faites à nos Pères dans la foi. Nous trouverons en Jésus, dans son enseignement et dans ses œuvres, la lumière nouvelle qui redonnera à notre foi sa force et à notre espérance son horizon : le Seigneur vient nous sauver, il n’abandonne personne. Il n’y a pas de prison assez sombre qui ne puisse être traversée par sa lumière. Avec Jean le Baptiste, réjouissons-nous de ce Dieu qui vient prendre soin de nous ; réjouissons-nous de ce Dieu qui vient nous offrir son salut. Amen.

samedi 29 octobre 2022

31ème dimanche ordinaire C - 30 octobre 2022

 Quand Zachée, celui qui voulait voir, est regardé par Jésus.




(La conversion de Zachée)



            Qu’attend-t-il, Zachée, de Jésus, du haut de son arbre ? Pourquoi veut-il voir Jésus ? Est-ce un effet de simple curiosité ? Qu’a-t-il entendu ou qu’imagine-t-il à propos de Jésus, qui le pousse à faire l’enfant et à grimper sur un sycomore ? Nous ne le saurons jamais, mais cela peut nous faire réfléchir, et constater qu’il n’est pas le seul qui se contente de voir là où il aurait fallu regarder. Car ce qui se joue là est plus qu’un simple jeu de Pas vu, pas pris

            Je n’y ai pas vraiment été attentif auparavant, mais il y a bien une différence entre l’attitude de Zachée et de la foule d’un côté et celle de Jésus de l’autre. Reprenons l’histoire pour bien comprendre. Jésus passe par Jéricho ; il n’y a là rien d’extraordinaire. Des villes et des villages, il en aura parcouru quelques-uns durant son ministère. Et souvent, comme à Jéricho, une foule se presse autour de lui. Nous pouvons comprendre que Zachée ne veuille pas rater l’événement. Jésus est connu maintenant ; ses gestes, ses paroles en ont intrigué plus d’un. Et puis après tout, ce passage de Jésus devait être un événement pour beaucoup, vue la foule qui se pressait là. Ma question tient pourtant toujours, concernant Zachée : pourquoi veut-il voir Jésus ? Jésus, il faut l’entendre pour être bouleversé par son enseignement ; Jésus, il faut l’approcher pour espérer un geste, une attention, une guérison. Mais Zachée, qu’attend-t-il à vouloir juste, mais absolument, voir Jésus ? Que peut-il espérer à se cacher ainsi ? Il me fait penser à ces enfants qui vont se cacher la nuit de Noël, espérant voir le Père Noël déposer des cadeaux, mais cependant pas assez courageux pour aller vers lui. L’homme peut-il se contenter de juste voir Dieu qui passe dans sa vie ?  Zachée serait alors l’archétype de l’humanité qui veut voir sans plus s’engager. Voir, même de loin, c’est bien assez. 

            A ce petit jeu qui ne demande aucun engagement, la foule se débrouille très bien aussi. Certes, elle approche Jésus. Elle le voit bien, mais elle ne l’entend pas, elle ne le comprend pas. Quand Jésus s’invite chez Zachée, que fait-elle ? Luc nous le rapporte sans fioriture : Voyant cela, tous récriminaient : Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. La foule aussi se contente de voir. Elle s’arrête aux faits, sans chercher à comprendre, sans chercher à se laisser toucher, ni impressionner. Pourquoi se presse-t-elle autour de Jésus si c'est pour récriminer dès qu’il fait quelque chose qui peut surprendre ? Elle serait donc comme Zachée, juste intéressée par l’événementiel ? La foule serait alors l’archétype de ces hommes et de ces femmes, intéressés par la figure de Jésus, un homme extraordinaire en son temps, mais qui ne sont absolument pas intéressés par son message, par le fait qu’il soit Fils de Dieu, et qu’il invite tous les hommes à la conversion. Des lecteurs de Voici, Gala ou Closer, plutôt que de La Croix ou Le Monde. Plus intéressés par l’anecdote, le sensationnel, que par la réflexion, la prise de recul et l’analyse. 

            Entre les deux, il y a Jésus, qui lève les yeux et dit : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Il lève les yeux : c’est plus que voir ; quand on lève les yeux sur quelqu’un ou quelque chose, c’est pour le regarder, vraiment. Cela signifie que nous allons prendre du temps. Cela est renforcé par l’auto-invitation de Jésus chez Zachée. Il ne dit pas : il faut que je passe chez toi, comme en coup de vent, mais bien demeurer dans ta maison, qui suppose qu’il veut y prendre du temps. Là où les hommes ne veulent que voir, en vitesse, Jésus veut poser son regard et demeurer. Jésus ne passe pas dans nos vies pour nous voir, mais pour nous rencontrer, pour nous bouleverser, pour nous gagner à lui. Zachée ne s'y trompe pas, lui qui descend vite et reçoit Jésus avec joie. Il voulait juste voir ; eh bien il va voir ce qu’il va voir, et les autres aussi. Le fait que Jésus veuille prendre du temps avec lui, chez lui, fait ressortir le meilleur de Zachée, ce que personne n’avait osé imaginer, ce que personne n’a jamais voulu voir. Il est un homme, pécheur sans doute, comme les autres, mais un homme chez qui Jésus se plaît à aller ; il est un homme qui change dès lors que Jésus le regarde et s’intéresse à lui. Le regard de Jésus sur lui change du regard des autres sur lui, et de ce fait change le regard que Zachée lui-même porte sur lui. Il n’est plus obligé de se cacher dans un arbre ; il peut recevoir Jésus dans sa vie et avec lui, recevoir l’enseignement de Jésus qui change une vie, qui change sa vie. Voici Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Nous pouvons comprendre mieux alors la réponse de Jésus : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. 

En nous apprenant à regarder plutôt qu’à voir, Jésus nous apprend à dépasser nos jugements vite formulés. En nous apprenant à regarder plutôt qu’à voir, Jésus nous apprend à être encore mieux ses disciples. Pour regarder les autres, pour nous regarder en vérité, regardons d’abord Jésus et découvrons en lui celui qui est notre salut. Nous pourrons alors être de ceux qui révèlent ce regard de salut à celles et ceux que Dieu place sur notre route. Notre monde a plus que jamais besoin d’entendre que le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Donnons-lui à regarder des hommes et des femmes qui vivent déjà de cette espérance, et le monde se convertira. Amen.

samedi 26 septembre 2020

26ème dimanche ordinaire A - 27 septembre 2020

 La conduite du Seigneur n'est pas la bonne : vraiment ?




            La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. Ainsi commençait l’extrait du prophète Ezéchiel proposé ce dimanche à notre méditation. Ce verset est extrait du chapitre 18 de ce beau livre biblique ; c’est le verset 25 précisément. Pour le comprendre, il faut relire ce qui précède. Cela nous permettra de dire si l’homme a raison de parler ainsi de Dieu et de porter un jugement moral sur l’œuvre de Dieu, ou pas. 

            Les premiers versets de ce chapitre sont les suivants : La parole du Seigneur me fut adressée : « Qu’avez-vous donc, dans le pays d’Israël, à répéter ce proverbe : “Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées” ? Dieu dénonce une croyance qui mettra des siècles à disparaître. Elle consiste à dire que si la génération des pères fait du mal, c’est à la génération des fils de l’expier. Nous en avons une belle trace dans le Nouveau Testament, dans la bouche même des Apôtres, lorsque Jésus et ses disciples croisent la route d’un aveugle de naissance. C’est dans l’évangile de Jean au chapitre 9 : En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Comme s’il eut été normal qu’il soit né aveugle à cause d’un péché commis par les parents. Le prophète Ezéchiel a vécu plus de 500 ans avant Jésus Christ, et son enseignement n’est toujours pas assimilé. Car c’est bien contre cette croyance que lutte Ezéchiel. Ce qu’il veut faire comprendre, c’est que chacun est responsable du mal qu’il fait, comme chacun est responsable du bien qu’il fait. Personne ne peut et ne doit vivre sa relation à Dieu par procuration ou à crédit. 


            Dans ce bel oracle du Seigneur adressé à son prophète, Dieu fait l’éloge de l’homme juste, l’homme qui respecte le droit, l’homme qui ne se tourne pas vers les idoles, l’homme qui respecte les dix commandements, l’homme qui est charitable, et il lui assure la vie. Le bien fait n’est jamais perdu ; le bien fait trouvera sa récompense : Un tel homme est juste, c’est certain, il vivra. Mais la parole adressée par Dieu à son prophète ne s’arrête pas là. Elle se poursuit ainsi : Mais si cet homme a un fils violent et sanguinaire, coupable d’une de ces fautes, – alors que lui n’en a commis aucune – un fils qui, de plus, va aux festins sur les montagnes et rend impure la femme de son prochain, qui exploite le pauvre et le malheureux, qui commet des fraudes, ne restitue pas un gage, lève les yeux vers les idoles immondes et se livre à l’abomination, qui prête à intérêt et pratique l’usure, ce fils-là vivra-t-il ? Il ne vivra pas ; il s’est livré à toutes ces abominations : il sera mis à mort, et son sang, qu’il soit sur lui ! Le père n’est pas responsable du dévoiement de son fils ; il a observé la Loi, il aura, sans doute aucun, appris à son fils à faire de même, mais ce fils ne l’a pas suivi. Tant pis pour ce fils. Et pour que l’enseignement soit clair et complet, l’oracle se fait plus précis encore. Il affirme en effet : Mais voici : un homme a un fils qui voit tous les péchés qu’a commis son père, il les voit sans les imiter, il ne va pas aux festins sur les montagnes, ne lève pas les yeux vers les idoles immondes de la maison d’Israël, ne rend pas impure la femme de son prochain, il n’exploite personne, ne prend pas de gages, ne commet pas de fraude, donne son pain à celui qui a faim et couvre d’un vêtement celui qui est nu, il détourne sa main du mal, ne prélève pas d’intérêt et ne pratique pas l’usure, il accomplit mes ordonnances et marche selon mes décrets. Ce fils ne mourra pas à cause des fautes de son père, c’est certain, il vivra. Mais son père, s’il a pratiqué la violence, commis des fraudes et n’a pas bien agi au milieu de son peuple : il mourra en raison de sa faute. Puisque chacun a sa vie, chacun ne peut être responsable que de ce qu’il fait ou pas. Personne ne peut reporter sur un autre le mal qu’il commet ; personne ne peut porter au crédit d’un autre le bien qu’il fait. Et personne n’est enfermé dans un système : le fils d’un père mauvais peut-être bon malgré tout. Et pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, Dieu précise aussitôt : Or vous dites : “Pourquoi le fils ne porte-t-il pas la faute de son père ?” Le fils a pratiqué le droit et la justice, il a observé tous mes décrets et les a pratiqués : c’est certain, il vivra. Celui qui a péché, c’est lui qui mourra ! Le fils ne portera pas la faute de son père, ni le père, la faute de son fils : la justice sera la part du juste, la méchanceté, celle du méchant. 


            C’est cela, la conduite de Dieu que l’homme juge n’être pas la bonne. Il voudrait que le fils porte la faute du père ou inversement. Quelle drôle de justice l’homme prône-t-il donc ? Cet oracle nous rappelle qu’il n’y a pas de solidarité possible dans le mal ; cela s’appellerait de la complicité. Seul le Christ, au moment de sa passion, prendra sur lui les péchés de tous les hommes, les nôtres, pour les mettre à mort sur sa croix. Mais nul autre ne peut le faire. Si, vivants dans le mal, vous comptez sur la génération suivante pour vous sauver, c’est peine perdue, dit le Seigneur à son prophète, donc à nous. Chacun est responsable de sa vie ; chacun est responsable de ses actes. La justice à hauteur de Dieu l’exige ; celle des hommes ferait bien de s’en inspirer. Ne disons pas trop vite qu’il en est bien ainsi en notre beau pays de France aujourd’hui. Rien n’est plus faux ! Il suffit de regarder le sort réservé aux enfants de parents français partis faire le jihad ! Quand bien même leurs parents sont morts ou en prison, de trop nombreux enfants, souvent très jeunes parce que nés à l’étranger, ne peuvent rejoindre leurs grands-parents en France, parce que nous leur faisons porter la faute de leurs parents. Comprenez-vous : ils pourraient devenir terroristes à leur tour ! Que fait-on de la puissance de l’amour ? Croyons-nous que l’amour d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un oncle ou d’une tante, parfaitement étrangers aux comportements de ceux qui sont partis peut transformer une vie et changer un cœur ? Ou sommes-nous tellement englués dans le mal que nous ne pensons même plus que d’autres peuvent en sortir ? 


            La conduite du Seigneur n’est-elle vraiment pas la bonne quand il annonce que chacun désormais sera responsable de ses actes ? Est-ce vraiment terrible d’entendre Dieu dire : Je ne prends plaisir à la mort de personne, – oracle du Seigneur Dieu – : convertissez-vous, et vous vivrez. » ? Ce sont là les derniers mots du chapitre dix-huit d’Ezéchiel. C’est là surtout le dernier mot de Dieu à tout homme pécheur. Il ne pourra jamais faire plus belle proposition que celle-ci. Que le juste continue de vivre dans la justice ; que le méchant se détourne de son mal, qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est un beau résumé de l’alliance que Dieu propose à tous. C’est l’alliance pour laquelle Jésus a donné sa vie sur la croix. En levant les yeux vers le signe de notre foi, la croix dressée, nous devrions avoir le mal en horreur. En levant les yeux vers la croix dressée du Christ, un cri de joyeuse espérance devrait monter de nos lèvres : Jésus, Fils du Dieu Sauveur, aie pitié de moi. La conversion commence par ce cri ; elle se poursuit par une vie digne de l’œuvre du Christ comme le rappelle Paul dans sa lettre aux Philippiens : ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Ayez le même amour, les mêmes sentiments. Alors apparaît en pleine lumière la justesse de la conduite du Seigneur, qui fait vivre le juste et invite le méchant à la conversion, s’il veut vivre lui-aussi. Nous en revenons toujours au choix proposé jadis par Moïse à son peuple : Aujourd’hui, choisis la vie ou la mort, Dieu ou pas Dieu. Mais choisis. Amen.

 

 

samedi 28 septembre 2019

26ème dimanche ordinaire C - 29 septembre 2019

Ni gilet jaune, ni insoumis, mais converti ! 





            Si la parabole de Jésus semble simple, pleine d’images nous permettant de nous représenter la scène, elle n’en semble pas moins compliqué quant au message qu’elle nous transmet. Nous pouvons, à force de l’entendre trop vite, nous méprendre sur son sens et mal comprendre sa pointe. Il nous faut donc la relire et écarter une à une les mauvaises interprétations.

            Commençons par dire que ce n’est pas un évangile pour gilet jaune en mal de révolution, contemplant avec satisfaction la déchéance de ce riche qui se retrouve tourmenté à jamais au séjour des morts. Voyez-vous, ce riche n’est pas un méchant capitaliste libéral qui volerait les pauvres. Il est juste un riche, aveuglé par sa richesse, qui ne voit pas plus loin que son monde. Il n’est pas décrit comme mauvais ou méchant. Il a plutôt de l’entre-gens puisqu’il peut donner des fêtes chaque jour. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de la lutte des classes qui verra tous ces riches, trop riches pour les pas assez riches que nous sommes, périr en enfer. Jésus n’appelle pas à la révolution contre eux ; il ne justifie pas les manifestations qui détruisent tout sur leur passage au motif que c’est le seul moyen devenu légitime pour se faire entendre. 

            Ce n’est pas non plus un évangile pour français insoumis qui ne voit dans le religieux qu’une survivance du passé dont il faut se débarrasser au motif que la religion endormirait les citoyens et réduirait leur capacité à se révolter. Voyez Lazare ; il est resté là, couvert de plaies, devant la maison de ce riche. Personne, pas même Dieu, n’est intervenu en sa faveur. Il aura dû attendre sa mort pour trouver la récompense et le réconfort dans le sein d’Abraham. Trop facile, diront-ils ! Pas besoin de ces messages ; révoltons-nous, soyons des insoumis à Dieu et à la société. Non, le message de la parabole n’est pas à chercher du côté de l’opium des peuples. Jésus ne justifie pas ces discours lénifiants, maintenant les pauvres dans leur pauvreté, leur promettant des lendemains qui chantent ; il ne justifie pas les affirmations du style : sois pauvre et tais-toi ; un jour tu seras riche ! 

            Ce dont nous parle cette parabole, c’est de nous, et de l’urgence que nous avons à devoir nous convertir. Elle nous avertit que seule la Parole de Dieu, transmise par la Loi et les Prophètes, nous sauve. Elle contient tout le nécessaire pour bien comprendre ce qui est attendu de nous. Cette parabole nous avertit qu’aucun signe extraordinaire, pas même un revenant d’entre les morts, ne saurait nous obliger à croire, à nous convertir et à vivre selon l’Alliance de Dieu. Nous ne pouvons qu’en faire le constat amer aujourd’hui. En Jésus, nous avons plus que la Loi et les Prophètes ; nous avons cette Loi et ces Prophètes pleinement réalisés ; nous avons même celui qui est revenu du séjour des morts. Et pourtant, notre monde ne tourne pas plus rond ; et pourtant, notre monde n’en est pas plus humain. Des inégalités terribles subsistent ; la terre elle-même est mise en danger par les hommes, tous les hommes ! Par nous tous ! 

            Au lieu de nous convertir, nous sommes comme ce riche, ne voyant que nos intérêts, notre style de vie, refusant de partager, refusant d’envisager une plus grande égalité entre tous. Les privilèges d’autrefois sont devenus des avantages acquis dont personne ne veut se défaire au profit d’un bien commun. Au lieu de nous convertir, nous nous révoltons, détruisant un peu plus chaque fin de semaine le lien qui devrait nous unir. Au lieu de nous convertir, nous nous opposons : les riches contre les pauvres, les citadins contre les ruraux, le « peuple » contre « les élites ». Nous ne voyons pas plus Lazare aujourd’hui que le riche ne le voyait hier. 

            Il y a urgence à nous convertir, parce que quand la mort viendra, elle fera du définitif. Il sera trop tard. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et écouter ce que la Loi et les Prophètes n’ont cessé de dire. C’est dès maintenant qu’il nous faut changer de vie et mettre en œuvre l’enseignement du Christ qui, résumant la Loi et les Prophètes, nous invite à aimer Dieu et les autres. Quand l’homme se convertit, l’amour devient réalité et le bien commun peut enfin progresser. N’attendons ni révolution sanglante, ni signe extraordinaire pour changer de vie. Mais vivons la révolution de l’amour, qui ne détruit rien, mais construit tout. Là est le salut ; là est la vie juste pour tous. Le Christ Jésus n’a cessé de nous le dire. Ecoutons-le, enfin ! Amen.


samedi 27 avril 2019

02ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2019

Laissons-nous guider par les Actes et l'Apocalypse.







            Tout au long de notre temps pascal, nous entendrons le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Deux livres qui vont donner une couleur particulière à ce temps ; deux livres pour nous encourager dans notre foi et nous permettre de vivre mieux de la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous.



            Le livre des Actes des Apôtres, nous l’entendons chaque année au cours du temps pascal. Il remplace, en première lecture, les livres de l’Ancien Testament que nous lisons tous les autres dimanches de l’année. Pourquoi ce changement ? Parce que Jésus est ressuscité ! En quoi cela change-t-il quelque chose ? L’Eglise répond que, le Christ étant ressuscité, pour ceux qui croient en lui, toutes les promesses de la Première Alliance sont désormais accomplies. Nous ne les lisons pas durant le temps pascal parce qu’il n’y a pas besoin à ce moment-là de nous les rappeler. Nous lisons les Actes des Apôtres, le livre qui nous montre comment les premiers croyants au Christ ont vécu de cette formidable annonce de la résurrection, ce qu’elle a changé dans leur vie. Nous voyons aussi, à travers le témoignage de Luc, l’auteur des Actes, comment cette foi s’est propagée, et donc comment le Christ est fidèle à sa promesse d’être toujours présent à ses Apôtres, à son Eglise. Et nous constatons d’emblée que ces Apôtres, si peureux au moment de la Passion de Jésus, si peureux au moment de la Pâque, sont maintenant forts et décidés à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Et nous constatons aussi que, ce qui fut la mission de Jésus, se poursuit à travers ses Apôtres. Beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple, par la main des Apôtres. A travers eux, le Ressuscité poursuit sa mission de salut ; à travers eux, les malades sont encore guéris ; à travers eux, la Bonne Nouvelle se diffuse, touche le cœur des hommes et provoque des conversions : De plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. Nous pouvons avoir l’impression que tout est facile, que tout est simple. Et de fait, quand les Apôtres agissent au nom de Jésus, et mieux quand ils laissent Jésus Ressuscité agir à travers eux, tout va bien, tout se déroule selon le plan de Dieu. En ces temps de crise qui sont les nôtres, il nous faut revenir à cet esprit des premiers croyants, à ce dynamisme des Apôtres, à ce désir de faire connaître le Seigneur et son œuvre de salut. Il nous faut laisser à nouveau le Christ agir à travers nous.


            Le livre de l’Apocalypse peut alors nous sembler plus difficile d’accès. Déjà son nom, qui est trop souvent synonyme de catastrophes en tous genres, peut nous rebuter. Et pourtant, ce livre veut nous dévoiler (c’est le sens étymologique du mot Apocalypse), veut nous dévoiler donc le projet de Dieu pour son Eglise afin qu’elle se convertisse toujours plus et mieux à sa Parole. Vous l’aurez compris : c’est un livre écrit pour un temps de crise. Pourtant nous ne sommes qu’à la fin du premier siècle. C’est que les chrétiens, à ce moment-là, sont d’une part les proies de persécutions arbitraires et de vexations et d’autre part les responsables de brouilles à l’intérieur même de la jeune Eglise. Une certaine habitude de croire s’est déjà installée, l’enthousiasme des débuts a disparu, de mauvaises habitudes sont déjà prises. C’est dans ce contexte que Jean reçoit des révélations de la part de Jésus, Le Premier et le Dernier, le Vivant. Il doit écrire une lettre à sept Eglises, sept communautés locales, pour les avertir et les inviter à changer, à se convertir. Tout le livre va rappeler que la vie chrétienne est une participation au combat entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), et que ce combat connaîtra une fin au moment de la deuxième venue du Seigneur. Faut-il rappeler ici que Jésus avait annoncé ce retour à ses disciples avant sa mort ? Ce n’était pas uniquement une parole de consolation, c’était l’annonce d’une réalité. En ces temps de crise qui sont les nôtres, ne nous faut-il pas entendre à nouveau cet appel à la conversion et redécouvrir l’espérance de ce retour du Christ, dans la gloire ? Le Ressuscité n’abandonne pas son Eglise ; quelles que soient les épreuves rencontrées par elle, il est présent, au milieu d’elle, la guide et la conduit, la purifie, pour que toujours elle soit davantage fidèle à sa mission, fidèle au Christ qui l’a envoyée porter aux pauvres la Bonne Nouvelle.


            Mesurons la chance qui est la nôtre en cette année 2019 de pouvoir lire conjointement ces deux livres de la Nouvelle Alliance. Avec les Apôtres du Christ, réjouissons-nous de ce que la Parole se répande, intéresse ceux qui l’entendent au point de devenir eux-mêmes chrétiens ; avec Jean, réjouissons-nous du fait que le Christ ne nous abandonne pas, et qu’aujourd’hui encore il nous invite à nous purifier par sa Parole et par notre participation à son projet de salut pour tous les hommes. Que ce que nous avons proclamé solennellement durant la grande nuit de Pâques devienne notre réalité : nous renonçons au Mal, à ce qui conduit au Mal, à Satan qui est l’auteur du péché, pour vivre de la liberté de tous les enfants de Dieu, dès aujourd’hui et jusqu’au retour du Christ dans sa gloire. Amen.



(Frères de Limbourg, Saint Jean à Patmos, Très riches Heures du duc de Berry, Musée Condé, Chantilly)





samedi 7 octobre 2017

27ème dimanche ordinaire A - 08 octobre 2017

Quand la Bonne Nouvelle se fait plus rude...





Et dire qu’il y en a encore pour croire que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ c’est de l’eau de rose, plein de guili-guili, une belle histoire pour enfant sage ! Après avoir entendu l’Evangile de ce dimanche, force est de constater que l’Evangile sait aussi se faire plus rude, avertissement sévère à ceux qui voudraient avoir l’héritage, mise en garde contre ceux qui ne donnent pas de bons fruits. Et nous aurions tort de croire que cela ne nous concerne pas, que ces textes ne sont que pour les autres, ceux qui sont vraiment méchants, vraiment mauvais. Que nous ne soyons pas parfaits est une chose que nous entendons volontiers, mais nous n’en sommes pas rendus au point de ces ouvriers qui tuent le l’héritier ! Est-ce si sûr ? 
 
La parabole rapportée par le prophète Isaïe, nous l’évacuons volontiers en disant que ce n’est pas de nous qu’il parle. C’est un texte de la Première Alliance qui ne concerne donc que les gens de la Première Alliance. De même dans l’Evangile, Jésus ne s’adresse qu’aux anciens du peuple et aux grands-prêtres, toutes fonctions que nous n’occupons pas. Nous serions donc exempt de reproches, plutôt fiers d’être de ceux à qui la vigne sera confiée une fois tous les autres éliminés. Au pire, ce texte concernerait uniquement les membres de nos communautés qui assurent la conduite effective de l’Eglise, mais pas le commun des baptisés. Le fait est que nous ne pouvons pas nous en tirer ainsi. La parole lue chaque dimanche est bien pour nous, et pour nous tous ; c’est bien à nous tous que Dieu s’adresse dans les lectures que nous entendons. C’est donc bien pour nous mettre tous en garde que nous les entendons.  Dieu attend de chacun de nous de bons fruits. Il prend soin de nous ; nous devons prendre soin de la parole qu’il nous confie afin qu’elle puisse faire son œuvre en nous. 
 
Quand la Parole de Dieu se fait rude, veillons à ne pas l’évacuer trop vite. Entendons-là pour ce qu’elle est : un appel à la conversion. Souvenons-nous de ce que nous disait le prophète Ezéchiel la semaine passée : Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Droit et justice : ce sont justement les bons fruits attendus par Dieu dans ce chant de la vigne que rapporte le prophète Isaïe. Etre droits et justes dans nos relations avec les autres ; être droits et justes dans notre travail ; être droits et justes vis-à-vis de Dieu ; être droits et justes dans notre participation à la vie de la cité. Lorsque nous lisons la presse ces derniers jours, nous pouvons légitimement nous interroger : sommes-nous toujours droits et justes ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous estimons que les efforts à faire pour redresser notre pays, c’est toujours aux autres de les faire ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous pointons du doigt les étrangers dès que quelque chose ne va pas ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous considérons qu’il faut plier devant la minorité qui manifeste et fait du bruit dans la rue ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous attendons tout des autres et refusons systématiquement de nous salir les mains pour arranger les choses ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous condamnons les nouveaux modèles familiaux qui se dessinent alors que les nôtres s’écroulent et prennent eau de toutes parts ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous faisons le choix de partis extrêmes que quelques bords qu’ils soient alors que l’histoire récente de notre continent nous a montré les horreurs qu’ils ont tous engendrées ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous pensons qu’une bonne guerre remettrait les choses dans le bon ordre ? Sommes-nous droits et justes lorsque, par souci de rentabilité et de profits, nous maltraitons la terre que Dieu nous a confiée ? 
 
Quand l’Evangile se fait plus rude, au lieu de le ranger soigneusement, écoutons-le encore. Quand l’Evangile se fait plus rude, au lieu de l’envoyer à ceux qui auraient tout intérêt à l’écouter, relisons-le encore pour nous. Quand l’Evangile se fait plus rude, prenons-le au sérieux. Et entendons-le toujours comme un appel à nous convertir, un appel à porter plus de bons fruits, un appel à changer nos cœurs. Quand l’Evangile se fait plus rude, confions-nous à la miséricorde de Dieu, afin qu’il guérisse en nous ce qui n’est pas conforme à sa Parole. Quand l’Evangile se fait plus rude, faisons une place plus grande au Christ : il nous indiquera la voie du droit et de la justice ; il nous indiquera le chemin du salut. Amen.          
 
(Dessin de M. Leiterer)                                                                               

samedi 6 mai 2017

04ème dimanche de Pâques - 07 mai 2017

Le Christ est-il bien notre berger ?





           Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je suis toujours surpris par le nombre de personnes qui se convertissent au jour de la Pentecôte, après le discours de Pierre. Il se passe visiblement quelque chose à Jérusalem, ce jour-là, en-dehors du fait que l’Esprit Saint ait fondu sur les Apôtres. Le discours de Pierre n’est pas extraordinaire : il affirme juste sa foi en Jésus ressuscité et invite ses auditeurs à la conversion. Cela a suffi pour qu’environ trois mille personnes se joignent à eux. Il leur parle du Christ, ils le choisissent comme berger de leur vie. 
 
            Cette image de berger est une vieille image pour parler de Dieu qui guide son peuple. Elle est déjà présente dans le psaume 22, sans doute le plus connu de tous. C’est un psaume que de nombreux croyants aiment reprendre pour dire leur confiance en Dieu et surtout pour affirmer le réconfort apporté par Dieu. Il veille sur ceux qui croient en lui, il les conduit et les fait revivre. Il est présent aux heures difficiles, notamment à l’heure de la mort, le moment où Dieu lui-même reçoit le croyant à sa table. La présence de Dieu au côté du croyant est permanente, tous les jours de la vie et procure grâce et bonheur. Nous avons bien raison de chanter en ce dimanche : le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer. Comment ne pas craquer devant un tel Dieu ? Comment ne pas décider de le choisir pour berger de notre vie ? 
 
            Pierre, dans sa première lettre, et Jean, dans son évangile, reprennent cette image et l’appliquent à Jésus, le berger des brebis. Il est le vrai berger parce qu’il est celui qui sauve, celui qui apporte le salut aux hommes. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. C’est donc vers lui qu’il nous faut sans cesse revenir. C’est lui qu’il nous faut écouter. C’est lui qu’il nous faut suivre. C’est lui qu’il nous faut accueillir. Comment ne pas reconnaître la puissance de cet amour ainsi manifesté ? Comment ne pas croire que Dieu veut vraiment notre vie ? Comment croire encore que nous pourrions nous passer de Dieu et de ce qu’il accomplit pour nous en Jésus ? 
 
            Cela reste un grand mystère pour moi ; je ne m’explique pas que des hommes puissent intentionnellement renoncer à Dieu, renoncer au Christ après avoir entendu parler de lui. Je ne comprends pas davantage que des hommes puissent, en nombre, suivre de faux pasteurs. Je comprends encore moins que des hommes puissent travestir Dieu, falsifier son œuvre et déformer son visage. Mais je comprends toujours mieux que je dois sans cesse me convertir le premier et accorder ma vie à l’Evangile,  convertir le regard que je porte sur Dieu, convertir mon discours sur Dieu pour que les hommes ne se détournent pas de lui à cause de moi. Je mesure la responsabilité qui est mienne, la responsabilité qui est celle de tous ceux et toutes celles qui croient déjà en lui. Nous avons une responsabilité particulière ; par notre vie, nous devons transpirer le Christ ; par nos actes et nos grandes décisions, nous devons refléter l’Evangile du Christ et faire en sorte que son message d’amour pour tous, son message d’accueil de l’autre nécessairement différent, son message de respect et de protection du faible, soit toujours entendu et pleinement vécu. Chrétiens de France, nous avons aujourd’hui une responsabilité particulière lorsque nous exprimerons notre vote. Nous avons l’occasion de faire vivre plus ou moins d’Evangile pour les années à venir ; nous avons l’occasion de dire ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas au nom de l’Evangile ; nous avons l’occasion d’être de ce peuple qui se prononce pour un avenir que nous espérons meilleurs, pas seulement pour nous, mais pour tous les hommes. Comme nous le rappelaient cette semaine notre archevêque et les responsables des autres cultes, nous ne saurions ni nous taire, ni nous dérober. 
 
            Si le Christ est vraiment notre berger, construisons avec lui un monde plus fraternel. Si le Christ est vraiment notre berger, construisons avec lui un monde sans peur, sans haine. Si le Christ est vraiment notre berger, construisons avec lui un monde ouvert et accueillant. Il a donné sa vie pour un tel monde. Ne soyons pas errants comme des brebis ; retournons vers notre berger, le gardien de nos âmes. Aujourd’hui plus que jamais. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 21 janvier 2017

03ème dimanche ordinaire A - 22 janvier 2017

La mission de Jésus.





Avec ce dimanche, nous découvrons Jésus qui inaugure sa mission au milieu des hommes. Il est grand maintenant ; il est sorti vainqueur des tentations du diable ; Jean le Baptiste a été arrêté ; c’est le moment pour Jésus d’entrer vraiment en scène. La version longue de l’évangile de ce dimanche nous montre d’emblée tous les aspects de la mission de Jésus. En quoi consiste-t-elle ? Pourquoi est-il venu ? 
 
Matthieu répond ainsi : Jésus commença à proclamer : ‘Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche.’ Jésus se situe donc dans la continuité de Jean le Baptiste. Il invite les hommes à la conversion pour qu’ils aient leur part à ce royaume des cieux qui vient. L’ancienne traduction liturgique distinguait le message de Jean le Baptiste et celui de Jésus. Au premier, elle faisait dire : Le royaume des cieux est tout proche ; au second, le royaume des cieux est là ! Nous comprenions ainsi qu’avec Jésus, nous faisions un pas de plus. Ce royaume attendu était déjà là, déjà accompli en Jésus. La nouvelle traduction, reprenant dans la bouche de Jésus le message de Jean, semble mettre davantage l’accent sur l’urgence de la conversion. Jésus est bien celui qui accomplit le royaume, mais sans conversion, les hommes ne peuvent s’en rendre compte ; sans conversion, les hommes ne peuvent y accéder ; sans conversion, ils pourraient même se méprendre sur la personne de Jésus. Faire reprendre par Jésus le message de Jean le Baptiste permet aussi de souligner que ce travail de conversion n’est pas achevé ; à chaque génération, les hommes auront à se convertir pour découvrir ce royaume des cieux tout proche d’eux. 
 
Mais l’appel à la conversion n’épuise pas la mission de Jésus. Matthieu poursuit son évangile avec l’appel des quatre premiers disciples : Simon et son frère André d’abord, puis Jacques et son frère Jean. A chaque fois, l’évangéliste note la promptitude de ces hommes à répondre à l’appel qui leur est adressé. Jésus appelle ; ils répondent. Pas de grande tergiversation. Pas de grande interrogation : te suivre, mais pour aller où ? pour combien de temps ? Rien de tout cela. Un appel et une mise à la suite de Jésus pour devenir pêcheurs d’hommes. Cet appel des disciples comme deuxième acte de la mission de Jésus renforce ce que nous disions de l’urgence et de la permanence de l’appel à la conversion. Les disciples, un jour, vont d’abord partager puis prolonger la mission de leur maître. L’Eglise poursuit ce travail, aujourd’hui encore, avec toujours le même message : Convertissez-vous ! A travers elle, c’est bien toujours le Christ qui s’adresse aux hommes, le Christ qui presse les hommes de s’ouvrir à son règne, de faire vivre son message. 
 
Le dernier aspect de la mission de Jésus souligné par Matthieu dans son évangile, ce sont les signes que Jésus pose. Jésus ne se contente pas de parler ; il agit aussi en faveur des hommes. Le dernier verset du passage entendu nous dit : Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Evangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. On ne peut donc pas réduire Jésus à un beau parleur. Ce royaume qu’il annonce, il le réalise par les signes qu’il pose en faveur des hommes, en particulier ceux qui sont mis de côté parce que frappés de maladie, non conforme à l’idée qu’on se fait de quelqu’un de bien. Si untel est mal foutu, c’est forcément qu’il aura péché, lui ou ses parents ; Jésus aura à lutter contre de tels propos. En guérissant les malades, Jésus annonce qu’il est celui qui lutte – efficacement – contre le Mal qui ronge l’homme, le Mal qui divise les hommes. Il vient remettre de l’unité dans le genre humain, puisqu’en libérant des infirmités, il réintègre ces hommes et ses femmes dans la communauté humaine ; il vient combattre le Mal aux côtés des hommes pour qu’ils retrouvent leur liberté, celle que Dieu leur avait donné aux premiers jours de la création. En guérissant les malades, Jésus vient très concrètement ouvrir ce royaume des cieux à ceux qu’il relève. Sa prédication est comme vérifiée dans ces guérisons. 
 
Au terme de cette page d’évangile, nous pouvons comprendre que la mission de Jésus consiste en un triple appel : un appel à la conversion, un appel à le suivre, un appel à une vie libérée du Mal. Voilà pourquoi Jésus est venu dans le monde. Sachant tout cela, aurons-nous le même empressement que Simon, André, Jacques et Jean à suivre Jésus ? Aurons-nous le même désir que Matthieu d’être témoin de l’œuvre de Jésus auprès de nos contemporains afin que ce royaume des cieux s’ouvre aussi pour eux ? Aujourd’hui encore, les peuples qui marchent dans les ténèbres peuvent voir une grande lumière se lever. Aujourd’hui encore, notre monde peut changer, en mieux, à cause de Jésus. Amen.


(Gustave Doré, Jésus enseignant la foule, in La Bible, 230 illustrations de Gustave Doré avec des extraits du Nouveau et de l'Ancien Testament, SACELP, Paris, 1983)

samedi 10 septembre 2016

24ème dimanche ordinaire C - 11 septembre 2016

Y'a de la joie à pardonner !




Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple ! Devant cette affirmation de l’auteur du livre de l’Exode, j’ai envie de demander : en doutiez-vous ? Dieu pouvait-il faire autrement ? Humainement, c’est tellement plus simple de laisser sa colère éclater pour de bon, marquer ainsi clairement sa désapprobation et surtout faire comprendre qu’on n’est pas une chiffe molle, qu’on ne se laissera pas faire et qu’on ne laissera pas faire. Mais Dieu peut-il être humain jusque-là ? Jusqu’à s’abaisser à céder au mal ? La liturgie de ce dimanche, si elle nous montre d’abord un Dieu animé de sentiments humains, nous montre surtout un Dieu à la hauteur des attentes de l’homme. Et ce qu’attend l’homme, ce n’est certainement pas d’être détruit, battu, humilié, mais sauvé et aimé. 
 
Quand Moïse intervient en faveur de son peuple qui vient de se fourvoyer gravement en fondant un veau d’or, il rappelle à Dieu qu’il vaut mieux qu’un veau ! Il lui rappelle son projet qui est de toujours : faire de ce peuple un grand peuple, selon la promesse faite à Abraham et à sa descendance. C’est lui, Dieu, qui est allé chercher son peuple en Egypte ; c’est lui qui l’a libéré à bras fort. Que dirait-on de lui s’il se mettait à tout détruire ? Non, pour Moïse, Dieu ne peut assurément pas se comporter comme un enfant gâté qui détruit ce qu’il a construit pour recommencer autre chose. Par sa fidélité à ce peuple, par sa fidélité au Dieu qui l’a appelé, Moïse apaise la colère de Dieu. Il y en a toujours, à ce moment-là de l’histoire, pour dire que Dieu ne s’est pas mis réellement en colère, que c’était plus une manière de vérifier si Moïse le suivrait… comme si Dieu voulait d’abord s’assurer d’avoir bien choisi en appelant Moïse pour prendre la tête de son peuple. Ne soyez pas de ceux-là ! Respectez la colère de Dieu ; elle est signe de son amour pour nous. Celui qui ne se met pas en colère, n’aime pas vraiment. Il reste indifférent aux choses et aux événements. Cette colère de Dieu me semble nécessaire pour que l’homme se rende compte de ses erreurs ; elle est nécessaire pour que l’homme comprenne à quel point il est important aux yeux de Dieu. Il vaut mieux une sainte colère que divine indifférence ! 
 
Avec la nouvelle Alliance que Jésus va sceller de son sang, un pas de plus est franchi encore. La colère de Dieu est apaisée et remplacée par la joie de Dieu dont la source est le pardon qu’il accorde. Les paraboles de la miséricorde mettent en avant cette joie, au point qu’on en oublie l’effort qu’il a fallu pour retrouver la brebis perdue, l’effort déployé pour nettoyer la maison à la recherche de la pièce égarée, la patience et l’amour qu’il a fallu pour guetter chaque jour le retour du fils perdu et plaider sa cause devant l’ainé récalcitrant, qui aimerait bien déployer sa colère et dire à ce jeune frère ce qu’il pense de son aventure ! Jésus nous apprend ainsi qu’il y a de la joie à pardonner, il y a de la joie à retrouver ceux qui s’étaient perdus, éloignés de Dieu et de son amour. Dieu ne peut être satisfait quand un homme s’éloigne de lui et de son amour. Il ne dira pas : tant pis pour lui ! Il n’aura qu’une envie : retrouver, comme un trésor unique, celui qui s’est perdu et goûter la joie de savoir son enfant à nouveau auprès de lui. Dieu ne dira jamais : un de perdu, dix de retrouvés. Avec Dieu, un de perdu, c’est un à retrouver ! C’est le prix de l’amour, c’est le prix de la joie de Dieu ! 
 
Pour être sûr de n’en perdre plus aucun, Dieu a été jusqu’à envoyer son propre Fils : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, c’est-à-dire ceux qui se sont éloigné de l’amour de Dieu pour eux. Si vous avez de la peine à imaginer l’amour que Dieu peut avoir pour vous, regardez vers la croix. Elle est le signe de l’amour de Dieu pour chacun de nous. Là, sur la croix, Jésus nous dit : Dieu t’aime encore, Dieu t’aime malgré tout le mal que tu as pu commettre. Et par moi, Dieu t’offre un chemin de salut, un chemin vers la joie parfaite. Comment, dès lors, ne pas pleurer sur notre péché comme nous y invite le psalmiste dans le psaume 50 ? Comment, dès lors, ne pas revenir vers la source de l’amour comme nous y invite le fils perdu ? Comment ne pas reconnaître que notre vie, notre joie et notre avenir sont en Dieu seul ? Comment ne pas vouloir partager la joie de Dieu rendue accessible à tous par la mort et la résurrection de Jésus ? 
 
S’il y a de la joie chez Dieu et ses anges pour un seul pécheur qui se convertit, pouvez-vous imaginer la joie qu’il peut y avoir à demander la grâce de se convertir ? Je suis toujours impressionné, lorsque je confesse, par le regard lumineux de celles et de ceux qui quittent mon confessionnal après avoir reçu le pardon de Dieu et avoir compris qu’ils n’étaient pas jugés, mais attendus avec impatience. S’il y a de la joie au ciel quand un homme se convertit, il y a de la joie en l’homme quand il a accompli son chemin de conversion. La joie de Dieu n’est pas une joie égoïste ; c’est une joie contagieuse, une joie qui se partage largement. Ne restons pas sur le pas de la porte comme le fils ainé de la parabole, mais entrons dans cette joie de Dieu. Réjouissons-nous de pouvoir revenir vers Dieu ; réjouissons-nous pour tous ceux qui font le choix de Dieu ; réjouissons-nous d’être attendus, aimés et sauvés. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 9 avril 2016

03ème dimanche de Pâques C - 10 avril 2016

Pâques : quand l'homme est transformé !




Il y a quelque chose de curieux dans le comportement du grand prêtre et de son conseil : ils sont persuadés d’avoir mis un terme à l’histoire de Jésus en le clouant sur la croix, et pourtant, ils commencent à avoir peur pour eux : vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? N’est-ce pas là une affirmation maladroite du fait que cette histoire, et l’annonce répétée par ses disciples de la résurrection de Jésus, puissent être vraie ? Sinon pourquoi avoir peur que son sang retombe sur eux ? Après tout, c’est ce que tout le peuple réclamait à Pilate lorsque celui-ci voulait relâcher Jésus : que son sang soit sur nous et sur nos enfants, criait la foule pendant le procès. C’est facile à dire quand on ne s’attend à rien d’autre qu’à la mort d’un homme : que risque-t-on de lui quand tout est fini ? Mais si on commence à prendre la résurrection de Jésus au sérieux (ne serait-ce qu’un peu !), si tout ce que disent les Apôtres est vrai, ne va-t-il pas vouloir se venger sur nous ? Ceux qui ont condamné Jésus ne risquent-ils pas d’obtenir finalement ce qu’ils réclamaient alors pour calmer les scrupules du gouverneur ? Il leur faut étouffer toute cette malheureuse affaire, interdire aux Apôtres de prêcher le nom de Jésus, quitte à utiliser la force et le fouet pour bien imprimer le tout dans l’esprit de ces hommes qui dérangent. 
 
Il y a quelque chose de surprenant dans le comportement de Pierre : hier, il reniait Jésus, proclamant par trois fois ne pas le connaître, par peur de ce qui pourrait lui arriver, et le voici qui proclame par trois fois (certes un peu contraint par question répétée de Jésus : m’aimes-tu ?) le voici qui proclame donc son amour pour Jésus ; et quelques temps plus tard, s’en va même annoncer la résurrection et tenir tête à ce grand conseil qu’il craignait hier encore. Même le fouet ne pourra le faire taire ! Avec assurance, il rappelle les faits qui ont conduit à la mort de Jésus, et la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus. Avec délicatesse, il invite son peuple à la conversion, l’invitant à reconnaître la nouveauté de l’événement de Pâques. Il prend le contre-pied de ses adversaires : alors que ceux-ci le condamne pour ses paroles, lui ne les condamne pas pour leurs actes. Il ne leur verse pas le sang de Jésus à la figure ; il leur renvoie son amour pour tous les hommes, eux y compris. Nulle trace de vengeance, nulle trace de haine : juste le désir que les hommes se convertissent à Dieu et reconnaissent en Jésus leur Sauveur. Aucune contrainte, aucun fouet pour imprimer la foi en eux ! 
 
Il y a quelque chose de neuf dans le monde après l’événement de Pâques, quelque chose qui ne se contrôle pas : les hommes changent, les hommes sont transformés : il y ceux qui s’enferment dans leur refus de croire, comme on enferme un cadavre dans son tombeau ; ils se replient sur eux, sur leur certitude, refusant à Dieu d’être vraiment Dieu. C’est finalement l’attitude des membres de ce grand conseil : ils avaient refusé de croire Jésus de son vivant ; ils ne vont pas croire en lui maintenant qu’ils l’ont fait mettre à mort. Toute cette affaire devait cesser avec la mort de Jésus ; elle cessera, dussent-ils accumuler les injustices envers les Apôtres ! Il y a aussi ceux qui s’ouvrent à la nouveauté d’un Dieu plus fort que la mort, ceux qui se convertissent à l’amour et au pardon : ils s’ouvrent à une vie nouvelle, faite de joie et de liberté. Les Actes des Apôtres sont remplis de ces témoignages d’hommes et de femmes qui, par milliers, rejoignent le nombre des disciples à la prédication des Apôtres, réalisent une nouvelle manière de vivre, partageant ce qu’ils ont, se soutenant les uns les autres. Oui, avec Pâques et l’irruption dans notre vie de celui que la mort n’a pu vaincre, les hommes changent. 
 
Ce qui était vrai hier, l’est encore aujourd’hui. Nous célébrons Pâques année après année ; si nous sommes juste dans le souvenir de cet événement, comme on serait dans le souvenir de la fin de la grande guerre, rien ne changera vraiment. Pâques cette année sera comme Pâques de l’an dernier et probablement comme Pâques de l’an prochain. Mais si nous faisions le choix de prendre Pâques au sérieux, de croire vraiment que Jésus est sorti de son tombeau, alors il nous sortirait de nos propres tombeaux, alors nous pourrions aider à rendre ce monde meilleur. Si nous laissons Jésus être le Ressuscité, y compris dans notre vie, nous le reconnaîtrions lorsqu’il croise notre vie ; nous deviendrions capables, avec la force de son Esprit, de changer de vie et de changer le monde. 
 
Cette semaine encore, au nom d’une certaine idée de la laïcité, des hommes et des femmes, pourtant évolués et capables de réflexion, ont réaffirmé que toute cette histoire de Jésus, finalement, ça devait se terminer, en particulier dans nos écoles, en demandant la suppression de l’heure d’enseignement religieux. Qu’on ne nous parle plus de Jésus et qu’on n’en parle plus à nos enfants dans le cadre de l’école ! Ils ne l’ont pas dit ainsi, mais c’est bien à cela que doit conduire leur revendication. Autrefois, le grand conseil avait fait donner le fouet ; aujourd’hui on donne des conférences de presse remplies d’ambiguïté. Mais le résultat escompté est le même : que cesse l’histoire de Jésus ; que le monde soit enfin débarrassé de lui, une fois pour toutes. La seule chose juste qu’ils ont réussi à pointer, c’est la baisse du nombre d’élèves fréquentant l’enseignement religieux. Et cela nous renvoie, nous chrétiens, à notre responsabilité, à notre foi pascale. Si Jésus ressuscité est important pour nous, si nous sommes convaincus que cet événement de Pâques a bouleversé le monde et le bouleverse encore, si nous croyons que Pâques change les hommes en mieux, pourquoi refuser cette chance à nos enfants ? Pourquoi les dispenser de connaître celui en qui nous espérons ? Pourquoi ne pas vouloir le meilleur pour eux aussi ? Qu’avons-nous à craindre d’une meilleure compréhension de la religion par nos enfants ? Qu’avons-nous à craindre d’un meilleur vivre ensemble, résultat certain d’une meilleure connaissance de l’autre et d’une meilleure connaissance de soi enseignée dans ces cours de religion supposés si dangereux pour la liberté de conscience, l’égalité et la neutralité selon ses opposants ? Dans un monde de plus en plus bouleversé et en manque de repères, pourquoi vouloir encore supprimer celui-là qui peut structurer une vie, lui donner sens, ouvrir une espérance et permettre de grandir en humanité ? Pourquoi vouloir éradiquer toute la puissance de Pâques de la vie des hommes ? J’ai bien une idée de réponse, mais elle n’est pas à la gloire de l’homme ! En ressuscitant, Jésus nous a rendu notre liberté face aux puissances du Mal qui envahissent notre vie ; vouloir empêcher de le faire connaître, c’est empêcher l’homme de vivre vraiment libre ; c’est empêcher l’homme de transformer le monde par la puissance libératrice de l’Evangile. 
 
Si l’événement de Pâques introduit une nouveauté dans la vie des hommes, nous devons saisir cette nouveauté et nous laisser transformer par elle. Ne retournons pas à nos vieux démons révolutionnaires qui, en leur temps ont profondément divisés notre pays. Ne nous enfermons pas dans le tombeau de nos ignorances crasses. Avec le Christ, ressuscitons à une vie de foi renouvelée ; avec le Christ, accueillons la liberté qu’offre cette nouvelle vie débarrassée du Péché, du Mal et de la Mort.  Avec Pierre, osons affirmer Dieu et le Christ, toujours vivant, toujours agissant pour le bien de tous, pour la liberté de tous, pour la vie de tous. Amen.

vendredi 7 décembre 2012

02ème dimanche de l'Avent C - 09 décembre 2012

Préparer. Se préparer.


Deuxième dimanche, deuxième étape : le temps de l’Avent ne nous permet pas de nous reposer, et cela se comprend. L’enjeu est trop important puisqu’il s’agit ni plus ni moins de notre salut, du salut du monde entier. Après avoir été invités à la veille, dans la foi, la charité et la prière, voici précisé un autre aspect du temps de l’Avent : celui de la préparation. Il faut préparer la venue du Sauveur, il faut nous préparer à l’accueillir.


Pour nous aider dans cette tâche, nous avons entendu le prophète Baruch annoncer le retour des exilés. Pour bien comprendre ce qu’il nous dit, il faut se souvenir de cet événement qui a duré 70 ans environs et qui a été un vrai cataclysme dans la vie d’Israël. L’exil, lorsqu’il a lieu, c’est la fin d’Israël ; Il est vaincu militairement ; il n’a plus ni terre, ni roi, ni Loi, ni Dieu. Tout ce qui faisait sa gloire lui est enlevé, et le peuple est déporté en terre étrangère, en terre païenne. Lui qui ne voulait plus se plier à la Loi de Dieu qui le rendait libre, doit se plier à la loi d’un étranger, qui le réduit en esclavage. Vous pouvez dès lors imaginer la joie que peut provoquer, après des années d’exil, l’annonce du prophète Baruch. Vous pouvez aussi imaginer le scepticisme de certains à cette même annonce. Cela fait si longtemps que tout semble fini ; pourquoi est-ce que cela changerait maintenant ? La réponse vient du prophète, porte-parole de Dieu : cela va changer parce que Dieu l’a décidé : il va ramener son peuple, et il va lui-même conduire son peuple. Le prophète invite le peuple de Dieu à se préparer à cet événement en retrouvant la foi et l’espérance : Quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours. Vous l’aviez compris : il ne s’agit pas seulement de changer ses vêtements extérieurs, il s’agit de se convertir à nouveau, de se tourner à nouveau vers Dieu. L’exil sanctionnait le péché du peuple ; voici le temps du retour en grâce. Préparez-vous à retrouver la terre que Dieu avait promis à vos pères, préparez-vous à vivre à nouveau selon la Loi donnée par Dieu : elle est justice, elle est paix, elle est joie, elle invite à la piété. L’appel de Baruch a-t-il été entendu ? Certainement, mais il a aussi certainement été oublié dans les méandres de l’histoire.

Des siècles plus tard, un autre vient porter le même message : il faut vous préparer ! C’est Jean le Baptiste qui crie dans le désert. Préparer le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Bougez-vous, quoi, en langage plus contemporains. Le Seigneur vient, mettez-vous en ordre de marche et aidez à sa venue. Il y a des impératifs à remplir : ce n’est pas négociable. Le Seigneur va venir ; c’est une certitude. Tu dois t’y préparer ; c’est une exigence. Autrement, si tu rates cette rencontre avec le Seigneur quand il viendra, tu n’auras qu’à t’en prendre à toi-même. Lis les signes des temps : les ravins seront comblés, toutes les montagnes et les collines seront abaissées, les passages sinueux seront redressés, les routes déformées seront aplanies. Ce n’est pas à toi de faire tout ça : ça c’est l’œuvre de Dieu. Toi, tu dois préparer le chemin du Seigneur, rendre droits ses sentiers. Origène, au 2ème siècle, disait dans une homélie : Nous lisons dans le prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez un chemin au Seigneur ! Redressez ses sentiers. » Le Seigneur veut trouver un chemin par où il puisse entrer dans vos cœurs et y cheminer… Cette voix parvient d’abord aux oreilles puis, après elles, ou plutôt avec elles, la parole pénètre l’entendement… Quel autre chemin préparer au Seigneur ? Un chemin matériel ? Mais la parole de Dieu peut-elle emprunter un tel chemin ? Il faut plutôt préparer au Seigneur un chemin intérieur et tracer dans notre cœur des routes droites et unies. Voilà le chemin par où entre la parole de Dieu pour s’installer dans le cœur humain capable de l’accueillir. A chacun son travail, en quelque sorte : le combat fondamental contre le Mal, c’est Dieu qui le mène : il comblera les ravins, il abaissera les montagnes… Mais à l’homme de se joindre à ce combat en lui d’abord : à lui de préparer son cœur par une écoute attentive de la Parole de Dieu. Ainsi il préparera le chemin du Seigneur.

Il s’agit donc tout autant de préparer un chemin et de se préparer à accueillir, à écouter celui qui vient. Le cœur de l’homme et ses actes doivent être à l’unisson pour que l’œuvre de Dieu soit reconnue et efficace dans sa vie. Paul ne dit pas autre chose aux Philippiens lorsqu’il demande que Dieu mène à son achèvement l’œuvre qu’il a commencé en eux. Ils ont accueilli la grâce de Dieu à travers la prédication de Paul ; Dieu peut désormais vivre avec eux, en eux et être le guide de leur vie. Leur cœur n’est pas seulement à l’unisson de leurs actes, il est à l’unisson de Dieu. Prions Dieu pour qu’il en soit de même pour nous.

Tiens-toi prêt ! Prépare-toi, dépêche-toi ! Le Seigneur vient ! Au milieu de toutes nos activités, Seigneur, nous ne savons plus où donner de la tête. Nous avons tant à faire, tant de choses à réfléchir. Ton prophète, Jean le Baptiste, vient nous redire qu’une seule chose compte : préparer notre cœur à ta venue. Que ton Esprit nous aide à rendre droit le chemin de notre cœur et tu pourras y faire ta demeure, aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin : Détail d'un retable de Noël, publié sur le site Prions en église)