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samedi 5 octobre 2024

27ème dimanche ordinaire B - 06 octobre 2024

 Le mariage, une question d'amour.




(Marc CHAGALL, Le cantique des cantiques)




 

            Je ne le fais que très rarement, mais aujourd’hui me semblait un bon jour pour le faire : je n’ai lu que la version brève de l’évangile proposé pour ce dimanche, pour donner tout son poids à l’enseignement de Jésus sur le mariage. Certains peuvent penser que cet enseignement est difficile à entendre depuis que la société civile, au moment de la Révolution française, a facilité les choses en matière de divorce. Pourtant, je crois que cet enseignement reste d’actualité pour l’immense majorité des couples. Les exceptions, dont on voudrait qu’elles n’arrivent jamais – violences conjugales, mise en danger d’un des membres du couple, …  – appellent, avec raison, une réponse différente, parce que dans ces cas précis, il s’agit de préserver la vie. Pour les cas ordinaires et simples, la réponse de Jésus reste d’actualité. 

            Une fois encore, les adversaires de Jésus veulent le mettre à l’épreuve, avec cette question simple d’apparence : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ? Vous remarquerez immédiatement que l’inverse n’est pas imaginé par ces hommes qui s’adressent à Jésus. C’est une vieille habitude que nous pouvons constater dans d’autres passages de la vie de Jésus, notamment lorsqu’ils lui amènent une femme accusée d’adultère et que manque singulièrement celui avec qui elle l’aurait été ! Comme souvent, Jésus les renvoie à leur catéchisme : Que vous a prescrit Moïse ? Quand on cherche une réponse, la première chose à faire est de revenir à la Loi. Ben justement, répondent-ils, Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Se pose alors la question suivante : s’ils connaissent la réponse, pourquoi poser la question ? Il n’y a pas plusieurs interprétations possibles de la Loi. Comment espèrent-ils piéger Jésus avec leur question ? S’attendent-ils à ce que Jésus disqualifie Moïse ? 

            Jésus est bien plus subtil que cela. Plutôt que de disqualifier le premier et le plus grand de tous les prophètes, Jésus précise pourquoi Moïse a permis cela : à cause de la dureté de vos cœurs ! Moïse connaissait son peuple, qu’il qualifiait souvent, lors de ces entretiens avec Dieu, de peuple à la nuque raide ! Quand l’homme est mauvais, dur, méchant, il fallait permettre l’acte de répudiation pour que l’épouse n’ait pas à souffrir d’un mari devenu insupportable. Mais il ne l’a certainement pas imaginé pour que l’homme puisse changer de femme comme de tunique ! Pour Moïse, le mariage n’est pas juste un contrat entre deux personnes, contrat qu’on pourrait rompre à la moindre occasion. Jésus le précise à sa manière en renvoyant au projet initial de Dieu, que nous avons réentendu en première lecture. Au commencement de la création, rappelle Jésus, Dieu les fit homme et femme. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Nous sommes au-delà des sentiments qui peuvent s’évanouir, au-delà de l’attraction physique qui peut disparaître. Nous sommes là dans un acte d’alliance qui lie deux personnes de la même manière que l’Alliance lie Dieu et l’humanité. Jésus vient redire à ses adversaires que le mariage, c’est sérieux et qu’il n’est pas possible de s’y engager légèrement. 

            Que cela soit une leçon pour l’Eglise et pour nous tous. Puisque le mariage est un signe de l’Alliance que Dieu veut vivre avec chacun de nous, que personne ne s’y engage trop vite ; que l’Eglise ne bénisse pas trop vite. Depuis quelques années, nous demandons une préparation qui va bien au-delà du simple choix des chants et des lectures pour la célébration. Mais peut-être faudra-t-il faire un pas de plus, proposé déjà en son temps par le futur Benoît XVI. Il faisait le constat que beaucoup de jeunes qui demandent le mariage à l’église sont éloignés de la foi. Or, pour vivre ce sacrement, la foi est indispensable. Aussi proposait-il de marier moins vite et d’oser proposer un autre type de célébration qui reconnaisse la réalité d’un couple en construction, sans que cela soit le signe sacramentel dans sa totalité, avec toutes ses conséquences. Les personnes qui préparent au mariage font ce qui est possible pour faire réfléchir les futurs couples à leur engagement, mais ils ne peuvent pas savoir ce qui se passe dans le cœur et dans l’esprit de celles et ceux qu’ils accompagnent. Et quelquefois, des choses difficiles ne se révèlent qu’après le mariage. Il nous faut beaucoup de prudence et de discernement avant, beaucoup de miséricorde et de compréhension après. L’idéal que Jésus rappelle est toujours bon ; la question est : est-ce que tout le monde est capable de le vivre ? C’est une question qu’un sentiment trop fort et une envie trop pressante de se marier peuvent évacuer ou empêcher d’émerger. 

            Si l’Eglise ne doit pas bénir trop vite, elle doit aussi s’abstenir de condamner trop rapidement ce qui ne se sentent pas ou plus le courage de continuer. Si elle doit toujours favoriser la réconciliation quand elle est possible, elle ne doit pas enfermer dans des situations qui se révèlent dangereuses pour l’un des membres du couple. Le droit de l’Eglise prévoit la séparation des corps. La miséricorde doit toujours permettre de sauver une vie. Dieu veut le bonheur et la vie pour tous, même pour celles et ceux qui sont mariés. C’est ce que Jésus nous dit quand il nous renvoie au commencement. Au commencement, Dieu nous aime et il nous aimera toujours, malgré nos échecs, malgré nos chutes. Avec Dieu, tout est une question d’amour, toujours. Amen.

samedi 6 octobre 2018

27ème dimanche ordinaire C - 07 octobre 2018

Au commencement !






Quand les choses changent, quand rien ne va plus, quand une crise frappe notre existence ou nos institutions, il est bon et sage d’en revenir au commencement, à ce qui était fondateur, à ce qui donnait le sens des choses. C’est ce à quoi nous invite Jésus dans l’évangile de ce dimanche : Au commencement de la création, voilà ce que Dieu voulait, voilà ce que Dieu a fait… 

Au commencement ! C’est bien à cela que renvoie Jésus lorsque les pharisiens cherchent, une fois de plus, à le piéger. Leur question semble simple : un homme peut-il renvoyer sa femme ? Un simple oui, ou un tout aussi simple non, aurait suffi. J’avoue même qu’il nous aurait considérablement simplifié la tâche à une époque où la question ne se pose plus en termes de permis / défendu. Mais voilà ! Jésus ne se laisse pas enfermer dans une discussion morale ; il ne dit pas si l’homme peut ou pas ! Il renvoie au commencement, à l’œuvre créatrice de Dieu, au projet initial de Dieu pour l’humanité. Car là seul se trouve la réponse. Autrement dit, ce que les pharisiens demandent, est-ce que cela correspond au projet d’amour de Dieu pour l’humanité ? 

Ce commencement, nous l’avons clairement entendu dans la première lecture. L’auteur du livre de la Genèse rappelle l’intention première de Dieu : créer le monde, l’humain, à son image et à sa ressemblance. Une humanité plurielle, homme et femme ; une humanité égale, née de la même chair, pour bien manifester qu’il n’y a pas de différences de dignité entre les uns et les autres. Une humanité appelée à entrer en alliance d’amour, à s’unir pour perpétuer l’œuvre créatrice initiale de Dieu. C’est bien à ce commencement-là que renvoie Jésus dans l’Evangile. Ce faisant, il nous replace au cœur de l’alliance primordiale. Car tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons doit être mesuré à l’aune de cette alliance que Dieu a voulu nouer avec l’humanité, dès le commencement. L’histoire biblique, qui est aussi l’histoire de l’humanité, nous prouve combien cette alliance semble difficile à respecter.  La dureté du cœur de l’homme est maintes fois soulignée. A cette dureté répond sans cesse la générosité du cœur de Dieu. Un Dieu qui patiente et qui prend pitié ; un Dieu qui reformule son alliance à l’infini. Un Dieu qui va jusqu’au don de son propre Fils, pour une fois encore inviter l’homme à vivre de son l’alliance, pour une fois encore faire battre le cœur de l’homme au rythme du cœur de Dieu.

Au commencement ! Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur n’affirme-t-il pas que le sacrifice de Jésus sur la croix est aussi un de ces commencements dont Dieu a le secret ? C’est un de ces moments auquel il nous faut revenir pour vivre de la vie-même de Dieu. La mort-résurrection de Jésus est un nouveau commencement pour que l’homme se souvienne, pour que l’homme comprenne qu’il est bien de la famille de Dieu, de la même origine, pour reprendre l’expression de l’épître aux Hébreux. Dieu et l’homme sont unis à jamais, dans une même alliance, dans un lien nouveau, si fort que rien ne pourra le défaire, comme le dira tout à l’heure la prière eucharistique. Ah, si nous comprenions vraiment la portée de ce nouveau commencement que le Christ a inauguré pour nous tous ! Ce commencement porte à son achèvement le commencement originel, parce qu’il va au bout de l’amour que Dieu nous manifeste. Que pourrait-il faire de plus après cela, c’est-à-dire après la mort de Jésus en croix, pour qu’enfin nous tenions notre part dans cette alliance proposée depuis le commencement ? Rien ! Sur la croix, tout est dit, tout est donné, tout est accompli. 

Au commencement ! Nous sommes, depuis dimanche dernier, à un commencement. L’arrivée d’une nouvelle équipe de prêtres, le regroupement programmé de deux communautés de paroisses, nous oblige à considérer autrement ce qui pouvait sembler acquis. Quelque chose de neuf surgit et se construit. Je ne veux pas faire ici la liste de tous les possibles, mais plutôt nous renvoyer chacun à la seule chose qui compte, à savoir que nous comprenions bien ce que Dieu attend de nous depuis le commencement. Il est urgent de revenir à ce commencement, urgent de réaliser la famille qu’il nous demande de construire ! Je crois sincèrement que là réside le secret d’une communauté réussie : dans l’adéquation entre ce que nous vivons et ce que Dieu attend de nous. Et cela ne repose pas d’abord sur ce que l’autre fait ou ne fait pas pour moi, mais dans ce que je vis avec Dieu. Si nous sommes un peu perdus, si nous sommes quelquefois découragés, si l’envie nous prend de rester chez nous, souvenons-nous de ce commencement qu’il y a eu entre Dieu et nous. Souvenons-nous de cette histoire d’amour unique commencée au jour de notre baptême, sans cesse recommencée dans les pardons reçus, sans cesse renforcée dans le don de l’Eucharistie. Souvenons-nous que si les hommes nous déçoivent, si l’Eglise semble imparfaite, si le prêtre n’est pas assez ceci ou trop cela, il y a, au commencement de mon histoire avec Dieu, un amour sans faille et sans limite. Un amour qui m’est offert, par pure grâce, qui ne me coûte rien, et auquel je suis invité à répondre. Et si je me perds, et si je m’éloigne, je sais que je pourrai toujours vivre un nouveau commencement avec le Dieu de Jésus Christ. 

Au début de ce nouveau commencement, tournons-nous donc vers Dieu pour faire mémoire du commencement originel ; qu’il soit pour tous la chance d’une fidélité renouvelée à l’Evangile, d’une fidélité renouvelée à la communauté à laquelle nous appartenons. N’ayons pas peur des conversions à effectuer ; confions à Dieu nos craintes et nos difficultés pour qu’il nous aide à les surmonter avec sa grâce. Osons affirmer qu’avec Dieu, nous pouvons tout, parce qu’il nous donne la force de son Esprit. Qu’aujourd’hui soit vraiment pour nous un commencement ! Commencement porteur de promesse. Commencement porteur de fidélité. Commencement porteur de fécondité. Un commencement avec Dieu, pour nos frères ! Amen.
 
 
(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 1 avril 2018

Pâques - 01er avril 2018

Le commencement du jour...c'est-à-dire aujourd'hui !






Francis Schneider, l’artiste qui a réalisé le chemin de croix de l’église de Fort-Louis, a intégré à son œuvre une quinzième station, sobrement intitulé : Le commencement du jour. Elle représente un soleil qui se lève entre deux montagnes. Le tableau et son titre sont une belle illustration du mystère qui nous rassemble ce matin : le mystère de Pâques.  

Jusqu’au cœur de la nuit passée, les disciples de Jésus, et avec eux toute l’Eglise, étaient comme plongés dans la nuit. L’impensable s’était produit : les adversaires de Jésus semblaient être les grands vainqueurs de toute cette histoire. Depuis la nuit du Jeudi Saint, il ne restait plus rien : les groupe des Douze avait explosé : un traitre, un renégat et des fuyards. Triste spectacle que donnaient à voir ceux qui avaient été choisis par Jésus. Puis le procès et l’issue fatale que l’on sait. Il ne restait plus rien. Les disciples que l’on peut rencontrer rentrant chez eux à Emmaüs, ont la déception et la stupeur inscrits sur leur visage. Trois jours après, ils n’ont même plus d’espérance. Au commencement de ce même jour, aujourd’hui donc, nous imaginons sans mal la stupeur de Marie-Madeleine en voyant le tombeau ouvert. Elle court aussitôt prévenir Pierre de sa découverte : la pierre a été enlevée du tombeau. On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. Pierre, s’étant rendu au tombeau, ne peut que constater la véracité des dires de Marie-Madeleine : il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus… roulé à part à sa place. Seul Jean, entrant dans le tombeau, voit et croit. Au commencement de ce jour, il se passe quelque chose d’incroyable : pour Jean, Jésus, celui-là qui était mort en croix, est vivant ! Il a vu la même chose que Marie-Madeleine et Pierre, mais chez lui, la stupeur a fait place à la foi. Pour lui, un soleil s’est levé dans ses ténèbres ; les événements passés, qu’ils soient récents ou plus anciens, prennent sens à la vue d’un tombeau vide et des linges pliés.  

Le commencement du jour… comment ne pas voir dans le titre de cette quinzième station une allusion au premier livre de la Bible qui commence par ces mots : au commencement… C’est comme si tout recommençait, comme si tout se recréait en ce jour où les disciples constatent l’absence du corps de Jésus dans son tombeau. Les ténèbres laissent place au jour, le doute cède la place à la foi. La stupeur s’effacera peu à peu devant la joie. Oui, le commencement de ce jour marque le commencement de quelque chose de neuf, d’inouï mais vrai : Jésus a vaincu la mort. En regardant attentivement ce quinzième tableau, on peut deviner, dans ce soleil qui se lève, la forme d’un visage. Le commencement du jour n’est pas qu’un événement ; le commencement du jour concerne une personne : Jésus. Il est désormais le soleil de la vie de ceux qui croient en lui ; il est désormais celui qui fait se lever les hommes pour qu’ils construisent un monde plus juste et plus fraternel. Il est désormais ce soleil qui réchauffe une vie marquée par l’épreuve. Il est désormais le commencement d’un jour nouveau, d’une vie nouvelle pour celles et ceux qui veulent marcher à sa suite.  

Ce commencement du jour nouveau, c’est le commencement d’une vie pardonnée de tous péchés. C’est ce que Pierre annonce à la maison du Centurion Corneille : Quiconque croit en lui (en Jésus mort et ressuscité) reçoit par son nom le pardon de ses péchés. Le commencement du jour marque donc le commencement de la liberté en Jésus Christ. Le commencement de ce jour marque le commencement de la vie en Jésus Christ. Le commencement de ce jour marque le commencement d’une vie qui ne s’arrêtera plus. La vie éternelle est inaugurée, réellement, par Jésus ressuscité. La mort n’a plus de victoire à fêter ; elle est morte. Le commencement de ce jour nous invite à croire tout cela, éclairé par l’enseignement de Jésus que les Apôtres, puis l’Eglise, vont transmettre fidèlement. Si à la fin du jour du vendredi, le groupe s’était dispersé, voici qu’avec le commencement de ce jour, le groupe va se reconstituer, jusqu’à redevenir le groupe des Douze après que Judas ait été remplacé par Matthias. Avec le commencement de ce jour, tout repart, tout se recrée ; c’est comme si Jésus n’était jamais parti.  

Le commencement du jour… pour nous qui sommes croyants, que ce jour qui commence ne soit pas comme un autre jour ; que ce jour ne soit pas qu’un jour de plus de notre vie. Mais qu’il soit vraiment ce jour à partir duquel le Christ illumine notre vie d’une lumière nouvelle. Si nous nous étions habitués à croire, que notre foi en soit renouvelée. Si nous n’avions de Jésus plus que l’image de celui qui est cloué en croix, que ce commencement du jour nous réapprenne à le découvrir vivant à nos côtés, luttant avec nous et pour nous contre toute forme de Mal. Que ce jour soit le commencement d’une vie vraiment vécue avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, dès aujourd’hui et pour toute éternité. Amen.



(Le commencement du jour, 15ème station du chemin de croix de Francis SCHNEIDER,  Photo de Bertrand WITTMANN & Jean-Michel DUBAND)

samedi 3 octobre 2015

27ème dimanche ordinaire B - 04 octobre 2015

De Jésus au synode sur la famille, même question, même réponse ?





Au moment où l’Eglise romaine ouvre la deuxième partie du synode sur la famille, ne sommes-nous pas, face à elle, comme les pharisiens face à Jésus dans l’Evangile, interrogeant sur la fin du mariage, et attendant une parole que nous n’accepterons que si elle correspond à notre propre pensée ? Ce synode est un pari risqué pour le pape François et pour l’Eglise en général ; saura-t-elle rester à l’écoute de son Seigneur et Maître et accepter d’être renvoyé aux origines, au projet initial de Dieu pour l’homme ? 
 
Ce projet initial de Dieu pour l’homme est un projet de bonheur, un projet de vie. Il s’exprime déjà dans la réflexion que Dieu fait lui-même : il n’est pas bon que l’homme soit seul ! Il y a déjà là l’énoncé de ce projet de Dieu pour l’humanité ; Dieu veut quelque chose de bon, quelque chose de meilleur pour l’homme que la solitude. Il aura donc une compagne, issue de lui, partageant sa dignité tout en étant autre. Le bonheur ne peut être ni dans la solitude non choisie, ni dans la similitude. Mais que faire quand il semble que cet autre ne correspond plus ? C’est la question des pharisiens ; c’est la question de quantité d’hommes et de femmes aujourd’hui, confrontés à l’échec de leur amour. Le projet initial de Dieu, qui était un projet de bonheur, quand les hommes échouent à le réaliser, faut-il accepter qu’il devienne un enfer ? S’il n’est pas bon que l’homme soit seul, il n’est pas davantage bon que l’homme souffre ou fasse souffrir ! 
 
Nous comprenons bien aujourd’hui la ressemblance des situations : que ce soit pour Jésus jadis ou que ce soit pour l’Eglise aujourd’hui, il y a là une mise à l’épreuve. Le pape François est plus que populaire ; son exigence d’une Eglise pauvre, ses remises en question de nombreuses manières de vivre, plaisent. Mais si ses réponses à toutes les questions concernant la famille ne sont pas dans l’air du temps, comment réagirons-nous ? Comment réagiront tous ceux qui le suivent aujourd’hui, chrétiens ou non ? 
 
Il est bon pour cela, de commencer ce synode, ce cheminement ensemble, en réentendant ce qui était le projet initial de Dieu pour l’homme, en réentendant que Dieu veut le meilleur pour l’homme. Il est important aussi d’entendre l’enseignement de Jésus donné aux pharisiens sur le mariage. Il ne se situe pas dans l’air du temps ; il ne répond pas aux envies de ceux qui font autorité. Il répond à ce que Dieu veut, a toujours voulu et voudra toujours. Mais reste quand même  la question de l’échec. Si l’Eglise ne peut pas revenir sur le projet initial de Dieu, elle ne peut pas davantage enfermer l’homme dans des situations impossibles, surtout à deux mois d’un jubilée de la miséricorde. Comment manifester cette miséricorde quand l’amour échoue ? Comment permettre à l’homme (ou la femme) blessé dans son amour, de vivre encore, de vivre malgré tout et de reconnaître encore que Dieu veut le meilleur pour lui ? 
 
Sans doute la miséricorde est-elle la clé de ces questions. Elle fait partie de ce meilleur que Dieu veut pour l’homme. Elle n’est ni faiblesse, ni renoncement aux exigences, ni enfermement dans des situations impossibles à vivre. Elle est au contraire ouverture et libération, dans la vérité. Le Dieu qui veut le meilleur pour l’homme est aussi le Dieu miséricordieux qui va à la recherche de l’homme. Puissions-nous accueillir les réponses du synode comme nous devrions accueillir ceux et celles qui échouent à vivre le meilleur que Dieu veut pour eux : avec miséricorde et humilité. Amen.

(Image extraite de la Revue L'image de notre paroisse, n° 202, octobre 2003)
 

samedi 6 décembre 2014

02ème duimanche de l'Avent B - 07 décembre 2014

Avec Marc, vivons un vrai commencement.




Il y a des signes qui ne trompent pas ! Lorsque nous voyons l’agitation dans nos villes et villages pour l’installation progressive des lumières de Noël, des cabanes du Marché de Noël là où la tradition existe, nous savons que le temps est proche où nous allons entrer en Avent. Dans nos paroisses aussi, les équipes pastorales nous permettent de vivre ce temps de l’attente de manière à nous mener progressivement vers la joie de l’annonce d’une naissance, celle de notre Sauveur. Mais n’allons pas trop vite : le temps de la préparation n’est pas le temps de la réalisation. 
 
L’évangile que nous venons d’entendre laisse clairement entrevoir que quelque chose de neuf se prépare. Les premiers mots de Marc que nous venons de lire le rappellent avec force : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu. 
 
Commencement : il s’agit bien de découvrir, dans nos vies souvent répétitives, que quelque chose de neuf peut advenir, qu’un commencement est toujours possible. Nos jours ne sont pas simplement une suite continue et sans fin de gestes, de moments, de phrases… à redire ou à revivre à l’infini. Nous sommes invités à vivre ce temps comme le commencement d’un moment ou d’une rencontre qui peut bouleverser notre vie. Ce commencement, dans l’évangile, est marqué par le rappelle d’une promesse ancienne, formulée jadis par le prophète Isaïe : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Ce rappel ne nous ramène pas des siècles en arrière ; il est là pour nous dire que cette promesse trouve enfin sa réalisation, ici et maintenant. Je vous souhaite de pouvoir vivre ce commencement en chassant l’idée que ce n’est qu’un recommencement. Les années liturgiques se suivent et ne se ressemblent pas. Il n’y a pas de routine en pastorale. Il n’y a qu’un chemin que nous sommes invités à suivre, à frais toujours nouveau, à la rencontre du Christ. A frais toujours nouveau parce que nous changeons, nous évoluons, nous grandissons, nous mûrissons ! 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle : ce commencement est une invitation à accueillir une Bonne Nouvelle. En ces temps de crise, voilà qui devrait nous réjouir. Le monde n’est pas foutu ; l’homme n’est pas perdu. Il y a du neuf sous le soleil ! Alors que notre monde semble gris, courant à sa perte, voilà qu’une Bonne Nouvelle nous sera annoncée. Et cette Bonne Nouvelle changera nos vies si nous savons l’accueillir. Ce temps de l’Avent est justement donné pour entendre l’annonce de cette Bonne Nouvelle que Dieu réalisera pour nous, et nous permettre d’en reconnaître les signes quand viendra le temps de la réalisation. Nous ne pouvons donc pas laisser passer ce temps de l’Avent sans rien faire, en pensant qu’aujourd’hui est comme hier, et que demain finalement ne changera rien. Au contraire, tout peut changer si nous entendons l’appel à la conversion que ce temps porte en lui. Tout peut changer si nous nous mettons à l’écoute de cette voix qui crie dans le désert. La prophétie d’Isaïe citée par Marc nous renvoie à cette autre prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent. Cette Bonne Nouvelle, c’est donc que Dieu ne se désintéresse pas de l’homme, qu’une alliance nouvelle est toujours possible. A nous de savoir lui préparer le chemin. 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Dans un monde sécularisé, les interventions du religieux sont souvent mal perçues. Nous en avons eu des exemples encore récemment avec la visite du pape aux institutions européennes ou les attaques en justice quasi systématiques de la part de groupuscules minoritaires qui veulent même supprimer du paysage public toute manifestation particulière comme la mise en place d’une crèche dans une mairie ou un conseil général, au nom d’une laïcité érigée en religion, si ce n’est en dictature. Pourtant, la foi chrétienne porte en elle une originalité, celle d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme. Cette particularité nous fait non seulement aimer l’humanité dans sa totalité, mais nous oblige à un engagement permanent pour que tout l’humain soit non seulement respecté, mais aussi stimulé. Si nous devons nous garder, avec raison, de tout prosélytisme, nous n’avons pas pour autant à mettre nos convictions dans la poche, avec un mouchoir dessus. Au cœur de nos pratiques, au cœur de notre engagement en faveur de l’Homme, il y a le Christ, celui qui vient sans cesse à notre rencontre, celui qui vient dans notre monde pour le sauver. Les temps de l’Avent et de Noël, que nous allons vivre successivement, nous rappellent l’éminente dignité de l’Homme que nous voulons servir à travers nos divers engagements. Chaque croyant, qu’il soit religieux ou laïc, est engagé dans ce même service qui met l’Homme au centre de nos préoccupations. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ est annoncé partout où l’homme est respecté dans sa dignité, partout où l’homme est servi, partout où l’homme est appelé à grandir. Prions le Christ, Dieu fait homme, de mettre au cœur de toutes nos communautés ce désir de servir l’homme, ce désir de servir tout homme. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ n’est bonne que parce qu’elle est partagée, largement, de sorte que personne ne reste enfermé dans sa misère, son désespoir, ses difficultés. 
 
Vivre ce commencement de l’Evangile ne se limite donc pas à vivre un nouveau temps. Vivre ce commencement, c’est accueillir le désir de Dieu lui-même de transmettre au monde une Bonne Nouvelle qui ne se paie pas de mots mais se vit en actes. Au moment où Dieu lui-même s’apprête à entrer dans le monde, ne désertons pas ce monde, mais rejoignons-le et proposons-lui de suivre avec nous le chemin qui mène au Christ, source du bonheur véritable. Nous ne vivrons plus seulement alors le commencement d’une Bonne Nouvelle ; nous aurons commencé le temps de sa réalisation très concrète dans la vie et le cœur des hommes. Amen.

vendredi 2 novembre 2012

31ème dimanche ordinaire B - 04 novembre 2012

Qu'est-ce qui te fait vivre ?



Que veut savoir le scribe qui s’adresse à Jésus dans l’Evangile que nous venons d’entendre ? Qu’est-ce qui justifie la question : Quel est le premier de tous les commandements ? Est-ce qu’il veut juste s’en sortir dans la jungle des 613 prescriptions de la loi juive ou cherche-t-il plus ? Il vaut la peine de bien comprendre le sens de sa question pour ne pas se méprendre sur la réponse apportée.

En effet, si sa question est juste informative, elle laisserait entendre qu’il y a une hiérarchie dans la loi, un commandement qui vaut plus que les autres d’être observé. Et il faudrait alors préciser la réponse de Jésus en s’attaquant aux autres articles de la loi qu’il ne cite pas, mais qu’il faudrait quand même classifier jusqu’à parvenir au dernier, au plus petit des commandements. Je ne suis pas sûr du tout que tel est bien le sens de la question du scribe. Et d’ailleurs, Jésus lui-même dira que pas un iota de la loi ne sera changé par lui : il n’est pas venu abolir la loi, mais l’accomplir, lui donner toute sa force. C’est bien en ce sens que j’entends la question du scribe.

Nous pourrions alors la retraduire ainsi : « Maître, qu’est-ce qui te fait vivre ? Quel est le moteur de ta mission ? » Une question portant plus sur le sens de ce que fait et dit Jésus, que sur la Loi elle-même. Autrement dit : dans la foi de nos pères, qu’est-ce qui te motive le plus ? Qu’est-ce qui te pousse à agir et à parler comme tu le fais ? Et là, la réponse de Jésus devient libératrice, parce que deux choses le motivent.

La première, c’est l’écoute de Dieu même. A la question posée, la réponse de Jésus commence par ces mots : Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ! Il reprend ainsi la formulation donnée par Moïse lui-même au moment du don de la Loi. Ce commencement, définitivement lié au commandement de l’amour de Dieu qui le suit, marque bien que, avant le respect de la loi, ce qui est fondamental, c’est l’écoute du Dieu vivant et vrai ; et par-delà, la rencontre avec lui, la connaissance de lui. Car comment écouter quelqu’un que je n’ai pas rencontré ? Comment écouter quelqu’un que je ne connais pas ? Ce qui pousse Jésus à agir et à parler comme il le fait, c’est avant tout cette relation particulière qu’il entretient avec Dieu, qu’il nomme Père et qu’il nous enjoint de prier ainsi : Lorsque vous priez, dites : Notre Père… Vous connaissez la suite. Avant même le respect de la Loi, il y a donc la relation à Dieu, qui n’est pas bavardage sacré, mais écoute de ce que Dieu attend de nous. J’envie quelquefois le peuple juif qui, aujourd’hui encore, commence sa journée par ces mots qui sont devenus sa prière quotidienne : Ecoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. Comme j’aimerais que chacune de nos journées commence ainsi par l’écoute du Dieu unique, vivant et vrai. Il nous apprendrait, dans nos cœurs à cœur, le vrai sens de la vie, le vrai sens de ce que nous avons à faire pour construire un monde plus juste et fraternel.

La deuxième chose qui motive Jésus, après l’écoute de Dieu, c’est l’amour de Dieu pour son peuple. Irait-il vers sa mort si celle-ci n’était pas l’acte d’amour suprême de Dieu pour nous ? Lui écoute Dieu parce qu’il se sait aimé et qu’il aime comme Dieu seul aime. Et cet amour, il nous le transmet dans ses actes et ses paroles. Ce n’est donc pas en vain qu’il nous invite sur la même voie : Aime Dieu, aime ton prochain comme toi-même. Ce comme toi-même, nous pouvons l’entendre « comme tu t’aimes toi », puisque celui qui ne s’aime pas, ne saurait pas vraiment aimer quelqu’un d’autre. Mais nous pouvons aussi l’entendre comme toi-même tu es aimé de Dieu. Et ainsi, ce double commandement n’est plus un ordre d’aimer, mais bien une invitation à faire vivre l’amour que Dieu lui-même nous porte. Ce que nous recevons de Dieu, donnons-le largement autour de nous !

En cela, la réponse de Jésus est libératrice. Elle ne m’enferme pas dans mes manques d’amour, dans mon incapacité à aimer untel ou une telle ; mais elle m’offre une porte de sortie en m’offrant l’amour de Dieu à partager. Si je ne peux pas mettre mon amour humain dans une relation, au moins puis-je donner un peu de l’amour dont Dieu m’aime. L’amour que je porte aux autres n’est plus lié à mes émotions ; il me vient d’un autre. Je suis comme le porte-amour de Dieu. Sans doute est-ce là le secret d’une vie réussie : arriver à dépasser nos sentiments pour faire grandir en nous les sentiments de Dieu qui aime chacun de nous de manière unique, totalement, tel que nous sommes.

Quel est le premier commandement ? Cette question nous pouvons donc l’entendre pour nous aussi : qu’est-ce qui nous motive dans nos actes, dans nos paroles, dans nos œuvres de charité ? Qu’est-ce qui nous fait vivre ? Est-ce le besoin d’être vu, le besoin de parader, le besoin d’être reconnu ou est-ce l’humble service que nous pouvons apporter, parce que nous avons écouté Dieu et que nous nous sommes laissé aimer de lui au point de devoir partager cet amour ? La question mérite que nous prenions un instant de silence pour y réfléchir. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

vendredi 5 octobre 2012

27ème dimanche ordinaire B - 07 octobre 2012

Parlez-nous d'amour, seulement d'amour !


Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! Pour certains de nos contemporains, cette affirmation est un bon résumé de ce que les Eglises doivent dire. Parler d’amour, témoigner de l’amour. Qu’importe qu’il s’agisse de l’amour de Dieu ou des hommes. Parler d’amour devient un moyen d’éviter tout le reste ; le quotidien, les grandes questions de la vie, la morale. Parler d’amour semble être devenu le meilleur moyen d’éviter les conflits et les sujets délicats, en vertu d’un axiome qui voudrait que « Qui parle d’amour ne fait pas de tort aux autres ».

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est déjà ce qui était demandé à Jésus. Tant que Jésus proclame qu’il faut « aimer Dieu et son prochain », personne ne trouve rien à redire. Mais dès qu’il s’aventure sur d’autres chemins, les hommes ne sont plus prêts à le suivre. Et pourtant, chaque parole de Jésus est marquée du sceau de l’amour. Chaque mot prononcé par lui est une invitation à aimer mieux, à aimer plus grand. Alors comment se fait-il que certaines de ses paroles ont du mal à être entendues ?

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est bien ce que Jésus fait aujourd’hui, lorsqu’il aborde la délicate question du divorce. Puisqu’il parle si bien de l’amour, voilà que des gens, pour mettre Jésus dans l’embarras, l’interrogent sur les limites de l’amour, sur la fin de l’amour. « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ? » La question est claire : ai-je le droit de dire à ma femme : va-t-en ; je vais me trouver (ou je me suis trouvé) une nouvelle compagne. Comment le prophète de l’amour va-t-il s’en sortir ? S’il répond par l’affirmative, ne remet-il pas en cause son enseignement ? L’amour ne serait-il pas éternel ? S’il répond par la négative, ne va-t-il pas bloquer des hommes et des femmes dans des situations de conflits, souvent difficile à résoudre ? Le piège est en place. La réponse de Jésus est attendue.

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! C’est au nom de l’amour que Jésus va répondre par deux affirmations. D’abord, il renvoie les hommes à leur cœur. Si vous n’aviez pas le cœur endurci, si vous ne souffriez pas de « sclérose du cœur », jamais Moïse n’aurait permis d’établir un acte de répudiation. Cœur endurci, cœur fermé à l’amour véritable : voilà l’obstacle majeur à l’amour éternel, l’amour sans limite de temps. Et nous voici renvoyés à nos manières d’aimer et d’envisager l’amour humain. Est-ce simplement la réponse à une pulsion humaine ? Est-ce quelque chose qui vient de moi ou qui m’est donné par un autre ?

La deuxième affirmation de Jésus répond à ces questions : « Au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Donc, que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». En reprenant ainsi les mots de la Genèse, Jésus affirme clairement l’union profonde qui unit un homme et une femme. Cette union est telle qu’ils ne font plus qu’un. Deux corps, mais une seule âme, un seul cœur. Inséparable ! Cette indissolubilité ne vient pas des hommes ; elle vient du fait que lorsqu’un homme et une femme s’unissent, ils entrent dans le projet d’amour de Dieu ; ils répondent à l’appel de Dieu. C’est Dieu qui les unit l’un à l’autre ; c’est Dieu qui les unit à son amour. L’indissolubilité vient de là : de la présence de Dieu à cet amour unique qui unit un homme et une femme. Dieu ne revient jamais sur l’amour qu’il a donné. En offrant son amour et sa fidélité à ceux qui unissent leur vie dans le mariage, Dieu se donne totalement, définitivement. Il scelle une alliance d’amour que rien ne peut rompre, parce que Dieu ne peut revenir sur sa Parole donnée. Nous voici renvoyés à notre être profond. Plus que des hommes de chair et de sang, nous sommes des êtres spirituels, appelés à vivre la sainteté de Dieu à travers nos engagements humains. Ceux qui choisissent de s’unir devant Dieu deviennent des témoins de l’amour éternel et tout-puissant de Dieu. S’ils s’appuient sur ce don offert, s’ils accordent à Dieu la place qui est la sienne au cœur de leur vie, ils découvriront véritablement l’amour qui ne finit pas, l’amour qui ne se flétrit pas.

Parlez-nous d’amour, seulement d’amour ! En refusant d’entrer dans le jeu du permis / défendu que proposent les pharisiens, Jésus nous place d’emblée devant nos responsabilités face à l’amour. Il ne suffit pas de s’aimer pour bâtir une vie à deux. Il ne suffit pas de répondre à l’appel du corps pour qu’une union soit stable. Il faut d’abord et avant tout entrer dans le projet créateur de Dieu, le projet de tous les commencements. Un commencement que Dieu a fait pour l’homme et la femme ; un commencement qui nous dit la présence permanente de Dieu à l’amour des hommes. Lorsque notre amour humain est frappé de limite, lorsque notre amour humain est réduit par un cœur endurci, il nous faut nous souvenir de celui qui est la source de l’amour. En nous invitant à regarder le commencement, Jésus ne nous invite pas à la résignation devant un amour devenu impossible. Il nous invite d’abord à mieux réfléchir avant de nous lancer dans un commencement qui doit être créateur d’amour. L’amour ne s’invente pas, l’amour ne se crée pas : l’amour se reçoit. Sommes-nous prêts à recevoir de Dieu l’amour qu’il veut nous confier ?

(Image extraite de la revue Images pour notre paroisse, n° 202)

vendredi 23 décembre 2011

Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2011

Accueillir celui qui vient et voir plus loin.






Alors, il te plaît, ton cadeau ? Combien d’enfants, voire d’adultes, ont entendu cette phrase après le grand déballage de cette nuit ? N’est-ce pas, lorsque nous offrons un cadeau, nous attendons au moins cette lueur dans le regard qui, à défaut de mots, sonne comme un assentiment et un remerciement : tu as bien choisi, c’est bien ce que je voulais. La même question vaut pour nous tous, ce matin. Sommes-nous heureux du cadeau que Dieu nous a fait en cette nuit ? Sommes-nous heureux d’accueillir cet enfant ou sommes-nous déçus devant la taille du cadeau ? Après tout, nous attendions un Sauveur et tout ce que nous avons, c’est un bébé, c’est-à-dire moins d’un mètre de chair, qui braille comme tous les nouveau-nés, et qui n’a même pas eu la bonne idée de naître dans une famille bien comme il faut. Pensez donc : père célibataire, mère enceinte d’un autre. Pas très catho tout ça ! Alors, il vous plaît, le cadeau ?

La messe du jour de Noël a ceci de particulier qu’elle nous fait voir plus loin, plus haut. Autrement dit, elle ne nous fait pas seulement nous intéresser au cadeau, mais à ce que ce cadeau est réellement et à ce que ce cadeau va devenir. Le merveilleux de la nuit (un enfant qui naît à l’écart de tous, avec comme chorale la cohorte des anges et comme visiteurs les bergers du coin), ce merveilleux donc cède la place à la réflexion spirituelle et philosophique. Que voulez-vous ? Il y a un temps pour s’extasier et un temps pour méditer. Et qu’apprenons-nous alors ce matin que nous ne savions déjà cette nuit ? Des choses surprenantes, en fait !

D’abord, nous apprenons sa fonction : il est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu ! Cet enfant que nous avons admiré en cette nuit, il nous faudra un jour l’écouter. Nous ne pouvons donc pas nous contenter d’une visite à la crèche et nous en retourner chez nous. Si nous venons voir cet enfant, c’est pour nous intéresser à lui, maintenant, mais aussi à l’avenir. Comme tous les enfants, il va grandir ; et c’est à ce moment-là qu’il deviendra intéressant pour nous. Il est depuis toute éternité et pour toute éternité la Parole de Dieu, désormais incarnée. Il aura donc des choses à nous dire.

Nous apprenons aussi qu’il n’est pas si nouveau que cela, ce nouveau-né, puisqu’il était au commencement avec Dieu, et qu’il était Dieu. Ce qui est nouveau, par contre, c’est qu’il vient en notre monde. Un des mots importants de la liturgie de Noël, c’est justement aujourd’hui. Aujourd’hui vous est né un Sauveur. C’est bien maintenant que cela se passe, même si l’histoire des relations entre Dieu et les hommes est une vieille histoire ; cette naissance nous renvoie aujourd’hui au commencement. En fait, aujourd’hui devient un commencement. Avec cet enfant, avec cette Parole livrée aux hommes, c’est un nouveau départ dans notre relation à Dieu. L’auteur de la lettre aux Hébreux le souligne bien : Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères… mais dans les jours où nous sommes (autre manière de dire aujourd’hui) il nous a parlé par un Fils qu’il a établi héritier de toutes choses. Il est peut-être né dans une étable, à l’écart de tous, il n’en n’est pas moins le premier de tous, puisqu’il est l’héritier ! Il va compter plus qu’on ne le devine devant cette mangeoire.

Nous apprenons encore que ce nouveau-né est la lumière, la vraie lumière, précise Jean. Pas seulement celle qui nous permet de marcher dans la nuit, mais la lumière qui révèle, la lumière qui fait advenir les choses qui seraient restées dans le noir, inconnues de nous. Il aura des choses à nous dire et des choses à nous montrer, ce petit d’homme. Par lui, lumière venue éclairer les hommes, nous verrons l’amour de Dieu à l’œuvre et nous comprendrons mieux à quel point nous sommes aimés de Dieu ; et nous comprendrons mieux comment nous devons aimer à notre tour.

Et puis nous apprenons surtout que ce petit d’homme nous permet à tous de devenir fils de Dieu ! A ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. S’il est venu chez nous et si nous sommes venus à lui, c’est pour que s’opère ce magnifique échange : Dieu se fait homme et nous pouvons devenir Dieu. Et c’est encore par cet enfant que cet échange s’effectue. Nous ne le voyons peut-être pas encore là, sur la paille et le bois de la crèche, mais nous le mesurerons pleinement lorsqu’il sera élevé de terre, sur le bois de la croix. Ce petit d’homme donne Dieu à voir, à entendre et à suivre.

Alors, il vous plaît, votre cadeau ? Si vous en êtes encore au merveilleux de cette nuit, acceptez désormais de faire un pas de plus. Si vous trouvez le cadeau trop petit, attendez qu’il grandisse et reprenez-le, suivez-le, écoutez-le. Il ne vous décevra jamais ; il ne vous ennuiera jamais. Il ne se démodera pas. Il ne s’abimera que sur la croix pour mieux vous recréer et vous mener à Dieu en son Royaume. Alors, si vous trouviez la joie de cette nuit un peu courte, vous la retrouverez à nouveau, pour toute éternité. Car c’est pour partager cette joie qu’il est venu ; c’est pour que vous connaissiez cette joie toujours qu’il s’est fait le cadeau de Dieu pour vous. Amen.








(Photo crèche privée)

dimanche 25 avril 2010

Veillée de prière - 16 avril 2010

Homélie donnée en l'église saint-Germain-d'Auxerre de Persan (95) à l'occasion de la veillée de prière prénuptiale de David & Marjorie. Méditation sur l'évangile de Saint Matthieu 19, 3-6.



Quand Jésus parle du mariage, il nous fait revenir aux origines !



J'ai toujours trouvé curieuse la présence de ce texte dans le lectionnaire du mariage à cause de la question préalable : est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ? Drôle de question : l'homme aurait-il plus de raison de renvoyer sa femme que la femme de renvoyer son homme ? A moins que celle-ci n'ait pas besoin de raison ! En tous les cas, ce n'est pas une question à poser le jour du mariage, et c'est pourquoi je vais y répondre ce soir. Rassurez-vous : je ne vais pas énumérer toutes les bonnes raisons, si d'aventure il y en avait, que David pourrait trouver pour renvoyer Marjorie ; et je n'en ferai pas davantage pour Marjorie. Mais puisque la question est posée, il faut bien y répondre. Et je le ferai en précisant l'argumentaire du Christ lui-même.


Première constatation : Jésus supprime ou ignore le n'importe quel motif. Il se refuse lui-aussi à établir une liste de motifs plus ou moins valables pour se débarrasser de l'autre devenu gênant ou encombrant. Sa réponse nous entraîne à voir plus loin, plus profond. Sa réponse nous entraîne au commencement, c'est-à-dire au projet initial de Dieu pour l'humanité. Et ce projet est un projet d'amour, toujours.

C'est ma seconde constatation : il n'est plus possible de répondre par un n'importe quoi puisque Jésus fixe lui-même l'horizon de la réponse. Nous ne ferons donc pas, et nous ne pouvons plus faire l'économie d'un retour aux origines. Je vous ferai grâce de la lecture du livre de la Genèse et me contenterai de ce que Jésus en cite.

Au commencement, le Créateur les fit homme et femme.
D'un même mouvement semble nous dire le chapitre premier de la Genèse d'où Jésus tire sa citation. Il les créa homme et femme, unis mais différents, particuliers mais semblables, d'une même dignité parce que voulu par le même et unique amour de Dieu. Il n'est donc pas possible d'établir une hiérarchie entre les deux, l'un devenant le dominant de l'autre. Ils sont voulus du même amour, ils devront s'aimer du même amour.

Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme !
Je rassure tout de suite David : la femme en fait autant ! Tu n'ouvres pas un harem. L'amour de celui ou celle que Dieu destine à quelqu'un suppose une rupture d'avec le milieu d'origine. Il n'est pas question de fâcherie ; il est question de sortir de son monde pour construire avec l'autre un nouveau monde où cet amour particulier pourra se développer. L'amour qu'un homme porte à une femme, à sa femme (et vice versa), a besoin d'espace pour s'épanouir, pour permettre à ce lien nouveau de trouver sa stabilité.
Et tous deux ne feront plus qu'un !C'est cela, construire un nouveau monde, votre nouveau monde. Il ne s'agit pas de fusion, l'un se confondant ou se noyant dans l'autre. Il s'agit de trouver la bonne distance qui fait que vous êtes toujours vous, uniques et différents, mais n'existant pas vraiment ou pas totalement sans l'autre. Une trinité en plus modeste quoi, deux personnes (Marjorie & David) mais une nature : votre couple ! Le tout maintenu par l'amour, comme dans la Trinité, l'Esprit Saint étant le baiser d'amour que s'échangent le Père et le Fils.
Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !Ceux qui posaient la question du début à Jésus, semblaient avoir oublié Dieu ! Puisque c'est lui, l'Immuable, celui qui ne change pas, celui qui est toujours fidèle à son Alliance malgré le péché de l'homme, si c'est bien lui, Dieu, qui a voulu les choses ainsi, il n'est pas possible de trouver n'importe quel motif, ni même un motif particulier pour que l'homme renvoie sa femme ! Dieu les a unis dans son amour ; cet amour est de toujours et pour toujours ! Dieu les maintiendra dans son amour. Dieu vous maintiendra dans son amour. Oser poser la question des pharisiens, c'est, me semble-t-il, mettre Dieu et son amour à l'épreuve. C'est refuser de croire que l'amour de Dieu est plus fort que tout ; c'est refuser de croire que l'amour de Dieu est donné pour toujours. Il n'y a pas besoin de chercher plus loin la reconnaissance du mariage comme sacrement par l'Eglise catholique ; tout est là. Jean-Paul II, me semble-t-il, est allé encore plus loin en retraduisant ce verset ainsi : Ce que Dieu a uni, l'homme ne peut pas le séparer ! Il y a là une impossibilité liée à la différence entre Créateur et créature. Nous ne sommes pas Dieu, que voulez-vous ! Même si nous sommes appelés à lui ressembler. Alors soyez saints comme Dieu est saint, et votre amour sera sans limite, et votre amour sera véritablement de toujours et pour toujours.

Et puisque Jésus lui-même nous ramène aux origines, n'oubliez jamais, à l'avenir, de sans cesse revenir à l'origine de votre amour. Je ne veux pas jouer au naïf : des moments plus difficiles vous en connaîtrez comme chacun. Mais vous avez désormais une origine commune, un projet originel et original, qui doit vous permettre de rebondir sans cesse et recommencer, comme Dieu lui-même, dans ses alliances successives, est toujours revenu à son premier et unique projet : construire avec l'humanité un monde où l'amour serait premier ; construire avec l'humanité un monde où Dieu et l'humanité ne feraient plus qu'un ; construire avec l'humanité un monde d'où le mal serait absent. Avec Dieu comme source et témoin de votre amour, pourquoi n'y réussiriez-vous pas ? C'est en tout les cas le voeu que je forme pour vous. Amen.

(En illustration, le jeune couple. Merci à Marjorie & David pour l'autorisation de publication)