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vendredi 5 janvier 2024

Epiphanie de notre Seigneur - 7 janvier 2024

 Avons-nous besoin des mages ?




 (Enluminure du Frère Jacques)

 

 

 

 

            Nous aimons tous la fête de l’Epiphanie, ne serait-ce qu’à cause des galettes que nous partageons à l’occasion de cette fête. Nous n’oserions même pas imaginer le temps de Noël sans cette fête. Ceci n’’empêche pas que nous posions la question : avons-nous besoin des mages ? Pour le dire autrement, que nous apprennent-ils qui soit si essentiel à la compréhension du mystère d’un Dieu qui se fait homme ? 

            Pour commencer, ils nous apprennent que le salut est désormais ouvert à tous. Jusque-là, il fallait appartenir au peuple que Dieu s’était choisi pour espérer être sauvés. Cela est rappelé par tous les textes de la Première Alliance. Mais ces mêmes textes attribuaient au peuple de Dieu un devoir d’exemplarité. Dieu s’est choisi un peuple particulier pour que tous les peuples, en le voyant vivre, parviennent à la foi et au salut, en intégrant ce peuple. Le prophète Isaïe s’en fait l’écho dans la première lecture de ce jour : Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi. Nous avons une trace de cette manière de comprendre le salut dans le Nouveau Testament, dans les Actes des Apôtres pour être exact. Quand des non-juifs deviennent chrétiens, certains insistent pour que ces derniers se voient imposer la circoncision, sinon ils ne pourront pas être sauvés. La jeune communauté chrétienne discutera de cette question lors de l’assemblée de Jérusalem qui décidera que cette étape est non-nécessaire, le salut étant désormais donné par la mort et la résurrection de Jésus. Et Paul insistera dans plusieurs de ses écrits pour dire que la Loi est désormais dépassée, rendue inutile à cause de Jésus. Ce que les jeunes chrétiens découvriront après la mort et la résurrection de Jésus, les mages l’annoncent dès sa naissance. Il n’y a plus de frontière à l’amour de Dieu ; Dieu aime tous les hommes, et le salut est offert à tous par Jésus. 

            La deuxième chose que nous apprennent les mages, c’est qu’il faut sortir, se déplacer, se mettre en route. Ils ne sont pas du coin, ils ont fait une longue route pour venir jusqu’à cet endroit humble de Bethléem. Ils ont laissé ce qui faisait leur vie pour cette unique recherche : voir le roi des Juifs qui vient de naître. Ils sont comme ce chercheur de perles dont parlera Jésus dans une de ces paraboles ; ayant trouvé la perle rare, il vend tout pour acquérir cette perle unique. C’est ce que les mages nous invitent à faire par leur exemple. Il nous faut considérer le Christ comme le trésor de notre vie, qu’il nous faut chercher, trouver et garder. Il nous faut renoncer au « on a toujours fait comme ça » et au « on n’a jamais fait comme ça » pour nous approcher de Jésus. Jamais nous n’avions vu de Dieu fait homme ; et pourtant, en Jésus, Dieu l’a fait. Jamais on n’avait cherché le roi des Juifs hors de Jérusalem ; et pourtant, c’est hors de Jérusalem que les mages l’ont trouvé. Ils avaient commencé par faire comme tout le monde ; ils sont allés au palais du roi. Mais ils ont appris aussi à ne plus passer par là, à laisser ce chemin qui ne les a menés à rien, pour prendre un nouveau chemin après avoir visité l’Enfant-Dieu à la crèche. Avec les mages, nous apprenons à nous dérouter. Avec les mages, nous apprenons que d’autres chemins sont possibles, d’autres chemins sont porteurs de vie, tant qu’on les emprunte en suivant la lumière donnée par Dieu, cette étoile qui les guide devant l’Enfant. 

            Enfin, la troisième chose que les mages nous apprennent, c’est que les étrangers ne sont un danger que pour ceux qui veulent les voir ainsi. Hérode prend peur à cause de ces mages et de ce qu’ils lui apprennent. Il prend peur à cause d’un nouveau-né, dont il ignore tout mais dont il craint tout, au point de décider qu’il vaudrait mieux que cet enfant meurt. Et si pour être sûr que le bon est mort, il n’hésitera pas à supprimer tous les nouveau-nés. Ce sera le massacre des Saints Innocents. Marie et Joseph, eux, ne craignent pas ces mages étrangers aux cadeaux curieux et surprenants. Les mages nous apprennent par la même occasion que l’étranger ne nous enlève rien ; il ne nous prend rien. Au contraire, il nous enrichit de lui, de sa différence, de sa manière d’être et de vivre. Par leurs cadeaux, dont la Tradition dit qu’ils annoncent la nature de cet enfant et son avenir, ils nous ouvrent à une intelligence plus grande du mystère de la nuit de Noël. Ayons le cœur assez grand pour accueillir celui qui est différent de nous. Ayons l’intelligence assez fine pour reconnaître ce que l’étranger peut nous apporter. Dieu lui-même s’est fait immigré en venant dans notre monde. Ne passons pas à côté du salut qu’il nous offre parce que celui qui le propose est étranger à notre monde ! Dieu a eu la bonté de venir à nous ; ayons la bonté de l’accueillir à travers le frère, différent, qui frappe à notre porte.              

            Heureux mages qui ont vu l’étoile se lever et qui ont su se mettre en route pour aller à la rencontre de l’Enfant-Dieu ! Heureux serons-nous de la voir nous-aussi se lever ! Heureux serons-nous de nous mettre en route à la rencontre de Dieu. En sortant de nos habitudes, en étant attentifs aux frères différents, étrangers, nous ne risquerons pas de nous perdre ; nous parviendrons à la crèche, nous adorerons notre Dieu et nous serons sauvés. Pour cela, rendons grâce à Dieu d'avoir mis les mages sur notre route. Amen. 

samedi 19 août 2023

20ème dimanche ordinaire A - 20 août 2023

 Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.


(Souche de Jessé, Icône) 

 

 

            Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble. Ce verset du psaume 66, mesurons-nous bien ce qu’il a de « révolutionnaire » ? Ecris à une époque où les peuples divers avaient tous leurs dieux propres, distincts de ceux des voisins, voici un psaume qui ose risquer une affirmation de l’universalité du Dieu d’Israël, le Dieu d’un peuple particulier. Pourtant, quelques siècles plus tard, lorsque Jésus croise la route d’une Cananéenne qui vient lui demander de l’aide pour sa fille, on ne peut pas vraiment dire que ce risque soit assumé : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Cela sonne durement à nos oreilles. Quelqu’un, fût-il Jésus, peut-il ainsi « nationaliser » Dieu et dire que les autres ne le concernent pas ? 

            Des siècles plus tard encore, la question se posera dans l’autre sens, quand les chrétiens seront devenus majoritaires. Le Dieu d’Israël, dont les chrétiens disent qu’il a envoyé son Fils unique Jésus dans le monde pour le sauver, peut-il désormais se détourner de ce peuple qu’il avait choisi jadis, au motif que quelques-uns ont entraîné la condamnation et la mort de ce Fils de Dieu ? Quelqu’un peut-il dire : puisque vous avez tué le Fils de Dieu, on vous le prend, on le christianise et il vous rejette ? Peut-on annexer le Dieu d’un autre sous prétexte que ce quelqu’un n’a pas compris ou pas reconnu Dieu à l’œuvre dans le monde ? Dieu ne serait-il qu’un jouet dans les mains des hommes, qui se le refilent ou se l’attribuent au gré des circonstances de leur histoire ? Ce serait faire peu de cas des hommes ; ce serait surtout faire peu de cas de Dieu lui-même. 

            Peut-être la réponse est-elle dans la bouche de Paul quand il affirme dans sa lettre aux Romains : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. Pour mémoire, et selon mon dictionnaire, le repentir c’est l’acte de reconnaitre que j’ai fait quelque chose de mal, que je le regrette et que je vais réparer autant que possible. Paul nous dit donc clairement que Dieu n’a rien fait de mal, ni n’a à regretter le fait d’avoir appelé le peuple d’Israël à être son peuple particulier. Et l’émergence du groupe des disciples du Christ, n’est pas la réparation d’une disqualification du peuple juif. Dieu ne regrette pas d’avoir choisi un peuple particulier pour être lumière des nations. Et nous devons toujours tenir ce peuple en haute estime pour la mission qui est la sienne. Le Nouveau Testament ne remplace pas le Premier Testament ; l’Eglise ne chasse pas la Synagogue. Par notre manière d’être avec les autres, ne soyons pas les premiers à faire regretter à Dieu notre existence ! 

            Cette affirmation de Paul : Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, s’applique bien au peuple juif. Non seulement, Dieu ne regrette pas son choix, mais dit Paul, sa miséricorde s’étendra à eux aussi, quand Dieu fera de tous les peuples un seul peuple. Ils ne sont pas moins croyants que nous parce qu’ils n’ont pas reconnu le Christ. Paul affirme même que Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.  Ainsi aucun peuple ne pourra se dire supérieur à un autre, parce que chacun aura bénéficié de la même miséricorde de Dieu. 

            Ceci doit nous réconforter lorsque nous constatons que nous ne correspondons pas toujours à ce que Dieu attend de nous. Pécheurs nous le sommes tous ; cela ne signifie pas que Dieu nous rejette ! Nous avons tous des moments où notre foi est faible et des moments où notre foi est forte. Cela ne signifie pas que nous sommes moins bons ou meilleurs que les autres. Cela ne signifie surtout pas que Dieu nous aime plus ou moins, selon que notre foi soit forte ou faible. Cela signifie juste que nous avons plus fortement ou moins fortement besoin de sa miséricorde. Nous avons besoin que Dieu soit miséricordieux lorsque nous sommes forts dans la foi ; nous avons besoin que Dieu soit plus miséricordieux quand nous sommes faibles dans la foi. Nous avons besoin de la miséricorde de Dieu, tout simplement. Et lorsque Dieu l’accorde, il ne le regrette pas. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son peuple, nous qui autrefois refusions de croire. Comme il ne regrette pas de nous avoir intégrés à son Eglise, quand nous ne vivons pas exactement l’Evangile de Jésus Christ. 

            Puisque les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance de sa part, ils ne devraient pas être un objet de jalousie ou d’opposition de notre part. Réjouissons-nous de ce que Dieu parle aux hommes, à tout homme. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent avec nous. Réjouissons-nous de ceux qui le suivent sur un autre chemin que nous. Si nous croyons bien que Dieu parle aux hommes de manières variées, pourquoi croirions-nous qu’il n’y a qu’un chemin, le nôtre tant qu’à faire, pour le suivre ? Ce qui compte, ce n’est pas comment je marche à la suite du Christ ; ce qui compte, c’est que, pour que je puisse marcher à sa suite, Dieu m’aie fait miséricorde. Ce qui compte c’est que toujours encore les dons gratuits de Dieu et son appel soient sans repentance, et que je ne donne pas à Dieu de motif de regretter de m’avoir appelé. Ce qui compte finalement, c’est que ses dons gratuits et son appel nous conduisent tous au Royaume où il nous attend pour faire de nous un seul peuple, le peuple de ceux qui auront répondu à son appel et goûté avec profit à ses dons gratuits. Amen.